Maison du Maitre des Digues - C’est en 1599, que HENRI IV nomme un hollandais, Humphrey BRADLEY, Maître des digues et des canaux du Royaume

Dans les dernières années du XVIe siècle, le calme revenu, on se décida à reprendre l'œuvre abandonnée depuis près de deux siècles et demi.

En 1597 Pierre Brisson, sénéchal de Fontenay-le-Comte, procéda à la visite des marais. Puis on mit en demeure les intéressés, parmi lesquels figurait l'abbé de l'Absie, d'exécuter les travaux nécessaires pour la remise en état des canaux et des digues.

 Presque tous cherchèrent, sous divers prétextes, à se dérober à leurs obligations.

Le pouvoir central dut intervenir. Par deux édits du 8 avril 1599 et de janvier 1607 Henri IV concéda au sieur Humphrey Bardley, de Berg-op-Zoom, et à ses associés, le desséchement des marais du domaine royal moyennant l'abandon en tenure noble ou roturière, à leur choix, des terres soustraites à l'action des eaux.

Les particuliers, ecclésiastiques, nobles ou gens du tiers-état durent déclarer dans un délai déterminé s'ils entendaient procéder eux-mêmes aux travaux ou en charger les concessionnaires du roi. Ceux-ci, à défaut de déclaration, devaient se substituer aux défaillants.

Une fois les marais desséchés, il était procédé au partage entre Bardley et Cie et les propriétaires. Les premiers en conservaient la moitié et devaient recevoir des seconds quarante sous par arpent. Si cette redevance ne leur était pas versée dans les deux mois de l'exécution du travail, leur part était augmentée d'un sixième.

L'édit de 1607 avait pour but principal d'attirer les étrangers sur les terres mises à l'abri des eaux de la mer. Il établissait en outre une sorte d'expropriation pour cause d'utilité publique des portions de marais appartenant aux propriétaires qui s'opposaient au dessèchement.

Signées Henry et plus bas, Par le roy, de Lomenie, et scellées du grand sceau de cire verte, Par lesquelle et pour les causes y contenues, sa Majesté auroit accordé au sieur Humfroy Bradley, Gentil-Homme du pays de Brahant, natif de Bargues sur le Zoom, maistre des Digues, et ses associez y desnommez, l’entreprise qu’il avoit faicte, et qu’il leur auroit esté accordée par ledit feu Roy par son Edict du mois d’Avril 1599. Pour les desseichements des maraiz et palus, et les rendre en nature de terres labourables, prez et pastils : lequel Edict sadite Majesté veut avoir lieu, et qu’il sorte son plein et entier effect pour tous lesdits associez et entrepreneurs, suivant leur contract d’association, tout ainsi que s’ils estoient desnommez en iceluy, selon les ampliations, modifications et interprétations contenues esdites Lettres, pour vingt ans, à commencer du jour qu’elle auront esté vérifiées, ainsi que le contiennent plus amplement lesdites Lettres registrées en Parlement le 23 Aoust 1613.

Humphrey Bardley récupère, par le biais de syndicats qu’il crée, les terres qui appartiennent aux abbayes mais qu’ils ne peuvent plus assécher par manque de moyens.

Créant ainsi le marais dit « desséché » isolé des marées par une digue de front de mer et protégé des crues du bassin versant par une digue de ceinture (ex : La Ceinture des Hollandais) et le marais « mouillé », collecteur des eaux de crues. Les assèchements se généralisent et les aménagements se régissent par des plans conçus par les différents syndicats de propriétaires terriens.

De nombreux ingénieurs et financiers hollandais vont le suivre dans le Marais poitevin et il entreprend plusieurs dessèchements en Aunis dont le Marais de la Petite Flandre, en Auvergne et dans le Languedoc.

Outre la propriété de la moitié des terres asséchées, exemptées d'impôts pendant vingt ans, Bradley et ses associés bénéficieront de la naturalisation au bout de deux ans.

 De plus, les douze plus gros actionnaires seront anoblis, et les nobles peuvent participer à l'entreprise sans déroger.

À la mort de Bradley, en 1639, tous ces avantages sont prorogés au profit de Pierre Siette, ingénieur géographe du roi en poste à La Rochelle.

 

 La Maison du Maître de Digues (maison commune du petit Poitou pour le desséchement de Maillezais et Moreilles) est un écomusée, sur un lieu emblématique du Marais poitevin : c'est ici, au XVIIème siècle, que s'est organisée la gestion de l'eau.

 

Par déclaration de Louis XIII, en date du 4 mai 1641, une nouvelle Société fut constituée, sous la direction de Pierre Siette, conseiller, ingénieur et géographe ordinaire du Roi (2)

Organisation de la Société et exécution des travaux.

Les traités passés, les associés construisirent une maison commune, près de l'abbaye de Moreilles; ils y conservèrent les actes relatifs au dessèchement et ils y tinrent leurs assemblées.

Ils établirent ensuite des règles obligeant tous les associés et qui portèrent le titre de «  Statuts pour le desséchement de Maillezais et de Moreilles (1). »

Ces règles, écrites le 2 juillet 1641, indiquent la part d'intérêt que chacun d'eux avait dans l'entreprise (2).

Le dessèchement achevé, les intéressés doivent se réunir, « sans autre interpellation », le 1er avril et le 1er octobre de chaque année, en la maison de celui d'entre eux qui fera la recette, et « délibérer de ce qui sera advisé nécessaire » pour l'entretenement des travaux, exécution des frais et autres affaires concernant le dit dessèchement.

En cas d'absence de quelques associés, les délibérations les obligeront comme s'ils étaient présents.

 Le receveur ou commissaire établi recevra deux sols par an, par chaque arpent, pour frais de réparation et entretien des travaux.

Deux maîtres des digues seront choisis par les assemblées pour visiter les travaux, curer et nettoyer les canaux. En cas d'urgence, le receveur, sans attendre l'époque des réunions devra apporter « l'ordre et remède » nécessaires et cependant réunir au plus tôt une assemblée extraordinaire à laquelle les associés seront conviés par invitations portées au domicile de leurs fermiers. « Soixante quinze sols par arpent se « doivent payer, en neufz années, pour les privilèges à ceux à « qui les associéz sont obligés. »

Un d'entre eux, choisi par ses co intéressés, doit les percevoir dans l'étendue du marais, les acquitter et en demander le reçu (3).

Cette disposition, assez curieuse, mérite d'être examinée.

 De grands seigneurs s'étaient entremis pour obtenir à Siette les privilèges d'H. Bradley, et ils les lui avaient fait accorder pour les provinces de Poitou, d'Aunis et de Saintonge.

En retour, ils avaient exigé certains avantages. Les statuts définitifs de la Société, connus sous le nom de Statuts du Petit-Poitou, furent rédigés le 19 octobre 1646.

A leur suite se trouve un règlement (4) qui contient cette indication : « Pour parachever de payer à M. le maréchal de Grammont et au sieur de Loynes les 75 sols par chacun arpent que les associés sont obligés de leur payer, à cause de l'obtention des privilèges, il sera, par chacun des associés, payé et mis ès mains du directeur, esleu par la compagnie pour chacun an et feste de Noël, huit sols quatre deniers pour chaque arpent (5), et ce jusqu'à parfait paiement du restant des 75 sols. »

Les grands travaux ne furent commencés qu'en 1643 (6).

La Maison du Maître de Digues à Chaillé-Les-Marais en Vendée est un lieu emblématique du Marais poitevin. C’est là où s’est organisée au XVIIe siècle la gestion de l’eau. Venez découvrir la vie du Maître de Digues mais aussi une exposition sur les souvenirs d’un huttier. Et c’est partie pour une totale immersion en plein cœur du Marais poitevin qui commence dans l’ancienne grange du Maître de Digues avec une exposition sur la formation des digues.https://www.facebook.com/RCFVendee/

 

7 rue de la coupe du rocher

85450  Chaillé-les-Marais

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

Édict du roy pour le desseichement des maraiz . Publié en Parlement, le 23 avril

Histoire du dessèchement des lacs et marais en France avant 1789 / par M. le Cte de Dienne

 

 

 

Le 28 janvier 1599, Pierre Brisson, sénéchal de Fontenay-le-Comte, déplore les destructions dans le golfe du Poitou..<==.... ....==> Dessèchement de l’Ouest du Maître des digues et canaux du royaume - Marais de Saintonge, le marais de la Petite-Flandre

 

 

 

 


 

(1) L'original de ces statuts appartient à M. le chev. Hœufft van Velsen, d'Amsterdam.

(2) Les associés sont, pour Moreilles et Puyraveau : Pierre Fillastre, écuyer, sieur de Richemont : Pierre Siette, conseiller, ingénieur et géographe du roi, et Octavius de Strada, éc., seign. de Sarlièves et d'Aubière, savoir :led.

Sr de Richemont pour une moitié et lesd. Siette et Strada pour l'autre ;' pour Maillezais : Fillastre pour un tiers, Siette et Strada pour un autre tiers, et Jacques Morienne, éc., sg d'Astrie, Pierre Robert, Pierre Turpault et François Arrivé, pour l'autre tiers ; pour Nieul : Barnabé Brisson, ayant les droits cédés de Jean Robillé.

(3) Règlement fait et arrêté à Fontenay-le-Comte, en la maison où pend pour enseigne le Petit-Louvre, le 2 juillet 1641. (Arch. Hœuflt van Velsen Amsterdam.)

(4) « Règlement tant pour le paiement deub à Monsieur le maréchal de Grammont et M. de Loynes que de la garantie commune des terres partagées et contestées et des résolutions prises sur lesd. terres. »

(5) « Chacun desd. arpents à raison de 900 toises en superficie, pour chacun. »

(6) Statistique de M. Pageaud, géomètre.