Guerres de Vendée Les colonnes infernales au château du Parc-Soubise (Time Travel 31 janvier 1794)

Le château du Parc-Soubise, situé dans la commune de Mouchamps, est un des lieux historiques de la Vendée.

Ce fut là que naquit, le 22 mars 1554, et que mourut, le 26 octobre 1631, la fameuse calviniste Catherine de Parthenay, dame de Rohan-Soubise, celle que les huguenots bas-poitevins appelaient la grande Catherine. Fille de Jean de Parthenay l'Archevêque, successivement mariée à deux chefs protestants et deux fois veuve, la rigide douairière de Rohan- Soubise est doublement célèbre, d'abord comme femme de Lettres, et ensuite comme l'une des personnalités les plus marquantes parmi celles qui tinrent les premiers rôles dans le drame des guerres de religion en Bas-Poitou.

Henri IV séjourna plusieurs fois au Parc-Soubise et l'on y conserva pieusement, jusqu'à l'époque de la Révolution, la chambre et le lit où avait dormi le roi populaire. La chambre royale fut brûlée, lors de l'incendie du château par les armées républicaines, mais les colonnes du lit échappèrent au feu et existent encore.

Il y aurait un curieux chapitre à écrire sur les antiques souvenirs locaux se rattachant à ces deux silhouettes de la grande Catherine et du bon roi Henri ; le traditionniste émérite qu'est le Comte de Chabot, châtelain du Parc- Soubise, serait mieux autorisé que personne pour buriner cette page historique.

En attendant, c'est à lui que j'emprunte les deux épisodes, les deux drames qui font l'objet de cette chronique, et dont la demeure de Catherine de Parthenay fut le théâtre pendant les Guerres de Vendée.

 

 C'était dans les derniers jours de janvier 1794, au plus fort de la tourmente qui se déchaîna sur le malheureux pays vendéen, momentanément livré sans défense aux fureurs des colonnes infernales, à la suite de la destruction de la grande armée à Savenay ...

Après avoir tout mis à feu et à sang du côté d'Argenton-Château et de Bressuire, Grignon, l'un des plus féroces lieutenants de l'infâme Turreau, avait envahi le département de la Vendée et y continuait son oeuvre de destruction.

 Les bandes d'assassins qu'il commandait s'étaient répandues entre Pouzauges et les Essarts, et partout elles pillaient, brûlaient, violaient, massacraient sans relâche ! Personne ne trouvait grâce devant ces bandits : ni les vieillards, ni les femmes, ni même les petits enfants!

Ordinairement les massacres avaient lieu séance tenante, pour ne pas perdre de temps !... Mais il arrivait parfois que les bourreaux, lorsque le travail n'était pas trop pressé, faisaient durer le plaisir et, suivant leur cynique expression, après avoir ramassé le gibier, le traînaient à leur suite jusqu'au quartier général de la colonne, pour se donner le spectacle d'un massacre en masse et à froid...

D'Ardelay, paroisse dont dépend le Bois-Tissandeau, la brigade du lieutenant de Grignon s'était dirigée vers les Quatre-Chemins, fouillant les maisons et les genêts, ramassant tout ce qu'elle découvrait de paysans, de femmes et d'enfants, cachés dans les broussailles, dans les landes, dans les boqueteaux de la route.

 On poussa ce bétail humain jusqu'à Vendrennes où l'on obliqua vers le Parc-Soubise, grand château des comtes de Chabot, dont les constructions, neuves alors, avaient remplacé, depuis une trentaine d'années, l'antique forteresse féodale, illustrée par les séjours de Henri IV et les jolis vers de la belle Anne de Rohan.

Guerres de Vendée Les colonnes infernales Puy du Fou

 Arrivés dans la grande cour du château, les « brigands » capturés, alignés, sur deux rangs servirent de cibles à une fusillade qui en abattit, à bout portant, plus de 200; plusieurs restaient encore debout, quand un officier cria :

« C'est assez. » On fit grâce aux survivants; ils durent assister au dépouillement des cadavres qu'on mit en tas et qu'on brûla sur un immense bûcher de fagots, dans la cour même du manoir, non loin du puits qui en occupait le milieu. Le feu gagna le château qui, depuis lors est resté en ruines : « il ne sert plus aujourd'hui que comme séchoir; » les descendants du comte de Chabot habitaient les anciennes dépendances.

Grignon, conduisant sa première colonne, se dirigeait, lui aussi, vers les Quatre-Chemins et les Essarts, où devait s'opérer la concentration de sa division.

Son parcours se marquait d'épisodes atroces : au Pin, pour exemple, 20 habitants patriotes viennent ingénument à sa rencontre, le supplient de ne pas brûler leur bourg et d'accepter un repas fraternel qu'ils lui ont préparé; il les accueille avec cordialité, accepte de s'asseoir à leur table, dîne copieusement, puis, au dessert, « il les fait lier de cordes et traîner dans un champ voisin où ils sont exterminés à coups de sabre et de baïonnette. »

On ne peut énumérer les villages incendiés, les patriotes égorgés, « leurs certificats de civisme à la main, » les filles outragées, courant nues dans la neige pour se soustraire aux tueurs, violentées, torturées, brûlées vives, les mères poussées avec leurs enfants dans des fours allumés.

On se refuse à croire à l'authenticité de si cruels raffinements et l'on préfère admettre que la tradition, transmise d'âge en âge, les a progressivement amplifiés. Les forfaits dont on est sûr, d'après la correspondance des chefs de colonnes avec Turreau leur instigateur, ou d'après les protestations des autorités locales, inspirent assez d'épouvante et d'horreur sans qu'il soit besoin de puiser dans la tradition des rancunes vendéennes, si peu suspecte soit-elle de renchérissement.

Aux derniers jours de janvier, les deux colonnes commandées par Grignon se trouvaient réunies; depuis Bressuire, elles manœuvraient séparément, volant, tuant, brûlant sans rencontrer de résistance; leur plus récent exploit en ce dernier genre était l'incendie du gros bourg des Herbiers dont il ne restait pas une seule maison.

Le 30, la jonction de tous les détachements s'opérait aux Essarts. Grignon pénétrait là sur le territoire de Charette.

Le 2 février, la division de Grignon commençait un mouvement vers le Nord, quand à la hauteur du village de Chauché, elle fut vigoureusement attaquée, vers une heure de l'après-midi, par une bande de paysans embusqués à la Bichonnière.

Les bleus ripostent, le combat s'engage; mais ce ne sont plus des femmes et des enfants sans défense à qui les soldats de la République ont affaire, et la besogne qu'on leur impose depuis une décade constitue un entraînement défavorable; sous la poussée des Vendéens, ils reculent, se replient jusqu'à la croisée de la route de Saint-Fulgent; les brigands prennent l'offensive, surgissent des broussailles, chargent l'ennemi qui se bouscule ; au passage de la petite Maine et court s'abriter au hameau de la Chapelle, laissant une trentaine d'hommes sur le terrain.

Guerres de Vendée Les colonnes infernales Puy du Fou (1)

A la fin du jour, presque à la nuit, une nouvelle colonne de bleus arrive par le chemin des Essarts; c'est celle qui a brûlé Saint-Mesmin, Lachenay la commande.

Un feu roulant l'arrête, la débande; les paysans s'élancent en poussant leur cri de combat; les bleus se dispersent en désordre, et c'est la déroute affolée; Grignon, réfugié à la Chapelle, ne vient pas au secours de son lieutenant; il se hâte, entraînant ses hommes, vers Saint-Fulgent, qu'il dépassera, se croyant poursuivi, pour ne s'arrêter qu'à Chantonnay

— huit lieues du champ de bataille; quant à Lachenay, il détale à grandes enjambées vers les Essarts; une troisième colonne de la même division, qui s’avance par la même route, n'ose pas poursuivre sa marche et rebrousse chemin avec les vaincus, laissant les paysans, maîtres d'un énorme butin en armes et en munitions, fusiller tous les prisonniers, et dépouiller les morts; on trouva sur eux le fruit de dix jours de rapines.

Il suffisait de secouer les habits pour en faire pleuvoir les pièces d'or; un certain Biton, de Machecoul, en remplit toutes ses poches et, le soir, il en distribuait à ses camarades. 3 ooo paysans à peine nourris, mal armés, manquant de cartouches, fourbus par 20 nuits passées dans les bois, sous la neige ou le dégel, venaient de vaincre 4 500 soldats repus, nantis, reposés, bien pourvus de munitions, mais devenus lâches au métier de massacreurs.

Grignon, marri de sa honteuse défaite, écrivait : « Si j'ai eu un désagrément de' servir, c'est aujourd'hui..., » avouant ainsi que la besogne des jours précédents lui plaisait plus que le combat.

Tel fut le salut de Charette aux colonnes infernales.

Parmi les malheureux destinés, le 31 janvier 1794 au Parc-Soubise, au rôle de victimes, se trouvait un enfant de huit ans, nommé Mérit. Il eut la chance d'échapper au massacre général et mourut, très âgé, au village de Boisgoyer, paroisse de Vendrennes.

Or, voici en quels termes ce témoin oculaire a raconté au Comte de Chabot le drame auquel il avait été mêlé :

« Nous étions, mon frère et moi, à pêcher des verdons sur les bords du Lay, quand nous fumes saisis par des soldats ; on nous mena au milieu d'une troupe de pauvres gens de tout âge et de tout sexe, marchant deux à deux comme des moutons. Je reconnus là beaucoup de mes parents et de mes amis, entre autres ma cousine, âgée de dix-huit ou vingt ans ; elle était grande, forte, et avait bonne mine.

Arrivé devant la cour du Parc, je vis les Bleus mettre le feu au château.

 Pendant que le château brûlait, les soldats nous rangèrent sur deux rangs et tirèrent sur tout le monde à bout portant. Ma cousine tomba près de moi, et, quand il ne resta plus que deux ou trois enfants qui avaient été manqués, le chef cria :

« C'est assez ! » Alors j'ai été sauvé.

Les soldats prirent tous les cadavres, les dépouillèrent, et, rassemblant tous les fagots qu'ils purent trouver, firent brûler tous les corps dans la grande cour du château, à peu de distance du puits qui se trouve au milieu ».

Et le témoin survivant évaluait « à plus de deux cents les malheureux massacrés ce jour-là, au Parc, par ces tigres à figure humaine. »

De pareilles scènes d'horreur, qui se reproduisaient partout, répandaient partout la terreur ; mais elles provoquaient parfois de justes représailles.

A preuve cet autre drame qui se déroula au même endroit, quelques jours plus tard, et dont j'emprunte encore le récit au Comte de Chabot, qui le tenait lui-même de la bouche d'un second témoin digne de foi, M. Barbot, alors régisseur du château du Parc :

« Pendant le séjour de la colonne infernale à Mouchamps, de petits détachements sillonnaient le pays, incendiant et tuant çà et là, sans compter le reste.

Quelques jours après le massacre de la cour du Parc, quinze jeunes gâs passaient silencieusement sous les murs du château. Leur attention est tout à coup attirée par un bruit insolite.

Des cris perçants, mêlés à des gémissements, à des chansons obsènes et à d'épouvantables blasphèmes, remplissent leurs âmes d'une terreur mêlée de colère.

Ils s'approchent d'une des fenêtres de la salle d'où partent les cris ; l'un d'eux grimpe sur les épaules d'un camarade et aperçoit une troupe de Bleus avinés, ayant au milieu d'eux de malheureuses femmes dont ils se sont emparés de force dans les villages voisins.

Les Vendéens aperçoivent à la porte de la salle les fusils que les Bleus ont disposés en faisceaux ; personne ne les garde.

En un clin d'œil ils s'en emparent et, ouvrant précipitamment la porte du grand salon où se passe l'orgie, ils couchent en joue les Bleus, en les sommant de se rendre.

Atterrés et déjà abrutis par le vin et la débauche, les Bleus n'opposent aucune résistance : aidés par les femmes dont la fureur triple les forces, les Vendéens lient les soldats, les entraînent sur la lisière de la forêt et les fusillent.

Ils étaient vingt-cinq ; aucun d'eux n'échappa à la juste punition de ses forfaits. »

 

 

 

La Vendée historique : histoire, littérature / directeur Henri Bourgeois

Monsieur de Charette, le roi de Vendée / par G. Lenotre

 

 

 

Henri IV au château du Parc de Soubise, de la famille Parthenay – l’Archevêque (Time Travel 1587)<==.... ....==> Paysages et monuments du Poitou: Saint André sur Sèvres le château de Saint Mesmin ( Récits Guerre de Vendée)

 

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