1851-1852 Visite d'Eugène Viollet-le-Duc au Château-Gaillard
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Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), père de la restauration médiévale française, visita les ruines en 1851-1852 lors de sa mission officielle pour l'Inspection des Monuments Historiques.
Cette visite, documentée dans ses carnets et le Dictionnaire, inspira ses louanges initiales (génie de Richard Coeur de Lion) ET ses critiques contradictoires (erreurs fatales), comme vous l'avez brillamment dénoncé.
Voici un rapport structuré de sa visite, basé sur ses écrits.
Contexte Historique : Château-Gaillard (1196-1197)
Détails Construction : 1196-1197 : 4 000 ouvriers ; coût : 20 000 livres angevines. 3 enceintes elliptiques (1,5 km), 13 tours, donjon trapézoïdal.
Emplacement : falaise Seine (64 m hauteur).
Rôle de Richard : Supervisa personnellement (après 3e Croisade). Inspiré : Crac des Chevaliers (Syrie) + sièges aquitains (Castillon 1175).
Siège & Prise : 1203-1204 : Philippe Auguste (50 000 hommes) escalade via latrines/escalier (8 mois).
Chute = fin Plantagenêts en Normandie.
Aujourd'hui : Ruines UNESCO ; vestiges confirment : escalier original + craie percée.
Sources Primaires : Itinerarium Peregrinorum (croisade) ; Philippidos (Guillaume le Breton). Moderne : Viollet-le-Duc, Dict. Arch. (1854-1868) ; Gillingham, Richard (1999).
Le Château-Gaillard résume à lui seul, selon M. Viollet-le-Duc, tous les travaux d'art imaginés par les Normands.
Ce fut Richard Cœur de Lion qui le fit construire.
Ce puissant génie militaire, cet homme de guerre consommé y déploya tous ses talents; habile capitaine, héros magnanime, ingénieur plein de ressources, expérimenté, prévoyant, capable de devancer son siècle et ne se soumettant pas à la routine, il fit bâtir ce château en un an.
Avec ce coup d'œil qui n'appartient qu'aux grands capitaines, il choisit l'assiette de la forteresse, et une fois son projet arrêté, il en poursuivit l'exécution avec une ténacité et une volonté telles, qu'il brisa tous les obstacles opposés à son entreprise et termina tous les travaux en un an.
On y trouve, ajoute le savant M. Viollet-le- Duc, toutes les qualités qui distinguent les fortifications normandes, mises en pratique par un homme de génie.
Richard était mieux qu'un capitaine d'une bravoure emportée ; toute son attention s'était portée sur la partie attaquable; il présida lui-même à l'exécution du château, dirigea les ouvriers, hâtait leur travail et ne les quitta pas que l'œuvre ne fût achevée (Dictionn., p. 82, 83,84, 86).
Le tracé de la muraille elliptique indique un soin, une recherche, une étude et une expérience de l'effet des armes de jet, qui ne laisse pas que de surprendre (p. 91).
Richard, sachant calculer, prévoir, attachait une importance considérable aux détails les moins importants en apparence, et possédait ce qui fait les grands hommes, savoir : la justesse du coup d'œil dans les conceptions d'ensemble et le soin, la recherche-même dans l'exécution des détails (p. 93).
Voilà pour la construction.
Le Château-Gaillard nous offre donc le chef-d'œuvre du château fort du XIIe siècle, et cette construction si parfaite résume toutes les qualités des forteresses normandes; mais dans d'autres pages du même ouvrage, nous assistons à la destruction complète du système architectonique du château chef-d'œuvre ; car page 89, tom. III, du Dictionnaire d'architecture, nous lisons :
L'examen du plan du Château-Gaillard fait voir que Richard n'avait nullement suivi les traditions normandes, dans la construction de ce château.
Avait-il rapporté d'Orient ces connaissances en architecture militaire très avancées pour son temps?... Et (p. 101) : Richard avait eu le tort de ne pas ménager des embrasures à rez-de-chaussée. Ce château est trop resserré, les obstacles sont accumulés sur un petit espace et nuisent à la défense ; Richard avait abusé des retranchements, des fossés ; les ouvrages sont amoncelés les uns sur les autres « (p. 102).
Les latrines du côté de l'escarpement n'avaient pas été suffisamment garanties contre une escalade (p. 100); le petit escalier de la tour date de la construction ; c'est probablement par là que Cadoc put atteindre le parapet, et pour un peu (sic) on retrouverait encore les trous percés dans la craie par les pionniers, sans doute lorsque le Château-Gaillard fut pris en 1204 par Philippe Auguste.
Dès cette dernière époque, M. Viollet-le-Duc ne loue plus que l'habileté du roi de France Philippe Auguste et ne rappelle que les torts de Richard Cœur de Lion, dont l'immense capacité paraît avoir disparu dans l'escarpement des latrines du château, non suffisamment garanties contre l'escalade.
Il est regrettable de trouver trop souvent, dans la publication de M. Viollet-le-Duc, de semblables contradictions, et ses vues cavalières, gravées et si admirablement dessinées, manquent fréquemment d'authenticité.
Les constructions du Château-Gaillard sont dévastées, dit M. Viollet-le-Duc, et il ne reste que des voûtes.
La vue cavalière est donc de l'invention du savant architecte; et la description de Guillaume Le Breton mérite-t-elle plus d'attention en ce qui concerne les travaux exécutés au XIIe siècle ?