Marguerite DE FESCHAL - Jean Bourré, Seigneur du Plessis Bourré 1480, Violences des Bretons dans la région de Montaigu en Poitou, Louis XI roi de France demande à son capitaine Jean B

1480, Violences des Bretons dans la région de Montaigu en Poitou, Louis XI roi de France demande à son capitaine Jean Bourré de fortifier le château

Pendant la guerre de Cent-Ans, notre pays suit le sort du Poitou, particulièrement éprouvé par les Anglais. Dans la Chronique de Rocheservière, Messire Yves du Pont, sire de Rocheservière, compter parmi les morts laissés sur le champ de bataille de Maupertuis, près de Poitiers, en 1356, et avec lui et le seigneur de la Roche, de Saint-André-Treize-Voix qui y est tué également, plusieurs habitants du voisinage.

Nobles et vilains s'arment en guerre pour sauver la patrie, et nous trouvons les seigneurs de la Bégaudière et de la Chabotterie au milieu des rangs français. Les troupes sillonnent maintes et maintes fois le pays, causant des déprédations de toutes sortes.

 La tradition, enfin, nous apprend que le manoir des Chabot est brûlé au cours de cette guerre, vraisemblablement dès avant le traité de Brétigny (1360), qui cède le Poitou et tout spécialement les forteresses de Montaigu et de Belleville aux vainqueurs.

Cette guerre une fois terminée, la paroisse de Saint-Sulpice, située comme elle est sur la frontière de la Bretagne, dont les ducs sont alliés aux Anglais, voit à tout instant son territoire envahi par des bandes de pillards bretons.

 Après le départ de René d’Anjou en Provence, l’Anjou est temporairement rattachée à la couronne de France.

Jean Bourré grand argentier  de Louis XI est nommé trésorier de France le 4 septembre 1474.  Il fait reconstruire  de 1468 à 1473 le château du Plessis-le-Vert, qui prend alors le nom de Plessis-Bourré.

Le plessis était le principal foyer de cette activité de Bourré qui, en dehors des affaires, cherchait surtout un aliment dans les arts et dans les lettres ; il y rassemblait des manuscrits et des tableaux ; mais ce n’était pas le seul ; au dire d’un écrivain qui semble contemporain

« il a édifyé et faict construire de fort beaulx chasteaux et maisons de plaisance, comme Langés, Longué, Jarzé, Vaulx, Couldray et Antrammes près de Laval. »

 Jean Bourré est nommé capitaine de Montaigu en Vendée, poste avancé vers la Bretagne, avec pour objectif de renforcer la forteresse et la garnir d’archers.

Situé sur la frontière du Poitou et de la Bretagne, elle était entre les mains de Louis XI une garantie et encore plus une contre ce dernier pays.

Louis XI roi de France avait acquis en 1473 de Louis de Harpedienne, sr de Belleville, l’importante place de Montaigu, en échange du comté de Dreux. Il y fallait un homme sûr ; louis XI y mit donc Jean Bourré comme capitaine et en fit compléter les fortifications.  Une procuration du roi en date du Plessis du Parc (Plessis-lez-Tours), le 14 décembre 1476, contient la première mention de ces travaux.

(Marguerite de Feschal, épouse de Jean Bourré. )

 Janvier 1479  Par une ordonnance prise à Plessis-lès-Tours, Louis XI  établit "un Siège royal à Montagu en Poictou", indépendant des juridictions de Thouars et de Poitiers, il fit moderniser les défenses de la ville et du château.

 

Louis XI, au Plessis du Parc-lès-Tours, janvier 1479.

LOYS, par la grâce de Dieu, Roy de France ; faisons savoir à tous présents et à venir que, tant pour le bien, l’accroissement et l’augmentation de nous et de la chose publique de notre royaume, et pour la garde et la sûreté de notre pays de Poictou et des fins, bordures et limites du dit pays, par l'avis et délibération des gens de notre sang et grand conseil, nous, par grands moyens et conduites, avons attiré et appliqué à nous et au domaine de la couronne de France les château, ville, baronnie et seigneurie de Montagu en notre dit pays de Poictou, avec leurs ressorts, appartenances et dépendances quelconques, et en quelque part et lieux qu'elles soient et se puissent étendre, et avons commis au dit lieu de Montagu châtelain et procureur et autres officiers, comme en un des lieux de nos sièges principaux du dit pays de Poictou, et par ce moyen soit la dite ville, château, baronnie et seigneurie de Montagu affranchie et exempte de foi et de hommage, et de toute reconnaissance qui pouvait ou avait l’habitude d’être due d'ancienneté au vicomte de Thouars, avant que les dites ville, château, baronnie et seigneurie de Montagu fussent appliqués à nous et à la dite couronne ; pour cela, semblablement doit être affranchie et exempte la dite baronnie, seigneurie et ressorts, et les sujets de ceux-ci, nobles et autres, de quelque état qu'ils soient, de tout droit de suzeraineté et ressort, aux lieux où ils avaient coûtume de ressortir, soit à Poictiers, à Thouars ou ailleurs, en dehors de notre cour de parlement, ainsi que ressortent nos dits sièges principaux de Poictiers et de Thouars ; en préjudice desquelles choses nous avons été avertis que nos officiers des dits lieux de Poictiers et de Thouars se sont efforcés et s’efforcent d’entreprendre la connaissance, par forme de ressort et autrement, de la plupart des causes de nos sujets du dit lieu, baronnie et seigneurie de Montagu, en évoquant ou voulant évoquer plusieurs causes et procès introduits et commencés par devant nos dits juges au dit lieu de Montagu, tant à instance de notre procureur au dit lieu, qu’à la requête d'aucunes parties, soit en matière de nouveautés, plaintes, requêtes de lettres, cautions ou autres causes simples, et autres qu’on dit ou veut dire par ce moyen que notre dit procureur de Montagu est tenu et sujet à demander et requérir le renvoi ou l’obéissance aux dits sièges de Poictiers ou de Thouars, dont nos dits sujets de notre baronnie et seigneurie de Montagu sont très fort pressés et travaillés pour la distance des lieux, abolitions, pertes, dommages et autrement, et les causes de notre dit procureur grandement retardées, et de plus pourrait être prévu n'était sur ce par nous donnée. Pour cela nous, voulant préserver et entretenir en état dû et convenable la dite ville, château, baronnie et seigneurie de Montagu, située et assise aux fins et extrémités de notre dit pays de Poictou et sur les marches du pays de Bretagne, en autorité telle qu'il appartient comme l'un des sièges principaux de notre dit pays de Poictou, et en ce lieu avoir et entretenir bon et notable conseil pour la garde de nos droits et du fait et état des dites marches, sur lesquelles plusieurs surprises ont été faites et efforcées de faire précédemment, pour ces causes et d’autres venant à nous, de notre propre mouvement, en pleine puissance et autorité royale, avons créé, érigé et établi, créons, érigeons et établissons pour nous et nos successeurs Roys de France, au dit lieu, baronnie et seigneurie de Montagu, ses appartenances et dépendances, et par tout le ressort et bailliage de ceux-ci, cour et juridicion perpétuelle et ordinaire, et avons affranchi et exempté, affranchissons et exemptons nos dites ville, château, baronnie, seigneurie et bailliage, et ses ressorts et les sujets de ceux-ci, quels qu'ils soient, avec le bailliage qui en dépend et peut dépendre, des dits ressort, obéissance et de toute suzeraineté des dits lieux de Poictiers et de Thouars, en dehors seulement de notre dite cour de parlement, sans qu’à jamais les hommes, manants et sujets de cette seigneurie de Montagu, bailliage et ressort, soient tenus de ressortir ni obéir par lettres ou  mandements des sénéchaux ou juges de Poictiers ou de Thouars à aucune court, juridicion et connaissance, en dehors du dit lieu de Montagu et des juges qui par nous y sont ou seront commis, maintenant ou à l'avenir, et avons voulu et voulons que toutes les causes et procès mus et entrepris entre les sujets de notre dite baronnie et seigneurie de Montagu, en assises et juridicions de Poictiers et de Thouars, non contestées, soient renvoyées et évoquées, et lesquelles nous renvoyons et évoquons par ces présentes au dit lieu, cour et juridicion du dit lieu de Montagu, soit en grandes ou petites assises, et interdisons et défendons à nos dits sénéchaux de Poictiers et de Thouars, et à leurs lieutenants, toute cour, juridiction et connaissance des dites causes et matières, et des droits qui en dépendent ou peuvent dépendre, sans en retenir aucune, et, en leur défaut ou delai de les renvoyer, mandons en premier notre sergent sur ce requis, si besoin était, d'en faire le renvoi, lequel nous autorisons par ces dites présentes, quant à cela.

Donnons ici en mandement à nos aimés et féaux conseillers les gens tenant notre cour de parlement, que de notre présente grâce, loi, décret, ordonnance et volonté ils fassent jouir et user paisiblement nos dits officiers, hommes et sujets de la dite baronnie, seigneurie et bailliage de Montagu et des ressorts, leurs appartenances et dépendances, maintenant et pour le temps à venir, et par la forme et manière dites ci-dessus, sans y faire aucune infraction, oubli ou dérogement en rien qui soit ou puisse être, et qu’ils fassent enregistrer et publier cette dite ordonnance en la dite cour et ailleurs où il appartiendra, car ainsi nous plait-il et le voulons être fait, nonobstant oppositions ou appellations quelconques faites ou à faire, mandements, défenses, constitutions et établissements vieux et nouveaux faits par ci-devant ou autrement touchant les droits de nouvelles seigneuries accrues ou attribuées à notre royaume, par lesquelles nous ne voulons être fait aucun préjudice à l'effet et teneur de ces présentes, auxquelles, afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau, sauf en autres choses notre droit et l'autrui en toutes.

Donné au Plessis du Parc-lès-Tours, au mois de janvier, l'an de grâce mil cccc soixante-dix-neuf, et de notre règne le dix-neuvième.

Sic signatum : Par le Roy, les sires du Lude, du Bouchage et autres présents.

L E MARESCHAL . Visa.

Lecta, publicata et registrata, presente procuratore Regis et non contradicente. Actum in

Parlamento, decimâ die Junii, anno m.° cccc.° ixxx.° Collatio facta est cum originali. 

 

 

Violences des Bretons à Rocheservière, en 1480.

Le 26 avril 1480 la Rocheservière est pillée par une soixantaine de cavaliers bretons, trois jours après, c'était le tour de la Garnache.

Au mois d'août 1480, les relations nous font connaître leurs méfaits commis dans la région comprise entre Rocheservière, Palluau, Belleville, Montaigu et les Essarts. Saint-Sulpice n'est donc pas épargné par ces forcenés dont le moindre crime est de rançonner les malheureux paysans.

 

Après le supplice du trop célèbre Gilles de Rays, sa succession passa, chargée de dettes et de procès, à l'amiral Prégent de Coêtivy, époux de Marie de Rays, sa fille ; puis, lorsque ce dernier eut été glorieusement frappé par un boulet anglais, au siège de Cherbourg, à Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg, son frère.

 C'est au cours d'un de ces procès, par lequel le sr de Taillebourg réclamait la propriété du pays de Rays, qu'eurent lieu les violences « des Bretons », constatées par deux pièces des manuscrits de la Bibliothèque nationale.

La première est un billet, sans date ni signature, adressé de Montaigu à Jean Bourré, capitaine du château.

Dymenche XXVIj e jour d'aoust, Monsr de Rochecervière (1) m'escripvit que les Bretons estoyent passés par la ville de Rochecervière, bien LX ou environ, bien montés et bien. armez de brigandines, de sallades; et les ungs avoyent arcs touz bendés et trousses, et les aultres avoyent brigandines, sallades et javelines ou lances gayes ; les quieulx bretons, en l'abillement que dessus est dit, sont allez excequtez ou village de Bouyng et alige, par force et à port d'armes, pour les rentes qui sont deues à la Benaste,  et ont excequté les bonnes gens à la valleur que les dictes rentes pouoyent valloir, et en ont emporté les gaiges des pouvres gens jusques en Bretaigne.

Pour le grant bruit qui en a esté par decza, le procureur de cette ville a esté au dict lieu de Bouyng, qui a faicte une informacion sur tout leur gouvernement et comment ilz cy sont gouvernés ; et le dit procureur m’a dit qu’il vous envoye la dicte informacion et aussi que Monsr de Beauvoys (2) vous en doybt escrire bien au long selon advis, parceque il a veue la dicte informacion ; et pour ce je me passe de plus vous escripre, car la dicte informacion vous en parlera au plus vray que je ne feroye, moy qui n’en puys rien savoir que le rapport d’aultruy.

La seconde pièce (3), écrite trois jours après, supplée jusqu’à un certain point à l’information dont il est question, et qui est vraisemblablement perdue.

Nous Colas le Royer, chastellain, receveur et notaire de la Gasnache, et Jehan Bloyo, notaire de l’archediaconé d’Aizenays, certiffions à qui il appartiendra que aujourdhuy penultième jour d’aoust mil IIIje IIIjxx, noble homme Jehan Mestivier, seigneur de la Cadinière, s’est transporté en ceste ville de la Gasnache par devers maistre Alain Chapperon, procureur de noble et puissant le seigneur de Taillebourg és-seigneuries de la Beanste, du Coustumier et autres ; lequel il a trouvé et appréhendé en la maison moy led. Colas le Royer, située en assise en la ville clouse du dit lieu de la Gasnache, auquel maitre Alain led. Mestivier a dit estre venu par devers luy pour luy dire et signiffier expressement que il ne se trouvast aulcunement sur les parties de rocheservière, de Legé, de bourg et és-environs ; et qu’il avoit eu et encores a environs deux cens gens de guerre montez et armez par tous les lieux susdits, queque soit és-lieux qui doivent devoirs, cens, mestivages et rentes à la recpte de la Benaste, lesquielx prenoient gens et executoient biens à grant nombre, qu’il dit estre des gens du duc de Bretaigne ; et que entre’autres y estoit Bertrand Lucas, chastellain de la d. Benaste, qui desiroient trouver et rencontrer ledit Chapperon ; et que dimanche dernier ils passèrent environ quarante ou cinquantes chevaulx par le bourg de Rocheservière, ne  scait pourquoy. Et par expres a dit celui Mestivier au d. maistre Alain que sur sa vie il ne se trouvast point demain au dit lieu de rocheservière à l’assignacion que jeudi dernier, jour de foire au dit lieu, il avoit fait donner et sçacoir à cry publicque en la halle du dit lieu par Guillaume raoul, sergent du Roy notre sire, és-subgiectz de la dit seigneurie de la Benaste, de kuy apporter demain en la maison Macé Moreua, sise devant la dite halle, les blez, deniers et autres devoirs qu’ilz pouoient devoir à mon dit seigneur de Taillebourg, du temps passé et queque soit depuis le temps de l’arrest qu’il a obtenu contre le seigneur de Broce et damoiselle Jehanne de rays, sa compaigne, et que s’il se metoit au chemin il pourroit estre en danger de sa vie, veues les grandes menasses qu’ils=z luy donnoient ; et que par plusieurs foiz les aulcuns d’eulx se sont mis en aguet esperant trouver et rencontrer ledit Chapperon pour l’outrager de sa personne, ainsi que ledit Mestivier dit avoir ouy dire et maintenir à plusieurs, et que Jacques Rousseau, seigneur de l’Isle Gaudin, et Prégent Boterel, seigneur du Margat, estoient du nombre.

Dont et desquelles choses ledit maistre Alain, et aud. Nom, a requi à nous les d. notaires que lui voulissons donner ces presentes signées de noz seings manuelz, ce que luy avois octroyé pour valloir à mondit seigneur de Taillebourg et à luy ce que de raison et de droit appartiennent.

Donné et fait les jour et an que dessus.

Ainsi signé : Colas le Royer, pour acte et Bloyo, pour acte

 

 

En septembre 1491, le frère cadet du seigneur de la Chabotterie, Roland Chabot, seigneur de la Babinière, remontre qu'il ne peut rejoindre les armées du roi, non pas tant à cause de ses blessures, qu'en raison de ce que, depuis quatre ans, lui et les gentilshommes voisins ne peuvent plus résider dans leurs maisons, étant toujours à la poursuite des pillards qui dévastent la châtellenie de Montaigu, dont Saint-Sulpice fait partie (4).

 

 

 ==>En revenant de Nantes, la digue du château de Montaigu à travers les âges

==>Guerre de Religions dans le Poitou, PRISE ET SIÈGE DE MONTAIGU (Septembre 1580)

 

 


 

(1)    Maurice de Veluire, sg de la Rocheservière et de Chaveil, conseiller et chambellan du Roi.

(2)    Probablement Beauvoir

(3)    Copie contemporaine, fonds de Gaignières, n°377, fol 47

(4)    Roolles des bans et arrière-bans du Poitou, par P. de Sauzay, 1667.