En 1588, le duc de Mercœur vint assiéger Montaigu et doit se rendre – Démantèlement des Fortifications en vertu du traité de Fleix

 A huit lieues de Nantes, sur les confins du Poitou, dans cette partie de la Vendée nommée le Bocage, est située la petite ville de Montaigu.

Bâti dans un endroit assez pittoresque, au bord d’une petite rivière dont le rivage est couvert d’aulnes, Montaigu aujourd’hui n’a rien de remarquable, si ce n’est des restes de douves profondes encore bien conservées, et quelques maisons ruinées par le feu dans les guerres de la Vendée.

On ne voit presque plus de vestiges du château fort, qui, bâti sur un rocher comme un nid d’aigle, avait été occupé par les catholiques et les huguenots, tour â tour, dans les guerres de religion, comme il le fut ensuite par les Vendéens et les républicains à une époque plus rapprochée de nous.

La vieille forteresse aux murs noircis avait bravé tous les outrages du temps et des tempêtes politiques, lorsque le marteau de la bande noire, mille fois plus barbare, est venu la détruire.

Malheureusement pour les arts, dans notre siècle d’égoïsme, il se trouve bien des gens qui ne voient dans une ruine riche en souvenirs que le gain qu’on en peut retirer en la démolissant.

Rien n’est sacré pour ces hommes qui vendent jusqu’à la cendre des tombeaux !

 

9-10 octobre 1580. Pendant que M. du Lude commençait le blocus de Montaigu, Henri III l'informait de son intervention dans la division survenue à la Rochelle entre les partisans de la guerre et ceux de la paix.

La cour tenait à ménager les Rochelais et les gentilshommes protestants qui consentaient à vivre en paix sous le bénéfice de l'édit.

12 octobre 1580, Ainsi, l'un d'eux, le sieur de Belleville-l'Anguillier, s'étant soumis, la reine Catherine de Médicis recommanda à M. du Lude de protéger ses biens situés près de Montaigu.

Le 26 novembre 1580, les Échevins de Nantes demandèrent et exigèrent du roi de Navarre, lors du traité du Fleix, le démantèlement de Montaigu.

Les opérations du blocus de cette place ne se faisaient pas sans difficultés. M. du Lude demanda au roi la permission de changer le blocus en siège. Mais Henri III ne voulut pas y consentir, parce que l'artillerie n'aurait pu y être conduite avant le mois de mars.

5 décembre 1580. Il l'invita donc à continuer le blocus de Montaigu, en essayant toutefois d'y pénétrer par surprise.

17 et 26 décembre 1580. Bientôt deux lettres du roi et du duc d'Anjou, son frère, annoncèrent à M. du Lude la conclusion de la paix, signée à Fleix avec le roi de Navarre.

Une ordonnance du duc d'Anjou, lieutenant du roi en cette matière, en date du 5 janvier 1581, lui enjoignit de publier la paix et de cesser les hostilités.

Elle fut, en effet, publiée le 21 janvier, au camp devant Montaigu, où M. du Lude se trouvait encore.

Cette place, en vertu du traité de Fleix, devait être restituée à l'autorité royale et démantelée.

Cependant, le 2 février, l'armée était encore devant Montaigu.

2 février 1581. Le roi de Navarre s'en plaignit, et le duc d'Anjou enjoignit à M. du Lude de la licencier et de procéder au démantèlement.

Henri III insiste de nouveau auprès du gouverneur, le 4 février, afin qu'il fasse si bien démolir les fortifications de Montaigu, que cette place ne puisse plus désormais causer aucun souci à son autorité ni au pays voisin.

 

Ce soin incombait d'autant mieux à M. du Lude, qu'il avait été nommé par le roi l'un des deux commissaires chargés d'appliquer le traité de Fleix en Poitou.

 Le sieur de Saint-Gelais était l'autre commissaire (4 et 16 février). La cour tenait beaucoup à l'exécution de cet article du traité.

Deux lettres du roi (21 février et ler mars) et une de Catherine de Médicis (21 février) recommandent coup sur coup au gouverneur de Poitou de démolir Montaigu et de s'entendre à cet égard avec le sieur de Tilly, gouverneur d'Anjou, chargé d'aller recevoir la place des mains de ceux qui l'occupent.

Le sieur de la Boulaye, qui en était capitaine pour le parti protestant, pratiquait des enrôlements pour le compte, disait-il, du duc d'Anjou, en vue de sa campagne de Flandre.

3 mars 1581. Le roi le lui interdit, et Catherine de Médicis en instruisit M. du Lude, afin qu'il dispersât ces levées.

9 mars. Le roi lui enjoignit de démolir également la forteresse de Saint-Gilles-sur-Vie, après en avoir licencié la garnison.

 

Cependant le roi de Navarre ne se pressait pas de faire livrer Montaigu.

Henri III, mécontent, s'en plaignit. Il informa M. du Lude des efforts qu'il faisait pour obtenir l'exécution de cet article du traité et le priait de risquer, de son coté, quelque tentative dans le même but (12 mars).

Enfin Catherine de Médicis lui annonça, le 17 mars 1581, que les délégués du roi de Navarre partaient avec mission de livrer Montaigu elle lui recommandait d'y veiller avec soin, car on pouvait encore soupçonner de la mauvaise volonté.

La place fut livrée par les soins de d'Aubigné et démantelée par le maréchal de Retz.

La correspondance subit ici une assez longue interruption, du 17 mars 1581 au 28 février 1582.

M. du Lude était retourné à Niort, son séjour le plus ordinaire. Il s'absenta de la province dans le cours de l'année 1581.

Au moment où reprend la correspondance, de nouveaux conflits avaient éclaté avec le sieur des Roches-Baritaut, gouverneur de Fontenay.

Henri III, voulant y mettre un terme, ordonna, le 27 février 1582, à M. du Lude de démanteler le château de cette ville et d'en donner la garde aux habitants.

Toutefois, il n'y fut point touché, mais le sieur de la Roussière en fut nommé gouverneur.

Le roi y pensait trop tard, la démolition ne put se faire alors, la dame de la Trimouille, pour conserver sa ville et son château en leur entier, ayant appelé les calvinistes et reçu leur garnison qui ne tarda pas à faire des courses sur le territoire de Nantes.

En détruisant la chapelle du château de Montaigu, l’un des principaux entrepreneurs trouva dans une tombe une bague enrichie d’un superbe diamant ; aussitôt il partit pour Nantes, afin de faire estimer cet objet dont il espérait une grosse somme d’argent; mais en arrivant dans cette ville, il eut un cruel désappointement, la pierre précieuse s’était perdue en route.

 

En 1588, lorsque le duc de Mercœur vint assiéger Montaigu, le mur d’enceinte avait des brèches dont la réparation n’était pas encore achevée.

Malgré les remontrances de la duchesse de la Trémoille, dame douairière de Montaigu, et les lenteurs apportées par le roi de Navarre à l’exécution du traité du Fleix, Montaigu fut entièrement démantelé et complètement rasé du 10 décembre 1588 à mars 1589.

La digue fut percée à cette époque-là, ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir une visibilité sur son architecture intérieure.

 

 

Traité conclu au Fleix (aujourd'hui commune de la Dordogne) entre le duc d'Anjou et Henri III, roi de Navarre, et qui mettait fin à la septième guerre de Religion en confirmant la paix de Nérac (1579).
Les conférences eurent lieu du 17 au 26 novembre 1580

Le château de Fleix, appartenant à Gaston de Foix, dans le Périgord, lieu désigné pour la conférence.

Les conférences assisté par les députés des églises réformées, commencèrent dès la fin d'octobre; cependant le traité de Fleix ne fut signé que le 26 novembre 1580, et un quarante-septième article y fut même ajouté à Coutras le 16 décembre.

Malgré la longueur de ces négociations, ce traité nouveau ne changeait presque rien à celui de Bergerac, qu'il confirmait.

Les villes de sûreté accordées aux protestants en 1577 dévoient leur demeurer pendant les six années stipulées dès le commencement ; les autres petites places ajoutées par la conférence de Nérac dévoient être restituées par eux, les unes au bout de deux, les autres de trois mois. Mende, Cahors, Montségur, Saint-Emilion et Montaigu, occupées depuis la dernière paix, dévoient être remises au roi, soit par les voleurs qui occupaient Mende et Montaigu, soit par les huguenots qui occupaient les trois autres.

De son côté, le roi s'engageait à faire jouir effectivement le roi de Navarre et le prince de Condé de leurs gouvernements; comme dernière garantie, le roi promettait de donner en garde au vicomte de Turenne la ville et le château de la Réole, qui furent ensuite échangées contre les villes de Figeac et de Montségur, pour conserver jusqu'à la fin des six années convenues par le traité de Bergerac.

Ce traité de Fleix, signé de la main de Monsieur, frère du roi, et du roi de Navarre, confirmé par Henri III, à Blois le 26 décembre, et enregistré par le parlement de Paris le 26 janvier, ne redresse d'ailleurs aucune espèce dé grief de l'une ou de l'autre partie.

 

 

 

 

Nantes 1582, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et gouverneur de Bretagne <==........==> CAMPAGNE DU DUC DE NEVERS EN BAS-POITOU 1588, reddition de Montaigu et Mauléon.

....==> En France, les guerres de religion suivent la Saint-Barthélemy. Le roi Henri IV y met fin en imposant, en 1598, l’édit de Nantes

==> En revenant de Nantes, la digue du château de Montaigu à travers les âges

 

 

 

plan fortifications du château de Montaigu

 

Documents concernant l’histoire de Montaigu et son démantèlement

 

 

27 janvier 1581.

Lettre du duc d'Anjou à M. de Tilly, gouverneur d'Anjou. (Notices et pièces historiques sur l’Anjou, l’Aunis, la Saintonge, la Bretagne et le Poitou, par Marchegay, 1872,p. 135.)

 

Monsieur de Tilly, Ayant à recevoir en mes mains la ville et chasteau de Montaigu (1), suivant ce qui est contenu aux articles de la conférence de Flaix, et envoyant le roi de Navarre mon frère, vers le sieur de la Boullaye (2), pour cest effect, j'ay pensé que je ne pouvois choisir nul des miens qui mieux s'acquitast de ceste charge que vous.

 Et partant je vous prye, incontinent la présente receue, vous y acheminer, vous envoyant à cest effect la commission qui vous est nécessaire, telle que vous verrez en vertu de laquelle vous recepvrez et acceptrez la dite place du dit sieur de la Boullaye, ou autre qui commandera en icelle pour le roi de Navarre mon dit frère, et incontinent que vous serez introduit et logé en icelle, vous prirez Mr le conte du Lude de faire procéder incontinent au démantélement de la dicte ville et chasteau, selon la commission du Roy, mon seigneur et frère, qui lui a esté envoyée que vous ferez faire et exécuter de sorte que sy après nul s'y puisse loger en espérance de tenir fort, comme l'on a tant de fois cy devant faict, à la ruine, perte et dommage du pauvre peuple des environs du dit Montaigu.

Et ayant exécuté le contenu en vostre dicte commission, vous vous retirerez à Angers où je vous donneray incontinent de mes nouvelles, me donnant néantmoings advis de ce que vous aurez faict et exécuté auparavant que vous partiez du dit lieu, où je vous prye avoir le service du Roy mon dit seigneur et frère, pour bien recommandé. Priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur de Tilly, en sa très saincte et digne garde.

A Cadillac, le XXVIIe jour de janvier 1581.

Vostre bien bon amy. FRANÇOIS.

 

5 avril 1581.

Lettre du duc d'Anjou, frère du roi, à M. de Tilly.

 (Fonds fr. 13364, f° 44.)

Monsieur de Thilly, Je vous ay cy devant escript de monsieur de la Pimodays pour procéder promptement au démantellement de Montagu, ce que je désireroys, mais, pour certaine considération que vous entendrey, il n'est pas besoing de rien haster que vous n'ayez de moy une autre recharge, dont je vous ay bien voulu advertir par ce iacquays qui est à vous, afin que vous ayez tant plus sûrement ceste lettre et quand à voz frais et despens, reposez vous en sur moy qu'il y sera donné si bon ordre que vous atanrez à tellement, comme je vous ay mandé par ma dite lettre.

N'estant la présente à autre effect, je prie Dieu, Monsieur de Tilly, qu'il vous ayt en sa très saincte et digne garde.

 Escript à Coutras ce Ve jour d'avril 1581.

Vostre bon amy. FRANCOIS.

 

 

Monsieur de Thilly, mon maistre d'hostel ordinaire et gouverneur d'Angiers et Montaigu.

Monsieur, il n'est pas besoing que personne saiche ce que Son Altesse vous mande, et fault que ce présentant quelcun à la démolition, vous temporisiez sans alléguer Sa dite Altesse. Cela est de son service que vous aymez trop sans le vous le recommander davantage. Je tiendray la main et ramentevray vos frais et despens. Je suys à vostre service. Je vous baise humblement les mains et prie Dieu, Monsieur, qu'il vous donne ce que désirez.

 A Coutras, ce V° de mars (avril) 1581.

Vostre très humble et très affectionné à vous faire service, Quisé.

 

 

 

 

 

7 aout 1581.

Lettre du duc d'Anjou au roi de Navarre.

(Nouv. acquis., vol. 1109, f° 1.)

Mon frère, Vous sçavez que lorsque j'estois en Guyenne, ma cousine madame de la Trimoille nous feist instante prière et requeste de faire et consentir que le démantellement du chateau de Montégu appartenant à ses enffans ne feust point exécuté, considérant quelle ny ses dits enfans n'estoient coulpables en sorte quelconque de ce qui estoit advenu à l'occasion dudit Montégu.

Maintenant elle a obtenu du Roy, monseigneur et frère, que le dit Montégu ne soit démantelé, à tout le moings qu'il demeure en l'estat qu'il est, sans qu'on passe oultre audit démantellement.

Ce que pour mon regard désirant la gratifier en tout et par tout, me conformant très volontiers au voulloir et intention de Sa Majesté pour ce regard et afin qu'elle ayt occasion de contentement, encore que la ruyne encommanciée au dict chasteau soit grande qui ne se pourra réparer qu'avec grandz fraiz et difficulté, je vous veulx prier, mon frère, de vouloir consentir et accorder ce que le Roy, monseigneur et frère, et moy lui avons accordé de très bon cueur et permettre que je puisse librement lui faire remettre ledict chasteau et ville de Montégu entre les mains, comme à elle appartenant, avec promesse qu'elle nous faict d'y prendre garde de si près qu'il n'en adviendra aulcun inconvénient pour l'advenir, estant nécessaire d'envoier la responce que vous ferez de vostre consentement au Roy, mon dict seigneur, et frère si tant est que vous soiez d'accort de lui faire ce plaisir, comme je vous en prie, d'une pareille à moy, affin que je puisse escripre au seigneur de Tilly ce qu'il aura à faire après la réception de vostre responce.

Cependant je lui mande qu'en obtempérant à la volonté du Roy, mon dict seigneur et frère, il suppercéde et fasse cesser ledict démantèlement, me promettant qu'ou il ne va de vostre intérest vous la voudrez bien ratifier en chose si juste et raisonnable, et dont je vous auray obligation particullière, comme si s'estoit pour moi même qui prie Dieu, mon frère, qu'il vous donne en santé longue et heureuse vie.

Au chasteau de Fère en Tardenoys le VII jour d'aoust 1581.

Vostre très affectionné frère. FRANÇOYS.

 

 

 

le 27 Juillet 1586.

LETTRE du roi à Duc De MERCOEUR, pour la démolition de la ville et du château de Montaigu,

Mon beau frere me ressourenant assez de l'importance du chasteau de Montagu et des instances qui m'ont souvent esté faictes pour le faire razer et abastre, j'ay resollu le retirer des mains du sieur Desday qui y commande et d'en faire promplement la demolition par le sieur du Cambout que j'ay autrefois employé a ceste execution, laquelle avait esté intermise et supercedée sur l'assurance que la dame de la Trimouille m'avoit donnée de conserver ladite place soubs mon obeyssance et d'aultant que pour ce bon effet il pourra avoir besoin d'estre secouru des moïens de vostre gouvernement et mesme de ma ville de Nantes , je vous prie affectueusement, mon beau frere, de tenir la main encore que ledit chasteau de Montagu ne soit de vostre gouvernement, que ledit sieur du Cambout soit assisté si à propos de ce qu'il pourra avoir besoin pour ceste execution qu'elle ne soit aulcunement retardée suivant les commissions que je lui en envoie presentement, m'assurant que la reduction de ceste place en mon obeyssance, et la demollition d'icelle advancera grandement le repos de mes subjects, de mes pays de Bretaigne et Poitou , comme vous avez bonne congnoissance, et dont je ne vous ferai la presente plus longue que pour vous dire qu'en meilleure occasion, vous ne me sauriez faire paroistre l'affection que vous avez à ce qui est de mon contentement, priant Dieu , mon beau frere, vous avoir en Sa Saincte et digne garde.

Escript le 27e jour de Juillet 1586. Signé: Henry.

– Et plus bas: de NEUFVILLE.

 Et sur le dos est écrit: A mon beau frere le duc de Mercaur gouverneur et mon lieutenant general en Brelaigne.

 

 

 

2 décembre 1586.

Instruction donnée par Catherine de Médicis au sieur de La Roche, envoyé vers le prince de Condé (3) pour expliquer les motifs de la démolition de la forteresse de Montaigu.

(Bibl. nat., mss. fr., anc. fonds 3974-101, f° M6.)

La Royne mère du Roy aiant entendu que Monseigneur le prince de Condé faisoit très grandes plaintes de la desmolition de la forteresse de Montégut et saichant la ditte dame Royne comme les choses se sont passées sellon la vollonté et commandement exprès du Roy sans qu'il y ait eue aulcune passion particullièrement comme l'on a voulu persuader à mon dict seigneur le prince, ny auctorité privée en quelque façon que ce soit, elle a commandé au sieur de La Roche de faire entendre à mon dit seigneur ce qui s'ensuict :

Que depuis le commancement de ces derniers troubles, le Roy voiant les déportemens et le party qu'avoient prins Monsieur et Madame de la Trimoille (4) doubtant que le dit Montégut tombast en autres mains que en celles de Sa Majesté et considérant le dommaige qu'il eust apporté en sa frontière du bas Poitou et de la Bretaigne, bien mémoratif aussi de tant de remonstrances et instances plusieurs fois réytérées à Sa ditte Majesté par plusieurs députations faictes de la part de ceulx des dittes provinces de Bretaigne, bas Poitou et de celle d'Anjou aussi pour la desmolition du dit Montégut, lesquelles auroient esté occasions que par les dernières conférances faites à Flaie pour les édictz de paix et repos du royaume, l'on auroit esté contrainct de faire et arrester ung article très complet par lequel il estoit porté que la dicte desmolition seroit faicte, et que l'on commenceroit d'exécuter par le moien de ceulx de la ville de Nantes, ausquels Sa ditte Majesté avoit commis et ordonné la charge de la ditte desmolition comme voisins plus propres et avec plus de commodité, lorsque ma ditte dame de la Trimoille obtint une surcéance de Sa Majesté pour différer, la dicte desmolition soubz sermens et grandes obligacions qu'elle fit et presta à Sa Majesté que la ditte place et autres qu'elle tenoit qui pour lors appartenoit au dict sieur de la Trimoille, son fils, seroient remises ès mains de Sa ditte Majesté toutes les fois qu'elle en seroit requise, voulant y pourvoir à tousjours depuis les troubles commancez, faict regarder que celluy à qui auroit esté commise en garde la ditte place de Montégut par sa commission et que c'estoit à charge de ta rendre aux condicions sus dites, la luy remist librement pour y commectre tel autre que bon luy sembleroit et qu'il luy plairoit choisir ce que Sa Majesté durant quelques mois a faict tenter par le sieur de Malicorne et depuis par monsieur le Mareschal de Biron, estant en Poictou, et aussi par ung gentilhomme breton nommé Boisrenault, qui tous tendoient d'en faire sortir le dict gouverneur pour y mectre personne à la dévotion de Sa Majesté après plusieurs et d'autres depêches envoiés pour cest effect par les sieurs de Biron et de Malicorne ausquelles le dit gouverneur avant y voulloir obéir auroit de sa propre auctorité luy mesme envoié devers le Roy pour luy remonstrer qu'il estoit en opinion que toutes ses diverses poursuictes qui se faisoient d'avoir la dicte place ne procédoient et ne luy sembloit de la vollonté pure de Sa Majesté, mais craignoit que ce feust pour deffiance que l'on donnast de sa personne et de sa fidélité à Sa Majesté et que pour ceste cause, il estoit résolu sur ceste seulle ,occasion renvoier par devers Sa ditte Majesté pour la supplier très humblement croire qu'il ne retardoit d'obéir son commandement de remectre la dicte place pour désir qu'il eust d'y demeurer, car il ne le cherchoit et ne le désiroit plus, mais au contraire de la remectre sans contraincte aucune àcelluy qui par Sa Majesté luy seroit commandé affin qu'il demeurast avec ce contentement d'en avoir fait congnoistre son entière fidélité à Sa ditte Majesté, à quoy le Roy respondit qu'il ne debvoit trouver estrange que jusques là il n'eust esté du tout asseuré de sa fidélité, d'aultant qu'il n'avoit cognoissance particulière de sa personne, mais une juste jallouzie de ce que aiant esté présenté pour ceste charge par ma ditte dame de la Trimoille et le dit sieur son filz, il eust toujours eu occasion d'en estre sollicité et pressé pour leur remectre la ditte place ce qu'il ne voulloit aucunement, mais puisqu'il délibéroit de satisfaire à sa vollonté qu'il désiroit qu'après avoir donné en la ditte place tel ordre qu'il en peust respondre pendant son absence il ne faillist d'aller trouver Sa Majesté pour en entendre d'elle mesme son intencion.

Ceste depesche receue par le dit gouverneur, il s'achemina à Nantes et fut trouver monsieur de Raiz (5) qui lors y estoit pour le service du Roy et luy ayant faict entendre les particularitez que dessus, mesme faict apparoistre de la sus ditte et dernière dépesche de Sa Majesté portant le commandement au dit gouverneur de l'aller trouver, il requist mon dit sieur de Raiz qu'il peust passer seurement en sa compagnie pour s'aller présenter au Roy suivant le sus dit commandement, et aiant eu pour toute responce de mon dit sieur de Raiz qu'il n'estoit prest, comme le dit gouverneur pensoit de retourner devers le Roy, il luy conseilloit de donner ce contentement à Sa Majesté de luy obéir et l'aller trouver, mais le dit gouverneur ne s'estant voullu bazarder d'y passer seul craignant qu'il luy feust faict quelque desplaisir par les chemins, se résolut de redoubler par une autre depesche au Roy la difficulté qu'il faisoit d'entreprendre le dit voiage, comme il eust désiré, estant retenu de craincte, suppliant Sa ditte Majesté ou de luy permectre d'attendre que mon dit sieur de Raiz allast à la court pour passer plus seurement soubz sa suicte, ou bien de lui voulloir commander que l'on le pressoit enoores ce qu'il auroit à faire, avec asseurance que luy faisant délivrer jusques à mil escuz de ce qui estoit deub aux soldatz qu'il y avoit soubz sa charge, pour leur donner moien de paier ce qu'ilz y debvoient advant que d'en partir, il obéyroit sans aucun délay en voiant le commandement de la pure vollonté du Roy qui estoit son seul et dernier but, asseurant Sa ditte Majesté qu'il se consigneroit à Nantes cependant pour y attendre son commandement ainsi qu'ilavoit prié mon dit sieur de Raiz luy tesmoigner.

Sur quoy Sa ditte Majesté qui lors partoit de Paris pour s'en aller aux bains, resppndit au dit gouverneur que voiant l'affection que luy monstroit, il s'en voulloit asseurer et s'il la luy confirmoit remectant en effect la ditte place dont il luy envoiroit sa descharge, ès mains du dit sieur de Cambout qui estoit lors en charge au chasteau de Nantes pour estre le plus proche de là que aucun autre de ses serviteurs, qu'il luy feroit congnoistre par esfectz le contantement qu'il en auroit receu, et ordonna dès lors que pour donner moien aux soldatz qui debvoient sortir de la ditte place de paier ce qu'ilz y debvoient, il leur feust délivré la somme de mil escuz sur ce qui estoit deub au dit gouverneur pour leur solde, ce qui fut exécuté.

Avec la mesme depesche, en fut faicte une autre au dit sieur de Cambout et luy fut envoié commission pour recevoir la ditte place, et une autre en mesme temps à monsieur le duc de Mercure et à mon dit sieur de Raiz et aussi aux habitans de Nantes, de tenir la main au contenu de sa vollonté, que la ditte place feust ainsi remise, et en particulier à ceulx de la ditte ville de Nantes de pourvoir avec tous les moiens qu'ilz avoient jà offertz, et mesme préparez, pour la desmolition dudit Montégut dès le temps que Sa Majesté l'avoit, il y a quelques années ordonné, et suivant le dit accord et article du sus dict traicté de paix, d'aultant que Sa Majesté voulloit que cella feust exécuté, mandant à mon dit sieur le duc de Mercure en particulier, de leur tenir la main forte en la ditte exécution, qu'il ordonnoit estre faicte par le dit sieur de Cambout par commission expresse qu'il en envoia dès lors à mon dit sieur de Raiz estant à Nantes durant l'absence de mon dit sieur le duc de Mercure qui terioit les estatz en basse Bretaigne, avec commandement au dit sieur de Raiz d'excuser le dit sieur de Cambout de la garde du dit chasteau de Nantes et d'y pourvoir de quelque aultre en son absence.

 Ledit sieur de Mercure estant trois jours après de retour au dit Nantes receut la sus dite depesche du Roy sans que le dit sieur de Raiz à qui avoit esté adressées les sus dittes lettres par ceulx dela ville de Nantes et la commission de la ditte desmolition adressant au dit sieur de Cambout, la voulust aucunement signiffier, et bien que mon dit, sieur de Mercure et luy en feussent avec très grande instance sollicitez et pressez par les habitans après plusieurs assemblées de la ville tendant à faire que la dicte desmolition feust faicte suivant les dicts articles de la paix dont ilz protestèrent contre messieurs de Mercure et de Rays, lequel en voulut monstrer la ditte commission quoiqu'il n'en feust faict remonstrance au Roy devers lequel estant jà mon dit sieur de Raiz party pour venir trouver la ditte dame à Chenonceau, les dits habitans depêchèrent en toute extrême dilligence, comme ilz feirent en mesme temps devers la ditte dame Royne (6), pour obtenir commandement de la ditte desmolition, laquelle desmolition par autres avis et itératisve commission fut très expressement enjoinct parle Roy qui trouva très mauvais que sa vollunté déclarée assez par la ditte première commission envoyée plus de troys sepmaines auparavant au dit Nantes n'eust esté exécutée et rapportèrent de la court les dits habitants la ditte dernière commission du Roy pour en faire l'exécution qui s'en est ensuyvie suivant le commandement et ordonnance du Roy ainsy qu'il appert assez par l'une et l'autre des dittes commissions et qui sont èz mains du dit sieur de Cambout pour sa descharge, différantes en datte de plus de troys sepmaines estant ce que dessus la vraye vérité de ce faict comme il est passé.

Faict à St Maixant le IIe  jour de décembre 1586. PINART.

 

 

 

 

15 novembre 1588. Lettre relative aux succès obtenus dans le Poitou par le duc de Nevers.

(Bibl. nat., mss. fr., anc. fonds 3405.27, f 56.)

Monsieur, Je penseroys de faire tort à l'amytié que je vous porte et l'affection que je sçay que vous avez au bien général et particullier de cest estat et surtout à la restauration de la religion catholique, ne vous faisant part de ce que j'ay remerqué depuis l'acheminement de l'armée en ce païs de Poictou qui m'a aultant pieu et à tous les gens de bien et bons serviteurs du Roy comme ceste armée commandée par ung prince dont la vertu et l'action ne peut à mon advis trouver de second, a esté par eulx désiré et est même très nécessaire, car je vous diray avec toute la sincérité que vous pouvez espérer de personne despouillée d'affection et de passion que l'on veoit en mon dit seigneur de Nevers ung désir très ardant de servir à Dieu et à son Roy qui a faict qu'il a porté très impatiamment la longueur du temps qui est passé auparavant que de pouvoir faire cheminer son armée, tant pour la saison qui s'est escoulée que pour ce que aulcuns ont voulu prendre ung subject de la calompnie et dire que son intention n'estoit conforme à ses actions passées et au désir qu'il a tousjours eu de veoir et pourchasser la ruyne des hucquenotz aultant que bon catholique zélé à l'honneur de Dieu et au service de son prince le peut et doibt faire, ne voullant telles choses recongnoistre ce retardement provenir de la nécessité des affaires du Roy, lesquelles, comme vous avez peu scavoir, mon dit seigneur de Nevers a secouru de XL I.. qu'il avoit, cuydant modérer ceste nécessité et servir d'exemple aux aultres catholiques zellés d'y apporter du leur, affin de la faire cesser entièrement, et ce faisant accroistre le moyen de faire la guerre aulx hucquenotz.

Mais ce chemain a esté trouvé si difficile que aultre ne l'a voulu suivre, et pour le jourdhuy il n'y a espérance de pouvoir entretenir ceste armée jusques à la fin de ce mois si Sa Majesté n'y pourveoit. Or pour vous faire congnoistre l'affection que mon dit seigneur de Nevers a à l'extirpation de l'hérésie et restablissement de l'obéissance deue au Roy comme il n'a retardé ung seul jour à faire marcher l'armée, anssy tost qu'il y a eu argent pour faire seullement deux prestz aux gens de guerre d'icelle durant XV jours, il commença à cheminer la veille de Toussainctz comme plutost il eust faict n'eust esté la difficulté que les Suisses feirent de desloger de Chinon sans estre payez,'au moins asseurez de leur payement des deux mois à eulx promis à Chartres et des prestz des mois d'octobre et novembre pour lesqueiz il a fallu que mon dit seigneur de Nevers ayt faict sa propre debte parce que aultrement ilz estoient résoluz de ne desloger.

Le VI du dit mois, il feit lareveue de son armée et le landemain commença à la faire cheminer comme il a faict et continue jusques à ceste heure, nonobstant les grandes pluyes et mauvais chemins, et a remis en l'obéissance du Roy huict chasteaulx et places fortes qui servoient de retraicte à ceulx de la relligion après les courses qu'ilz faisoient sur les catholicques et après qu'ilz avoient contrainet le peuple de payer au roy de Navarre les tailles qui sont deues au Roy, et dadvantage a remis ces derniers jours en l'obéissance de Sa dicte Majesté le chasteau et fort de La Forest et la ville de Mauléon dans laquelle y avoit quatre cens hommes commandez par cappitaines du roy de Navarre expérimentez au faict de la guerre, et par ce moien a desgaigé quasi tous les villages qui estoient occuppez par ceulx de la relligion dépendants des retraictes de Touars, Monstreul Belloy et Tabliers, de Mauléon, de Lodun et de Saumur, et outre rendus libres tous le païs depuis Poictiers jusques à Angers et osté toutes les retraictes qu'ils avoient depuis Fontenay jusques à Montagu au grand contentement de la noblesse et du pauvre peuple qui loue infiniment Dieu que ceste conduicte d'armée ayt esté baillée à mon dit seigneur, car oultre les exploicts qu'elle a faict et qu'ilz en espèrent, elle vit avec tant de règle et ordre qu'ils n'en ressentent point de charge et d'oppression, qui plus est, mondict seigneur n'a acception de ceulx de la relligion de quelque qualité et condition qu'ils soient, ny pour alliance qu'ilz ayent, ny recommandation qu'il luy soit faicte par ses plus inthimes amys, pourchassant la ruyne du général et du particullier dont chascun espère que Dieu parachevera ce qu'il a encommancé en luy, restablissement en ceste province de la relligion catholique qui en plusieurs endroictz est anéantie et si avant que depuis XXV et XXX ans il n'en a esté faict aucun exercice, chose pitoiable d'entendre et merveilleusement lamentable de veoir comme je puis dire aiant veu ung peuple vivant en ceste misère qui se disant catholicque ne sçait en quoy consiste la relligion.

Je vous envoie le traicté faict entre mon dit seigneur de Nevers et ceulx de Mauléon à l'endroict desquels il a porté aultant d'humanité et de clémence comme la recongnoissance prompte de leur faulte et leur submission ensemble je méritent affin que d'ailleurs d'aultres à leur exemple ne s'opiniastrent à se rebelter et désespérez de leur bien et de leur vie, facent les exploicts ordinaires à ceulx de leur condition et d'aultant affaiblir les forces de Sa dicte Majesté qui se doibvent conserver pour les assaulx des places plus importantes et par ce que par ce traicté vous sçaurez juger la prudence et sagesse qui accompaigne mon dit seigneur de Nevers, je ne vous en diray dadvantage affin que ne pensiez que aulcune affection outrepasse la vérité, combien que me congnaissant et qui je suis, je m'asseure que vous ne le vouldriez croire auttre que c'est, chose que vous pourrez entendre de, beaucoup d'autres et ainsi j'espère que me jugerez aussi véritable que je doibs estre et pour mon affection et pour la chose que je ne vous discoureray plus avant affin que d'ailleurs vous ne concepviez que je sème la doctrine de ceulx qui d'une mouche font un éléphant car ce n'est de ma profession ny de mon intention.

Et pour faire fin je vous prie me conserver en voz bonnes grâces faisant estat de moy comme de vostre très humble et affectionné serviteur.

Du camp devant Montaigu ce XVe jour de novembre 1588.

 

 

 

2 décembre 1588. Articles de la capitulation faite par le duc de Nevers à ceux de Montaigu.

 (Bibl. nat., mss. fr., anc. fonds 3976-105, f" 212.)

Articles accordez par Monseigneur le duc de Nevers, prince de Mantoue, pair de France, gouverneur pour le Roy en Picardie et lieutenant général pour Sa Majesté ès armée de Poictou aux sieurs de Coulombières (7), commandant député par le roy de Navarre en la ville et chasteau de Montaigu, des Préaux, maistre de camp des gens de pied estans en icelle, et de La Courbe (8), Beauvois, Gardel, Chafaut, Cachery, MonternauIt, Mustière, Boucherie, Lauriguays, Corbejollières (9), Cadusière et de Rosye, tous cappitaines et gentilz hommes remectans la dicte ville et chasteau de Montaigu, entre ses mains pour et au nom du Roy, suyvant la sommation à eulx faicte le dernier jour du mois passé par le hérault de Sa Majesté.

Premièrement ont les dessus dits promis et se sont obligez sur leur foy et honneur de remectre la ditte ville et chasteau de Montaigu entre les mains du Roy, pour lequel mon dit seigneur de Nevers représentant sa personne en ceste armée, les recepvra.

Mais d'autant que les sus dits gentilzhommes et cappitaines ont remonstré à mon dit seigneur qu’ilz espèrent estre bien tost secouruz du, roy de Navarre et que à cest effect l'ont supplié de leur donner temps et délay de huict jours à exécuter la ditte reddition pour advertir le dit roy de Navarre de leur résolution, mon dit seigneur de Nevers a esté bien aise de telle nouvelle et leur a accordé très volontiers le dit délay commençant le jour d'hier jeudi premier de ce mois que les sus dits sont venuz le trouver et finissant à pareil jour à soleil couchant VIIIe de ce présent mois non pour autre effect que pour donner le loisir et occasion au dit roy de Navarre de venir au combat avec ceste armée s'il aura telle volonté, de laquelle il leur accorde davantaige que au cas qu'il en demourast victorieux et maistre du camp et de l'armée ou qu'il le contraignist de lever le siège de ceste ville et se retirer de devant luy, mon dit seigneur de Nevers quicte dès à présent la foy et promesse que les sus dits luy ont donné de luy rendre la ditte ville et chasteau entre ses mains.

Ce que mon dit seigneur de Nevers leur a accordé tant seulement pour donner occasion au dit rov de Navarre de les venir secourir selon l'asseurance que les sus dicts luy ont dict qu'il leur a promis de faire et en ce faisant luy livrer la bataille car sans ceste attente il n'eust accordé le dit délay.

Mais le dit VIIIe de ce présent mois venu sans que le dit roy de Navarre ayt donné et gaigné la bataille ou contrainct mon dict seigneur de lever le siège de ceste ville et se retirer de devant luy, les sus dits gentilzhommes et cappitaines avec tous les gens de guerre sortiront le dit jour de la ditte ville et chasteau et les remectront à l'instant ès mains de mon dit seigneur sans user d'aucune difficulté, ny délay, nonobstant que par surprinse il peut entrer dans la ditte ville durant ledit temps quelque secours de gens de guerre contre et au préjudice de la suspension d'armes cy après accordée, par ce que mon dit seigneur n'entend point que les sus dicts gentilzhommes, cappitaines et soldatz puissent estre exempts de la foy et promesse de luy remectre la dicte ville et chasteau entre ses mains le dict VIIIe de ce mois pour aucun secours qui peust entrer dans la ditte ville durant le dit temps ains seulement au cas sus dit que le dit roy de Navarre demourast victorieux par une bataille du champ et arrivée de ceste armée ou qu'il le contraignit de lever le siège et se retirer de devant luy, à quoy les sus dits gentilzhommes et cappitaines tant en leur nom que pour leurs soldatz, se sont obligez par leur foy et honneur.

Et pour ce que l'artillerie n'a point encores commancé à tirer en batterie et que les tranchées n'estoient encores point advancées jusques sur la contrescarpe, mon dit seigneur a accordé que les ditz gentilzhommes, cappitaines, lieutenans et enseignes sortiront hors de la ditte ville et chasteau sur ung courtault avec les armes qu'ilz auront sureulz ou feront porter par leurs valletz à pied, desquelles à cest effect ilz bailleront ung roolle à mon dit seigneur affin que aultres que ceulx de la qualité sus dicte ne abusent de la sus ditte permission, et pour le regard des soldatz ilz sortiront avec leurs espées et harquebuxes qu'ilz tiendront soubz le bras la mèche estaincte sans que aucuns des sus dicts soient fouillez, ny recherchez de ce qu'ilz porteront sur eulx.

Et en cest équipaige mon dit seigneur les fera conduire en toute seureté par monsieur de Laverdin, lieutenant général pour Sa Majesté au gouvernement de Poitou, ainsi qu'ils ont désiré, jusques à six lieues loing de la ditte ville de Montaigu et de là mon dit seigneur leur baillera le héraut du Roy et ung trompette pour les accompaigner jusques à Fontenay, pendant et durant lequel temps de la ditte conduite et jusques à ce qu'ilz soient en la ditte ville de Fontenay, les dessus dits ont promis de ne faire aulcun acte d'hostitité.

Et quand à ceulx qui se trouveront estre sortiz volontairement des régimens de ceste armée pour rentrer en leur party comme aussi ceulx qui sont sortiz de Moléon, ilz ne seront comprins au nombre des dessus dits nommez.

Et pour le regard des malades et blessez, mon dit seigneur leur baillera toute seureté pour les conduire au lieu où tous s'accorderont d'aller moiennant qu'il ne soit plus esloigné de six lieues de ceste ville.

Et parce que Monseigneur le duc de Mercur a desiré que La Chesnaye, cappitaine de chevaux légiers establiz en son gouvernement de Bretaigne, soit mis en liberté, mon dit seigneur de Nevers veult et entend que les sus dits gentilzhommes et cappitaines s'obligent de délivrer le dit cappitaine La Chesnaye en la ville de Nyort en toute liberté dans le XXme de ce mois, quicte de toute rançon et de toute autre despence comme aussi feront en semblable dans le dit temps le sieur de La Fresnaye Merrin qui est leur prisonnier.

A quoy les sus dits gentilzhommes et cappitaines par leur foy et honneur se sont obligez. Pareillement mestront en liberté tous les prisonniers qu'ilz trouveront en la ditte ville de quelque qualité qu'ilz soient.

Et quand au surplus des armes, chevaux et équipage, munitions de guerre et vivres, ilz les délaisseront en la ditte ville et chasteau sans qu'il en soit rien gasté, dissippé, ny caché pour en estre faict et disposé ainsi qu'il plaira à mon dit seigneur entre les mains duquel ilz représenteront et mectront le dit VIIIe jour de ce mois toutes les cornettes et enseignes de cavalerie et infanterie qu'ilz ont, comme aussi les quaisses et tambours spécialement celles faictes de cuivre.

Et pour seureté et accomplissement des choses promises par les sus dits gentilzhommes et cappitaines demoureront en ostaige entre les mains de mon dit seigneur les sieurs de Chaffaut, le filz aisné de La Ferté, escuiers, La Courbe Jolliers, Beauvais, Mussetière, La Courbe Daujon, lieutenant du sieur de Colombières, Cadusière et Loriguay jusques à ce que la ditte ville et chasteau soient entre ses mains, auquel temps mon dit seigneur les laissera aller avec les aultres gentilzhommes et cappitaines à Fontenay soubz la conduicte à eulx cy dessus promise.

Pendant et durant lequel temps du jeudi VIIIe de ce mois y aura suspension d'armes entre les soldatz de ceste armée et les assiégez et ne pourront les dits assiégez faire besongner et travailler aux fortiffications de leurs ravelines, fossez, ville et chasteau.

Et pour cest enect mon dict seigneur envoiera les sieurs Doisonville et Beauregard, gentilzhommes de sa maison, dans la ditte ville et chasteau, pour avoir l'œil et prendre garde à ce qu'il n'y soit contrevenu, l'un desquelz viendra une fois le jour advertir mon dit seigneur s'il y auront faict travailler; aussi mon dit seigneur leur a promis que durant le dit temps il ne fera advancer les tranchées et approches dela ditte ville plus avant qu'elles sont à présent.

Faict au camp prez Montaigu le II jour de décembre 1588.

COULOMBIERES. LACOURBE. PRÊAÙ. GARDEDEULY. BEAUVOIS. DE ROSYE. CACHERY. CHAFFAULT. MONTERNAULT. BOUCHERIE. LAURIGUAYS. MUSSETIÈRE. CADUSIÈRE. CORBEIOLUÈRE.

Collation a esté faicte à l'original par moy soubsigné, secrétaire de mon dit seigneur le duc de Nyvernois, ce XXII° décembre 1588.

 

 

 

 

3 décembre 1588.

«  Mémoire du duc de Nevers servant d'instruction à Monsieur de Gesvres (10) concernant la reddition de la ville et chasteau de Montaigu et l'estat de son armée.

«  (Bibl. nat., mss. fr., anc. fonds 3411-79, f" 163.)

S'il estoit au pouvoir de M. de Nevers d'extirper en ung jour tous les hérétiques, il le feroit de très bon cueur, car ce seul désir accompaigné du commandement du Roy luy a faict entreprendre la charge de ceste armée sans avoir esgard à son indisposition et incommodité de sa personne en saison si fâcheuse qu'est ceste cy et pour entreprises si contraires l'hiver que sont les siègesdes villes.

C'est pourquoy il auroit très agréabte qu'il fut en son pouvoir de tailler en pièces tous les huguenotz de ce royaume sans perte de bons catoliques et serviteurs de Sa Majesté, ny consommer si peu de munition de pouldre et boulletz que à grand peine l'on luy a faict fournir pour tirer seulement IIIm coups qui ne sont que soixante milliers de pouldre.

Lesquelz pour le moment se consomment en une ville tant soit peu forte et garnye d'artillerie, ce qui luy a donné occasion de prendre plustost par composition les villes de Moléon et de Montégu que par la force et par conséquant contrainct de laisser aller les huguenotz qui estoient en icelles, chose qu'il a toutesfois faict à grand regret, ne désirant espargner la vie des dits huguenotz non plus qu'il a ,consommé tous les dits biens qu'il peult avoir en sa puissance, car aultant de chevaulx ou maisons de gentilzhommes ou autres qu'il peult attraper, il les mect toutes en la main du Roy, et les meubles qui y sont, en baillie partie aux soldatz qui les preignent et l'aultre partie la réserve pour le Roy, qui est bien loing de leur bailler des sauvegardes et conserver leurs maisons, ce que aucune armée n'a poinct encore faict jusques à présent.

Toutesfois si Sa Majesté trouve mauvais ceste forme de redition que mon dict seigneur de Nevers a gardé pour remectre ses deulx places en son obéissance, et qu'il luy commande de ne faire plus aucune capitulation avec les dits huguenotz sans avoir esgard à la perte des gentilzhommes bons cappitaines et soldatz qui se pourra faire et au danger qu'il y a de faire perdre le courage aux soldatz estans une fois rebutez d'un assault, ny à la longueur de temps qui se pourra emploier, mon dit seigneur de Nevers promect bien à Sa Majesté sur sa foy et honneur qu'il ne fera plus aucune capitulation, ains seullement qu'il mectra peine de les faire tailler tous en pièces, à quoy il n'y espargnera sa propre vie, mais il ne veult pas promectre qu'après que les soldatz auront donné quelque assault, qu'ilz preignent plaisir de continuer longuement se mestier et qu'en fin ilz ne s'en rebutent, chose que mon dit seigneur de Nevers tâche d'éviter tant qu'il peult, recognoissant que la prise des villes ores qu'elle soit faicte par composition, conserve et accroist le courage aux soldatz, donne grande réputation à l'armée de Sa Majesté, et dyminue celle de ses ennemis, et pour cest esfect, il a tousiours conduict les approches des dictes deux places avec toute la seureté et conservation des soldatz qu'il luy a esté possible pour ne les perdre mal à propos et leur donner occasion de croyre qu'il désire de les conserver pour entreprise signallée, ce que les dits cappitaines et soldatz ont desjà très bien remarqué et faict prendre grande créance au commandement que mon dict seigneur de Nevers leur faict, toutes lesquelles considérations mon dit seigneur de Nevers ne ballancera aucunement avec le commandement qu'il plaira à Sa Majesté de luy faire de ne capituler plus avec les huguenotz, si telle sera sa vollonté, laquelle pourtant il supplie très humblement de la luy voulloir déclarer affin de ne faire chose qui luy puyse desplaire.

Bien veult-il supplier très humblement Sa Majesté de considérer que ceste ville de Montégu n'a esté aucunement desmantelge, mais bien le chasteau, et quelque peu les ravelins qui estoient hors de la dicte ville, lesquelz les huguenotz ont remis en bon et suffisant estat comme ilz en ont eu le loisir depuis le jour de S' Pierre, 29 juing, qu'ilz se saisirent de la dicte ville jusques à maintenant qui sont cinq mois entiers, et en oultre ont curé les fossez où il en a esté besoing, et relevé et reparé les brèches du dit chasteau sur les ruynes d'icelluy et faict des retranchemens tant dans la ville que chasteau lequel est imprenable du coste hors de la ville à cause de la quantité d'eaue qui y est et difficulté de monter jusques à la brèche tant pour la grande haulteur que pour les pierres qui y sont advenues à cause de la susdicte desmolition, ce qui a contrainct mon dict seigneur de Nevers, après avoir recognu par plusieurs fois la dicte ville et chasteau, de faire les approches vers le ravelin de la porte Nostre Dame pourgaigner le dict ravelin auparavant que de faire la brèche qu'il prétendoit faire à la ditte ville en ung pan de muraille dessendant vers l'estang que faict le petit ruisseau, parce qu'il estoit battu par courtyne dans la ville, qui estoit ung grand advantage pour les soldatz de ceste armée en donnant l'assault.

Vray est que les ennemis recognoissant la foiblesse du lieu et se doublant d'estre attaquez de ce costé là ilz avoient faict quelques retranchemens par le dedans, mais mon dict seigneur de Nevers aiant pris le dit ravelin il estimoit venir à bout de la prise de la dicte ville par la dicte brèche, mesmes par ce que les deux fossez de la ditte ville qui sont en c’est endroict ne sont guères malaisez pour donner l'assault toutesfois à la prise dudit ravelin et de la ditte ville il estimoit estre impossible d'empescher qu'il ne se perdist bon nombre de gens de bien, particullièrement au dict ravelin, pour estre le dedans batu à plomb du portail et autres tours et murailles de la ditte ville, de sorte que pour prendre la dicte ville par force il luy eust convenu faire donner deux assaulx, l'un au dit ravelin l'autre à la courtine de la ville, ainsi qu'a esté dit cy dessus.

Et pour le regard du chasteau du costé de la ville il n'en peult parler sinon de ce qu'il a recognu d'un costé, qui est ung grand fossez à fondz de cuve qui y est demeuré et bien que la muraille au dessus du fossé ait esté ruynée, qui donne argument de croyre que l'on eust prou de peine à passer oultre au dit fossez et fondz de cuve pour les forcer dans les dictes ruynes qui eust esté le IIIe assault possible plus fâcheux et hazardeulx que les deux aultres sus dictz, ausquelz trois assaulx ne fault doubter qu'il ne feust mort ou blessé un grand nombre de cappitaines et soldatz, si la résolution eust esté prise de ne voulloir recevoir les assiégez à aucune composition, oultre le temps qu'il y eust fallu emploier, que mon dit seigneur de Nevers estime pas moins de quinze jours encores sans la pouldre et boulletz qui y eussent esté consommez.

Lesquelles raysons et considérations mon dit seigneur de Nevers, mesme par l'advis de tous ses seigneurs qui sont auprès de luy, de recevoir la dicte ville par la voye de la dicte composition plustost que de hazarder celle de l'assault.

Et parce que aucuns pourroient trouver estrange qu'il laissast aller lescappitaines et soldat qui se seroient mis entre ses mains à la miséricorde du Roy sans les faire tailler en pièces, il supplie très humblement Sa Majesté de luy déclarer si elle a eu agréable qu'il ait faict paroistre sa miséricorde à ceulx qui estoient dans Moléon qui se sont soubmis à sa discrétion ou aultrement ne l'ayt trouvé mauvais, car en ce cas, il ne recevra plus aucun à discrétion ou auttrement ains par assault il mectra peine de les faire tailler en pièces parce que il luy seroit impossible de souffrir non que de commander de faire tailler en pièces les pauvres misérables qui se seroient renduz à discrétion, suppliant et requerrant à joinctes mains que l'on leur pardonnast et sauvast la vie, estant chose du tout contraire à son naturel et que son cueur abhorre trop, c'est pourquoy plustost que de venir à telle action cruelle et inhumaine, il aymera cent fois mieux de les faire tailler en mil pièces par ung assault lorsqu'ilz auront les armes à la main pour se deffendre combien que les hommes désespérez de trouver mercy sont coustumiers de vendre leurs vye bien chère à ceulx qui la leur pourchassent.

Et parce que l'on a faict entendre à Sa Majesté que ceste place de Montégu estoit du tout desmentelée et hors de la puissance des hommes de la garder, mon dit seigneur de Nevers auroit bien agréable qu'il pleust à Sa Majesté d'envoyer icy quelque bon cappitaine pour la recognoistre et justiffier les assurances que l'on luy a cy devant donné de la feblesse de ceste forteresse et de l'incommodité grande qu'il y a à faire les approches, parce que du costé de la ditte porte Nostre Dame ce n'est que tout roq, sur lequel n'y a pas ung pied de terre, au moien de quoy il a fallu commancer et continuer tous les dits approches par le moien de gabions, banques et facines, desquelz gabions l'on en a eu faulte pour la difficulté de trouver bois propre a une lieue icy autour pour en faire, comme aussi des tonneaux ou pippes, qui fut cause d'empescher monsieur de La Chastre de pouvoir la nuict du premier jour de ce mois se loger sur la contrescarpe du ravelin comme sans doute il eust faict si les gabions et bariques ne luy eussent failly à mynuict parce qu'il en estoit près de quinze ou XX pas, qui peult tesmoigner l'yncommodité grande que l'on avoit et auroit encore eu davantage à parachever les dittes approches, jusques à donner l'assault et conséquemment la longueur du temps qu'il eust fallu y emploier.

Car de diligence il n'en a jamais manqué, parce que mon dit seigneur de Nevers a mis toute la peine à luy possible pour faire amener toutes les bariques et cuves qui se sont trouvées aux villages circonvoisins comme aussi à faire coupper tous les pieux et verges qui se sont trouvez propres icy autour pour faire des petits gabions, en actendant que l'armée qu'il a amenée et celle de Nantes fut arrivée, et depuis les premiers aproches que monsieur de Mercur (11) et luy avec messieurs de La Chastre et de Laverdin feirent la première nuict, les dits sieurs de La Chastre et de Laverdin n'ont failly chascune nuict à leur tour de faire travailler et advancer de tout leur pouvoir les dits approches, non sans grand peine et hazard d'eulx et de ceulx qui estoient en leur compagnie, car il n'a jamais passé aucune nuict qu'il n'ait esté blessé des sergens ou caporaulx des compagnies, des commissaires de l'armée et tué des pionniers tant parce que la lune esclairoit comme le jour, pour la proximité des approches de leur contrescarpe et de leur ravelin.

De la part aussi de M. de Nevers il n'y estoit rien obmis car depuis le matin jusques au soir il alloit à cheval d'une part et d'autre où il estoit de besoing pour faire diligenter les choses nécessaires pour faire les aproches la nuict ensuivant, et n'a failly aucun jour d'aller aus dits approches veoir la besongne qui auroit esté faicte la nuict précédente et arrester ce qui estoit nécessaire de continuer en la subséquante.

Mon dict seigneur de Mercur, prince valleureux, a trouvé bon de venir servir Sa Majesté en ce siège et de s'y emploier comme il a faict hardiment et de tout son pouvoir, mesme voullut prendre la peine de veiller toute la nuict du premier jour de ce mois à faire loger toutes les pièces de l'artillerie de là l'eaue pour battre dans la ville comme il feit et fort bien nonobstant la pluye et mauvais temps qu'il fit ceste nuict là, de sorte que Sa Majesté se peult asseurer que chacun faict tout ce qu'il peult pour la servir bien fidellement, mesme messieurs le comte de Crissé, de La Roche Bariteau et Landreau se présentent icy tous les jours pour le service de Sa Majesté, et la nuict travaillent aux tranchées avec monsieur de Laverdin.

Monsieur de Bort, lieutenant de l'armée, travaille aussi beaucoup sellon le deub de sa charge pour advancer ce qui luy est ordonné. Quand à messieurs d'Armentières et de La Chastre le jeune, mon dit seigneur de Nevers leur a ordonné de ne bouger de leur quartier pour battre la campagne du costé des ennemis comme aussi monsieur de Paulvé et de Chastillon, lieutenant de sa compagnie, et enseigne de monsieur le duc de Réthellois, son fils, et de mesme monsieur de Sagonne aiant charge de la cavallerie légière avec tous les cappitairies d'icelle, affin de se tenir préparez et empescher que le roy de Navarre ne puisse faire surprise sur aucune de leur trouppes ainsi qu'il pourroit faire si l'on faisoit mauvaise garde.

Quand aux maistres de camp de VIII qu'ilz debvoient estre il n'y en a que trois qui sont Breignieux, Grandpré et Chasteneraye (12) les autres oncq n'y sont poinct et plusieurs compagnies sans cappitaines, qui rend une grande incommodité à commander aus dits régimans, desquelz régimans celluy de Picardye emporte l'honneur de obéissance et reigle combien que ce soit le plus petit et desgarny de maistre de camp et de cappitaines; celui de St Pol rend aussy grande obéissance et faict fort bien son debvoir, et quand à Breigneux et comte de Grandpré, Monseigneur de Nevers reçoit grand contentement de tous deulx pour estre fort obéissans et affectionnez à leur charge et méritent que Sa Majesté ayt souvenance d'eulx aux occasions qui se présenteront; il désireroit que La Chastaineraye feit de mesme, et quand aux aultres trois régimens de Rubempré, de Lestelle et de Jarsay n'aiant leur maistre de camp, ni tous les cappitaines, ils ne peuvent faire le debvoir qu'aultrement ilz feroient, c'est pourquoy mon dit seigneur de Nevers désireroit bien fort qu'il pleust à Sa Majesté si sa vollonté est de entretenir ceste armée qu'il luy pleust commander aus dits cappitaines et maistre de camp absans de venir exercer leur charge en personne. ·

Quand aux Suisses à la vérité ils gardent une pollice fort grande parmy eulx en sorte qu'il ne vient aucune plaincte d'eulx et en oultre sont fort obéissans à effectuer tout ce que mon dit seigneur de Nevers leur commande. Mais la faulte d'argent accompaigné de l'injure du temps et incommodité que journellement chascun reçoit, rafroidit la vollonté de plusieurs, particullièrement des soldatz, officiers de l'armée et des vivres, comme aussi les cappitaines des chevaulx et muletz de deux equipaiges, de sorte qu'il ne fault nullement espérer de pouvoir tirer aucun service d'eulx tous si Sa Majesté n'a le moien de les pouvoir paier et continuer le pain de munition, au moien de quoy il plaira à Sa Majesté de résouldre promptement ou de donner les moiens sus dits pour entretenir ceste armée debout si elle la cognoist utille pour son service ou bien la licentier en partie et l'autre la mectre en garnison où elle le jugera plus à propos, car il est impossible de la retenir plus longtemps ensemble pour les pilleries et volleries qu'ilz ont commencé à faire au pauvre peuple catolique, n'estant en la puissance de mon dit seigneur de Nevers de les engarder d'empescher qu'ilz ne facent telles pilleries, n'estant paiez comme il leur a esté promis, et pour ceste mesme occasion n'a pas encore ozé faire publier les ordonnances nécessaires pour la conduicte d'une armée craignant de ne les rendre illusoires pour n'avoir moien de les faire garder, de sorte que la craincte qu'il a de veoir réduicts tous ceulx de ceste armée en une liberté efrénée par faulte de leur donner argent, vivres et par conséquent de se veoir réduict à estre chef des volleurs et non poinct des soldatz et de ruyner les bons subjectz de Sa Majesté au lieu de les rachepter et conserver, luy faict grandement désirer plustost que le malheur advienne, de se retirer hors d'icelle non pour se mectre en reppos par ce qu'il ne le désire aucunement, toutesfois et quantes qu'il pensera pouvoir faire tant soy peu de service à Sa Majesté ainsi qu'il le désire et est obligé, mais pour ne perdre si peu d'honneur qu'il a desjà acquis innutillement et sans faire aucun service à Sa Majesté, laquelle pour conclusions sera très humblement suppliée de déclarer au plustost son bon plaisir sur la conservation ou licentiement de ceste armée, et suivant icelluy donner les moyens pour effectuer ses commandemens ainsi que mon dit seigneur de Nevers fera de tout son pouvoir jusques à la dernière goutte de son sang qu'il a desdié pour le service de son Dieu et de son Roy souverain et maistre.

Faict ce IIIe décembre 1588.

 

 

(1). Montaigu, surpris par les protestants vers le 15 mars 1580, était assiégé par le comte du Lude depuis la fin de sept. 1580. (Hist. univers. de d'Aubigné.)

(2). Charles Eschallart, sr de la Boulaye, l'un des défenseurs de Montaigu.

(3). Henri de Bourbon, prince de Condé, mort empoisonné à Saint Jean-d'Angely, le 5 mai 1588.

 (4). Jeanne de Montmorency, duchesse douairière, et Claude de la Trémoille, son fils.

(5). Albert de Gondi, baron de Retz, maréchal, amiral de Bretagne

(6)    Catherine de Médicis.

(7). Colombières passa aux catholiques en sortant de Montaigu.

(8 ). Il suivit Colombières dans sa défection.

(9). 5 avril 1597, René Grignon, sgr de La Pellissonnière, envoie Le Bois. son serviteur, à sa maison de La Belotière (paroisse de Saint-Michel-Mont-Mercure), afin d'en faire sortir le sr de La Corbe-Jollière et ses complices qui s'y sont mis par force le 27 mars, lesquels refusent d'en sortir.

–7 avril 1597, ledit René Grignon dépêche Le Bois à Parthenay porter ses lettres à Malicorne pour lui faire entendre la violence de La Corbe-Jollière et lui faire commandement de lui remettre La Belotière. A cette occasion, Le Bois est en outre adressé au procureur de son maitre à Poitiers, pour lui faire présenter une requête au présidial relativement à cette affaire.

Un peu plus tard, Grignon adresse une seconde requête au présidial qui rend enfin une ordonnance dont La Corbe-Jollière ne tient aucun compte. Il se décide enfin à rendre La Betotière sur l'ordre de Malicorne, le 18 mai, et René Grignon fait aussitôt occuper cette maison par six soldats. La garnison fut par lui bientôt réduite à trois soldats.

Dans la nuit du 25 novembre 1595, Lagrange-Marronnière et de La Rivoire, ligueurs, avaient déjà fait une tentative sur La Belotière qui n'avait pas réussi. (Livre de comptes de R. Grignon. Annuaire de la Vendée. 1860.)

(10). Louis Potier marquis de Gesvres, secrétaire d'État.

(11.) Mercœur.

(12). Chastaigneraie.