Mémoire du temps touchant la Pointe du Chapus et son Fort sur le Rocher

La pointe du Chapus, qui formait l'extrémité ouest de la presqu’île de Marennes, était l'aboutissement d'une antique voie romaine.

Cette voie reliait Marennes à Saintes (Mediolanum Santonum), alors capitale de la Gaule Aquitaine, et se prolongeait à l’actuelle pointe, où existait une liaison vers l'île d'Oléron.  C'est à cette époque que le village du Chapus apparut au fond d'une petite baie, c'était alors un village de pécheurs et de sauniers.

 Les romains installèrent de plus les premières exploitations d'huîtres, mais cette activité disparue au Moyen-Age et ne réapparue qu'au XIXe siècle.

Au XIe siècle, les alentours de Marennes étaient alors recouverts d'une forêt, faisant partie de l'antique forêt de Baconnais (Forêt de Pons)  qui s’étendait entre la Charente et la Seudre, dans la partie centrale de l’ancienne province de Saintonge.

Dans la perspective des grands défrichements de l'époque, un bourg doté de privilèges fut créé pour attirer des habitants et défricher les environs : Boursefranc.

 Après les défrichements, plusieurs villages surgirent autour de Boursefranc et du Chapus comme les villages de Chatain, de la Sinceaudière et de la Pimpelière.

 Le Chapus devient alors un important port de pêche et port de sel. (Portus - Saulnier)

La paroisse de Marennes est donnée aux religieuses de l'abbaye aux Dames de Saintes en 1047, elle doit sa fondation au comte d'Anjou Geoffroy Martel et à sa femme Agnès de Bourgogne veuve de Guillaume le Grand (Guillaume V d'Aquitaine).

Voici d'ailleurs la traduction du texte même de l'acte de 1047:

 « Dans cette même province de Saintonge, en la partie dite maritime, nous donnons à Dieu et à sainte Marie l'église de Saint-Saturnin de Marennes, de Saint-Just, de Saint-Pierre de Salles, de Saint-Martin de Sanzillac, de Saint-Laurent du Gua, en même temps que les paroisses, avec toutes leurs propriétés et tous leurs revenus.

 De plus, nous donnons à ladite église de Saint-Pierre et de Saint-Eutrope de Broue avec les dîmes de toute la terre de Marennes, tant des champs que des vignes, des forêts et des marais, depuis le Mont-Aquilin (Montaiglin) jusqu'au Chapus, ainsi que cette terre est renfermée par deux bras de mer, à savoir par le canal de la Seudre et par celui de Brouage.

 De plus, au même lieu- dit maritime, nous donnons à Dieu et à sainte Marie sept mas de terre que moi Agnès j'ai légitimement achetés d'un chevalier nommé Pierre de Didonne, pour six mille pièces d'or que j'ai versées.

J'ajoute également, moi Geoffroy, trois mas entiers de terre à la maison des dames au bourg de Saint-Saturnin, que nous voulons leur donner et concéder.

De même, dans notre forêt appelée Bacone, nous accordons sur tous les arbres tout ce qui sera nécessaire pour construire et réparer les maisons, les barriques, les tonneaux, les remparts, les bateaux, en même temps que pour chauffer les fours et pour pourvoir, en un mot, aux divers besoins domestiques.

Nous abandonnons de plus complètement à Dieu et à la bienheureuse Marie la coutume appelée viguerie, c'est-à-dire le pouvoir de juger les cas d'homicide, de vol, de rapt et d'incendie. » (2)

 La donation de 1047, qui comprenait encore les églises de Pont-l'Abbé, de Corme-Royal, de Saint-Jean d'Angle et d'autres en Saintonge et ailleurs, faisait de l'abbaye de Sainte-Marie l'une des plus riches de la province.

Malgré les dispositions de cette donation, Geoffroy Martel et sa femme Agnès n'avaient pu donner réellement aux religieuses de Saintes que ce qu'ils possédaient eux-mêmes en propre. Ils ne pouvaient disposer que de la moitié des biens cédés, car le reste appartenait par héritage à Marguerite, femme de Rudel, comte de Blaye, et nièce des donateurs.

Les intéressés ne manquèrent pas de revendiquer leur part légitime dans les terres si libéralement données par leur oncle.

Une transaction intervint donc à Saintes, en 1049. Rudel et Marguerite délaissèrent à l'abbaye la moitié leur appartenant dans les seigneuries, sous l'obligation par les religieuses de leur payer, à concurrence de mille livres pour les terres du pays de Marennes, la rente annuelle de 2,500 livres stipulée dans leur contrat de mariage de l'an 1040.

Cette rente était due, en effet, par Geoffroy à sa nièce pour le prix de l'acquisition de la moitié revenant à celle-ci.

 Le donateur avait seulement omis, dans l'acte de fondation, d'obliger l'abbesse de Saintes au payement en son lieu et place.

La transaction était exécutée depuis près de trois cents ans, lorsque, le 7 avril 1328, l'abbesse racheta la rente.

La première difficulté occasionnée par la revendication de la comtesse de Blaye devait, dans le courant des siècles, être suivie de beaucoup d'autres contestations. Ces difficultés ne purent se terminer, souvent, que par des transactions, car l'abbesse de Saintes eut affaire à de puissants seigneurs, ses voisins. Elle sut pourtant défendre ses droits et soutenir de nombreux procès : la seigneurie de Marennes en fut surtout l'objet.

 La donation de Geoffroy Martel fut plus tard confirmée par Aliénor d’Aquitaine et les ducs d'Aquitaine, ses successeurs, jusqu'en 1368, et ensuite par Charles V, en 1378.

A partir de cette dernière date, les dénombrements fournis par les abbesses de Saintes furent rendus au Roi, le premier en 1392.

Les domaines et seigneuries donnés à l'abbaye de Saintes furent bientôt divisés en cinq prieurés : Pont-l'Abbé, Corme-Royal, Marennes, Saint-Sornin et Le Gua, et Montpollin en Anjou.

Une religieuse était alors pourvue de chacun de ces prieurés et le dirigeait. Mais dans la suite la prieure de Saint-Sornin eut la jouissance de la portion attribuée à celui de Marennes, et enfin les choses revinrent en l'état qu'elles étaient dès le principe. (Archives départementales, H, 76.)

Le pays situé entre la Seudre et la mer de Brouage, donné en grande partie à l'abbaye de Saintes, portait le nom de Maremnia, locus maritirnus, Marennes.

 Le Cartulaire de Saintes mentionne les prieures de Marennes et celles de Saint-Sornin au XIIe siècle; mais il paraît par les chartes que, depuis Hymberge (avant 1171), les deux prieurés étaient déjà réunis en un seul.

Hymberge et ses successeurs sont qualifiées prieures de Marennes, évidemment du nom général de tout le pays, car le chef-lieu des deux prieurés ainsi réunis demeura à Saint-Sornin.

Dans les dénombrements et aveux fournis plus tard au roi, les abbesses de Saintes ne parleront plus, en effet, que de leur prieuré de Saint-Sornin, alors même que ce prieuré n'aura plus ses religieuses.

Pour déterminer les limites et la consistance du prieuré proprement dit, nous n'avons qu'à transcrire l'un de ces dénombrements, celui fourni par Jeanne de Villars, abbesse, le 23 septembre 1472.

 « A tous ceulx, etc. Jehanne de Villars, abbaesse du moustier, etc., dame du prieuré de Sainct-Saournin de Marempne, membre deppendant dudit moustier. Sachent tous que nous tenons. noustre église et prieurté de Sainct-Saournin de Marempne., sans moïen, avec toute sa jurisdiction et seigneurie, haulte, basse et moïenne, et toutes noz terres, fieux et hommes, franchises, libertez et saisines, et tous les cens, rentes et aultres devoirs et esmolumens quelxonques appartenans audit prieurté de Sainct-Saournin, lesqueulz nous tenons aussi en ladicte franche aumosne et soubz ledict serement de féaulté, lesqueulz terre et seigneurie de Sainct-Saournin durent et se extendent dès Saint-Nadau, qui est en nostre seigneurie, jusques à Fousselobière, qui est sur le grand chemin de Xainctes en alant en Marempnes, et dès ledict lieu de Fousselobière s'extend le chemin que l'on vait du Gua vers Brouhe jusques à nostre pratz, et de qui s'en vait au long des mothes de Saint-Nadau jusques au Chasteignier, et du Chastaignier jusques à la fontaine de Saint-Saournin, et dès ladicte fontaine de Saint-Saournin jusques à la fontaine de maistre Pierre Chauvel, et dès ladicte fontaine maistre Pierre Chauvel jusques au foussat du grant Tauriat, ainsi comme l'ayve départ la terre de nostre dict seigneur et la noustre, et aussi s'en devale le long jusques à la maison Pibalac, et d'ilec s'en devale le long de la rivière jusques au chat du peyré de Nyeul, et du peyrat de Nyeul jusques au rival de Cogouy, et du rival de Cogouy jusques à Saint-Nadau, aclouant les maynes de SaintNadau jusques au chemin de Xainctes. Item, du rival de Cogouy jusques au pont de Peylart, en revenant juscques à la grange de Prevauz, et de qui à la grange Jean Vimeu, et de qui jusques après à la font Bernon, et d'ilec à la mothe des Bonnes-Filles, enclavant en la terre de nostre seigneurie, et de qui le long du rival jusques au quarrefourc du sentier qui vait au Droyne, et de qui jusques à Bonnet à l'Ausbespin qui départ nostre terre et la terre de nostre dict seigneur, et de qui venant au peyrat de Nyeul. »

Un autre fief situé en la paroisse de Saint-Sornin et comprenant « les terres et vignes appelées le fieu Gaultier, enclauses on fieu Regnault Vigier », agrandissait le domaine du prieuré, qui y prenait le quint des vignes et le sixte des terres. Ce fief Gaultier tenait de « l'un chief à la vigne Feuron et d'aultre chief à la vigne des Bonnes-Filles ».

L'abbaye de Saintes avait d'ailleurs reçu la dîme du fief de Regnault Vigier, comme celle de toutes les autres seigneuries comprises dans la terre de Marennes depuis Montaiglin jusqu'au Chapus, entre les rivières de Seudre et de Brouage :

« tant en nostre terre que en toutes les terres et seigneuries des aultres seigneurs et vavassours de ladicte terre de Marempnes, soiten terres, vignes, maroyx, moulins, prés, boyx, rivières et en toutes autres chouses dont disme doit yssir et estre payée. »

Les fondateurs de l'abbaye avaient tous droits de justice sur les lieux donnés aux religieuses. Ils les avaient donc transmis à celles-ci, sans réserve, en leur laissant, sous le nom de viguerie, les cas d'homicide, de vol, de rapt et d'incendie.

Comme dame haute, moyenne et basse justicière, l'abbesse pouvait établir en quelque lieu qu'elle le jugeât utile, dans l'étendue de ses seigneuries de Saint-Sornin, Marennes, etc., ses officiers et juges, ses assises, ses tribunaux et ses prisons.

Le bourg de Saint-Sornin, qui était certainement le plus important à l'origine, et le plus central au pays de Marennes, fut le siège principal de la justice du prieuré. Mais à mesure que le petit bourg de Saint-Pierre de Salles devenait la ville de Marennes, l'abbesse y transférait le chef-lieu de ses seigneuries, en s'intitulant dame châtelaine de Marennes, tout en conservant pourtant le titre principal de prieure de Saint-Sornin.

Les foires, marchés, halles, boucheries, parquet, prisons, tous ces établissements passèrent, en tout ou en partie, de Saint-Sornin à Marennes, ou existèrent plutôt simultanément dans les deux localités. Car les prieurés de Marennes et de Saint-Sornin correspondaient à deux châtellenies des mêmes noms.

La châtellenie de Marennes renfermait une partie du bourg de Salles avec l'église, les fiefs du Port de Salles et autres, et une partie de la paroisse de Saint-Just, c'est-à-dire l'église et ses revenus, les villages de Luzac et de Mozac.

La châtellenie de Saint-Sornin comprenait le prieuré et seigneurie de ce nom, les églises de Broue et du Gua avec les fiefs en dépendant.

Mais à côté de ces deux châtellenies se trouvaient plusieurs fiefs possédés par d'autres seigneurs et principalement, d'une part, le bailliage de Marennes, partageant le territoire et le bourg de Salles avec la châtellenie de Marennes et s'étendant sur Saint-Just jusqu'aux Pibles (3) ; d'autre part, les seigneuries de Chessous, Montaiglin et Broue, dont les droits se prenaient depuis Montaiglin jusqu'au Chapus. (Archives départ., H, 76.)

La justice de l'abbesse était exercée anciennement par trois juges différents, au Gua, à Saint-Sornin et à Marennes. Pour le soulagement des habitants, les abbesses firent ensuite exercer les trois justices par leur juge de Marennes, à Marennes. (Archives départ., H, 76, pièce 11.) Mais plus tard il y eut de nouveau un juge à Saint-Sornin.

 

 

Que de procès, que de chicanes la seigneurie de Marennes devait occasionner dans le courant des siècles !

Dès 1162, Regnauld de Doë, seigneur de Broue et d'une partie de Marennes, troubla Hymberge, prieure, dans la jouissance du droit des dîmes et du four banal à Marennes.

Cette difficulté était à peine réglée à l'amiable, que le même seigneur donnait, en 1170, au prieur de Sainte-Gemme la dîme du Breuil et l'église de Broue. Il s'acquittait ainsi sans scrupule d'une dette de 1,000 livres. (Archives départ., H, 76.)

 Geoffroy de Doë donna aussi, en 1253, au prieur de Sainte-Gemme la chapelle de Broue avec tous les droits qui y étaient attachés, « tant en terre douce que salée. » (D. d'Aussy, La tour de Broue.) (4)

Depuis lors et jusqu'au XVIIIe siècle, on peut dire que l'abbesse fut presque toujours en procès à cause de Marennes et de Broue. Si la violence ou la mauvaise foi de ses voisins lui firent quelquefois perdre quelques avantages par des transactions ou par des jugements, elle sut cependant se maintenir dans la possession de ses droits les plus importants. Ainsi elle conserva les droits honorifiques dans l'église de Marennes, tandis qu'elle perdit ceux des églises de Saint-Just et de Broue (arrêt du 31 mars 1661).

En qualité de seigneur temporel, l'abbesse avait le droit de présenter à l'évêque, qui les instituait canoniquement, les chapelains, curés ou vicaires des églises de sa juridiction.

Les maisons des vassaux du prieuré de Saint-Sornin, comme des autres domaines de l'abbaye de Saintes, jouissaient de l'exemption du logement des gens de guerre ; leurs biens étaient affranchis de certaines contributions dues au roi ou aux seigneurs voisins.

L'abbesse Hersende Brune avait même obtenu du duc d'Aquitaine le privilège pour ses hommes de ne pas rendre le service militaire hors de la Saintonge. (Cartulaire, charte 43.)

Le prieuré possédait dans le voisinage 35 livres de marais salants francs sur la rivière de Seudre et 25 livres sur la rivière de Brouage.

La prieure avait une part dans les recettes des boites communes (octrois sur les sels) établies en Marennes et en Hiers :

« Le droit que nous avons à cause de nostre disme et avons accoustumé de prendre avec mondict seigneur de Cheissoux, avec le prieur de Saincte-Gemme et avec leurs aultres par- çonniers, ez boytes ordonnées en Marempnes, et boytes ordonnées en Yers, entre nous et le prévost d'Yers et la rente du bled et de la cire que ledict prévost nous doibt. Item, le droict que nous avons et prenons à cause de nostre disme avec nostre dict seigneur en la boete des Pipelez (les Pibles) et en la boete du Chapus, c'est assavoir : le tiers ou sixte, la moitié ou neufhain ou douzain, les deux parts et tout le quatorzain et dixhuitain, tout nostre.

Item, le droict que nous avons et prenons et avons accoustumé de prendre et avoir à cause de dismes avec le seigneur de Cheissoux en la boete de Sainct-Just, et le tiers que nous prenons en l'ayre assise à Sainct- Just, appelé du Port-Neuf. » (Aveu de 1472.) Le prieur des Touches était redevable, chaque année, de deux muids de sel, deux muids de vin et deux muids de blé, un de froment et un de «mexture».

Les domaines de la paroisse de Broue consistaient en « plusieurs terres et possessions, lesqueulz, dit l'aveu de 1472, sont de nostre moustier d'ancienneté et en especial nostre houstel que souloit tenir Hélies Maynieu avec ses vergiers et appartenances, et ung journau de terre tenant au vergier qui tient à la terre Michau Ligardeau, et les terres qui sont d'ung chief au chairon de André Boier et au long de la terre du chapelain de Brouhe, et d'aultre chief à la terre Pierre de Chastailhon, et de l'aultre part tenant au sentier qui vait de nostre dicte maison vers le chairon André Boier, auquel houstel de Maynieu et terres susdictes appartenant audict houstel nous avons cognoissancejusques à quinze sous un denier.

Item, en les terres mouvans du seigneur de Brouhe nous prenons la moitié ou sixte à cause de nostre disme, et en terres et vignes de toute la paroiche de Brouhe nous avons la disme, excepté les terres et vignes du chappelain dudict lieu ».

Le tiers des offrandes des quatre fêtes annuelles et de la fête patronale dans chacune des églises de Salles, de Saint-Just et de Saint-Sornin, était réservé au profit de l'abbesse.

Nous ne saurions mieux exposer les droits de marché qu'avaient les deux châtellenies de Saint-Sornin et Marennes, qu'en reproduisant « les faicts posez par la dame abbesse de Saintes en l'enqueste de 1393 » (5), lors de ses démêlés avec Renaud de Pons, au sujet même de ces droits :

« Premièrement, l'abbesse de Saintes à cause de son Bénéfice de Saint-Sorlin, et de sa Terre de Marennes, et ses prédécesseresses Dames, ou Prieures de Saint-Sorlin, sont et ont esté en bonne possession et saisine, paisible d'ancienneté d'avoir et faire tenir on Bourgs de Salles en Marennes, et ailleurs, en la Terre de Marennes, deux Foires ès deux Festes de Saint-Pierre chacun an, ès mois de Juin et d'Aoust, et avoir et prendre tous droits et devoirs èsdites Foires en sadite Terre et ailleurs, à prendre durant lesdits jours, dès Saint-Nadaud, jusques au Chapus, tant en sadite Terre qu'ailleurs.

 

II. Item, lesdits jours de Foires le sergent de ladite Dame Abbesse, ou de ladite Dame de Saint-Sorlin, a accoustumé d'aller porter la bourse, levée par toute la Terre de Marennes, tant en la Terre de ladite Dame que ès autres Terres, et de prendre les ventes et levages et devoirs de toutes les marchandises qui sont vendues ès jours desdites Foires, et si les marchands sont refusants de payer les devoirs desdites denrées, ils en sont en amende envers ladite Dame.

III. Item, ladite Dame, ou son Prévost, baillent les aulnes aux marchands qui vendront draps, tant aux jours desdites Foires que aux autres jours sur semaine par toute la Terre de Marennes, tant en sa Terre qu'ailleurs, et s'ils vendent draps à mesure sans prendre aulne de ladite Dame, ou sondit Prévost, ils seront en amande envers ladite Dame.

IV. Item, ladite Dame a marché public chacun lundy on bourg de Sales en Marennes, auquel marché chacun marchand vendans draps, et merceries, et marchandises, est tenu venir audit marché en la queheuë de ladite Dame ledit jour, pour vendre sesdits draps et merceries, et non ailleurs en toute la Terre de Marennes, et prend ladite Dame ou son Commis député à ce, chacun lundy de chacun marchand qui vend à son estau, ou à sa fenestre, deux deniers et obole.

V. Item, que nulle autre personne fors ladite Dame de Saint-Sorlin, n'a droit d'avoir ne prendre aucuns devoirs ou servitudes èsdites Foires et marchez durant lesdites Mettes.

VI. Item, que toute connoissance desdites Foires et marchez des marchands, appartient à ladite Dame, ou à son juge, et non à nul autre.

VII. Item, que des choses susdites, est voye et fame publique, et chose notoire en ladite Terre de Marennes.

VIII. Item, et des choses avant dites ladite Dame et ses prédécesseurs avant elle, ont joüy et usé paisiblement d'ancienneté sans contredit, si ce n'est depuis an et jour en ça, qu'aucun empêchement l'y a esté fait et mis par les officiers et Gens de Monsieur de Pons, seigneur du Bailliage de Marennes, et seigneur de Chessoubs.

IX. Item, que la dame de Saint-Sorlin. comme membre de l'Abbaye de Saintes, a en sa Terre de Marennes toute justice, haute, basse et moyenne ensemblement, et tout le droit, propriété, seigneurie et Domaine que feue bonne mémoire le Comte Geoffroy et Agnès sa femme, comte et comtesse de Saintonge, avoient conjoinctement et divisément èsdites Terres de Marennes, lesquels les donnèrent en franche aumosne à ladite abbaye de Saintes, sans rien retenir à eux, ny à autres, fors la Souveraineté en cas de ressort.

X. Item, que ladite Abbesse de Saintes et ladite Dame de Saint-Sorlin ont tenu, possédé, exploicté paisiblement et d'ancienneté, depuis ladite fondation dudit Monastère de Saintes, les Terres que ladite Dame a au pays de Marennes en franche aumosne, ainsi et en la manière que lesdits feue Comte et Comtesse les tenoient paravant, sans en faire au Roy nostre sire, ny autre, aucun hommage, devoir, redevance ou servitut aucun, excepté le serment de féauté seulement au Roy nostre sire, à la manière accoustumée.

XI. Item, que ladite Dame de Saint-Sorlin, ny ses hommes desdites Terres de Marennes ne furent onques, ny sont subjects, ny soumis en rien au Bailliage de Marennes, ny à autre, fors au Roy, nostre Sire, on dit cas de ressort et souveraineté, et au ressort du Pont de Saintes. »

Le péage des bêtes « et aultres d'environ » qui passaient par Saint-Sornin était perçu au profit du prieuré. Le nombre de ces bêtes devait être considérable à l'époque dont nous retraçons l'histoire.

 En effet, dit M. Th. Grasilier (Cartulaire de Saintes), la propagation des races d'animaux utiles à » l'agriculture est encore un indice (après les salines) » de prospérité constaté par nos chartes.

On peut juger de la multiplicité de la race bovine » par le chiffre de 25 vaches enlevées dans une seule razzia à la prieure de Marennes par le sire de Broue. Mais voici sur ce fait un document d'un caractère tout-à-fait officiel.

Plusieurs chartes de l'abbaye de Saintes (252-270) contiennent ce que nous appellerions aujourd'hui des rôles de prestation. Sur ces rôles, qui ne concernent que les domaines de l'abbaye dans la presqu'île de Marennes, là où le bœuf est de nos jours une rareté, nous  voyons figurer, sous la conduite de 277 hommes, 292 bœufs de travail et 125 ânes. Il faudrait pouvoir ajouter à ces chiffres celui des animaux à l'engrais dans les belles prairies de cette contrée pour donner une idée complète du fait que nous constatons.

Les chevaux sont plus rares et paraissent exclusivement employés aux besoins de la guerre.

Le prix d'un cheval était double de celui d'une paire de bœufs.

L'âne, au contraire, est fort commun. C'est lui qui porte les fardeaux, le bois, le sel, la vendange et même le vin. Les gros chargements comme le labour sont réservés au bœuf.

Les moutons et les brebis pullulent ; mais il n'est jamais question de chèvres.

Le chiffre des porcs n'était pas moins considérable. ; parmi les redevances imposées aux vassaux, nous remarquons une quantité de jambons que le pays aurait aujourd'hui bien de la peine à fournir.

Les seigneurs de Mornac avaient, en effet, concédé aux abbesses le droit d'exploiter les arbres, de faire recueillir le gland et mener paître certaines quantités de porcs dans la forêt de Salis.

Grâce au gouvernement paternel des abbesses de Saintes et aux liens de parenté qui les unissaient aux maîtres de la Saintonge, le pays traversa sans trop souffrir la période difficile des changements de domination (XIIe siècle).

L'abbaye vit même alors augmenter et confirmer ses privilèges.

Hymberge, prieure de Marennes (et Saint-Sornin) avant 1171, fit plusieurs acquisitions pour une forte somme. Elle bâtit le moulin de Palart (Pélart) (6) avec les autres copropriétaires du même moulin et construisit la maison du Gua, celles de Saint-Sornin, de Salles et de Maureleira (?). (Cartulaire de Saintes, ch. 257.)

Elle mit en commende le cens qu'elle-même et les prieures précédentes avaient acquis sur des jardins et des maisons situés en dehors du bourg de Saint-Sornin, une moitié payable à Noël et l'autre moitié à la Saint-Jean. Le chapelain de Saint-Sornin était alors imposé à raison de 12 deniers pour sa maison et de 6 deniers pour son jardin. (Ib., ch. 258.)

 C'était le temps de la prospérité du prieuré et ces beaux jours durèrent jusqu'à l'époque néfaste de la guerre de cent ans.

On n'a guère à signaler, durant cette période, que les tracasseries et les usurpations des seigneurs de Broue rappelées plus haut.

C'est ainsi qu'en 1302 un procès semblable à celui de 1162, au sujet du four banal du bourg de Salles, s'éleva entre Emerie, prieure de Saint-Sornin, et Guy de Rochefort, seigneur de Broue; mais, cette fois encore, le seigneur de Broue reconnut l'injustice de ses prétentions et y renonça.

 

 

Nonobstant ces querelles, les seigneurs de Broue ne se conduisaient pas moins en chevaliers chrétiens : on en cite deux qui mirent leur épée au service de l'abbesse de Saintes, à condition qu'elle recevrait une de leurs sœurs au nombre de ses religieuses.

En reconnaissance des concessions amiables faites à Hymberge, lors des démêlés de 1162, la fille de Regnauld de Doë avait également été admise au monastère de Saintes.

Si la prieure avait souvent à se plaindre des usurpations des seigneurs voisins, il paraît qu'elle-même donnait parfois prise à de semblables reproches.

 

Vers 1233, dit Bourricaud, « ses hommes exploitaient, plus qu'il ne convenait, des marais salants situés entre le Gua et le Chapus et appartenant au comte de La Marche (Hugues le Brun).

L'abbesse avait aussi fait bâtir un magasin à fourrages dans le marais et acheté, à l'insu du comte, d'un nommé Geofroy Alexandre, un moulin sur lequel ce seigneur avait des droits.

Pour faire cesser ces différends et donner à chacun ce qui lui appartenait, le sénéchal Constantin Giboin convoqua à Marennes une assemblée de prud'hommes et d'anciens, dont il reçut les serments, et, sur leurs renseignements, il délimita avec des bornes les marais du comte et les terres douces appartenant à l'abbesse et à ses hommes, de façon à éviter toute espèce de confusion. »

 

 

 

Saint-Sornin : Nieulle, Broue et les Isles de Marennes : étude historique / par l'abbé C. Gélézeau

 

 

 

 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )<==.... .... ==> Le Fort du Chapus, poste avancé du continent - François Michel Le Tellier, marquis de Louvois

 

 

 


 

(1) Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t, IV, p. 476.

(2) « ….In hoc ipso pago Xanctonico, loco qui diciturmaritimus, donamus Deo et Sancte Marie, ecclesiam Sancti Saturnini Marennie, et Sancti Justi, et Sancti Petri de Sales, et Sancti Martini de Sanzillac, Sancti Laurentii de Gado, cum parrochiis et integritatibus suis sive utilitatibus universis. Insuper etiam dedimus predicte Ecclesie, Ecclesiam Sancti Petri et Sancti Eutropii de Broua, cum decima totius terre Marennie, tam agrorum quam vinearum, nemorum atque marinorum, cunctarumque aliarum rerum unde decima progredi debeat a monte Aquilino usque ad Capusium, sicut illa omnis terra clauditur ex duobus maris lateribus, canali videlicet Suidra et Broatga. In supra dicto autem maritimo donamus Deo et Sancte Marie septem mansos terre, quos ego Agnes legitime datis pretiis sex millium solidorum emi de milite quodam Petro de Didone. Item in eodem loco adauxi ego Gauffridus tres mansos integros terre, dando et concedendo domui dominarum in Burgo Sancti Saturnini. Item, de silva nostra quæ vocatur Baconeis, de omnibus arboribus quecunque fuerint necessaria ad domos scilicet edificandas vel restaurandas, ad cupas, ad dolia, ad vallum, ad naves, ad furnos calefaciendos, et ad omnia facienda quecunque fuerint domibus necessaria. Consuetudinem etiam illam que vigeria dicitur, scilicet de homicidio, de furto, raptu, incendio, Deo et beate Marie prorsus sinimus. »

 

(3) Arnaud Hardillon rendit, en 1474, aveu et dénombrement à Guy de Pons, seigneur de Broue, de la prévôté du bailliage de Marennes, consistant en terres douces « despuis Saint-Sornin jusqu'au groin de Chapus ». (D. d'Aussy, La tour de Broue.)

(4)   « On doit en conclure, dit M. d'Aussy, que cette chapelle était une fondation distincte de l'église consacrée à saint Pierre et à saint Eutrope. » Nous ne pensons pas de même.

 Tout d'abord il faut voir deux églises à Broue dans les termes de la charte de fondation de l'abbaye de Saintes : « Donamus ecclesiam Sancti Petri et Sancti Eutropii de Broua », c'està-dire « ecclesiam S. Petri, et ecclesiam S. Eutropii », de même qu'on lit « ecclesiam S. Saturnini Maremniæ et Sancti Justi et S. Petri de Salles », etc., pour « ecclesiam S. Saturnini Maremniæ et ecclesiam Sancti Justi et ecclesiam Sancti Petri de Sales ». Il n'est guère admissible, d'ailleurs, que Broue possédât une troisième église ou chapelle. Il s'agirait donc plutôt de l'église Saint-Pierre, qui aurait été déjà réunie, à cette époque, à l'église Saint-Eutrope et n'en formait plus qu'une annexe.

(5) Archives départementales, H, 76, pièce 25 imprimée, XVIIe siècle.

(6) Le moulin de Pélart existe encore sur le chenal de ce nom.

Geoffroy de Doë, seigneur de Broue, concéda à l'abbesse, en 1245, le droit de bâtir un autre moulin près du premier. (D. d'Aussy, La tour de Broue.)