Entrainement au tournoi de Chevalerie - René d'Anjou, Louis de Beauvau, Chevaliers Capalle Ponts de Cé

Il existait, en Anjou, au milieu du quinzième siècle, une famille illustre, entourée d'une vénération séculaire qui semblait confondre son origine avec celle des Ingelgériens et des Plantagenet.

Le château de Beauval, dont le temps efface les dernières ruines, avait donné son nom à ce glorieux rameau, que l'on disait détaché de la tige, sous le règne de Foulques-le-Bon. Plusieurs faits historiques venaient à l'appui de cette tradition constante.

Dès 1025, nous voyons les sires de Beauvau prêter hommage à Foulques Nerra, l'épée au côté et la barrette en tête, à cause du parentage. La noblesse d'Anjou marche sous leur bannière. Pieux et magnifiques, ils relèvent les chapelles détruites par mauvaistié normande, fondent et dotent des couvents, attachent leurs écussons sculptés aux voûtes des églises, et confient aux religieux, enrichis de leurs dons, la garde de leurs tombeaux.

La voix de saint Bernard les appelle en Orient, où leur sang rougit la croix du croisé et les lions de leurs armes. Foulques de Beauvau meurt à la guerre sainte et, pour perpétuer sa mémoire, il nous reste un titre où Richard Cœur-de- Lion exprime son attachement et ses regrets.

Nous donnons textuellement cette obligation des croisades, précieux gage de bonne foi, de dévouement et d'honneur, qui rappelle, à six siècles de distance, le nom de vaillants chevaliers angevins.

Ricardus, Dei gratia, rex Ang!iæ, dux Normandiæ, Aquitaniæ , comes Andegavensis , notum facimus universis presentes litteras inspecturis, quod cum convincio fuerit habita inter Andriolum Comte, Jacobum Lhota, Ughetum de Boso, pisanos cives, et dominos Joannem de Campo Caprario, Bartholomeum de Montihus, Theobaldum de Escoteziis, Rotrodum de Monte acuto, Harduinum de Porta, Herveum de Broc et Buchardum dictum Majorem, pro mutuo ducentarum marcharum argenti, dictis dominis per pt'efatos cives faciendo , sub garandia Karissimi bone memorie, condam familiaris nostri, Fulconis de Bello-Valle, per fidem data, nundum vero in patentibus litteris redacta, nos per presentes litteras substituimus garandiam nostram predicte garandie dicti domini Fulconis, tali modo quod si prefati debitores garantisati dictas ducentas marchas non solvermt t^rminis per eorum litteras prefixis, nos eamdem summam dictis civibus reddi facere teneremur infra quendenam, postquam essemus de hoc requisiti.

Teste me ipso. Apud Acon xxi die julii.

 

Richard, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, savoir faisons qu'une convention ayant été passée entre Andréol Comté, Jacques Lhota, Ughet de Boso, citoyens de Pise, et les seigneurs Jean de Champchévrier, Barlhélemi des Monts, Thibaud des Escotais, Rotrou de Montaigu, Hardoin de la Porte, Hervey de Broc et Bouchard, dit le Maire, pour un prêt de deux cents marcs d'argent, qui doit être fait par les susdits citoyens auxdits seigneurs, sous la garantie de très cher et de bonne mémoire, jadis notre parent (1), Foulques de Beauvau, donnée par foi, mais non encore rédigée en lettres patentes; nous, par ces présentes lettres, avons substitué notre garantie à la susdite garantie dudit seigneur Foulques, en telle sorte que si les susdits débiteurs cautionnés ne payaient pas lesdits deux cents marcs aux termes prescrits par leurs lettres, nous serions tenus de faire rendre la même somme auxdits citoyens, dans la quinzaine, après que nous en aurions été requis.

Témoin moi-même. A Acre, 21me jour de juillet.

 

 (Entrainement au tournoi de Chevalerie - René d'Anjou, Louis de Beauvau, Chevaliers Capalle Ponts de Cé)

A la mort de Richard, lorsque Jean-Sans-Terre, ce frère indigne du héros de Ptolémaïs et d'Ascalon, fut honteusement chassé de l'héritage de ses aïeux, les sires de Beauvau vouèrent une inviolable fidélité à la maison de France. (Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.)

René accompagne Charles d'Anjou à la conquête de Naples et de la Sicile, et reçoit l'épée de connétable de ce royaume. Jean, gouverneur de Tarente, partage la fortune de Louis d'Anjou, et son fils Pierre signale sa valeur dans tous les combats contre les Anglais. La poésie, l'amour et la guerre remplirent cette vie agitée; et il nous apprend lui-même que, dans sa jeunesse, il faisait de plaisants dicts et gracieuses chansonnettes, puis quaimant sans espoir et de loyale amour la belle Jeanne de Craon, épouse d'Ingelger d'Amboise, il avait translaté en larmoyant, d'italien en français, un traité de Pétrarque, tant ce sujet était triste et conforme à l'état de son cœur.

La mort d'Ingelger, tué dans un combat, lui rendit l'espérance.

 Il épousa Jeanne de Craon, cette dernière héritière d'une maison puissante, dont quelques chroniqueurs font remonter l'origine à Charlemagne.

Un trait d'un héroïque courage s'attache au nom de cette noble femme, mère de Jean et de Louis de Beauvau, le ditteur du Pas d'armes de la Bergière.

Sur le point d'accoucher de son second fils, elle demanda elle-même l'opération césarienne, devenue nécessaire pour sauver la vie de son enfant,  « qui autrement, dit la chronique que nous citons ici, de ce cachot ténébreux eut esté envoyé aux ténèbres éternelles. Ainsi la dame de Beauvau ne peut estre assez louée d'avoir, par une résolution si généreuse et piété vraiment chrétienne, consacré, à Dieu et à sa postérité, cette vie mortelle, pour ne priver son fils de l'immortelle, lui ôtant le moyen d'estre régénéré des eaux du saint baptême, si elle l'eust mis au monde mort-né. Mais, pour mémoire de ce, elle requit son mary que leur fils portast les armes de Beauvau, escartellées avec celles de Craon, et que ceulx qui naisteroient de luy et de sa postérité seroient obligés de faire le semblable à perpétuité, ce qui depuis a esté observé aux descendants du même. »

A aucune époque de notre histoire, les sires de Beauvau ne jettent plus d'éclat que dans ce siècle, où les périls de la France inspiraient de si chevaleresques dévouements.

Fidèles à leur devise, sans départir, ils font flotter leur bannière sur tous les champs de bataille, à Gênes, à Naples, en Aragon, en Normandie, en Guienne et en Anjou.

Le sire de la Bessière est tué au combat de Castillon. Bertrand, baron de Précigny, preux, dévot et hardi chevalier, se fait accompagner de son fils, à peine âgé de treize ans, et, à la première rencontre, l'enfant gagne ses éperons. Louis et Jean se montrent dignes de leur généreuse mère, et, selon l'expression d'un chroniqueur, s'emploient vertueusement à la guerre contre les Anglois.

Le roi René, qui les avait vus naître et leur portait une affection paternelle, se plut à les combler de ses faveurs. Louis surtout lui était cher; car il avait partagé les vicissitudes de sa bonne et mauvaise fortune. Comme lui, il aimait les lettres, les arts, la poésie, les tournois et les fêtes, et se montrait toujours bon, juste et loyal, plein de générosité et de vaillance (2).

Gouverneur de Marseille, premier chambellan et grand sénéchal d'Anjou et de Provence, le sire de Beauvau consacra sa vie à justifier la confiance de son roi.

En 1445, il reste en Lorraine pour servir de conseil et d'appui au jeune duc de Calabre; il l'accompagne plus tard à la conquête de la Normandie et du royaume de Naples, est nommé chevalier du Croissant à la création de l'ordre, sénateur et grand maître en 1451.

 (Ordre de Chevalerie - Ordre du Croissant ; Los en Croissant, Roy René d'Anjou)

Une lettre de Louis XI l'appelle au parlement tenu à Vendôme en 1458, pour y juger le duc d'Alençon; et, l'année suivante, l'ombrageux monarque délivre de prison Pierre de Brézé, sur la seule caution du bon sénéchal.

Tel était l'éclat dont brillait cet illustre chevalier, que Jean de Bourbon, comte de la Marche, en demandant la main d'Isabelle de Beauvau, sa fille aînée, ne crut pas faire une alliance indigne d'un petit-fils de saint Louis. Souvent alors le sang royal, qui coulait à flots pour la France, se mêlait à celui des grandes races de chevalerie, comme pour puiser un nouvel héroïsme à cette source intarissable de vertus et d'honneur. Henri IV et le grand Condé, tous les princes de leur sang et par eux tous les rois de l'Europe, descendent directement d'Isabelle.

Il semble que René prévoyait cette glorieuse destinée, lorsque, dans le roman de Doulce Mercy, il appendait l'écusson de son sénéchal, parmi ceux des héros et des empereurs, à la voûte du portique du cymetière de l’lsle du Dieu d'amours.

Louis de Beauvau mourut à Rome, où René l'avait envoyé en ambassade près du pape Pie II, avec la réputation d'un des chevaliers les plus accomplis de son siècle.

Son cercueil, rapporté en Anjou par de pieux serviteurs, fut déposé à côté de celui de Marguerite de Chamblay, sa première femme, dans l'église des Cordeliers d’Angers, qu'un de ses ancêtres avait bâtie, aujourd'hui tombée sous le marteau révolutionnaire. Les vitraux du chœur, derrière le grand autel, retraçaient le portrait des deux époux.

Louis y était peint couvert de ses armes, à genoux et la tête nue, près de la gracieuse Marguerite. Une gravure du père Montfaucon nous a conservé sa noble et spirituelle figure dont les traits rappellent ces vers du roi René : « Je, Beauvau Loys, sans doubtance * Ay nom, séneschal de Prouvance, » Qui en amours tousdis m'avance » Des dames quérir l'aliance, » En promectant à tout oultrance » D'estre loyal, sans variance, » Et jurant par ma consciance » Que tel suy. »

(Roman de Doulce Mercy).

En lisant les poétiques descriptions du Pas d'armes de la Bergière, on nous pardonnera de nous être arrêté un instant sur ce fidèle ami du bon roi. Le nom du Béarnais peut-il être prononcé sans y joindre celui de Sully ?

Chaque génération ajoute à l'illustration des Beauvau et augmente le nombre des chevaliers morts pour la défense du pays. Le sang fidèle versé à Jarnac, Saint*Denys, Arques, Ivry, Sénef, Cassel et Marsailles, lave le sang du seul de cette race qui en méconnut les traditions, en tombant, près de Cholet, sous les balles vendéennes. De vertueux et savants prélats, des négociateurs célèbres, de vaillants capitaines, succèdent à Louis de Beauvau; et, au- dessus de tous ces grands hommes, apparaissent les figures historiques du noble maréchal qui, renouvelant un exemple de famille, était blessé à treize ans en se faisant l'aide de camp de tout ce qui marchoit à l'ennemi, et de cet admirable évêque de Tournay, qui, pendant le siège de sa ville épiscopale, changeait son palais en hôpital, vendait ses joyaux, sa vaisselle d'argent, empruntait jusqu'à huit cent mille francs pour nourrir la garnison et affranchir les pauvres des contributions de guerre, puis refusait un Te Deum au prince Eugène, victorieux. Quand une famille, dont le berceau est celui des Plantagenet, laisse de pareilles traces dans l'histoire, l'envie, la haîne et les mauvaises passions demeurent inpuissantes, et il n'est au pouvoir ni des révolutions, ni du temps, d'effacer une gloire si pure; car elle se confond avec celle de la France.

Armoiries

Ecartelé au 1 et 4 d’argent à quatre lionceaux de gueules (Beauvau), au 2 et 3 losangé d’or et de gueules (Craon)

 

Pas_d'arme_de_la_bergère_de_Tarascon_-_BNF_Fr1974

Le manuscrit en vers où Louis de Beauvau a retracé la relation du tournoi de Tarascon, est un in-4°. de 42feuillets seulement, en vélin, assez bien conservé, mais qui n'offre qu'une seule miniature placée en tête du livre.

Louis de Beauvau seigneur de la Roche-sur-Yon, le pas d’armes de la Bergère et René d'Anjou

Elle représente une bergère habillée de noir, et portant une espèce de bonnet auquel est attaché un voile violet. Elle est assise au milieu d'une prairie sur un coussin violet et or; un petit chien et sa houlette sont à ses côtés, et elle tient des fleurs éparses sur ses genoux. Ses moutons sont parqués, et paissent non loin de la bergère. En face d'elle, et en dehors d'une barrière, est un arbre auquel sont suspendues deux cottes d'armes, l'une blanche et l'autre noire. Les armes de Beauvau décorent aussi la miniature, entourées de glands d'or. Sous deux troncs d'arbres qui se touchent et sont réunis par deux pointes de fer, on lit la devise de Louis de Beauvau; Sans départir!

La reliure du manuscrit est en veau fauve fort usé, où Tort distingue à peine des roses., des fleurs de lys et des autruches.

 

 

 

Oeuvres complètes du roi René. Tome 2 / avec une biographie et des notices par M. le Cte de Quatre-barbes

 

Histoire de René d'Anjou: roi de Naples, duc de Lorraine et cte de ..., De Louis François marquis de Villeneuve-Trans

 

 

 Liste des seigneurs de la Roche sur Yon - Abbaye des Fontenelles <==

 

 


 

Foulque 1er, sire de Beauvau, alla à la croisade de Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion
Maison illustre, originaire d'Anjou, comme depuis Geoffroi de Beauvau, qui vivait en 1060. Foulque 1 er, sire de Beauvau, alla à la croisade de Philippe-Auguste. Foulques de Beauvau suivit Richard Cœur-de-Lion, son seigneur, à la Terre sainte, et y prêta sa garantie à plusieurs chevaliers angevins, ses compatriotes, pour un emprunt de 2 00 marcs d'argent, fait à des marchands de Pise.....

 

1 Nous eussions traduit familiaris par officier de la maison, sans le titre de 1025 cum gladio et biretta propter parentagium, qui nous a fait préférer le mot parent.

2 Au temps (1448), estoit dans cette ville (Angers) Capitaine et grand séneschal, Preux chevalier, juste, loyal, Loys de Beauvau. Inscription du boulevard de l'Hôpital Saint-Jean, manuscrits du père Bruneau.