1415 Siège de Parthenay d’Arthur de Richemont - Terres confisquées de Jean II l'Archevêque et données au dauphin Louis de France, duc de Guyenne

Depuis l'assassinat du duc d'Orléans (1407), le duc de Bourgogne, son meurtrier, régnait en tyran dans Paris, gouvernant à sa volonté l'infortuné roi Charles VI plongé dans la démence, et le dauphin Louis tout occupé de ses plaisirs.

Les ducs de Berry, de Bourbon, d'Alençon, les enfants du duc d'Orléans, les comtes d'Armagnac et d'Albret se liguèrent à Gien, le 15 avril 1410, et s'armèrent pour venger la mort de leur parent et ravir le pouvoir au duc de Bourgogne.

Le sire de Parthenay, que le duc de Berry venait d'élever à la dignité de sénéchal du Poitou, suivit le parti des princes ligués.

Le duc de Bourgogne, apprenant que ses ennemis rassemblaient des troupes nombreuses pour marcher sur Paris, fit décider par le conseil royal qu'on enverrait une députation en Poitou, afin de déterminer, s'il était possible, le duc de Berry à changer de résolution et à licencier ses hommes d'armes.

 L'évêque d'Auxerre, le comte de la Marche, le grand prieur de Rhodes, Guillaume de Tignonville et Gauthier Col, secrétaire du roi, composaient la députation.

Le duc de Berry reçut les envoyés dans son château de Poitiers, le 18 août 1410.

 Les comtes d'Armagnac, d'Alencon , d'Eu, de Clermont, les archevêques de Rouen et de Bourges, les évêques de Poitiers, Jean Le Masle de Maillezais, de Luçon, de Chartres étaient présents à cette audience solennelle.

Le sire de Parthenay y figurait également en qualité de sénéchal de Poitou et de partisan du duc de Berry. Tignonville porta la parole au nom de l'ambassade royale. Il supplia le duc de Berry de renvoyer ses gens de guerre et de faire cesser la guerre civile.

 

Le duc, qui avait des projets tout différents, répondit d'une manière équivoque ; puis, après le départ de la députation, il lança un manifeste dans lequel il exposait que le but des princes confédérés était de se rendre à Paris pour faire des remontrances au roi et réformer les abus.

Alors il quitta le Poitou à la tête de son armée, et, de concert avec ses alliés, se dirigea sur Paris. Le sire de Parthenay l'accompagna dans cette expédition.

Arrivé à Chartres, le duc de Berry l'envoya en ambassade auprès du roi avec l'archevêque de Bourges, son chancelier, et d'autres personnages de distinction. Il voulait rassurer le roi sur ses véritables intentions et protester de son dévouement à sa personne et au bien public.

Mais le roi, dominé par le duc de Bourgogne, ne voulait recevoir le duc de Berry qu'autant qu'il déposerait préalablement les armes. La députation, dont faisait partie le sire de Parthenay, fut donc congédiée avec cette réponse.

Cependant les soldats des deux partis commettaient des dévastations épouvantables autour de Paris.

Le duc de Berry, se rapprochant chaque jour davantage de la capitale, vint s'établir avec ses gens de guerre dans son château de Bicêtre.

Là, grâce à l'intervention de plusieurs hommes de bien, un traité de paix fut signé entre les deux partis le 8 novembre 1410 (1).

 

La paix de Bicêtre n'était qu'une trêve.

Bientôt la guerre civile recommença plus terrible que jamais.

Le parti bourguignon, qui avait l'avantage d'agir avec l'assentiment du roi, fut victorieux sur tous les points (1412), et pendant que Charles VI se préparait à aller dans le Berry porter le dernier coup aux princes confédérés, le sire de Hellly, chevalier picard, dévoué au duc de Bourgogne, reçut ordre d'aller enlever le Poitou au duc de Berry.

 

Le sire de Helly n'éprouva aucune résistance à Poitiers.

Casin, à qui le duc de Berry avait confié le commandement de cette ville, se soumit à la première sommation du général bourguignon (commencement de 1413).

 Dans ces conjonctures, le sire de Parthenay, vivement sollicité par les agents de Jean Sans-Peur, et regardant sans doute la cause des Armagnacs comme perdue, abandonna leur drapeau pour se jeter dans le parti contraire.

 En effet, la soumission inattendue de Poitiers avait profondément découragé les chevaliers qui tenaient encore pour les princes d'Orléans en Poitou.

Mais le découragement fit bientôt place à la colère.

Renfermés dans plusieurs places fortifiées de la province, les Orléanais opéraient de fréquentes sorties, tombaient à l'improviste sur les campagnes voisines et mettaient tout à feu et à sang.

Les garnisons de Chizé et de Niort se montraient les plus acharnées. Pour faire cesser cet état de choses intolérable, le sire de Helly résolut d'en avoir raison par la force.

 Le sire de Parthenay et d'autres chevaliers, touchés, des plaintes des populations, lui prêtèrent leur concours.

On somma au nom du roi la garnison de Chizé de se rendre à discrétion, sur son refus, la place fut investie et l'on se mit en devoir de l'emporter de vive force. Désespérant d'opposer une longue résistance, les assiégés demandèrent une suspension d'armes jusqu'au jeudi saint.

On la leur accorda à condition qu'à l'expiration de cette trêve, ils se soumettraient ou sortiraient de la forteresse pour présenter la bataille. Aussitôt le sire de Helly demanda des renforts afin de se trouver en mesure de combattre avec avantage; mais la garnison de Chizé n'attendit pas leur arrivée pour capituler. Elle obtint la liberté d'évacuer la place « vie et bagues sauves. »

Les garnisons de Niort et des autres forteresses occupées par les Orléanais suivirent cet exemple et obtinrent les mêmes conditions.

Le parti armagnac était vaincu en Poitou (1413) (2).

Le sire de Parthenay ne tarda pas à se repentir amèrement d'avoir porté les armes contre les Armagnacs.

 Ceux-ci étant parvenus à reconquérir la faveur royale, et à ressaisir la prépondérance, firent cruellement sentir à leurs ennemis le poids de leur colère (1414).

 

 

Par lettre du 6 mai 1415, le roi de France retire le statut de sénéchal de Poitou à Jean II l'Archevêque

 

Non-seulement la charge de sénéchal du Poitou fut enlevée à Jean II Parthenay Larchevêque (3) mais, ce qui était beaucoup plus grave pour lui, toutes ses baronnies de Parthenay, Secondigny, Coudray-Salbart, Vouvent, Mervent, Châtelaillon, etc., furent confisquées pour félonie(4)  et données au dauphin Louis de Guienne le 14 mai 1415.

Puis ce prince étant venu à mourir presque aussitôt, le roi les donna à Arthur de Bretagne, comte de Richemont (5).

Restait à exécuter l'arrêt de confiscation.

On confia cette mission difficile au jeune comte de Richemont, dont les talents et le courage inspiraient déjà la plus grande confiance, quoiqu'il ne fut qu'à son début dans la carrière militaire.

 

Ce choix était d'autant plus heureux que Richemont avait un intérêt direct et évident à châtier rigoureusement le sire de Parthenay et à lui enlever ses nombreux domaines.

Mais Jean Larchevêque s'était préparé de longue main à la résistance.

Il savait très-bien que les princes Orléanais, alors tout puissants, ne lui pardonneraient pas sa défection ; d'un autre côté, il n'était pas disposé à se laisser dépouiller de ses biens. Doublement menacé dans sa personne et dans sa fortune, il se rattacha plus que jamais au parti bourguignon.

Par ses soins fies fortifications de la ville et du château de Parthenay furent réparées ; on y ajouta même de nouveaux travaux.

Toutes les forteresses de la Gâtine furent également mises en état de défense. Enfin, outre les forces dont il pouvait disposer dans ses domaines, le sire de Parthenay prit encore à son service des bandes soldées composées en grande partie de Picards.

Richemont qui marchait contre le seigneur de Parthenay avec Guillaume de la Forest, son maréchal, et d’autres capitaines, passèrent à Poitiers ou les bourgeois de l’échevinage leur offrirent un diner. La ville, voulant être agréable à Richemont, lui envoya des ouvriers pour les travaux du siège mis devant Parthenay.

 

Le comte de Richemont s'empara successivement et sans trop d'efforts de quatre places fortes, Châtelaillon, Vouvant, Mervent et Secondigny ; mais, arrivé devant les remparts de Parthenay, il se vit arrêté par des obstacles beaucoup plus sérieux.

Il fut obligé d'investir la ville et de commencer un siège en règle.

Peut-être ses efforts auraient-ils été couronnés de succès, si un ordre pressant du roi ne l'avait contraint de lever le siège pour aller rejoindre en toute hâte l'armée qu'on dirigeait contre le roi d'Angleterre, Henri V, qui venait d'envahir la Normandie (6).

 

Richemont assista à la désastreuse bataille d'Azincourt ; il y fit preuve du plus grand courage, et tomba couvert de blessures au pouvoir des Anglais (25 octobre 1415).

Cet événement si funeste à la France procura à Jean II Larchevêque un repos momentané.

Cependant le danger sérieux auquel il venait d'échapper n'avait pas entièrement cessé. La plus importante de ses places fortes, Parthenay, sa résidence, était, il est vrai, demeurée en son pouvoir; c'était là qu'il avait concentré tous ses moyens de défense, et il pouvait, jusqu'à un certain point, s'y croire en sûreté.

Si la catastrophe inattendue arrivée à Richemont dans les champs d'Azincourt, l'empêcha de revenir en Gâtine pour en achever la soumission, du moins les garnisons dévouées bretonnes qu'il y laissa sous la conduite du jeune Richard, son frère, résolurent de lui conserver la possession des places nouvellement conquises : elles étaient au surplus devenues sa propriété légitime par suite de la confiscation prononcée contre le seigneur de Parthenay et de la donation qui l'accompagna.

 

Les hostilités continuèrent donc entre les gens du comte de Richemont et les gens du sire de Parthenay.

Il en résulta de grands maux pour le pays, car les deux partis ne gardaient aucun ménagement, et répandaient partout le pillage et la désolation.

Le dauphin Charles, comte de Poitou, voyant que les circonstances critiques où se trouvait la France ne lui permettaient pas de songer pour le moment à réprimer sérieusement le sire de Parthenay, résolut d'entrer en négociations avec lui.

 

Il chargea quatre commissaires, Pierre II d'Amboise, vicomte de Thouars, le sire de Bussac, maîtres Guillaume Toreau et Guillaume de Luche, de réunir à Thouars les États du Poitou pour traiter avec Jean II Larchevêque, et aviser au moyen de pacifier la province (1416) (7).

Le sire de Parthenay fut réintégré dans ses biens, et la confiscation prononcée contre lui considérée comme non avenue (8).

En revanche, il dut consentir au roi et au dauphin, comte de Poitou, une deuxième vente de tous ses domaines, moyennant la somme de sept vingt et un mille écus d'or, avec réserve de l'usufruit comme dans la vente de 1405.

On s'engagea par le même acte à lui faire rendre les forteresses qui lui avaient été enlevées de force en 1415, et que les gens de guerre de Richemont occupaient toujours.

La non- exécution de cette dernière clause devait entraîner la nullité du contrat tout entier (12 août 1416) (9).

Ces arrangements ne produisirent pas les bons résultats qu'on en attendait.

 Arthur de Richemont, invoquant en sa faveur la donation royale de 1415, voulut se maintenir en possession de Secondigny, Vouvent, Mervent et Coudray-Salbart.

De son côté, le sire de Parthenay, furieux de ne pouvoir recouvrer ces forteresses, ainsi qu'on le lui avait promis, persista dans sa ligne de conduite. Il continua à se montrer zélé bourguignon, et fit tous ses efforts pour expulser de ses domaines les gens de Richemont qui ne voulaient plus en sortir.

 

La guerre recommença donc entre les deux partis ou plutôt elle n'avait subi aucune interruption.

Les bandes picardes en garnison à Parthenay, et celles bretonnes occupant Vouvent, Mervent et les autres places de la Gâtine, commettaient les plus grands désordres dans toutes les contrées environnantes.

Un jour les gens de la garnison de Parthenay, dans une de leurs courses dévastatrices, saccagèrent et brûlèrent le château de la Rochefaton qui appartenait alors à la famille Chasteigner (10).

 

Vieille porte Godineau - 1415 Siège de Parthenay d’Arthur de Richemont - Terres confisquées de Jean II l'Archevêque et données au dauphin Louis de France, d

Vieille porte Godineau

Dans la copie d’un acte de 1460, réalisée en 1630, il est fait mention de la vieille porte Godineau. Ce qualificatif indique qu’il s’agit sans doute d’une création ancienne. Ce n’était probablement qu’une poterne à l’origine. Au XIXe siècle, elle est connue sous le nom de porte de la Brèche

 

 

 

A la Mardigrelle 1412, salé Saute Bourguignon- Sac de Fontenay-le-Comte, par les Bourguignons sous la conduite du sire Heilly <==

 ==> États du Poitou convoqués à Saumur par le dauphin, au mois de juin 1417

 ==> Chinon, Robert Le Maçon négocie avec Charles le départ de Marguerite de Bourgogne qui rejoint Arthur de Richemont à Parthenay

 


 

1202-1203, Jean sans Terre aide financièrement Hugues Parthenay Larchevêque qui renforce le château et remparts de la ville
En 1202-1203, Jean sans Terre aide financièrement Hugues I Parthenay-Larchevêque qui renforce le château de Parthenay et entoure la ville de remparts plus puissants avec en particulier la Porte Saint Jacques. Il fait aussi construire le château du Coudray-Salbart.

 

(1) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. 4, p. 343, 357, dans les Documents inédits sur l'Histoire de France.

(2) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 611, dans les Documents inédits sur l'histoire de France.

(3) En 1415, c'était André dé Vivone qui était sénéchal de Poitou (Thibaudeau, Hist. du Poitou, t. III, dans les notes, éd. 1839.)

(4) Au Moyen Âge, selon le droit féodal, le félon était celui qui rompait le contrat de vassalité. Le crime de félonie concerne aussi bien le souverain que le vassal.

(5) Extrait des Généalogies de Sainte-Marthe, dans dom Fonteneau, t. 86. — Hist. généalogique de la maison de France, par le P. Anselme, t. Ier, p- 459. —Marchegay.

(6) Mémoires de Guillaume Gruel sur le connétable de Richemont, collection Petitot, t. 8, lre série, p. 416. — Histoire généal. de la maison de France, par le P. Anselme, t. Ier, p. 459. — Revue anglo-française, t. Ier p. 213 et suiv.

(7) Archives de l'hôtel devine de Poitiers, liasse 29, J. 546.

Du 25 sept. 1416. — Fontan., 1416 ; chat, de Nantes, arm. G, cassette B.

Vidimus de lettres de commission du roy Charles VI adressant au sieur d'Amboise et autres pour faire commandement au sieur de Parthenay et autres barons de Poitou de cesser les armes et ne procéder par voie de fait sans son congé, et en cas de refus et désobéissance d'assembler les subjects du roy en armes pour leur courir sus.

(8) Extrait des Généalogies de sainte-Marthe, dans dom Fonteneau, t. 86.

(9) Archives impériales, carton 183, no 135.

(10) Hist. de la maison des Chasteigners, par André Duchêne, p. 148, éd. 1634.