Un troubadour Limousin GAULCEM FAYDIT- Les aventures du chevalier Jaufre et de la belle Brunissende de Montbrun.
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À la fête de la Pentecôte, le roi Arthur refuse de commencer le dîner tant qu'une aventure ne s'est pas présentée. Il finit par décider de partir avec ses chevaliers à la recherche d'une aventure.......
Tout le monde sait que les poètes du moyen âge se divisaient on Trouvères et en Troubadours: trouvères au Nord, troubadours au Midi. Les trouvères chantaient dans cette vieille langue romane qui est devenue le français du grand siècle et du nôtre; les troubadours, dans cette harmonieuse langue d'oc qu'on ne veut plus compter hélas ! parmi les langues littéraires.
Quand on parle des troubadours, généralement on ne pense qu'à ces gais chanteurs des rives fortunées de l'Ariège, du Rhône et de la Durance et l'on ne songe jamais à nos paisibles vallées du centre.
Mais quelques-uns des nôtres en étaient du pays des troubadours, et ont laissé leur nom à l'histoire.
Un des plus connus est Gaulcem Fayclit, un enfant du Limousin.
Il vivait au XIIe siècle, il était le fils d'un bourgeois d'Uzerche.
Il eut, paraît-il, une jeunesse plus qu'orageuse, il se ruina par la passion du jeu.
Alors il se fit jongleur ; c'était le premier degré dans la hiérarchie de la gaie science : le jongleur était comme l'écuyer du troubadour.
Il courut le monde pendant assez longtemps sans avoir encore beaucoup de réfutation.
Enfin la réputation vint et Faydit put se dire troubadour.
Il avait épousé une jeune fille de médiocre vertu, mais douée do beauté, d'esprit, d'une certaine instruction et d'une fort belle voix.
Elle était native du bourg d'Aleth ou d'Alais en Languedoc et se nommait Guillemette Montja.
Cette jeune femme chantait les compositions de son mari et savait admirablement les faire valoir.
Le succès de ses chansons finit par faire rechercher Gaulcem par le comte de Poitou, Richard Plantagenet qui monta sur le trône d'Angleterre en 1189 et fut le fameux Richard Coeur-de-Lion.
Richard retint le poète à sa cour et l'emmena même dans la Terre Sainte.
Après la mort de son protecteur, Faydit se fixa à la cour du marquis de Monferrat, puis à celle d'un autre grand seigneur de Provence. On croit qu'il mourut en 1220.
On trouve plusieurs de ses chansons dans le Choix de poésies des troubadours, de M. Raynouard. Mais cette pauvre poésie provençale, dépouillée par la traduction, de la rime et de la richesse du bel idiome méridional, n'est plus qu'une ombre et ne peut guère donner une idée de l'effet qu'elle produisait, surtout quand un chant harmonieux en faisait mieux sentir les beautés.
On cite une pensée fort belle de G. Faydit, bien souvent reproduite depuis lui.
C'est Gaulcem qui a dit : Du jour qu'il naît l'homme commence de mourir.
La meilleure pièce du troubadour limousin est, dit-on, le petit poème qu'il composa sur la mort de Richard Coeur-de-Lion, son bienfaiteur.
L'Anglais Charles Burney, auteur d'une histoire de la musique, dit qu'il l'a trouvé à la bibliothèque du Vatican parmi les manuscrits légués par la reine de Suède.
Il porte le n° 1659. Il est accompagné de la musique originale, oeuvre aussi de Faydit. Les stances se composent de vers de dix syllabes.
Je crois que la traduction française qu'on nous en donne (celle au moins que j'ai sous les yeux) a grandement défloré ce petit joyau littéraire, et plus d'un lecteur, j'en ai bien peur, se dira que, si c'est là la meilleure pièce du poète, il n'ira pas fouiller les bibliothèques ou feuilleter le livre de Raynouard pour savourer le reste.
Enfin voici ces stances en pauvre prose :
« SUR LA MORT DE RICHARD Ier.
» Le cruel événement !.. jamais je ne fis une si grande perte, et n'éprouvai une si vive affliction !.. j'en dois éternellement pleurer et gémir. J'ai à parler de celui qui fut le père de la valeur : le variant Richard, roi des Anglais, est mort. Depuis mille ans, on n'a vu un homme aussi preux. Jamais il n'aura son pareil en bravoure, en magnificence et on générosité. Non... Alexandre le vainqueur de Darius, n'eut point une libéralité si noble. Charles et Artus ne le valurent point. Il s'est fait redouter d'une partie du monde et admirer de l'autre.
» Je m'étonne que dans ce siècle faux et perfide, il puisse y avoir un homme sage et courtois. Puisque les actions glorieuses n'y servent de rien, pourquoi faire de grands efforts ?.... La mort a montré de quoi elle est capable : en frappant Richard, elle a enlevé au monde tout l'honneur, toutes les joies, tous les biens. Si rien ne peut garantir d'elle, devrait-on tant craindre de mourir ?..
» Ah ! seigneur, roi vaillant, que deviendront désormais les armes, les tournois, les riches cours, les hauts et magnifiques dons, puisque vous n'êtes plus, vous qui en étiez le chef?... Que deviendront ceux qui étaient à votre service, qui attendaient récompenses? Que deviendront ceux que vous élevâtes à la gloire et à la fortune ? Il ne leur reste qu'à se donner la mort.
» De longs chagrins et une vie malheureuse leur sont préparés, avec un désespoir éternel de leur infortune ; tandis que les Sarrazins, Turcs et païens qui vous redoutaient plus qu'homme né de mère, verront tellement accroître leur orgueil et leur prospérité que la conquête du Saint-Sépulcre en deviendra plus difficile. Dieu l’a voulu : car s'il ne l'avait pas voulu, si vous aviez vécu, seigneur, ils auraient bien été forcés de s'enfuir de la Syrie.
» Je n'ai plus désormais d'espérance qu'il aille roi ni prince qui sache la recouvrer. Quiconque tiendra votre place doit considérer comme vous aimâtes la gloire ; quels furent vos deux vaillants frères, le roi Henri et le courtois comte Geoffroy (1) : pour vous remplacer fous trois il faut se tenir bien prêt à de glorieuses entreprises.
» ENVOI.
» Beau seigneur Roi, que Dieu miséricordieux, vraie vie et véritable mercy, vous accorde tel pardon qui vous est nécessaire, qu'il vous fasse grâce de vos torts et se ressouvienne comment vous saviez bien le servir. »
Il y a ici pourtant du sentiment et on y soupçonne do la poésie. Les vers provençaux, certes, doivent être autre chose que ce pâle français !
Notre troubadour limousin doit frémir dans sa tombe en se voyant ainsi défiguré.
Adrien DE BARRAL.
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Gaucelm Faydit est l'auteur d'un roman intitulé : Les aventures du chevalier Jaufre et de la belle Brunissende de Montbrun.
C'est une suite d'aventures de chevalerie galantes et extraordinaires, dont Jauffre, fils de Dovon, est le héros ; ce Jauffre est un preux de la cour d'Artus.
Jauffre se présente à la cour du roi Artus et manifeste le désir d'être armé chevalier ; soudain, apparaît le féroce chevalier Toulat de Rugimont qui, d'un coup de lance, tue un autre chevalier.
Le roi, effrayé, gémit pendant que Jauffre encore ému du spectacle auquel il vient d'assister, l'interpelle et lui dit :
« Faites-moi chevalier et je ne me reposerai pas avant » d'avoir tué Toulat ».
Artus cède et lui attache les éperons de chevallier ; quant à Jauffre, il se prosterne devant le roi et la cour et s'en va à la poursuite de Toulat.
Il serait trop long de conter tous les épisodes, qui agrémentent le roman, car les incidents sont multiples ; toujours est-il que Jauffre devient amoureux de la belle Brunissende de Montbrun et qu'il n'aura sa main que lorsqu'il " aura tué Toulat.
Comme il est facile de le supposer.
Jauffre remporte la victoire ; il revient au château de Montbrun, où la belle Brunissende le reçoit au milieu d'une cour aussi nombreuse que brillante, le héros avoue sa flamme à la dame de Montbrun, et les deux fiancés, heureux, s'en vont à la cour du roi Artus, où leur mariage est célébré en grande pompe.
La langue ordinaire de nos troubadours est la langue limousine, que l'on a appelée patois avec un certain dédain, parce qu'elle est « le glorieux débris d'une langue qui n'a pas eu la fortune pour elle, et qui, cependant, a été l'un des grands dialectes de la langue d'Oc.
Les troubadours ont même donné à la langue limousine une importance considérable, et au XIe siècle, on peut dire qu'elle est la langue littéraire de la France méridionale.
Le roman dont il est question
Le titre exact donné par les anciens catalogues est « Jaufre o Brunissen de Montbrun » ou plus simplement « Jaufré » (c’est le seul roman courtois en vers écrit en occitan limousin qui nous soit parvenu intégralement : 10 956 vers octosyllabiques).
Auteur : Gaucelm Faidit (vers 1170 – vers 1205), l’un des plus grands troubadours limousins, connu surtout pour ses cansos (dont la célèbre plainte sur la mort de Richard Cœur de Lion), mais qui a aussi composé ce long roman arthurien.
Date de composition : entre 1180 et 1205 environ (la plupart des spécialistes placent l’œuvre vers 1190-1205).
Manuscrit unique : Bibliothèque nationale de France, français 2164 (ancienne collection Renouard).
Le château de Monbrun du roman est clairement inspiré du vrai château de Montbrun en Limousin
Gaucelm Faidit, étant lui-même limousin (né à Uzerche, à seulement 70 km de Dournazac, connaissait forcément la seigneurie de Montbrun et la renommée toute récente du prieuré d’Altavaux fondé par Aymeric Brun.
Il a donc choisi ce château réel comme décor prestigieux pour son roman.
Pourquoi Montbrun plutôt que Poitiers ou Carlisle ?
Parce qu’en 1190-1205, Montbrun était un nom qui brillait dans toute la région : le seigneur croisé Aymeric Brun avait rapporté une relique de la Vraie Croix, finançait fastueusement le prieuré, recevait évêques et grands abbés.
C’était le lieu « à la mode » dans l’aristocratie limousine et marchoise.
En résumé.
Le Roman de Jaufre est : le seul grand roman arthurien écrit directement en occitan (et non en français ou en gallois)
composé par un troubadour limousin célèbre dont l’héroïne est la dame du château de Montbrun (Dournazac)
écrit à une époque où le vrai Montbrun venait juste d’entrer dans l’histoire grâce à Aymeric Brun et à la relique de la Vraie Croix conservée à Altavaux
C’est donc une magnifique rencontre entre la légende arthurienne, la littérature occitane et l’histoire réelle du Limousin de la fin du XIIe siècle.
Montbrun, rappelle un passage de Geoffroy de Vigeois d’après lequel Aymeric Brun, après la construction du château, en 1179, aurait obtenu du comte R. l'autorisation de changer le nom de ce lieu qui s’appelait Trados, en celui de Montbrun.
Il se demande quel était ce comte R. ?
Ce ne pouvait être, dit-il, que Richard-Cœur-de-Lion.
Ce dernier, en effet, était duc d’Aquitaine, mais il était aussi comte de Poitiers, et l’on sait que Montbrun était du Poitou.
Revue du Centre : littérature, histoire, archéologie, sciences, statistique et beaux-arts
==> Nature des idées, des tendances et des passions chevaleresques dans les poésies des troubadours
==> Les romans des Chevaliers de la table ronde à la cours Henri II Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine.
==> Chanson sur la mort du Roi Richard (Cœur de Lion)
==> Aliénor d'Aquitaine protectrice des Troubadours et Trouvères
(1). Le premier, couronné du vivant de Henri II, le second, comte de Bretagne.