Le Livre Noire de La Rochelle au temps de Charles VII et Jeanne D’Arc - Tour de la Lanterne

L'histoire s'enrichit sans cesse de documents nouveaux. Deux pièces mises en lumière provenant du chartrier de notre Hôtel-de-Ville et des archives de l'hospice d'Aufredi, montrent de plus en plus grand, le rôle de La rochelle, sous Charles VII.

 (Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle)

Laissez-moi vous les signaler et les placer dans le milieu qui éclaire.

Le 25 octobre 1415 fut un jour de deuil pour la France.

Les fautes et les malheurs de Crécy et de Poitiers se renouvelèrent à la journée d’Azincourt. Pour faire tête à la coalition des Anglais et des Bourguignons, il ne restait à la France, envahie par l’étranger, déchirée par la guerre civile, qu’un prince encore enfant et les débris du parti d’Orléans, découragé par la captivité de son chef.

Mais, tandis qu’au nord de la Loire, l’Anglais, enivré de son triomphe, voyait à ses pieds les peuples frappés de vertige, une ligue formidable s’organisait dans le midi, sous les auspices de Charles, dauphin de  la France, qui venait de prendre à Poitiers le titre de régent du royaume.

Ayant eu avis que le duc de Bretagne, l’un des chefs du parti Bourguignon, marchait sur l’Aunis avec une armée, Charles partit de Poitiers, au commencement d’octobre 1422 et vint à la Rochelle pour se concerter avec les barons des hautes et basses marches de Saintonge.

C’était le seul port militaire du Royaume qui restât au dauphin, seigneur de Châtelaillon et du grand fief d’Aunis. Mais la malheureuse destinée qui poursuivait avec tant d’acharnement sembla l’accompagner jusqu’à la Rochelle.

Le 11 octobre, le dauphin tenait un grand conseil dans la maison ou pendait pour l’enseigne le Coq, à l’angle des rues Chef-de-Ville ou de la Mocquerie, et de la Verdière ou du Coq, la charpente s’écroula tout-à-coup et l’assemblée se trouva ensevelie sous les débris. Plusieurs furent dangereusement blessés et l’on compta parmi les morts, Jean de Bourbon, seigneur de Préaux.

 Le dauphin fut providentiellement épargné. Sa chaire était placée sous l’arcade cintrée creusée dans un vieux mur de la ville. Il vit out s’abimer devant lui, et demeura protégé au milieu des ruines. Cette délivrance merveilleuse impressionna très-vivement les esprits. Charles envoya au Mont-Saint-Michel, en guise d’ex-voto, son buste en cristal placé sur une pierre, qui s’était détachée au-dessus de sa tête, au moment de l’accident.

Henri de Plusquallec, gouverneur de la Rochelle, en l’absence de Tanneguy du Châtel, fit les avances de l’expédition écossaises, envoyé par Murdoc Stuart au secours de la France et qui débarqua dans notre port.

Ces avances se montèrent à trente-six mille écus d’or, en y comprenant le fret des navires et le transport des troupes.

 (Prise de Taillebourg par CHARLES VII contre des compagnies de brigands et d'écorcheurs retranchés dans le château 1441)

 

Le dauphin, pour garantir le remboursement de sommes aussi considérables dut engager ses château de Taillebourg et de Chatelaillon. Pour récompenser la fidélité des Rochelais, il maintin les droits de leurs officiers municipaux contre les entreprises des juges royaux.

Après son départ, les Rochelais repoussèrent une descente des Anglais. « Ils s’imposèrent aussitôt une taxe extraordinaire et se mirent en état de défense.

Etienne Gilier, maire de la ville, prit la surintendance du commandement. Indépendamment de la milice urbaine, la cité menacée soudoya un corps d’auxiliaires. Cette armée de secours avait à sa tête Antoine de Clermont, gentilhomme du pays et seigneur de Surgères.

Durant quatorze jours, elle occupa les falaises qui terminaient vers l’Océan les abords de la Rochelle. Dans le même temps, un hardi capitaine breton, nommé Bernart de Kerquaben, se porta en mer au-devant de l’ennemi. Il était monté sur un de ces navires armés pour la course, que les divers marines du moyen-âge désignaient sous le nom générique de baleiniers ou ballengers.

Grace à cette attitude énergique, l’ennemi se retira après une vaine tentative. Charles VII conserva le dernier port de mer qui restât à la monarchie, et ce port fit des prodiges, dit M. Vallet de Viriville. »

Cependant les lettres du Roi arrivent à l’adresse du maire de la Rochelle. On chante un Te Deum dans toutes les paroisses de la ville, et « fut donnée aux enfants une fouace, afin qu’il criassent devant la procession : Noël ! Noël : » Que s’était-il donc passé ?

Jeanne d’Arc avait sauvé la France.

Le livre Noir de la Rochelle, rédigé par le greffier de la maison commune, nous donne, en effet, au mois de septembre 1429, une relation inédite « qui peut prétendre à figurer comme la première en date dans la série des chroniques relative à la Pucelle » au jugement si autorisé de l’éminent directeur de l’Ecole des Chartes, M. Jules Quicherat.

Le Livre Noir nous dépeint l’arrivée à la cour de Charles VII de l’humble bergère de Vaucouleurs.

Son habillement était noir et gris des pieds à la tête. Elle avait « les cheveux noirs et ronds », c’est-à-dire coupés suivant cette mode hideuse du XVe siècle, qui fit de la chevelure comme une calotte posée sur le crâne.

Nous voyons l’étendard de Jeanne, cet insigne du commandement qu’elle était venue réclamer au nom de la puissance céleste et dont les couleurs et les figures lui avaient été, disait-elle, révélées par ses voix.

Le Livre Noir nous apprend que cette bannière portait un Saint-Esprit d’argent en champ d’azur, l’oiseau tenant en son bec une banderolle avec ses mots : De par le Roy du ciel.

(Sainte Catherine de Fierbois, la maison du Dauphin Charles VII et L'aumônerie (Time Travel de la chevauchée de Jeanne d'Arc)

Puis se déroule la merveilleuse histoire ; l’épée de Jeanne, relique extraite de l’autel de l’église Saint-Catherine de Fier-Bois, la sommation faite par la Pucelle aux Anglais d’évacuer le territoire de France. Les pratiques de dévotion qu’elle introduisit dans l’armée,- son entrevue avec le frère franciscain Richard et leur commune prière, suivie du retour de Troyes à l’autorité royale, - et la longue suite des triomphes de la vierge de Lorraine.

Le comte de Suffolk, après la prise de Jargeau, rend son épée à la Pucelle « qui, est, dit-il, la plus vaillante femme du monde et qui doit tous nous subjuguer et nous mettre à confusion. »

Voilà une jolie scène et toute nouvelle. Cette brillante épopée commencée à la prise d’Orléans, se poursuit par le sacre du Roi de France à Reims, pour se terminer au siège de Paris.

L’armée assiégeante n’avait perdu qu’un seul homme, Jean de Villeneuve, bourgeois de la Rochelle. Au moment ou un heureux coup de main va mettre Charles VII en possession de la capitale de son royaume, un ordre parti du camp royal oblige Jeanne à lever le siège.

Sacrifiée aux calculs d’une politique égoïste, la libératrice du territoire n’avait plus qu’à mourir ; mais les flammes de son bûcher éclairèrent la fuite de ses bourreaux. La prédiction de Guillaume Prieuse était accomplie : « Jamais Roi anglais n’a régné en France, jamais l’Anglais ne régnera. »

Le traité d’Arras ne mit cependant pas la France à l’abri de tout danger. Outre les places fortes qu’ils occupaient au nord de la Loire, les Anglais possédaient encore le Bordelais et une grande partie de la Gascogne.

Un corps d’Anglo-Gascons s’empara même par surprise de Mornac, château baigné par la Seudre. A cette nouvelle, le maire de la Rochelle, Jean Girard, convoqua le corps de ville et résolut d’envoyer au secours du capitaine français Jean Gast, réfugié dans la tour avec sa femme, ses enfants et quelques hommes d’armes déterminés.

Les Anglais reçurent des renforts de Bordeaux. Le siège fut long et meurtrier. Les Rochelais firent des prodiges de valeurs. Deux des plus braves, Gastebois et Caillerot moururent au champ d’honneur. Le capitaine de la tour de Mornac était vivement pressé par la famine, quand les Rochelais parvinrent à le ravitailler d’une manière fort ingénieuse.

Au milieu de la mêlée, ils lancèrent sur une des tours un vireton (petite flèche de neuf à dix pouces de longueur) auquel était attachée une corde légère, à l’aide de laquelle le capitaine Gast tira à lui un câble qu’il fixa à l’un des créneaux de la tour. Les Rochelais le fixèrent aussi de leur côté, afin qu’il fut bien tendu. Puis à l’aide d’une corde appliquée le long du câble avec des anneaux de manière à pouvoir aller et venir, ils firent passer à la garnison de la citadelle, plusieurs chevreaux et porcs vivants, du pain et d’autres victuailles, au grand dépit des Anglo-Gascons qui virent ces comestibles monter au-dessus de leurs têtes sans pouvoir les intercepter. On donnait de fréquents assauts. La brèche fut enfin ouverte par les pierriers et les mangonneaux des Rochelais, lorsque la nuit survint et força de remettre au lendemain une attaque décisive.

Mais le sire de Pons qui, durant le siège, avait extrêmement ménagé sa troupe voulut ravir à ses alliés l’honneur de la victoire. Il fit dire discrètement aux Anglais qu’il les recevrait à composition s’ils voulaient se rendre et la capitulation se fit à l’insu des Rochelais qui perdirent ainsi une partie des avantages qu’ils auraient eu le droit d’en espérer.

La Rochelle reçut avec de grands honneurs ses enfants victorieux, Girard, Bazoges, Poussard et de Faye.

Elle racheta ses prisonniers en les échangeant contre un pareil nombre d’Anglais.

La rochelle s’était endettée pour le salut du Royaume. C’était justice de faire payer la victoire au Roi qui en bénéficiait. La ville obtint de Charles VII quelques réductions d’impôts, mais le trésor royal était vide.

En 1434, le Roi manquait d’argent pour envoyer en Ecosse des ambassadeurs chercher la princesse Marguerite, fiancée du dauphin de France, Louis. Chastenier, général des finances alors à la Rochelle, voulut contraindre l’aumônerie Saint-Berthomé à amortir les cens rentes dont étaient chargés ses domaines. Le corps de ville se défendit en invoquant les privilèges de l’hôpital fondé par Aufredi. Une transaction intervint. L’aumônier et échevin, maire de 1442, Guillaume Massicot, donna au roi sept cent cinquante livres tournois et prit en outre un engagement que les lettres royales nous font connaitre : célébrer dores en avant, perpétuellement, à uyn jour de jeudi par chacun moys en la chapelle Saint-Jehan-Baptiste de la dicte aumosnerie ou hostel Dieu pour la félicité et prospérité de nous et de nostre lignée et aussi pour la paix et la tranquilité de nostre Royaume une messe à note du benoist Sain-Esprit, tant que nous viverions et après nostre trepassement une messe de requiem pour le salut de nostre âme. »

Le Roi confirma à ce prix les privilèges de l’aumonerie.

 

 (Le seigneur de Bazoges-en-Pareds ambassadeur auprès de Jacques Ier Stuart d'Écosse pour le mariage de Marguerite et de Louis XI)

 

L’année suivante, la princesse écossaise aborda après un périlleux voyage au village de la Palisse, sur la côte nord-est de l’ile de Ré. Pourchassée par une escadrille anglaise, elle n’avait dû son salut qu’à la vigueur d’un marin de la Rochelle et à la marche rapide qu’il imprima au navire.

Après s’être reposée quelques temps au prieuré de Nieul, la futur dauphine entra le 7 mai 1436 à la Rochelle. Elle arriva à Tours le 24 juin et reçut avec le prince la bénédiction nuptiale dans la cathédrale de Saint-Gatien.

La cour et la ville déployèrent en cette circonstance tout le luxe imaginable. « Rien ne manquait à cette fête solennelle, dit M. Vallet de Viriville, rien… si ce n’est la symphonie mutuelle des époux. »

Ce qui ne saurait surprendre, le dauphin de France devait s’appeler en effet… Louis XI.

Nous n’avons pas à retracer ici la mort de Charles VII.

Il est temps de conclure.

La formation de la langue française correspond à celle de la nationalité française et M. Vallet de Viriville a montré le lien étroit qui les unit.

« A la manifestation du sentiment national aux extrémités du territoire, dit l’historien de Charles VII, à ce triangle qui se termine au Nord par Tournay, à l’Ouest par la Rochelle, à l’Est par le pays de la Pucelle, correspondent les plus anciens monuments de la langue vulgaire de France, les chartes et contras usuels découvert et classé jusqu’ici par les philologues » et qui figureront à l’Exposition universelle de 1878. « sous quelque point de vue qu’on considère, dit M. Guizot, le gouvernement de Charles VII, dans la dernière partie de son règne, lui valut, non-seulement en France, mais en Europe, beaucoup de renommé et de puissance. Quand il eut chassé les Anglais de tout son royaume, on l’appela Charles-le Victorieux. Quant i leut apporté dans le régime intérieur de l’Etat, tant de réformes graves et efficaces, on l’appela Charles le bien servi. »

La Rochelle lui fournit une foule de serviteurs distingués issus de sa maison commune. Le maire de 1456, Pierre Doriole fut élevé à la dignité de chancelier de France. Jean Mérichon, premier historien de la Rochelle, futur chambellan de Louis XI, fut cinq fois maire, président en chambre des comptes et députés au Etats généraux.

C’est ainsi que dans cette laborieuse formation de la nationalité française, refuge de toutes les libertés, la Rochelle après avoir donné asile au Dauphin, lui fournit sans marchander l’or et le sang de ses enfants et l’expérience de ses hommes d’Etat, dont elle montre avec orgueil les blasons dans son vieil échevinage.

Voguer avec confiance, vaisseau de la Rochelle. Quand la crois disparaissait des rives du Bosphore, quand le roi de France, fou et détrôné, était remplacé dans Paris par un prince étranger, quand tous les fléaux, tous les genres de guerre dévastaient notre pays, aux temps de l’invasion anglaise, de la peste noire, des Jacques et des grandes Compagnies, au lendemain d’Azincourt, un cri patriotique se fit entendre : Espérance ! A ce cri chrétien et français répondit la vierge de Lorraine, et Guillemette de la Rochelle s’unit à Jeanne d’Arc pour répéter : Espérance ! Dieu ! Patrie et liberté !

 

La Rochelle au temps de Charles VII : à propos d'une relation rochelaise sur Jeanne d'Arc... / par L. de Richemond

 

==> Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

 


 

 

En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d'envoyer sept navires de sa flotte à l'aventure vers les côtes africaine

Pour comprendre La Rochelle, il faut d'abord savoir l'apprivoiser. Fidèle à sa nature fière et insoumise, elle ne se livre pas facilement et ne semble jamais être là où on l'attend. Contrairement à une idée convenue, l'activité principale de ce petit village, situé au coeur du golfe de Gascogne, cesse d'être la pêche aux alentours du XIIe siècle.