Entrée Solennelle des Souverains à la Rochelle

La première porte de Cougnes se situait à l’angle nord-est de l’enceinte médiévale.

Elle fut construite en 1412 à l’emplacement où, dès le XIIe siècle, se situait l’entrée principale de la ville.

 C'est par cette entrée que les souverains et les princes pénétraient dans la ville. Chaque entrée faisait l'objet d'une cérémonie solennelle. Elles étaient composées de deux grosses tours rondes.

En 1558, l'ingénieur italien Scipion Vergano construit un ouvrage avancé.

En 1576, la porte est réparée. Englobée dans les nouvelles fortifications autorisées par Henri IV, Louix XIII sera le dernier souverain à passer la porte lors de la reddition de la ville en 1628.

Vestiges de la seconde porte de Cougnes de l'enceinte dite « protestante » réalisée en 1613.

Une seconde porte de Cougnes a été édifiée en 1614 dans le cadre de la construction de la nouvelle enceinte autorisée par Henri IV. Cette porte, axé vers le nord, se situait au croisement de l'avenue des Cordeliers et de la rue Alcide d'Orbigny. Selon Claude Masse « un des plus beaux édifices qui fut à la Rochelle ».

Elle fut démolie en 1689 pour fournir des matériaux à la dernière enceinte. Il n'en demeure que quelques éléments de décor en arrachement sur la maison voisine, à l'origine corps de garde.

En 1741, elle est détruite sauf le soubassement de l’une des tours sur lequel a été bâti le clocher de l'église Notre-Dame-de-Cougnes et dans lequel est aménagé un passage piéton.

Louis XIII recevant les clefs de La Rochelle XVIIe siècle - Anonyme français ou flamand © Musée d'Orbigny-Bernon

(Louis XIII recevant les clefs de la ville de La Rochelle XVIIe siècle - Anonyme français ou flamand © Musée d'Orbigny-Bernon)

La porte de Cougnes était celle par laquelle entraient solennellement princes et souverains venant visiter La Rochelle.

Les habitants avaient à cœur d'entourer ces réceptions d'un éclat extraordinaire. Ils semblaient faire montre d'un certain orgueil, en rappelant aux têtes couronnées que si l'accueil était chaleureux et sincère, ils traitaient leurs hôtes presque d'égal à égal dans leur ville où, jaloux de leur indépendance, ils se considéraient, avant tout, comme les seuls maîtres de leurs destinées. Aussi fallait-il, à chaque réception de ce genre, que le souverain se conformât à une formalité qui, tout en ménageant l'amour-propre local, présentait en même temps une garantie contre l'inviolabilité des prérogatives municipales.

Un cordon de soie était tendu en travers de la porte de ville. Le maire se tenait derrière cette entrave symbolique, recevait le roi et lui faisait jurer sur l'Evangile, avant d'aller plus avant, de conserver les franchises du pays. Une fois le serment prêté, le cordon était coupé et les Rochelais faisaient au monarque une réception brillante et enthousiaste.

Même après la funeste bataille de Poitiers, — alors que le roi Jean fut fait prisonnier et que La Rochelle devint possession anglaise par le détestable traité de Brétigny,

il fallut ouvrir ses portes au représentant de la Grande-Bretagne, Bertrand de Montferrant, le 6 décembre 1360.

Celui-ci prêta le serment qu'on lui demandait et promit, au nom de son maître, de respecter les privilèges accordés antérieurement à La Rochelle. Le maire, Louis Buffet, le mit alors en possession de la ville, en la lui faisant traverser dans sa plus grande étendue ; et tous deux, à cheval, se tenant par la main, suivis d'un nombreux cortège, allèrent jusqu'à la porte des Deux-Moulins, ratifiant ainsi — bien à contre-cœur — le traité qui séparait La Rochelle du reste de la France.

Quand les anglais furent expulsés, grâce au subterfuge de Chaudrier, Duguesclin, qui guerroyait sur les bords de la Charente, voulut prendre la ville au nom du roi de France; les Rochelais fermèrent leurs portes et ne les rouvrirent qu'aux princes représentant le roi, qui durent se soumettre à l'habituelle formalité du serment devant le cordon de soie.

Après avoir repris La Rochelle à son frère le duc de Guyenne, auquel il l'avait cédée trois ans auparavant, Louis XI fit son entrée le 24 mai 1472, sous la porte de Cougnes.

Les Rochelais, restés fidèles au duc de Guyenne, reçurent le roi sans apparat. Le maire et les notables se tinrent, suivant l'usage, derrière le cordon qui barrait complètement la porte. Ils exigèrent du roi, conformément à la tradition, avant d'entrer dans la ville « de respecter et maintenir à jamais les privilèges, franchises, libertés, domaines, statuts, coutumes, prérogatives, prééminences, droits de noblesse et de juridiction. »

Louis XI mit pied à terre et, à genou, tête nue, la main sur la sainte Paterne que tenait le maire, prononça le serment qu'on exigeait de lui. Le maire, de son côté, fit serment de fidélité au roi ; le ruban fut tranché et le souverain et son cortège furent admis à pénétrer dans la ville.

François Ier fut reçu le Ier février 1519, conformément à la tradition usitée. Les clefs de la porte de Cougnes lui furent offertes et il jura, comme ses prédécesseurs, de conserver les privilèges et franchises de la ville. ==> Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

La réception d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, gouverneur de La Rochelle, de sa femme Jeanne d'Albret et de leur fils Henri, qui n'avait que quatre ans, eut lieu, toujours à la porte de Cougnes, avec le cérémonial habituel. Les deux époux prêtèrent le serment d'usage et le couple princier fit son entrée, sous un dais de drap d'or que portaient les membres du Corps de ville. Mais la foule manifesta son enthousiasme avec tant d'ardeur, que les souverains durent regagner leur litière et suivre ainsi l'itinéraire qui leur était tracé.

La Réforme avait déjà fait de rapides progrès, le nombre des protestants augmentait de jour en jour à La Rochelle et les perpétuels conflits entre huguenots et catholiques menaçaient de dégénérer en luttes sanglantes.

Charles IX et sa mère Catherine de Médicis, qui se rendaient à Bayonne, résolurent de passer par La Rochelle pour tâcher d'étouffer les germes du nouveau culte.

Le roi n'eut qu'une demi-confiance dans les démonstrations de fidélité que les Rochelais se proposaient de lui adresser. Cependant, le 13 septembre 1565, les habitants avaient préparé pour Leurs Majestés la réception la plus brillante qui se fût vue jusqu'à ce jour, afin de s'attirer les bonnes grâces d'un maître irrité, auquel ils ne pouvaient résister. La situation était la même qu'à la première venue de François Ier à La Rochelle.

Les historiens de l'époque nous ont laissé l'énumération minutieuse des différentes autorités et corporations qui devaient constituer le cortège, et donner ainsi, à cette entrée solennelle, une magnificence extraordinaire. Mais le roi, toujours défiant, exigea, pour plus de garantie, que les pièces d'artillerie fussent conduites hors des murs ; il remit au lendemain son entrée dans la ville et passa la nuit au monastère de Saint-Jean-Dehors.

Quand le moment fut venu, pour le cortège royal, de pénétrer dans la ville, la formalité du cordon de soie ne se passa pas conformément à la tradition. A la porte de Cougnes, le connétable de Montmorency demanda ce que signifiait ce ruban qui barrait la route, et, mécontent de l'explication qui lui fut donnée, coupa de son épée cet obstacle inadmissible pour lui. Le maire se précipita à la bride du cheval du roi et adjura son souverain de respecter cet antique usage. Celui-ci se contenta de répondre : « Soyez fidèles et loyaux sujets et je vous serai bon roi ! »

Si le peuple eut eu connaissance de cet incident, peut-être n'eut-il pas fait un accueil aussi enthousiaste à ce roi et à sa mère qui devaient, sept ans plus tard, être les instigateurs des massacres de la Saint-Barthélemy.

La porte de Cougnes fut encore le théâtre d'une réception particulièrement flatteuse pour l'amour-propre rochelais. Les habitants avaient pris fait et cause pour le prince de Condé, chef du parti protestant, contre les troupes royales ; le brave La Noue avait vainement tenté de rallier ses compatriotes à la cause du roi ; mais après des tergiversations sans nombre qui ne purent aboutir, les deux partis restèrent irréconciliables.

Le frère du roi, le duc d'Anjou vint, en 1573, mettre le siège devant La Rochelle. La résistance fut acharnée ; les femmes même déployèrent un courage héroïque à la défense de la ville. Le prince, après des efforts inouïs et des assauts toujours infructueux, désespérait de se rendre maître, par la force, de cette ville qui lui opposait une résistance insurmontable.

Sur ces entrefaites, des ambassadeurs venus de la Pologne, offrirent au duc d'Anjou le trône de leur pays. Ce fut une occasion que ce prince s'empressa de saisir pour lever le siège et signer, au plus vite, un traité de paix avantageux aux Rochelais.

Il partit pour Nantes avec les seigneurs qui l'avaient accompagné et n'entra pas dans la ville. Mais les représentants de la Pologne manifestèrent aux Rochelais le désir de pénétrer dans cette cité, dont la défense héroïque provoquait leur admiration. Il fut déféré à leur demande et on leur rendit les plus grands honneurs. La réception se fit à la porte de Cougnes. La foule était venue contempler ces étranges personnages singulièrement vêtus. « Ils avaient la tête rasée par derrière — dit Amos Barbot — à la façon des Tartares ; ils portaient des arcs et de larges carquois et accoutraient, eux et leurs chevaux, de grands panaches d'ailes d'aigle largement déployées. »

 

Le nom de : rue des Dames, donné à l'une de nos rues « est peut-être — dit Jourdan — un hommage rendu au courage que les femmes rochelaises montrèrent au siège de 1573. »

Enfin, le dernier et le plus douloureux événement, dont cette principale porte de la ville devint le théâtre, fut l'entrée de Louis XIII et du Cardinal, après la reddition de La Rochelle, le Ier novembre 1628. Sur les trois heures du soir, le roi, à cheval, vêtu de son armure et précédé du Cardinal, prit possession de la ville vaincue.

Les principales autorités de la ville fléchirent le genou devant le souverain, qui leur demanda de « crier : grâce et vive le roi!» ce qu'ils firent avec « un grand ressentiment de douleur et de joie ».

Le maire, enfin, et les échevins implorèrent également la clémence royale, tandis que le peuple criait : miséricorde ! Le roi fut touché de cet acte de soumission et versa même des pleurs à la vue de ces pauvres habitants, que la famine et les misères du siège avaient rendus comme des anatomies.

Ce n'était pas exclusivement par la porte de Cougnes qu'avaient lieu les entrées triomphales des souverains.

La porte Saint-Nicolas fut aussi témoin de ces solennités.

Le duc de Guyenne avait confirmé aux Rochelais les privilèges concédés antérieurement par les rois de France. Dans leur reconnaissance, les habitants firent à ce prince un chaleureux accueil, quand il leur rendit visite. La réception eut lieu le 6 juillet 1469.

Le maire, le Corps de ville et tous les notables allèrent à cheval, au-devant du duc, jusqu'à la Moulinette. L'entrée solennelle se fit par la porte Saint-Nicolas, où le maire offrit au duc les clefs de la ville, et après la formalité traditionnelle du cordon de soie entravant la route et le serment prêté de maintenir les libertés et franchises de la commune, le duc pénétra dans la ville, sous un magnifique dais porté par six des plus anciens échevins.

Le livre de la Paterne nous donne le récit des fêtes qui furent célébrées à cette occasion. Nous y trouvons, en particulier, qu'à la seconde porte Saint-Nicolas: « Une belle pucelle, bien parée et ornée, descendit d'amont en une tour, et laquelle présenta à mondit sieur ung cœur, par laquelle pucelle était signifiée La Rochelle, qui présentait son cœur à mond. sieur. »

Les différentes portes de ville, dont nous venons de donner la description, étaient confiées à la garde de gens qui devaient inspirer toute confiance. Ce poste était tellement important, que les portiers étaient exempts de toutes tailles, subsides et impositions.

Aux époques troublées, une porte insuffisamment gardée ou traitreusement livrée, pouvait compromettre la sécurité de la ville. Aussi faisait-on bonne garde, pendant le jour. Le soir, la cloche de l'Echevinage avertissait chaque guichetier d'avoir à fermer toutes les issues de la ville. Les règlements pour l'ouverture et la fermeture des portes étaient établis dans les statuts du Corps de ville : du 1er avril au 30 septembre, elles s'ouvraient entre quatre et cinq heures du matin, et se fermaient à sept heures du soir; du 1er octobre au 1er avril, l'ouverture avait lieu entre six et sept heures du matin, et la fermeture à cinq heures du soir. Lorsque les portes étaient closes, les portiers remettaient leurs clefs aux mains du maire, responsable de la sûreté de la ville. Seul, le maire donnait des autorisations pour qu'on pût pénétrer ou sortir de la ville pendant la nuit.

Entourée de hautes murailles que dominaient de fortes tours avec leur poivrière en ardoise, cette ville qu'on jugeait imprenable et qui sut longtemps triompher des terribles assauts dirigés contre elle, présentait au XVIe siècle un aspect imposant et pittoresque.

Les maisons, avec leurs hauts pignons, entassées les unes contre les autres dans une enceinte trop étroite pour les contenir, formaient une masse compacte et dentelée dont la crête silhouettait par- dessus sa ceinture de pierre, tandis qu'émergeaient du faîtage de toutes ces toitures de superbes églises aux couvertures de plomb avec leurs clochers élégants artistement ouvragés.

Tout cet ensemble donnait à la ville du moyen — âge un aspect grandiose et saisissant. Mais cette physionomie si étrange était condamnée à disparaître, à mesure que les besoins de la défense appelaient une transformation complète de ces antiques remparts.

Les Rochelais considérèrent, avec juste raison, que l'emploi des pièces d'artillerie nécessitait tout un ensemble de bastions et d'ouvrages avancés destinés à mettre la ville à l'abri de nouvelles attaques.

Henri IV, « le bon ami des Rochelais », les autorisa à établir de nouvelles fortifications, qui furent construites de 1596 à 1612.

Toute la prée Maubec et le vieux cimetière de Cougnes furent englobés dans le nouveau périmètre ; au nord, des murailles s'élevèrent au fief des Grands et Petits-Lapins ; à l'est, la courtine fut relevée jusqu'à la porte Saint-Nicolas; tandis qu'à l'ouest, de simples redans de terre suffisaient à la défense.

 

Masse donne une longue description

— conformément au plan que nous reproduisons à la fin de cet ouvrage — des fortifications nouvelles qui devaient soutenir l'héroïque siège de 1628.

« Dans ce temps — dit-il — l'an 1628, la ville avoit d'enceinte extérieurement près de 2000 toises, y compris l'ancienne ville, le faux bourg Saint-Nicolas et la ville neuve, et intérieurement 1600 toises, c'est-à-dire la partie qui estoit occupée par les maisons, les places, les jardins et le hâvre, et en ce tems, la ville neuve n'estoit guère peuplée. »

 « Toute la partie, de la porte Saint-Nicolas à la tour de la Lanterne, est bâtie de murs bien solides; elle estoit garnie d'une nombreuse artillerie avant le siège de 1628.

Il ne reste sur pied, de toutes les anciennes fortifications de La Rochelle, que le front du costé de la mer, que l'on a conservé pour servir de digue contre l'impétuosité de la mer.

« La porte Neuve estoit couverte d'un bastion détaché et des ouvrages qui, quoique irréguliers et estans en terre, ne laissoient pas de rendre la place de ce costé de difficile accès, à cause de son marais qui estoit en ces tems - là fort impraticable, estant entrecoupé de fossez et de marais gats outre que ce marais s'innondait par le moyen de petites écluses.

« Le front, depuis la tour de Sermaise, ou de la Crique, jusqu'à la porte de Cognes, estoit de 340 toises.

Ce front estoit resté à peu près de même qu'il estoit au précédent siège, et comme ce costé est la partie de la place la plus attaquable, ils l'avoient enceint d'un second corps de place composé de trois bastions et demy, bien revestus de bonne maçonnerie.

« La partie la plus défectueuse de toute la place estoit la gauche du vieux bastion de l'Evangile et devant la vieille tour de la Crique, dont la deuxième enceinte n'estoit que de terre et mal flanquée.

« La ville, enceinte depuis la porte de Cougnes jusqu'à celle de Saint- Nicolas, estoit de 540 toises, mais elle n'avait pas changé l'état où elle estoit pendant le siège de Charles IX. Pour rendre la ville plus régulière et l'agrandir d'une ville neuve, on enveloppa ce front de trois grands bastions bastis de même que les précédens.

PLAN DE LA VILLE DE LA ROCHELLE EN 1626, AVANT QU'ELLE FUT ASSIÉGÉE PAR L'ARMÉE CATHOLIQUE SUR LES PROTESTANTS

A. Ville vieille.

B. Ville neuve.

C. Le faubourg du Perrot.

D. Faubourg Saint-Nicolas.

E. Le havre.

F. Tour de la Chaîne.

G. Les murailles.

H. Tour de la Lanterne, ou du Garrot.

I. Porte des Deux-Moulins.

L. Pasté qui couvrait la porte des Deux-Moulins.

M. Ouvrage ou tenaille des Deux - Moulins, appelé le Gigot, ou citadelle.

N. Le Crochet, ou le Fort-des-Dames.

O. Tour de Marseille, ou de Saint-Jean, où il y avait une batterie.

P. Porte Neuve.

Q. Bastion des Dames.

R. Les redans ou dehors de la porte Neuve.

S. Lieu où se faisoit l'exercice de l'arquebuse.

T. Vestiges de l'ancien château.

V. Tour de la Crique.

X. Les anciens remparts.

Y. Vieux bastion de l'Evangile.

Z. Demi-bastion de l'Evangile.

I. Bastion des Grands-Lapins.

2. Bastion des Petits-Lapins.

3. Bastion de Cougnes.

4. Porte de Cougnes.

5. Demi-Lune de Cougnes.

6. Bastion des Fonderies.

7. Bastion de Maubec.

8. Petite porte de Maubec.

9. Bastion de Saint-Nicolas.

10. Poste, porte et ouvrage à cornes de Saint-Nicolas.

11. Bastion du Gabut.

12. Tour Saint-Nicolas.

13. Sainte-Marguerite, où étaient les pères de l'Oratoire.

14. Logis du Roy.

15. Place du Château.

16. Le grand Temple.

17. L'hôpital des hommes et des femmes.

18. Clocher de Saint-Barthélemy.

19. L'arsenal.

20. Le Palais.

21. Le Gros-Horloge, ou porte du Perrot.

22. Ecluse de la Verdière.

23. Le pont Vert.

24. Pont de la Corbeille, où il y avait un moulin.

25. Vestiges de Saint- J ean du Perrot.

26. Grande-Rive.

27. Batterie de la Poterie.

28. La Petite-Rive.

29. Clocher Saint-Sauveur.

30. Pont Saint-Sauveur.

31. Pont et moulin de Maubec.

32. Tour de Moureille.

33. Maison de ville.

34. Temple Saint-Yon.

35. Vestiges de Notre-Dame de Cougnes.

36. Boucherie de la Ligue.

37. Saint-Michel, où étoient les écoles.

38. Tour de Malvau.

39. Rempart de l'Ecorcherie.

40. Vestiges de la Commanderie du Temple.

41. Fontaine du Pilori.

42. Fontaine de la place du Château.

43. Fontaine de Navarre.

44. Fontaine de la Caille.

45. Fontaine des Petits-Bancs.

46. La poudrière et pont de la Guilleterie, où étoient les écluses.

47. Ligne de communication.

48. Fonderie.

49. Cimetière Saint-Jean, où se tenoit le marché.

50. Ecluse qui mettoit de l'eau dans les fossés qu'on appeloit Larron.

51. Les deux moulins qui moudoient du reflux de la mer.

52. La halle, ou la panneterie du Temple.

53. Marais salans derrière les faubourgs SaintNicolas.

54. Marais salans de la porte Neuve; ils subsistoient encore en partie dans ce tems-là.

55. La Grave.

« Le front Saint-Nicolas estoit d'un fort difficile accez, à cause des marais salans; et que l'on en retenait les eaux par les écluses du moulin de Saint-Nicolas et de Maubec qui innondait ce costé. Comme ces eaux pouvoient estre coupées entre l'ouvrage à corne de Saint-Nicolas et le faux bourg de Tasdon, les Rochelais construisirent un fort qu'ils appelèrent : de Tasdon, sur le bord de la mer ou de la coste et au pied de Tasdon, tant pour s'assurer de ces eaux que pour augmenter les fortifications de ce costé, pour couvrir l'entrée du port et pour empêcher que l'on ne battit en brèche le bastion du Gabut. C'est de ce costé que la place a pensé être surprise plusieurs fois. On ne sait pas bien positivement l'année que le fort de Tasdon a esté commencé, on tient qu'il fut fini un an avant la reddition de la ville, en 1628, mais il estoit fait deux ou trois ans avant le dernier siège. »

Après la reddition de la ville, Louis XIII déclara que : « Les murs, remparts, bastions et autres fortifications, fors les tours Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne et les murs sur la mer, depuis Saint-Nicolas jusqu'à la tour de la Lanterne seront razez rez-pied, rez de terre, et les fondements arrachez, les fossez comblez, en sorte que la charrue puisse y passer comme sur les terres de labour. »

Ainsi fut fait comme le roi l'avait ordonné et cette destruction s'opéra avec une extrême rapidité. Ce fut par la porte de Cougnes, le 11 novembre, que commença la démolition de l'enceinte de la ville.

« La Rochelle était naguère — dit un voyageur qui eut l'occasion de la visiter plusieurs années après le siège (a) — une ville des plus puissantes et des plus belles et des plus riches ; mais depuis le siège, auquel elle a succombé, il y a dix-huit ans, elle est tombée presque à rien. Il est déplorable qu'une aussi belle ville soit maintenant dans une aussi triste situation. Elle conserve à peine trace de ses beaux boulevards, de ses épaisses murailles, de ses profonds fossés, de ses redoutables remparts.

Cette place si forte n'est plus guère qu'un grand village, un grand bourg, et de toutes les rues on voit la campagne. Par endroits, il n'y a plus de vestiges de murailles et il ne reste plus debout que quelques portes, quelques tours antiques, qui font juger de ce qu'avaient dû être ces constructions si solides, qu'après la prise de la ville, on mit plus de quatre années entières à la démolir. »

Cependant, bien que les murailles aient été complètement rasées conformément à la volonté du roi, il semble que les différentes portes de ville, à part celle de Cougnes, furent en partie conservées. En effet, Bournaud, qui vivait en 1740, nous a laissé plusieurs dessins de ces portes démantelées. Autour de ces vestiges devenus sans utilité au point de vue de la défense, les habitants y pratiquèrent des logements, sortes de verrues, venues s'incruster et enlaidir ces restes si précieux à la mémoire des Rochelais.

C'est dans ces conditions que Bournaud a essayé de reproduire les entrées de ville encore existantes. On peut dire : essayé, car ces sortes de graphiques, en couleur, sont tellement primitifs et malhabiles qu'ils sont fort difficiles à interpréter. (b)

Lorsqu'on est parvenu à leur donner — comme nous avons tenté de le faire — une forme à peu près acceptable, on se trouve en présence d'une autre difficulté. Le dessinateur a eu soin de mettre, au bas de ses planches: J. N. Bournaud fecit anno 1740, avec une échelle indiquant la hauteur du monument. Sur l'une d'elles, il a même ajouté : « Cette porte est fort justement levée. » Mais. laquelle?

Tous ses dessins ne portent aucune indication qui permet de préciser le sujet qu'ils représentent. On ne peut se livrer qu'à de simples conjectures à cet égard.

20191207_140530Ceux qui ont eu en main le précieux volume dans lequel nous avons puisé la plupart des dessins que nous faisons figurer ici, ont pu mettre des titres, quand il s'agissait de motifs, pour lesquels il ne pouvait y avoir de doute. Arcére et Jaillot y ont consigné leurs annotations, mais personne n'a pu découvrir à quelles portes se rattachaient sept des dessins de Bournaud. Nous les reproduisons, espérant qu'après nos savants annalistes, quelques personnes plus clairvoyantes pourront peut-être apporter de nouveaux éclaircissements à ces dessins inexpliqués jusqu'à ce jour.

Cependant, il semble que d'après les vieux plans de la ville, la porte flanquée de ses deux tours représente peut-être la porte du Pont-Vert, donnant accès par la rue de la Verdière au quartier du Perrot.

Quant aux autres, il est impossible de leur donner une désignation quelconque. Les dessins de Masse, quoique de forme purement géométrale, sont bien plus précis et accompagnés de toutes les indications désirables.

Il nous reste à dire un mot de la nouvelle porte Maubec, qui se voit encore aujourd'hui, rue Saint-Louis, et qui sert d'entrée à un magasin d'eaux- de-vie.

Lorsque l'ancienne porte Maubec, derrière Saint-Sauveur, fut démolie, et que la prée Maubec fut comprise dans l'enceinte de la ville, on pratiqua dans l'épaisse muraille une ouverture en biais, protégée par deux bastions, et on lui donna le nom de : Nouvelle porte Maubec. A une époque où l'art architectural de la Renaissance a laissé chez nous des modèles si délicats, cette nouvelle entrée de ville semble avoir été construite dans des proportions si lourdes et si malhabiles, qu'on est tenté de supposer qu'elle a été édifiée avec des matériaux ayant servi à quelque ancienne construction et placés sans la moindre symétrie.

Les écussons qui l'ornaient ont été mutilés; fort heureusement Masse nous en a conservé le dessin. Nous y retrouvons toujours la disposition, adoptée pour l'ornementation des monuments publics : en tête, les armes royales ; à droite, les armes du maire et à gauche celles de la ville.

 

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

 

 

La Rochelle, Église Notre-Dame-de-Cougnes - don d’Isambert de Châtelaillon aux moines de Cluny de l'île d'Aix 1067<==