En 1196, l'armateur rochelais Alexandre Aufrédy décide d'envoyer sept navires de sa flotte à l'aventure vers les côtes africaines

Pour comprendre La Rochelle, il faut d'abord savoir l'apprivoiser. Fidèle à sa nature fière et insoumise, elle ne se livre pas facilement et ne semble jamais être là où on l'attend. Contrairement à une idée convenue, l'activité principale de ce petit village, situé au coeur du golfe de Gascogne, cesse d'être la pêche aux alentours du XIIe siècle.  

De fait, les zones marécageuses des environs se prêtent alors parfaitement à l'exploitation et à la commercialisation du sel, de surcroît exporté par voie maritime. Les salines vont connaître un essor très rapide, mais les nombreux et foisonnants vignobles contribuent également au développement économique.  

En mai 1199, Aliénor d'Aquitaine, qui épousa en secondes noces Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre, confirme à la ville le statut de commune libre et ses nombreux privilèges économiques et commerciaux. De quoi renforcer encore un peu plus l'influence des premiers grands armateurs. Comme le prouve l'incroyable destin d'Alexandre Aufrédy, qui fait partie des légendes locales incontournables: en 1196, ce riche négociant décide d'envoyer les sept galions de sa flotte, chargés de sel et de vin, sur les côtes d'Afrique, "au-delà du soleil".  

L'hôpital Aufrédy, établi sur le pied militaire le 7 floréal an II, fut fondé en 1203 par Alexandre Aufrédy, riche négociant de La Rochelle. Il est situé dans une rue qui porte le même nom. — L'histoire d'Aufrédy, bien connue à La Rochelle, peut être nouvelle pour beaucoup d'étrangers.

Aufrédy avait équipé dix navires dont il avait confié le commandement à des marins expérimentés, sous la direction d'un homme habile qui possédait toute sa confiance.

Ces dix navires devaient voyager à petite distance les uns des autres, tant pour recevoir constamment les ordres du chef de l'expédition que pour se prêter mutuellement secours et protection en cas de besoin.

A cette époque, un navire ne faisait pas de voyages réguliers, et l'on ne pouvait guère détermin.er par anticipation la durée de son absence. Aufrédy fit prendre la mer à sa petite flotte et se remit tranquillement à ses affaires, espérant revoir prochainement ses navires chargés des richesses de l'Orient. Mais il avait exposé une trop forte part de sa fortune dans cette expédition lointaine. Le malheureux armateur avait épuisé toutes ses ressources pour rembourser ses dettes aux puissants Templiers, installés à La Rochelle et financeurs de l'expédition.

Ses parents, ses amis, ceux enfin qui l'avaient le plus flatté lorsqu'il était riche, le repoussèrent quand il fut dans l'adversité. Aufrédy avait du courage. Il se rendit sur le port et obtint des porte-faix une place au soleil, à côté d'eux, et une part de travail quand le commerce en fournirait. Cela dura plusieurs années.

Un an, deux ans, plusieurs années s'écoulèrent sans que personne entendit parler des navires d'Aufrédy.

Un jour, que la brise était bonne pour rentrer au port, on aperçut à l'horizon plusieurs voiles qui naviguaient de compagnie et qui grandissaient en se rapprochant. C'étaient les navires d'Aufrédy, engagés pendant dix ans dans de brillantes affaires sur la côte orientale et revenant chargés de trésors.

-Aufrédy était trop désabusé des grandeurs humaines et trop formé à sa nouvelle vie, pour se réjouir outre mesure de ce retour inespéré. Il se souvint des misères dont il avait été témoin et dont il avait eu sa part. Il consacra son immense fortune à la fondation d'un hôpital qui fut appelé hôpital St-Barthélemy, mais auquel la justice humaine, quelquefois bien inspirée, donna plus tard le nom d'Aufrédy.

Par l'arrivée inopinée de la flottille, Aufrédy et sa femme Pernelle, fondèrent un hôpital en 1203, afin d'y recueillir les malheureux dont ils avaient partagé les souffrances. Pour que leur œuvre fût continuée, ils firent don à la Ville de l'hospice qu'ils avaient créé. Cet Hôtel-Dieu conserva la destination que lui avaient donnée ses fondateurs et fut enrichi par de nombreuses dotations et des fondations pieuses.

Le Corps de ville en nommait le directeur, qui était un laïque. Il vérifiait les comptes de l'établissement et s'assurait de son bon fonctionnement.

Le cartulaire d'Aufrédy, qui figure à la Bibliothèque, contient toute la comptabilité de la maison. La première page a été enluminée avec le soin et la patience que les moines du Moyen âge mettaient à appliquer la couleur sur le vélin des manuscrits.

Dans la lettre A, première du nom d'Aufrédy, se trouvent représentés l'intérieur de l'hôpital et les salles de malades où les Sœurs, au premier plan, ensevelissent les morts. Tout l'encadrement est composé de gracieuses arabesques au milieu desquelles figurent les armes du roi et de la ville.

La mortalité fut grande pendant les épidémies ; au cours du siège, les boulets ennemis tombèrent souvent jusque dans les salles des malades et provoquèrent de fréquents incendies.

Louis XIII s'empara de l'hôpital Aufrédy comme de tous les biens de la commune. Il y plaça les Frères de la Charité pour soigner les malades hommes, tandis que les femmes furent confiées aux soins des Sœurs Hospitalières. Il fallut diviser les locaux par un grand mur pour établir une séparation distincte entre les malades des deux sexes.

Mais il y eut de telles difficultés pour assurer le bon fonctionnement de ces deux services, que les Sœurs Hospitalières allèrent fonder un nouvel établissement, rue Rambaud.

Lorsque vint la Révolution, les Frères de la Charité quittèrent leur asile et furent remplacés par les Sœurs de la Sagesse, qui durent elles-mêmes se retirer devant le service laïque, organisé par l'administration municipale redevenue propriétaire de l'immeuble.

Lors des guerres de Vendée, les soldats malades ou blessés furent évacués sur l'hôpital Aufrédy. Ce fut cette nouvelle utilisation qui donna l'idée de transformer cet Hôtel-Dieu en hôpital militaire. La mutation des services se fit sans difficulté avec l'autorité militaire ; d'autant plus que l'hôpital Saint-Louis était devenu parfaitement suffisant pour les malades de la ville.

Afin de compléter l'organisation du service de santé, le ministre de la Guerre proposa à la Ville de lui acheter l'immeuble moyennant la somme de 30.000 francs, offre que le Conseil municipal accepta, en demandant à l'autorité militaire de lui conserver le nom d'Aufrédy, en souvenir de son fondateur. Le traité fut ratifié en 1811. Seulement, quelque recherche qu'on ait pu faire, jamais il n'a été trouvé trace du paiement des 30.000 francs, si bien que la Ville serait peut-être toujours en droit de se considérer encore comme propriétaire de l'hôpital Aufrédy.

 

 

Guide de l'étranger à La Rochelle, par M. P. Godineau...

La Rochelle disparue / texte, eaux-fortes et illustrations par E. Couneau

 

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