1170 Saint George d’Oléron aux mains de Raoul de Faye sous les Plantagenêt

Saint George d’Oléron, Ecclesia Sancti Georgii in Insula Oleronis, donné à La Trinité de Vendôme, avant 1047, par Pierre, seigneur de Didonne. La nef fut terminée au XIIIe siècle et Aliénor d’Aquitaine en fit don à l’Abbaye aux Dames de Saintes, qui acheva les travaux.

Vers 1146 Aliénor, reine de France, duchesse d’Aquitaine, affranchit les sujets du prieuré d’Oléron de la juridiction des officiers royaux.

Abolitio quarandum pravarum consuetudinum insule Oleronis facta per ALIERNODEM REGINAM

Ego Alienordis Dei gratia regina francorum et Aquitanorum ducessa. Notum fieri volumus universis quam presentibus tam futuris, quod pravas illas consuetudines quas in hominibus Vindocinensis ecclesie de Olerone servientes seu ministeriales nostri male tenuerant, prout a domino nostro rege Ludovico condonate sunt et dimisse, ita et nos eidem ecclesie condonamus atque dimittimus, et sicut per auctoritatem regalis precepti destructe sunt, in perpetuum eas abolemus, ac deinceps requirendas non esse sanccimus.

Erant autem he consuetudines. Impetebant siquidem servientes seu ministeriales nostri quemlibet hominum Vindocinensis ecclesie, in prefata insula, de quolibet forisfacto, absque presentis testis productione, et imposite culpe purgationem, nisi per duellum, vel per calide aque judicium (1), nolebant omnino recipere. Intendebatur autem preterea a servientibus seu ministerialibus nostris, adversus quemlibet hominum presignatorum, vel ab altero adversus alterum, vel etiam a quolibet adversus eorsdem, quod supra regiam prohitionem aliquid presumpsisset, ut vel hominem illum aut illum percutere, vel capere pignus pro debito, vel quidlibet aliud.

Harum vero consuetudinum, prior appellatio, secunda defensio regis appellabatur, et in intolerabile gravamen hominum illorum pessime reverant, dampnose, perseverabant.

Alteram igitur earum, id est detensionem, prefate eccclesie, ex toto dimittimus ; alteram autem, id est appellationem, nisi cum presentis testis productione facta fuerit perenni quoque silentio condempnamus. Quod un ratum in posterum inconcussumque permaneat, scripto commendari, sigilli nostri auctoritate corroborari, precepimus

En mars 1152, une réunion de prélats et de grands seigneurs constata sur ordre la nullité du mariage en raison de la consanguinité des époux.

Six semaines plus tard, Aliénor épouse Henri II Plantagenêt, qui récupère l'Aquitaine, devient en 1154 roi d'Angleterre et fait huit enfants, dont cinq fils, à sa reine réputée inféconde.

Dans une réunion qui avait eu lieu à Montmirail, dans le Perche, en 1168, entre les rois de France et d’Angleterre, Richard, fils de ce dernier, avait fait hommage lige à Louis le Jeune pour le duché d’Aquitaine, dont sa mère Aliénor venait d’investir.

 

 L'investiture du duché d'Aquitaine ne conférait au jeune Richard qu'un titre purement honorifique.

 Henri II était trop jaloux de son pouvoir pour le partager. Mais, ne pouvant, malgré sa prodigieuse activité, administrer en personne son royaume d'Angleterre et ses possessions continentales, il était forcé de confier le gouvernement de ces dernières à des sénéchaux anglais, normands ou angevins, sorte de vice-rois dont le despotisme soulevait contre eux la haine des populations opprimées.

 

La sénéchaussée de Saintonge était occupée par un certain Radulfe ou Raoul de Faye, oncle maternel de la reine Aliénor, homme dur et sordide qui pressurait sans pitié les peuples soumis à son pouvoir.

Tant que l’avare sénéchal ne s'attaqua qu'aux vassaux laïques du duc d'Aquitaine, ses exactions n'arrachèrent que de vaines plaintes aux victimes de sa cupidité : mais il fut assez téméraire pour se heurter contre une classe d'hommes qu'on ne froissait pas impunément, et sa perte fut résolue.

Profitant de l'absence de frère Gérard, abbé du monastère de Saint-Georges-d'Oleron, Radulfe de Faye extorqua au prieur de ce moutier, appelé Paganus, une somme de cent cinquante sous et douze coupes d'argent, pesant chacune un marc, comme un droit revenant au trésor sur le bois de la Sauzille, qu'il prétendait appartenir au roi d'Angleterre. (2)

L'abbé Gérard étant de retour, tint conseil avec ses moines.

Deux de ces derniers, Jacques et Guillelme de Mesnil, furent aussitôt dépêchés vers Henri II, pour lui exposer la conduite de son sénéchal et lui demander réparation d'une aussi criante injustice. (3)

Le monarque, qui ne redoutait rien tant que de se mettre mal avec la cour de Rome, accueillit favorablement la plainte des moines de Saint-Georges, et, comprenant toute l'énormité de l'injure faite à leur monastère, manda sur-le-champ à Etienne de Tours, gouverneur du château de Chinon, de rembourser aux religieux, sur les deniers du trésor royal, la somme qui leur avait été si injustement ravie. (4)

Henri II, à qui cet événement ouvrit enfin les yeux sur les exactions du sénéchal de Saintonge, destitua cet officier et l'envoya en exil. (5)

Cet acte de justice répandit une grande joie en Aquitaine : il n'y eut qu'un cri dans tous les cloitres du midi pour vouer le spoliateur de l'église à l'exécration publique, et l'on peut juger de l'animosité qu'il avait soulevée contre lui, par les violentes invectives que lui lançait, du fond de sa cellule, un moine contemporain.

-« Comment est-il tombé cet exacteur avide de tributs ? Le feu dévorera sa demeure, parce que sa main rapace a violemment accumulé trésor sur trésor. Il sera précipité en enfer, et plus son vol fut altier, plus sa chute sera lourde.

 De l'ile d'Oléron, de la Rochelle s'est élevé ce cri de triomphe et d’exultation : il est terrassé le féroce persécuteur, il est brisé le fléau de notre province! Malheur à lui ! Car le jour de son supplice approche. Il vomira les richesses qu'il a dévorées : le roi de l’Aquilon (6) les lui fera dégorger. La terreur fondra sur lui ; il sera saturé d'affliction et de misère. (7)

 

1170-1183 charte d’Henri, roi d’Angleterre, qui confirme et exempte de toute servitude tous les bien que possède l’abbaye de Vendôme dans ses états, en Poitou et en Saintonge. Donné à Wainton, en Angleterre.

Confirmatio rerum nostrarum a duce Aquitanie et comite Andegavie et rege Anglie ad protectionem.

H. Dei gratia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum, et comes Andegavorum, achiepiscopis, episcopos abbatibus, comitibus, baronibus, justiciariis, vicariis, prepositis et omnibus aliis ministris et fidelibus suis Andegavie, Pictavie et xantonie, salutem.

Sciatis me concessisse et presenti carta confirmasse Vindocinensi ecclesie et abbati et monachis ibidem Deo servientibus omnes libertates et quictantias …

 Ainsi, pour que justice fût rendueaux peuples opprimés, il fallait qu'un moine élevât la voix.

L'influence de Rome était un écueil contre lequel se brisait le pouvoir des rois eux-mêmes. Ce n'était pas seulement dans les hautes régions de la diplomatie que s'exerçait cet empire absolu de la tiare : il s'interposait encore dans les plus obscurs démêlés, pour peu qu'une église у fut intéressée. Si quelque homme était assez hardi pour braver cette formidable théocratie, l'anathème apostolique ne se faisait pas attendre, et le foudre vengeur, frappant le rebelle en quelque lieu qu'il se cachât, le contraignait bientôt à courber le front sous la verge pontificale.

Tel fut le sort de Constantin Grasse, riche bourgeois de Saintes, et de Guillelme Hélie, son fils. Le premier s'était emparé, aux portes de Saintes, du coteau de Saint-Palais, appartenant au monastère de Sainte-Marie. Condamné, par la cour de l'évêque Bernard, à restituer le bien de l'Église, il feignit d'obéir, puis étant entré de nouveau sur la terre de Saint-Palais, en chassa les gens de l'abbaye.

Il fut excommunié et mourut, peu de temps après, sous le poids de l'anathème. (8)

Le terrain usurpé ayant passé dans les mains de Guillelme Hélie, fils de Constantin, Agnès de Barbezieux cita ce nouveau détenteur en cour de Rome.

L'évêque de Poitiers, légat du siège apostolique en Aquitaine, se rendit à Saint-Jean-d'Angély pour juger ce grave débat.

L'abbesse de Saintes se présenta devant le légat, mais Guillelme Hélie ne comparut ni en personne ni par procureur. Comme son père, il fut excommunié.(9)

Ajourné plus tard devant la cour, il obéit enfin et obtint un délai. L'évêque de Poitiers, pressé de retourner dans son diocèse, délégua ses pouvoirs aux archidiacres de l'église de Saintes, Jehan et Gérande.

Les parties se présentèrent devant ces arbitres en présence d'Aimar ou Adémar de Carbonnelle, successeur de l'évêque Bernard. (10)  

La terre de Saint-Palais ayant été de nouveau adjugée à l'abbaye de Saintes, Guillelme Hélie, plus docile que son père, jura sur les saints Évangiles que ni lui ni ses descendants n'élèveraient plus aucune prétention sur ce terrain , et qu'il le défendrait même, comme sa propre chose, contre de nouveaux envahisseurs. (11)

 

Pour prix de sa soumission et de son dévouement, il obtint de l'abbesse qu'elle solliciterait auprès de l'évêque de Saintes la réunion d'un synode des chapelains du diocèse, pour lever l'interdit qui pesait sur la mémoire de son père (12)  qu'il serait inscrit lui-même sur le livre des statuts de l'abbaye, afin que son anniversaire fût célébré, chaque année, par des prières, et que la première fille qui naîtrait de son légitime mariage serait reçue dans le couvent, s'il lui convenait qu'elle prît l'habit religieux.(13)  Agnès de Barbezieux donna de plus à Guillelme Hélie, comme un gage de de réconciliation, une somme de six cents sous et un gobelet en argent pesant un marc. (14)

Dans ces temps de prostration et d'inertie où la papauté pesait de tout son poids sur la société chrétienne, les intérêts monastiques occupaient une grande place dans les affaires de la vie.

Même au sud de la Loire, dans cette terre de civilisation et de progrès intellectuel, l'influence claustrale se faisait vivement sentir, bien que son effet fût en partie neutralisé par les préoccupations politiques qui agissaient sur les masses et accéléraient le développement de l'esprit national.

 

La domination anglo-normande devenait de plus en plus odieuse aux hommes du midi, dont les vieux souvenirs de liberté se réveillaient avec énergie, dit un chroniqueur, sous le joug d'une royale servitude. (15)

 Mais la malheureuse issue de l'insurrection de 1168 leur avait appris qu'ils n'étaient pas de force à lutter seuls contre leurs oppresseurs, et ils se résignaient, attendant que le concours d'une cause étrangère vînt seconder leur patriotisme et favoriser l'oeuvre de leur émancipation.

Leur attente ne fut pas trompée, car le temps approchait où la Gaule méridionale, s'arrachant à son long sommeil, allait combattre, si non avec plus de bonheur, au moins avec plus de chances de succès que par le passé, pour reconquérir sa nationalité perdue.

 

 

 

 

Pâques le 5 avril 1170, au château de Niort, Aliénor présente aux barons Poitevins, Richard comte de Poitou âgé de douze ans. <==

Raoul de Châtellerault, Baron de Faye-la-Vineuse, oncle et protecteur d’Aliénor, Sénéchal d’Aquitaine  <==

6 janvier 1169. Paix de Montmirail entre Henri II Plantagenêt et Louis VII roi de France médiateur de Thomas Becket. <==

1168 - Révolte Poitevine - Henri II Plantagenêt fait raser le château de Lusignan. <==

 

 


 

(1)   Sur le duel et le jugement par l’eau chaude.(Ordalie ou le jugement de Dieu, )

CF. Ducange,et en particulier sur le jugement par l’eau chaude une notice fort curieuse de Ducange : L’accusé, le bras nu, devait plonger la main dans un vase en ébullition et en retirer une pierre qui y était plongée au bout d’une corde. S’il retirait sa main sans brûlure, il était déclaré innocent. Cette épreuve était accompagnée de cérémonies religieuses. Il est question du jugement par l’eau bouillante dans la loi des Lombards et dans les capitulaires.

(2)   Radulfus, senescallus tunc temporis in Santonia, extorsit à Pagano, priore S. Georgii de Olerone, centum quinquaginta nummorum, inscio abbate Gerardo , et duodecim scyphos marciles , propter boscum de Sauzilià quem proprium regis esse asserebat. (Script. rer. franc, tom. XII. p. 488.)

(3) Quo cognito, abbas Gerardus simulque conventus destina verunt duos fratres suos , scilicet Jacobum et Guillelmum de Mesnil, ad regem in Anglia , significaturos ipsi regi tantam injusticiam et deprecaturos emendationem fieri super tam damnoso detrimento. (Ibid.)

(4) Quos rex clementer exaudiens , occasionem injuriæ supradictæ nequissimam esse intellexit , et pecuniam injustė sublatam per manum Stephani turonensis , custodis turris Chinonis , à proprio thesauro monachis integré restituit. (Ibid).

(5)   Radulfum de Faya destituit rex Henricus atque in exilium egit, populorum quos ille vexabat querelis permotus. (Script. rer, franc. tom. XIII. p. 419 in notis )

(6) Les méridionaux désignaient souvent par l'expression métaphorique de Roi du Nord, Roi de l'Aquilon, Henri II, Roi d'Angleterre et duc de Normandie.

(7) Quomodò cessavit exactor tributorum ? Ignis devorabit tabernaculum ejus , quia violenter de rapinâ conjessit divitias. Porrò ad infernum detrahetur, quia quanto gradus altior fuit, tantò casus ejus gravior. Vox exultationis ab insula Oleronis, vox gaudii à Rupellâ : prostratus est sævissimus ille persecutor, contritus est malleus universæ provinciæ nostræ. Væ ei ! quia dies ultionis ejus appropinquat. Pecunias quas devoravit evomet , et de stomacho ejus detrahet eas rei aquilonis. Terror irruet super eum; ipse saturabitur afflictione et miseria. (Script. rer. franc. tom. XII. p. 419.)

(8) Cùm autem abbatissa terram possideret et eam excoli faccret, Constantinus Grassus, post latam sententiam , violentiâ sud terram rapuit, et sic in sententiam excommunicationis incidit, sub qua sententiâ viam universæ carnis ingressus est. (Cartul, orig. de l'abb. de N. D. de Saintes. fo 33. verso.)

(9)   Willelmus verd Helias non venit nec responsales mittere curavit, sicque in sententiam excommunicationis incidit.(Ibid).

(10) D'abord chanoine de l'église de Saintes, Aimar ou Adémar Carhonnelli fut promu au siège épiscopal vers 1172. Il siégeait encore en 1188.

(11)            Poste à Willelmus Helias super sacrosancta Evangelia juramento firmavit ne de cætero in eâdem terrâ ipse vel aliquis de genere suo. aliquid reclamaret et quod eam , sicut suam, fideliter defenderet. (Cartul. orig. de l'abb. de N. D. de Saintes. fo 33 verso).

(12)            Intuitu pietatis quæsivit ab abbatisså ut precibus suis nos patrem suum absolvemus, et synodaliter ab omnibus capellanis per xantonensem episcopatum constitutis absolvi faceremus. (Ibid).

(13)            Iterùm petiit ab abbatissâ quod ipsum in libro regulæ conscri bi et quotannis anniversarium celebrari faceret. (Ibid). 

Nichilominùs petiit quod si filiam haberet de legitimo matrimonio, quam monialem fieri vellet, ut eam in monialem et sororem reciperet. (Ibid).

(14) Agnes abbatissa , intuitu karitatis et pacis , dedit Willelmo Helde sexcentos solidos et unum ciphum argenti unius marcæ. (Ibid).

(15) Jugum regiæ servitutis. (Scrip, rer. franc. tom. XII. p. 121 at 417.)