Le traité conclu au Goulet, près de Gaillon, le 22 mai 1200, un an après la mort de Richard Cœur-de-Lion, réconcilia pour quelque temps Philippe Auguste et son vassal Jean Sans- Terre, nouvellement couronné roi d'Angleterre.

 

Le 31 janvier 1200. Jean était Carentan édicte des

Lettres annonçant la concession de la ferme des impôts de la Rochelle, faite pour un an aux bourgeois de cette ville.

Johannes Dei gratia, etc., dilecto et fideli suo Radulfo de Maloleone, senescallo Pictaviensi. Sciatis quòd nos tradidimus burgensibus nostris de Rupella villam de Rupellà ad firmam per unum annum , pro quadra

ginta millibus solidis andegavensibus et pro xx cisis (sic) argenteis , quorum quilibet valeat unam marcam argenti , et incipiat terminus iste a termino quo scitis quod incipere debeat. Undè vobis mandamus quatinùs villam illam, sicut prediximus, eis habere faciatis. Teste me ipso apud Karemtem ', xxxi die januarii. Per Gaufridum de Cellà.

Jean par la grâce de Dieu, etc., à son bien-aimé et fidèle Raoul de Mauléon, intendant de Poitiers.

Sachez que nous avons livré à nos bourgeois de La Rochelle la villa de La Rochelle en location pour un an, pour un carré quarante mille shillings d'Anjou et vingt pièces (sic) d'argent, dont chacune peut valoir un marc d'argent, et ce terme commence à partir de la fin à laquelle vous savez ce qui doit commencer.

D'où nous vous ordonnons de leur faire avoir cette ferme, comme nous l'avons déjà dit.

Témoin moi-même à Carentan le 31 janvier. Par Geoffroy de Cella

 Rotuli chartarum , p. 58.

 

Par le traité du Goulet de mai 1200, Philippe II reconnaissait Jean comme l'héritier légitime de Richard Ier pour ses possessions françaises et ce dernier abandonnait sa stratégie d'endiguement de la France via des alliances avec la Flandre et Boulogne et acceptait le roi français comme son suzerain pour ses territoires continentaux

 La guerre furieuse et dévastatrice menée par Richard avait lassé Anglais et Français, ceux qui la subissaient et même ceux qui la faisaient, et le chroniqueur de l'abbaye de Coggeshall parle de la « tœdiosa utriusque régis exercitus fatigatio1 ».

Jean Sans-Terre n'avait nullement l'ardeur héroïque de son frère Richard.

Philippe Auguste, de son côté, en répudiant sa femme Isambour et en épousant Agnès de Méranie, malgré le Saint-Siège, avait provoqué une crise très grave : le 13 janvier 1200, ses terres avaient été frappées d'interdit par le légat d'Innocent III.

Il avait besoin de la paix et il espérait obtenir de Jean Sans-Terre de larges concessions. En effet, il les obtint.

 Le traité lui assura de précieuses annexions domaniales, et la pleine subordination vassalique de Jean, qui non seulement lui fit hommage, mais lui paya un droit de relief considérable :

C’était entièrement reconnaître au roi de France une supériorité féodale que les rois normands et angevins n'avaient jamais acceptée que de mauvaise grâce (2). C'était une victoire capétienne.

Mais les esprits étaient aigris. Les conseillers du roi d'Angleterre ressentaient certainement l'humiliation que leur maître avait supportée avec insouciance.

Le Trésor anglais continua à fournir des pensions à des barons français. La situation demeurait trouble dans l'Ouest angevin.

Philippe Auguste avait conclu une alliance avec le comte d'Angoulême et le vicomte de Limoges.

Le neveu de Jean, Artur, comte de Bretagne, restait pour le roi d'Angleterre un rival inquiétant ; il avait promis d'être le fidèle vassal de son oncle, mais Philippe Auguste, qui le gardait à sa cour, ne le laissa point partir ; il se réservait de l'utiliser un jour.

 Il attendait une occasion, et savait bien que Jean était un imprudent.

L'article 20 de cette convention, qui concernait Arthur, était peu à la louange de son allié et protecteur Philippe, qui s'était contenté de stipuler pour le malheureux prince, que le roi d'Angleterre ne lui enlèverait ni le fief ni la suzeraineté de la Bretagne en deçà de la mer, pour se l'adjuger, si ce n'est par la sentence régulière d'une cour anglaise (3).

Les plus grands seigneurs de  l'Angleterre et de Normandie, Roger de Toeni, Guillaume du Hommet, connétable de Normandie Guillaume de Caieu, Hugues de Gournai, Guérin de Glapion, Jean de Préaux, Baudouin, comte d'Aumale, Guillaume le Maréchal et Robert de Harcourt se portèrent cautions pour Jean Sans-Terre de l'observation du présent traité (4).

Près de deux mois avant, on avait décidé, pour préparer une alliance ultérieure entre les deux princes, que Louis,- fils aîné du roi de France, épouserait Blanche de Castille, nièce (5) du roi d'Angleterre  (6).

Jean ne se doutait pas qu'il dotait ainsi la France d'une de ses plus grandes reines, de sorte que ce traité, qui semblait exclusivement profitable à Jean, devint, par suite de ce mariage, une source de prospérité pour la France.

La reine Aliénor, mère du roi, qui semblait chargée depuis longtemps de négocier des mariages (7), fut aussi chargée par son fils d'obtenir la conclusion de celui-ci.

En conséquence, elle s'en fut trouver Alphonse, roi de Castille, père de la princesse.

Après avoir obtenu la main de Blanche pour le prince Louis, elle revint avec la jeune fiancée.

Les augustes personnages, arrivés à Bordeaux, voulurent s'y arrêter pour y célébrer la solennité de Pâques (9 avril); mais leur séjour dans cette ville fut troublé par une aventure tragique.

Mercadier, chef des Brabançons (8), qui s'était rendu à Bordeaux pour saluer les princesses à leur passage, y fut tué le second jour de la semaine de Pâques (9) par un des routiers de Brandin.

La reine Aliénor quitta la princesse au sortir de Bordeaux.

Son grand âge et la longueur de la route l'avaient fatiguée; elle se rendit à l'abbaye de Fontevraud et y resta (10).

De leur côté, l'archevêque de Bordeaux, Hèlie, et les autres personnages qui accompagnaient Blanche, continuèrent leur route, et arrivés en Normandie, remirent la princesse à Jean, son oncle.

Ce fut sans doute pendant qu'elle s'y trouvait avec les deux rois qu'Arthur, abandonné de tous, et ne cherchant plus qu'à se soumettre aux conditions les moins dures, vint à Vernon, alors au pouvoir du roi de France, trouver les deux princes, et s'y déclara l'homme lige de Jean, son oncle, pour le comté de Bretagne, qui relevait en fief de la Normandie, et les autres terres qu'il avait en Normandie ou en Aquitaine, du consentement et même, ajoute malicieusement la chronique, par la volonté du roi de France (semaine de l'Ascension 1200)

 

 

 

31 aout 1200 Chinon

Lettres de protection en faveur de Savary, maire de Poitiers, el d'exemption de tous droits royaux sur ses propriétés situées dans les États de Jean Sans-Terre.

 

Protectio Majoris Pictavii. — JOANNES Dei gratia, etc. justiciariis , etc. Sciatis quod nos suscepimus in manum, custodiam et protectionem nostram Savaricum , Majorem de Pictavis, et omnes homines, res, redditus et potestates suas. Quarè, etc., quatinùs ipsum et omnia sua custodiatis, manuteneatis, et protegatis, et defendatis, non inferentes ei vel ab aliquo inferri permittentes injuriam, gravamen aut molestiam; et si ei, etc.

Concessimus etiam eidem Savarico quietanciam omnium rerum suarum, quas poterit fidare suas esse proprias, per totam terram nostram de omnibus consuetudinibus que ad nos pertinent.

Teste Willelmo Marescallo Comite de Pembroc, apud Chinonem, xxxi die augusti. — Rotuli chartarum, 75.

 

 

La protection du Maire de Poitiers. JEAN Par la grâce de Dieu, etc les juges

Sachez que nous avons entrepris notre garde et notre protection contre Savary, le Maire de Poitiers, et contre toutes personnes, biens, revenus et pouvoirs. C'est pourquoi, etc., que vous puissiez le garder ainsi que tous ses biens, l'entretenir, le protéger et le protéger, sans lui infliger de blessure, ni permettre que quiconque lui inflige blessure, grief ou ennui ; et si à lui

Nous lui avons également accordé à Savary la quittance de tous ses biens, qu'il peut croire être les siens, concernant toutes les coutumes qui nous appartiennent dans tout notre pays.

Témoin Guillaume le Maréchal, comte de Pembroke, à Chinon, le 31 août

 

 

 

 

Bibliothèque de l'École des Chartes  Lespinasse, René de (1843-1922)

Les copies du Traité de Paix du Goulet (22 Mai 1200), variantes et falsifications. Petit-Dutaillis, Ch.

 

 

 Itinéraire d’Aliénor d’Aquitaine après les funérailles de Richard Cœur de Lion à Fontevraud par Alfred Richard <==.... ....==> An. 1201.NOTICE De ce qui se passa, en l'année 1201, entre PHILIPPE-AUGUSTE, et JEAN, roi d'Angleterre, au sujet d'Artur, duc de Bretagne.

 


 

(1). Radulphi de Coggeshall Ohronicon anglicanum, édit. J. Stevenson (R. S.), p. 100. Il n'y a pas de raison d'attribuer cette chronique à l'abbé Raoul. Voir mon Déshéritement de Jean sans Terre, Rev. historique, t. GXLVII, 1924, p. 167.

(2). Voir F. Lot, Fidèles ou vassaux? p. 198 et suiv.

(3). Nisi per rectum judicium curie sue. Rymer, Fœdera., t. I, p. 117. Curie sue, dit le traité. Comme la Bretagne relevait de la Normandie, qui dépendait du roi d'Angleterre, c'était une cour anglaise, cour du suzerain, qui devait être appelée à statuer sur les droits d'Arthur, son vassal.

 (4). Léopold Delisle, Catalog. des Actes de Ph.-Aug., p. 142.

(5). Blanche était la nièce de Jean, parce qu'elle était fille d'Aliénor d'Angleterre, soeur du roi, fille de Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine et femme d'Alphonse IX, roi de Castille.

(6). Ce mariage décidé bien avant la paix du Goulet explique les libéralités de Jean au clergé angevin. Dès cette époque sans doute, et par suite du mariage entamé, le roi Jean présumait favorablement du traité qui se conclut en effet à son avantage.

(7). C'était en effet elle qui avait été demander pour son fils Richard la main de Bérengère de Navarre en 1190, puis l'avait amenée au roi, alors à Chypre.

(8). Princeps Braibancenorum. Voir sur ce Mercadier une notice très-intéressante publiée par feu M. Hercule Géraud, dans la Bibl. de l'Ecole des chartes, t. 3,.p. 417 et suiv.

(9). Feria secunda in hebdomada Paschae. C'est-à-dire le lundi de Pâques, le premier jour de la semaine de Pâques étant le dimanche de Pâques même. Ce Brandin étant lui-même chef des Brabançons ou Cottereaux, on peut supposer que Mercadier et lui avaient des rivalités pour la haute direction de leurs troupes, d'où il serait résulté entre eux des querelles terminées par l'assassinat de Mercadier.

(10). A partir de cette époque, Aliénor habita presque sans interruption Fontevraud.

Elle ne quitta sa retraite de prédilection que lors des graves événements politiques qui amenèrent la défaite et la prise d'Arthur de Bretagne. Après avoir vu à Mirebeau le triomphe décisif de la cause anglaise, elle revint dans son séjour favori, dont elle ne s'était éloignée qu'à regret Elle y passa ses dernières années et se trouvait dans cette résidence préférée lorsqu'elle mourut.