Chauvigny sur Vienne et les Chauvigny de Chateauroux. Acte d’hommage d’Hardouin X de Maillé, seigneur de la Tour. 2 aout 1503.

En 1189, à Salisbury, Richard Cœur de Lion mariait à l'un de ses plus vaillants compagnons d'armes, André de Chauvigny, sa pupille Denise de Déols, fille de Raoul VII, seigneur de Déols et de Châteauroux.

Ainsi commença la seconde maison de Châteauroux dont on connaît l'éclat. André 1er l'époux de Denise de Déols, à sa grande place dans les annales du pays et son histoire est célèbre jusqu'à toucher à la légende.

 L'alliance qu'il contracta sous les auspices du roi d'Angleterre indique à elle seule une grande situation antérieure, et cependant, si l'on cherche au- delà ce qu'était sa famille, on ne trouve absolument aucune indication précise.

–        A quelques heures de Châteauroux se trouve la petite ville de Chauvigny-sur-Vienne, pleine de souvenirs féodaux, et naturellement on a dû penser que de son antique château seigneurial étaient sortis les ancêtres d'André (1) mais, depuis longtemps déjà, en 1189, le château seigneurial de Chauvigny était en la possession des évêques de Poitiers, qu'on y trouve installés dès le commencement du XI° siècle (2).

Des savants se sont demandé s'il ne fallait pas aller chercher ailleurs le berceau de la seconde maison de Châteauroux (3). Les localités du nom de Chauvigny ne manquent pas en France dans le travail si étendu et pourtant encore bien incomplet qu'a rédigé l'Administration des Postes on en a relève (4), en dehors de Chauvigny-sur-Vienne, jusqu'à sept (5), sans compter trois localités de nom presque semblable (6), mais rien ne donne à penser qu'André 1er fût originaire d'un de ces pays un document qui existe aux Archives nationales (7) et qui nous est tombé sous la main au moment où nous faisions quelques recherches relatives à Chauvigny-sur-Vienne y rattache, au contraire, d'une manière précise, les Chauvigny de Châteauroux.

Voici ce document. A raison de la lumière qu'il apporte dans une question intéressant l'histoire du Poitou comme celle du Berri, il trouvera utilement sa place parmi les textes publics par la Société.

 

Loys, par la grace de Dieu, Roy de France, a noz amez et feaulx les gens de noz comptes et trésoriers à Paris, au seneschal de Poictou ou a son lieutenant, a noz procureur, receveur et cler des fiefz en ladite seneschaucée et a tous noz antres justiciers et officiers ou à leurs lieuxtenants, salut et dileclion.

 Savoir vous faisons que nostre cher et bien amé Hardoyn seigneur de la Tour en Anjou, chevalier, héritier en partie en ligne paternel de feu. André seigneur de Chauvigni et de Chasteauroux, en son vivant viconte de Brosse et seigneur de la Chastre au viconte, nous a, ce jourd'huy, fait, es mains de nostre amé et féal chancellier, les foy et hommaige lige que il nous estoit tenu faire desdits viconté de Brosse, la Chastre au viconté et Saint Benoist du Sault et du droit seigneurial et féodal sur la terre et seigneurie de Chauvigni que tient nostre amé et feal conseiller l'évesque de Poictier et autres choses que tient en ladite viconté et païs de Poictou et, lesquelz sont tenuz et mouvans de nous a cause de nostre conté de Poictou auxquetz foy et honmage nous l'avons receu sauf nostre droit et l'aultruy.

Si vous mandons et a chascun de vous, si comme à luy appartiendra, que, pour faulte desdits foy et honmage non faictz, vous ne faictes, mectez ou donnez ne souffrez estre faict, mis ou donné audit Hardoyn seigneur de la Tour, en ses dites seigneuries et choses dessus dites tenues de nous ne autres ses biens, aucun arrest, destourbier ou empeschement en aucune manière, lequel si fait, mis ou donné luy avoit esté ou estoit, le mectez ou faites mectre incontinent et sans delay a plaine délivrance, pourveu que dedans le temps deu, il baillera son adveu et dénombrement desdites choses tenues de nous en nostre chambre des comptes et fera et paiera les autres droiz et devoirs pour ceu deuz si faictz et paiez ne les a.

Donné à Mascon, le deuzieme jour d'aoust l'an mil cinq cent et troys, et de notre règne le sixième.

Par le Roy à vostre relacion,

 

CHAIGNOLLES.

 

 

 

Nous nous bornons, conformément aux habitudes de la Société, à publier ce texte comme élément d'étude en laissant tout développement de côté: nous donnerons seulement comme appendice quelques détails nécessaires pour le faire comprendre.

 Le dernier baron de Châteauroux de la famille de Chauvigny, André IV, était mort le 4 janvier 1502 sans laisser de postérité de son double mariage avec Anne d'Orléans, fille de François d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, et avec Louise de Bourbon fille de Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier.

Il avait, par son testament, institué Louise de Bourbon seule et universelle héritière en la chargeant d'acquitter divers legs à des parents, notamment à Hardouin de la Tour mentionné dans l’acte du 2 août 1503.

Louise de Bourbon se remaria le 21 mars 1508 à Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon (1473-1520) fils de Jean VIII de Bourbon, comte de Vendôme et d'Isabelle de Beauvau, dame de La Roche-sur-Yon.

Les héritiers naturels d'André IV lui intentèrent un procès au sujet du testament.

 A l'instigation du roi Louis XII, eut lieu d'abord à Maçon, dès 1503, un arrangement provisoire qui attribua aux héritiers naturels une partie des biens le procès se continua et fut terminé seulement en 1510 par une seconde transaction ayant cette fois un caractère définitif. C'est par suite des accords provisoires intervenus avec le prince et la princesse de la Roche-sur-Yon qu'Hardouin de la Tour eut à faire hommage au Roi pour divers fiefs et droits seigneuriaux provenant de la famille de Chauvigny.

 Hardouin de la Tour, ainsi que l'indique l'acte du 2 août 1503, était parent d'André IV de Chauvigny par la ligne paternelle. Il était son cousin germain.

Hardouin IX de Maillé, baron de Maillé. seigneur de Rochecorbon, de la Haye, de Montils-Iès-Tours et de Beauçay, conseiller et chambellan du roi Louis XI, sénéchal de Saintonge, capitaine de Mantes, avait épousé, le 26 novembre 1458, Antoinette de Chauvigny, fille ainée et quatrième enfant de Guy III de Chauvigny, baron de Châteauroux, vicomte de Brosse, et de Catherine de Laval sa première femme. Un frère d'Antoinette, François de Chauvigny, était le père d'André IV.

Hardouin X de Maillé baron de Frontenay-l'Abattu, Saintonge, seigneur de Benais et de la Forêt-d'Etampes, troisième fils d'Hardouin IX et d'Antoinette de Chauvigny, épousa, le 30 juillet 1494, Françoise de la Tour, fille de Louis, seigneur de la Tour (8) et de Clairvaux, et de Marie Catherine Gaudin. Il était stipulé dans le contrat de mariage qu'à défaut d'enfant mâle dans la famille de la Tour, Hardouin de Maillé prendrait le nom et les armes de la famille. En 1501, après la mort de François de Maillé, frère aîné de Hardouin, le roi François Ier releva Hardouin et ses descendants de cette obligation. C’est pour ce motif que nous le voyons dénommé dans l'acte du 2 août 1503. «  Hardoyn seigneur de la Tour-Landry  (10). »

Charles TRANCHANT.

 

 

Notice Historique sur le château Baronnial des évêques de Poitiers à Chauvigny et les fouilles archéologiques.<==.... ....==> En 1517, Querelle dans le Marais Poitevin entre les seigneurs de Benet, et les habitants concernant les droits d'usage

 

 


 

1. Fauconneau Dufresne, Hist. de déols et de Châteauroux (Châteauroux, 1873), t. 1er, p. 223. « André de Chauvigny dont le château de famille s'élevait sur les bords de la Vienne ». C'est la tradition générale.

2. «  Isembertus sanctae Pictaviensis erclesiae episcopus construxit ceclesiam in bonorem sancti Sepuleri Domini nostri in convalle castri sui Calviniaci ….» Charte datée du règne du roi Robert (1019-1027), Besly, Evesque de Poitiers p. 52 et Cartulaire de l'abbaye de Saint-Cyprien, publié par M Rédet dans les Archives Hist. du Poitou, t. 3, p. 136.

3. M. Anatole de Barthélémy énonçait encore récemment ces doutes en rendant compte, dans la .Bibli. de l’Ecole des Chartes (année 1874, p. 396 et suiv.), de l'Histoire de Déols et Châteauroux.  M. Fauconneau-Dufresne.

4. Dictionnaire de l'Administration des Postes, édit. de 1859.

(5). Hameau de la commune de Givarlais (Allier. arr. de Montluçon. cant. d'Hérisson). Hameau de la commune de Courçay (Indre-et-Loire, arr. de Tours, cant. de Bléré). Commune, arrond. de Vendôme, cant. de Droué. Hameau de la commune de Saint-Remy la Varenne (Maine et-Loire, arr. d'Angers, cant. Des-Ponts-de-Cé). Hameau de la coin. d'Athée (Mayenne, arr.de Château-Gonthiers, cant. de Craon). Hameau de la comm. de Pacé (Orne, arr. et cant. d'Alençon). Château de la comm. de Luzarches (Seine-et-Oise, arr. de Poutoise, cant. De Luzarches).

6. Chauvigné-  Commune d'Ille-et-Vilaine (arr. de Fougères, cant. d'Antrain).– Hameau de la comm de Mozé (Maine et-Loire, arr.d’Angers, cant. des Ponts-de-Cé). Hameau de la comm. de Chemiré-le-Gaudin (Sarthe, arr. du Mans. cant. de la Suze).

7. Section Administrative. Chambre des comptes de Paris. Languedoc, anciens aveux  

8. La Tour-Landry, ancienne province d'Anjou dép. de Maine-et-Loire, arr. de Cholet, cant. de Chemillé.

9. Plus tard, le roi François Ier autorisa Hardouin X à joindre les deux noms de Maillé et de la Tour-Landry, ainsi que les armes des deux familles.

10 Les détails abondent dans les historiens au sujet des maisons de Chauvigny et de Maillé