En 1199, Aliénor d'Aquitaine confirme aux Rochelais leurs avantages économique et fiscaux

L'Hôtel de Ville appartient, comme style, à quatre époques différentes

1° le mur d'enceinte, dans la rue de l'Hôtel-de-Ville et dans la rue de la Grille, remonte au XVe siècle; il a été achevé en 1486.

2° Le pavillon de gauche, dans la cour, et qui se compose de trois travées, a été commencé sous Henri II et achevé sous Henri IV.

3° L'aile principale a été construite sous Henri IV et terminée en 1606; à cette époque appartient aussi la façade de la rue des Gentilhommes avec son curieux balcon oblique. Cette porte avait reçu ce nom parce que, à la sortie de leur charge, en vertu d'anciens privilèges, le maire et les échevins en charge acquéraient la noblesse et qu'entrés roturiers à l'échevinage, la petite porte que surplombe le balcon les voyait sortir gentilhommes (1).

4° Les autres parties et les aménagements intérieurs sont dus à la restauration faite sous la direction de M. Lisch, architecte des monuments historiques

Si nous sommes à peu près renseigné sur l'organisation administrative de la commune rochelaise à son origine ; si nous savons en quoi consistèrent ces privilèges que nos pères défendirent avec une ardeur que rien ne décourageait, il nous est presque impossible de dire en quoi consistait la Maison de Ville, où siégèrent les premières assemblées communales.

Hôtels de Ville de La Rochelle 1854

(Hôtels de Ville de La Rochelle 1854)

C'est cependant de cet Hôtel de Ville, que nous voulons parler, en essayant de suivre les transformations successives qu'il a subies jusqu'à nos jours.

Tout porte à croire que le local où se réunissait l'Echevinage, au premier temps de la nouvelle commune, devait être à l'endroit même où se trouve actuellement l'Hôtel de Ville.

Ce qui nous fait supposer qu'il en devait être ainsi, c'est que l'immeuble — sans doute de proportion fort modeste — était devenu insuffisant et que, pour lui donner plus d'importance, la commune acheta, en 1298, cinq maisons qui l'avoisinaient. Il résulte, en effet, d'un titre de cette époque, que le prix de cette acquisition fut de 920 livres tournois, payées par Guillaume Evrat, adoncques maire de commune de La Rochelle, les esquevins (les échevins), conseillers et pers au proffi et de tout le commun de la dite ville.

Hôtel de Ville de la Rochelle 1864

Trois de ces maisons étaient situées rue de Pierre (de l'Hôtel de Ville), la quatrième dans la rue de la Pelleterie (de la Grille), et la cinquième, rue des Grandes-Tendes (extrémité de la rue des Gentilshommes, près de la rue des Merciers ).(2)

Plus de doute, en lisant ces confrontations, sur la situation qu'occupait le premier Echevinage. C'est bien sur ce même emplacement que s'élève aujourd'hui l'Hôtel de Ville. Mais cette accumulation de maisons particulières sembla mal disposée aux administrateurs de l'époque, pour la tenue de leurs séances et l'organisation de leurs services municipaux.

Autorisation fut demandée à Philippe le Bel de démolir les maisons qu'on avait achetées et de construire un bâtiment approprié à l'usage auquel on le destinait.

Il n'est rien resté de cette construction qui disparut pour faire place, deux cents ans plus tard, à l'enceinte fortifiée que nous voyons actuellement. Ce mur fut commencé en 1486, sous la mairie de Jacques Le Comte, et terminé en 1487. La dernière partie, du côté de la rue de la Grille, fut achevée en 1498. La grande et la petite porte d'entrée sont de style gothique flamboyant.

L'aspect sévère de cette épaisse muraille, munie de créneaux et de mâchicoulis, flanquée à ses angles de tourelles en encorbellement, était comme l'image de l'affranchissement de la commune rochelaise. Cette forteresse, au cœur même de la ville, semblait tenir en respect ceux qui essayaient de porter atteinte à l'autorité municipale. Elle pouvait être considérée comme le dernier refuge de la résistance, au cas où la ville serait tombée aux mains des envahisseurs.

Une fois l'enceinte de l'Echevinage achevée, il y a tout lieu de supposer que les bâtiments intérieurs restèrent encore longtemps ce qu'ils étaient avant d'être reconstruits, car nous voyons le Corps de ville, en 1515, siéger dans l'ancienne église des Augustins.

Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du rez de Chaussée de l'hôtel de ville de la Rochelle)

Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Plan du premier étage de l'hôtel de ville de la Rochelle)

 

Quand l'évêque d'Avranches — comme nous l'avons dit — fut chargé de régler les différends survenus entre l'autorité municipale et les bourgeois, en 1530, la Maison de Ville était en ruine.

 Lors du voyage de François Ier à La Rochelle, en 1542, « on tenait conseil prés de la Chaudellerye ».

Le Corps de ville prit possession de son hôtel, quand la partie nord des bâtiments fut terminée. C'est là que devait se trouver ce qu'on appelait la grande salle, à laquelle on avait accès par un large escalier extérieur. Il suffit d'examiner la grâce et la régularité de la construction attenante à la muraille longeant la rue de la Grille, pour se convaincre qu'on est à l'époque d'Henri II.

Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle

(Cour de l'hôtel de ville de la Rochelle)

C'est également dans cette salle qu'avait lieu l'élection du maire, après la démolition de l'église Saint-Barthélémy, et que dut se réunir, en 1588, l'assemblée générale des églises réformées, à laquelle prirent part le roi et la reine de Navarre, et les plus grandes notabilités du parti protestant.

Suivant contrat d'arrentement du 5 janvier 1591, la Ville s'assura la propriété « d'une maison et masure joignant la Maison de Ville, où de présent est construite une partie de la grande salle de la dite maison de l'Echevinage et la chambre de Messieurs les échevins ». La construction de cette grande salle date de 1595.

« Le maire Thévenin commença le bâtiment qui est en la maison commune de la dite ville, pour agrandir l'ancien, et il n'y a que les fondements faictz, qui sont élevés de quinze pieds. » En 1605, tout le corps du bâtiment, avec sa galerie au rez-de-chaussée et ses combles, était achevé.

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Le grand escalier extérieur, au milieu duquel se trouve une tribune, et dont Masse nous a laissé le dessin, était d'une architecture fort médiocre. « C'est — dit-il — une espèce de fer à cheval mal construit et trop raide, couronné par une impériale soutenue par des piliers, et sur la façade est une statue en terre cuite, peinte, représentant Henri IV de grandeur naturelle, en costume de guerre, revêtu d'une cuirasse, la tête nue, la main gauche sur la garde de son épée, et la droite appuyée sur un bâton de commandement. »

Cette statue fut placée sous un baldaquin en 1612, deux ans après la mort du roi.

« Non contents d'avoir son image gravée dans nos cœurs — dit le registre du Corps de ville — nous l'avons fait relever en bosse, au milieu de notre Maison commune. »

C'est de la tribune de cet escalier que le maire haranguait le peuple et le mettait au courant des destinées de la commune. « Le maire Goguet — d'après un journal de la ville au temps de la Révolution — prêta serment, ainsi que les autres officiers municipaux, dans cette tribune où le fameux Guiton parut autrefois avec tant d'éclat. »

L'escalier que reproduit notre eau- forte datait du siècle dernier. Il n'était guère mieux conçu que le précédent, mais on lui avait conservé la même place et la même disposition. Tandis que, lors de la restauration de l'Hôtel de Ville, M. Lisch y a substitué le pavillon à quatre faces que nous voyons aujourd'hui ; comme pour en conserver la tradition, on y a placé au sommet, sous un campanile, une statue de Henri IV, en faïence polychrome, œuvre de Deck.

Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872

(Escalier dans la Cour de l'Hôtel de Ville de la Rochelle avant restauration 1872)

En 1606, acquisition fut faite d'une maison rue des Gentilshommes, qui permit-à l'immeuble municipal d'avoir une sortie sur cette rue. On éleva, à cet effet, cette charmante façade d'un aspect si original, couronnée par un énorme balcon dont les robustes consoles, mises en biais, suivent la direction des murs intérieurs. Par la porte si artistement sculptée de cette jolie construction, les échevins, gentilshommes par leur fonction, avaient seuls le droit d'entrer, et, depuis cette époque, la rue prit le nom de : rue des Gentilshommes.

 

Hôtel de Ville de La Rochelle 1878

(Hôtel de Ville de La Rochelle 1878)

ARCADES DE LA GALERIE DE L'HOTEL DE VILLE (3)

Au commencement du XVIIe siècle, les bâtiments intérieurs de l'Hôtel de Ville avaient donc la disposition que nous- leur avons connue, avant la modification qu'on leur a fait subir; il y a quelques années. Sans insister davantage sur un monument, que nous avons tous les jours sous les yeux, rappelons qu'au rez-de-chaussée se trouve une galerie couverte formée de colonnes accouplées de l'ordre toscan, reliées par des arceaux, au milieu desquelles descend un gracieux pendentif en queue d'aronde. Au premier étage : la salle des fêtes, de proportions plus restreintes que celle actuelle, est éclairée par de larges fenêtres que séparent des colonnes d'ordre ionique composé ; dans leur entrecolonnement se trouvent intercalées des niches, où sont placées des statues un peu frustes, mais intéressantes par le costume étrange dont elles sont revêtues. L'ensemble de l'édifice est couronné par d'élégantes mansardes qui profilent sur la haute toiture d'ardoises la délicatesse de leurs ornements.

Signalons aussi le curieux agencement qui surmonte le sommet de quelques-unes de ces mansardes. Leur fronton n'est pas placé normalement; il est tronqué, et les angles, au lieu d'être extérieurs, sont retournés, pour laisser libre la partie du milieu remplie par un cartouche. C'est une diposition particulière qui ne manque pas d'originalité et dont on trouve peu d'exemples.

Avant que l'Hôtel de Ville fût affecté, après le siège, à la demeure du gouverneur, la grande salle servait aux assemblées populaires. Elle fut ensuite divisée en deux parties, pour être mieux appropriée aux besoins d'un logement particulier. « Les deux salles hautes — dit Masse — sont fort belles, la plus grande a, de longueur 38 pieds, et de largeur 30 1/2 ; il y a même apparence que ce n'était autrefois qu'une seule salle de 62 pieds de longueur. »

Au temps de la Ligue, Henri IV fit hommage à la Ville des drapeaux qu'il avait pris à l'ennemi ; toute la grande salle en était tendue. Soubise y ajouta, en 1662, cinq étendards enlevés aux royalistes. Ces trophées furent mis à l'Hôtel de Ville « pour être gardés et conservés en mémoire honorable de cet exploict ». Que sontils devenus ?

C'est dans cette salle, qu'en 1787, avait été placée une statue d'Henri IV, offerte à la Ville par Choderlos de la Clos, l'auteur des Liaisons dangereuses, qui vécut longtemps à La Rochelle et s'y maria. Il avait déterminé un de ses parents, M. de Persigny, à faire hommage de cette statue de grandeur naturelle, faite d'une composition particulière et absolument résistante. Elle imitait les chairs aussi bien que la cire.

Après avoir été exposée au château des Tuileries, elle fut transportée à La Rochelle, avec son globe de verre, et fut mise dans la salle des délibérations du Conseil, que l'on nomma salle Henri IV, « pour perpétuer la mémoire de ce bon ami des Rochelais, car on ne pouvait, considérer comme un monument digne d'Henri IV l'effigie en terre cuite qui surmontait le fronton du dôme de l'escalier de l'Hôtel de Ville ». (4)

Quand la nouvelle de la Révolution parvint à La Rochelle, la statue du bon roi fut décorée d'une cocarde tricolore. Mais cet emblème patriotique ne l'empêcha pas d'être mise en morceaux en 1793. (5)

 La grande salle des fêtes, en outre des étendards qui la décoraient, était tendue de superbes tapisseries représentant les armes de France et celles de la Ville, au milieu des- quelles figuraient des personnages allégoriques ; mais comme ces tentures étaient semées de fleurs de lys, le Conseil de la commune, à l'époque de la Révolution, jugea ces attributs symboliques de la royauté indignes de figurer plus longtemps dans la salle des délibérations. Elles furent donc reléguées dans les greniers; on leur substitua celles provenant de la Fabrique Saint-Barthélemy qui, sans doute, portaient moins ombrage au civisme du Corps de ville.

Lorsqu'en 1831, il fut question de donner une disposition nouvelle à la grande salle des fêtes, on se souvint des superbes tapisseries qu'on avait mises au rebut, mais les malencontreuses fleurs de lys dont elles étaient semées s'y trouvaient toujours, et il fut reconnu qu'elles étaient tout aussi compromettantes sous la Monarchie de Juillet que sous la Révolution. Il ne resta plus qu'à les vendre à vil prix, comme inutilisables et sans valeur, et c'est ce qui fut fait. Cependant, l'heureux acquéreur de ces tentures ne trouva pas indigne de les faire figurer à la section des arts rétrospectifs, à l'Exposition universelle de 1855. Depuis, toute tentative pour suivre leur trace est devenue infructueuse. La plus belle salle de l'Hôtel de Ville fut donc lambrissée de vulgaires panneaux de bois peints en gris, qui constituèrent toute la décoration que beaucoup d'entre nous ont connue. Cet état de chose subsista jusqu'au jour où furent donnés à la salle des fêtes une étendue plus considérable et un somptueux aménagement vraiment digne de l'édifice.

Le Clocher, Réouverture de l'Hôtel de Ville de la Rochelle 07 Décembre 2019

Tout, à l'Hôtel de Ville, rappelle les souvenirs lointains de l'ancien Echevinage. La vieille horloge elle-même a son histoire. Quand le Palais de Justice d'Henri IV fut démoli, on transporta à la Maison commune l'horloge qui figurait à la prison « pour être placée — dit le livre des délibérations — dans le lieu le plus commode », sans indiquer lequel.

A la Révolution, pour la mettre à la mode du jour, on la rendit décennale. Mais la population ne put s'habituer à ce nouvel horaire, et le Corps de ville décida de revenir à l'ancienne indication. Tandis qu'on procédait à ce retour aux anciens usages, on fit disparaître l'inscription suivante, mise au-dessus du cadran : « L'heure du réveil des peuples est la dernière des oppresseurs du monde. » Au-dessus de la porte d'entrée de l'Hôtel de Ville figurait aussi la devise révolutionnaire : « Liberté, égalité, ou la mort » ; mais ce dernier vocable sembla trop sinistre au Conseil municipal qui y substitua le mot : « l'humanité. ».

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (2)

La cloche, elle aussi, appartient à la vie municipale. C'est elle qui, matin et soir, annonçait l'ouverture et la fermeture des portes de la ville et l'heure du couvre-feu. Elle servait à la convocation des membres de l'Echevinage les jours de séance. Elle appelait également les justiciables, quand la Cour de la Mairie tenait ses audiences. Le peuple répondait à son appel quand les séances étaient publiques, pour la reddition des comptes des trésoriers, des gouverneurs des hôpitaux et pour l'adjudication des fermes communales. Quand le maire ou l'un des échevins venait à mourir, la cloche sonnait le glas funèbre, tant que durait l'enterrement.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (5)

Mais sous la Révolution, il fut établi, en principe, que les cloches ne devaient plus être sonnées, afin d'ôter au fanatisme un moyen de ralliement, et le beffroi de l'Hôtel de Ville, étranger à toute cérémonie religieuse, dut néanmoins rester muet, pendant la période révolutionnaire.

Sept ans s'étaient écoulés, lorsque la cloche menaça par son poids la solidité des planchers. Il fut décidé qu'on lui assignerait une autre place, probablement celle où nous l'avons connue, avant qu'elle soit transférée au sommet de la tourelle à l'angle de l'Hôtel de Ville, où maintenant elle n'a d'autres fonctions que de sonner les heures et de donner l'alarme en cas d'incendie.

Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914

(Hôtel de Ville La Rochelle population devant les affiches d'information pendant la Première Guerre Mondiale 1914)

Le concierge de l'Hôtel de Ville était un personnage important; ses fonctions étaient multiples. Il était geôlier de la prison et percevait des droits déterminés par les règlements pour le couchage et la nourriture des détenus, Certains prisonniers de marque étaient admis à sa table, moyennant pension. Il était encore chargé du contrôle des poids et mesures et mettait les empreintes des marques sur les marchandises contrôlées par les maîtres-regardes; enfin, c'était lui qui sonnait le beffroi dans les circonstances que nous venons d'indiquer. Plus tard, il fut chargé de faire visiter un Muséum, installé dans une maison à côté de l'Hôtel de Ville. (Musée La Faille, aujourd'hui au Jardin des Plantes).

Hôtel de ville dans les Années 1920

(Hôtel de ville dans les Années 1920)

Nous avons précédemment parlé de la juridiction du Corps de ville qui, dans le principe, était fort étendue, puisqu'elle connaissait de tous les délits de droit commun, moins les crimes qui ressortissaient de la justice du roi. Nous savons les protestations que souleva, de la part des maires et des échevins, l'extension de la juridiction du Présidial et des tribunaux consulaires, au préjudice de l'autorité municipale ; mais l'appli- cation des règlements de police resta toujours aux mains de la juridiction communale.

Ces règlements furent définitivement précisés par un arrêt du Conseil d'Etat, du 21 novembre 1678. Le roi désigna deux conseillers du Présidial qui, ensemble ou séparément, présidaient le tribunal de police, assistés de quatre bourgeois appelés officiers de police. Ils siégeaient au Palais de Justice. Leur charge consistait à parcourir les rues et à relever les contraventions. Chacun choisissait son quartier et se faisait accompagner par un des quatre commissaires de police. Voilà, certes, une organisation que nous pourrions envier à l'heure actuelle.

Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950

(Hôtel de Ville de la Rochelle dans les année 1950)

Nous n'avons rien de précis sur le costume des maires et des échevins, jusqu'au moment de la reddition de la ville. Il y a tout lieu de supposer, ainsi que le montrent la gravure qui figure en tête de ce volume et les différents sceaux de la commune, que le Corps de ville portait la robe dans les grandes circonstances officielles.

A la fin du XVIIe siècle, la robe du maire était de velours rouge et celle des échevins écarlate. Ce costume était, paraît-il, si somptueux, qu'une décision royale en ordonna la suppression. Le costume du maire n'en resta pas moins d'une certaine richesse, car sur les comptes que la Ville dut payer, en 1718, figure une somme de 1.672 livres pour : « une robe écarlate, six robes de satin noir, six chaperons, ou épitoges (bandes d'étoffes qui se mettaient sur l'épaule) de damas ponceau, chargés chacun de trois fleurs de lys d'or et garnis d'hermine, et douze collets de toile de batiste, qu'on avait fait venir de Paris pour servir à Messieurs les maire, échevins et procureur du roi syndic»..

Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970

(Hôtel de Ville de la Rochelle Année 1970)

Le premier magistrat de la commune avait pour coiffure un chaperon. Il est dit, en effet, qu'à l'enterrement du maire Griffon, en 1777 : « son chaperon était posé sur son cercueil ». A cette époque, le maire avait ajouté à sa robe écarlate une épitoge de velours cramoisi et une soutanelle de satin noir.

C'est le port, de ce superbe costume qui souleva tant de conflits entre les officiers municipaux et ceux du Présidial. Il ne fallut rien moins qu'une décision du Conseil d'Etat, pour préciser la nature du costume de chacune de ces deux compagnies. Malgré les réclamations des magistrats du Présidial, qui ne pouvaient souffrir que ceux du Corps de ville eussent une robe semblable à la leur, cette grande querelle fut tranchée, conformément au désir des officiers municipaux. Pour panser une blessure si profonde, il fut décidé que les magistrats tiendraient la droite dans les processions, au Te Deum et dans les cérémonies publiques. Mais le maire eut au moins cette consolation : d'avoir seul le droit (lui ou son représentant), d'allumer le feu de joie.

La Révolution simplifia toutes ces questions de préséance et de costume. Le maire n'eut plus qu'à ceindre son écharpe, et son autorité n'en était pas moins respectée. Sous la Restauration et le second Empire, les officiers municipaux portèrent encore l'habit brodé, le chapeau à claque et l'épée, mais ce costume était purement facultatif.

Aujourd'hui, tout a disparu ; la simple écharpe, plus conforme à notre régime démocratique, est le seul insigne distinctif de l'autorité municipale.

Si les maires, au temps de la Monarchie, portaient un riche costume, les archers préposés à la garde de leur personne n'étaient pas moins somptueusement vêtus. Ce sont encore les notes des fournisseurs qui nous donnent, à cet égard, les meilleures indications.

Voici le détail des vêtements confectionnés pour les gardes de la mairie : habit bleu de roi, doublé de bricourt (écarlate) avec bouton d'or ; veste en écarlate, doublée comme l'habit, avec boutons ; culotte avec parement de laine écarlate, doublée en peau ; jarretière de soie écarlate ; bas de laine écarlate ; bandoulière de velours cramoisi, bordée d'un galon d'or et brodée aux armes de la Ville, chargée de quatre fleurs de lys et deux couronnes, le tout en or. La hallebarde historiée, munie d'un gros gland à la hampe, complétait ce riche costume.

Aujourd'hui, les gardes-maire ou gagers de maire (car cette appellation des anciens temps s'est perpétuée par tradition), ne sont plus les brillants archers d'autrefois portant la pertuisane à lame flamboyante, garnie de velours à clous dorés; ils ne montent plus la garde à la porte de l'Hôtel de Ville. Ce ne sont plus que de modestes huissiers chargés du service intérieur de la Mairie. Et cependant, bien que leur costume se soit singulièrement simplifié, on retrouve encore — ne fut-ce que de loin -— la légendaire livrée des archers du Corps municipal. Leur habit n'est-il pas toujours bleu de roi doublé d'écarlate? leur gilet n'est-il pas resté rouge, comme l'ancien pourpoint des archers ? Tout l'ensemble de leur costume ne peut-il pas être considéré comme un pâle reflet du superbe harnois que revêtaient autrefois les hommes d'armes, gardiens de l'antique Echevinage?

En passant en revue les différentes phases de l'organisation municipale, depuis le commencement de la commune rochelaise, nous ne pouvions — ne fut-ce que sommairement — nous dispenser de décrire cet Hôtel de Ville, dont l'existence fut si étroitement liée à l'histoire même de la cité. Mais il nous fallait donner une mention toute particulière au caractère architectural de ce vieil édifice, qui reste comme un saisissant témoin de la puissante transformation opérée par l'introduction chez nous du style de la Renaissance.

Sans ornementations exagérées, d'une extrême simplicité de lignes et d'une grande sobriété de détails, la Maison commune pré- sente un caractère d'austérité et de grandeur absolument spécial à notre région.

Nos édifices publics, nos maisons particulières subirent l'influence de cette réno- vation et notre Hôtel de Ville bénéficia, d'une manière toute spéciale, de cette conception nouvelle de l'art et du style.

Il n'y a pas seulement que le côté architectural du monument qui constitue, pour nos concitoyens, l'unique attrait que présente le siège de la Municipalité ; ils se souviennent encore que leurs pères y dirigèrent, pendant plusieurs siècles, les destinées de la commune.

C'est là, en effet, que maires et échevins trouvèrent l'énergie qui s'alimentait à la source vivifiante de l'amour de leurs foyers et de la défense de leurs libertés.

 

LA RUE DE LA GRILLE

Doués d'une volonté plus forte que les obstacles qu'ils avaient à surmonter, ils puisaient dans le mysticisme le plus ardent la plus grande force de leur indomptable ténacité. Toujours anxieux et attentifs à la moindre menace venant du dehors, souvent en proie à des discordes intestines, absolus et inflexibles envers quiconque essayait de porter atteinte aux franchises communales, ils étaient parvenus à établir leur gouvernement sur les bases d'une véritable république. Mais, obsédés par l'invincible puissance des grands souvenirs qui s'attachaient à leur terre natale, le cœur meurtri par une incessante combativité, ils n'ont guère connu ce qui constitue, pour nous, les joies intimes et le charme de la vie humaine.

L'Hôtel de Ville est resté debout après l'anéantissement de la ville, comme le dernier témoin d'une lutte, dont l'histoire fournit peu d'exemples. C'est là que se sont perpétuées, d'âge en âge, les traditions d'indépendance et de liberté qui constituent ce glorieux apanage que nos ancêtres nous ont laissé.

Le peuple, d'une façon presque inconsciente, et sous l'empire d'une force mystérieuse, comprend que derrière cette muraille, dont l'aspect sévère lui inspire toujours la crainte et le respect, de grandes choses se sont passées ; et s'il aime profondément sa ville, il reste plus particulièrement attaché à la Maison commune qui demeure, plus que jamais, pour lui, le symbole et la personnification même de la cité.

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

LA ROCHELLE Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'incendie de l'hôtel de ville

 

 

Restauration de l’hôtel de ville de La Rochelle suite à l’incendie de 2013

Restauration de l'hôtel de ville de La Rochelle : les travaux de gros oeuvre sont terminés

Le 28 juin 2013 à 13 heures 45, l'alarme incendie retentit une première fois, puis une seconde fois un quart d'heure plus tard avec une coupure de courant. Une fumée épaisse commence à se détacher de la toiture de l'hôtel de ville. Le feu se situe au second étage, au-dessus de la grande salle. Il se propage à l'ensemble des toitures de la partie historique du monument.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (7)

En milieu d'après -midi, la charpente du corps principal s’effondre sur le plafond de la grande salle. L'incendie, bien que circonscrit, n'est éteint que le lendemain matin vers 5 h 15.

 

 (https://www.faceaurisque.com/2019/04/17/dans-nos-archives-feu-de-combles-hotel-de-ville-la-rochelle/)

Le bâtiment est largement endommagé par les flammes, mais également par l'eau utilisée par l'intervention d'une soixantaine de pompiers au plus fort du feu.

A la suite de l’incendie, l’hôtel de ville a été divisé en trois zones :

  1. La zone rouge, correspond à la partie la plus touchée par le sinistre (partie classée MH)
  2. La zone orange, située entre la zone rouge, la rue des Gentihommes et la rue de la Grille correspond à la partie en grande partie épargnée par le feu mais ayant subi l’effondrement de certaines parties adossées
  3. La zone verte, au sud des parties classées, qui a été épargnée par le feu et les euax d’infiltration.

Restauration hôtel de ville de la Rochelle Suite à l'incendie 2013

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (9)

Rien n'a été perdu, les 300 objets historiques (masque mortuaire d'Henri IV, chasuble de Richelieu ou sceaux datant de 1199) ont tous pu être préservés des flammes. Une partie des œuvres d'art, dont des éléments du cabinet de Jean Guiton, est sauvée par les pompiers et le personnel de la mairie.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (8)

Les autres œuvres d'art comme les tapisseries du cabinet Jean Guiton ou le tableau d'Henri IV sont déposées dès le lendemain de l'incendie et évacuées vers le Musée des beaux-arts de La Rochelle. Situées dans les combles de l'hôtel de ville, les archives récentes de la ville sont détrempées.

Tout comme les œuvres endommagées, elles le sont essentiellement par l'eau utilisée pour éteindre l'incendie, mélangée avec des éléments comme la suie.Elles partent toutes pour les ateliers de restaurations, pour être nettoyées.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (1)

À la suite de l'effondrement de la toiture sur le plafond de la grande salle ainsi que de l'intense chaleur, la façade de la grande galerie « a pris du ventre » et se serait vraisemblablement effondrée si l'échafaudage servant à sa restauration ne l'avait retenue. Aussi, le bâtiment a été sauvé moyennant des travaux de restauration de plusieurs années et s'élevant à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (10)

Les tableaux ont été accrochés de manière provisoire pour la réouverture.

Le célèbre tableau "Richelieu sur la digue de La Rochelle" est exposé salle des échevins, même s'il est le symbole de l'oppression de la ville lors du Grand Siège (1627-1628), il devrait retourner ensuite dans un musée.  

Voyage dans le temps du plus ancien hôtel de ville de France à la Rochelle (11)

Les visites de l’Hôtel de Ville redémarrent à partir du samedi 14 décembre. Rochelais et visiteurs pourront ainsi découvrir ou re-découvrir ce joyau de notre patrimoine......https://www.larochelle.fr/actualites/les-grands-projets-2/visite-des-travaux-de-reconstruction-de-lhotel-de-ville

 (Vue 360 de la restauration de La mairie de La Rochelle - Hôtel de Ville)

 

 Classé au titre des monuments historiques sur la liste de 1861, l’Hôtel de Ville de La Rochelle est un exemple rare et emblématique d'hôtel de ville en France du XVIIe siècle, remanié au XIXe siècle.

Découvrez cette vidéo musicale sur la restauration de la statue d'Henri IV dans le cadre du chantier de l’Hôtel de Ville.

 (Les Guerres de Religion en Saintonge, la citadelle catholique de Brouage - Charles IX -Henri III- Agrippa d'Aubigné- Henri IV)

Un joli tête-à-tête entre ce personnage historique emblématique de l’Hôtel de Ville et Juliette Vignier-Dupin, la restauratrice spécialiste des céramiques.

 

 

 

 

 

 

 

Le port d’Aliénor d’Aquitaine : Voyage dans le temps des Templiers et Hospitaliers de la Rochelle.<==.... ....==> Les Sceaux et Armoiries de la Ville de La Rochelle

 

 


 

(1) Lettres patentes du roi Charles V, du 8 janvier 1372, plusieurs fois confirmées. (Voir abrégé chronologique de Chérin). Il y a lieu de rappeler toutefois que plusieurs maires de La Rochelle appartenaient à la noblesse avant leur nomination. Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques

(2)   Jourdan : Ephém., tom. I, page 53; et La Rochelle Historique et Monumentale.

(3)   Archives de la Bibliothèque.

(4)   Jourdan : Ephém., tom. II, page 218.

(5)   Un de nos compatriotes recueillit une des mains de cette statue et en fit don au Musée