La situation sur les côtes d’Aunis au 1er juillet 1757

La Campagne se poursuit favorablement en Europe: Frédéric II battu à Kolin, le 18 Juin, a du évacuer la Bohême. Le Maréchal d'Estrée s'est emparé de Emden le 20 Juin, coupant ainsi les communications directes du Hanovre avec l'Angleterre, il avance vers la Weser qu'il passera le 16 Juillet.

L'Armée du Prince de Soubise, unie à l'armée impériale, est prête à avancer en Saxe. Au Canada, l'action des Anglais sur Louisbourg est paralysée par la concentration des escadres françaises; Montcalm résiste victorieusement dans le centre.

Dubois de la Motte a en effet effectué le 19 Juin à Louisbourg, sa concentration avec les deux divisions de Beaufremontet du Revest; il dispose de 18 vaisseaux et de 5 frégates. L'escadre de Holburne, détachée le 7 Mai à sa poursuite, n'arrivera à Halifax que le 9 Juillet et réunira 16 Vaisseaux et 16 frégates. Les deux flottes sont sensiblement égales, Holburne à l'ordre de bloquer l'escadre française qui doit rentrer avant l'hiver. Aux Antilles, une division de 6 bâtiments, sous les ordres de Rersaint, domine sans conteste.

En Europe, nous armons à Brest, sous les ordres de l'amiral de Conflans, une escadre de 21 vaisseaux, mais en fait il n'y en a que 10 en rade incomplètement équipés. Elle est surveillée par la flotte de la MANCHE, qui détache de petites divisions en croisière entre OUESSANT et le cap Ortegal. En Méditerranée Minorque est complètement coupée de Toulon où 6 vaisseaux mal armés de Laclue sont bloqués par 14 bâtiments anglais.

 

 

Le terrain.

 

Débordant un peu les limites administratives de l'Aunis, nous considérons ici l'ensemble formé par les iles de Ré et d'Oléron et la côte depuis le Pertuis Breton jusqu'au Pertuis de Maumusson.

 

 

Elles limitent en effet ce que l'on nommait alors les rades de la Rochelle et forment un tout indivisible.

 

L'Ile de Ré, formée de deux parties réunies par l’isthme étroit de Martrais, est inabordable sur sa côte sud, rocheuse et sans abris. Sur la cote du Pertuis Breton on peut débarquer facilement aux Portes ou aux Sablanceaux.

La citadelle de Saint-Martin, munie d'un port excellent et bien défendu, serait pour un ennemi débarqué un objectif intéressant. Les communications avec le continent se font entre les Sablanceaux et la Repentie, elles sont souvent contrariées par le mauvais temps, et des bâtiments ennemis, occupant les rades, peuvent les couper.

 

A Oléron, un débarquement n'est possible que sur la côte Est, dont la défense est facilitée par des marais que l'on peut inonder. La communication avec le continent, entre le Château d'Oléron et le fort du Chapus, se fait par tous, les temps, elle est très difficile à couper.

De la pointe Grouin du Cou à la Sèvre la cote, bordée de marais infranchissables, se défend d’elle-même.

 

 De la Sèvre à la Charente la cote est bordée de falaises peu élevées. Un débarquement est possible dans les baies qui ouvrent sur ces falaises: dans l'Anse du Plomb au Nord de la Repentie, sur les platins d'Angoulin et de Chatellaillon, enfin sur la pointe de Fouras.

 

Il y a deux objectifs possibles: La Rochelle et Rochefort.

La Rochelle est reliée par une route à l'Anse du Plomb, qui n'est qu'à 5 km; une autre route la relie à Rochefort, elle longe la cote jusqu'à 2 km au sud d'Yves et court ensuite au SE. Elle est séparée de FOURAS par une plaine toujours sèche garnie de quelques bois. Rochefort, à 10 milles dans l'intérieur, sur la rive droite de la Charente, ne peut être atteint que par la rivière ou la route de la Rochelle.

En effet, le pays, en dehors des bords immédiats de la rivière qui inondent à chaque marée, est sec jusqu'au Vergeroux; mais, un peu en aval de ce point, trois canaux vont alimenter des marais qui couvrent Rochefort de tous les côtés. La route franchit canaux et marais sur une chaussée coupée de nombreux pont. Elle est doublée un peu au Nord par le vieux chemin de la Rochelle.

Au NO de la pointe de Fouras, et séparée d'elle par un chenal étroit; accessible à tous bâtiments, se trouve la petite ile d'Aix, que l'ennemi devra forcément occuper avant de tenter un débarquement.

 

 Au Sud de la Charente, la cote est marécageuse jusqu'à Brouage, les difficultés de navigation rendent les côtés du Pertuis de Maumusson inabordables.

Au Sud de l'Ile d'Aix une rade très abritée et très sure peut recevoir n'importe quel bâtiment par tous les temps. Au Nord la rade des Basques est un bon mouillage mais très agité par vent d'Ouest. Les petits fonds ne permettent pas aux vaisseaux de s'approcher à moins de trois milles des points de débarquement; la remontée de la Charente n'est possible que par fortes marées et vents favorables, et jusqu'au Vergeroux seulement, pour des vaisseaux qui ne peuvent se délester.

Les courants dans les rades varient de 1 noeud dans les Pertuis à 3 noeuds à l'embouchure de la CHARENTE.

Pour attendre les rades une flotte venant d'Angleterre, ou bien passera près d'Ouessant et de l'Ile Dieu, ou plus probablement, fera route au large, pour tenir sa destination secrète le plus longtemps possible. Comme sa vitesse sera faible, si elle est encombrée d'un convoi de transports, il est possible dans le premier cas d'être prévenu par des courriers. Dans le second cas l'incertitude d'une longue traversée, hors de vue de terre, l'obligera à atterrir sur une latitude, et des frégates bonnes voilières en découverte dans l'Ouest pourront donner l'alerte.

 

 

Les fortifications - Les batteries de cote.

 

 

Un règlement de 1743 a rattaché à la marine "toutes les batteries de côte, forts châteaux et redoutes, même les fronts des villes et citadelles baignées par la mer dont le service dépend de la terre".

Il est prévu pour cet objet 650.000 livres par an; de plus en 1757 un crédit extraordinaire de 700.000 livres a été accordé pour la défense des côtes. Mais, vers le mois de mai 1757, la marine n'a reçu, sur les crédits des deux années 1756 et 1757, et sur le crédit extraordinaire, qu'un total de 150.000 livres. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que l'entretien des forts et batteries laisse à désirer.

A la fin de 1756 les batteries étaient encore dans l'état où les avait laissées la dernière guerre.

Le Maréchal de Belle-Isle a ordonné le 6 Mars 1757 "d'armer les différentes batteries de terre et des iles ».

 En fait, jusqu'en Juillet on ne fait à peu près rien: quelques travaux d’entretien à Ré et Oléron, et de grosses réparations à l'Ile d'Aix.

Au début de Juillet 1757, les forts et batteries de l'ile de Ré sont en bon état, Saint-Martin peut soutenir un siège. Deux redoutes aux Portes et aux Sablanceaux, un fort à la Pré, et une redoute à Martrais protègent les points importants.

A Oléron le château est bien pourvoi. Quelques batteries sur les cotée sont, suffisamment approvisionnées. L'Ile d'Aix, dont l'importance est primordiale, porte un fort sur la pointe Sud, à la réparation duquel on travaille depuis le mois de Janvier, les travaux sont pas terminée. Il y a en plus deux batteries de 2 pièces sur la côte NW et une batterie au S.E.

Sur la cote d'Aunis, la plupart des batteries n'ont que 7 ou 8 coups à tirer.

LA Rochelle a ses remparts en mauvais état, ses magasins à peu près vides. La pointe de Fouras est défendue par la redoute de l'Eguille dont le fossé est presque comblé, et par un fort en bon état.

 

  A Rochefort, le fossé est en partie plein, il n'y a ni redans, ni demi-lunes, ni chemins couverts, ni ouvrages extérieurs, les portes ne valent rien; enfin le rempart est incomplet du côté de Martrou et remplacé par un "simple mur de jardin".

" La farine s'est toujours opposée à ce que l'on compléta les remparts, dans la crainte que, devenue place formée, on y mette une garnison". Il n'y a pas un canon sur les remparts.  

La Charente est défendue par deux batteries sur la rive droite l'une au Vergeroux qui commande en même temps la chaussée de la Rochelle; l'autre à l'embouchure du fort de la Pointe, et sur la rive gauche par le fort Lupin et le fort de l'Ile Madame. Toutes ces batteries sont plus ou moins abandonnées.

 Au Sud de la rivière, la plupart des canons sont "chambrés", les affûts sont entassés.

Le service de l'artillerie est fait sans règle fixe par l'armée ou la marine. Le plus souvent c'est la marine, plus riche en personnel spécialisé, qui détache des officiers. Leur situation est définie par un règlement de 1756 qui s'exprime ainsi:

"Les officiers de marine, lorsqu'ils sont détachés sur les batteries de côte, ne doivent compte qu'à leurs propres chefs. S'ils se trouvent dans un fort, ils sont comme des officiers d'artillerie dans une place, sous les ordres de l'officier de troupes réglées."

Si les fortifications et batteries sont à la charge de le farine, par le décret de 1743, il arrive souvent que les munitions ou même les pièces appartiennent à l'armée. La phrase suivante d'un rapport de 1759 montre bien l'enchevêtrement des services:

"Il y a des batteries établies par l'artillerie de terre, qui sont servies par des officiers et canonniers de la marine, d'autres où la marine a fourni les canons et les munitions, dont le service est fait par les officiers de 1' artillerie de terre, et enfin d'autres où le service se trouve tellement mêlé que les commandants des provinces ne savent à qui s'adresser pour faire pourvoir à ce qui y manque: "

  C'est ainsi par exemple qu'au fort CHAPUT, l'artillerie dépend de la marine, la poudre et les boulets de la guerre.

 

 

Les troupes réglées.

 

Quelques bataillons de troupes réglées étaient toujours maintenus dans les différentes provinces du royaume pour leur défense, et le maintien de l'ordre. Nous donnons en annexe (voir annexe II) la liste de ces troupes. Et leurs emplacements au 1er Juillet 1757.

Pour l'ensemble des trois provinces Poitou, Aunis et Saintonge, elles se montent à 12 bataillons et 4 escadrons. Il faut y ajouter quelques compagnies d'invalides, anciens soldats inaptes au service actif, répartis dans les forts. Il y en avait 300 à Brouage, 50 au fort de Fouras.  

 

La garde-côte.

 

Composée des habitants des paroisses maritimes, non- inscrits aux classes et dispensés de ce fait de tirage au sort à la milice, la garde côte devait primitivement surveiller la côte. et repousser les tentatives isolées de corsaires.

Son rôle s'est peu à peu amplifié: le littoral a été divisé en capitaineries, groupant les paroisses voisines, et comportant chacune des compagnies de guet pour la surveillance, et des compagnies détachées chargées de repousser l'ennemi.

Deux ordonnances du 16 Mars 1756 et du 5 Juin 1757 ont réorganisé la garde cote des provinces de Poitou, Aunis, et Saintonge.

 Elles diminuent le nombre des capitaineries, fixent à 1 bataillon l'effectif de chacune d'elles, révoquent toutes les commissions, et décident que les nouveaux officiers seront nommés sur proposition des gouverneurs.

 

La Marine.

 

Il y a en compagnies détachées environ 1500 hommes à Ré, 2000 à Oléron, et 2000 en Aunis.

 Les gardes côte des iles sont parfaitement organisés et entrainés, les bataillons de terre ferme sont à peine formés. La dernière ordonnance du 5 Juin vient d'arriver et elle a révoqué toutes les anciennes commissions.

On éprouve les plus grandes difficultés à trouver des officiers, surtout des lieutenants dont les indemnités de déplacement sont trop faibles, "Il. Faut autant que l'on peut, dit le gouverneur de la province, ne pas dégouter des officiers qui servent gratis, et sans aucune perspective, dans une milice qu'il s'agit de mettre en bon pied."

C'est la marine qui pourvoit à l'armement et au paiement des gardes côte, règle qui n'est d'ailleurs pas absolue car 1’ "Ordinaire des guerres" a souvent payé les soldes pendant le guerre précédente. Ils dépendent du Secrétaire d'état à la Marine, mais sont sous l'autorité directe du gouverneur de la province.

Il y a un vaisseau 7 frégates et 2 corvettes armés; un vaisseau et une, frégate sont attendus de, Brest en renfort. Un convoi important vient de partir le 27 Juin pour Brest, sous l'escorte de quatre frégates et de deux corvettes. Un vaisseau le " WARWICK" qui vient d'être armé et va renforcer l'Escadre de Brest a pris la direction de l'escorte.

Les trois autres frégates sont pour 15 jours en croisière contre les corsaires. Les équipages manquent pour armer, une frégate la "DIANE" qui est dans le port, ainsi qu'un vaisseau et une frégate en achèvement, qui vont être bientôt terminés.

" 'L'activité de la Marine est toute entière tournée vers les convois de ravitaillement pour Brest et les colonies.

 Les lettres du Ministre recommandent d'activer les envois de canons, pour que l'on puisse augmenter le nombre des vaisseaux de l'Escadre. Poussé par les demandes réitérées du gouverneur de la Province, l'Intendant se préoccupe de munir les forts et batteries des approvisionnements nécessaires.

 

La situation sur les côtes d’Aunis au 1er juillet 1757 (2)

 

L'Organisation du Commandement.

 

Un gouverneur est commandant des trois provinces: Poitou, Aunis et Saintonge: c'est le Maréchal de Senecterre depuis le début de 1757.

Chargé de la défense et du maintien de l'ordre il dispose des troupes réglées et des gardes côte. Pour les premières, il dépend du Ministre de la Guerre; pour les secondes, du Ministre de la Marine; aussi pour assurer la liaison entre les deux départements, un Inspecteur des côtes de 1'Atlantique a été nommé au début de 1756, c'est le Maréchal de Belle-Isle.

Le Gouverneur a sous ses ordres les commandants des Iles de Ré et d'Oléron: Mr. de Princé et Mr.de Crussol, il dispose de plus d'officiers généraux pour commander sous ses ordres qu'il a répartis ainsi: Mr. de Surgère en Saintonge, Mr. de Langeron en Aunis, et Mr. de Rouffiac, Colonel du Régiment qui est aux Sables en Poitou.

La Marine possède de son côté son organisation indépendante, composée du Commandant de la Marine et de l'Intendant., relevant tous deux du Ministre. Le Commandant de la Marine: Mr. de GUEBRIANT a autorité sur les bâtiments armés, il règle le service des escortes et des croisières, et transmet les Instructions du Roi aux bâtiments partant en campagne. L'Intendant. Mr. de Ru1s commande l'arsenal, et arme les bâtiments, il a toutes les attributions administratives du port.

Si l'on considère que c'est la Marine qui doit entretenir les fortifications, payer et armer les gardes côtes, approvisionner la plupart des batteries, et leur fournir du personnel, on voit la nécessité pour le gouverneur responsable de la défense, de se tenir en contact étroit avec les autorités du port.

Malgré de nombreuses conférences et la bonne volonté de tous, beaucoup de difficultés ne peuvent être résolues, non sans perte de temps, que par de volumineuses correspondances avec les Ministres intéressés.

 

 

CHAPITRE II

LES RENSEIGNEMENTS ET LA PREPARATION.

 

Les Sources de Renseignements. -

Les Archives du Ministère de la guerre de cette époque sont pleines-de renseignements transmis à Paris par les autorités de la cote.

Ce sont des interrogatoires de prisonniers anglais, de bateaux marchands, faisant escale dans les ports ou rencontrés à la mer, de prisonniers français rapatriés. Ce sont aussi des résumés de journaux anglais, ou des rapports de petits bâtiments maquillés, anciens corsaires anglais pris en mer, qui vont jusque dans les rades ennemies.

Le gouverneur de Dunkerque Mr. du BARRAIL, bien placé, à portée de la côte anglaise, est un agent remarquable. Il écrit Journellement au Maréchal de Belle-Isle, il lui résume les gazettes anglaises; il entretient un agent, un sieur Vavens à Ostende pour "apprendre par les paquebots les nouvelles d'Angleterre de première main", il a-passé en Janvier 1757, un contrat avec un certain SAISSI, Italien marchand de vins et de primeurs à Londres, qui, moyennant 200 livres par mois, lui transmet tous les renseignements qu'il peut recueillir. Il a des agents à Genève,-Brèves, Furne, Cologne et Berne pour l'acheminement de la correspondance avec l'Angleterre.

L'historien officiel anglais de la guerre de 7 Ans, Entick parle longuement d'un certain Henfey, médecin Irlandais catholique, qui dit-il, correspondit avec Paris jusqu'en Mars 1758, et dont les lettres passaient par l'Allemagne, ou par l'intermédiaire de son frère, un Jésuite secrétaire à l'ambassade d'Espagne à LA HAYE. Il ne nous a pas été possible d'en trouver tracer; c'est peut-être l'informateur " à portée d'être bien instruit et très bien intentionné pour le Service du Roi" dont par le Maréchal de Belle-Isle.

Les renseignements intéressants sont envoyées par les Ministres aux différentes provinces; mais si un avis, obtenu sur la cote, semble particulièrement important, il est transmis directement, en même temps qu'envoyé à Paris.

Par tous ces moyens, les déplacements de troupes anglaises, les mouvements de la flotte de guerre et des transports furent rapidement connus en France. Seule la destination exacte de l'expédition resta secrète et les frégates envoyées de Brest pour voir, se heurtèrent au dispositif de sûreté anglais et ne purent rapporter aucun renseignement.

 

 

Du 1er Juillet au 23 Août 1757;

 

Depuis le début de Juillet de nombreux avis préviennent Paris que des troupes, dont la destination est inconnue, se rassemblent sur les côtes anglaises. Craignant une descente en Flandre, le Gouvernement fait occuper Ostende et Nieuport, gardés jusque- là par de faibles garnisons autrichiennes; les troupes nécessaires sont prises à Dunkerque et en Normandie.

 le 18 Juillet toutes les côtes sont alertées par l'avis suivant:

"Le nouveau ministère anglais veut à quelque prise que ce soit, faire une descente sur nos côtes."

Le Maréchal de Sénecterre presorit partout " de redoubler d'attention". Il se plaint du mauvais état de sa garde-côte et du petit nombre de ses troupes. Disposant de 3 bataillons à Ré et de trois à Oléron, il les fait cantonner à portée des points de débarquement.

Avec le reste des troupes d'Aunis, soit 3 bataillons et 2 escadrons, il compte se porter à l'endroit attaqué. Il presse 1'Intendant de gréer les batteries et de fournir des vivres aux forts.

 Enfin, il demande à l'Ile Dieu et à Belle-Isle de lui dépêcher un courrier dès qu'on aura connaissance d'une flotte de guerre.

Pour la Marine, cet avis n'a pas troublé les opérations d'escorte et de convois. A la fin de Juillet le Commandant de la Marine enverra trois frégates croiser quinze jours entre l'Ile Dieu et la côte du Poitou, son intention est de faire chasser les corsaires, pas du tout de s'éclairer sur l'approche d'une flotte ennemie.

 

 

Un Nouveau convoi pour Brest se concentre à l'Ile d'Aix, il doit comprendre des gabares chargées de canons à Rochefort et à Libourne et des bâtiments frettés pour les colonies.

 Son départ est prévu pour la fin d'Août. Les deux Bâtiments attendus de Brest en renfort rallient au début d'Août.

 

 

Du 23 Août au 5 Septembre 1757.

 

Les renseignements que l'on reçoit sont de plus en plus précis, ils annoncent une descente sur Brest et peut être sur Rochefort.

Le Maréchal de Belle -Isle renforce la Bretagne par trois bataillon; pris en Normandie, et prescrit que toutes les troupes de cette province passeront à Brest si cette ville est attaquée Rochefort est prévenu par deux lettres:

Dans la première, le Maréchal de Belle-Isle écrit au Gouverneur:

" Tous les avis secrets que nous recevons d'Angleterre confirment tous que le grand armement des Anglais est destiné contre nos côtes, et nonobstant le grand secret qui est observé, ils se réunissent tous à assurer que c'est à Brest qu'ils en veulent, et peut-être à l'Ile d'Aix et à Rochefort et à nos Iles de Ré et. d'Oléron. "

Dans la seconde, Mr. de Moras, Ministre de la Marine, écrit à Mr. de GUEBRIANT:

"Les avis secrets venus d'Angleterre ont donné connaissance que les Anglais doivent entreprendre une descente sur nos côtes avec 15 ou 20.000 hommes de troupe soutenus par 18 vaisseaux de ligne et que leur projet est d'attaquer le port de Brest.:... mais, comme il peut se faire qu'ils en aient un autre, ou que, ne réussissant pas dans leur premier dessein, ils cherchent à tomber sur quelqu'endroit de la cote du Sud, l'intention de Sa Majesté est que vous soyez avec Mr.de Ruis, quels sont les arrangements que l'on peut faire, en ce qui concerne la marine, pour être en état de défense."

Dès réception de cette lettre, l'Intendant et le Commandant de la Marine se concertent "Tout bien considéré, disent-ils, il n'est pas praticable d'embosser des vaisseaux ou des frégates dans aucun parage de nos rades, il ne serait non plus pas à propos de faire sortir ces mêmes bâtiments, parce que, les rades de Brest et de Rochefort se trouvant occupées ou barrées par les Anglais, il ne serait plus possible d'y rentrer."

Par suite ils décident de faire remonter en rivière tous les bâtiments, sauf les frégates "ZEPHIRE" et "FIDELE" et le brick "CORMORANT", qui iront à la découverte dans les Pertuis. On disposera ainsi de I200 hommee supplémentaires pour la défense du littoral.

Une conférence réunit le 20 aout le Gouverneur, le Commandant de la Marine et l'Intendant, dans laquelle sont fixées les dispositions à prendre pour l'armement rapide des batteries "tant en hommes qu'en artillerie et munitions." Il est décidé d'approvisionner les batteries en commençant par celles des Iles, et d'employer le personnel de la Marine disponible à l'armement des forts et batteries qui bordent la Charente, et à l'organisation d'un bataillon de 600 hommes.

L'état détaillé de ce personnel sera envoyé au Maréchal le 3 Septembre.(Voir Annexe VI) Tous les Navires remontent en rivière le mouvement est terminé le 30 Août.

Le Maréchal de Senecterre s'arrête au plan suivant, qu'il expose dans deux lettres du 30 Août et du 3 Septembre: Il n'y a rien à craindre de sérieux sur les côtes de Poitou et de Saintonge; les Iles de Ré et Oléron sont en bon état de défense, les troupes réglées sont peut- être un peu faibles dans l'Ile de Ré, étant données les communications peu sures avec le continent; un débarquement n'est possible que vers Fouras, son but sera Rochefort; il ne peut être tenté qu'après la prise de l'Ile d'Aix dont les fortifications ne sont pas achevées.

 En conséquence le Régiment de Bruslard passera dans l'Ile de Ré; les troupes de Saintonge remonteront vers le Nord pour être à même de passer la Charente; toutes les troupes d'Aunis sauf un bataillon de gardes-côtes, et la moitié des bataillons de Béarn et Bigorre qui resteront à la Rochelle, se porteront à l'alerte dans la plaine qui s'étend entre Fouras et le Vergeroux pour repousser le débarquement; le bataillon de la Marine gardera le Vergeroux, qui service de position de repli; tous les ponts, autres que ceux de la route de Rochefort à la Rochelle, seront détruits.

 

 

Du 5 Septembre au 20 Septembre 1757

 

Nos informateurs ont précisé la formation de camps pour les troupes à l'Ile de Wight le rassemblement de nombreux transports aux Dunes, l'embarquement de fourrages et d'artillerie. Ils ont confirmé Brest comme destination probable de l'expédition. On sait aussi que des pilotes, pratiques de nos côtes, ont été demandés à Jersey. Les vents d'autre part, restent contraires à la sortie des transports des Dunes.

Aussi le 5 Septembre Mr. de MORAS, auquel il a été rendu compte des mesures prises informe Rochefort que " la flotte anglaise est retardée par les vents de S et SW du mois dernier, qui ont empêché les transports de passer de la Tamise à Portsmouth.

Comme l'équinoxe approche, ajoute-t-il, il y a lieu de juger, qu'après les premières tentatives sur Brest, ils ne songeront point à se rejeter sur d'autres parties." En conséquence il ordonne de faire sortir de la rivière le convoi et son escorte, ainsi que les deux vaisseaux) et de faire passer tous les bâtiments d'urgence à Brest. Les deux vaisseaux renforceront l'escadre, et le convoi est attendu avec impatience pour armer d'autres bâtiments qui manquent de canons. L'escadre doit en effet être prête pour assurer " la rentrée des escadres d'Amérique du 10 au 20 Octobre",

On donne immédiatement contre-ordre a aux bâtiments qui sont remontés en rivière, et s'étaient pour cela délestés. Les opérations de chargement reprennent, et Mr. de Guébriant prévient le gouverneur que dans ces conditions, il ne peut plus fournir de canonniers aux batteries, mais qu'il lui est encore possible de former un bataillon de 500 marins.

Le Maréchal de Sénecterre dans une lettre du 8 Septembre, prévoit qu'il y suppléera par des canonniers gardes côte, instruits en 1756, mais que " les pièces seront mal servies". Il complète son dispositif en portant à Soubise la moitié du bataillon de la Sarre, qui est en Saintonge, en faisant rallier à Charente les deux escadrons dont il dispose en Aunis, et en faisant cantonner le 12 Septembre la moitié des bataillons gardes-côte à portée de leurs postes.

Il envisage de faire passer en Aunis le bataillon de milice qui est aux Sables. Il fait disposer quelques canons sur les plages, en particulier dans l'Anse du Plomb qui lui donne quelque inquiétude pour la Rochelle." J'espère dit-il, empêcher la descente, en tous cas harceler l'ennemi de manière que, s'ils attaquent le Vergeroux, ils courrent grand risque d'être repoussés. Si le Vergeroux est forcé, on ne peut défendre Rochefort."

La Marine continue à fournir aux batteries approvisionnements et munitions, non d'ailleurs sans difficultés comme l'indique cette phrase de Mr.de Ruis, inquiet pour ses magasins: "On me fait beaucoup de demandes que la nécessité indique, j'y résiste autant que je le puis, mais si le pays est attaqué, il faudra bien pourvoir."

Mais la flotte anglaise a quitté le 9 Septembre la rade de Hélène. Elle a été vue par un petit corsaire le " M de BELLE ISLE" et par un bâtiment hollandais qui relâche à Dunkerque le 13.

 

 

Le Ministre ordonne d'envoyer de Brest des frégates en découverte, et le 15 Septembre à 8 heures 1/.2 du soir, arrive à Rochefort un nouveau courrier, parti le 13, où Mr. de MORAS donne avis que " la flotte des transports est partie le 3 des Dunes, arrivée le 4 à Portsmouth, l'embarquement s'est fait du 4 au 8….. L'escadre est partie dans la nuit du 8 au 9 faisant route. au SW ". Il prescrit de continuer les dispositions pour la défense, laisse toute liberté de changer" les arrangements prévus par la lettre du 5, même en faisant rentrer en rivière les bâtiments" et recommande de " se concerter sur tout cela avec le Maréchal de Sénecterre."

Dès l'arrivée de cette lettre on prend les dispositions suivantes:

a) Faire partir les bâtiments pour Brest, le plus vite possible. Leur chargement est on effet trop avancé pour qu'on puisse les faire remonter en rivière. L'escorte sera constituée par la "BLONDE" et la "POMONE", auxquelles se joindront la "ZEPHIRE" et la "SIRRENE" qui sont en découverte. Le convoi devra naviguer avec prudence, et se réfugier dans les ports de la côte en cas d'apparition de la flotte anglaise.

b) Garder le "CORMORANT" armé pour la découverte dans les Pertuis.

c) Faire remonter tous les autres bâtiments en rivière et distribuer leurs équipages sur les batteries.

d) Augmenter Au maximum le nombre d'ouvriers qui travaillent pour les munitions des batteries.

En fait, le convoi part le 16 Septembre. La "ZEPHIRE" et la "SIRENE" n'ont pu être prévenues à temps pour y participer, la première est désarmée, la seconde reste en découverte.

A la sortie des pertuis, le convoi rencontre celui qui remontait de Bordeaux sous l'escorte de trois frégates, et une partie des bâtiments marchands destinée pour le Nord, se joignent à lui.

Mais les signaux n'atteignent pas les deux gabarres "GALATHEE" et "CERF" qui ont chargé à Libourne 118 pièces de canons, attendues avec tant d'impatience à Brest. Le convoi ralliera sans incidents après escale à Concarneau le 19 Septembre.

Quant au "PRUDBNT" et au "CAPRICIEUX' plus en retard parce que plus délestés pour remonter, ils tentent d'appareiller le 17, et, le vent ayant tourné à l'Ouest, mouillent en rade des Basques. Avec les frégates qui viennent d'arriver de Bordeaux il y a six bâtiments en rivière dont les équipages vont être répartis sur les batteries.

Le Maréchal de Senecterre fait cantonner le 17 le reste des gardes-côte, et rallier le bataillon des Sables qui arrivera à la Rochelle le 20 Septembre.

Le dernier renseignement, avant l'arrivée des Anglais, est fourni le 18 Septembre par trois bâtiments hollandais qui rapportent "avoir laissé la flotte anglaise le 14 au-dessus d'Ouessant qui louvoyait et était composée de 100 voiles."

 

 

Activité du port de Rochefort au début de la Guerre de 7 ans (1756 à 1763)<==.... ....==>

 

 

 

 

Carte Marine des Côtes de l'Aunis, du Brouageais, du Bas Poitou et des Iles de Ré, d'Oléron, d'Aix, Dieu et Madame (1757)

Description du Gouvernement d'Aunis Ce gouvernement contient deux Pays, l'Aunis et le Brouageais. La Rochelle est la capitale de l'Aunis. Elle a un port sur l'océan fort fréquenté des Marchands François, Anglois, Hollandoi, Allemands, Suedois, Danois, qui viennent chercher du sel, des eaux de vie et du vin.