Détails historiques sur l’Olonnais et le Talmondais au XIIIe siècle - Notre Dame de Bourgenay

Puisé à des sources authentiques les cartulaires d'abbayes et de prieurés du Bas-Poitou, à l'époque à laquelle on écrivait à peu près exclusivement en latin, le texte de nos documents est remplacé par une version française. Quelques notes préliminaires indiqueront les principaux  faits auxquels se rapportent ces chartes monastiques, à peu près les seuls matériaux à consulter pour notre histoire locale jusqu'au XIVe siècle.

P..MARCHEGAY.

 

I. Bourgenet. (Borc-Genest)

La reconstruction, par le comte de Beaumont, de la chapelle de Bourgenet (a), paroisse de Saint-Hilaire-de-Talmond, et l'institution de son pèlerinage font rechercher les anciens documents relatifs au prieuré duquel elle dépendait.

M. l'abbé F. Baudry, à la suite de son intéressant récit du premier pèlerinage, 25 aout 1874, cite une charte d'Ermengert de Moric, remontant à l'année 1131, et quatre du XIIIe siècle émanées des souverains du Talmondais, entr'autres des trois derniers princes qu'ait donnés l'illustre famille de Mauléon.

Pour encourager notre savant confrère à faire connaître avec plus de détail ces documents, nous publions la traduction littérale des cinq chartes latines que nous avons découvertes.

Les deux premières, qui n'ont pas de date, se rapportent environ aux années 1195 et 1205.

Par l'une, l'abbaye d'Orbestier reconnait devoir au prieuré de Bourgenet 20 sous de cens annuel ; l'autre contient abandon par un laïque, aux moines de Bourgenet, de la dîme et du terrage qu'il levait sur une de leurs terres.

 Les trois chartes suivantes, des années 1213, 1224 et 1276, concernent les droits accordés aux mêmes religieux dans la forêt d'Orbestier, dont un des principaux defens, defensus de Borgenest, nommé lo Boquestau de Borgenest, s'étendait jusqu'à la porte du prieuré.

 

 On sait que celui-ci appartenait à l'abbaye de Maillezais, qui n'avait aucune autre dépendance dans le doyenné de Talmond.

 ==> Liste des Abbés - évêques et seigneurs de l’abbaye de Maillezais

 

(a). Geneviève-Louise-Mélanie de Bessay, née à la Benastonnière, le 2 août 1829, épousa à Grosbreuil, le 17 octobre 1853, Marie-Antoine-Arthur, comte de Beaumont de Verneuil d'Autry, chambellan de l'empereur d'Autriche, colonel d'état-major de l'armée pontificale. Elle est décédée à la Benastonnière, le 11 juin 1871. Son époux est mort à la Garcillière, le 20 mai 1892.

 

La comtesse de Beaumont, inhumée successivement dans le cimetière de Grosbreuil et dans la chapelle du château de la Garcillière, fut descendue, en 1892, en même temps que le cercueil de son époux, dans la crypte de la chapelle de Bourgenay.

 

 

Vers 1190. Transaction avec l'abbaye de Maillezais. (Carte no 334.)

 

 Notum sit omnibus tam presentibus quam futuris quod querela illa que vertebatur inter monachos Malleacenses et monachos Sti Johannis Orbisterii, pro décima furni Thallemundi, sic composita fuit, et utraque ecclesia in hujusmodi pacis formas convenit.

 Ecclesia siquidem Orbisterii reddet singulis annis prioratui de Borgenetto xxti quinque solidos censuales in Pascha Domini persolvendos; qui nisi ad prefixum terminum persolvantur, cum gagio de cetero recipiantur.

 Et ut pactio ista in perpetuum robur obtineat, cartulam cum cyrographo per médium divisam fecerunt conscribi et cum sigillis utriusque abbatis roborari.

  Hujus pactionis et concordie testes sunt : G. abbas Malleacensis, prior Petrus Tecbaudi, aequaticus Achelinus, monachi, magister Radulphus prior Borgeneti, Petrus Achardi decanus Marolii; ex altera parte : Stephanus abbas Orbisterii, Martinus prior, Landricus subprior, totusque ejusdem ecclesie conventus.

Que chacun sache, présent et futur, que la plainte qui fut formulée entre les moines de Maillezais et les moines de Saint-Jean Orbestier, pour le dixième  de Thallemund, était ainsi composée, et les deux églises s'accordent sur les formes de ce genre de paix.

 En effet, l'église d'Orbestier paiera au prieuré de Bourgenet XXti cinq centimes chaque année, à payer à la Pâque du Seigneur ; qui, à moins qu'ils ne soient payés au terme préfixé, sont reçus du reste avec le gage.

Et pour que cet accord obtienne une force permanente, ils firent faire un rouleau divisé en son milieu par un cyrographe et fait pour être signé et renforcé des sceaux des deux abbés.

 Les témoins de cet accord et de cet accord sont : G. abbé de Maillezais, prieur Petrus Tecbaudi, aequaticus Achelinus, moines, maître Radulphus prieur de Bourgenet, Pierre Achard, doyen de Maroielle ; de l'autre côté : Étienne, abbé d'Orbestier, le prieur Martinus, le sous-prieur Landricus et toute la congrégation de la même église.

 

 

1. Vers 1195.

Qu'il soit connu de tous, présents et avenir, que le procès existant entre les moines de Maillezais et ceux de Saint-Jean-d'Orbestier, pour la dîme du four de Talmond, a été terminé comme il suit, par une transaction convenue entre les deux églises. Celle d'Orbestier paiera au prieuré de Bourgenet 25 sous de cens, le jour de Pâques plus l'amende faute de paiement au terme fixé. Pour donner plus d'authenticité à cette transaction, elle est rédigée et transcrite en double exemplaire sur un feuillet de parchemin partagé par le mot Cyrographe, chaque exemplaire portant, d'ailleurs, les sceaux des deux abbés.

Ont été témoins, d'une part: Clément, abbé, Pierre Thibaut, prieur, et Achelin, aiguier de Maillezais, Raoul, prieur de Bourgenet et Pierre Achard, doyen de Mareuil et d'autre part Étienne, abbé, Martin, prieur, Landry; sous-prieur, et tout le couvent d'Orbestier.

 

2. Vers l'an 1205 Cession de quelques dîmes et terrages faite à l'abbaye de Maillezais par un nommé Aymeri de Jean.

Mauricius Dei gratia Pictavensis episcopus universis présentes litteras inspecturis, salutem in Domino.

Noveritis quod Aimerycus Johannis coram nostrâ presentiâ dédit et concessit in puram et perpetuam elemosinam Deo et ecclesiæ beatæ Mariæ de Borgenest et monachis ibidem Deo servientibus decimam et terragium quod habebat in terra predictorum monachorum, que terre est in brolio in feodo predicti Aimerici.

Nos autem ad testimonium hujus rei presentem cartulam sigilli nostri munimine fecimus premuniri.

 Hujus rei testes sunt : Willelmus de Malleone dominus Thalemondensis, magister Johannes de Salmurio, Willelmus clericus, Vigerius miles, P. Gobin, Gauterius Robertius et plures alii.

Manuscrits de dom Fonteneau, vol. 25, fol. 101.

 

Maurice (1), par la grâce de Dieu évêque de Poitiers, à tous ceux qui verront les présentes lettres, salut en Notre-Seigneur.

Sachez qu'Aimeri [fils de] Jean, en notre présence, a donné et concédé en pure et perpétuelle aumône à Dieu, à l'église de Sainte-Marie de Bourgenet et aux moines qui la desservent, la dime et le terrage qu'il avait sur la terre desdits moines, laquelle est située au Breuil, dans le fief du susdit Airneri.

 Et pour attester ce qui précède, nous avons fait corroborer cette charte par l'apposition de notre sceau.

Sont témoins de cette chose : Guillaume de Mauléon, sgr de Talmond, maître Jean de Saumur, Guillaume clerc, Viger chevalier, P. Gobin, Gautier, Robert et plusieurs autres.

 

 

3. Février 1213 (2).

 

En 1213 la mer avoit depuis longtemps abandonné les environs de Talmond;

Savary- de- Mauléon donne au prieuré de Borgenest « terram in landâ maris in nemore de orbester. »

Dans une autre charte du même siècle, on lit: « super landâ maris in forestâ orbisterii ».  Des landes de mer dans la forêt d’Orbestier

 

 

Decembre 1213 Abandon par Guillaume de Mauléon d'une partie des rëserves faites par lui et son frère Raoul de Mauléon au droit d'usage en certaines parties de la forêt d'Orbestier. (Carte n°3. Orig. aux Arch. de la Vendée.)

 

Omnibus presentes litteras inspicientibus Willelmus de Malo Leone veram in Domino salutem.

Noscat universitas vestra quod ego Willelmus prenominatus, dominus Thalamondensis, pro salute anime mee et parentum meorum et antecessorum, in perpetuum dimisi et quiptavi libere et absolute omnes defensus illos quos in tempore meo et Radulphi Malo Leone fratris mei per totum nemus Orbisterii statueram, excepto defensu Castri Olone et defensu de Borgenest.

Similiter universis hominibus qui aliquid in nemore Orbisterii prenominato habere solebant reddidi omnia jura ipsorum et quiptavi in perpetuum. Ut bec autem quiptacio ratam et inconcussam obtineat firmitatem, presentes litteras sigilli mei testimonio roboravi, testibus hiis : Radulpho de Perata abbate Thalamondi, Radulpho c pettano, Thoma clerico meo, Radulpho de Machecolio, Willelmo de Mota Willelmo Girardi, tunc temporis senescallo Thalamondensi, et aliis pluribus: Actum fuit hoc mense decembris, anno Domini millesimo ducentesimo tertio decimo.

 

A tous les évêques, abbés et prieurs, et à tous ceux qui suivent le culte de la foi catholique, Guillaume de Mauléon, prince et seigneur de Talmont, salut, paix et joie.

Sachez que j'ai donné, concédé, assuré, ratifié et confirmé à Dieu et à l'église de Notre-Dame de Bourgenet et aux moines qui y servent Dieu tout ce que mes ancêtres et vassaux ont donné et concédé, soit de leur vivant, soit après leur mort, pour être possédé par ladite église à perpétuité et paisiblement, afin qu'elle en jouisse sans aucune contradiction, savoir dans la forêt d'Orbestier, le pacage de tous leurs troupeaux et bestiaux, le .panage de leurs porcs, le chauffage, tout le bois nécessaire pour réparer leurs maisons et tous leurs autres droits d'usage dans ladite forêt; en sorte que, et puisse-t-il en être autrement, s'il s'élève des contradicteurs, qu'ils ressentent l'indignation de Dieu et encourent sa colère, et que l'ange du Seigneur, s'ils ne viennent à résipiscence, les poursuive tellement qu'ils descendent vivants en enfer.

Sous la même confirmation, j'ai donné et concédé à Dieu et à la dite église de Bourgenet, et aux moines qui y habitent et servent le Seigneur, un vasois sis près la forêt d'Orbestier, à condition que les chanoines des Fontenelles, dans la forêt de la Roche [sur-Yon] auront annuellement la moitié des poissons dudit vasois.

Et pour que ces donation et confirmation obtiennent une force et une durée inattaquables, j'ai voulu et j'ai fait confirmer cette charte par la garantie de mon sceau.

Les témoins de cette chose sont R. de la Pérate, abbé de Talmont, et N. abbé des Fontenelles, Thomas clerc, P. de Mauléon, mon fils, Guillaume clerc, maîtres Jean de Saumur et Aimeri de Saint-Aubin, clercs; Guillaume d'Apremont; mon neveu, et Guillaume Viger, chevaliers, et plusieurs autres.

Fait l'an de l'incarnation du Seigneur 1213, à Talmond, au mois de février, siégeant le pape Innocent III.

 

 

Martii 1214.

Notum sit presentibus et futuris quod ego Beatrix, domina de Rupe super Oionem ob remedium anime domini Guillelmi de Malleone sponsi mei nuper defuncti (a) et anime mee et parentum meorum dedi et concessi Deo et ecclesie B. Petri de Luco ad luminare ipsius ecclesie, videlicet ad duos cereos missis omnibus illuminandos, quicquid percipiebam in hominibus prioris de Luco, tam in taletis bestiarum quam in bianno et exactionibus omnibus et consuetudinibus aliis quiete et pacifice perpetuo habendum et possidendum ; eosdem homines ab omnibus consuetudinibus et exactionibus et taletis ad dominium pertinentibus liberos et immunes volens et statuens in perpetuum permanere.

Actum publice in manu et protectione domini R. de Perata, tunc abbatis de Thalemundo anno ab incarnatione Domini M°CC°XIII° ; istis videntibus : P. Meschinot milite, Reginello senescallo meo de Rupe clerico priore de Borgenest, Willelmo clerico, P. clerico dicti abbatis de Thalemundo Diacono et multis aliis. Et ut ista donatio firmitatem obtineat iuconcussam presentem cartulam feci et volui sigilli mei munimine roborari.

 (a) M. B. Fillon, dans l'Histoire de Fontenay, a cru voir dans cette charte, rapprochée de l'obtuaire de l'abbaye, la preuve que Guillaume de Mauléon mourut le 16 octobre 1213. Rapprochée aussi des précédentes, elle prouve au contraire, de la façon la plus péremptoire, que Guillaume, qui testa le 24 décembre 1213, mourut le 27 février de la même année, vieux style, c'est-à-dire 1214.

 

4. Septembre 1224.

Sachent tous présents et avenir (3) que, moi Savari de Mauléon, j'ai donné et concédé à Dieu et à l'église de Sainte-Marie de Bourgenet, pour les posséder perpétuellement, toutes les abeilles de ma forêt d'Orbestier, excepté celles qui font du miel grep, mel grepum (4).

J'y mets pour condition que chacun des prieurs dudit lieu, pour le rachat de mon âme et de celles de mes parents, soit ancêtres, soit successeurs, tiendra, à perpétuité, quatre cierges allumés à toutes les messes. Pour mieux certifier ce qui précède, j'ai apposé mon sceau à la présente charte (5).

Donné au port d'Olonne, l'an de grâce 1224, au mois de septembre.

 

1248

Universis Christi fidelibus presentes litteras inspecturis, Radulfus de Malleone, princeps et dominus Thalemondi et Castri Junii, salutem in Domino Jesu Christo.

Ad universorum notitiam volumus pervenire quod cum, sancte crucis assumpto signaculo, iter arripere vellemus eundi in subsidium Terre Sancte, abbas et conventus de Thalemondo a nobis humiliter postulaverunt ut que ab antiquo in dominio nostro possederant, habuerant et perceperant eisdem per nostras patentes litteras nominatim dignaremur et specialiter confirmare.

Nos vero eorumdem devotis precibus inclinati, veritatem super premissis duximus inquirendam, ut sic eorum paci et tranquillitati proviso erga Deum ofncio possint liberius operam exhibere.

 Nobis igitur, cum hominibus ligiis nostris habito super hoc diligenti tractatu tam per testes quam per instrumenta quibus erat fides non immerito adhibenda constitit evidenter quod in foresta nostra de Orbisterio abbas et conventus predicti, nomine monasterii sui, usum lignorum habuerant ab antiquo et habere debebant ad omnia edificia sua construenda et etiam restauranda et ad comburendum de branchiis et de arboribus crosiis et ad omnia alia sibi necessaria infra cepta abbatie sue, ita tamen quod de dicta foresta nichil poterunt vendere sive dare, et ad grangiam suam, que vulgariter grangia dicitur de Bosco, et ad molendinum suum de Brollio, in quo sunt due rothe, et ad molendinum dau Gramares, in quo similiter sunt alie due rothe.

Habebant insuper et habere debebant in dicta foresta pasturagium animalibus suis, exceptis equabus et equis, capris et ircis, tam in hieme quam in estate. Quapropter volumus, mandamus et precipimus ut abbas et monachi monasterii supradicti in predicta foresta usum lignorum de cetero habeant et pasturagium animalibus suis, prout superius est expressum, exceptis defensis nostris, videlicet : Broil Gaultier et la Grant Lande, que est inter le Broil Gaultier et Noe Brune, in qua landa ipsi possunt habere ad pasturagium octo boves, exceptis etiam de dicta foresta lo Motos, lo parc d'Olone, La Pulante, les haires dau chasteau d'Olone, lo buisson de la Pironière, lo buisson Joscelun, lo buisson de Sainct Martin, la Veillere, l'essart Hieyn, lo boquestau de Borgenest, et les plaisses d'environ la fourest; ita tamen quod si alia foresta ad tantam deveniret inopiam quod supradicti abbas et monachi in ipsa non possint invenire sufficienter usagium suum, prout superius est expressum, ex tunc in dictis defensis sine contradictione aliqua possint usagium suum explectere.

Item, roboravimus et voluimus et confirmavimus omnia quecumque abbatie S. Crucis de Thalemundo, quocumque tempore, vel a quocumque emptionis vel donationis vel commutationis alicujus titulo vel quocumque modo pervenerint, nonobstantibus aliquibus litteris contra jura predicte ecclesie a nobis vel ab alio impetratis, salvo jure alieno.

Ita quod contradictores istius confirmationis quod absit, si aliqui inventi fuerint indignationem Dei sentiant et iram ejus incurrant et angelus Domini, nisi resipuerint, persequatur eos ita quod descendant in infernum viventes.

Et ne ista confirmatio posset aliquo violari, presentem cartulam sigilli nostri roboravimus munimento, et ad majorem rei certitudinem venerabiles viri S. Michaelis de Heremo et Loci Dei in Jardo abbates ad petitionem nostram sigilla sua presenti cartule impresserunt in veritatis testimonium et munimen. Actum anno gratie M°CC°XL°VIII°

 

5. Mai 1276.

A tous les fidèles du Christ qui verront les présentes lettres, Gui, vicomte de Thouars, sgr de Talmond et de Vihiers, salut en Nôtre-Seigneur.

Sachez que le prieur du prieuré de Sainte-Marie-de-Bourgenet et ses prédécesseurs, en vertu de la donation faite par nos ancêtres, ont tenu, de toute antiquité, paisiblement et librement, dans la forêt d'Orbestier, le droit de pacage pour tous leurs troupeaux et bestiaux, et celui de panage pour tous leurs porcs et truies, avec droit de prendre dans ladite forêt leur chauffage ainsi que le bois nécessaire pour la construction et réparation de leurs édifices et pour tous leurs autres usages.

Le prieur nous ayant offert de prouver cette donation par le témoignage de plusieurs personnes dignes de foi, l'enquête minutieuse à laquelle nous nous sommes livré a constaté de la manière la plus évidente la vérité du fait. En conséquence, désirant défendre les droits du prieuré de Bourgenet, et les conserver intacts le mieux qu'il nous sera possible, nous voulons et accordons, en notre nom ainsi qu'en celui de nos héritiers et successeurs, que le prieur de Bourgenet et ses successeurs jouissent des susdits droits de pacage, panage, chauffage et tous autres usages dans notre dite forêt d'Orbestier paisiblement, librement et perpétuellement.

En outre nous donnons, cédons et confirmons à perpétuité audit prieur et à ses successeurs, une pièce de terre que chacun de nous disait être sienne sise en ladite forêt, à la Gandivière, près des anciennes cultures du prieuré, tenant à l'herbergement de ladite Gandivière, entre la route conduisant de la Meilleraie à Saint-Jean-d'Orbestier, et celle par où l'on va du Port a la Pironnière; avec tout le droit que nous avions en ladite terre, sauf celui de justice.

De plus, ayant vu et examiné avec soin deux chartes d'hommes nobles et de bonne mémoire Guillaume et Savari de Mauléon, non cancellées, non abolies ni viciées en quoi que ce soit [la première du mois de février 1213 et la seconde du mois de septembre 1224], par la teneur de ces présentes, nous acceptons, approuvons et confirmons ces deux chartes avec tout ce qu'elles contiennent.

 Enfin nous donnons, livrons et cédons en pure et perpétuelle aumône, par donation entre vifs, au prieur de Saint-Martin-de-Chaon (6) et à ses successeurs, l'usage dans la forêt d'Orbestier, c'est-à-dire le droit de pacage pour tous les béliers, brebis, chèvres et boucs du prieuré, avec leurs suites.

En témoignage de laquelle chose, et de tout ce qui précède, nous Gui, vicomte de Thouars susdit avons donné auxdits prieurs et prieurés, savoir de Sainte-Marie-du-Bourgenet et de Saint-Martin-de-Chaon, ainsi qu'à leurs successeurs, les présentes lettres scellées de notre sceau.

Donné au mois de mai, l'an de l'incarnation du Seigneur 1276.

 

 

 

1712 Le père Montfort visite l'évêque de Luçon Jean-François Salgues de Valdéries de Lescure (7 juin 1699-23 juin 1723), envoie Grignion de Montfort sur l'ile d'Yeu<==

 

L'évêque de Luçon apprenant les succès prodigieux de Montfort à la Rochelle, appela le zélé missionnaire dans son diocèse, et le pria d'aller donner une mission à l'Ile- Dieu, comme plus destituée de secours religieux.

L'apôtre répondit à cette invitation, et se rendit d'abord aux Sables-d'Olonne, puis 11 à Saint-Gilles, où ce n'est qu'à grand'peine qu'il décida un maître de chaloupe à opérer la traversée, l'Ile-Dieu étant de tous côtés infestée de corsaires.

La barque, en effet, faillit être prise. Les vaisseaux ennemis étaient déjà à portée de canon ; les matelots tremblaient, tandis que Montfort priait et chantait des cantiques.

Comme l'effroi était général : Ne craignez rien, mes chers amis, leur dit l'homme de Dieu, notice bonne Mère la Sainte Vierge nous a exaucés; nous sommes hors de danger. — Hé ! s'écrie un matelot, l'ennemi est sur nous ! — Ayez de la foi, mes chers amis, répliqua Montfort, les vents vont changer. Et c'est ce qui arriva. Voyant tout à coup les vaisseaux ennemis virer de bord, tout le monde respira enfin, et l'équipage, cette fois, ne se fit pas prier pour chanter avec lui et de bon cœur le Magnificat. C'est ainsi qu'on aborda heureusement à l'Ile-Dieu.

Montfort y fut reçu comme un homme extraordinaire; le clergé et le peuple allèrent le recevoir sur le rivage, et la mission s'annonça sous les plus heureux auspices. Les habitants, en effet, se montrèrent avides de l'entendre, et suivirent ses avis avec une docilité parfaite. A l'exception du gouverneur et de quelques-uns de ses amis, tous voulurent profiter de ces jours de salut.

Là, comme ailleurs, le serviteur de Marie établit la récitation du Rosaire, et même en trois chapelles situées sur différents points de l'ile. Il lit aussi planter une croix sur une éminence. Une pierre énorme, que plusieurs hommes ne pouvaient remuer, se trouva faire obstacle ; on rapporte qu'il suffit au missionnaire d'y mettre la main pour la faire rouler en bas, comme une petite pierre : on aime encore il la montrer aux étrangers, en rappelant le pieux souvenir qui s'y rattache : car Montfort a laissé dans l'ile une réputation de sainteté que les années n'ont pu détruire.

Il quitta l'Ile-Dieu, et, le 12 mai de cette année 1712, fête de l'Ascension de Nôtre-Seigneur, il se trouvait, selon sa promesse, à la Garnache, pour bénir la chapelle de Notre-Dame-de-la- Victoire.

Il fut comblé de joie en voyant que toutes les saintes pratiques de la mission étaient encore en vigueur dans cette excellente paroisse. Il se borna à en ranimer la ferveur par quelques jours de retraite. Au jour de la bénédiction, la chapelle se trouva trop petite pour contenir la foule ; il fallut prêcher en plein air. Pendant le sermon survint une pluie abondante ; mais les pieux auditeurs, loin de se disperser pour chercher un abri, ne voulurent même pas se couvrir, par respect pour la parole de Dieu. Le saint prédicateur menaça de se taire si l'on persistait à rester la tête nue, et c'est alors seulement que ces hommes de foi cédèrent et se couvrirent.

Montfort bénit la chapelle et la sainte image qu'il y plaça, et ce lieu ainsi sanctifié est encore aujourd'hui un rendez-vous de pèlerinage, célèbre dans la contrée.

Les habitants de la Garnache, qui s'étaient distingués par leur docilité et leur attachement au saint missionnaire, lui en donnèrent une dernière marque en le conduisant processionnellement jusqu'à Sallertaine, où il allait prêcher une mission.

Mais l'accueil qu'il reçut d'abord dans cette dernière localité fut loin d'être sympathique. Il entra à Sallertaine au milieu des rires et des huées ; quelques-uns même lui jetèrent des pierres. Pendant que le curé, avec une poignée d'hommes, s'était porté au-devant du missionnaire, des libertins avaient fermé les portes de l'église, et ils s'attendaient à une déconvenue quand Montfort s'y présenterait; mais, à leur grand étonnement, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes en présence de l'homme de Dieu.

Cependant la mission commença le lendemain, et aux larmes qui coulèrent de tous les yeux, dès le premier sermon, on put pressentir quels en seraient les fruits. Ils furent, en effet, merveilleux : le saint missionnaire se fit tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ ; sans parler de ses autres œuvres, il accommoda plus de cinquante procès et ménagea plus de cent réconciliations ; Sallertaine changea de face.

Aussi cette population qui l'avait si mal accueilli voulut-elle réparer ses premiers torts, et le conduire, à son départ, jusqu'à Saint-Christophe-du-Ligneron, éloigné de plus de trois lieues.

L'infatigable apôtre y arriva le 11 juin. Outre les prodiges ordinaires de grâce qui l'accompagnaient, il donna en ce lieu plusieurs preuves de l'esprit prophétique dont il était doué. Un usurier et sa femme refusant de se rendre à ses sollicitations et de brûler les contrats usuraires faits à leur profit, Montfort leur prédit que leur postérité s'éteindrait sous peu, qu'ils mourraient misérables et n'auraient même pas de quoi payer leur enterrement. « Oh ! répliqua la femme d'un ton moqueur, il nous restera toujours bien 30 sous pour payer le son des cloches. » — «Et moi, répliqua Montfort, je vous dis que vous ne serez pas honorés du son des cloches à votre enterrement ! » Tout se vérifia de point en point. Ces gens avaient deux enfants qui se marièrent et moururent tous deux sans postérité ; le père et la mère ne leur laissèrent que des dettes, et ayant été enterrés tous les deux le jour du Vendredi-Saint, la mère en 1730 et le père en 1738, ils durent être privés du son des cloches.

Nous ne citerons qu'un autre fait. Le serviteur de Dieu étant un jour allé chez le sacristain, nommé Cantin, trouva sa fille Occupée à boulanger. Il lui demanda si elle était toujours fidèle à offrir son travail à Dieu, et comme celle-ci lui répondait ingénument qu'elle y manquait bien quelquefois : — « N'y manquez jamais », reprit-il. — Puis il se mit à genoux, pria, bénit la pâte et s'en alla. Quand on voulut mettre au four, il se trouva de la pâte pour trois fournées.

Vie populaire du vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort / par l'abbé J. Gaignet,...

 

Chapelle

 

Pèlerinage Notre-Dame de Bourgenet

A l’époque de la Révolution, le prieuré appartint à de nouveaux propriétaires qui permirent aux gens des environs de venir prier aux pieds de la statue de Notre-Dame de l’Espérance.

 

En 1777, la présence de religieux n’est plus attestée, selon un rapport du curé de  St Hilaire de Talmont : il nous montre un sanctuaire dans un état de dénuement et de délabrement complet et il n’est plus question de la présence de religieux.

La pierre de l'autel fut emportée pour servir de manteau de cheminée, mais elle se brisa lorsqu’on voulut la placer. Les autres pierres furent transportées vers de nouvelles constructions et le lieu saint envahi par les épines ne vit venir vers lui que les chèvres et les moutons. Qu’était devenue la statue ? Un miracle de la Vierge la fit discerner. Une année de grande disette où le blé était fort rare, il ne diminuait pas en quantité dans le grenier de l’hôpital de la ville des Sables-d’Olonne, malgré la consommation habituelle. D’où venait ce prodige ? Sans aucun doute de la présence de la vieille statue de Notre-Dame de l’Espérance mise là en sûreté. Immédiatement la statue fut retirée de sa cachette et placée sous une niche dans le jardin de l’hôpital.

 

1818 Fondation de la Congrégation des Soeurs des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie (Mormaison) a été fondée par le père MONNEREAU, curé de la paroisse des Brouzils, pour l’éducation des enfants et des jeunes après les guerres de Vendée.

Bientôt la supérieure du couvent des Sœurs de la Sagesse, aidée de dames charitable fit construire au bord de la mer une petite chapelle où la statue fut placée et honorée sous le vocable de Notre-Dame de l’Espérance de Bourgenay.

De suite elle y reçut la vénération des habitants des Sables, surtout des marins.

 Un autre prodige fut attribué à Notre-Dame de l’Espérance. Par une année de sécheresse extraordinaire, la population des environs vint en procession à Bourgenay. Après d’instantes prières, après que le prêtre officiant eut trempé le bâton de la bannière paroissiale dans la mer, comme pour y puiser l’eau, le ciel se couvrit de nuages et répandit une pluie bienfaisante.

 

Le Comte de BEAUMONT et sa famille, très attachés au culte marial, font reconstruire le sanctuaire et édifier la chapelle.

Aidé par le clergé de Saint- Hilaire-de-Talmont et par les bonnes volontés du pays, par les hommes qui prirent la pelle, la pioche, la truelle et le marteau par les femmes qui transportèrent la pierre, la crypte fut dégagée et sur les anciennes fondations s’éleva la chapelle.

Elle fut bénie solennellement le 25 août 1871 par Mgr Collet, devant une grande foule.

 

Depuis 1874, devenue lieu de culte et de piété populaire, elle ne cesse d’accueillir des pèlerinages renommés dans la région.

Le savant abbé Baudry, curé du Bernard, recueillit en 1874, dans une petite notice, ce que la tradition et l'histoire ont pu sauver de ce pèlerinage ancien, récemment restauré.

Notre-Dame d'Espérance, plus connue sous le titre de Notre-Dame de Bourgenet, sur la paroisse de Saint-Hilaire de Talmont, au bord de l'Océan, était la chapelle d'un prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Maillezais, dont elle partagea les vicissitudes.

 Espoir des marins en détresse, elle leur tendait son bras et sa protection. De là son nom.

Quant à son origine, elle remonte au onzième siècle, sinon plus loin.

Elle serait, d'après la légende, avec Orbestier et la Meilleraye, l'une des trois chapelles bâties par la reconnaissance de trois princesses qui échappèrent miraculeusement au naufrage.

La construction primitive, la forme de la crypte, accusent nettement l'architecture romano-byzantine.

Les bienfaiteurs de la chapelle et du prieuré furent les princes de Talmont, Guillaume, Savary et Raoul de Mauléon, auxquels succédèrent les seigneurs de Thouars, et enfin les ducs de la Trémoïlle..

Le district des Sables vendit la chapelle le 23 juin 1791, et la statue fut jetée à la mer ; mais les flots, qui la ramenèrent au rivage, noyèrent peu après, par un temps calme, les deux marins coupables du sacrilège.

Rendue à son sanctuaire, la vénérable statue disparut en 1814, et fut portée à l'hôpital des Sables, gouverné par les Filles de la Sagesse.

Elle y resta quelque temps sans honneur; mais, à la suite d'une grâce obtenue, ces pieuses filles du Bienheureux Montfort lui bâtirent sur la plage, à l'extrémité sud du Remblai, une coquette chapelle, où Notre-Dame de Bourgenêt continue de recevoir l'hommage des marins sous le titre de Notre-Dame de Bonne-Espérance.

 Cependant l'antique chapelle et son pèlerinage semblaient pour toujours voués à l'oubli. De la chapelle primitive l'insouciance ou la cupidité avaient fait une sorte de carrière, où chacun puisait à son gré. Mais en Vendée les ruines se relèvent toujours. Quand les murs eurent disparu sous l'herbe et qu'il ne resta plus que la crypte, à peine soupçonnée, Dieu permit qu'un homme de coeur en devint propriétaire.

M. le comte de Beaumont, aidé par le clergé de Saint-Hilaire de Talmont et le peuple d'alentour, prit l'initiative, d'une restauration complète.

 Quelques semaines suffirent à déblayer les ruines, à restaurer la crypte et à bâtir une élégante chapelle.

Le 25 août 1874, à l'appel de Msr Colet, évêque de Luçon, plus de dix mille Vendéens, et neuf paroisses en procession, vinrent célébrer cette résurrection inattendue.

Si nous ne craignions de réveiller une douleur qui n'est pas endormie, nous parlerions du regret, mêlé à la joie des pèlerins, qui ne voient plus, dans sa chapelle rebâtie, l'antique statue de Notre-Dame de Bourgenet...

Revue du Bas-Poitou

 

En 1891, est construit le château attenant à la chapelle.

En 1892, la statue de Marie Immaculée Conception est érigée sur le sommet du clocher clocher telle un phare pour les marins qui rentrent au port.

Tournée vers l'Océan, elle sert au marin de point de repère à ses yeux et à son âme. Mademoiselle Antoinette de Beaumont ajouta au sanctuaire un transept et une nef. Avec sa façade ornée de deux jolies tourelles, sa nef gracieuse, sa crypte romane, avec ses deux autels et ses deux tombeaux avec les nombreux ex-voto qui tapissent ses murs, avec le chemin de croix donné par le Pape IX, avec sa piété, son souvenir et les précieuses indulgences qui l’enrichissent, ce sanctuaire est profondément vénéré par les âmes vendéennes.

En 1896, la chapelle est agrandie pour atteindre sa dimension actuelle.

En 1911, à la demande de Melle de Beaumont, une communauté de sœurs des Sacrés-Cœurs arrive à Bourgenay pour ouvrir une école.

En 1926 Melle Antoinette de BEAUMONT lègue le domaine à la Congrégation des Sœurs des Sacrés-Coeurs avec mission de faire vivre la chapelle et ses pèlerinages.

En 1943, 20.000 pèlerins y vinrent.

 

 

Notre-Dame, Reine de France B. Clénet

https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-nd-de-lesperance-de-bourgenay-a-talmont-st-hilaire

 

II. L'Étang de la Chignardière.

Co-propriétaires, par portions inégales, d'un étang situé près de Poiroux, au sujet duquel ils étaient en procès depuis plusieurs années, un chevalier et un abbé transigent, vers 1210, de la manière suivante (7) :

A tous ceux qui voient ce présent écrit, la présente page déclare qu'une contestation existant entre l'abbé et les moines de Bois-Grolland, d'une part, et Guillaume Fauveau, chevalier, de l'autre, au sujet de l'étang de la Charnardère, moyennant la grâce de Dieu, auteur de la paix, et par le conseil de braves gens, probi homines, à la fin ils se sont accordés comme il suit : volens, probablement avec Richard-Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, alla se recommander et s'associer aux prières des moines de Sainte-Croix, nostrum venit in capitulum, ut se fratrum orationibus commendaret et sociaret. Cartul. de Talmond, n° 388.

 

Guillaume Fauveau ne fera écouler l'eau dudit étang, par ses rigoles, qu'une fois par an, entre la Pentecôte et la Saint-Jean-Baptiste et s'il ne le fait à cette époque, il ne pourra exercer ce droit que l'année suivante.

 A la susdite date seulement, les poissons qui sortent de l'étang appartiendront audit sgr, excepté que lorsqu'il voudra vider ledit étang, il en préviendra un jour d'avance les moines, qui feront mettre à chacune desdites rigoles une bourgne ; tous les poissons qui s'y prendront appartiendront aux moines. Lorsque, l'étang vidé, on cueillera la rouche, ils en auront une moitié et ledit chevalier avec ses hommes, l'autre.

Ce fut fait à Poiroux, en l'église de Saint-Eutrope, en présence : de Guillaume d'Apremont, alors sgr de Poiroux et de Rié ; Raoul de la Pérate, abbé de Talmont ; Durand et Pierre de l'Airablaye, Pierre Veher de la Chapelle Hermier, chevaliers Guillaume de Poiroux et Pierre Oudre, sergents de Guillaume d'Apremont, et plusieurs autres.

Pour donner à cette transaction une force incontestable, les deux parties ont voulu que la présente charte fût confirmée par les sceaux du sgr Guillaume d'Apremont et de l'abbé de Talmond.

 

III. La Chaume.

La Chaume parait avoir été une paroisse dès le milieu du XIe siècle.

Elle fut donnée au monastère de Sainte-Croix de Talmond par les puissants seigneurs et princes qui l'avaient fondé, dans l'enceinte même de leur château cependant on ne la trouve mentionnée que beaucoup plus tard.

Voici la traduction littérale des deux intéressantes chartes de l'année 1218, dans lesquels elle parait nommée pour la première fois.

L'importance du bourg de la Chaume y est prouvée par la création de deux foires, dont les droits devinrent un des principaux revenus des moines chargés du service religieux dans l'église qui était consacrée à Saint-Nicolas, patron des mariniers.

L'auteur de ces deux chartes est le plus célèbre de tous les Poitevins qui ont vécu dans le premier tiers du XIIIe siècle.

 

1.

Tous les faits confiés aux lettres et à la voix des témoins trouvent dans leur mémoire des garanties de durée sachent donc tous que moi Savari de Mauléon, prince et seigneur de Talmond, pour le salut de mon âme et de celles de mes parents, ainsi que de mon oncle Guillaume, j'ai donné et concédé, à titre de pure et perpétuelle aumône, en l'honneur de Dieu, de Sainte Marie, de Saint Nicolas et de tous les Saints, au monastère de Sainte-Croix de Talmond et aux religieux de cette abbaye servant Dieu en l'église de Saint-Nicolas de la Chaume, mon fief appelé le fief des Vieilles Vignes et Plantes, situé près de la Chaume.

Tous ce que j'avais en droits et domaine dans ledit fief, je l'ai donné et concédé aux moines sans y retenir, pour moi, mes héritiers et mes sergents, aucun droit de propriété ni aucune redevance.

Quand cette donation fut faite, le droit de bailliage de tout le fief était entre mes mains, parce qu’il n'y avait plus de sergent; mais la moitié du fief ayant été donnée en douaire, par mon défunt oncle, a sa femme Béatrix [de Machecou, dame de la Roche-sur-Yon], l'abbaye n'aura la jouissance de cette moitié qu'à la mort de sa veuve.

J'ai aussi donné et concédé aux mêmes moines, pour leur nourriture, six setiers de froment par an sur les terrages qui se lèvent dans ma terre d'Olonne. Si ces terrages produisent moins de six setiers, on y suppléera avec le bled qui sera le meilleur après le froment.

En outre j'ai donné et concédé, aux religieux de la Chaume : 1° un des hommes de mon fief dudit lieu, nommé Bernard, et son héritier, affranchi à perpétuité de toutes les coûtumes et exactions qu'il me devait, ainsi que tout ce qu'il possède ; 2° la charge, chaque jour, d'une bête de somme, en branches et en bois mort, pour leur chauffage dans ma forêt d'Orbestier, et le droit d'y prendre, sur la désignation de mon sergent, les arbres nécessaires pour la reconstruction de leurs édifices ; 3° avec le consentement des pêcheurs, 12 deniers en monnaie courante, à lever, le jour de la Saint-Nicolas d'hiver [6 décembre], sur chaque bateau de pêche existant au port d'Olonne.

 Fait publiquement, dans l'église de Saint-Nicolas de la Chaume, entre les mains de Dom Raoul de la Pérate, alors abbé de Talmont, l'an de l'incarnation du Seigneur, 1218 en présence de Guillaume d'Apremont, seigneur de Poiroux, Guillaume, seigneur de la Mothe [Achard], R. Guienin, P. Veillet, sénéchal du Talmondais, A. prieur d'Olonne, J. aumonier dudit lieu, et plusieurs autres.

Pour que cette donation ait autant de force que de durée, j'ai voulu et fait confirmer cette charte par l'apposition de mon sceau.

 

2.

Sachent tous, soit présents soit avenir, qui verront la présente charte, que moi Savari de Mauléon, prince et seigneur de Talmond, ayant pris le signe de la croix vivifiante et prêt à me mettre en route afin de secourir la Terre Sainte, je donne et concède, pour le salut de mon âme et de celles de mes parents, à Sainte Marie, à la chapelle de Saint-Nicolas de la Chaume et aux moines de Sainte-Croix de Talmond qui la desservent, en pure et perpétuelle aumône, deux foires qui seront tenues annuellement, l'une le jour de la Saint Nicolas d'hiver et l'autre au .mois de mai, le jour de la translation dudit saint.

J'ai en outre donné aux religieux de la même chapelle un emplacement pour construire une maison dans les sables qui sont au-dessus du port plus entre le port et le fief de vignes de la Tour, l'emplacement d'un nouveau village, dans lequel ils pourront recevoir des hommes venant non pas de ma terre mais d'ailleurs. Ils seront à perpétuité quittes et francs de toutes taille, corvée et exaction, excepté de la coûtume de la pêche, qui m'est due par tous les pêcheurs, sauf par celui d'entr'eux que j'abandonne pour le service des moines de Talmont; le tout sans rien réserver à moi, mes héritiers ni mes sergents.

Fait publiquement en [l'Ile de] Ré, l'an de l'incarnation 1218 ; étant témoins Raoul de la Pérate, abbé de Talmond, Arnaud, prieur de la chapelle de la Chaume, Guillaume d'Apremont, seigneur de Poiroux, Guillaume de Nuaillé et P. Giraud mon sénéchal du Talmondais.

Et pour que cette donation ait autant de force que de durée, &. &.

Le texte latin de ces deux pièces est imprimé, sous les nos 441 et 442, dans le cartulaire de Sainte-Croix de Talmond. Au n° 457 se trouve une charte du susdit Guillaume d'Apremont, par laquelle, en la même année, lui et sa femme Ermengarde donnent aux chapelles de Notre-Dame du Breuil et de Saint-Nicolas de la Chaume tout le droit et domaine qu'ils ont sur un fief nommé la Joburgerie (8).

La part de la chapelle du Breuil dans le revenu de ce fief sera annuellement de 25 sous, qui devront être consacrés à l'entretien d'une lampe; le reste du revenu est affecté à la chapelle de la Chaume, sans destination spéciale.

Ces trois documents sont les seuls qu'ait conservés le cartulaire de Talmond sur l'antique paroisse devenue le faubourg de la ville qu'elle a vu s'élever, depuis un peu plus de quatre cents ans, à l'abri et sur le sommet de la dune qui dominait le port d'Olonne.

 

 

IV. La Meilleraye.

Les religieux de l'Ordre de Grandmont, nommés généralement les Bons-Hommes et dont l'abbaye-mère était en Limousin, avaient leurs maisons situées sur le bord et même au milieu de grandes forêts.

Leurs deux prieurés en Bas-Poitou se trouvaient l'un dans celle de Rocheservière (9) et l'autre dans celle d'Orbestier, partie attribuée à la paroisse du Château-d'Olonne. C'est par erreur que le Pouillé du diocèse de Luçon, page 115, fait de ce dernier une dépendance du monastère de Fontevraud.

On ne connait sur le prieuré de la Meilleraie qu'une seule charte, d'après la copie, faite au XVIe siècle et certifiée par Lejardinet et Morisson, notaires, qu'on a découverte récemment aux Archives de la Vendée.

Avec le nom de ses fondateurs [Henri II, roi d'Angleterre, duc de Normandie et comte d'Anjou, et Aliénor sa femme, duchesse d'Aquitaine] cette charte de Savari de Mauléon donne, en n 1223, des défaits intéressants sur les droits et domaines des Bons-Hommes (10) qui ont le plus contribué, par le travail de leurs bras, au défrichement de la forêt d'Orbestier. ==> L’Ordre de Grandmont sous la protection des Plantagenêt

Soit connu de -tous, présents et avenir, que moi, noble homme Savari de Mauléon, seigneur de Talmond, j'ai causé, à divers égards, de nombreux et grands dommages à religieux hommes les frères de l'Ordre de Grandmont qui habitent la maison de la Meilleraie, sise dans ma forêt d'Orbestier : 1° je les ai privés de l'usage de la partie du bois comprise dans leurs fossés tandis qu'en vertu de la donation à ceux faite par le roi Henri II et sa femme Aliénor, avec le consentement et la volonté de leur fils Richard Cœur de Lion, lesdits religieux peuvent, s'ils le veulent, vendre ou donner à qui que ce soit, en totalité ou en partie, la susdite portion de bois pour l'exploiter l'arracher ou la livrer à la culture ; 2° je les ai, outre ce qui précède, privés du droit d'usage complet qu'ils ont de faire et prendre dans ma dite forêt tout ce qui leur est nécessaire.

Enfin animé de repentir, et après avoir pris conseil de quelques hommes pieux, leur avouant que non-seulement pour ce qui précède mais à plusieurs autres égards j'ai fait tort aux susdits religieux, acquiesçant à leurs salutaires avertissements et désirant pourvoir au salut de mon âme, j'ai voulu et accordé que les susdits frères, désormais et à perpétuité, puissent user dudit bois, en tout ou en partie comme ils le voudront et quand il leur plaira, pleinement et ainsi qu'il est dit ci-dessus. Je veux, en outre, qu'ils puissent librement faire conduire ce qu'ils exploiteront dans ledit bois à travers toute ma terre, sans aucune opposition de ma part ni de celle de mes successeurs.

Et pour qu'à l'avenir il ne puisse surgir ou éclater aucune contestation entre moi ou mes forestiers, d'une part, et lesdits frères, d'autre, j'ai voulu et accordé que dorénavant : 1° ils aient en dehors de leurs fossés extérieurs, tant du côté des terres que de celui du bois trois pieds de largeur pour refaire lesdits fossés et dont ils jouiront en pleine propriété ; 2° ils aient le droit, qu'ils réclamaient, d'avoir et de prendre dans ladite forêt tout ce dont eux et leurs hommes auront besoin, nonobstant quelconques deffens faits ou à faire ; 3° tous leurs bestiaux, de quelque espèce qu'ils soient, puissent aller paître et se nourrir dans toute ma forêt, sans payer aucune redevance à mes forestiers, et nonobstant quelconques deffens, comme il est dit ci-dessus.

En outre j'ai concédé et confirmé perpétuellement auxdits religieux toutes les autres redevances qui leur ont été données par défunts Henri II et Richard Cœur de Lion, rois d'Angleterre, savoir 4 setiers de froment dans mon aire seigneuriale, et deux sur les défrichements 40 sommes de vendanges dans mes fiefs des Grices ; la dîme de tout le pain qui se consomme dans le château de Talmond et au Château-d'Olonne, soit en ma présence soit en mon absence ; le pré de la Vieille Meilleraie, situé dans ma forêt susdite, à côté de la maison des mêmes religieux, avec les sources y existant; le droit de pouvoir, à travers ma forêt, conduire l'eau desdites sources à leur maison et en user comme il leur plaira ; le droit de séparer leur dit pré de ma forêt par une clôture, et de le défendre comme leurs autres biens.

Enfin je donne et confirme auxdits religieux :

 Gautier Bordi, de 1'lle-d'Olonne ; P. Garnier, de Jard Hugues Landri et Aimeri Grès, du Château-d'Olonne ; G. Garnier et Rivalon Breton, d'Olonne Payen, des Sables; Guillot, pêcheur, et Rainaud Biron, avec tous leurs héritiers et toutes leurs appartenances et possessions, libres et exempts, sur terre et par eau, de tous service, taille, pontage, péage, passage, vinage, fossage, host chevauchée et autres coûtumes, et de toutes choses et occasions appartenant à moi ou à mes successeurs en sorte que lesdits hommes soient tenus envers lesdits religieux à tout ce dont ils étaient auparavant tenus envers le souverain de ce pays.

Toutes ces aumônes et autres donations, faites du à faire à l'avenir, dans mon fief, par qui que ce soit, je les donne, confirme et prends sous ma' protection, garde et défense et celle de mes successeurs, comme mes choses propres.

Et dans la crainte que tout ce qui est dit ci-dessus puisse être à l'avenir diminué ou détruit par de méchants successeurs, j'ai confirmé la présente charte par l'application de mon sceau.

Fait l'an de l'incarnation du Seigneur 1223, au Château-d'Olonne.

 

 

V. -Les hommes liges de l'abbaye d'Orbestier.

Excepté chez les Colliberts de Maillezais, il ne paraît y avoir eu en Bas-Poitou aucune trace de servitude personnelle pendant tout le moyen-âge.

Les chartes nombreuses par lesquelles un homme, avec sa famille et ses biens, est donné soit à une communauté soit à un individu n'avaient pour effet que de transmettre à un second maître les services résultant de concessions faites par le premier.

On l'a vu formellement écrit dans la charte précédente, à la suite du don, par Savari de Mauléon, aux religieux de la Meilleraie de dix hommes habitant leur voisinage; on le comprendra encore mieux par la lecture des chartes suivantes.

En 1225, deux hommes sont aussi donnés par Savari de Mauléon à l'abbaye d'Orbestier. Nous ignorons ce que devinrent les héritiers du premier, appelé Achard mais notre seconde charte montre, en 1282, les quatre petit-fils de l'autre homme, Aimeri Barenger le Vieux, ayant racheté, à raison d'une rente perpétuelle de 30 livres, eux, leur postérité et leur biens de toutes les charges et obligations auxquelles ils étaient tenus envers l'abbaye d'Orbestier. Avantageuses à ceux qui en étaient l'objet, quand elles les faisaient passer du joug violent, ou tout au moins capricieux, d'un seigneur féodal sous la domination régulière de gens d'église, ces substitutions pouvaient être suivies de rachat à un prix modéré, par exemple, comme ici, 7 livres 10 sous par personne.

Remarquable comme document en langue vulgaire, la charte de 1282 indique le nom sous lequel on désignait alors les individus cédés comme le furent Aimeri Barenger et sus descendants. Elle les appelle hommes liges, titre appliqué aussi par un suzerain au vassal tenant de lui un fief, et qui enlève à lui seul toute idée de servage aux dons d'hommes que l'on rencontre si fréquemment dans les chartes poitevines du XIIIe siècle (11).

 

1. –1225.

A tous les fidèles du Christ auxquels le présent écrit parviendra, Savari de Mauléon, noble homme, salut.

Il est convenable, et conforme à la raison, de transmettre ses actes à la postérité, par le secours de la plume, afin que, recommandés par le témoignage des lettres, ils n'éprouvent pas les inconvénients de l'oubli

. En conséquence, par l'attestation du présent écrit, je veux faire connaître à ceux qui sont et qui seront que, moi Savari de Mauléon, j'ai donné et concédé à l'abbaye de Saint-Jean-d'Orbestier, pour le salut de mon âme et de celles de mon père, de mon oncle et de mes amis, Achard et Étienne Barenger, avec leurs héritiers et avec tout le droit que j'avais et pouvais avoir sur lesdits hommes.

L'abbaye les possédera à titre de pure et perpétuelle aumône, librement et paisiblement, sans qu'ils aient désormais à rendre aucun service à moi ni à aucun de mes successeurs. Et afin qu'elle ne puisse être à l'avenir, et de la part de qui que ce soit, molestée au sujet de cette donation, j'ai corroboré la présente charte par l'apposition de mon sceau.

Ce fut fait au Château-d'Olonne, l'an de grâce 1225.

 

2. Avril 1282.

A tous ceulx qui cestes présentes lettres verront et orront, Aymeris Barengers le Jeune, filz et hers feu Aymeri Barengers le Veil, et Estiene Barengers, Jehan Barengers et Nicolas Barengers, frères, filz et hers à feu Estiene Barengers le Veil ; li quau feu Aymeris et feu Estiene diz Barengers furent frères et filz et hers à feu Estiene Barengers, noustre heou, saluz en Nostre Seigneur.

Sachent touz que cum mon sire Savari de Mauléon, chevaler sires au temps de Thalemond et daus appartenances, pour la rédemption de s'arme, eust donné, octroyé et laissé, avant qu'il alast de vie à mort, à Dieu et monsgr Saint Jehan d'Orbestier, et à l'abbé et au convent d'icelluy mesme leu, toute la droiture, toute la seigneurie et tout quant qu'il avoit et avoir pouhoit et devoit sur ledit feu Estiene Barengers, nostre heou, et sus toutes les soes choses, quelque part qu'elles fussent, qu'il tenoit daudit seigneur, comme à biain, à taillée, à desme, à terrage et à aucune autre devoir que ce fust, à tenir, à aver et à expleiter de l'abbé et dau convent dessus diz, et de Jours successours ensément, franchement, quiptement et paisiblement, et à faire leur volonté plenère en toute chose à tous temps mais durablement et en après la mort daudit feu Savari, lidiz feu Estiene Barengers, nostre heou, et lidiz feu Aymeri et feu Estiene diz Barengers, ses filz devensissent hommes liges audit abbé et au convent de de Saint Jehan d'Orbestier, et tensissent lesdittes choses d'eux, dont li abbez et li convent dessusdiz les voulissent sègre en içau usage et en içau expleit comme ledit feu seigneur qui leur fit le don les soleit maintenir et expleiter, en la manière qui dessus est dite pour pluseurs contens et pour pluseurs périlz qu'il peuhssent sourdre et avenir en aucun temps audit Estiene Berengers, nostre heou, et à touz ses hers descendans de sa char, en quelque manière que fust, vindrent à la parfin à ung gré et à ung accort, entre l'abbé et le convent de Saint Jehan d'Orbestier d'une part, et lidiz feu Estiene Barengers, nostre heou, pour li et pour ses hers, d'autre, en tau manière.

 Quar lidiz feu Estiene et ses hers descendans après lui, sur toutes les leurs choses rendréent et paieréent à chascun an, perpétuellement, à l'abbé et au convent dessusdiz trente sols de la bonne monnoye courant de annuel ferme ou de annuau rende par troys termes devisez, c'est assavoir : dix sols à la Saint Michea, et dix sols a Nau aproys ensegant, et dix sols [à Pasques] après ensegant.

Et comme li abbez et h convent dessusdiz ayent heu et receu par longtemps, par long expleit et par longe tenue, lesdiz trente sols par les troys termes dessus devisez daudit feu Estiene nostre heou, et daudit feu Aymeri et daudit feu Estiene diz Barengers, ses filz, et de nous autres ensément dessus nommez ; et pour ceu que nous ne vosisson que toutes les noz choses, quicunques elles soient ou puissent estre, chéguissent en 'aucun temps qui pohust avenir emprès nostre mort entre les mains à l'abbé et au convent dessusdiz, pour raison daudiz trente sols qui ne leur eussent esté rendu ne payez au termes dessus devisez, pour faulte de nos hers, nos Aymeris Barengers, Jehan et Nicolas diz Barengers, dessus nommé, faison assavoir à tous quar nous tous, communaument, d'un gré, d'un octroi et d'un assentement, que nos hers qui noz choses tendréent et expléteréent après nostre mort, fussent filz ou filles,…… seient tenuz a enterigner……. lesdiz trente sols a l'abbé et au convent de Saint Jehan d'Orbestier et a les lour rendre et paier aus termes dessusdiz, en la manière que dessus est devisé.

Et avons juré sur les saints evangiles Nostre Seigneur touché corporaument nous tous communaument dessus nommé, à tenir, à garder, à entérigner et acomplir bien et leaument iceste convenance en tous les diz et la teneur de cestes lettres, en la manière qui est dicte et divisée, sans rien y enfraindre ; et que encontre ycest nostre fait nous ne vendrons, ne autres par nous, par nulle raison que nous i attendissons à aver par nul temps mais, par nulle manière. Et pour ceu que ceste chose soit plus ferme et plus estable, nous Aymeris, Estienes, Johans et Nicolas diz Barengers, dessus nommez, tous d'un octroy et d'une volonté, por nous et por nos hers, en avons donné et octroyé à l'abbé et au convent de Sainct Jehan d'Orbestier cestes présentes lettres, séellées et confirmées, à nostre requeste, dau seyau de la court au dayen de Thalemondoys, en garentie de vérité.

Ceu fut fait et donné en l'an de grace Nostre Seigneur mil deus cens quatrevings et deux, en moys d'avril.

Les deux chartes qui précèdent, et la suivante aussi, proviennent du Cartulaire d'Orbestier, manuscrit des Archives du département de la Vendée. Notre collègue, M. le comte de la Boutetière vient d'en publier le texte complet, dont nos extraits démontrent l'importance pour l'Histoire du Bas-Poitou.

 

VI. Les Sables-d'Olonne.

Voici, à n'en pas douter, une des plus anciennes chartes dans lesquelles il soit parlé des Sables-d'Olonne, Sabula Olone, comme réunissant déjà un certain nombre de feux.

Avant 1285, nous y voyons déjà un bourg, s'élevant sur un terrain que son propriétaire donnait à bâtir moyennant un cens peu élevé, et avec concession de divers privilèges. II y demeurait notamment un taillandier. Celui-ci mort, sa maison passe à l'abbaye d'Orbestier, qui l'afferme au bourgeois dont la maison est contiguë, par bail perpétuel et à raison de la somme, forte alors de 8 sous par an plus 6 deniers payables au propriétaire du bourg.

 Celui-ci, Geoffroy de Chateaubriant, parait avoir été le fils ou petit-fils du baron qui, étant passé du service du duc de Bretagne à celui du roi de France, fut autorisé par Saint-Louis à remplacer par des fleurs de lys les pommes de pin représentées sur l'ancien écusson de sa famille.

A tous ceux qui les présentes lettres verront, André, alors humble abbé de Saint Jehan d'Orbestier, et le couvent du même lieu, salut en celui qui est le vrai salut de tous.

Sachez que nous, ayant bien pesé et considéré notre profit et celui de notre monastère, et pour l'augmenter, nous livrons et cédons à Guillaume Roteron, bourgeois des Sables-d'Olonne, et à sa femme Plantive, la maison, avec ses dépendances, que nous possédons audit lieu, entre celle desdits Guillaume et Plantive, d'une part, et celle de Péraud Gilbert, d'autre, dans le fief et domaine de noble homme le sgr Geoffroi de Chateaubriant, chevalier ladite maison et ses dépendances ayant appartenu à défunt Barbereau le Taillandier.

Cette cession est faite moyennant une pension ou ferme annuelle de 8 sous, payable à nous ou à notre mandataire, aux Sables-d'Olonne, la veille de Noël, par lesdits Guillaume et Plantive ainsi que par leurs héritiers et les héritiers de ceux-ci et à la charge par eux de payer annuellement, à la même époque, 6 deniers de cens audit noble sgr Geoffroy de Chateaubriant sans être tenus, à cause des dites maisons et appartenances, à aucun autre devoir, service ni pension, etc., etc.

Fait au mois de mai 1285.

 

 

Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

Les Seigneurs de Talmont, Famille de Mauléon <==

==> L'abbaye de Notre-Dame de Lieu-Dieu-en-Jard, fondée en 1196, par le roi d'Angleterre, Richard Coeur-de-Lion.

==> 1222 Litige entre l’abbaye Saint-Jean d'Orbestier et l’abbaye de Lieu-Dieu-en-Jard d’un don de Richard Cœur de Lion

==> Archéologie : Ruines et légende du château de Bélesbat de la cité engloutie dans le Pagus d'Herbauges.

==> 1er avril 1776, le Château des GRANGES-CATHUS vendu à la famille de Vaugiraud (Guerre de Vendée)

==> 2 Juillet 1914, La Roche-sur-Yon - Un curieux procès en revendication de propriété du château de Puygreffier

 

==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==

 

 


 

(1). Le texte latin a été imprimé par l'abbé Lacurie, Histoire de l'abbaye de Maillezais, pièces justificatives, p. 296; d'après la copie de Dom Fonteneau, vol. 35, fol. 101.

(2). Cette charte et les suivantes ont été conservées par une copie de l'historien Jean Besly, qui se trouve à la bibliothèque nationale, département des manuscrits, au volume 822 de la collection Du Puy. Cette copie est accompagnée d'une note intéressante, au moins en ce qu'elle ajoute un nom de prieur de Bourgenet aux quatre nommés par l'abbé F. Baudry, page 12 de son récit du pèlerinage du 25 août 1874.

Titre tiré du cartulaire de Maillezais, et produit par Jean Boursaud, religieux profès de l'église cathédrale dudit Maillezais, prieur de Bourgenest, le 24 janvier 1629; ledit prieur complaignant, pour les brosses, de Bourenest, contre plusieurs particuliers et M' Jehan Vieillon, ci-devant séneschal des Sables-d'Olonne.

(3) Notum sit tam praesentibus quam futuris quod ego Savaricus de Malleone dedi et concessi Deo et ecclesiae Beatae Mariae de Borgenest omnes apes totius forestae meae de Orbisterio in perpetuum possidendas, exceptis eis quae faciunt mel grepum : tamen tali conditione quod quicumque in illo loco prior extiterit, pro redemptione animae meae et parentum meorum, tam antecessorum quam succcssorum. habebit in perpetuum quatuor cereos omnibus missis illilminandos. Et ad majorem hujus roi certitudinem, praesenti cartultae sigillum meum apposui.

Datum apud portum do Olona, anno gratis: MCCXXIII, menso septembris.

(4). Nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur cette espèce de miel.

(5). Par son testament, daté du mois de mars 1250, Raoul de Mauleon, fils de Sayari, légua cinc solz de rente au prioré de Borc-Genest. V. Layettes du Trésor des chartes, tome 3, page 120, colonne 2.

(6). Paroisse de Girouard. L'abbé Aillery, dans son Pouillé du diocèse de Luçon, page 118, dit que ce prieuré dépendait de l'abbaye de Sainte-Croix-de-Talmond, dans le cartulaire duquel Chaon n'est cité que comme surnom de plusieurs individus. L'un d'eux, Willelmus de Chaone, avant son départ pour la Terre-Sainte, Iherosolimon ire

(7). Cartulaire de Bois-Grolland, pièce 136.

(8). Avant la publication du Cartulaire de Talmont, l'abbé F. Baudry avait imprimé le texte de cette charte aux pièces justificatives de sa Notice sur la chapelle de N. D. du Breuil. V. Annuaire de la Société d'Émulation pour 1863, pages 103 et 104.

(9). Par Thibaut Chabot, sgr de Rocheservière, et vers 1160, date approximative de la fondation de la Meilleraye. Sur le prieuré de Rocheservière, nous ne connaissons que la charte de confirmation délivrée par le fils du fondateur, nommé aussi Thibaut, le 19 février 1190.

(10).  Raoul de Mauléon leur légua 5 sous de rente, comme aux moines de Bourgenet.

(11). Voir notamment Archives historiques du Poitou, vol. 1, pages 79 et suivantes.