Lettres d'Edouard III, roi d'Angleterre, enjoignant aux habitants de Poitiers de reconnaître son fils le prince de Galles comme prince d'Aquitaine

Après le traité de Brétigny, ayant transféré la province à Edouard III, Jean de France perdit son apanage poitevin, et reçu en échange le Berry érigé en duché-prairie (octobre 1360)

Peu après la cession officielle de Poitiers et du comté au roi d'Angleterre (septembre 1361), Edouard III constituait à son tour le Poitou en apanage au profit de son fils, Edward de Woodstock, le Prince Noir, auquel était conféré le titre de « prince d'Aquitaine ».

Il enjoignit par des lettres, qu'apportèrent aux habitants de Poitiers ses commissaires Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, et Jean Chandos, de reconnaître le nouvel apanagiste (19 juillet 1362)

 

Lettres d'Edouard III, roi d'Angleterre, enjoignant aux habitants de Poitiers de reconnaître son fils le prince de Galles comme prince d'Aquitaine.

19 juillet 1362

A Original, Arch. mun. C 12. — B. Man. dAuzance, fol. 99 v°. EDITION, a, Rymer, Foedera, t. VI,p. 386.

 

Edward, par la grâce de Dieu roi d'Engleterre, seigneur d'Irlande et d'Aquitaigne  1, à noz chers et feaulx prelatz, ercevesqes, evesqes, abbés, deanes 2, priours, chapitres, collèges et autres queconqes, gens d'église, conntes, viscontes, barons, chivalers et autres nobles seigneurs des lieux, de pais et des terres, aus capitains, mairs, conceulx, jurez, chasteleins, universités et comunes et autres touz de quel estât ou condicion q'ils soient, noz ; subgiz habitantz nostre paiis d'Aquitaigne et de Gascoigne et par especial au meir et comunaltée de nostre , citée de Poyters 3, saluz et diletiion.

Pour certaines causes, les queles nous ont à ce muz, nous avons par nos lettres patentes volu, ordené et ottroié à nostre très cher eisné fitz Edward, prince de Gales 4, que desore en avant tout le cours de sa vie, il soit nomé prince d'Aquitaigne et à ly avons donez et ottroiez à tote sa vie totes les terres, seigneuries, cités, villes, chasteux, forteresces, lieux et païs queux nous avons et à nous appartenoient ou porront appartenir en queconqe manere es dites parties de Gascoigne et d'Aquitaigne, tant pour cause du transport que le roi de France, nostre frère, nous ad fait parmy la pees faite entre nous et ly come autrement.

 Et aussi avons volu, ordené et ottroié, volons, ordenons et à nostre dit eisné fitz ottroions que à ly totes persones, de queconqe estât ou condicion q'ils soient, gens d'église, prelatz, ercevesqes, evesqes, abbés, deans, chapitres, collèges et autres queconqes persones d'église, ducs, conntes, viscontes, barons, chivalers et autres nobles, mairs, conceulx, jurez et eantz 5 touz gouvernementz et regimentz des cités, villes et lieux et touz autres nos subgiz habitantz en noz ditz païs, terres, seigneuries dessusdites, faeent homages et reconisances, sermentz, services, obéissances et paient et rendent et délivrent tout ce en quoi à nous estoient ou poient 6 estre tenuz, fuissent rentes, cens, droitz, devoirs ou queconqes autres redibentes 7, servitutes, proffitz ou émolumentz, sicome ces choses sont plus à plein contenues en noz lettres patentes faites sur les choses dessusdites et par nous ottroiez à nostre dit eisnez fitz.

Pour ce est il que nous vous mandons et comandons estroitement et à chescun de vous, sicome à ly appartendra, que, à la requeste ou comandement de Thomas de Beauchanps 8, connte de Warewyk et de Johan Chandos, visconnte de Seint Sauveur, noz commissairs sur ce donez, ou de l'un de eux ou des commis ou députez par eux ou par l'un de eux, où que ces présentes lettres vous seront présentez, à nostre dit eisné fitz, prince et seigneur à sa vie d'Aquitaigne, faites et rendes les homages, reconisances, fois, sermentz, obeisantz, et à ly ou à ces 8 officiers ou commis à ce par ly paiez et rendez desore en avant totes rentes, cens, droitz, devoirs, revenues, redibentes, servitutes et proffitz, es queux ou queles vous et chescun de vous nous estes ou porrez estre en queconqe manere tenuz, et, ly rendez et délivrez totes cités, villes, chasteux, forteresces, cleves 10, possessions et saisines à nous appartenantz es ditz cité, connté, terres et appartenances et de nostre citée dessusdite, et à ly, corne à prince et seigneur à sa vie d'Aquitaigne et à ces officiers, justices et ministres obéissez desore en avant en touz cas de seigneurie, le cours de sa vie durant, tout en la forme et manere contenues en noz lettres dessusdites faites sur, le dit donné.

Et ce facez sanz aucune contredit ou debate ou autre mandement attendre, en retenant par devers vous ces présentes ou copie par vidimus de ycelles souz le seal de nostre dit eisné fitz, prince d'Aquitaigne, à la ceurté de vous et du chescun de vous et des vostres pour le temps avenir, à quele copie ou vidimus souz le dit seal volons et.ottroions que soit en touz temps et lieux doné tant de foi corne seroit à ces présentes, les queles en tesmoignance des choses dessusdites avons faites seler de nostre grannt seal.

Donné en nostre palais de Westminster le XIX jour de juylu l'an de nostre règne trente sisme 12

 

 

Peu après, au mois d'août, le prince d'Aquitaine se rendait dans la capitale du Poitou, accompagné de Chandos, et prenait possession de son apanage ; il y reçut du 13 au 20 septembre les hommages de ses vassaux, et notamment celui des bourgeois de Poitiers (13).

 

Lorsque le Poitou est constitué en apanage, un nouyel organe apparaît au-dessous de ceux qui représentent à Paris la haute administration royale. C'est le conseil du comte apanage, qui intervient dans la rédaction des mandements et décisions du prince de sang royal, notifiés à la commune de Poitiers. On a la preuve de l'existence de ce Conseil dès l'époque de la constitution de l'apanage de Jean le Bon, frère du Dauphin Charles. Un clerc, Jean Rivau, est dès 1357, qualifié conseiller du comte de Poitou ; un autre personnage, Jean de Crusy, porte en 1359 le même titre.

Lorsque Chandos prend possession de Poitiers et du comté (24 septembre 1361), son premier soin est de nommer les membres du Conseil d'Edouard III en Poitou, à savoir le doyen de la cathédrale S'-Pierre, Jean de Revelone et M Jean Rivau, confirmé ainsi dans ses fonctions antérieures ; ces conseillers prêtent serment.

On sait quelle était en octobre 1369 la composition du conseil du prince Noir, en Poitou.

Il comprenait, outre l'évêque de Bath, chancelier d'Aquitaine, le maire de Bordeaux, un Anglais, Arnold Savage, l'écolâtre de Saintes, Arnaud Ruphi, et deux Poitevins, Guillaume de Vezançay, abbé de Saint Maixent, et M° Jean Rivau.

Le conseil du duc de Berry, comte de Poitou, de 1372 à 1380, possède parmi ses membres des gentilshommes, Jean III, vicomte de Sancerre, le vicomte de Châtellerault, Louis d'Harcourt, les sires de Cousant, de Marzé, de Nantoillet, de Nanteuil, qui reçoivent chacun de 1.200 à 600 1. de gages, outre André de Montjean, Guillaume de Torsay, seigneur de la Mothe-Saint-Héraye, Pierre Ayquelin, cardinal de Montaigu, évêque duc de Laon, l'abbé de Nouaillé, l'official de Poitiers. Jean Taveau, le premier chapelain du duc, chanoine de Poitiers, trésorier de St-Hillaire et futur évêque de Luçon, Etienne de Loypeau, Jean de Londres enfin, trésorier du chapitre de Ménigoute.

Il suit le duc dans ses déplacements à Poitiers, à Niort, à Châtellerault.

 

 

 

==> Prince Noir

==> Guerre de Cent Ans

 

 

 


 

Photo couverture Tiffauges - Cie Alagos

1. Le Roi a.
2. doyens B, deans a.
3. habitans en la citée, counté, paiis et terres de Poitiers et de Poitou, appartenantz et dépendante d'icelle conté de Poitou a.
4. Le prince de Galles, dit le Prince Noir, le vainqueur de la bataille de Poitiers, né en 1330, mort le 8 juillet 1376, avait été créé duc de Cornwall en 1337, prince de Galles en 1343.

 Les lettres (en latin) d'Edouard III, conférant à son fils aîné le prince de Galles, le titre de prince d'Aquitaine, qui sont ici résumées, sont datées aussi du 19 juillet 1362 (Rymer, Foedterct, t. VI, p. 384).

 5. ayans B.

6. pouvoient B, povoient a.

7. redevances B, redivences a.

 8. Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, était le frère de Jean de Beauchamp qui fut nommé capitaine de Calais le ler septembre 1347 (Rymer, t. V, p. 584). Il mourut de la peste le 13 novembre 1369 (Froissart, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XXIII, p. 277 et suiv.).

 9. ses a.

10. lieux a. Cleves semble être une formé exceptionnelle du mot clef.

11. juillet B.

 12. Les années du règne d'Edouard III partent du 24 janvier 1327, date à laquelle fut proclamée l'abdication d'Edouard II. La 36e année de son règne est donc 1362.

(13) J. Delpit, Doc. fr. cons. en Angleterre, p. 108.