Guerre de Cent Ans, Juin 1372 - siège de Thouars pendant la Campagnes du Dogue noir de Brocéliande (Du Guesclin) dans le Poitou, l'Aunis et la Saintonge

(Guerre de Cent Ans, Juin 1372 - siège de Thouars pendant la Campagnes du Dogue noir de Brocéliande (Du Guesclin) dans le Poitou, l'Aunis et la Saintonge )

L’appellation « Guerre de Cent Ans » désigne une période de troubles ou les combats en fait une place restreinte en regard des moments de trêve. C’est un conflit qui prend sa source dans une rivalité séculaire entre la France et l’Angleterre.

Dès le XIIème siècle, suite au mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec le comte d’Anjou Henri II Plantagenêt, l’Angleterre avait en partie réalisé ses ambitions conquérantes sur la France. En 1337, le roi Edouard III d’Angleterre revendique la couronne de France et passe à l’offensive, infligeant plusieurs défaites à l’armée française, dont celle de Crécy (1346). Doc Puy du Fou - Guerre de cent Ans

 

La vicomtesse de Thouars avait épousé Amaury de Craon, riche seigneur angevin, de cette famille de Craon, dans laquelle l'office de sénéchal d'Anjou et du Maine était héréditaire même pour les femmes.

Des actes originaux, découverts par M. Marchegay dans le chartrier de Thouars, constatent qu'Amaury était dans l'armée du roi de France en 1353 et pendant les années suivantes.

Charles V, en considération des services que lui avait rendus ce seigneur depuis 1367, notamment à la prise des forteresses  de Vas, Rillé, le Loroux et Saumur, où il servait avec ses gens d'armes en compagnie de du Guesclin, le nomme, le 31 janvier 1372, chief de guerre et capitaine souverain ès parties de Touraine, d'Anjou, du Maine et de la Basse-Normandie, et lui fait don d'une somme de quinze cents livres. Amaury avait été fait prisonnier à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356. Il fut conduit en Angleterre et y resta pendant plusieurs années. Il était encore à Londres le 19 mai 1356.

Ce jour-là, avec Denis de Morlet et Bonabes de Derval, chevaliers, il délivre à Henri Burton, citoyen et marchand de Londres, une lettre-obligatoire de deux cents livres sterlins, qui fut acquittée au château de Sablé le 20 octobre 1368.

Devenu vicomte de Thouars, Amaury se trouva en contact avec des seigneurs poitevins tout dévoués au parti du roi d'Angleterre. Sa fidélité à Charles V se ressentit forcément de ces relations imposées par sa nouvelle position. Nous le trouverons bientôt obligé par la force des choses de se mettre à la tête de la coalition anglo-poitevine, pour lutter du haut des remparts de sa ville de Thouars contre du Guesclin, son ancien capitaine.

La domination anglaise, rétablie en France par le traité de Bretigny, pesait singulièrement à l'aquitaine. Les populations n'attendaient qu'une occasion pour se soulever. La demande d'un fouage, impôt extraordinaire de dix sous par famille pendant cinq ans; faite par le Prince-Noir; fut le signal de l'insurrection.

Les Gascons portèrent plainte au roi de France. Charles V, qui cherchait à rompre avec l'Angleterre, fit bon accueil aux envoyés de la Gascogne et somma le prince de Galles de comparaître devant la cour des pairs, pour ouir droit sur les complaintes et griefs qu'on lui imputait (25 janvier 1369).

Le prince de Galles répondit aux messagers qui lui avaient apporté ce mandement à Bordeaux : «Nous irons volontiers à notre ajournement à Paris, puisque mandé nous est du roi de France ; mais ce sera le bassinet en la tête et soixante mille hommes en notre compagnie» (Froissart). Les envoyés du roi furent ensuite jetés en prison par son ordre.

 La guerre était déclarée. Bertrand du Guesclin guerroyait alors en Espagne, pour le compte de son ami don Henri, roi d'Aragon. Mandé par Charles V, il se met en route pour la France et commence les hostilités dans l'Agenois, avec l'aide du duc d'Anjou (juillet 1370).

 Après s'être avancé jusqu'auprès de Bordeaux, il se dirige sur Limoges qui lui ouvre ses portes, et quitte bientôt cette ville pour prendre d'autres places fortes.

Du_Guesclin_Death_02

Édouard Plantagenêt de Woodstock d'ANGLETERRE

Le prince Édouard, gravement malade à Angoulême, se fait porter en litière sous les murs de Limoges, pour en faire le siège. La faible garnison laissée par du Guesclin dans la place ne pouvait lutter pendant longtemps contre les forces anglaises. Au bout d'un mois, une grande brèche est ouverte au moyen d'une mine, et les assaillants se précipitent dans la place. Le vicomte de Thouars était avec d'autres seigneurs poitevins dans les rangs de l'armée anglaise.

Le prince de Galles avait juré que les traîtres de Limoges paieraient chèrement leur forfait.  Il ne tint que trop son serment. Plus de trois mille habitants furent passés au fil de l'épée dans cette journée. Les vieillards, les femmes et les enfants se jetaient à genoux devant le vainqueur et demandaient grâce en pleurant ; mais les bourreaux frappaient toujours. L'incendie de la ville termina cette journée de massacre (1370).

Nommé connétable et chef des armées de France, à la grand’joie de toute la chevalerie, Bertrand se met à la poursuite de Robert Knolles, aventurier anglais qui ravageait les provinces et jetait la terreur sur son passage.

Il le rejoint dans le Maine et détruit une partie de son armée auprès de Pont-vallain. Poursuivant ensuite les fuyards, il arrive devant Saint-Maur où ils s'étaient réfugiés. Il mande le commandant de la forteresse, Cressonval, à qui il avait rendu des services en Espagne, et arrête avec lui une capitulation, pour le 'cas où le prince de Galles ne viendrait pas porter secours à ses hommes dans un certain délai. Malgré cet engagement, Cressonval met le feu au château de Saint-Maur, et se retire sur Bressuire et Moncontour.

Du Guesclin, installé depuis quelques jours à Saumur, reçoit aussitôt l'avis de ce départ par les Anglais eux-mêmes. Irrité de la déloyauté de Cressonval, il monte à cheval à la tête de ses troupes, passe le Thoué du côté de Taizon et rejoint les Anglais à Bressuire.

 La ville fut prise, après un assaut assez meurtrier pour les soldats de du Guesclin. Les Anglais furent massacrés (15 mars 1371). Le connétable, qui avait juré de ne manger que trois soupes au vin avant de s'être vengé de Cressonval, avait tenu parole.

Pendant que du Guesclin remportait d'autres victoires dans l'Auvergne et le Limousin, le vicomte de Thouars. Amaury, à la tête de quatre cents lances, rejoignait le duc de Lancastre, qui avait mis le siégé devant le château de Montpaon en Périgord, et ne pouvait venir à bout de s'en emparer. Guillaume Larchevêque, sire de Parthenay, Richard d' Angles et d'autres seigneurs accompagnaient le vicomte. La ville fut prise grâce à ce secours.

Amaury était à peine rentré à Thouars avec ses troupes, lorsque Thomas Percy, sénéchal du Poitou pour les Anglais, l'appela pour repousser le connétable qui faisait le siège de Sainte-Sévère en Limousin, après s'être, emparé de Montmorillon, Lussac, Chauvigny et Moncontour. Le vicomte fit toutes diligences et se mit en route avec deux mille hommes.

Pendant ce temps, les habitants de Poitiers, profitant de l'absence de la garnison anglaise, qui s'était portée au secours de Sainte-Sévère, envoyèrent un message secret à du Guesclin, pour l'engager à venir s'installer dans la capitale du Poitou.

Le connétable partit à la hâte, avec l'élite de ses cavaliers, et arriva à Poitiers, après avoir fait trente lieues en moins de vingt-quatre heures: Les portes de la ville lui furent ouvertes peu de temps avant l'arrivée des Anglais. Ces derniers, ne jugeant pas prudent de combattre, se retirèrent sur Niort qu'ils furent obligés de prendre d'assaut.

Le reste de l'armée anglo-aquitanique se sépara en deux bandes.

Les Gascons, sous la conduite du captal de Buch, se rendirent à Saint-Jean-d'Angély; pendant que les Poitevins allaient s'enfermer dans Thouars, ville considérée alors comme inexpugnable.

Ce dernier contingent, commandé par le vicomte Amaury, comptait clans ses rangs Guillaume Larchevêque, sire de Parthenay, Aimery de Rochechouard, Jean et Richard ou Guischard d' Angles, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Pérceval de Coulonges, capitaine de Thouars, Jacques de Surgères, le sire de Tarste, Hugues de Vivône, Regnault de Thouars, sire de Pouzauges, Geoffroy d' Argenton, Guillaume de Crupignac, sire de Roussillon, Maubruni de Linières, seigneur d'Airvault, Guillaume de Montendre, le seigneur d'Oiron et quantité d'autres personnages parmi lesquels se trouvaient trente officiers anglais: Un autre corps, composé presque entièrement d'Anglais vint aussi se réfugier chez le vicomte. C'était la garnison de Fontenay-le-Comte qui venait de capituler.

(-Tour porte du Prévost. Cette tour était l’entrée principale de la ville au nord. Les dispositifs  de défense, emplacement de deux herses et de trois assommoirs)

Bertrand du Guesclin tourna bientôt les yeux sur Thouars, seule place importante restée au pouvoir des Anglais en Poitou. Il arriva devant la ville au mois de juin 1372 et se campa du côté de l'Orient, Son armée était composée de trois mille cavaliers et de quatre mille arbalétriers et pavoisiers.

On remarquait parmi les combattants, Jean, duc de Berry, Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, le comte du Perche, le comte de Sancerre, le vicomte de Melun, Guy de la Tremoille, Olivier de Clisson et un grand nombre d'autres barons français, bretons et bourguignons.

Le vicomte de Thouars venait de faire-réparer les fortifications de sa ville, et la garnison avait été munie de vivres pour deux ans. Il attendait l'attaque sans grande inquiétude

Du Guesclin, prévoyant toutes les difficultés du siège, avait fait faire à la Rochelle de grands engins de guerre. Il avait aussi à sa disposition cinq gros canons qu'il avait fait venir de Poitiers. Il commença les opérations du siège immédiatement après son arrivée ; mais l'artillerie mal organisée ne causait pas de grands dommages, et les machines de guerre ne pouvaient servir en raison de la largeur et de la profondeur des fossés qui entouraient la ville.

Deux assauts, dans lesquels le connétable perdit beaucoup de monde, furent  tentés sans amener de résultats satisfaisants. Il fallut se décider à combler les fossés pour se servir des machines.

On a trouvé plusieurs fois auprès des murs de la ville, du côté de l'orient et au-delà de la Madeleine, des ossements et des débris d'armes. Ils remontent certainement à l'époque du siège dont nous nous occupons.

.A l'aide de ses machines, du Guesclin parvint enfin à faire brèche; mais les assiégés ne lui permirent pas d'entrer dans la ville. Des deux côtés on était cependant fatigué de cette lutte qui durait depuis plusieurs mois. Le vicomte demanda et obtint, une trêve. Il fut décidé que la ville se rendrait le 30 novembre suivant, jour de la Saint-André, au coucher du soleil, si elle n'était pas secourue avant cette époque par le roi d'Angleterre en personne ou par un de ses enfants.

Le vicomte envoya aussitôt des messagers au roi d'Angleterre.  Édouard, en apprenant le péril que courait la ville de Thouars, réfléchit assez longtemps, puis répondit qu'il allait partir et qu'il ne rentrerait pas en Angleterre avant d'avoir reconquis ce qu'on lui avait pris en France, ou perdu tout le reste.

 L'élite de l'armée el de l'aristocratie anglaise s'embarqua avec le roi et ses fils. Quatre-cents navires prirent la mer. Ils emportaient quatorze mille combattants, impatients de gagner le continent. Mais Édouard avait compté sans les éléments. Pendant neuf semaines les vents contraires ne lui permirent pas d'atteindre les côtes de France. Voyant qu'il lui serait impossible d'arriver à temps, il rentra en Angleterre en maudissant le roi de France. « Dieu nous aide et Saint-Georges ! disait-il, il n'y eut one roi en France qui moins s'armât, et si n'y eut-il one roi qui me donnât tant à faire» (Froissart).

Pendant qu'Edouard faisait d'inutiles efforts pour débarquer en France, Duras, Mucidon, Condom, Caumont et les autres commandants des garnisons anglaises de la Guyenne, avaient pris la route de Niort, sur l'ordre de Thomas Felton, sénéchal de Bordeaux, pour marcher au secours de Thouars.

 

Les barons poitevins renfermés dans cette dernière ville étaient sans nouvelle du roi d'Angleterre, et l'inquiétude les gagnait, en voyant que le terme de la Saint-André  n'était pas éloigné. Bientôt il ne leur fut plus possible de conserver la moindre illusion.

Les sentinelles, qui veillaient au sommet de la Porte-au-Prévôt, signalèrent le 28 novembre une armée considérable. Des flots de gens de guerre envahissaient la piaille. Le connétable arrivait avec quarante mille hommes.

Les troupes anglaises et gasconnes de Niort qui ne comptaient que douze cents lances, firent proposer au vicomte de tenir la journée, malgré l'absence du roi Édouard. Il était matériellement impossible d'accepter cette proposition.

Discutée dans un conseil de guerre, elle fut rejetée malgré les efforts du sire de Parthenay, qui voulait absolument se battre.

Le vicomte, sommé, dans la matinée du 30 novembre, d'avoir à tenir sa parole, fit répondre à du Guesclin qu'il ouvrirait les portes de la ville au coucher du soleil, comme il l'avait promis.

Le soir même en effet, le-connétable, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon entrèrent à Thouars, avec une partie de l'armée française. Du Guesclin reçut aussitôt le serment de féauté  d’Amaury et des autres seigneurs.

C'en était fait de la domination anglaise en Poitou et en même temps de la puissance des vicomtes de Thouars. Privés désormais de l'appui de l'Angleterre, les seigneurs de cette ville ne pouvaient plus penser à lutter avec les souverains de la France.

A partir de ce jour, en effet, nous ne trouverons plus en eux que de grands feudataires. L'arrogance et la fierté ne leur font pas défaut, mais les velléités d'indépendance  qu'ils se permettent quelquefois sont bientôt calmées par le pouvoir royal.

La fameuse devise dont nous avons parlé ne leur est plus applicable. Leur domination ne s'étend plus sur tous. Il en est de même de l'importance de la ville de Thouars. Sa possession n'offrira maintenant qu'un intérêt secondaire et ne pourra plus décider du sort du Poitou.

Les seigneurs poitevins furent sans doute humiliés de l'échec qu'ils venaient de subir; mais ils durent en même temps se féliciter de n'avoir pas été secourus par le roi Edouard.

Avec les forces dont disposait le connétable, il est certain que la ville eût été entièrement détruite en cas de résistance. Amaury ne vécut pas longtemps après sa soumission au roi de France. Il mourut le 30 mai 1373 et fut enterré dans l'église des Cordeliers d'Angers, où plusieurs membres de sa famille étaient déjà inhumés.

Bruneau Tartiffume, avocat au siège présidial d'Angers, qui vivait au commencement du XVIIe siècle, nous a conservé une portion de l'épitaphe de ce vicomte; elle était ainsi conçue:

.. .

L'AN M. CCC. TREIZE SOIXANTE, TANT EN Y A QUI BIEN LES COMPTE……. TRESPASSA PENULTIME ET TOUT LESSA MONSEIGNEUR ALMAURI PAR NOM CCC. APPEU ……. DE RENOM. LARGE. PITOUX, MISERICORS . A TOUTES GENS ET VIFS ET MORS. .. . . ..

LES JOURS PAR ANS PAR MOYS SUR TOUS AUTRES BON CHRESTIEN PRIEZ DIEU. AMEN ............ OR PRIEZ DIEU QUE PAR SA GRACE DE SES PECHEZ PARDON LUY FACE .AMEN.

 

5 septembre 1104 : Le château de Thouars est incendié par les comtes d’Anjou<==.... ....==>Chapelle Notre-Dame du château des Ducs de la Trémoïlle (Time Travel 1500)

 

Thouars enceinte de la Ville et fortifications (Visite Virtuelle Historique) <==.... ....==> mars 1373 Le Cheval de Troie de la Guerre de Cent ans de Du Guesclin pour délivrer Niort des Anglais.