La mission de Jeanne d’Arc dans les PROPHETIES DE MERLIN (2)

Le Libellus Merlini, manuscrit appelé aussi Prophetia Merlini. Ce corpus « prophétique », dont l'auteur est anonyme, n'a pas de titre à l’origine ; il était connu déjà selon les historiens du roi Louis le Gros (de 1108 à 1137).

Ce corpus annonce l’avènement d’une pucelle venant d’un bois nemus canutum (le bois chenu) à Domnum Remigium qui sauvera la France des anglais, « fera de grandes choses pour le salut des nations », défendra « les gens du beau pays de France » et la Foi catholique ;

Au xve siècle, le Bois Chenu, qui dominait la Meuse et abritait Domremy sous son ombre, était particulièrement célèbre. C'était le lieu de rendez-vous des grandes Dames qui méditaient de faire la France afin que cette terre libre devînt le royaume terrestre du Christ comme la Gaule avait été celui de la Vierge, Mère de Dieu.

 

Jeanne avait été prédite, attendue, préparée Prédite par Merlin, dernier élève des Druides attendue par tous ceux qui avaient conservé les traditions celtiques préparée par les moines héritiers des grands évoques gaulois

 

interroguée de l'arbre. Respond: que assez près de Dompremy, a un arbre qui se appelle l'Arbre des Dames, et les autres l'appellent l'Arbre des Fées; et auprès a une fontaine ; et a ouy dire que les gens malades de fièbvres en boivent; et mesme en a veu aller quérir pour en guarir; mais ne scait se ils en guarisoient ou non.

Item, dit : qu'elle a ouy dire que les malades, quant ils se peuvent lever, vont à l'arbre pour leur esbattre ; et dist que c'est ung grand arbre nommé Fou, dont vient de beau may; et souloit estre à monseigneur Pierre de Bolemont.

Item, qu'elle alloit aucunes fois avecques les autres jeunes filles, en temps d'esté, et y faisoit des chappeaux pour Nostre-Dame de Dompremy.

Item y dit : qu'elle a ouy dire à plusieurs anciens, non pas de son lignaige, que les Fées y repairoient; et a ouy dire à une nommée Jehanne, femme du mari de la fille de sa marraine, qu'elle les avoit veues là.  Se il estoit vrai, elle ne scait.

Itenm, dit : qu'elle ne veit jamais Fée qu'elle saiche, à l'arbre ne ailleurs.

Item, dit : qu'elle avoit veu mectre ès branches dudit arbre des chappeaux par les jeunes filles; et elle mesme y en a mis avecques les autres filles; et aucunes fois les emportoient, et aucunes fois laissoient.

Item, dit : que depuis qu'elle sceut qu'elle debvoit venir en France, elle fit pou d'esbatements , et le moins qu'elle peut ; et ne sçait point que depuis qu'elle eust entendement qu'elle ait dansé près dudit arbre ; mais aucunes fois y peut bien avoir dansé avecques les enfants ; mais y avoit plus chanté que dansé.

Item, dit bien : qu'il y a ung bosc que l'on appelle le Bosc Chesnu, que on voit de l'huys de son père ; et y a petite espace, non pas d'une lieue ; mais qu'elle ne scait, ne ouyst oncques dire, que les fées y repairassent.

Item , dit : qu'elle a ouy dire à son père que on disoit au pays qu'elle avoit prins ses révélations à l'Arbre et des Fées ; mais non avoit, et lui disoit bien le contraire. Et dit outre: quant elle vint devers le roy, que aucuns, demandoient si en son pays avoit poinct de bois que on appelast le Bois Chenu ; car il y avoit prophéties qui disoient que de debvers le Bois Cbesnu debvoit venir une pucelle qui venroit faire merveilles; mais en ce n'a poinct adjousté de foy.

Chronique et procès de la Pucelle d'Orléans d'Enguerrand de Monstrelet

L'ARBRE DES FÉES

Le bois Chenu de la Lorraine n'était pas seulement, au XVe siècle, le lieu de réunion des discrètes et des dames damées; ce bois mystérieux, planté sur la crête d'un coteau, sillonné de sentiers conduisant à de claires fontaines, dont les eaux guérissaient la fièvre, possédait aussi

l'arbre dit de la Loge-les-Dames (lobias Dominarum), ce grand Fau, beau comme les lys, dont, à chaque printemps, les jeunes filles ornaient les rameaux de couronnes et de guirlandes tressées avec les premières fleurs sauvages.

 Sous son ombre immense, sourdissait une fontaine qui est appelée fons ad Ramos (fontaine des Rameaux)

De temps immémorial, les Dames fatales, les Fées hantaient le grand Fagus, le hêtre séculaire au pied duquel elles accomplissaient leurs mystères et leurs initiations. Dans les siècles lointains de la Gaule druidique les dames faées du temps, les prêtresses saliennes décrivaient déjà, comme le font encore aujourd'hui en Orient les dévadasis de l'Inde, les cercles magiques de leurs danses sous les hêtres des bois Chenus plantés sur les versants des Vosges et des Cévennes.

 

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Lorsque le Christianisme eût apporté à la Femme d'Occident la consolante et purifiante lumière de l'Évangile, les Druidesses celtiques acceptèrent avec enthousiasme la doctrine nouvelle et devinrent, les diaconesses zélées de la première Église gauloise.

 

   Le mot salien dans l'antique langue des Gaules signifiait sauteur. Les prêtres et prêtresses saliens imitaient dans leurs danses magiques les mouvements des astres il y a dans les doctrines hindoues beaucoup de traditions saliennes. Ram, fondateur des Brahmes, était du reste, d’après Fabre d'Olivet, un schismatique gaulois.

Le texte latin donne : Ad hec ex urbe vanuti nemoris eliminabitur puelle ut medele curam adhibeat : quae ut omnes artes inierit, solo anhelitu suo fontes nociuos siccabit. Ce que l’on peut traduire par : “Une jeune fille de la Ville-du-Bois-de-Canut  sera envoyée sur place pour remédier à ce phénomène. Initiée à toutes les connaissances c’est de son seul souffle qu’elle assèchera les sources nuisibles”

Ces Prophéties de Merlin auraient été délivrées par l’Enchanteur à Vortigern, un des principaux souverains de Bretagne au Ve siècle (vers 425), lors de son exil au Pays de Galles.

Elles ont d’abord circulé sous forme orale avant d’êtres mises en vers en langue vernaculaire. Vers 1135, Geoffroy de Monmouth, alors magister au Collège Saint-George d’Oxford, les traduit en latin. Sa traduction circule d’abord de manière autonome avant d’être incorporée (vers 1138) à son Historia Regnum Brittannie dont elle constitue le quatrième livre – ou les paragraphes 111 à 117 selon les éditions.

La Bibliothèque d’agglomération de Saint-Omer possède une édition ancienne de l’Historia regum Britanniae, contenant les prophéties (cf. les illustrations sur le lien ci-dessous). Ce volume est paru chez Josse Bade à Paris en 1517. Cette édition est reliée en un recueil factice avec une édition d’Orose imprimée à Paris chez Jean Petit en 1506.

Le volume a vécu… mais il a conservé sa reliure en parchemin ivoire du XVIe siècle. Malheureusement, plusieurs ex-libris ont été découpés, ce qui ne nous permet pas de connaitre l’histoire de ce livre avant son arrivée dans les fonds de la Bibliothèque.

http://bibliotheque-numerique.bibliotheque-agglo-stomer.fr/coeur-collections-numerisees/exhibitions/2-jeanne-d-arc-et-les-propheties-de-merlin

Dans les dernières années de règne de Charles VI, il courait parmi le peuple, en France, une prophétie attribuée à l'enchanteur Merlin. Cette prophésie disait que la Gaule, perdue par une femme, serait sauvée par une femme (Isabeau de Bavière, femme de Charles VI qui a profitée des démences du roi pour livrer la France aux Anglais)

La mission de Jeanne d’Arc dans les PROPHETIES DE MERLIN (1)

Ce que dit Théodore Hersart un philologue français spécialiste de la culture bretonne, de l'histoire, de la langue et de la littérature celtique.

 Une prédiction de leur oracle national, faisant suite à celle où il avait annoncé, disait-on, les désastres de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, venait d'être mise en circulation , et agitait tous les esprits dans le royaume, de la mer de Bretagne aux Marches de Lorraine.

Merlin, qui avait détesté autant les Anglais que Jeanne les détestait, et adressé au roi Arthur les paroles mêmes que la Pucelle devait adresser au roi Charles VII : « C'est le plaisir de Dieu que vos ennemis les Anglais s'en aillent dans leur pays, et s'ils ne s'en vont, il leur mécherra ; » Merlin avait chanté :

« Trois fontaines jailliront, dont les ruisseaux diviseront l'île en trois parties.

« Quiconque boira de l'eau de la première ne sera jamais malade et jouira l'une vie éternel le.

«Quiconque boira de l'eau de la seconde mourra d'une soif inextinguible, avec un visage pâle et horrible.

 « Quiconque boira de l'eau de la troisième mourra de mort subite, et la tombe rejettera son corps.

« Pour éviter une telle calamité, les hommes du pays s'efforceront de tarir les deux sources malfaisantes par mille moyens; mais toutes les matières qu'on y entassera prendront une autre forme.  La terre se changera en pierre, la pierre se changera en bois, le bois se changera en cendre, la cendre se changera en eau.

« Alors du bois chenu sortira une vierge qui arrêtera le fléau.  

« Après y avoir employé tous ses artifices, elle tarira de son souffle les deux fontaines malfaisantes; puis, buvant à longs traits de l'eau de la fontaine salutaire, elle portera dans une main la forêt de la Calédonie, dans l'autre, la tour de Londres.

« Quand elle marchera, sous ses pas jaillira une flamme accompagnée d'une fumée de soufre.

La mission de Jeanne d’Arc dans les PROPHETIES DE MERLIN (3)

Cette flamme réveillera les Flamands, et ils apprêteront un repas aux animaux qui vivent dans la mer.

«  On verra la vierge ruisselante de larmes de pitié; elle poussera un cri terrible qui remplira l'île  »

Ce chant allégorique des anciens bardes, rangé au douzième siècle, avec beaucoup d'autres d'un caractère indéterminé, parmi les oracles apocryphes de Merlin, avait été remanié pour servir des intérêts dont je parlerai tout-à-l'heure, et, ainsi modifié, il avait passé de la bouche des Bretons dans celle des peuples étrangers.

Or, on en fit l'application à la Pucelle aussitôt qu'elle parut:

« On a trouvé dans l'histoire, écrivait, le 21 juillet de l'année 1429, Christine de Pisan, que Dieu a prédestiné la Pucelle à sauver le royaume :

Merlin et la Sibylle et Bède l'ont vue en esprit, il y a plus de mille ans, et ils l'ont annoncée comme Je remède aux maux de la France. Ils ont prophétisé qu'elle porterait l'enseigne guerrière des Français: ils ont prédit tout ce qu'elle ferait  »

Voici, en effet, de quelle manière l'opinion vulgaire en France, soit par hasard, soit pour mieux accommoder la prophétie à la Pucelle qui devait sauver le royaume, répétait l'oracle de Merlin concernant la vierge appelée à tarir la source des malheurs de la race celtique :

« Du bois chenu viendra une vierge qui portera remède au mal; après avoir visité toutes  les citadelles, elle tarira de son souffle les fontaines malfaisantes. On la verra ruisselante de larmes de pitié, et elle jettera un cri terrible qui remplira toute l'île de Bretagne  »

Car Merlin et Sébile et Bède,

Plus de mille ans a, la véirent

En esperit, et pour remède

A France en leurs écrits la mirent.

(Quicherat, t. V, p. 12 et 13.)

On a pu voir que la prophétie bretonne, tout en parlant du bois chenu et de l'avènement de la vierge, ne faisait nullement mention de sa visite aux citadelles, arecs, mais de ses artifices, artes; dans le texte gallois, keluydyt .

A cette première interpolation, une autre était venue se joindre qui rendait la prophétie toute lorraine. Quelqu'un ayant remarqué qu'un certain bois du- même nom que celui de la prédiction de Merlin existait en France, ne douta pas que ce fût de lui qu'avait voulu parler le prophète, et, après les mots du bois chenu, il ajouta, en géographe expert : « sur les Marches de Lorraine  »

Ainsi localisé et précisé, l'oracle de Merlin convenait on ne peut mieux à la nouvelle héroïne dont le village se trouvait justement à deux pas de ce bois chenu. Il ne manquait pas de gens pour dire qu'évidemment Merlin avait désigné l'endroit en question.

Les plus doctes soutenaient cette opinion en reproduisant les anciens arguments favorables à l'autorité du prophète.

« Son témoignage, disaient-ils, ne doit être ni méprisé ni rejeté à la légère, car tout ce qu'il a annoncés' est assez bien vérifié; l'esprit de Dieu révèle ses mystères par qui bon lui semble. »

Et entamant, après Jean de Cornouailles et Alain de Lille, de nouveaux commentaires :

«D'abord, le lieu de la naissance de la Pucelle est clairement indiqué : de la porte de la maison de son père, on peut voir le bois chenu ; l'objet de sa mission n'est pas moins spécifié; n'a-t-elle  pas voulu« rendre la santé à la France malade?» Ses premières démarches sont signalées à l'avance: « elle a visité toutes les citadelles, » quand elle s'est rendue vers le roi; cc elle a tari les fontaines malfaisantes » en arrêtant les conspirateurs et en leur ôtant son amitié. On l'a vue «ruisselante de larmes, par pitié pour les malheurs qui accablaient le royaume de France; enfin, « elle a terrifié toute l'île de Bretagne » par son appel aux armes et ses victoires sur les Anglais. »

Jeanne était loin l'ignorer que des prédictions circulaient  à son égard, et qu'on faisait d'elle un messie dont Merlin était le Jean-Baptiste. Nous le savons par tous les contemporains  comme par elle-même, et son témoignage est .d'une extrême  importance :

« Quand je vins trouver mon roi, dit-elle, quelques personnes me demandèrent si dans mon pays il y avait un bois appelé le bois chenu, parce qu'il existait des prophéties annonçant que des environs de ce bois devait venir une pucelle qui ferait des merveilles  »

Mais la réponse de l'héroïque jeune fille montra bien qu'entre elle et les faux prophètes, ou même le crédule vulgaire et les docteurs non moins crédules, il y avait un abime. Un imposteur n'eût pas manqué de se targuer de l'autorité, si unanimement reconnue de Merlin, de Merlin dont les récits populaires faisaient « le plus sage homme du monde, » l'intime conseiller des rois de son époque, Je preux qui leur avait appris, comme la Pucelle à Charles VII, « à mettre les Anglais hors de la patrie. »

Elle répondit simplement :

« Je ne crois pas aux prophéties de Merlin  » C'est à ses juges ou plutôt à ses bourreaux qu'elle fit cette loyale réponse. Ils l'avaient provoquée, car eux croyaient à Merlin, et ils avaient peur. L'insistance qu'ils mirent à l'interroger au sujet du bois chenu, de ses visites à une fontaine hantée, selon eux, par les mauvais esprits, de son commerce avec les fées et des sortilèges qu'elle aurait appris et pratiqués dans leur compagnie, des couronnes de fleurs qu'elle aurait tressées en leur honneur, des offrandes de petits pains, de vin et d'œufs qu'elle leur aurait faites; des danses, des chants, des invocations, des charmes et autres pratiques magiques dont la fontaine et un grand hêtre qui l'ombrageait auraient été le théâtre; enfin, de tout ce qui passait aux yeux de ses ennemis, pour de la sorcellerie, ne laissait aucun doute sur leur espoir mêlé d'effroi de trouver en elle la Pucelle annoncée par Merlin, celle sorcière dangereuse, celte idolâtre des fontaines, des arbres et des démons, prédestinée au bûcher. Ils certifiaient, dit un témoin auriculaire, « que c'était une folle pleine du diable; » el le bourgeois de Paris, tout sceptique qu'il est, n'est pas lui-même très-rassuré en présence de « cette créature qui est en forme de femme avec les gens de malheur et de mauvaise créance, -prétendant avoir la puissance de faire tonner et autres merveilles, et qui est ce que Dieu sçait  »

La peur du diable rendit féroces les docteurs anglais chargés de condamner Jeanne; car on ne peut croire que la seule haine des Français poussât les étrangers à brûler toute vive celle qui disait avoir mission de Dieu pour les chasser du royaume.

Myrdhinn ou l'Enchanteur Merlin: son histoire, ses oeuvres, son influence

Par Théodore Claude Henri Hersart Vte de La Villemarqué,Théodore Hersart vicomte de La Villemarqué 1862

 

 Précedent ..... 6... ==> LES MANUSCRITS De MERLIN

 

 


 

==> Kaamelott et les légendes médiévales (la légende arthurienne - Domrémy la Pucelle)