Les anciens Ponts du THOUET - Airvault et le pont de Vernay

A un kilomètre en amont d'Airvault, sur la route de Saint-Loup, qui d'ailleurs conduit à la gare d'embranchement, on remarquera un pont jeté sur le Thouet et qui porte le nom de pont de Vernay.

Au pont de Soulièvre, on ne trouve aucun vestige de maçonnerie romaine et l'ouvrage actuel, qui date de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle parait avoir été le premier pont en pierres élevé en ce point. Il a remplacé les ouvrages en bois édifiés en grumes à l'époque gauloise, en charpentes plus tard, qui se sont succédés depuis que Solo avait construit le premier.

A l'époque romaine ce pont se trouvait situé presqu'à égale distance, dix kilomètres environ de deux ponts gallo-romains qui permettaient la traversée du Thouet en tout temps.

Celui du sud donnait passage à la voie romaine reliant directement Poitiers (Limonum) à Nantes (Portus Namnetum) dont il existe encore un kilomètre intact dans la forêt d'Autun (1). Cette voie se perd à Puyleron, commune de Gourgé après avoir traversé la route de Parthenay à Thouars, mais elle peut être retrouvée par la méthode étymologique, à Breuil-Chaussée (Brolio Calcato) (2). Ellle a été signalée matériellement au-delà de Châtillon-sur-Sèvre (3).

Son pont sur le Thouet se trouvait à Gourgé, un peu à l'amont du pont actuel (4) où peut-être à l'emplacement de ce pont auquel on ne peut attribuer une date de construction.

Le second, au Nord, a donné le nom au lieu-dit Vieil-Pont à la limite des communes de Maulais, Taizé et Saint-Généroux, la dernière possédant les deux rives alors que les deux autres n'occupent chacune qu'une seule rive au nord.

La frontière de ces trois communes est là, la voie romaine qui reliait Ension (Saint-Jouin de Marnes) au Sellense de Grégoire de Tours (5), Chantoceaux sur la Loire.

 Cette voie est décelée sur la plus grande partie de son parcours (6) et passe en bordure de Cholet.

 Son point de départ à Saint-Jouin de Marnes sur l'ancienne voie romaine qui reliait Poitiers à l'Anjou, c'est-à-dire Chénehutte et Gennes sur la Loire, pouvait n'être qu'une bifurcation mais elle provenait probablement de l'est comme le témoignent les deux villages de la Grande Chaussée et de la Chaussée de Renouée (Vienne) situés dans sa direction au-delà de la Dive.

L'emplacement du pont n'est marqué sur les rives que par l'aboutissement du chemin. Les culées ont disparu, mais par basses eaux, on aperçoit les deux piles arasées au niveau du sol.

Le plan cadastral de la commune de Maulais porte une indication qui conserve le souvenir du pont remplaçant le pont de pierres après sa destruction. Le chemin qui borde le Thouet y est en effet indiqué comme «  chemin des Deux-Ponts », preuve de l'existence simultanée de deux ouvrages dont l'un était réduit probablement à des ruines.

Ceci atteste que la voie romaine qui passait à Vieil-Pont a été utilisée jusqu'au Moyen-Age au moins.

Les habitants en parlaient encore au milieu du XIXe siècle (7).

Elle reliait l'Abbaye de Saint-Jouin de Marnes à ses possessions au Nord de la Vendée et de l'Anjou. Ses deux tronçons conservés, celui de Saint-Jouin de Marnes à Coulonges Thouarsais antique colonia dont la voie constitue encore la principale rue, et ensuite celui du pont de Voultegon aux abords de Maulévrier (Maine et Loire) le prouvent.

Il n'en a pas été ainsi de celle qui reliait directement Poitiers à Nantes, perdue sur presque tout son parcours.

Les anciens Ponts du THOUET - Airvault et le pont de Vernay (3)

Elle a sans doute cessé d'être fréquentée dès la fin de l'occupation romaine, quand les mercenaires Teiphales cessèrent leur service dans des redoutes si bien conservées dans la forêt d'Autun (8).

 La circulation changea d'itinéraire quand après le rattachement de l'Aquitaine à l'Empire des Wisigoths de 419 à 507, la Loire devint une frontière réelle entre cette grande province et le royaume Franc.

Le pont de Gourgé dut être ruiné très tôt et les voyageurs allant de Poitiers vers le Nord de l'Aquitaine empruntèrent un chemin moins direct franchissant le Thouet à Vernay au sud de la vallée d'Airvault et inclus dans sa paroisse.

 Le singulier ouvrage qui a été édifié en ce point existe encore et déconcerte les archéologues avertis.

Il a été donné durant longtemps comme romain à la suite de l'indication affirmative de Dom Fonteneau (9) bien qu'à première vue, sa structure ne puisse être imputée aux Ingénieurs des premiers siècles de notre ère. Il comprend onze arches, et a été construit par les moines de l'abbaye au XIIe siècle ; mais des restaurations successives l'ont singulièrement dénaturé.

Les anciens Ponts du THOUET - Airvault et le pont de Vernay (4)

Ses arches qui ont été au nombre de treize au moins, ont des portées d'environ quatre mètres. Elles sont constituées chacune de trois nervures en pierre de taille, les extrêmes supportant en débord les tympans également en pierre de taille, et d'un remplissage en maçonnerie de moellons calcaires liés par un bain de mortier de mauvaise chaux.

Celle-ci ne peut remonter aux romains, ce béton cyclopéen date d'une époque postérieure des maçonneries et bétons pratiqués par les occupants de Rome, rompus à une technique éprouvée.

Les anciens Ponts du THOUET - Airvault et le pont de Vernay (2)

Cet édifice est mérovingien ou carolingien.

D'autre part, si ce pont avait été Gallo-romain, il aurait indiscutablement donné passage à une voie qui lui aurait été contemporaine. Or, on ne trouve aucune trace d'une telle voie sur les abords.

Sur la rive gauche toutes traces du chemin aboutissant à la culée ont disparu et on ne peut accepter comme des débouchés les deux chemins perpendiculaires à l'axe de l'ouvrage qui y prennent naissance.

Le chemin primitif se trouvait dans la prairie. Une amorce d'un chemin ayant desservi le château de Vernay y est encore visible mais on ne peut assurer qu'il s'agit de l'ancienne voie. Celle-ci pouvait très bien traverser la prairie, dite Pré Neuf au cadastre, suivre l'allée actuelle du château de Vernay et se continuer sur le plateau. Il y a tout lieu de penser qu'elle se dirigeait vers l'emplacement de Tessonnières et se raccordait ensuite avec le chemin venant de Soulièvre allant à Boussais et Faye l'Abbesse.

Sur la rive droite, le chemin gravit le côteau et est encore visible, en tranchée, avant la route d'Airvault à Saint-Loup-sur-Thouet qui l'a coupé et fait disparaitre au-delà. Il se retrouve plus haut se dirigeant vers les Jumeaux ; on ne peut toutefois savoir si, pour rejoindre Poitiers, il passait par cette localité, Assais et Vouzailles, route sinueuse toujours parcourue pour aller d'Airvault au chef-lieu de la Vienne. Il pouvait aussi passer par La Grimaudière pour aller rejoindre la route de Saint-Jouin de Marnes à Poitiers qui épouse sensiblement le tracé de l'ancienne voie romaine de Poitiers vers l'Anjou.

Dans sa partie la plus rapprochée d'Airvault, ce chemin qui est devenu la route de Châtellerault est limite de commune entre Borcq et les Jumeaux et son tracé, dans la plaine, a toujours été rectiligne.

On voit que les chemins qui desservaient à l'origine le pont de Viré (Vernay) évitaient la vallée d'Airvault (Aurea Vallis) bien qu'ils aient assuré les mêmes communications que les routes actuelles venant de Poitiers et Châtellerault, en direction de Bressuire et Nantes, alors que la route reliant Poitiers à Bressuire par Parthenay, n'existait pas.

Pourquoi les projeteurs de ce pont de Viré ont-ils dédaigné l'emplacement du pont de Soulièvre, utilisé depuis au moins six siècles alors et encore employé aujourd'hui par un ouvragé des XIIIe ou XIVe siècle sur lequel passe la route moderne ? La question posée n'est pas une énigme.

Certes les constructeurs du pont de Viré ont été bien inspirés en portant leur choix sur le site de Vernay qui, en leur permettant d'utiliser un grand nombre d'arches, leur a assuré un excellent débouche en rivière que dédaignaient ou ignoraient leurs devanciers romains, mais le vrai guide dans leur préférence provient de ce que le chemin passait déjà là.

Pour une cause ou pour une autre, mais sans doute par suite d'une disparition momentanée du pont de Soulièvre, quand la circulation s'est faite par Vernay au lieu de Gourgé, Airvault n'était pas même un simple vicus.

On remarque facilement qu'arrivé aux Jumeaux, ou entre Borcq et les Jumeaux, il était aussi facile d'atteindre Soulièvre en évitant la fontaine d'Airvault et son marécage, que d"aller à la crique du Thouet en face de Vernay. Les deux chemins existaient et plus tard, Airvault a été construit sur celui allant à Soulièvre sans avoir eu aucune influence sur le choix de l'emplacement du pont de Vernay et sans que ce dernier pont, par réciproque, ait guidé d'une façon quelconque le choix du site ou devait s'élever l'église.

 

 

Société des antiquaires de l'Ouest.

 

 

(1) Paul Vigué. La forêt d'Autun et la forge de la Mailleraye. Ligugé 1928, p. 3.

(2) Bulle de Calixte II (1123) Bélisaire Ledain. Dict. des Deux-Sèvres.

(3) Ch. Arnauld. op. cit. p. 30.

(4) Caillard. Recherches sur Airvault manuscrit déposé à la Marie d'Airvault, p. 47.

(5) Alfred Richard. Les Teifales, la Teifalie. B. A. 0. 4e Tr. 1896. Chautocaux indiqué sous le nom de Castrum Cesum au IXe siècle.

(6) D. M. Marié. Précisions sur les voies impériales du Nord de l'Aquitaine romaines (manuscrit). Pas un auteur n'a voulu voir jusque- là ce tracé indiscutable.

(7) Compte-rendu d'itinéraire du Capitaine Boucharat. Arch. de la Guerre. Carton 1257, p. 33.

(8) Paul Vigué. op. cit. Cet auteur donne des détails sur trois redoutes appelées les « fort » Qui ont dû servir à la garde et à la défense de la voie.

(9) Dom Fonteneau. Dissertation sur les Voies romaines en Poitou. M.A.O. 1896, p. 92.