Mars-Mai 1569 Episodes des Guerres de religion- Tour du Vidame – Sièges et prises de Montaigu et Tiffauges par les Catholiques celui de Clisson levé par les Protestants

Jean III de Vendôme, fils du second mariage de Catherine de Thouars, hérita, du chef de sa mère, des terres et seigneuries de Tiffauges, Pouzauges, etc., etc.

Il épousa, le 7 novembre 1469, Jeanne de Brézé, qui lui apporta 12,000 écus d'or et 1,000 livres de rente. Il fut chargé de garder la place et le château de Montargis; Nous avons de ce seigneur une lettre qu'il écrivit, le 6 septembre 1477, Du Plessis-Bourré (3), argentier du roi, gouverneur de Montaigu, au sujet de différends survenus entre la garnison de cette ville et celle de Tiffauges. Jean III mourut vers 1485.

Son fils Jacques se maria en 1497, avec Louise de Malet, dame de Graville; et en eut quatre enfants : Louis, qui succéda à son père vers 1507; Charles, tué au combat de la Bicoque, en Italie; une fille morte en bas âge et une autre nommée Louise, qui devint femme de Jean de Ferrières, seigneur de Maligny, en Bourgogne.

Louis fut capitaine de cent gentilshommes de la maison du roi; il se battit comme un lion à l'affaire de Pavie, partagea la captivité de François Ier et dut payer une forte rançon pour recouvrer la liberté.

 

Ce fut lui qui fit élever, au Havre, une des deux tours qui protégeaient l'entrée du port et qui reçut le nom de tour du Vidame; il construisit également, à Tiffauges, la magnifique tour qui subsiste encore et porte toujours son nom.

Le 27 janvier 1521, le présidial de Poitiers déclara fini le parage de Tiffauges, malgré l'opposition de Louis de Vendôme qui, ne tenant plus son fief à titre de parent, devenait vassal du vicomte de Thouars et avait ainsi des charges nouvelles et de nouveaux devoirs à remplir.

Louis de Vendôme mourut au château de Tiffauges, à l'âge de vingt-six ans. Jean Bouchet composa en son honneur une curieuse épitaphe en vers.

François de Vendôme; fils du précédent et d'Hélène Gouffier, avait à peine quatre ans à la mort de son père.

Il fut nommé, en 1547, colonel-général de l'infanterie française. Il se fit rapidement remarquer par sa bravoure, et acquit bientôt à la guerre, la réputation d'un vaillant soldat et d'un habile capitaine.

Son immense fortune lui permit de déployer une magnificence inouïe à la cour, où il obtint les bonnes grâces de toutes les grandes dames séduites par sa belle figure, le luxe de ses habits et le faste de son existence.

La reine Catherine de Médicis ne résista pas au vidame, qui porta longtemps et fit porter à ses troupes le verd, couleur préférée de cette princesse jusqu'à son veuvage.

Les ennemis de François jurèrent sa perte; ils réussirent à intercepter une lettre dont les termes leur permirent de l'accuser de complicité dans la conjuration d'Amboise, et le firent enfermer à la Bastille.

 Le malheureux ne devait en sortir que pour mourir en décembre 1560, dans son hôtel de la rue des Tournelles.

François de Vendôme ne laissa pas de postérité de Jeanne d'Estissac, sa femme.

Pour subvenir à ses folles dépenses, il avait dû aliéner une partie de ses biens; du 19 février 1554 au 6 avril 1559, il avait passé quarante-deux contrats de vente de terres ou de rentes dans sa seule baronnie de Tiffauges.

Par son testament, dicté quelques jours avant sa mort, François avait institué de nombreux légataires. Il donnait à son oncle, Claude Gouffier, qui l'avait élevé, la seigneurie de Pouzauges, qu'il séparait ainsi de celle de Tiffauges, à laquelle elle était réunie depuis si longtemps.

Cette dernière échut aux descendants de Louise de Vendôme, mais les héritiers du vidame n'ayant pu ni payer les rachats ou droits de mutation présents et arriérés, ni rendre leurs devoirs à leur suzerain, ni fournir leur aveu et dénombrement, le duc de Thouars fit mettre la saisie sur la baronnie de Tiffauges.

Un acte provisionnel de 1563 avait attribué la possession de ce fief à Béraude de Ferrière, épouse de Jean de la Fin, seigneur de Beauvoir; mais, un nouvel arrangement le fit passer trois ans plus tard entre les mains de son frère Jean, qui afferma au sieur de Bresle, puis au gendre de ce dernier, le sieur Poydras, les revenus de Tiffauges, tombés à 2,000 livres par suite des troubles de la guerre civile.

 

C’est sous le règne de François 1er que parut le calvinisme cause des guerres de religion

A cette époque, les provinces de l'Ouest étaient profondément divisées; la religion nouvelle y comptait de nombreux prosélytes. Jean de Ferrière, ardent calviniste, prenait activement part à la lutte; il avait placé, à Tiffauges, une garnison commandée par Moterie.

Les vidames de Chartres, possesseurs du château de Tiffauges, tenaient le parti protestant, et la garnison de château faisait des courses sur les terres voisines de Clisson, qui étaient du parti catholique. Ce que voyant, le gouverneur de Nantes, M. de Bouilé, ordonna au capitaine Cardelan, le 16 mars 1569, de remettre cette place, celle de Montaigu et plusieurs autres circonvoisines sous l’obeissance du roi Charles IX.

 

Le gouverneur de Nantes ordonna au capitaine Cardelan de s'emparer des villes rebelles. C'était pendant carême de l'année 1569.

La ville de Nantes reçut l'ordre d'approvisionner l'armée assiégeante de pains et de harengs seulement (1).

Cardelan partit avec cinq cents hommes, emmenant avec lui son artillerie.

Sur ces entrefaites, le sieur du Landreau vint mettre le siège devant Tiffauges. Le capitaine Priou, auquel avait été confié en dernier lieu le commandement de cette place, fut abandonné par ses soldats et réduit, à ouvrir les portes de la ville et du château, qui fut incendié par le chef catholique Goisnière (2).

 

 

 

 

LE CAPITAINE CARDELAN.

Les 15 et 16 novembre 1696, messire Pierre-Vincent de Kralbant de Cardelan, chevalier, seigneur dudit lieu, a fait transcrire, collationner et certifier par Thebaut et Allain, notaires royaux à Vannes, deux actes originaux de l'année 1569, importants en eux-mêmes et des plus honorables pour un des principaux membres de sa famille. Nous imprimons le texte du Brevet de M. de Bouillé et de la Lettre-missive du roi Charles IX, d'après les copies conservées à la Bibliothèque impériale, département des Manuscrits, dans la Collection historique de Bretagne (fonds des Blancs -Manteaux), volume III, fol. 215 et 218.

 

 

Commission donnée par M. de Bouillé, au capitaine Cardelan

GEORGES du Bueil, seigneur de Bouillé, chevalier de l'ordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en Bretagne, au capitaine Cardelan, salut.

D'autant que nous avons ordonné plusieurs compagnies pour conduire et faire escorter l'artillerie que nous faisons marcher de cette ville de Nantes devant Tiffauges, Montaigu et autres places circonvoisines, pour les réduire en l'obéissance du roy, nous est besoin élire quelque vaillant et expérimenté capitaine aux ruses de guerre, pour en notre absence commander auxdites compagnies commises à la garde et conduite de ladite artillerie ;

à ces causes, nous à plein confiant de votre hardiesse, vaillance et longue expérience au maniement et conduite des armes, vous avons commis et député, et par ces présentes vous commettons et députons chef et lieutenant-général, en notre absence, pour commander auxdites compagnies, et généralement d'y faire toutes et chacunes les choses que ferions et faire pourrions, si présent en personne y étions.

 De ce faire vous avons donné et donnons plein pouvoir, commission et mandement spécial, même de faire défense à tous soldats ordonnés pour ladite conduite de se tenir serrés et en bataille, sans s'écarter en manière quelconque.

Donné à Nantes, sous notre signe et cachet, le 16 mars 1569. Signé, G. DU BUEIL : et plus bas : par Monseigneur, BILLET, pris sur une copie collationnée.

Comme l'armée de son excellence le duc d'Anjou (3) se préparoit à la journée de Bassac, Puygaillard et Bouillé, gouverneurs d'Angiers et de Nantes, voyant les courses et incommodités ordinaires, que  les protestants de la garnison de Montagu leur apportoient, et notamment incitez à ce, tant par les catholiques de Clisson, qui sont voisins de Montaigu et Tifauges, d'où ils recevoient de grandes pertes, que par Landereau, qui les assuroit que Montagu pris, tiendroit en bride tous les protestants du Poitou, assistés de Frontenay, puîné de Rohan, la Motte, Chasteauroux et plusieurs autres chevaliers de l'Ordre, lèvent trois mille hommes, et avec le canon qu'il tirent de Nantes se vont camper devant la ville, qui est assez forte, s'il y eût eu gens en suffisant nombre.

Mais Plessis-la-Gayne (4), y établi gouverneur par les Princes, y avoit si mal pourvu, que un tel exemple devroit rendre sages les uns et les autres chefs d'armées, et les faire considérer à ce fait, qu'ils ne commissent place de telle importance, à gens qu'ils ne connaissent que par le rapport de leurs parents et amis, ains à ceux de la vie et suffisance desquels, ils fussent oculaires témoins ou autrement assurés.

Ils n'avait fortifié ni ville, ni chasteau, qui de jour à autre tombe par pièces, mais seulement bien ferré sa bourse de tout ce qu'il avoit pu prendre ; ce qu'il devoit employer pour l'entretien et sûreté tant de sa vie, que de son honneur qu'il hasarda après.

Car une fièvre chaude l'enleva de ce monde, le deuxième jour du siège, pour soutenir lequel, il n'eut su avoir vingt hommes, au lieu de deux cents, qu'il devoit avoir avec lui en garnison.

Quinze jours devant le siège, près de vingt soldats se débandant de la cornette de Lavardin, quittèrent Niort, pour s'y aller rafraîchir.

Où arrivés, furent aussitôt assiégés par les catholiques, lesquels firent leur approche du costé du moulin à vent, qui est vers la porte nantoise, dont ils battirent les courtines.

La Brosse et près de quarante qui estoient dedans, se défendirent quelque temps, notamment pour voir l'endroit qu'ils battoient des plus forts de la place. Mesme osèrent faire une sortie sur les plus avances ès tranchées; qu'ils mirent en assez grand effroi. Mais pour estre peu de gens, furent bientôt contraints de tourner face à la ville, où ils se retirèrent.

Landereau, cependant, avec quelques-uns, fut sommer Tifauges, qui n’en est éloigné que de trois lieues, où estoit chef Moterie le jeune Casau, qui avoit un peu mieux avisé à son affaire.

Car dès lors qu'il fut établi chef, au rapport de quelques siens amis, par le vidame de Chartres, qui en est seigneur (5), y entretint quarante soldats, sans les gentilshommes et autres voisins qui se retiroient en la ville ; lesquels aidés de la garnison sortoient souvent sur ceux de Clisson qu'ils mettoient peine à attirer en la campagne et y demeuroit toujours quelqu'un d'une et d'autre part ; mesme à la dernière saillie, ils avoient pris le capitaine Perret et sept autres catholiques, desquels ils eurent rençon. Mais les différent qui survint entre Moterie et Griffon, procureur du vidame, qui y avoit huit hommes de défense avec lui, fut occasion que leur garnison se rompit, se débandant chacun peu à peu pour les riotes et querelles particulières qu'ils y voyoient, lesquelles empêchoient qu'aucun ne donnât ordre à faire les provisions requises à telle place, si forte et de si grande étendue.

 

 Autrefois et même du temps des Anglais, la ville de Tiffauges a été forte, ceinte de bonnes murailles et bien fossoyée, bien bâtie et peuplée de grand nombre de bonnes et riches maisons.

Mais comme en temps de guerre, tous se retirent aux villes et places fortes ; puis l'orage écoulé chacun retourne à la vie champêtre, aussi le cours du temps a fait que cette ville, autrefois riche et belle, n'est plus qu'un vague et pauvre bourg, s'estant chacun retiré ès-lieux de plus plaisante et profitable demeure ;

comme aussi les seigneurs du lieu ont laissé ruiner du tout les murailles et combler les fossés, n'y restant presque autre choses pour marque de ville ancienne que les portes.

Vrai est que le château supplé aisément au défaut de la ville, car il est élevé sur une haute et large montagne, du haut de laquelle ses murailles couvrent tout le circuit, avec leurs fausses brayes qui vont en descendant sur le pendant de la montagne, flanquées de bonnes tours et bien percées.

Au pied de la montagne passe la Sèvre nantoise, du côté de la Ligence de Beaumont, et de l'autre, vers la ville, est un grand estang, lequel sa bonde levée, court dedans la rivière ; si bien que la rivière et l'estang défendent aisément la place de ces deux endroits.

Vrai est qu'on y pourroit aller sur la chaussée de l'étang; mais pour la garde de cette avenue , il y a un moyen secret que le père de François de Vendôme, dernier décédé vidame de Chartres (6), y fit faire par la grosse tour neuve laquelle s’avance si fort sur ce coin qu'elle peut aisément défendre la chaussée et les deux courtines qui regardent tant sur l'estang, que sur la rivière.

Tour vraiment ingénieuse et digne d'être imitée par les architectes et ingénieux de ce temps. Les précipices seuls et hauteur inaccessible de l’autre endroit vers la ville, maintiennent assez la place de ce côté.

 Puis le donjon, qui est une haute, large et forte épaisse tour, étoffée de gros cailloux, comme tout le reste du château, et entournée de grands et larges fossés a fond de cuve, massonnez des deux côtés (7), et remplis d’une eau dormante, rend cette avenue imprenable, même le donjon inaccessible, ores que tout le château fut pris.

Joint que la porte qui est contre, avec ses triples murailles, semble de soi assez forte pour y défendre l'entrée.

Cette montagne qui soutient tout le chasteau est entournée d'autres montagnes, mais hors canonnade pourtant, et n est commandée d’une seule, fors de celle qui soutient partie de la ville et notamment le temple (8) du bourg, duquel on pourrait aisément faire une batterie.

Mais elle pourrait plutôt rompre tout dedans le château, que faire brèche valable à la triple muraille qui est de son côté, car elle est si bien appuyée par le derrière, et d'ailleurs la terre est si haute (9), que le canon n'y pourrait beaucoup avancer.

Je dis encore qu'on y pût mener le canon ; ce qui est fort malaisé, pour estre le pays tout montueux et chargé de grands et mauvais rochers.

Le différent néanmoins des soldats fit quitter cette place mal pourvu, et aux chefs et aux soldats, qui, dès k-première semonce, (à laquelle Landereau leur fit entendre que Montaigu étoit déjà pris, et que tout le camp marchoit à la prise de Tifauges), répondirent si froidement, que s'estant tous retirés et enfuis la nuit suivante, le capitaine Priou, que le vidame y avoit sur la fin envoyé, se voyant seul et abandonné de tous, fut contraint rendre la place, où l'on mit depuis la compagnie du capitaine Goinière, laquelle brûla tout le château et le donjon aussi, afin que cette place ne servît plus de retraite aux uns et aux autres, se contentant les catholiques d’avoir Montagu et Clisson, places voisines.

Peu de jours après, Moterie fut tué d’une arquebusade, comme il estoit à la prise du château de la Forest-sur-Sèvres (chasteau fort d'étoffe et d'assiette (10) pour estre environné de la rivière de Sèvre, dont il prend le nom, et de l'estang qui est de l'autre côté), qu'ils prindrent enfin sur les catholiques, aux despens de quelques protestants qui y furent tuez par les assiégés.

 

Revenons à Montaigu : Landereau estant retourné et voyant le peu d'effet du canon, conseilla de remuer l'artillerie vers l'estang, ou ayant divisé leur batterie, firent telle brèche qu'aucuns ne s'y osèrent présenter pour la débattre, tellement que avertis par le son de la clochette, que la vedette qui estoit au donjon leur fit, pour signal qu'on écholait la muraille par un autre en droit, tous se retirèrent au chasteau, laissant la ville au sac et entier pillage des catholiques.

Le mesme jour de la prise, on leur fit une chiamade (11) aux fins de parlementer. Puygaillard et autres, leur voulant persuader d’entrer en quelque bonne composition, leur remontroient le peu de gens et munitions qu'ils avoient, la grande armée des catholiques, et la résolution que tous prenoient de n'en bouger tant que la place fut prise.

 Au reste, qu’ils ne devoient espérer aucun secours, pour le désastre avenu a Bassac, et la mort du prince de Condé qu'ils leur asseurèrent (pour avoir avec leurs espions et messagers surpris les lettres que la royne de Navare leur écrivoit, qui portaient cela), tellement qu’avec le cris et lamens des femmes et autres qui s'y estoient retirés (voyez que c’est d’ avoir en eu une place gens qui ne servent que de détourner !), se rendent vie, armes et bagues sauves (12). leur fut mal tenu, car après avoir pris le nom de tous, ils les distribuèrent comme ils voulurent, dont tel a payé dix mille livres de rançon.

Ceux qui se vouloient retirer au camp des princes estoient dévalisez et fort maltraitez. Quant au reste, Chasteauroux y demeura pour commander.

 Depuis Landereau eut le gouvernement de la ville et chasteau, qui mit la place en beaucoup meilleur estat de défense qu'elle n'estoit et y faisoit ses retraites si sûres, que plusieurs protestans ne vivoient auprès, plus contens qu assurés d'un tel voisin.

Quelques mois après, les lieutenants que d'Andelot avoit laissés à son départ pour exécuter le surplus de ses entreprises et entretenir toujours le pays en la bonne volonté des Princes, se voyant maitres de tout le bas Poitou, ils délibèrent d'assujetir Tifauges, Clisson et Montaigu, pour les coucher au rang de leurs conquestes, par la prise de Landereau, qu'ils estimoient y estre pour lors.

 Lequel néantmoins accompagné de trente. chevaux, estoit ce soir-là premier may, parti de Clisson, délibéré de  donner jusques à Fontenay-le-Comte, pour apprendre quelque chose des affaires des protestans et se résoudre sur ce qu'il entendroit de plus asseurés.

Avint qu'estant aux Herbiers, on luyx rapporte que Mirambeau et tous ses gens estoient là autour, de quoy plus marri qu'estonné, de premier mouvement néantmoins, soupçonnant quelque intelligence d'aucuns des siens avec eux, se résolut sur le champ d'en eschapper, comme ce fust.

ource, après avoir encouragé et fait préparer tous ses gens au mieux qu'il peut, se jette à la traverse et lui fut la fortune ou, pour mieux dire, la nonchalance des autres, si heureuse, qu'enfin se fait voie parmi eux, au despens de quinze protestans, qui ne se peurent si bien couvrir que les autres.

 Puis gaigne à son aise son chasteau de Montagu, où les protestans furent enfin contraints le laisser en repos.

Aussi n'est-ce pas une place, l'une des plus fortes de tout le Poitou, qui se laisse enlever à si peu de gens, mesmement, le chasteau qui est si bien situé, qu'avec peu de réparations pour rafraischir et supporter les vieilles murailles, que ceux de la Trimoille laissent tomber, il pourroit acculer une grosse armée.

Cela néantmoins les anima davantage à la prise des places susdites.

La conqueste de Tifauges n'estoit pas mal-aisée, pour estre en tel estat que je l'ay laissé cy-dessus ; mais Clisson estoit beaucoup plus fascheux, car Odet de Bretaigne, dit d'Avaugour, qui en estoit seigneur, y avoit deux compagnies, sans les estrangers qui s'y vouloient retirer.

La ville, d'ailleurs, située sur une plaine assez bien renfermée de murailles, est commandée d'un fort chasteau, petit d'estendue, mais bien serré, bien estoffé, percé, fossoyé et garni de pièces et de tout autres choses choses nécessaires à sa défense.

Outre ce qu'il est sur un haut rocher, au pied duquel passe la rivière de Sèvre, qui près de là se dégorge en la rivière de Loyre.

Somme, que ce chasteau n'a d'avenue que par la ville, du costé de laquelle il a triples fossés, triples portes et autant de murailles pour sa défense. Tellement que tout bien considéré, les confédérés le jugeant imprenable à si peu de forces, autrement que par surprise, se hastèrent toute une nuict pour, au poinct du jour, gaigner la ville par escale, faisant estat qu'aucuns d'eux, habillez à la catholique, entreroient au chasteau, pesle-mesle de ceux qui du sac de la ville s'y voudraient retirer.

Puis entrez trouveraient moyen de gaigner la porte pour, l'heure et signal donnez, y favoriser l'entrée aux autres qui s'efforceraient de la gaigner. Mais comme choses bien conceues ne réussissent jamais à bonne fin, si elles ne sont aussi bien conduites qu'entreprinses, encore que ceux-ci eussent employé toute une nuict, pour se trouver, devant l'esclarcie du jour, au pied des murailles, pource néantmoins qu'aucuns d'eux s'amusèrent à courir le prestre et brusler une chapelle (13), le feu qui en fut veu par les sentinelles catholiques, mit soudain tout le reste de la ville et chasteau en alarme, si bien que rien ne servit aux confederez de fournir quelques eschelles aux murailles, car ils en furent repoussez et contraints sonner retraite, pour puis après se joindre au gros de l'armée que les Princes vouloient mener en Limousin, où se devoient trouver les Allemans. Si bien que ceux-ci sortis du pays, donnèrent toute occasion à Landereau de courre tout le Poitou, plus librement que jamais.

 

 

 

A M. DE CARDELAN CAPITAINE DE DEUX CENTS ARQUEBUSIERS ET POUR NOSTRE SERVICE, EN BRETAGNE ET COMMANDANT A L'INFANTERIE ASSEMBLÉE POUR LA GARDE ET DÉFENSE DU PAYS.

Monsieur de Cardelan,

Les chevaliers de mon ordre (L'ordre de saint Michel) estant près de moy, ont advisé de vous eslire et associer en la compagnie dudit ordre.

Pour laquelle élection vous notifier, et vous présenter de ma part le collier dudit ordre, si vous l'avez agréable, j'envoie présentement mémoire et pouvoir au sieur de Bouillé; vous priant, Monsieur de Cardelan, de vous rendre devers luy pour cet effet, et estre content d'accepter l'honneur que la compagnie vous desire faire; qui sera pour augmenter de plus en plus l'affection et bonne volonté que je vous porte, et vous donner occasion de persévérer en la dévotion qu'avez de me faire service, ainsi que vous fera amplement entendre de ma part le sieur de Bouille, auquel je vous prie adjouster sur ce autant de foy que vous feriez à moy mesme. Priant Dieu, Monsieur de Cardelan, qu'il vous ait en sa saincte et digne garde.

Escript au Plessis les Tours, le dernier jour d'aoust mil cinq cens soixante et neuf.

Signe CHARLES.

Et plus bas BRUSLART.

 

 

 

Les dégâts causés par le feu furent réparés, et, en 1590, la garnison de Tiffauges se composait de cinquante arquebusiers, sous les ordres du sieur de Champigny (14).

 Cet officier prêta l'oreille aux propositions du duc de Mercœur et lui livra la place qu'il était chargé de défendre. En récompense de sa trahison, il conserva son commandement et répandit la terreur dans tout le pays par ses cruautés et ses exactions.

En 1597, Mercœur fit sa soumission au roi et obtint, avec son pardon, de nombreux et brillants avantages. Champigny comprit la gravité de sa situation et imagina, pour en sortir, un adroit subterfuge.

 

Il dépêcha sa jeune femme vers Henri IV, dont la galanterie n'était un mystère pour personne. La malheureuse était dans un état de grossesse très avancé. L'inquiétude, les fatigues du voyage et peut-être aussi l’émotion en présence de son royal interlocuteur, hâtèrent le moment de sa délivrance; les premières douleurs de l'enfantement se déclarèrent à l'instant même où la suppliante se jetait aux genoux du roi. Le monarque releva la pauvre femme avec bonté, lui accorda généreusement le pardon qu'elle sollicitait et la fit transporter à son hôtellerie, où elle ne tarda pas à devenir mère.

Jean de Ferrière, dont la fidélité au roi ne s'était pas-démentie un seul jour, mourut en Angleteterre, le 15 juillet 1597, deux mois après sa femme, Françoise Joubert, sans laisser de postérité. Béraude de Ferrière accepta l'héritage de son frère sous bénéfice d'inventaire, mais ne put payer les dettes et les frais, qui montaient à plus de 1_3,000 écus.

Après une longue procédure, la Chambre de l'Édit (les vidames de Chartres étant protestants) ordonna la mise en vente de la baronnie de Tiffauges.

Celle-ci fut adjugée, en juillet 1607, aux criées du Parlement de Paris, à Marie de Rieux, veuve de Guy de Scépeaux, comtesse de Chemillé et dame de Mortagne.

La nouvelle baronne mourut deux ans après, ayant pour héritière sa fille unique, Jeanne, mariée à Henry de Gondy, duc de Retz et de Beaupréau.

 

 

 

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon.

Échos du bocage vendéen : fragments d'histoire, de science, d'art et de littérature

 

 

 

 

 

1480, Violences des Bretons dans la région de Montaigu en Poitou ( Louis XI Jean Bourré ) <==.... ....==> Guerre de Religions dans le Poitou, PRISE ET SIÈGE DE MONTAIGU (Septembre 1580)

 

 

 


 

(1) Histoire de Nantes, par Travers.

(2) Lire le récit de ce siège dans La Popelinière.

(3) Depuis Henri III, alors lieutenant-général pour le roi, représentant sa personne par tous les lieu soumis à son obéissance, sous la conduite du duc de Montpensier.

(4) Le Plessis-la-Gaine est une ancienne terre seigneuriale, située en Corsept, arrondissement de Paimboeuf, dans la Loire-Inférieure, et dont le possesseur s'en dénommant alors était un La Lande, dit de Machecoul, descendant de Marguerite de Machecoul et de Jean de la Lande, qui avait pris le nom de sa femme, au commencement du XV' siècle.

(5) Vie de Jean de Ferrières, vidame de Chartres, seigneur de Mortigny, par un membre de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (M. de Bastard). Auxerre, Perriquet, 1858 un vol. in-8 de 284 p.

Analyse du Livre dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, tome VIII, p. 253 -56 huitième année, 1859.

(6) C'est-à-dire qu'ils avaient escarpe et contrescarpe.

(7) Voir leurs portraits dans le Recueil d'environ trois cents portraits de personnages français de la cour des rois François 1er , Henri II et François II, autographiés d'après les originaux dessinés par Clouet et conservés au château de Howard, par Lord Ronald Gower. Londres, 187c, 2 beaux vo1. in-fol

(8) Le mot propre serait église, parce-que c'était un édifice du culte catholique et non protestant, comme implique le mot temple au XVI' siècle.

(9) Il résulte de là que monceau de terre placé dans l'intervalle le rempart et le donjon, qu'on croirait provenir des décombres de la place, existait déjà et q n'il y avait été conduit pour consolider ce rempart contre les décharges de l'artillerie postée vers l'église. Il est que, contre, cet amoncellement pouvait fournir le moyen d' escalader le donjon, comme on le fait encore aujourd'hui.

( 10) Sur un point qui en a retenu le nom d'ouche aux canons, qu il porte encore.

(11) Ce mot, qu'on ne trouve point dans les glossaires anciens, ni dans les dictionnaires militaires, doit signifier ici sommation, semonce.

(12) « Un des plus grands profits de la bataille fut que Bouille, gouverneur du pays nantois, et Puygaillard, qui avoient bloqué Tiffauges et assiégé Montaigu, estant prests de lever le siège, firent savoir aux assiégés leur désavantage, sur lequel ils se rendirent par composition. » (D'AUBIGNÉ, t. 1er, p. 282 de son Histoire.

(13) C'était sans doute, soit la chapelle de Toute-Joie, sur la rive droite de la Sèvre et le chemin de Clisson à Gétigné, soit plutôt celle de Notre-Dame de Recouvrance un peu plus loin la chapelle de la Magdelène du Temple, située sur l'autre rive, étant trop rapprochée de la ville et surtout du château, en pleine vue duquel elle se trouve pour que les assaillants eussent pu commettre l'imprudence de l'incendier.

Lancelot VOISIN DE LA- POPELINIÈRE. Histoire de France, au XVIe siècle. T. 1°', fol. 8i à 87. La Rochelle, Abraham Haultin, 1581, deux vol. in-fol. Ouvrage devenu fort rare et très recherché, que Dreux du Radier caractérise ainsi dans sa Bibliothèque historique et critique du Poitou « Il ne faut pas chercher dans cette histoire les grâces et la pureté du style moderne. Mais elle est remplie d'un si grand nombre de faits particuliers, et qu'on ne trouve point ailleurs, qu'elle sera toujours estimée de ceux qui aiment notre histoire dans ses sources et détails. Malgré l'incorrection et la rudesse de sa phrase, on y reconnaît toujours le style d'un homme de guerre et d'un homme d'Etat ; attrait bien grand pour un esprit solide, qui préfère les choses à la manière de les dire, » (Tome III, g. 159.

(14) « Rolle de la Monstre et reveue faite en la place devant le château de Ti/auges dOline compagnye de cinquante.arquebusiers à pied estant en garnison audit château soubf la charge et conduite du sieur de Champigny, leur capitaine... » Pièce tirée des archives nationales. -