L'abbaye de Saint-Liguaire proche de Niort (Sancti Leodegarii abbatibus)

 L'abbaye de Saint-Liguaire fut fondée sur le site de l'église Notre-Dame-Porte-Dieu (connue en 862 au temps du passage des Normands).

St-Liguaire vient de saint Léger, abbé de Saint-Maixent et évêque d’Autun au VIIe siècle, le patois local ayant déformé ce nom en Léodogaire.

(la Crypte de Saint Leger à Saint-Maixent, le Plus ancien édifice du département des Deux-Sèvres)

L’abbaye bénédictine est fondée an 961, sous le règne de Lothaire, par Eble, évêque et abbé de Saint-Maixent, gouvernant l'abbaye, à l’initiative de son frère Guillaume Tête d’Etoupe, 2ème comte de Poitou.

En ce temps- là, on construisit le monastère de Sainte Marie et de Saint Vincent et de Saint Liguaire, martyr, qui est situé sur la Sèvre. (1).

Presque aussitôt après sa fondation, l'abbaye de Saint-Liguaire fut soumise au monastère de Saint-Maixent.

Puis, les vicomtes de Niort s'en étant emparés, la gardèrent jusqu'à la mort.

Vers 993, la vicomtesse de Thouars Audéarde, restitua le monastère de Saint-Liguaire à l'abbé Bernard, abbé de Saint-Maixent après la sépulture de son mari le vicomte Arbert, et pour le salut de son âme et de celle de son fils Aimeri « afin que grâce à l'intercession du pieux Saint-Maixent, son mari et seigneur Arbert fût ravi aux feux de l'enfer (2).

Ces événements rapportés par la Chronique de Saint-Maixent sont corroborés par une charte de 988 où l'on voit Audéarde restituer à Saint-Maixent l'église de Saint-Liguaire que les ancêtres de son mari lui avaient donnée autrefois et dont ils l'avaient par la suite dépouillée (3).

Jusqu'en 1068, il n‘y avait qu’un seul abbé pour Saint Maixent et Saint Liguaire.

L'abbé Hugo construisit une église où reposait le corps de Saint Ferréol.

Ses moines cultivaient les fertiles alluvions de la Sèvre, asséchaient le marais de Bessines et entretenaient l’écluse de La Roussille.

Au cours des guerres de Religion, l'abbaye est pillée et ruinée. Le monastère est reconstruit, mais pas l'église abbatiale.

 Travaux de restauration en 1725.

 

 

L'abbaye de Saint-Liguaire, près Niort, dont les intéressants débris (XVIe siècle) n'ont pas été jusqu'ici suffisamment étudiés par les archéologues poitevins.

La salle capitulaire, voûtée à huit nervures (réminiscence Plantagenet), est intacte, ou peu s'en faut, malgré le mur qui la divise transversalement, pour la plus grande commodité des deux propriétaires qui se la sont partagée il y a une quinzaine d'années. M. Arthur Bouneault a augmenté sa collection du relevé de cette curieuse salle, dont on ne trouve guère de similaires dans les Deux-Sèvres.

Du cloître (4), voûté également à huit nervures, il ne reste plus aujourd'hui que : 1° d'élégantes clefs de voûte isolées, conservées les unes chez M. Peau, les autres chez M. Aubert; 2° chez M. Peau, trois travées en bon état de conservation. — M. Aubert possède une sépia, exécutée il y a une cinquantaine d'années par feu M. Audouin, alors professeur de dessin de la ville de Niort, sépia qui a servi récemment à M. Lecoq d'Harpentignies pour une petite vue qui a paru dans En Sèvre (5).

À l'aide du relevé mathématique fait par lui des trois travées survivantes, des mesures prises par M. Aubert, qui a démoli une partie du cloître, il y a quinze ans environ, et de la sépia de M. Audouin, — M. Arthur Bouneault a pu restituer en perspective un des côtés de ce cloître, avec toute l'exactitude et la précision désirables.

Les clefs de voûte du cloître et de la salle capitulaire présentent, entre autres décorations : 1° un écusson mutilé de à la bande de au lambel de en chef; 2° une initiale richement ornée « B ».

On sait qu'au XVIe siècle, les initiales sculptées sont toujours des initiales de prénoms.

Or, clans la série de clefs de voûte armoriées, qui forme une section spéciale de la collection de blasons poitevins de M. Arthur Bouneault, figure — découvert aux Alleuds (Deux-Sèvres) — un écusson bien conservé de à la bande de, au lambel de.... en chef.

De plus le profil des nervures, aux Alleuds et à Saint- Liguaire, est absolument le même.

Donc : 1° identité entre celui qui a fait construire aux Alleuds et celui qui a fait construire à Saint-Liguaire; — 2° un seul artiste pour les deux constructions.

Il n'y avait plus qu'à ouvrir le Gallia christiana pour avoir le nom de l'abbé — au prénom commençant par un B — qui avait régi les Alleuds et Saint-Liguaire au XVIe siècle.

Cet abbé s'appelait Bertrand d'Aitz.

« Bernardus Daits (dit le Gallia dans la notice sur les Alleuds), 1510. 1. julii et 1545. 10. octob. ex chartis authen- ticis regise biblioth. et adhuc 1532 et 1547. — Noster D. Claud. Estiennot hune vocat Bertrandum Daix vel d'Aux, quem redditibus monasteriorum S. Leodegarii ad Separim et Allodiorum potitum fuisse dicit annis 1557 et aliis » (6).

Et à la notice sur Saint-Liguaire : « Bertrandus d'Aix, al. d'Aux, prior de Azayo prope S. Maxentium et abbas commendatarius S. Leodegarii, 1540. 1555. et 1560. sub cujus pravo regimine, ut pote Calvinianse addicti .sectee, monasterium a neotericis evertitur anno 1559 » (7).

Le Gallia ajoute que le successeur de Bertrand à Saint- Liguaire reconstruisit l'abbaye : « Guillelmus de Massacré... -monasterium regebat 1571. 75. et 84. cujus sedes abbatiales, ceteraque sedificia resarcivit ».

La découverte de M. A. Bouneault permet donc de compléter le Gallia sur un point intéressant.

 Elle permet en outre d'affirmer ce que M. Beauchet-Filleau avait seulement avancé comme probable, dans la seconde édition du Dictionnaire des familles du Poitou :

« Bernard d'Aitz, abbé des Alleuds, vers, 1510-1547 (d'après le Gallia christiana, II); paraît être le même qu'un Bernard ou Bertrand, abbé de Saint-Liguaire, au milieu du XVIe siècle, qui était fils de Raymond et de Jeanne d'Abzac de la Douze » (8).

— « Bernard ou Bertrand, d'abord prieur d'Azay-le-Brûlé, près Saint-Maixent, puis abbé commendataire de Saint-Liguaire, de 1540 à 1560 Comme nous l'avons dit, il pourrait se faire que ce fût le même personnage que l'abbé du même nom vivant à la même époque » (9).

Nous permettra-t-on d'ajouter que la date de 1510 donnée par le Gallia nous paraît sujette à caution. La typographie a plus d'une erreur historique à son actif.

La sculpture des Alleuds et de Saint-Liguaire, notamment dans le cran des feuillages, est d'un caractère absolument différent de ce que nous trouvons à la même époque dans la région méridionale des Deux-Sèvres. Il y a lieu de croire que l'artiste employé par Bertrand d'Aitz dans ses deux abbayes se faisait à cette date une spécialité de l'art religieux.

Peut-être était-ce un moine???

En tout cas, nous devons reconnaître en lui un sculpteur plus habile que ceux qui ont travaillé à la même époque dans notre pays.

Les armoiries des clefs de voûte de Saint-Liguaire et des Alleuds doivent se restituer : de gueules à la bande d'or, au lambel de même en chef (10).

 

De style roman, elle occupait près de 2 hectares en bordure de la Sèvre.

Maintes fois rebâti après les guerres de Cent Ans et de Religion, le monastère est vendu en 1791.

La salle du chapitre du XVIè s. est l’un de ses derniers vestiges et 3 fragments d’os de l’unique reliquaire connu (St-Léger-du-Bois, diocèse d’Angers) sont donnés en 1962 à l’église Ste-Marie-Madeleine à l’occasion de son millénaire.


A voir aussi : les 2 clefs de voûte du cloître Renaissance représentant des têtes d’empereurs réutilisées sur le portail de l'école Ste-Macrine.

 

Carnet de voyage d'un antiquaire poitevin / par Jos. Berthelé,...

 

 

 

 988 - Donation à Saint-Géraud d'Aurillac par Aldegarde comtesse d'Angoulême, de divers biens sis en Poitou<==.... ....==> Découvrez la Sèvre Niortaise et ses paysages au fil de l'eau : Le château de la Tiffardière, son port et son écluse.

 Saint-Maixent : Histoire et fouilles archéologiques dans la crypte de l’ancienne église de Saint Léger  <==.... ....==> LE MONACHISME EN POITOU AU Xe SIÈCLE

 

 


 

(1) Chronicon Sancti Maxentii Pictavensis, éd. MARCHEGAYMABILLE, p. 380.

(2) Gall. Christ., n, 1123-24; Chronicon Sancti Maxentii Pictavensis, éd. MARCHEGAY-MABILLE., p. 385-386.

(3) Chartes et documents pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Maixent, publ. par A. RICHARD, n° 56, p. 72 : « ... placuit nobis reddi ecclesiam sanctae Mariae et sancti Vincentii martiris, que nunc modo monasterium sancti Leodegarii confessoris vocatur, quem antecessores nostri ob remedium animarum suarum contulerant piissimo Adjutori Maxentio et martiri Leodeguario. »

(4) « Il existe dans la mance conventuelle de superbes cloîtres voûtés dont les voûtes sont superbes avec différentes armoiries et quelques têtes d'empereurs. » (Lettre de C. Pellerin-Salmandière, maire de Saint-Liguaire, au préfet des Deux-Sèvres, 18 août 1810, publiée par l'abbé Alfred Largeault, dans les Bulletins de la Société de statistique des Deux-Sèvres, avril-juin 1886, p. 304.)

(5) En Sèvre, p. 19.

 (6) Gallia christiana, tome II, col. 1295.

 

(7) Gallia christiana, ,tome II, col. 1125;

(8) Dict., 2e édit., tome Ier, p, 28.

(9) Ibid., p. 29;

(10) Beauchet-Filleau, Dict. 2e édit., tome Ier, p. 28.