12 octobre 1428, Salisbury met le siège devant Orléans, touché par un boulet de canon, il meurt à Meung-sur-Loire le 3 novembre 2

Le duc de Bedfort (1), ayant obtenu du parlement anglais d'importants subsides, put réunir une armée qui débarqua le 1er juillet à Calais sous les ordres de Salisbury (2).

D'après Monstrelet, Salisbury, avant de s'embarquer lui-même, aurait envoyé d'Angleterre à Calais 3,000 hommes; ce seraient, sauf le nombre qui est exagéré, les Anglais qui devaient faire partie des 400 lances (3). Certains corps ne furent organisés que vers le milieu de juillet.

Débarqué à Calais le 1r juillet, le comte passe à Saint-Pol, Doullens, Amiens, et arrive à Paris.

Là furent tenus d'importants conseils pendant plusieurs jours.

 D'après Monstrelet, on y aurait décidé d'assiéger Orléans, après avoir soumis auparavant les petites places.

 

CHOIX D'ORLÉANS COMME OBJECTIF, AU LIEU D'ANGERS.

 Le choix primitif d'Angers et l'abandon de ce projet resteront toujours sans doute une énigme, car les faits militaires et administratifs sont pleins de contradictions.

On a parlé d'hésitations, de scrupules (4), de manoeuvres destinées à nous tromper sur le véritable point d'attaque.

Les hésitations n'étaient guère dans les habitudes des Anglais.

Les scrupules chevaleresques ou religieux, n'avaient point empêché Bedford de dépouiller à son profit personnel le duc d'Alençon, qui depuis 1424 avait été prisonnier comme l'était le duc Charles d'Orléans; pas plus qu'ils n'avaient détourné Henri V de se faire donner un royaume par son beau-père en démence, au détriment de son beau-frère.

M. Vallet de Viriville (5) parle d'un traité formel conclu à Blois, aux termes duquel les domaines du duc d'Orléans devaient être respectés. Salisbury lui-même, avant de quitter l'Angleterre, aurait pris des engagements. La Chronique de l'établissement de la fête (6) dit qu'il aurait reçu et accepté à ce propos la promesse d'un joyau de 6,000 écus d'or. Il y aurait eu alors une véritable forfaiture ; et on s'expliquerait mal que le comte de Salisbury ait pu paraître le principal instigateur, contrairement à l'avis de Bedfort, du projet contre Orléans.

Il était bien inutile de chercher à nous tromper : Charles VII était dans une situation telle que toute attaque était pour lui l'équivalent d'une surprise ; il avait peu de troupes mobiles, à peine quelques éléments organisés à diriger sur le point vraiment attaqué, quand on le connaîtrait.

Orléans, comme les autres villes fortes, était sur un perpétuel qui-vive ; et en tout cas la marche ne fut pas bien rapide, puisque Salisbury employa six semaines à aller de Janville à Orléans, qui n'en est séparé que par une journée de marche (29 août au 12 octobre).

On s'éloignerait peut-être moins de la vraisemblance en supposant un secret désir pour lequel Bedford aurait lutté, mais sans laisser paraître le motif d'intérêt personnel qui le guidait. On sait qu'il avait reçu en apanage le Maine et l'Anjou, qu'il en avait fait sa conquête propre, et qu'il s'en réservait les revenus en dehors de sa pension, sous la condition peu dispendieuse d'en payer les garnisons. On verra même qu'il ne supportait pas que cet apanage fût traité en pays conquis par les troupes du voisinage. Compléter sa conquête eût donc flatté à la fois sa vanité et son amour des richesses.

Il avait, si notre hypothèse est exacte, réussi à faire partager ses vues aux personnages influents d'Angleterre ; pas assez cependant pour faire adopter le plan de campagne qui paraissait s'imposer, lequel devait consister à marcher sur Angers, à travers la Normandie, le Maine et l'Anjou.

Aucun obstacle ne s'y serait rencontré, et le trajet par terre était beaucoup moins long que la ligne Calais-Paris-Chartres. .

L'objectif d'ailleurs n'était pas sans prix.

 

D'Angers on inquiétait Poitiers ; on coupait les communications de la Rochelle, seul port important sur l'Océan demeuré à Charles VII; et on tendait la main aux provinces anglaises du Sud-Ouest. Tours, Blois, Orléans, étaient compromis.

La possession d'Orléans ne devait pas rendre de moindres services. Elle faisait tomber lot ou tard toutes les places, grandes et petites, dont nous avons parlé, même Montargis et Châteaudun ; mettait Paris hors de toute atteinte ; tournait Blois; menaçait Bourges; et, par le voisinage des Bourguignons qui étaient à Auxerre, créait au milieu même de la France et de l'autre côté du fleuve qui la coupe en deux parties, un centre d'action très solide.

Tactiquement, c'est-à-dire à ne considérer que la ville elle-même, dont toutes les défenses étaient sur la rive du nord, et qui ne touchait à l'autre que par le fort des Tourelles assis sur l'avant-dernière arche du pont, Orléans assurait plutôt à son possesseur le passage du midi vers le nord, et la rive droite.

Mais au fond de ce grand rentrant de la Loire, avec les trois autres villes de Jargeau, Meung et Beaugency, c'était une vaste et excellente tête de pont stratégique vers le sud.

Il n'est donc pas étonnant que les hommes de guerre et les membres du grand conseil de Paris aient opté pour le siège d'Orléans, malgré les difficultés de l'entreprise. Précisément parce qu'elle était plus énergique et plus décisive, elle devait tenter les gens du métier ; le résultat en imposerait à tous, ennemis et amis peu solides.

Dans une lettre bien connue (7), le Régent parle du siège d'Orléans « entrepris Dieu sait par quel avis. » Bedford n'a donc consenti qu'à regret.

Il paraît incontestable que la décision fut tenue secrète ; car, alors que les opérations de Salisbury n'ont d'autre objectif possible qu'Orléans, on parle encore officiellement d'Angers.

Aux Etats réunis à Rouen le 8 septembre, c'est pour le siège d'Angers qu'une partie des subsides est demandée.

 C'est encore d'Angers qu'il est question dans les lettres du roi du 14 septembre, prescrivant le recouvrement de la première partie de l'aide octroyée (8). A cette date Janville avait été pris; Montpipeau et Meung, à quelques lieues d'Orléans, s'étaient rendus ; et les Anglais allaient bientôt s'emparer de Beaugency.

Dans les lettres du roi datées du 26 février 1429 (n. st.), il est dit que l'aide votée pour Angers a été reportée sur Orléans ; mais on n'indique, ni à quelle date précise, ni par quelle assemblée le virement a été fait. Force nous est donc d'accepter pour ce changement officiel une date indéterminée, comprise entre le 14 septembre 1428 et le 26 février suivant (9).

 

 

 

LA MARCHE DE SALISBURY (10).

— Rymer attribue aux Anglais 20,000 hommes sur pied en France, outre leurs garnisons, et Salisbury en aurait amené 5,000 autres d'Angleterre. Sur cet ensemble le Régent aurait donné au comte une armée de 16,000 hommes. Monstrelet évalue l'armée à 10,000 combattants.

Il fallait songer à laisser au passage quelques troupes dans les villes conquises, mais ce serait peu de chose. Nous n'avons aucune bonne raison de croire à un effectif beaucoup plus considérable que celui donné précédemment: le corps de Salisbury, 2,700 combattants; les 400 lances, 1,600 : total 4,300, non compris les pages, et peut-être un ou quelques milliers de Bourguignons ou de miliciens.

Salisbury rencontrait peu de résistance dans sa marche ; le 5 septembre, étant à Janville, il écrivait aux aldermen de Londres qu'il venait de s'emparer de 40 places, églises, châteaux fortifiés.

Il ne sera pas utile d'entrer dans le détail de ces petites opérations, mais il est bon d'en préciser l'ensemble.

Si Charles VII ne possède pas de troupes nombreuses à mettre aux champs, la multiplicité des petites garnisons est un danger que l'Anglais ne peut laisser derrière soi : car elles pilleront les convois d'argent et de vivres, et attaqueront au besoin les petits détachements de renfort.

De plus elles peuvent se jeter dans la place assiégée, par totalité ou fraction, au début ou à la fin du siège, comme fit Florent d'Illiers, quittant Châteaudun et apportant le 28 avril aux Orléanais et à Jeanne d'Arc le précieux appoint de ses 400 compagnons ; elles peuvent encore se joindre à une armée de secours.

Cette situation n'est pas spéciale à Orléans et à l'année 1428 ; et, d'une façon générale, à moins de pouvoir réussir de suite dans une attaque brusquée, on ne doit à cette époque s'approcher d'une ville forte que par une marche enveloppante, qui enlève ses points d'appui, coupe ses communications et ses ravitaillements, tombe dans le flanc des renforts venant à son aide, l'isole en un mot de tout secours, et y rejette les populations des campagnes voisines qui l'affameront.

C'est ainsi qu'avait procédé Henri V pour Caen et Rouen (11) ; et. que fait également Salisbury.

Il ne suit pas la route directe par Etampes, qui était libre, car il pouvait éviter même Janville et Toury. Il balaie au contraire, par lui-même et par ses lieutenants, un grand espace dont l'axe, assez semblable à une courbe géométrique bien connue, passe par Rambouillet, Chartres, Meung sur la Loire en aval d'Orléans, Olivet au sud et Jargeau sur la Loire en amont.

Il vient d'abord à Nogent-le-Roi qui se rend à merci; les Français ayant abandonné Châteauneuf-en-Thimerais, Rambouillet, Bethencourt, Rochefort, il passe à Chartres qui était aux Anglais, et où un astrologue lui prédit sa mort; il parvient en juillet au Puiset, prend la forteresse d'assaut et fait pendre tous les prisonniers.

Une partie des défenseurs de Toury s'enfuient, les autres se rendent, et la place est brûlée.

Le siège est mis devant Janville, qui est battue par les bombardes et les canons, et prise d'assaut le 29 août, après s'être vu refuser la capitulation qu'elle demandait.

Neuf citoyens durent payer rançon (12).

Neuf hommes de la compagnie de Prégent de Coëtivy, défenseur de la place, furent emmenés prisonniers. Dirigés sur Paris, ils s'échappèrent et arrivèrent à Orléans mourant de faim.

Salisbury séjourna quelque temps à Janville, et y installa comme gouverneur le seigneur de Gray, son neveu, qui devait être tué devant Orléans.

 

LES SOMMATIONS.

— Avant de suivre Salisbury au-delà de Janville, il faut dire un mot des hérauts que de cette place il envoya par deux fois à Orléans (13). La teneur des messages n'est pas connue; et les petits cadeaux que le comte sollicita, et qui lui furent envoyés, sembleraient leur enlever un caractère très comminatoire.

Il est bien probable cependant que c'étaient là de ces sommations à la mode de l'époque, auxquelles la religion était mêlée, et que Jeanne d'Arc ne se dispensa pas de faire de son côté aux Anglais, lorsque le moment en fut venu.

Quand Henri V fut sous les murs d'Harfleur en 1415, au dire du chapelain du roi qui nous a laissé le récit du siège (14) : « le roi qui cherchait la paix et non la guerre, voulant couvrir encore plus sa cause du bouclier de l'innocence, offrit, conformément au chapitre XX du Deutéronome, la paix aux assiégés, à la condition que, librement et sans violence et selon leur devoir, ils lui ouvriraient leurs portes et livreraient la ville, noble portion héréditaire de sa couronne d'Angleterre et de son duché de Normandie.

Celle offre fut repoussée avec mépris et dédain. Alors notre roi, provoqué au combat bien malgré lui, prit Dieu à témoin de la justice de sa cause ; il rappela aux assiégés les peines auxquelles les exposaient d'après la loi divine leur endurcissement et leur rébellion. »

« Mais, avant d'en venir aux extrémités, il voulut essayer contre les rebelles l'emploi de moyens plus doux : nuit et jour, triomphant du sommeil, il fit sous les coups des assiégés dresser et disposer ses machines et ses canons... » Ces moyens de douceur consistaient en travaux et constructions d'approche formidables, d'où les assiégeants allaient bientôt écraser la malheureuse ville (15).

Le Deutéronome en effet, qui revient à chaque page sous la plume du chapelain, contient au chapitre XX un code de la guerre d'une rigueur inflexible. C'était bien le texte que devait invoquer Henri V. Ancien viveur, retiré des plaisirs par esprit de gouvernement ou lassitude physique (car il n'est pas certain que sa fin prématurée n'ait eu quelque rapport avec son existence antérieure), il était devenu d'une dévotion très formaliste qui devait lui gagner les bonnes grâces du clergé, dont les subsides lui étaient nécessaires. A Harfleur il fit porter processionnellement sous les murs les Saintes-Espèces, afin que la capitulation fût jurée d'une façon plus solennelle. A Caen, avant l'assaut, il entendit trois messes de suite, suivant sa coutume dans les grandes occasions, et fit dire qu'il avait vu dans le ciel une croix lumineuse. Sa piété édifiait les Anglais (16).

Depuis Wiclef (1329-1384) le pays s'acheminait insensiblement vers la constitution d'une église indépendante. Pour des esprits utilitaires comme les rois et les hommes d'état anglais, la suprématie du prince sur les évêques, la religion utilisée en dehors du pape (17) étaient un puissant moyen de gouvernement.

Jeanne d'Arc à son tour fit aux Anglais des sommations. Mais elle n'oublie pas que la loi d'amour a succédé à la loi de crainte ; elle parle du Christ et non du Dieu redoutable du Sinaï; d'expulsion à main armée, et non de supplices. Lorsque les Anglais humiliés et vaincus abandonnent le siège, elle contient l'armée et toute une population frémissante qui auraient avec elle culbuté le convoi en retraite et les combattants, comme elle devait les culbuter plus tard à Patay.

Exemple de mansuétude que ses ennemis étaient peu faits pour comprendre, et moins encore pour imiter.

 

 

SUITE DE LA MARCHE DE SALISBURY.

_ Les Anglais traitèrent avec les défenseurs de Meung et entrèrent dans cette ville en septembre; ils en fortifièrent le pont (18).

Montpipeau se rendit par capitulation le 5 septembre.

Des gens avaient été à Beaugency, qui trouvèrent la ville ouverte, et s'y logèrent; mais les ouvrages du pont sur la rive gauche et le château situé du côté de la Beauce se défendaient.

Le 8, Salisbury, voulant y faire transporter de Janville sans grande escorte (19) «ses canons et habillements, vint à grande puissance en bataille ordonnée faire visage devant Orléans, et là se tint jusques à la basse vespre pour empescher que Français ne fussent au-devant; pendant laquelle demeure son charroi passa. »

Le 25 septembre Beaugency capitulait, ainsi que l'abbaye; l'abbé et d'autres prêtaient serment aux Anglais.

 Cinq prisonniers furent rançonnés de 2 livres sterlings chacun; la ville paya une contribution de 2261. 2 s. 4 d. st.; du froment et de l'avoine trouvés dans le château furent vendus pour 33 l. 6 s. 7 d. ob. st. (20).

Vers le même temps Marchenoir s'était soumis, la Ferlé-Hubert s'était rendue par traité.

Dans le même mois de septembre, la piété des Anglais fut en défaut : Salisbury ayant envoyé un grand nombre de soldats à Cléry où était une église très vénérée, ceux-ci « la pillèrent, et les chanonies et autres là retirez, et y firent des maux innumérables. »

 C'était une double faute que d'exaspérer ainsi les vaincus, et de susciter en même temps dans leur coeur ce suprême espoir que Dieu outragé allait désormais combattre pour eux. La mort prématurée et singulière de Salisbury fut considérée par les contemporains comme une punition de cet attentat.

Au commencement d'octobre, Jean Pôle (frère de Suffolk) est envoyé à Jargeau, qui capitule le 5 octobre, et reçoit une forte garnison. Chàteauneuf-sur-Loire est pris.

Le 7 octobre J. Pôle part de Jargeau, et, après avoir logé à Olivet, vient batailler à la barrière Saint-Marcel.

A la suite d'une rude escarmouche, il fut repoussé et se relira vers Meung, où était le gros de l'armée.

 

PREMIÈRE PHASE DU SIÈGE D'ORLÉANS.

La délivrance d'Orléans a été beaucoup plus racontée que le siège lui-même.

Cependant les longs mois qui séparent l'arrivée de Salisbury de l'entrée de la Pucelle dans la ville, ont trouvé leurs chroniqueurs et leurs historiens. Mais on comprend qu'en l'absence de toute chronique anglaise, donnant d'une manière précise l'idée générale et les moyens d'action de l'attaque, tout n'ait pas été dit. On s'est peut-être aussi un peu trop abstenu, surtout parmi les historiens Orléanais, de comparer ce fait militaire si considérable avec d'autres du même genre qui l'ont précédé, et méritent également l'attention. L'oeil ébloui par un retour de fortune aussi inespéré que le fut, pour le pays tout entier, la délivrance d'Orléans, voit mal ce qui est en deçà.

 

Profil du Fort des Tourelles 2

Le siège comprend deux périodes.

Dans la première les Anglais occupent exclusivement la rive gauche de la Loire, et en particulier les Tourelles. A partir du 8 novembre, ils n'y emploient qu'un petit nombre d'hommes, les autres ayant été cantonnés à Jargeau, à Meung et à Beaugency.

La seconde commence au 30 décembre, par le retour du gros des troupes : c'est le siège proprement dit, sur la rive droite.

 

ORLÉANS.

La ville était trois fois moins étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui. Bâtie sur le bord du plateau qui domine la rive droite de la Loire, et sur le versant assez régulier qui y descend, elle n'était en aucun point ni dominante, ni dominée.

L'enceinte (21) formait un quadrilatère assez régulier; le côté sud bordait le fleuve, le côté nord lui était parallèle, ayant tous les deux environ 600 mètres; les autres, perpendiculaires, n'avaient que 500 mètres.

Sur les trois derniers les fossés toujours à sec mesuraient 13 mètres de largeur et 6 de profondeur. La muraille avait de 2 mètres à 2m50 d'épaisseur, et de 6m 50 à 10 mètres de hauteur. Elle était renforcée par des tours rondes à demi saillantes, de 10 mètres de diamètre et à trois étages, garnies à leur sommet de lucarnes et de machicoulis et distantes l'une de l'autre de 60 à 70 mètres.

A l'angle nord-est était la tour de la Fauconnerie, d'où relevaient les fiefs de l'évêché d'Orléans ; à l'autre extrémité de la même face, sur le bord du fleuve, la TourNeuve, donjon royal séparé des murs de la ville par un fossé de 14 mètres de largeur sur 7 mètres de profondeur, dont la contrescarpe était maçonnée (22).

La tour avait 28 mètres de hauteur, 7 mètres de diamètre intérieur et 5 mètres d'épaisseur de murailles.

Comme elle faisait partie du domaine royal, elle avait un capitaine nommé par le roi. Elle pouvait jouer un rôle important dans une sédition intérieure, mais les chroniqueurs ne lui attribuent pas, dans le siège de 1428, une action différente de celle des autres tours de l'enceinte, ni un armement supérieur. Il n'y avait pas là, comme dans beaucoup de villes, un château considérable, on dirait aujourd'hui une citadelle, où les gens de guerre fussent plus spécialement chez eux, et pussent se retirer après la prise de la ville. Nous indiquerons plus loin que ce contact continuel avec la population et cette communauté de sort futur paraissent avoir eu la meilleure influence.

Plan de la ville et du siège d'Orléans en 1428

Les cinq portes étaient munies chacune d'une herse et d'un pont-levis et flanquées de deux tours : porte Sainte-Catherine (29), à l'entrée du pont; de Bourgogne ou de Saint-Aignan (5), à l'est; Parisis (13) et Bernier (19), au nord; Regnart (21), à l'ouest.

 Devant chaque porte, et pour en interdire les abords à l'ennemi s'il descendait dans le fossé, était une cour-basse pavée, avec clôture latérale défensive. Au-delà, sur le sol naturel, avaient été organisés récemment autant de boulevards avec parapets et fossés, auxquels on a cru pouvoir assigner une forme rectangulaire, bien que le tracé angulaire (en redan) fût employé à cette époque, et paraisse plus rationnel. Il est vrai qu'ils étaient dominés d'assez près par les murailles pour que leurs abords fussent, dans tous les cas, bien battus.

M. Jollois a cru pouvoir faire figurer dans les défenses de la place 15 barrières disséminées dans les faubourgs, distantes de 300 à 400 mètres, ou plus, de l'enceinte et des Tourelles (23). Elles avaient pu, comme feraient nos barrières d'octroi, rendre précédemment des services au point de vue de la police urbaine et contre les coureurs ennemis et les maraudeurs. Mais après la destruction des faubourgs, n'étant plus appuyées qu'à des murs de clôture détruits et à des maisons incendiées, elles avaient tout autant d'importance qu'une porte au milieu d'un champ. Si elles avaient été organisées en postes avancés, ce que rien ne permet de conjecturer, elles n'auraient pu tenir, ni contre le tir de l'artillerie, ni contre les attaques de nuit et de jour ; et les escarmouches dont elles auraient été la cause, nous seraient connues.

Dans la ville, les rues pouvaient-être barrées par des chaînes, tendues de l'intérieur des maisons à travers les murs.

Les deux tours de Saint-Paul et de Saint-Pierre-Empont avaient leur guetteur, dont le service était payé 4 livres parisis par mois.

Le pont, en pierre, construit au premier tiers du XIIe siècle, avait 19 arches, une longueur de 350 mètres, et pour point de départ sur l'enceinte la porte Sainte-Catherine, dont les tours attenaient au Châtelet, ou château ducal.

 Après la 5e arche se trouvait une île dont la partie d'amont portait le nom de Motte-Saint-Antoine, et l'autre celui de Molle-aux-Poissonniers.

Lors de l'incursion anglaise de 1417, les Orléanais avaient établi sur l'île et le pont un ouvrage appelé bastille Saint-Antoine. Une chapelle et un hospice étaient construits sur les mottes, ainsi que des maisons ; et il y en avait aussi sur le pont.

Sur le pilier commun aux 11e et 12e arches était une croix très vénérée, appelée la Belle-Croix.

Le fort des Tourelles était bâti sur la dix-huitième arche. Ses deux tours, l'une ronde, l'autre polygonale, étaient reliées et prolongées vers la ville par un bâtiment sous lequel on circulait. Au- delà, sous un pont-levis, l'eau de la Loire passait librement.

Sur la rive les Orléanais avaient commencé à construire le boulevard dit des Tourelles.

En amont du pont, très près de la rive gauche, l'Ile aux Toiles, servait de point de débarquement aux assiégés, quand ils voulaient passer sur cette rive ; de là ils n'avaient plus qu'un petit bras du fleuve à traverser.

En aval et un peu plus bas que Saint-Laurent, la Petit ile Charlemagne servit aux assiégeants pour l'établissement d'un boulevard qui protégeait les communications d'une rive à l'autre.

 

FAUBOURGS.

 — Tout autour de la ville étaient des faubourgs renommés et très étendus, contenant un grand nombre de maisons de campagne, une maison canoniale, des couvents et 26 églises ; celui de la rive gauche s'appelait le Portereau.

Les assiégés, hommes de guerre et habitants, les incendièrent et les démolirent sans épargner aucun édifice. Cette destruction ou plutôt ces destructions, car elles eurent lieu en plusieurs fois, sont le point capital de la défense.

Ce n'est pas que le fait soit nouveau. Il a été de principe dans tous les temps que les abords d'une place doivent être absolument dégagés. On ne l'ignore point au moyen-âge. Mais, pendant la paix, les habitants vont chercher hors des murs l'espace qui finit toujours par manquer dans une ville forte, et les étrangers viennent se mettre sous sa protection ; les faubourgs s'élèvent.

Quand une attaque est imminente, on s'aperçoit du danger: les magistrats municipaux abattent les édifices qui peuvent favoriser l'ennemi, s'emparent des matériaux propres à réparer les fortifications, et des habitations qui peuvent être défendues. Ces mesures soulevaient des plaintes ; et Charles V, alors régent, prescrivit dans une ordonnance que les villes devaient aux propriétaires des indemnités pour les matériaux et les terrains dont elles se seraient servies (24).

En 1419, le Dauphin avait ordonné aux Orléanais de démolir leurs faubourgs (25). Ils ne s'empressèrent pas d'obéir, la ville n'étant pas menacée sérieusement d'un siège.

A Caen on avait commencé l'incendie, que les Anglais éteignirent ; par amour-propre local et par piété, on voulut épargner les deux magnifiques et vénérés sanctuaires de Saint-Étienne et de la Trinité. De leurs tours les Anglais firent des observatoires et des postes d'artillerie : on saisit combien les vues directes et le commandement étaient précieux pour l'artillerie d'alors; et combien il a été important, à toute époque, de voir ce qui se passe dans une ville assiégée, de quel côté se garnissent les murailles et se préparent les sorties.

L'expérience profita aux Rouennais, qui brûlèrent et rasèrent jusqu'au sol maisons et églises, abattirent, enlevèrent les arbres et mirent le feu aux broussailles.

Dans tous les sièges, des maisons et des édifices étendus comme des monastères eussent été utiles aux Anglais, qui perdirent souvent beaucoup de monde par les maladies, faute d'abris. Les bois des charpentes leur eussent servi pour leurs ouvrages. Toutes les constructions, surtout les plus solides, étaient comme autant de travaux d'approche qui leur permettraient d'arriver jusqu'aux murailles sans s'exposer aux vues, ni aux coups.

Les destructions furent faites à Orléans par l'avis des gens de guerre, du conseil et aide des citoyens (26), avec une grande abnégation de la part de ceux-ci, mais avec un sang-froid et une décision qui prouvent jusqu'à quel point on était résolu et bien informé.

Au Portereau, rive gauche, devant les Tourelles, l'incendie brûlait encore quand les Anglais arrivèrent le 12 octobre.

Sur la rive droite, vers la fin de novembre, on brûla et on abattit des maisons, chapelles, cloîtres, églises; mais la destruction ne fut achevée que le 29 décembre, veille de l'arrivée des Anglais sur cette rive.

Tant de sacrifices ne furent point inutiles: celle zone de désolation et de ruines fut une ceinture protectrice autour de la ville. Bien des escarmouches y furent livrées avec des succès divers; mais les Anglais n'osèrent s'y établir à demeure.

 Jeanne d'Arc put s'y promener à cheval librement, et voir si, de toutes les bastilles de l'ouest, il en était une qui méritât l'honneur de son attaque.

 

DÉFENSEURS D'ORLÉANS, GENS DE GUERRE ET HABITANTS.

 Comme lieutenant-général du roi sur le fait de la guerre, frère et représentant du prince apanagiste, le Bâtard d'Orléans (plus tard Dunois) était la plus haute autorité dans la ville.

Le gouverneur-bailli était Raoul de Gaucourt, homme de guerre célèbre, qui avait dirigé la défense d'Harfleur.

 

La ville était administrée par douze procureurs, élus pour deux ans par un vote à deux degrés ; comme elle jouissait du privilège très envié alors de se défendre elle-même, c'est-à-dire d'entretenir les fortifications, de payer les milices communales, d'acheter les armes, les munitions, les engins de défense, les approvisionnements (27), c'est à ces procureurs et aux habitants que revient en grande partie l'honneur d'une défense préparée et poursuivie avec tant d'intelligence et de patriotisme (28).

La population de la ville même venait de s'augmenter de celles des faubourgs détruits et d'une partie sans doute des environs les plus immédiats. On a évalué l'ensemble à 30,000 âmes.

Dans ce nombre il faut comprendre 3,000 hommes de milices organisées; mais on trouvait en dehors d'eux autant de bras qu'il en fallait pour tous les travaux, pour relever et soigner les blessés et au besoin pour défendre les remparts.

Le clergé ne fut pas au-dessous de sa mission dans ces circonstances difficiles. De tout temps il contribuait pour un sixième aux défenses de forteresse.

Le chiffre des gens de guerre venus du dehors, très faible au début, ne se serait pas élevé au-delà de 2,400 hommes ; ce qui donnerait avec la milice locale 5,400 combattants proprement dits.

Grâce au contact permanent que nous avons signalé, l'entente la plus profitable s'établit, " Et à la vérité combien que les bourgoys ne voulsissent au commancement et devant que le siège fut assiz, souffrir entrer nulles gens de guerrededans la cité, doubtans qu'ilz ne les voulsissent piller ou maîtriser trop fort, toutesfois en laissèrent-ilz aprez entrer lant qu'il y en vouloit venir, depuis qu'ilz congneurent qu'ils n'entendoient qu'à leur deffense, et se maintenoient tant vaillamment contre leurs ennemys. Et si estoient avec eulx très uniz pour deffendre la cité ; et par ce les départoyent entre eulx, en leurs hostelz, et les nourrissoient de telz biens que Dieu leur donnoit, aussi familièrement comme s'ilz eussent esté leurs propres enfans. » (Journal du siège.)

Au début du siège, un prince comme le Bâtard d'Orléans, un capitaine aussi énergique que Gaucourt, des gens de guerre les meilleurs et les plus fidèles qui restassent à Charles VII, ne pouvaient manquer d'agir heureusement sur le moral de la population et de la milice.

Plus tard c'est au contraire la population qui entraîne les hommes du métier à la suite de Jeanne d'Arc. Plus religieuse et plus disposée à croire à l'intervention divine, impressionnable comme l'est une foule et ignorante des lois de la tactique, elle se rue sur les pas de sa Libératrice.

Quand, le 6 mai, le gouverneur veut la retenir, peu s'en faut qu'elle ne lui fasse un mauvais parti. Les capitaines ne suivent d'abord que pour ne point paraître pusillanimes. Puis la foi leur vient aussi : l'ennemi le vit bien le jour même aux Augustins, puis à Jargeau et à Patay. Ces réactions successives maintinrent le moral de la défense à ce niveau élevé qui ne devait point se démentir.

 

 

ARMEMENT, ARTILLERIE DE LA DÉFENSE ET DE L'ATTAQUE.

Les anciennes armes de jet à grande puissance, balistes, catapultes... auxquelles on applique encore le nom d'artillerie, ne sont pas abandonnées, et les Orléanais en installent une très considérable au cimetière Saint-Paul ; mais on parle peu de leurs effets.

Les armes portatives de jet sont surtout les arcs et les arbalètes, celles-ci plus répandues dans l'armée française (29).

On fait une consommation énorme de flèches, traits, carreaux. On dit en plaisantant que, si l'action est vive, l'air en sera obscurci et que l'on combattra à l'ombre. Les comptes de la ville relatent à chaque page les sommes payées pour en faire fabriquer, en bois de frêne, les empenner. Le millier tout prêt fut payé 10 livres tournois. On en reçoit du dehors par trousses et par caisses. Quand il vint à Orléans à la fin d'avril, le Bâtard amenait 14,000 traits.

Les Anglais font venir leurs arcs, cordes d'arcs et trousses de flèches d'Angleterre, de Rouen et de Paris.

Les armes de main sont les guisarmes, hallebardes, piques, lances, massues, haches, couteaux, dagues, épées.

Pour se garantir des coups, on se sert de pavais, ou pavaz, larges boucliers qu'on tient devant soi quand on est à terre, et qu'on porte sur les épaules quand on monte à l'assaut. On a aussi des masques ou écrans appelés manteaux, montés sur roues, derrière lesquels on s'abrite. Quelques-uns ont des fenêtres ou créneaux, à travers lesquels on tire l'arc ou l'arbalète (30).

Armes, boucliers, échelles d'escalade, couleuvrines mêmes, sont souvent appelés du nom générique d'habillements de guerre.

Les armes défensives portées sur le corps sont les casques et les plates, ou plaques de fer battu tendant à remplacer les cottes de maille, qui couvrent les diverses parties du corps et s'articulent aux jointures.

D'après le prince Napoléon les archers anglais, aux XIVe et XVe siècles, n'ont pas d'armes défensives; si elles disparaissent, ce n'est pas seulement par ce que l'emploi de la poudre, surtout au temps des arquebuses, les rend inutiles; mais il devient impossible ou trop coûteux de se les procurer en grand nombre, et on veut rendre l'infanterie plus mobile.

L'artillerie nouvelle (à poudre) joue en 1428 un rôle prépondérant dans les sièges et considérable dans la guerre de campagne; si Jeanne d'Arc a fait admirer son habileté à l'employer, c'est qu'elle produit déjà, contrairement à une opinion accréditée à la légère, autre chose que de la fumée et du bruit (31).

Il serait absolument erroné d'en mesurer les effets aux conjectures théoriques auxquelles les plus savants en sont encore réduits, deux siècles après le siège d'Orléans (32).

« La poudre est composée de quatre forces élémentales... les éléments différents ne pouvant durer ensemble [il] est nécessaire qu'ils s'efforcent de saillir dehors, l'air s'adressant à l'air ; et le feu tiré de sa nature se travaille de monter en haut: encore qu'il soit acteur supérieur et excédant en pouvoir tous les autres; lesquels il convertit en soi, avant que de sortir. Au moyen de quoi vient à naître impétuosité si grande qu'il est nécessaire que la chose en laquelle cette poudre est réduite [renfermée], soit mise en pièces, ou que le plus faible vienne à céder au plus fort... »

Les villes qui sont souvent plus riches que les rois et tiennent beaucoup à leur privilège de se défendre elles-mêmes, sont bien pourvues d'artillerie : elles se prêtent leurs pièces comme fit Montargis pour Orléans; et les rois les leur empruntent (33).

Les canons et bombardes de gros calibre sont encore peu mobiles et ont de médiocres affûts; c'est à la défense des places qu'elles sembleraient donc être le plus propres, à ne considérer que leur état actuel de perfectionnement. Mais elles sont plus utiles encore pour faire les sièges. Aussi, malgré les difficultés du transport, les Anglais ont voulu se donner l'avantage du calibre.

Depuis Crécy, 1346, où les Anglais la montrèrent pour la première fois sur un champ de bataille, l'artillerie à feu de campagne est devenue d'un emploi habituel. Les riches républiques italiennes, les Gantois en 1382, les Liégeois en 1408, ont de très petits canons montés sur chariots ou brouettes. (Gustave Hue.) Là encore l'argent semble jouer un grand rôle dans les progrès de l'armement.

 A la journée des Harengs, il y avait de l'artillerie mobile, et les défenseurs d'Orléans en avaient avec eux dans leurs sorties (34). L'arme à feu réellement portative et tirée à l'épaule n'existe pas encore.

 

ARTILLERIE D'ORLÉANS.

 — Orléans a douze canonniers principaux payés par la ville qui ont chacun sous leurs ordres plusieurs servants, le fameux couleuvrinier, Jean de Montesclère d'il Jean le Lorrain, et un maître de l'artillerie du roi, qui a une compagnie de 15 hommes d'armes et 30 hommes de trait.

Il y a 71 pièces de calibres inégaux sur les tours et murailles (35). Une bombarde fondue pendant le siège lance des boulets de 120 livres. Ne sont pas comprises dans le nombre ci-dessus les couleuvrines, dont les plus petites, dit M. Loiseleur, ne pesaient pas plus de 12 livres. Le Journal du siège parle « d'innombrables engins, nouveautés et subtilités de guerre et plus que de longtemps auparavant il n'avait été fait devant nulle autre cité ». Malheureusement il ne les décrit pas. On fit des fusées et lances à feu, mais les détails importants manquent.

Les gros projectiles étaient en pierre, assez grossièrement arrondis, ceux des couleuvrines en plomb (plombées).

La poudre paraît s'être payée de 12 à 100 livres tournois, et plus, les cent livres. Orléans en achète et en fabrique. Le même poids de plomb coûte 5 livres tournois (36).

 

ARTILLERIE DES ANGLAIS.

— Nous avons vu avec Salisbury quatre maîtres canonniers et un directeur du matériel, John Parker de Chestunte, qui est peu connu, mais n'est pas un débutant: il a reçu des terres d'Henri V.

Philibert de Molans (Philbert de Moulant, de Moleyns), écuyer, était lieutenant du maître de l'artillerie et des ordonnances au siège du Mans, en juillet 1425. Il est maître lui-même en 1428, avec une retenue de 18 hommes d'armes et 54 hommes de trait, ou plus probablement de canonniers de diverses classes assimilés à ces catégories (37).

Le 14 janvier un crédit de 1,000 livres tournois lui est ouvert pour les dépenses de son office. (Document 23.)

En octobre 1431, il remplit encore les mêmes fonctions pour le siège de Louviers (38).

Guillaume Appilby (39), écuyer, était maître des ordonnances et artillerie au pays et duché de Normandie. Il avait avec lui, en permanence et sans doute pour l'escorte de son matériel dans les transports, un homme d'armes et 17 archers à cheval, tous d'Angleterre. Il recevait 15 livres par mois, ce qui était la solde normale de l'homme d'armes, et le double quand il était en campagne.

Il servit au siège d'Orléans et dans les opérations qui précédèrent. Le 19 janvier, entres autres sommes perçues pour son office, il reçut 4,900 livres tournois.

 

 

LE COMBAT D'ARTILLERIE.

— Sans doute il n'y a pas encore, comme de nos jours, plusieurs espèces de tir, classées d'après les moyens qu'elles emploient. Mais on peut déjà bien distinguer les effets : bombardement, démolition, action sur les troupes (40). La lutte d'artillerie à artillerie n'est pas signalée. Les pièces tiraient par d'étroites ouvertures percées dans les murailles, ou par des embrasures organisées sur les parapets en terre à l'aide de bois sciés, de fascines ou de tonneaux : il aurait fallu pour les atteindre une précision que ne pouvaient donner, ni les connaissances balistiques, ni la nature des projectiles aussi mal arrondis à la surface que mal centrés, ni la courbure considérable des trajectoires.

Il semble que la poudre, dont la force n'était que partiellement utilisée par le matériel en usage, ne devait pas être toujours en quantité suffisante dans les approvisionnements.

Ces restrictions faites, le combat d'artillerie est, sinon continu dans un siège de cette époque, au moins souvent renouvelé et très intense quelquefois.

A Orléans les portées relevées vont jusqu'à 800 mètres pour les pièces anglaises, dont les effets paraissent avoir été assez soigneusement enregistrés.

Le bombardement atteint le milieu de la ville, surtout les rues dont la direction est enfilée par les pièces des Tourelles et de la Turcie Saint-Jean-le-Blanc. Il ne produit pas des dégâts matériels considérables. Les projectiles lancés sous un grand angle tombent presque perpendiculairement, ils défoncent quelquefois des toits et des planchers; mais quand ils frappent des murs, ils doivent plutôt glisser que s'enfoncer, malgré l'énorme poids de 160 livres de quelques-uns. Une réparation faite à la charpente de l'Hôtel de Ville (lycée actuel), « de ce que les canons rompirent, » ne coûta que 58 s. 7 d. (41). Il y eut des morts et des blessés; mais, à en juger par le Journal du siège, ils ne furent pas très nombreux relativement au chiffre de la population et à une durée de siège de sept mois.

Jeanne d'Arc, dont on n'eût pas voulu exposer les jours inutilement, fut logée tout près de la porte Regnard (42), c'est-à-dire au point le plus assailli par les tentatives de vive force, et qui devait être le plus atteint par le bombardement, comme se trouvant sous le feu concentrique des bastilles anglaises.

Les effets moraux ne semblent pas avoir été très grands. Sans doute, malgré l'énergie qui l'animait, la première émotion dut être vive au milieu d'une population aussi dense, aussi lassée. Mais derrière des murailles on se familiarise assez vite avec les périls auxquels on ne peut se', soustraire, et que l'on reconnaît s'être exagérés au début. Les quartiers les plus dangereux ne paraissent pas avoir été abandonnés pour ceux de l'Est, qui durent être indemnes.

Les effets de démolition sont importants. Douze moulins sur bateaux, qui se trouvaient sur la Loire à la hauteur de Saint-Aignan, sont détruits dès les premiers jours.

Le fort en maçonnerie des Tourelles était déjà bien ébranlé quand les assiégés l'évacuèrent le 24 octobre; il est vrai qu'il avait pu être attaqué concentriquement et de près.

En janvier un boulet parti du boulevard Belle-Croix enlève le comble des Tourelles, et 6 Anglais sont écrasés par la chute des matériaux. Malgré les réparations soigneusement faites par les Anglais, un grand pan de mur fut abattu par la bombarde de la Croche de la poterne Cheneau. Il est possible que le fort bâti sur le pont même n'eût qu'une faible épaisseur de murailles ; et c'était devenu l'objectif de la défense : toujours est-il qu'on' dut, après le siège, le reconstruire en entier ; et il n'est pas dit que la destruction de plusieurs arches du pont ait ébranlé sa base (43).

Par contre, on ne voit pas que le mur d'enceinte ait éprouvé des dommages inquiétants, qu'il y ait eu seulement une brèche à demi praticable.

Les effets sur les troupes, dans le combat, sont considérables. On sait que Lancelot de Liste eut la tête emportée par un boulet qui n'était vraisemblablement destiné qu'à lui seul. Jean le Lorrain, le couleuvrinier, fit de nombreuses prouesses de ce genre. Il accompagnait toutes les sorties, et son arme y tomba entre les mains de l'ennemi : sa personne faillit bien à certain jour avoir le même sort.

Le 20 février, les assiégés ayant fait une sortie, les Anglais les repoussèrent « jusqu'au champ Turpin, qui est à un gect de pierre d'Orléans. Mais ils furent recueillis de canons, couleuvrines et autres traict que on leur gecta de la ville incontinent, tant espeissement qu'ils s'en retournèrent à grande hasle dedans leur ost et bastilles de Sainct-Laurent et autres là entour. » Si le Journal du siège, dont le passage est reproduit ici textuellement, a bien rendu la physionomie de cette escarmouche, l'action de l'artillerie est déjà très savante : par-dessus la tête des troupes amies ou latéralement, on tire sur les derniers rangs de l'ennemi, au moins sur ses réserves.

 

 

MINEURS ET TRAVAUX DE MINE.

Parmi les moyens d'action de l'attaque et de la défense il faut citer les mines et contre-mines. Cet art est très ancien (44); le feu grégeois y fut employé (comme substance incendiaire) ; mais on n'y utilise pas encore la poudre comme explosif. On creuse des galeries en les soutenant au fur et à mesure de leur avancement à l'aide de coffrages et d'étais.

Si on ne peut ainsi se frayer une voie d'accès dans la place, on se contente de faire écrouler le rempart en incendiant le système d'étayage (45).

L'assiégé pratique des contre-mines, et on se livre des combats souterrains.

Un curieux exemple en est donné par Monstrelet, à propos du siège de Melun en 1420 (46) : « Du côté du roi d'Angleterre fut faite mine sous la ville jusque près des murs. Les assiégés contreminèrent, et la mine fut effondrée (sans doute percée du bout, et non crevée au plafond) ; et il y eut des deux partis grand poussis de lances. Et adonc, du côté des Anglais, fut faite une barrière dedans ladite mine, en laquelle combattaient ensemble contre deux daulphinois (partisans du dauphin, c'est-à-dire de Charles VII), le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne, en poussant de lances l'un contre l'autre ; et depuis en continuant allèrent plusieurs chevaliers et écuyers combattre à la dite mine. Desquels y furent faits chevaliers, de l'hôtel dudit duc de Bourgogne, Jean de Hornes et Robert de Mamines. »

Évidemment cette mine était devenue non le lieu d'incidents de guerre ordinaires, car les assiégés eussent tout tenté pour tuer ou saisir par la force ou la ruse les deux chefs ennemis, mais un champ clos, où la lutte était soumise aux lois complexes que la chevalerie avait faites en matière de combats singuliers.

 On trouve au siège d'Orléans des exemples analogues, mais non dans les mines, de rencontres partielles, avec des conditions prévues à l'avance ; nous avons cité celui des pages.

Tous ces épisodes font bien voir que la guerre n'était encore nullement dégagée de cet esprit d'individualisme que la grande portée des armes, les gros effectifs et la discipline qu'ils nécessitent, paraîtront tuer peu à peu.

La chevalerie française en a été, et en sera bien des fois la victime. Cet esprit se transformera, mais sans disparaître, surtout en France ; et comme il restera toujours des bras vigoureux et des âmes bien trempées, on verra, sans parler de maintes provocations individuelles, des rois gagner ou défendre leur couronne l'épée à la main, et, pour l'honneur de la valeur française, des chefs d'armée combattre parfois au premier rang (47).

On sait que le corps de Salisbury renfermait dix mineurs. C'est par des travaux souterrains considérables que les Anglais amèneront les assiégés à abandonner le boulevard qui précède les Tourelles.

Dès le commencement de Janvier 1429 (n. st.), Blac Hémon, qui se qualifie maître mineur de l'Ost du Roi, et un autre maître, son compagnon, payés tous deux comme lances à cheval, ont sous leurs ordres 18 mineurs augmentés bientôt de 10 autres.

 

Cependant on ne voit pas que l'enceinte d'Orléans, sur la rive droite, ait été attaquée par la mine. Les Orléanais ont dû se préoccuper de ce danger. Il est impossible de contre-miner partout, et au milieu des mille bruits qui se produisent, de distinguer par l'oreille seule si le mineur de l'assiégeant s'approche des murailles. Dans les endroits où ce péril était à craindre, on plaçait des vases remplis d'eau; les rides de la surface trahissaient les ébranlements du sol (48).

Les assiégés découvrirent bien qu'un mur avait été percé en partie, mais on avait travaillé du dedans vers le dehors ; on cria à la trahison peut-être trop légèrement.

Les Anglais ne pouvaient, pour joindre la ville, partir en galerie de mine de leurs boulevards, c'est-à-dire d'une distance de 500 ou 600 mètres ; et il ne paraît pas qu'ils aient occupé d'une façon permanente et solide aucun point intermédiaire. S'ils avaient amorcé une mine de plus près, les assiégés auraient fini par le découvrir et quelque rude combat se fût livré en cet endroit. Ils avaient bien eux aussi des mineurs ; mais on ne voit pas qu'il y ait eu de guerre souterraine.

 

OCCUPATION DE LA RIVE GAUCHE.

Avec une armée plus nombreuse, Salisbury eût, sans doute, tenté de suite l'attaque de vive force sur l'enceinte, ou couronné au moins par un investissement immédiat la manoeuvre enveloppante qu'il venait d'exécuter de loin.

Mais pour répartir ses troupes autour des Tourelles et de la ville à la distance où furent les bastilles de l'Ouest, il lui aurait fallu occuper un périmètre de 7 kilomètres environ. Il ne pouvait le garnir qu'à raison d'un homme par mètre courant, ce qui exposait sa ligne à être aussi facilement rompue par les assiégés que par les secours du dehors. Le fleuve, en la coupant en deux portions inégales qui ne pouvaient s'entr'aider facilement, la rendait très faible, précisément du côté où elle aurait le plus à craindre.

Une fois maître des Tourelles, au contraire, Salisbury aurait sur la rive gauche une bonne position, facile à garder avec peu de monde.

Tel est au moins le résultat qu'il semble s'être proposé d'obtenir tout d'abord. Plus tard, sur l'autre rive, la ligne n'aurait plus qu'un développement de 4 kilomètres.

Nous nous bornerons à résumer les faits, qui sont bien connus (49).

Le 12 octobre Salisbury arrive au faubourg du Portereau, avec le comte de Suffolk, Jean Pôle, son frère, Scales, Faucamberge, le bailli d'Évreux, Gray, Molyns, Ponyngs, Ross, Glasdall, Lancelot de Liste, Gilbert de Halsall, Thomas Guérard, Guillaume de Rochefort et les gens des villes de Paris, de Chartres et de Normandie.

Quels étaient ces gens des villes de Paris, de Chartres et de Normandie dont parle la Chronique de la Pucelle, sans les faire connaître autrement? On serait tenté d'y voir des milices communales plutôt que des détachements des garnisons anglaises.

Les Orléanais avaient commencé le boulevard devant les Tourelles, et ils y besoignaient jour et nuit. Une partie du faubourg du Portereau avait été abattue, le reste fut incendié le matin même, ainsi que l'église et le monastère des Augustins, qui étaient assez voisins des Tourelles.

Les murailles n'en avaient pas été abattues, faute de temps sans doute (50). Les Anglais purent s'y loger et organiser une bastille.

Il y eut là bientôt des fossés profonds, des clôtures installées sur les talus, des canons et bombardes qui furent dirigés contre la ville et surtout contre les Tourelles.

Les Anglais tiraient aussi de la turcie de Saint-Jean-le-Blanc (levée défendant le terrain en amont des Tourelles contre les inondations) ; ils canonnaient la ville, ébranlaient les murailles; ils détruisirent les moulins du 13 au 17octobre.

Pendant cette période les Orléanais firent de nombreuses irruptions sur la rive gauche, entre les Tourelles et Saint-Jean-le-Blanc.

Le boulevard devant les Tourelles avait été construit surtout avec des fascines. Les Anglais l'attaquèrent par la mine, et les assiégés contre-minèrent.

Un assaut énergique, le 21 octobre, dura quatre heures sans résultat. Les femmes orléanaises y montrèrent un vrai Courage; quelques-unes prirent la lance. Les Anglais avaient des échelles. On jeta sur eux des cercles liés, des cendres chaudes, de l'huile bouillante. Il nous paraît donc impossible d'admettre pour ce boulevard les profils qui ont été imaginés par quelques auteurs : escarpes non revêtues, parapets à terre coulante (51) : l'emploi des échelles est significatif.

 

La mine fut reprise par les Anglais, et le 23 octobre ils n'avaient plus qu'à mettre le feu aux étais. .

Les Orléanais incendièrent eux-mêmes tout l'ouvrage, dont les matériaux et les abris eussent servi aux assiégeants, et se retirèrent dans les Tourelles, dont ils levèrent le pont.

Le fort était très ébranlé, et ne pouvait tenir longtemps.

 

Dès le 24 octobre, les Anglais assaillirent les Tournelles.

Ce châtelet était « peu garni de gens de fait, la plupart ayant été blessés en l'assaut du jeudi »

les Tournelles furent emportées après une faible résistance. La perte de ce fort, quoiqu'on eût dû s'y attendre, jeta beaucoup d'inquiétude et de tristesse dans la ville; on voyait trop le parti que les ennemis tireraient de sa possession.

Un heureux événement vint le lendemain faire diversion aux alarmes des Orléanais ce fut l'entrée d'un renfort que le bâtard d'Orléans et La Hire étaient allés chercher au loin; ils ramenèrent le maréchal de Boussac, le sire de Chabannes, sénéchal du Bourbonnais, le capitaine lombard Valperga, et huit cents hommes d'armes, gens de trait et fantassins français et italiens (25 octobre).

L'arrivée de ce secours, qui en présageait d'autres, et l'attitude des bourgeois et de la garnison avaient démontré à Salisbury la nécessité de cerner la ville et d'entreprendre un siège en règle.

Aussitôt après la prise des Tournelles, il avait donné le commandement de ce fort à sir William Glansdale (le Glacidas de nos chroniqueurs), un de ses meilleurs capitaines, qui « répara et renforça grandement » la forteresse et le boulevard abandonné, les garantit contre les irruptions des assiégés en coupant à son tour l'arche du pont la plus voisine, et y logea une puissante artillerie.

Mais Salisbury ne voulait plus se borner à battre la ville d'un seul côté et avait résolu de faire repasser sur la rive droite de la Loire une partie de ses troupes.

Un matin (c'était le 27 octobre), il monta avec Glansdale au second étage des Tournelles, « pour voir plus à plein la fermeture et l'enceinte du siège d'Orléans Monseigneur, lui dit Glansdale, regardez ici voire ville; vous la voyez d'ici bien à plein.

 Et soudainement, comme il disoit ces paroles, vint de la cité en volant une pierre de canon qui férit contre un des côtés de la fenêtre par où le comte regardoit ».

12 octobre 1428, Salisbury met le siège devant Orléans, touché par un boulet de canon, il meurt à Meung-sur-Loire le 3 novembre

Salisbury se rejeta vivement en arrière; mais les éclats de pierre que le boulet fit jaillir de la fenêtre le frappèrent à la face et lui emportèrent un œil et la moitié du visage il tomba tout sanglant aux pieds de Glansdale sur le corps d'un de ses chevaliers que le même coup avait tué roide.

« Les Anglais, bien dolents et courroucés, prirent ledit comte et l'envoyèrent à Meung le plus clandestinement qu'ils purent, auquel lieu il trépassa promptement (3 novembre). »

Il mourut en recommandant à ses capitaines de soumettre Orléans à quelque prix que ce fût  (52)

 

Les précautions des Anglais n'empêchèrent pas que la nouvelle de la mort du chef ennemi ne pénétrât dans la ville et n'y répandît l'allégresse on raconta que Notre-Dame elle-même avait dirigé ce boulet vengeur; qu'elle avait puni la profanation récente de sa célèbre église de Gléri pillée par les Anglais après la prise de Meung.

La confiance des assiégés dans la protection d'en haut en fut redoublée. La mort de Salisbury eut au contraire dans l'armée assiégeante et jusqu'en Angleterre un retentissement lugubre « plus vaillant homme que lui, dit Lefèvre de Saint-Remi, ne fut en Angleterre ni ne peut être sous le soleil ».

La perte de cet excellent homme de guerre n'abattit point cependant le courage des siens. Au lieu de pleurer leur chef, ils songèrent à le venger et à remplir ses dernières volontés. Ils délibérèrent de continuer plus « âprement le siège, sous la direction du comte de Suffolk que le régent donna pour successeur à Salisbury.

La première opération de Suffolk fut de ramener le gros de l'armée au nord de la Loire, suivant les intentions de Salisbury (8 novembre); un corps de troupes fut laissé à Glansdale, qui demeura chargé de garder les Tournelles et la bastide des Augustins au midi du fleuve.

Sur la rive méridionale furent encore établis deux autres bastides ou fortins, à Saint-Jean-le Blanc et à Saint-Privé, au-dessus et au-dessous des Tournelles, pour intercepter les passages par terre et par eau du côté de la Sologne; mais l'investissement du côté de la Beauce fut suspendu à plusieurs semaines encore: le mauvais temps empêchait apparemment les travaux de siégé.

Le gros des troupes anglaises resta cantonné dans les petites villes des environs, à Meung, à Beaugenci, à Jargeau, durant les mois de novembre et de décembre, tandis que Glansdale tenait incessamment les Orléanais en éveil par de furieuses canonnades quelques-unes de ses bombardes vomissaient des boulets de grès de deux cents livres.

Les Orléanais avaient aussi des pièces d'une dimension extraordinaire et de redoutables canonniers un « couleuvrinier de Lorraine, appelé « maistre Jehan », se signala entre tous.

Il entremêlait ses beaux coups de « gausseries » tout à fait gauloises (53)

Le comte de Suffolk mit ses gens en mouvement vers la fin de décembre le fameux capitaine Talbot lui avait amené du renfort, et le duc de Bourgogne, qui n'avait pris d'abord aucune part à cette campagne, venait enfin d'envoyer un corps de Bourguignons et de Picards joindre les Anglais.

Les Orléanais ne s'étaient pas trompés sur les projets de l'ennemi en le voyant repasser la Loire, et, dès le 8 novembre, ils avaient renouvelé et complété le douloureux sacrifice du Portereau par la destruction des faubourgs de la rive droite, « les plus beaux faubourgs du royaume », dit le Journal du siège.

 C'est la seule parole de regret qui échappe à l'écrivain anonyme dans son simple récit de ce grand dévouement.

Les villes de la Loire, Orléans surtout, depuis si longtemps étrangères aux maux de la guerre, avaient débordé en sécurité par- delà leurs vieilles enceintes romaines, et s'étaient entourées d'une verdoyante ceinture de maisons de plaisance et de jardins riants.

Tout fut détruit par la pioche et par les flammes, les maisons neuves et les vieux moutiers au pied desquels elles se groupaient on acheva, le 29 décembre, à l'approche de l'ennemi, le peu qui avait été épargné le 8 novembre vingt-six églises, entre autres la vénérable basilique de Saint-Aignain (54), le patron de la cité, avaient été mises à ras terre tant dans les faubourgs du nord que dans le Portereau.

Les Anglais arrivèrent le 30 décembre de Meung et de Jargeau Suffolk établit son quartier général dans le petit bourg de Saint-Laurent-des-Orgerils qui était alors à une portée de canon des murailles d'Orléans vers l'ouest, et de grands travaux furent commencés pour enclore la cité dans un cercle de bastides bien fortifiées et fossoyées.

Chacune des routes qui conduisent à Orléans fut coupée par un de ces petits camps retranchés on en compta jusqu'à treize, sept du côté de la Beauce, cinq du côté de la Sologne, et le treizième, qui liait ensemble les deux sièges et les deux rives de la Loire, dans une île du fleuve, l'île Charlemagne, entre Saint-Laurent-des-Orgerils et Saint- Privé.

Trois des bastides reçurent les noms de Londres, Paris et Rouen. Des sorties continuelles troublèrent les « besognes «des Anglais; chaque jour le sang coulait dans de violentes escarmouches tantôt les assiégés allaient audacieusement charger les Anglais jusque dans les lignes ébauchées de leurs boulevards tantôt les assiégeants tentaient de surprendre la ville par de nocturnes escalades.

De temps à autre, du bétail, des vivres, des munitions étaient introduits dans Orléans, malgré la surveillance de l'ennemi, et prouvaient aux défenseurs de la cité qu'on ne les oubliait pas au dehors Bourges et Blois surtout rivalisèrent de zèle pour envoyer des secours. Il en vint de bien plus loin, d'Auvergne, de Languedoc même.

Le 5 janvier 1429, le sire de Culant, amiral de France, arriva par la Sologne à la tête de deux cents chevaux il traversa au galop les ruines du Portereau, passa la Loire à gué sous les feux croisés des batteries anglaises, et entra dans Orléans aux acclamations populaires.

Le passage entre les bastides des assiégeants, la plupart inachevées encore, était périlleux mais non impossible pour compléter le blocus il eût fallu lier les uns aux autres ces forts détachés par des tranchées de circonvallation et de contrevallation.

Les Anglais l'entreprirent; mais la grande étendue des lignes à creuser et les difficultés que la saison opposait aux fossoyeurs ne leur permirent pas d'achever leur ouvrage, et ils ne réussirent point à intercepter entièrement les communications de la ville avec l'extérieur.

Le 27 janvier, Pothon de Saintrailles et plusieurs autres nobles et bourgeois que les habitants et la garnison avaient envoyés en députation au roi parvinrent à rentrer dans Orléans avec d'heureuses nouvelles ils annoncèrent que le comte de Clermont, répondant à l'appel adressé par les États-Généraux aux princes et aux vassaux de la couronne, était à Blois avec beaucoup de noblesse de Bourbonnais, d'Auvergne, de Berri, de Poitou, des auxiliaires écossais et d'autres troupes, et qu'il allait faire lever le siège.

Le bâtard d'Orléans s'échappa de la ville la nuit suivante pour courir joindre le comte à Blois et le presser d'agir.

Du 8 au 9 février, deux mille trois cents combattants français, gascons et écossais, commandés par le maréchal de La Fayette, le vainqueur de Baugé, par Guillaume d'Albret et par William Stuart, arrivèrent de Blois sans obstacle sérieux ce renfort était destiné à mettre les assiégés en état de seconder par une sortie formidable l'attaque des troupes de secours contre les positions anglaises.

 

Le bruit du départ d'un grand convoi expédié de Paris à l'année de siège par le duc de Bedford modifia les plans du comte de Clermont et de ses capitaines ils résolurent d'enlever ce convoi, qui consistait en quatre à cinq cents chariots remplis de farine et de harengs salés les bourgeois de Paris avaient été obligés de fournir les « vitailles », et les paysans des environs, de fournir les charrettes et les chevaux.

Sir John Falstolf, grand maître d'hôtel du régent, qui avait déjà conduit récemment douze cents soldats et beaucoup de poudre et d'artillerie à Suffolk, commandait une escorte composée de quinze ou seize cents soldats anglais et français et d'un millier d'archers et d'arbalétriers de la milice parisienne, gens robustes et adroits, recrutés parmi les restes de ce parti cabochien que ses aveugles passions rendaient l'instrument de l'étranger; le prévôt de Paris, Simon Morhier, le prévôt de Melun, le bàtard de Thian, bailli de Senlis, et d'autres « François reniés » accompagnaient le chef anglais.

Le comte de Clermont manda aux capitaines enfermés dans Orléans de lui envoyer un fort détachement vers Janville, sur la route d'Étampes à Orléans, que devait suivre Falstolf: les deux maréchaux de La Fayette et de Boussac, Guillaume d'Albret, Saintruilles, La Hire, William Stuart, sortirent d'Orléans avec quinze cents hommes d'élite, et devancèrent à Janville le jeune prince qui avait beaucoup plus de chemin qu'eux à faire.

Les Anglais approchaient du village de Rouvrai-Saint-Denis, cheminant sans aucun ordre, en pleine sécurité cette longue colonne d'hommes, de chevaux, de chariots, eût été probablement rompue et dispersée par une brusque attaque les défenses du comte de Clermont, qui dépêcha courrier sur courrier pour ordonner expressément qu'on l'attendît, arrachèrent une victoire presque assurée aux défenseurs d'Orléans les Anglais reconnurent le danger, et eurent tout le temps de s'apprêter à y faire face.

Ils se firent une sorte de parc avec leurs chariots; ils s'enfermèrent dans cette enceinte improvisée, n'y laissèrent que deux issues gardées, l'une par les archers anglais, l'antre par les compagnies parisiennes un rang de pieux ou pals aigus, suivant l'usage anglais, protégeait les hommes de trait contre la cavalerie et complétait l'enceinte.

Une vive escarmouche s'engagea entre les gens de trait des deux partis: « ceux d'Orléans » suivant la Chronique de la Pucelle, avaient amené plusieurs canons et coulevrines, « contre lesquels rien ne résistoit qu'il ne fût mis en pièces ».

 Sur ces entrefaites arriva l'avant-garde du comte de Clermont, formée principalement d'Écossais sous les ordres de lord John Stuart, « le connétable d'Ecosse », comme on l'appelait: le gros de la gendarmerie du comte se montrait dans le lointain.

Ordre avait été donné aux gens d'armes de ne pas descendre de cheval; mais, quand les Écossais virent les Anglais, ils ne voulurent rien entendre: ils sautèrent à bas de leurs chevaux, et coururent l'épée au poing à l'entrée du parc gardée par les archers d'Angleterre le bâtard d'Orléans et d'autres jeunes chevaliers les suivirent, pendant que les Gascons de Guillaume d'Albret fondaient au galop, têtes baissées, sur les compagnies parisiennes les chevaux des Gascons allèrent s'empaler sur les pieux qui couvraient le front de la milice de Paris; Guillaume d'Albret fut tué avec beaucoup de ses Gascons les autres tournèrent bride et jetèrent le désordre dans le reste de la cavalerie.

Les Anglo-Bourguignons sortirent alors en masse de leur « enclos », et enveloppèrent les Écossais et ceux des Français qui avaient mis pied à terre: le bâtard d'Orléans fut blessé; le connétable d'Ecosse et son frère William Stuart furent tués ainsi que plusieurs capitaines français et quatre à cinq cents hommes d'armes.

Le comte de Clermont était assez près pour les secourir ou les venger à la tête d'une nombreuse noblesse « il n'en fit onc semblant », et, sous prétexte qu'on avait engagé le combat et mis pied à terre contre son ordre, il fit honteusement volte-face sans coup férir du côté d'Orléans, avec trois ou quatre mille chevaux qui raccompagnaient.

Une partie de ses gens se dispersèrent les restes du détachement sorti d'Orléans, ralliés par La Hire et Saintrailles, furent obligés de suivre le mouvement du comte, et cette armée en déroute se présenta vers la nuit aux portes de la cité les Anglais lui tuèrent du monde à son passage entre leurs bastides s'ils eussent connu son sanglant échec et son profond abattement, ils l'eussent chargée à fond et dissipée sans peine (12 février').

 Les bastides ennemies retentirent de cris d'allégresse, quand les assiégeants surent l'événement de la bataille ils la nommèrent « par moquerie » la « journée des harengs », à cause des tonnes de poisson qu'on leur amenait pour passer le carême et que les Français avaient voulu leur enlever.

Falstolf et sa troupe arrivèrent triomphalement en l'host le 13 février les compagnies parisiennes qui avaient eu tant de part à la victoire, s'en retournèrent aussitôt après.

La discorde et le deuil, pendant ce temps, régnaient dans la ville assiégée ce n'était pas en fuyards mais en vainqueurs qu'on avait espéré voir paraître les escadrons de secours; les habitants et la garnison reprochaient au comte de Clermont son inaction ignominieuse à Rouvrai le conseil des chefs ne retentissait que de plaintes et de querelles.

Quelques jours se passèrent ainsi.

Le 18 février, le comte de Clermont annonça qu'il voulait aller à Chinon devers le roi pour refaire son armée et préparer sa revanche; il emmena l'archevêque de Reims, chancelier de Charles VII, la Hire et deux mille combattants l'évêque même d'Orléans déserta ses ouailles.

Les Anglais les laissèrent passer, considérant cette retraite comme l'abandon d'Orléans.

 Le comte avait cependant juré qu'il reviendrait secourir la ville « de gens et de vivres dedans un certain jour »; mais ce jour vint sans que le comte reparût non-seulement Clermont ne rassembla pas de nouvelles forces, mais le corps de troupes qu'il avait emmené se dissipa en arrivant à Blois.

Les assiégeants au contraire croissaient incessamment en nombre tout espoir d'assistance de la part du roi était perdu; la sympathie des populations, sans direction, sans guide, était impuissante à sauver Orléans et ne pouvait que prolonger son agonie les Orléanais avaient compris leur situation ils ne pouvaient se résoudre à devenir Anglais, mais ils avaient cherché un moyen terme qui fût acceptable pour leurs ennemis.

Le lendemain du départ du comte de Clermont, ils avaient expédié Saintrailles et d'autres députés vers le duc de Bourgogne, pour lui offrir de mettre leur ville en séquestre dans ses mains, si le régent anglais voulait leur accorder « abstinence de guerre ».

Bien des jours et des semaines s'écoulèrent avant qu'on eût des nouvelles de cette ambassade, et cependant l'ennemi pressait la ville avec une fureur croissante; l'énergie de la défense ne s'affaiblissait pas plus que celle de l'attaque le maréchal de l’host d'Angleterre, Lancelot de Lisle, avait eu la tête emportée par un boulet; beaucoup d'autres Anglais de distinction avaient péri sous le feu de la place, et le farouche commandant des Tournelles, sir William Glansdale, était si exaspéré de cette opiniâtre résistance qu'il se « vantoit de faire tout tuer à son entrée dans la ville, hommes et femmes, sans épargner aucun » (Chroniq. de la Pucelle).

La position des assiégés était de plus en plus critique, les secours plus rares et plus insuffisants, le blocus plus rigoureux. Les députés envoyés au duc Philippe furent enfin de retour le 17 avril. Jean de Luxembourg, gouverneur de Picardie, les avait menés vers le duc en Flandre ils avaient été accueillis avec beaucoup de bienveillance, et Philippe, flatté de la confiance que lui témoignait leur cité, était revenu avec eux à Paris afin d'appuyer leur proposition près du duc de Bedford.

Le conseil du régent reçut très mal la requête les Anglais se montrèrent fort irrités des prétentions du duc de Bourgogne.

Dans une discussion orageuse, au Louvre, un des membres du conseil, « appelé maistre Raoul-le-Sage », dit hautement que les Anglais n'étaient pas faits « pour mâcher les morceaux au duc de Bourgogne afin qu'il les avalàt ». Bedford lui-même oublia sa circonspection habituelle il croyait avoir assez acheté l'amitié de Philippe en lui sacrifiant son frère Glocester et en le laissant engloutir les Pays-Bas presque entiers, et il trouvait mauvais que le Bourguignon vînt encore s'immiscer dans les affaires de l'intérieur du royaume, et ravir aux Anglais le fruit de leurs labeurs. « J'aurai Orléans à ma volonté, s'écria-t-il, et ceux de la ville me paieront ce que m'a coûté le siège je serois bien marri d'avoir battu les buissons, et qu'un autre eût les oisillons. » (Monstrelet. Jean Chartier.)

Le régent refusa « donc tout à plein » les deux beaux -frères se séparèrent assez aigris l'un contre l'autre; on prétend même que le duc de Bedford laissa échapper des menaces contre Philippe de Bourgogne (55).

Ce qui est certain, c'est que Philippe reprit la route de Flandre avec un mécontentement qu'il témoigna d'une manière éclatante; il envoya son héraut porter l'ordre à tous ses vassaux et adhérents de quitter l'armée anglaise, ce que firent de grand cœur la plupart des Picards, Champenois et Bourguignons.

 Ces troupes ne formaient qu'une faible partie de l'armée de siège les Anglais, plusieurs fois renforcés par des secours qui compensaient leurs pertes, s'estimaient trop certains de vaincre pour avoir besoin dorénavant de l'assistance des Bourguignons; ils ne demandaient plus au duc Philippe que de se croiser les bras et de les regarder faire.

Les citoyens et la garnison d'Orléans apprirent avec une fermeté admirable la ruine de ce qui avait semblé leur dernière espérance la nuit même qui suivit le retour de Saintrailles, ils annoncèrent à l'ennemi, par une terrible sortie, leur résolution de résister jusqu'à la mort. Ils pénétrèrent dans le grand parc du comte de Suffolk, près de Saint-Laurent-des-Orgerils, et y portèrent l'épouvante et le carnage toutes les forces anglaises se réunirent enfin contre eux et les refoulèrent dans la ville, après une lutte sanglante. (18 avril. Journal du siège.)

Cette attaque parut aux Anglais l'effort suprême du désespoir sûrs d'avoir Orléans bientôt à leur merci, ils débattaient déjà les plans de leur prochaine campagne au midi de la Loire et l'expulsion définitive du « roi de Bourges ».

Ils ne doutaient pas que la chute d'Orléans n'entraînât sur-le-champ la soumission de la Touraine, du Berri et du Poitou, et que tout le reste ne suivit promptement.

La déroute de Rouvrai avait découragé la noblesse et les gens de guerre; l'espèce de fermentation et d'exaltation douloureuse qui agitait le peuple sans résultat paraissait devoir promptement faire place à l'atonie.

Après Rouvrai la plupart des princes et des seigneurs avaient « laissé le roi Charles comme abandonné», dit Monstrelet, et s'étaient retirés dans leurs terres, attendant sans doute le moment de transiger avec le vainqueur.

Charles VII, durant les premières semaines qui suivirent ce malheureux combat, était à Chinon, isolé, consterné, dénué de ressources son trésor était vide ses derniers soldats étaient prêts à se disperser; ses conseillers l'engageaient à quitter la Touraine et à se retirer dans les montagnes d'Auvergne, ou même par -delà le Rhône, en Dauphiné, « si du moins on pouvoit sauver ces provinces! » dit le Journal du siège d'Orléans.

Le faible monarque voulait faire plus encore il se reprochait d'être cause de tant de maux en prolongeant une lutte inutile; il doutait d'être « vrai hoir du royaume descendu de la royale maison de France », doute que la conduite de sa mère ne rendait que trop légitime il se croyait en butte au courroux du ciel, et projetait d'abandonner la couronne et d'aller chercher un asile en Espagne ou en Ecosse, ne demandant plus à Dieu que de lui sauver la vie et la liberté.

Tous les signes avant-coureurs de la mort des nations semblent donc annoncer que la fin de la France est proche toutes les forces politiques et sociales sont dissoutes la royauté, épuisée par cinquante ans de démence, n'est plus même capable de mourir avec gloire la noblesse, précipitée de défaite en défaite par son téméraire orgueil et par son esprit de désordre, a passé d'une présomption fatale à un abattement plus fatal encore.

 Le clergé gallican, dépouillé, par ses fautes, de la domination qu'il avait jadis exercée sur les esprits, s'est laissé annuler dans la lutte des deux peuples, et n'a pas su prendre dans la défense le rôle que le clergé anglais a pris dans l'attaque il n'a que des vœux impuissants à offrir à la monarchie très chrétienne; encore sa cohorte sacrée, l'université de Paris, désertée de ses plus grands et de ses meilleurs champions, encense-t-elle lâchement le roi étranger.

La bourgeoisie elle-même, la couche la plus profonde, l'élément le plus vital de la nation politique, a succombé moralement à son tour Paris, la tête et le cœur du Tiers-État et de la France, Paris a failli aux destinées de la patrie, Paris subit l'Anglais.

Orléans ne peut plus que clore en périssant cette phase de la résistance bourgeoise ouverte par les glorieuses infortunes de Harfleur et de Rouen, et qu'anoblir par" un dévouement infructueux la chute du Tiers-État.

La mission du grand peuple qui a enfanté la chevalerie, les croisades, la poésie, les arts du moyen âge, qui a été durant des siècles le lien de la république chrétienne, l'initiateur du mouvement européen, cette mission va-t- elle passer à un peuple nouveau? Le rôle de la France est-il fini parmi les nations? L'Angleterre le proclame, et l'Europe commence à le croire.

D'où viendrait en effet le secours? Quelle puissance inconnue fera ce que n'ont pas su faire les forces organisées de la société française, la royauté, la noblesse, le clergé, la bourgeoisie?. La puissance qui fit sortir les régénérateurs de la terre d'entre les charpentiers de Bethléem et les pêcheurs de Génézareth! la puissance qui évoque des dernières profondeurs sociales, quand toutes les sommités s'écroulent, ces forces vierges et ignorées d'elles-mêmes que la Providence tient en réserve dans les entrailles des peuples! La raison, la réflexion ne peuvent plus rien, n'entrevoient même plus la possibilité du salut l'inspiration du sentiment saura trouver de ces sublimes folies qui sauvent le monde! Les fléaux qui frappent incessamment la France depuis la démence de Charles VI et surtout depuis le meurtre du duc d'Orléans, n'ont épargné aucun homme ni aucune classe.

Un roi de France est mort fou après de longues années de souffrances un autre roi est vaincu, proscrit, chassé de cité en cité par les usurpateurs de son héritage la noblesse a été décimée dans les combats, traînée en captivité, placée entre la confiscation et une honteuse obéissance les clercs ont vu leurs églises ravagées, leurs bénéfices envahis par d'arrogants étrangers la bourgeoisie a subi la ruine du commerce et de l'industrie, la disette, les proscriptions, les exactions de tous les partis vainqueurs mille calamités réunies ont dépeuplé les villes, sans faire grâce aux châteaux; tous ont ainsi connu les angoisses et les larmes; mais toutes ces douleurs ensemble ne sont rien auprès des douleurs des paysans le peuple des campagnes, compté pour rien dans la société politique et toujours opprimé dans les temps les plus calmes, n'est plus maintenant courbé sous la main de ses maîtres, mais écrasé sous les pieds de mille tyrans mercenaires; il n'est plus baigné dans sa sueur, mais broyé dans son sang ravalé au-dessous des brutes des forêts, parmi lesquelles il va, effaré, mutilé, chercher de sauvages asiles.

C'est là la misère des misères, le fond du puits de l'abîme où aboutissent tous ces cercles de désolation !

Dans ce gouffre descendra le pur rayon de l'idéal divin qui porte la vie et le salut! Du sein de cet enfer surgira le libérateur, et ce libérateur sera une femme ? Le peuple des campagnes qui ne semble même plus capable de l'élan farouche et aveugle de la Jacquerie, va enfanter Jeanne Darc.

Les-femmes ont été précipitées dans une dégradation plus profonde encore que les hommes, livrées à tous les outrages, à toutes, les dérisions de la, force effrénée,; durant ces horribles guerres, qui faisaient de l'homme un mélange de la bête de proie et du démon, de l'instinct brutal et de la perversité 'raffinée. Par une sublime expiation, la main d'une vierge brisera le glaive des puissants et renversera le règne de la force.

Le moyen âge a développé deux grands types de la femme la dame d'amour et la Notre-Dame ascétique; ni l'un ni l'autre ne peut plus rien pour cette société qui meurt. Un troisième type va se manifester, non plus dans les inspirations des poètes ou dans les extases des saints, mais dans le monde des faits; un Messie féminin montrera tout à l'heure, par la réalité vivante, et non plus par un symbole religieux ou par une conception Poétique que le moyen âge a eu raison contre l'antiquité en proclamant l'égalité des sexes, et couronnera ainsi toute cette œuvré glorieuse de la réhabilitation de la femme.

Toutes les énergies du sexe fait pour le raisonnement et l'action, pour la vie extérieure et-politique sont épuisées; la dernière réserve: de la France est dans le sexe du sentiment et de la vie intérieure. Il faut que la femme sorte de sa sphère, par une auguste exception, pour éclater dans la sphère de la vie active et pour faire, avec une puissance divine, l'œuvre de l'homme désertée, par l'homme.

C'est un mystère, sans doute, que la France arrachée du tombeau par une femme; mais le mot de ce mystère est dans l'essence même de la France c'est la femme à sauver le peuple du sentiment.

 La situation morale du peuple présageait et préparait les grandes choses qui allaient paraître : le peuple n'espérait plus rien des moyens humains, et cependant le sentiment d'une indestructible nationalité soulevait violemment son âme et l'avertissait que la France ne pouvait mourir.

N'attendant rien de la terre, il élevait son coeur vers le ciel; une ardente fermentation religieuse, à laquelle l'autorité ecclésiastique n'avait aucune part, agitait non seulement les provinces « dauphinoises », mais les régions anglo-bourguignonnes.

Quelque chose de l'exaltation mystique d'autrefois s'était réveillée chez les plus populaires des ordres mendiants, chez les franciscains et chez les carmes, cette singulière congrégation qui prétendait compter les druides parmi ses aïeux.

 Le carme breton Thomas Connecte parcourait la Picardie, l'Artois, la Flandre, suivi d'une troupe de disciples, prêchant partout avec une extrême virulence « contre les vices et péchés d'un chacun, et en spécial contre le clergé », contre les prêtres concubinaires qui « publiquement tenoient femmes en leur compagnie » il ameutait les petits enfants contre les dames et damoiselles « qui portoient sur leurs tètes hauts atours et autres habillements de parage »; sommait, sous peine de damnation, les dames de lui livrer leurs hauts bonnets (hennins), les hommes de lui apporter leurs tabliers (damiers), échiquiers, cartes, quilles et dés, billes et billards, et jetait le tout dans de grands feux. «

 Il régna dans ces pays par l'espace de cinq ou six mois; on lui faisoit autant d'honneur qu'à un apôtre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et plusieurs notables personnes laissèrent, pour le suivre, pères et mères, femmes et enfants. Après lequel temps il se départit, à la grande louange du peuple, et, au contraire, à l'indignation de plusieurs clercs * »

D'autres prêcheurs, tirant leurs textes des sombres visions de l'Apocalypse, remuaient le reste de la France et l'Italie. Le frère Richard, cordelier (franciscain), disciple du fameux Espagnol Vincent Ferrier, et récemment arrivé de Palestine, bouleversa Paris par ses sermons, au mois d'avril 1429 il prêchait du haut d'un échafaud dressé dans le cimetière des Innocents, « à l'endroit de la danse Macabre », et fit oublier aux Parisiens l'étrange spectacle de la danse des morts par des émotions plus violentes encore : il fit, comme Thomas Connecte, brûler les hennins et tous les jeux, annonça que l'Antéchrist était né, et « qu'en l'an trentième (1430), on verroit les plus grandes merveilles qu'on eût onc vues ». (Journal du Bourgeois de Paris.)

Le régent l'obligea de quitter Paris. Les Anglais craignaient avec raison tout ce qui tendait à exalter l'esprit du peuple tout sentiment énergique devait tourner contre eux. Leur séjour prolongé dans la France septentrionale, loin d'habituer le pays à leur domination, les avait rendus l'objet d'une aversion toujours croissante on oubliait peu à peu les crimes et les fureurs des Armagnacs, pour voir dans ces durs et avides insulaires les seuls auteurs du martyre de la France, livrée depuis tant d'années « à pires douleurs que ne fut onc chrétienté sous les tyrans païens Dioclétien et Néron ».

Les Anglais comprenaient que le mouvement religieux ne tarderait pas à devenir politique partout où il n'avait point encore ce caractère.

Ainsi qu'à toutes les époques de fermentation religieuse, les extatiques se multipliaient à côté des prédicateurs errants. On raconte qu'une visionnaire, appelée Marie d'Avignon, était allée trouver Charles VII, il y avait déjà quelque temps; elle avait eu, disait-elle, nombre de visions touchant la désolation du royaume; dans une de ses extases, elle avait vu des armures qu'on semblait lui offrir; elle eut peur; il lui fut dit qu'elle ne s'effrayât pas, que ces armes n'étaient pas pour elle, mais pour une jeune fille qui viendrait après elle, et qui délivrerait de ses ennemis le royaume de France (56).

Une autorité plus imposante confirmait les paroles de Marie. On avait consulté le grand oracle du moyen âge. Merlin, à la fin de sa Prophétie (57), dans une vision inspirée par les doctrines druidiques sur la destruction et le renouvellement du monde, voit les maisons du soleil se bouleverser, les douze signes du Zodiaque entrer en guerre, et « la Vierge descendre sur le dos du Sagittaire », du tireur d'arc.

Le peuple lut dans cette parole la promesse qu'une « pucelle » mettrait sous ses pieds « les hommes armés de l'arc », les Anglais.

Un vieil instinct de tradition gauloise y ajouta que la « pucelle douée par les fées (58) » viendrait d'entre les chênes, du « Bois-Chesnu (59) »; altérant ainsi une autre partie des prédictions de Merlin, où le prophète annonce une vierge libératrice qui sortira de la ville du Bois Chenu (et non Chesnu; Canuti (60).

Enfin il s'accrédita que le « Bois Chesnu » d'où sortirait la « Pucelle » était situé « vers les marches de Lorraine (61) ». L'idée que la France serait sauvée par une femme s'accréditait de jour en jour il régnait une de ces grandes attentes qui appellent et suscitent le prodige attendu. Quelqu'un avait entendu l'appel de tous les aspirations qui remplissaient l'atmosphère s'étaient déjà, à cette heure, concentrées dans une de ces âmes extraordinaires qui semblent ne descendre sur la terre que pour le salut des autres et non pour leur propre épreuve.

 

 

 

Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789.  par Henri Martin,...

Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais

 

 

 

==> Les États Généraux de Chinon sous la menace du siège d'Orléans (1427-1430) ; Les Etats Généraux du Royaume de France (1302-1789)

==> Histoire du Poitou: LE POITOU PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS (1340-1453).

==> Time Travel - Les origines de la guerre de Cent ans et les débuts de l'artillerie à poudre

==> Le passage du pont fortifié de Meung sur Loire pendant la guerre de Cent ans.

==> Charles VII Forteresse de Chinon l’an 1423

 ==> Jeanne d’Arc dans les PROPHETIES DE MERLIN

==>Domrémy, le village natal de Jeanne d’Arc

==> Les Prisons de Jeanne d’Arc - Le Geôlier de Jeanne d’Arc

 

 

 

 


 

 

(1) Jean Plantagenêt, duc de Bedfort, de la branche royale de Lancastre, né en 1389 + 1435. Troisième fils de Henri IV et frère de Henri V. Régent de France au nom de Henri VI, fut sur le point d'étendre la domination anglaise sur tout le territoire français.

 Jeanne d'Arc fit échouer ses projets, aussi fut-il son ennemi le plus acharné. Il la conduisit de prison en prison et fit instruire contre elle l'odieux procès dont elle fut victime (1431). Il était d'un caractère hautain et difficile, et il s'aliéna ainsi le duc de Bourgogne qui se rapprocha de Charles VII.

(2) Le comte de Salisbury et de Sarum, Thomas Montagu, fut un des plus redoutables adversaires des Français.

Thomas Montaigu commandait les Anglais à Cravant (1423) et prit part à la bataille de Verneuil.

Nommé gouverneur général de Champagne et de Brie en 1424, il chassa les partisans de Charles VII des dernières places qu’ils y tenaient. Sa conquête était achevée en juin 1425, quand, investi du titre de capitaine général du roi sur le fait de la guerre dans son royaume.

Écartelé d'argent à 3 fusées de gueules posées en fasce et d'or à l'aigle de sinople.

 

(3) MONSTRELET, livre II, chap. 49.

(4) Vallet de Viriville (vol. II, p. 31) rapporte l'opinion du pape Pie II réprouvant, comme indigne d'un noble coeur, l'attaque d'une ville dont on détient le maître prisonnier. C'eût été d'une délicatesse bien grande, et qui ne semble guère être entrée dans les moeurs militaires de cette époque. Prendre une ville, s'emparer d'un chef, gagner une bataille, sont les incidents inséparables de toute lutte qui ne se termine pas d'un seul coup, ce qui est le cas le plus habituel.

(5) VALLET DE VIRIVILLE, t. II, 31. — Champollion-Figeac, cité par Vallet de Viriville, dit que le traité ne fut pas ratifié par le duc de Bedford. (Louis et Charles d'Orléans, 321.)

(6) QUICHERAT, V, 286.

(7) Traduite par Quicherat, V, 136.

(8) Les États de Normandie, p. 30 et s. et p. 168 et s.

(9) M. de Beaurepaire a reproduit un article de dépense du compte de Pierre Surreau, d'après lequel le virement aurait été consenti dans une assemblée de notables réunie en juillet 1429, c'est-à-dire deux mois après la levée du siège qui en avait duré sept. Le compte de Surreau, tel qu'il nous est parvenu, est non un journal, mais un relevé fait après coup, par nature de recettes et dépenses. On a pu écrire juillet pour janvier, ou faire toute autre erreur matérielle. Si soucieux des formes administratives que fussent les Anglais, ils n'ont pu se préoccuper de faire ratifier en juillet une mesure dont l'exécution et la préparation évidente remontaient à plus de dix mois.

(10) Pour cette marche, consulter particulièrement : La chronique de la Pucelle, MONSTRELET... NOUS n'avons, ni le désir, ni le besoin d'en faire une étude minutieuse. Les grandes lignes en seront facilement saisies. C'est tout ce qu'il nous faut.

(11) Sièges de Caen et Rouen par M. Léon PUISEUX, Mémoires des Antiquaires de Normandie, vol. XXIII et XXVI.

(12) Liquidation des droits et perceptions du corps de Salisbury : le tiers de cette rançon, qui était la part prélevée par le roi fut de 13 l. 6 s. 8 d. ster. (STEVENSON, I, 418.)

(13) Comptes de la ville d'Orléans, années 1427 à 1429 (n. st.) — « Au dit Jaquet le Prestre pour la dépense de deux hérauls qui étaient au conte de Salbry, que le dit conte envoya par deux foiz à deux divers jours d'Yenville à Orliens, qui furent logiez en l'ostel de la Pomme es forsbours de la porte Bernier et furent gardez par plusieurs sergens (miliciens au service de la ville) : pour pain, vin, foin et adveine 32 s. p., pour 20 pintes de vin pour emplir certaines bouteilles qu'ilz avoient pour porter au dit conte, au pris de 12 d. p. la pinte, valent 20 s. p. ; pour poisson lequel lui fut semblablement envoyé, 12 s. p.; et pour ferrer leurs chevaux 9 s. p. Pour tout ce 73 s. parisis. "

(14) Récit anonyme déjà cité, traduit par A. Hellot. MÉM. XXIII. 47

(15) L'indomptable courage d'Harfleur et aussi les maladies qui sévissaient au camp Anglais, lui valurent une capitulation, et la préservèrent de toutes les horreurs du pillage qui eût suivi un dernier assaut. Le roi d'Angleterre n'en ordonna pas moins, plus tard, un effroyable massacre de prisonniers.

(16) Elle ne l'empêcha pas de confisquer tous les biens des défenseurs de Caen et d'en faire mettre à mort plusieurs pour leur opiniâtre rébellion. (Siège de Caen, déjà cité.)

(17) On sait comment les juges de Jeanne d'Arc esquivèrent de se prononcer sur l'appel au Pape qu'elle réclamait, et, à plus forte raison, d'y consentir. Il y aurait peut-être matière à réflexions plus étendues sur ce fait et sur la réponse que le Saint-Siège y fit plus tard en ordonnant le procès de réhabilitation.

(18) Dans une lettre au gouvernement Anglais, publiée par M. Delpit, Salisbury dit que Meung fut pris par Walter Hungrefort, (lequel fut plus tard fait prisonnier à Patay).

(19) Chronique de la Pucelle, VALLET DE VIRIVILLE, p. 258.

(20) Le roi eut le tiers de toutes ces prises. (STEVENSON, I, 418.)

(21) Manuscrits de l'abbé Dubois conservés à la Bibliothèque d'Orléans. — Le Siège d'Orléans, par Jollois.

(22) La Tour-Neuve, dont un nom de rue est la seule trace existante, avait été réédifiée par Philippe-Auguste. Documents Orléanais du règne de Philippe-Auguste, par M. Boucher de Molandon.

(23) Malgré l'avis du général Bardin, l'auteur du grand Dictionnaire de l'armée, qui, pour nier le rôle de ces barrières comme postes avancés pendant le siège, se plaçait surtout au point de vue des usages militaires contemporains.

(24) Institutions militaires. (BOUTARIC, 214.)

(25) VERGNIAUD-ROMAGNESI, Bulletin de Bouquiniste, 15 décembre 1860.

(26) Journal du siège, QUICHERAT, IV, 97.

(27) La ville consacrait les trois quarts de ses revenus aux dépenses dites de forteresse, c'est-à-dire relatives à la défense; et on en tenait des écritures qui ne sont pas toutes parvenues jusqu'à nous.

(28) Les deux principaux fonctionnaires administratifs du duché, le chancelier Guillaume Cousinot et le trésorier général Jacques Boucher s'enfermèrent aussi dans la ville investie pendant toute la durée du siège. C'est dans leurs hôtels que se tinrent plusieurs conseils pendant la semaine de la délivrance.

(29) M. BOUTARIC. — M. LOISELEUR. — Le prince NAPOLÉON. — Comptes de la ville d'Orléans.

(30) Le 2 juin 1431, en vue du siège de Louviers, Thomas Blount, trésorier de Normandie, ordonne au vicomte de Rouen de « faire construire 30 grans manteaulx de grois boys ou merrein portant sur roes pour tauder et couvrir seurement les gens d'armes et de trait, ouvriers et pionniers besongnans ou fait du dit siège, ainsi que vingt chariots chacun à une couple de roes pour porter les canons, plommiers, ribaudequins et couleuvres ordonnés pour ledit siège. » Ces engins devaient être remis entre les mains de Guillaume Appilby. — Arch nat., Cartons des Rois, K. 63, 1315. N° 2,043 du catalogue.

(31) Le passé et l'avenir de l'artillerie, par Louis NAPOLÉON BONAPARTE. — L'artillerie, par Gustave HUE. — JOLLOIS. — Le siège d'Orléans, par P. MANTELLIER. — Histoire de l'artillerie, par le général SUSANNE. — M. LOISELEUR. — Mémoires des Antiquaires de Normandie.

Depuis plus de deux siècles, on se sert d'artillerie dans les sièges. Pour celui de Saint-Sauveur (Manche), en 1374, on fit un canon jetant 100 livres pesant. A celui de Saint-Malo, les Anglais avaient 400 pièces. Aux sièges d'Arras par le comte d'Armagnac en 1414, de Corbeil par le duc de Bourgogne en 1417, de Caen, de Rouen, de Montargis et autres par les Anglais, l'artillerie tient une place importante.

(32) La pyrothecnie ou art du feu, composée en italien par Vanoccio BIRINGUCCIO, Siennois, traduit en français par Jacques VINCENT, 1627.

(33) Charles VI, en 1415, d'après Monstrelet. — Plusieurs sièges entrepris après la délivrance d'Orléans.

(34) Voir la pièce citée plus haut, au sujet des manteaux montés sur roues, page 750, note 2.

(35) On a retrouvé, en 1870, dans les fossés du château de Tiffauges, résidence du maréchal de Raiz, l'un des plus célèbres défenseurs d'Orléans, un canon portant les armes de cette ville.

Il provient donc évidemment du siège de 1428. C'est une pièce en bronze, sans tourillons, de 0m023 de calibre, du poids de 40 livres, avec consolé de recul et emplacement pour un levier de pointage et se chargeant par la bouche. (Notice, par M. F. Parenteau. Nantes, 1874.) MÉM. XXIII. 48

==> Découverte d’un canon de bronze du siège 1428 d’Orléans dans les fossés du château de Tiffauges

(36) Comptes de la ville d'Orléans. — Il ressort du mandement X des années 1427 à 1429 que la dizaine de pierres à canon coûta environ 4 s. 8 d. parisis, ce qui était le prix de la journée de l'ouvrier qui les fabriquait.

(37) VALLET DE VIRIVILLE. — BEAUREPAIRE.

(38) Il fait extraire de la carrière de Vernon des pierres pour canons et fait marché à raison de 20 sous p. par boulet, en carrière, ébauché et arrondi au diamètre de 16 pouces, mais non fini. — Arch. nat. K. 1327. — STEVENSON, vol. II, 1re partie, 202.

(39) BEAUREPAIRE. Il avait été capitaine de Pontoise en 1424.

(40) A Harfleur, pendant la nuit qui précède un assaut général projeté, les Anglais tirent à outrance pour priver les assiégés de tout, sommeil.

(41) Compte de commune de la ville d'Orléans, 1423 à 1430. Mandement XXIV.

(42) Dans l'hôtel de Jacques Boucher, trésorier général du duc d'Orléans.

(43) Les Anglais avaient garni de terre l'étage supérieur des Tourelles ; c'était pour amortir le choc des projectiles agissant par écrasement. (Comptes de ville.)

(44) BOUTARIC. — Gustave HUE.

(45) C'est le procédé de destruction qui fut usité si souvent poulies églises. On sapait les piliers à leur base, après avoir étayé, puis on brûlait les étais.

(46) MONSTRELET, l. I, chap. 236. Édition Buchon, IV, 265.

(47)Sur cette tendance du Français de tous les temps à assumer pour soi ou pour un petit nombre tous les risques et tout l'honneur, tendance qui fit perdre quelques batailles et en fit gagner beaucoup d'autres, voir le Siège d'Harfleur déjà cité. L'auteur de la publication ne tend à rien moins qu'à attribuer à une déloyauté insigne du roi d'Angleterre la victoire remportée à Azincourt sur la chevalerie française.

D'après une Chronique Normande inédite des règnes de Charles VI et de Charles VII : « Tant procura le roy Henry par treves avecques les seigneurs de France qu'il n'y auroit que les nobles qui combatissent, et lui fut accordé. A donc le roy Henry retourna à ses gens et leur dist l'appointement, en disant qu'il les anoblissait tous. Adonc se combattirent tous les Anglais contre les nobles de France, et ne se combattit point le menu peuple de France. Ainsi les François, par ce moien, perdirent la journée. »

(48) Compte de forteresse de la ville d'Orléans, 1428-1430 (n. st.). — Mandement du 3 juillet 1430. — f° 45, v°. — Payé « à Naudin Bouchard pour un bassin à laver, une acarre (équerre) et un plon à maçon, pour savoir si on minait durant le siège, 4 écus d'or ; à 14 s. 8 d. p. chaque écu, valent 58 s. 8 d. p. » — Ce système de vases pleins d'eau fut employé à Caen. (Siège de Caen, par L. PUISEUX.)

(49) Journal du siège. — MONSTRELET. — Chronique de la Pucelle. — Chronique de la fête du 8 mai.

(50) Chronique de la Pucelle. — Cette exception faite à la destruction du faubourg du Portereau n'est pas signalée par tous les chroniqueurs. Dans tous les cas, les bâtiments, plus ou moins ruinés, ont été utilisés par l'ennemi.

(51) L'escarpe (paroi du fossé du côté du défenseur) est perpendiculaire, si on la construit en pierre, en charpente, en fascines ; elle a une inclinaison qui permet toujours l'escaladé avec quelques efforts, sans échelles, si, n'ayant pas ces revêtements, elle doit se maintenir la seule cohésion des terres.

De plus, les cercles liés, les cendres chaudes, l'huile bouillante, se jettent malaisément, à la volée, quand on est derrière un parapet en terre et des talus peu inclinés.

(52). Monstrelet, 1. II, c. 52. Chroniq. de l'établissement de la Fêle du 8 mai. Berri, roi d'armes. -Jean Chartier, Histi.de Charles VII (il fut chantre de Saint-Denis et historiographe du roi c'était le frère d'Alain Chartier). Chroniq, de la Pucelle. Journal du siège. Le Journal ou plutôt la Chronique du sièqe d'Orléans, dans la forme où nous l'avons, n'est pas antérieure au règne de Louis XI; mais elle a pour base, comme le reconnaît M. Quicherat (Proces de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 95), un registre écrit à mesure des événements et que nous n'avons plus. La Chronique de la Pucelle n'est pas contemporaine M. Quicherat établit qu'elle n'est pas antérieure à 1467 qu'elle n'est qu'une compilation de plusieurs monuments authentiques, augmentés d'un certain nombre de faits recueillis par l'auteur.

(53). Journal du siège, p. 13. Les assiégés envoyèrent des violons aux Anglais pour les désennuyer,- disaient-ils, pendant l'hiver. Ibid. p. 12.

(54). Elle avait été bâtie par le roi Robert en même temps que Poissi et que Baim-Germain-des-Prés.

 

(55). « Il lui échappa de dire… que le duc de Bourgogne pourroit bien s'en aller en Angleterre boire de la bierre plus que son saoul. » Gollut; ap,. Barante, t. V, p. 270. Ce n'était pas la première fois que Bedford avait eu de mauvais projets contre Philippe.

 (56). Déposition de Jean Barbin, avocat du roi, dans le procès de réhabilitation de la Pucelle; ap. Procès de Jeanne d'Arc, etc. t. III, p. 83.

(57). C'est, dans le symbolisme druidique, une forme correspondante à ce qu'est, dans le symbolisme apocalyptique, l'ouverture des sept sceaux et la chute des étoiles. v. Prophetia Merlini, ap. Galfrid. Monemut. de Gestis utriusque Britannia regum, 1. IV.

(58). Fatata, en bas latin v. Procès de Jeanne d'Arc, t. II, p. 28. Doué par les fées, inspiré par les fées, en vieux français se dit fat; dans la langue des troubadours, fadatz : v. les poésies de Guilhem IX d'Aquitaine, ap. Raynouard, Poésies des troubadours, t. I.

(59). Nemus querco.inm. Procès de Jeanne d'Arc, t. I, p. 68; t. III, p. 15; déposition du comte de Dunois, ap. procès de réhabilitation. La prophétie avait pris la forme d'un quatrain, que nous n'avons plus.

(60). « De la ville du Bois-Chenu sortira la Pucelle, afin de prendre le soin de la guérison…. Elle portera dans sa droite la forêt de Calyddon (la Calédonie), dans la gauche les créneaux des murs de Londres…. Chacun de ses pas allumera une double flamme….. Elle fondra en larmes pitoyables et remplira l'île d'une clameur d'épouvante. Un cerf dix cors, qui sur quatre de ses rameaux porte des couronnes d'or, la tuera…. » Galfrid. Monemut. loc. cit. Plus tard, les commentateurs eurent lieu de signaler la fin de la prédiction. A la mort de la Pucelle, « la forêt danoise se soulèvera; elle éclatera en une voix humaine et criera Lève-toi, Cambrie…. et dis à Gwynton : La terre te dévorera! » La forêt danoise, ce fut la Normandie; quant à Gwynton, c'est le nom celtique de Winchester, et le cardinal de Winchester fut le chef des meurtriers de Jeanne Darc.

Il est probable que la Vierge de Merlin n'était qu'un symbole de la Grande-Bretagne.

(61). Procès, t. II, p. 447. v. les paroles de Jeanne Darc, rapportées par un des témoins du procès de réhabilitation. Un autre témoin, professeur en théologie, Pierre Migiet, prétend avoir lu jadis « dans un livre ancien, où étoit rapportée la prophétie de Merlin que « la Pucelle » viendrait « d'un bois chenu, du côté de Lorraine. » II n'y a rien de tel dans le texte de Merlin donné par Geoffroi de Monmouth. Ibid. III, 133.