Prosper Mérimée la tournée du Poitou Abbaye de Nieul sur l'Autize

1834 il devient inspecteur général des monuments historiques C'est en 1835 que Mérimée commença à venir dans le Poitou pour y exercer sa mission.

Prosper Mérimée, né le 28 septembre 1803 à Paris et mort le 23 septembre 1870 à Cannes, est un écrivain, historien et archéologue français.

Plusieurs études parues récemment, ou à paraître, mettent en évidence le rôle de premier plan qu'a joué Mérimée dans la conservation de nos monuments du moyen âge. Nous tenons à signaler la nouvelle contribution qu'apporte à cette information l'article de M. Mallion, sur ce même rôle exercé dans la région du Sud-Ouest par celui qui, le premier, fut revêtu des fonctions d'inspecteur général des Monuments historiques.

C'est en 1835 que Mérimée commença de venir dans le Poitou pour y exercer sa mission. On le voit à Saintes, à Melle, à Nouaillé, à Surgères, à Chauvigny, à Civray, à Châtellerault, à Saint-Savin, à Poitiers, et, là, il visite Notre-Dame-la-Grande, Saint-Porchaire, Saint-Hilaire, Sainte-Radegonde où il constate que l'abbé Auber — un archéologue qui, cependant, ne manqua pas de prestige — a fait refaire les peintures murales «de la façon la plus dégoûtante ».

Les impressions de Mérimée sont consignées dans de nombreuses lettres qu'il écrivit à ses correspondants poitevins et sont conservées à la Bibliothèque municipale de Poitiers ou dans les archives particulières. En les publiant, M. Mallion non seulement apporte de nouveaux détails sur la personnalité de Mérimée, mais il fournit des renseignements utiles aux archéologues qui veulent étudier les monuments dont il est question.

 

Le samedi 17 mai 1834, le Moniteur universel (1) publiait la note suivante :

M. Prosper Mérimée, maître des requêtes au Conseil d'Etat, chef de cabinet de M. le Ministre de l'Intérieur (2), a été nommé Inspecteur général des Monuments historiques en remplacement de M. Vitet, nommé secrétaire général du ministre du Commerce (3). M. Martin est nommé chef du cabinet de M. le ministre de l'Intérieur.

Cette note fut suivie d'un arrêté de nomination signé par Thiers, Ministre de l'Intérieur, le 27 mai 1834 (4).

 

En effet, le 10 avril 1834, Ludovic Vitet. inspecteur général des Monuments historiques depuis le 23 octobre 1830, ayant été nommé secrétaire général du Commerce, abandonnait son poste à Prosper Mérimée. Aussitôt celui-ci se mit au travail afin d'acquérir les connaissances qui lui manquaient pour bien remplir sa mission. Le 31 juillet 1834, il partait pour le midi de la France dont il revint le 14 décembre.

Les Notes de ce voyage parurent le 24 juillet 1835 (5), et le 28 juillet, une heure avant l'attentat de Fieschi, Mérimée partait pour Chartres, première étape de son voyage dans l'ouest de la France. Par le Mans, Sablé (Solesmes), Laval et Vitre, il arrive à Rennes, le 20 août 1835 ; il y trouve une lettre de M. Guizot qui l'invite à revenir par Poitiers « pour examiner une certaine tour qu'on lui a recommandée (6) ».

Ayant parcouru la Bretagne, Mérimée, le 8 octobre 1835, est à Nantes, où il aurait prolongé son séjour « si l'automne qui s'avançait ne l'avait obligé de se diriger sans délai vers le Poitou» (7). Par Saumur (Candes-Saint Martin) il arrive à Poitiers et entre en rapport avec M. Mangon de La Lande (8), à l'instigation duquel la Société des Antiquaires de l'Ouest avait été fondée le 13 août 1834.

 

Mérimée ayant étudié (9) Notre-Dame, Sainte-Radegonde, Saint-Hilaire, la cathédrale Saint-Pierre, passe rapidement sur les arènes pour lesquelles il consulte un rapport de M. Mangon de La Lande dans le premier volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Les nombreuses dissertations auxquelles a donné lieu le temple Saint-Jean et un rapport (10) de Vitet son prédécesseur le dispensent d'en faire la description (11). En effet, Vitet dès 1832 avait eu l'occasion de s'occuper de ce monument et s'était attiré c l'animadversion du conseil municipal » pour avoir Insisté sur le maintien de l'édifice qui se trouvait entre le pont et le marché aux veaux et aux poissons ; la colère des bouchers et des poissardes s’était déchaînée contre l'inspecteur coupable d'encombrer les abords de leur marché (12). Lorsque Vitet se rendit à Poitiers, en mai 1833, il eut, avec les habitants, des démêlés au sujet desquels il écrivit deux lettres irritées à Edmond Blanc et à Cave (13) :

 

A MONSIEUR EDMOND BLANC, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS.

Angoulême, 7 juin [1833].

Mon cher ami, j'écris au ministre pour le supplier de s'opposer à la démolition du petit édifice de Poitiers dont nous avons parlé avant mon départ.

Il est des plus précieux et moyennant une somme de deux mille francs donnée par le Gouvernement, la ville peut le laisser debout et continuer sa rue sans qu'il lui en coûte un sol.

J'ai déjà persuadée peu près le conseil municipal sur ce point, ce qui n'était pas petite affaire car il y a une cabale furieuse de bousingots contre cette pauvre église qui n'a pourtant rien de séditieux.

Maintenant je vous prie de vouloir bien chauffer le Ministre pour qu'il mette son veto à toute continuation de la rue qui ne laisserait pas provisoirement le temple debout ainsi que je l'ai proposé.

Mille pardons, mon cher ami, je vous recommande bien vivement cette petite affaire.

Mille amitiés sincères.

L. VITET.

 

A MONSIEUR CAVE, CHEF DE LA DIVISION' DES ARTS.

Mon cher ami, j'écris pour la 2e fois au ministre au sujet du petit temple de S' Jean à Poitiers. Je lui envoyé une délibération de ce maudit conseil municipal qui s'entête à jeter bas le  monument, si le ministre ne s'engage à faire les frais de la place circulaire qui sera ouverte à l'entour. Je crois qu'une nouvelle expertise réduira la somme demandée à 14 ou 15.000 fr. ; là- dessus les souscriptions fourniront 3 à 4.000 fr., reste donc 10 à 12.000 à donner, mais en deux ou trois ans, ce qui rend la chose légère ou tout au moins possible, le monument en est mille fois digne, je vous en réponds.

Tout à vous, mon cher ami, je n'ai que le temps de vous dire adieu.

Mille amitiés.

L. VITET.

Bordeaux, 15 juin [1833].

 

On remarquera que Vitet est très discret sur l'origine de ce « petit édifice ». La question est alors controversée et Mangon de La Lande qui vient de publier «un mémoire très remarquable » (14), où il soutient qu'il s'agit du tombeau de Varenilla, convainc aisément Mérimée. Celui-ci n'est d'ailleurs pas fâché de prendre en faute M. de Caumont qui, lui, croit à un baptistère du Ve ou VIe siècle (15). Par malheur c'était M. de Caumont qui avait raison (16).

Mangon de La Lande à la séance de rentrée de la Société des Antiquaires (19 novembre 1835) devait souligner l'importance de la visite de Mérimée :

Pendant nos trop longues vacances, j'ai reçu, Messieurs, une importante visite, celle de M. Mérimée, maître des requêtes au Conseil d'Etat et inspecteur général des monuments historiques de France, successeur de M. Vitet; il venait, comme ce dernier, interroger nos richesses archéologiques.

J'ai rempli de mon mieux près de lui la mission dont je me trouvais alors tacitement chargé par vous. Autant qu'il m'a été possible je l'ai mis à portée d'apprécier les avantages de notre institution, et j'ai pu remarquer qu'il en a parfaitement saisi l'ensemble, les principes et les vues. Aussi pouvez-vous compter sur l'appui de ses connaissances, de ses talents et de ses recommandations.

J'aurai même, pendant cette séance, l'honneur de vous le proposer pour faire partie de la société (17).

Il est probable que Mérimée se rendit aussi au Séminaire, où le directeur, l'abbé Cousseau, lui montra deux manuscrits du XVe siècle, et il est certain qu'il retrouva le Préfet. Alexis de Jussieu (18), puisque celui-ci écrivait au ministre de l'Intérieur, le 28 mars 1836 :

... L'église de St Savin, située dans l'arrondissement de Montmorillon, est un des monuments les plus remarquables de ce département, soit par la beauté de sa flèche de pierre, soit surtout par les grandes pages de fresques qu'elle renferme.

J'ai prié Mr Mérimée de visiter ce monument... J'ai su depuis qu'il avait attaché la même importance que moi à sa conservation, et je vous prie de prendre son avis avant de statuer sur mes propositions (19)-..

Mérimée se rendait en effet pour la première fois (20) à Saint-Savin et à Chauvigny, après avoir inspecté Civray, Charroux et Lussac. A Charroux, il examine la tour que lui a recommandée Guizot sur les instances de M. de Chergé (21). qui habitait le bourg et qui avait écrit dès le 28 mai 1835 : « Des vandales voudraient faire abattre la tour svelte et élégante qui subsiste seule de toutes les ruines de la vieille abbaye de Charroux. Un cri d'alarme a retenti (22)... »

Mérimée était de retour à Paris dans les derniers jours d'octobre (23) et, le 31, il adressait au ministre le rapport spécial qui lui était demandé sur Charroux et Saint-Savin  (24)

 

Paris, 31 octobre [1835|.

MONSIEUR LE MINISTRE,

Parmi le grand nombre de monuments curieux que renferme le Poitou, il en est deux qui par leur importance' et leur situation précaire m'ont paru mériter surtout votre attention.

L'abbaye de Charroux fondée et bâtie, dit-on, par Charlemagne, mais certainement reconstruite très postérieurement, a été démolie dans la Révolution, à l'exception d'une coupole qui surmontait le choeur circulaire de l'église. Cette coupole, isolée aujourd'hui, et privée d'une partie de son couronnement, offre encore un aspect imposant et noble, et son architecture rappelle plutôt l'élégante simplicité du style antique, que la fantaisie capricieuse des XIe et XIIe siècles, époque probable de son érection. Deux étages d'arcades, soutenues par des colonnes d'une admirable légèreté, portent une voûte légèrement ovoïde, surmontée d'une tour octogone, dont chaque angle s'arrondit dans une colonne engagée. L'amortissement est formé par une autre tour également octogone, mais d'un moindre diamètre, aujourd'hui fort ruinée. D'ailleurs le reste de l'édifice est solide, et les réparations nécessaires pour en assurer la conservation se borneraient à couvrir d'un toit l'étage supérieur, et peut-être à boucher quelques crevasses de la voûte.

Cette magnifique coupole appartient à Mme de Grandmaison (25), qui par un désintéressement bien rare, s'est refusée jusqu'à présent à toutes les offres qui lui ont été faites de la détruire pour en vendre les matériaux. Cette dame serait disposée à en faire don, soit au département, soit à la société des Antiquaires de l'Ouest, pourvu que les donataires, quels qu'ils fussent, prissent soin de la conserver. La société des antiquaires n'a pas de fonds suffisants pour s'en charger, et le département de la Vienne a déjà fait beaucoup de sacrifices cette année pour réparer d'autres monuments. Il est donc à craindre que si le gouvernement ne prend pas sous sa protection cette belle tour, elle ne soit bientôt détruite. Le conseil municipal de Charroux en a demandé la démolition sous prétexte d'agrandir le champ de foire. Mais ce champ est déjà très vaste, et je me suis assuré sur les lieux que le véritable motif de cette réclamation est le désir de profiter des matériaux. Je vous prierai donc, Monsieur le Ministre, de vouloir bien accorder une allocation suffisante pour la réparation de la tour de Charroux et d'autoriser M. le Préfet de la Vienne à accepter pour son département le présent de Made de Grandmaison.

Dans l'intérieur de la tour de Charroux, on voit un fragment de sculpture qui m'a paru d'un travail admirable. Il représente le Christ assis, foulant aux pieds le dragon et foudroyant les impies au jugement dernier. Je crois que ce bas-relief occupait le haut du tympan d'une des portes de l'église. La tête du Christ, les draperies, les nuds sont traités avec un art extraordinaire. Je ne connais rien d'aussi beau dans la sculpture du moyen âge. Point de ces plis roides et maigres du style bysantin ; point de ces formes vulgaires du style gothique. Ma première idée fut d'y voir une copie d'un Jupiter antique exécutée par un artiste du XIIIe siècle. On appelle dans le pays ce beau bas- relief la statue du Bon Sauveur. On la traite néanmoins avec peu d'égards. Elle est renversée dans la boue, exposée aux injures de l'air et aux outrages des enfants. Je me suis empressé d'écrire à M. le préfet de la Vienne pour le prier d'en prendre soin, et de lui faire donner un asile dans le musée de Poitiers.

Le bourg de St-Savin à huit ou dix lieues de Poitiers possède une église d'une architecture très remarquable. On en fait remonter la construction au temps de Charlemagne, mais on ne peut raisonnablement supposer que l'édifice actuel soit du VIIIe ou IXe siècle, car on sait que l'abbaye fut détruite par les Normands. Le plan de l'église qui a conservé assez purement le type des premiers temples chrétiens, ses hautes colonnes à chapiteaux ornés de monstres et de feuillages fantastiques, ses voûtes, ses arcades en plein cintre, sa crypte, tout indique le commencement de l'art byzantin. Je pense qu'on peut avec beaucoup de probabilité en fixer la date au XIe siècle.

Son architecture, d'ailleurs fort élégante, n'est pas cependant ce qui offre le plus d'intérêt. La voûte de la nef, celle de la crypte, et tout le vestibule de l'église, sont couverts de fresques, la plupart bien conservées. Vous savez, Monsieur le Ministre, combien sont rares les peintures de cette époque, et combien sont précieuses les indications que l'on en peut tirer. On a représenté dans la nef de St-Savin, une suite de sujets empruntés aux premiers livres de la Bible, à l'Apocalypse et, dans la crypte, la vie et le martyre des St. Savin et Cyprien. L'exécution est supérieure à celle des sculptures du même temps. Plusieurs figures ne manquent pas de grâce et les ajustements surtout sont rendus avec beaucoup de finesse et même de talent.

La voûte de la nef, surtout dans la partie qui touche au vestibule, et que je regarde comme un Narthex, est dans l'état le plus déplorable. De larges crevasses la sillonnent. La clef même d'un arc doubleau s'est à moitié détachée et saille de trois ou quatre pouces au moins. Si l'on ne s'empresse d'y porter remède, le mal sera bientôt irréparable. Je n'hésite pas à dire, Monsieur le Ministre, que dans aucun pays je n'ai vu de monument qui méritât à un plus haut degré l'intérêt d'une administration amie desarts.

Si l'on considère que les fresques de St-Savin sont à peu près uniques en France, qu'elles sont le monument le plus ancien de l'art de la peinture dans notre pays, on ne peut .balancer à faire des sacrifices même considérables pour les conserver. Je crois au surplus qu'aujourd'hui, une faible somme suffirait pour arrêter les progrès de la destruction Le département de la Vienne, me disait M. le Préfet, accorderait volontiers des fonds pour la réparation de cette église, si le ministère prenait à sa charge une partie de la dépense. Je vous prierai donc, Monsieur le Ministre, de vouloir bien accorder une somme de 2.000 f. . au moins pour les travaux de restauration et d'inviter en même temps M. le Ministre des Cultes, à vouloir bien s'associer à cette bonne oeuvre en donnant un secours égal à celui que votre département pourrait mettre à la disposition de M. le Préfet de la Vienne. Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, votre très humble et très obéissant serviteur.

 Pr MÉRIMÉE,

Inspecteur gal des monuments historiques.

 

En 1836, Mérimée dirige sa tournée vers les départements de l'Est. Vitet a déjà visité, en décembre 1830, l'Oise, l'Aisne, la Marne, le Nord et le Pas-de-Calais. Grille de Beuzelin, envoyé l'année précédente par le ministre de l'Instruction publique dans les départements de la Meurthe et des Vosges, a remis un rapport. Mérimée s'attachera donc surtout à explorer l'Aube, la Haute-Marne, le Doubs, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle. En outre, avec la permission de M. de Montalivet, il visitera quelques-unes des villes les plus importantes de la Prusse rhénane. « Dans cette rapide excursion hors de France, écrit-il à son ministre en lui indiquant son itinéraire, j'espère compléter mes observations sur l'architecture des VIIIe et IXe siècles, encore si imparfaitement connue. Veuillez croire, Monsieur le Ministre, que ce petit voyage consacré à des études archéologiques m'est presque nécessaire pour pouvoir apprécier convenablement une foule de constructions d'origine contestée qui se présente à moi dans mes tournées subséquentes. » Les observations recueillies pendant ce voyage devaient être, en effet, utilisées par Mérimée dans son Essai sur l'Architecture religieuse du Moyen âge qui parut en mai 1837.

Quittant Paris vers le 14 mai (26), Mérimée est à Besançon le 23 mai, et par Montbéliard et Colmar arrive à Strasbourg (4 au 15 juin environ). Il part ensuite pour Aix-la-Chapelle et Cologne, revient à Strasbourg (14 juillet) et gagne. Metz (vers le 22juillet) par Saverne. C'est alors qu'il fait la connaissance de Louis-Félicien -Joseph Caignart de Saulcy, chargé du cours de mécanique à l'Ecole d'artillerie de Metz. En compagnie de son nouvel ami il gagne Thionville, Sierck, Saarburg, pour visiter fort gaiement Trêves et Igel (27).

Il est de retour à Metz le 27 juillet comme nous l'apprend une lettre inédite de Saulcy à Louis de La Saussaye (Metz, 28 juillet au soir, 1836) : « Hier, à neuf heures du soir mon bon ami, je suis arrivé à Metz, revenant delà plus admirable excursion que j'ai jamais faite. J'avais visité Trêves et Igel en compagnie d'un homme qui me revient autant que possible et qui me paraît digne de l'amitié de deux lapins comme toi et moi : un véritable bongarçon enfin qui n'est autre que Pr Mérimée. J'ai passé quatre jours avec lui dans les joies les plus innocentes de l'archéologie et de la boustifaille. Bien des fois j'ai pensé à toi et je me suis dit que tu manquais pour faire un heureux et joyeux trio ; patience cela viendra peut- être quelque jour.»

Mérimée devait en effet se lier bientôt, d'une amitié qui dura jusqu'à la fin de sa vie, avec Louis de La Saussaye (28) qui devint, en 1855, recteur de la Faculté de Poitiers et président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, en 1856 (29).

Puis par Châlons-sur-Marne et Reims, Mérimée gagne Laon, où, vers le 30 juillet, il rencontre Stendhal et par Soissons arrive à Paris, environ le 10 août, ayant parcouru 175 postes 3/4 et touché 1.406 francs (30).

L'état de son père, pour lequel il a eu des inquiétudes pendant son voyage, s'aggrave subitement et Léonor Mérimée meurt à Paris, 20, rue des Marais-Saint-Germain, le 27 septembre. « Ma mère, écrit Mérimée, est aussi calme et résignée, qu'on pouvait l'attendre de son caractère fort. Je me porte bien, seulement je suis accablé de fatigue. »

Les Notes d'un voyage dans l'Ouest paraissent au mois d'octobre et Mérimée qui a tourné une nouvelle feuille de sa vie étroitement liée désormais à celle de Mme Delessert, affermit ses connaissances sur l'architecture religieuse au Moyen Age, tout en achevant la Vénus d'Ille qui paraîtra dans la Revue des Deux Mondes, le 15 mai 1837. Le soir même Stendhal lisait la nouvelle de Mérimée et notait ses impressions sur le manuscrit de Rose et Vert (31) auquel il mit la main pour la dernière fois à Paris le 24 mai. Le 25, en effet, il partait avec Mérimée pour la Charité-sur-Loire (28 mai) et Bourges (29 mai) où ils se séparèrent, Stendhal se dirigeant vers Tours et Nantes (32), tandis que Mérimée accomplissait son voyage en Auvergne et dans le Limousin. Après avoir erré « pendant trois mois dans les plus sales provinces de France, où l'on met trop de cheveux dans la soupe », il revint à Paris avant le 24 août (33), rapportant une ample collection de notes qu'il va se « mettre à déchiffrer et rédiger pour la plus grande édification de MM. De Montalivet et Va tout ».

 

Un mois plus tard, la Commission des Monuments historiques était instituée par Montalivet (29 septembre 1837) et Mérimée en était le secrétaire (34).

Il y a donc deux ans que Mérimée a visité le Poitou pour la première fois, assez à la hâte d'ailleurs. Pendant ces deux années il semble que l'affaire de Saint-Savin a été un peu négligée ; aussi la tournée d'inspection de 1838 conduira de nouveau Mérimée à Poitiers. Il part peu après le 15 juin, passe par Orléans, Blois et Tours pour arriver à Saumur où il fait la connaissance d'un jeune architecte, M. Joly-Leterme (35), « homme très zélé et très instruit » occupé à réparer avec amour la voûte de l'église de Cunault, où Mérimée se rend en sa compagnie, ainsi qu'à Doué. Puis « sur la foi des lamentations de M. de Caumont » il inspecte le château de Thouars, arrive à Poitiers, et se rend à Saint-Savin et à Montmorillon.

 

De retour à Poitiers, il gagne Saintes et visite la tour de Pirelongue. Voici le rapport qu'il adresse à Valout :

Bordeaux, 19 juillet 1838.

MONSIEUR,

Depuis ma dernière lettre j'ai visité l'église de Cunault dont le préfet de Maine-et-Loire sollicite vivement la réparation. Elle mérite tout à fait l'intérêt du gouvernement, et sa restauration ne parait pas devoir être très dispendieuse. Il y a à Saumur un architecte M. Joly, homme très zélé et très instruit qui a fait merveille avec le peu de fonds qu'on lui a donné jusqu'à présent. Il s'occupe des travaux avec amour et ne prend rien pour ses honoraires. Ne pensez-vous pas Monsieur qu'il y aurait lieu de le nommer correspondant du Ministère ? J'aurai bientôt à vous faire une autre proposition qui le concerne.

L'église de St. Savin (Vienne) que j'avais vue encore assez bien portante en 1835 est maintenant fort malade. L'hiver dernier a détruit un tiers des fresques, caria toiture est si mauvaise qu'il fallait entendre la messe sous un parapluie. Les architectes de Poitiers "disent qu'avec les mille francs que nous leur avons donnés, il est impossible de rien faire. Le Préfet demande qu'on lui donne les 2.000 frs. qu'il a laissé périmer, et il n'espère pas grand chose de son Conseil général. Si vous aviez encore 2.000 frs ils seraient très bien placés à St. Savin, mais je sais où en est notre pauvre caisse. Ne pourrait-on pas accorder 3 ou 4.000 f sur 1839 qui seraient employés cette année. Le cas est urgent, car si l'hiver est pluvieux tout ce qui reste de peintures est perdu. Je me défie des architectes de la Vienne, et j'ai grande confiance en Mr Joly de Saumur. Je désirerais bien qu'il fût chargé des réparations de St. Savin. Il n'est pas impossible de trouver 500 frs cette année avec lesquels on pourrait lui payer son voyage à St. Savin et un devis des travaux qu'il y aurait à faire (il y a 25 kl. de Poitiers à Saumur). Mr Joly a réparé la voûte de Cunault sans échaffauder. Il pourrait j'espère faire de même à St. Savin, ce qui ferait une économie de 4 ou 5.000 fr. Au pis aller nous aurions un bon devis à présenter dans le tableau des monuments à réparer au moyen d'un crédit spécial.

J'aurais dû, pour suivre un ordre chronologique, vous parler du château de Thouars que je suis allé voir sur la foi des lamentations de Mr de Caumont (36). Il disait qu'on allait l'abattre pour faire une grande route. Voici la vérité. D'abord le château est une grande vilaine barraque du xvine siècle, qui sert aujourd'hui de caserne. A côté est une chapelle dont le portail est orné de jolies voussures du XVIe. Devant le château est une grande terrasse sous laquelle se Irouve l'orangerie. Deux escaliers en avance sur la terrasse conduisent au jardin c. à. d. à ce qui fut un jardin. C'est un de ces escaliers qu'on sacrifie. C'est dommage mais cela n'a rien de bien remarquable. C'est Versailles fort en petit, plus une vue qu'on ne détruira pas et qui est telle que le dépt de Seine-et-Oise n'en produit pas. Comme j'ai eu les côtes défoncées en passant par la fondrière qu'on appelle la route actuelle, j'ai vu très philosophiquement les travaux commencés pour son amélioration. La route actuelle passe au pied du château lequel est juché sur une masse de rochers à pic de ce côté et de celui de l'orangerie. Vous voyez qu'il n'y a de sacrifié que la portion de terrasse D. [croquis]. Ce n'était pas la peine de jeter les hauts cris.

J'ai vu à Saintes une fort belle église transformée en écurie pour la cavalerie. Il faut se couvrir de cendres mais ce que tient le génie-militaire il ne le lâche jamais. Aux environs de Saintes est une tour très curieuse qu'on dit Romaine et que j'ai débaptisée. Je la crois l'oeuvre des Wisigoths. C'est une antiquité déjà respectable et il serait bien, à désirer que le gouvernement l'achetât. Mais c'est une affaire qui ne presse point et je vous en rendrai compte à mon retour. Auriez- vous la bonté de m'écrire à Auch pour quelle époque il faudra remettre au Ministre le travail relatif aux monuments à réparer sur des crédits spéciaux. D'après cela j'arrangerai' mon voyage. Nous jouissons ici de 25 degrés Réaumur et d'une poussière atroce. Je me suis refoulé le poignet en grimpant à ma tour Wisigothe, à cela près fort bien portant.

Veuillez agréer, Monsieur, la nouvelle expression de tous mes sentiments dévoués (37).

Pr MÉRIMÉE.

 

Monsieur

Monsieur Vatout conseiller d'Etat

Directeur des batimens civils, etc.

Mérimée, qui voyage en compagnie de Courmont, pousse jusqu'aux Pyrénées, remonte à Toulouse, et par Périgueux et Angoulême revient à Poitiers. Il est de retour à Paris le 12 septembre (38). Le 13 il se rend à Versailles, avec Stendhal et Sutton Sharpe, pour voir la petite Eugénie de Montijo qui écrit à son père le 15 septembre : « M. Mérimée est arrivé à Paris le 12 et est venu nous voir le 13 avec M. Beyle et un autre monsieur(39). »

Cependant on termine l'impression des Notes d'un voyage en Auvergne dont la Revue de Paris (40) publie de longs fragments le 7 et le 14 octobre. L'année s'achève par un court voyage de Mérimée à Tours et à Champigny au cours duquel il a pu rencontrer Béranger et s'entretenir avec lui de l'histoire de César qui l'intéresse de plus en plus (41).

L'année 1839 est marquée par le voyage de Mérimée en Corse et en Italie. Parti le 29 juin, il s'embarque pour Bastia le 15 août et rentre à Paris dans la première semaine de décembre (42). Dès son retour, la Guerre sociale et le rapport sur les monuments de la Corse absorbent tous ses instants. Il travaille «comme un âne rouge », et le 5 février 1840, il a déjà rédigé et copié son mémoire sur la Corse qui paraîtra le 5 avril. Outre la Guerre sociale dans laquelle il est plongé, dit-il, jusqu'aux oreilles, il écrit Colomba. La nouvelle paraît le 1er juillet dans la Revue des Deux Mondes, et quatre jours plus tard, Mérimée part pour le Poitou, la Saintonge, la Gascogne et l'Espagne.

Il écrivait en effet le 4 juillet à Mme de Montijo : « Enfin je pars demain matin et j'espère être le 10 août à Bordeaux d'où je vous écrirai, et vers le 15 à Bayonne. » Le 6 il est à Tours et le 8 part pour Saumur sur le bateau à vapeur. Il a rendez-vous avec Joly-Leterme qui l'accompagne à Cunault, où les réparations lui paraissent fort bien conduites, à Bagneux et à Saint-Florent (43). Le 10 juillet, il est revenu à Tours, et le lendemain se met en route pour Poitiers, Chauvigny et Saint-Savin (3e visite) où il passe deux jours en compagnie de M. Dulin, architecte du département. Les 14, 15 et 16 juillet il séjourne à Poitiers, écrivant ses doléances à Ludovic Vitet et à Joly-Leterme que l'on voudrait charger du monument dont l'état est pitoyable.

Il a visité le champ de bataille de Poitiers et par la même occasion « vu l'église de Noaillé qui est la plus belle du monde, mais qui va donner sa démission si on ne lui refait un toit » (44). Le 16 ou le 17 il part pour Civray (45), puis, monté « sur un cheval piaffeur qui a manqué deux ou trois fois de lui faire boire l'eau de la Charente », il arrive à Charroux, dont la coupole, close par les soins des dames de Chavagne, tient bon.

Mérimée revient alors à Poitiers et se rend à Parthenay, accompagné de M. Segretain (46), puis à Airvault, passant par un pont roman très curieux « que l'on croit romain dans le pays ». L'église de Saint-Pierre d'Airvault est charmante. Mérimée est enthousiasmé, et il se met à genoux devant la Commission pour qu'elle la fasse complètement restaurer. Il inspecte ensuite l'église de Saint-Généroux, pour laquelle il demande immédiatement un crédit de 400 fr., s'arrête un instant à Marnes , qui possède « une jolie petite église de transition » et plus longtemps à Saint-Jouin, « pays perdu en pleine chouannerie », croit-il, où sans attendre une décision de la Commission il prie Segretain de faire un devis des dépenses absolument nécessaires pour empêcher l'église de tomber.

 (L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, Mérimée )

" « Après une étude stratégique sur le champ de bataille de Montcontour », il arrive à Oyron « ainsi nommé disent les doctes parce que dans le pays il y a beaucoup d'oies qui en volant forment un rond. » Mérimée visite ensuite Thouars et Bressuire, où il ne voit rien de remarquable, et par Saint-Maixent gagne Niort où il observe «un curieux miracle opéré par l'archéologie. Elle est à la mode dans ce vilain trou-là et Bleus et Blancs s'entrelisent des mémoires sur les tumulus au lieu de s'entre-assassiner » (47).

De Niort, le 23juillet, il adresse à Vitet un long rapport, que M. Mallion a joint ajuste titre à sa- publication (p. 63) étant donné son intérêt. Le 24, il va visiter Celles et Melle, revient à Niort, « et allant gémir sur les ruines de Maillezais », il s'arrête à Nieuil-sur-I'Autise où le conseil municipal lui fait tout voir, depuis les caves jusqu'au grenier, de l'ancienne abbaye. Delà il se rend à Saintes, par Surgères, dont l'église lui arrache des cris d'admiration.

A Saintes (28 juillet) il trouve l'arc romain horriblement affaissé (48) et Sainte-Marie-aux-Dames « sous le coup du marteau du génie militaire ». Après avoir visité le « fanal » d'Ebéon, et fait quelques courses dans le voisinage, il part pour Bordeaux où il séjourne du 2 au 8 août. Le 9 il est à Bayonne. « Me trouvant à Bayonne, écrit-il à Saulcy, j'ai réfléchi que la vie était courte et sur cette réflexion passe un courrier de cabinet allant à Madrid. Il m'offre une place dans sa calèche et cinquante-quatre heures après (49) j'étais installé dans le palais d'une belle dame de mes amies ; nourri, logé, choyé et chauffé par un soleil un peu chouette qui élevait le thermomètre de Réaumur à 34° (50). » Mérimée se rendait à Madrid pour la seconde fois. Il fut retenu près de Mne de Montijo plus longtemps qu'il ne pensait, par la révolution qui aboutit à la renonciation de la reine Marie-Christine (12 octobre 1840). « Le premier acte de ce sot drame étant terminé », Mérimée se met en route pour la France, à petites journées, assez mécontent de ses amis espagnols et déclarant : « Si nos bousingots se donnaient la peine d'aller voir cela, je pense fermement qu'ils reviendraient convertis. » Le 16 octobre, il était à Burgos sur le chemin du retour, le 21 à Bayonne. Une lettre du ministre l'ayant invité à se rendre à Toulon, il se mit en devoir d'obéir, mais les inondations l'arrêtèrent court ; il s'embarqua à Cette, et après avoir vu l'aride Provence changée en un vaste bourbier il revint par les montagnes de la Lozère et du Cantal, et fut de retour à Paris vers le 23 novembre.

Il termine alors son volume de la Guerre sociale dont il corrige les épreuves en février 1841, « opération fort ennuyeuse » qui lui fait faire « trois lieues par jour entre sa table et sa bibliothèque afin de vérifier des, citations et de collationner des textes » (51). L'ouvrage paraîtra chez Didot, tiré à 150 exemplaires, en mai 1841.

Vers la mi-juin (52) il part pour la Normandie, la Bretagne, l'Orléanais et le Berry (53). Rentré à Paris le 24 juillet, il organise son voyage en Grèce. Il se met en route le 19 août, s'embarque le 26 à Marseille pour ne rentrer en France qu'à la fin de décembre (54).

La Commission des monuments historiques, qui depuis le 23 mai 1839 est placée sous la présidence de Vitet et dont Grille de Beuzelin est maintenant le secrétaire, absorbe de plus en plus l'activité de Mérimée. Vers le 26 juin 1842, il doit partir pour Arles où il va « exproprier force canailles qui habitent le théâtre antique » (55). Par Avallon, Lyon,

Avignon, où il apprend la mort du duc d'Orléans (13 juillet 1842), il arrive à Arles, et après une longue tournée en Provence (56), il est à Paris avant le 24 août, puisque Saulcy peut écrire à son ami La Saussaye, le 25 août 1842 : « Mérimée est de retour : hier noiis avons dîné, flûte, fumé à mort chez lui avec Sharpe et Royer-Collard. Nous nous sommes flanqués une foule de bosses de tous genres. A minuit, nous avions encore tous la pipe à la gueule et Dieu sait ce qu'il a été dit de turpitudes dans ce Sanhédrin de cochons. » (Lettre inédite.)

Le 23 octobre, il a terminé son rapport au ministre sur les travaux de la Commission des monuments historiques en 1842 (57). A la fin de ce même mois il fait un court voyage à Provins et envoie, le 2 novembre 1842, un rapport sur le cloître de l'hôpital général à Provins, autrefois abbaye des Cordeliers (58).

Mérimée publie les Instructions sur l'architecture militaire au Moyen Age, en août 1843, puis quitte de nouveau Paris vers le 5 août pour un voyage en Bourgogne, en Franche-Comté et en Champagne. Ayant découvert en chemin la vieille basilique de Vignory, il revient à Paris le 1er septembre (59) fort occupé de briguer à l'Académie des inscriptions la succession de M. Fôrtia d'Urban. Ses amis Vitet et Lenormant s'emploient en sa faveur, tout de même que Saulcy et La Saussaye. « Notre candidature mériméïque, écrit Saulcy à La Saussaye, le 14 septembre 1843 (60), marche rondo modo. Revoie le bon Mr Pardessus et annonce lui formellement que Paris, Hase, Raoul Rochette etc. etc. votent positivement pour notre homme. Je voudrais être aussi sûr de ton affaire que je le suis de la sienne. L'élection se fera le deuxième vendredi 10 novembre. Ce pauvre Prosper a un grand serrement de derrière rien qu'à penser à ce jour d'épouvante. Le pauvre diable a encore sept à huit grandes semaines à attendre, mais son affaire ira comme sur des roulettes, je n'en doute pas ». Mérimée fut en effet élu, le 18 novembre 1843.

Dès le début de 1844, il se mettait en campagne pour obtenir la succession de Nodier à l'Académie française (61). Elu le 14 mars, sa joie est un peu altérée par l'obligation du « discours qui lui pend à l'oreille ». Il s'occupe aussitôt de recueillir des renseignements biographiques sur Nodier de qui il doit prononcer l'éloge. Un voyage à Strasbourg est l'occasion de passer à Besançon et d'interroger Mr Weiss. Mérimée part le 23 avril pour Strasbourg, visite Brumath et Saverne, traverse Schelestat (30 avril) et Colmar. Le 4 mai à Besançon il ne trouve pas M. Weiss (62). Le 8 mai, il est de retour à Paris, aux ordres de la Commission.

Lorsque le 22 août 1844, accompagné de Viollet-le-Duc, il part pour Orléans, son discours est terminé. Il le met dans ses bagages avec l'intention de le corriger pendant la route et de « raboter force aspérités qui le chiffonnent ». En outre Mérimée qui a été chargé par le Comité historique des arts et monuments, dès le 17 janvier 1841, d'écrire une monographie sur l'église de Saint-Savin, a fort avancé son travail qu'il devra compléter par des recherches dans les Archives de la Vienne sur les indications du « savant M. Rédet ». D'ailleurs, l'état du monument et les restaurations en cours nécessitent la présence de Mérimée ; en dehors des questions techniques à régler, l'inspecteur des monuments aura à intervenir, comme il lui advient souvent, dans des querelles de personnes et à donner son avis sur des problèmes qui ne touchent que de fort loin à l'archéologie. Le curé de Saint-Savin, l'abbé Dubois, n'a-t-il pas déclaré à M. de Chergé qu'il réclame instamment « que l'on termine les fresques de la chapelle de la Vierge, car si son confessionnal n'est pas replacé dans le lieu qu'il occupait auparavant, M. le Curé est menacé de perdre une partie de sa clientèle pour le temps pascal » (63).

D'Orléans, Mérimée gagne Germigny-les-Prés, Saint-Benoit-sur-Loire, la Charité, Nevers et Bourges (64). De Bourges il part pour Châteauroux, où il visite l'abbaye de Déols (Bourg-Dieu) et retrouve Joly-Leterme. Puis il se rend au Blanc et n'y voit rien d’intéressant, sauf « quelques fragments romains et une fort belle bague magique en argent qui appartient au sous-préfet » A deux lieues de là, il visite l'ancienne abbaye de Fontgombault, « ruinée, mais encore admirable (65)».

II arrive à Saint-Savin en compagnie de Joly, et, ouvrant la porte de l'église, manque de tomber à la renverse en apercevant l'oeuvre de M. Louis qui a peint sur la voûte un Père éternel à barbe grise, louchant horriblement, et un coq avec une belle queue. Après être demeuré stupide pendant un grand quart d'heure, Mérimée, perché sur l'échafaudage, retrouve la voix pour entrer dans une violente colère.

Une heure après son arrivée, le Père éternel et son coq avaient disparu (66).

Le 3 septembre, il est à Poitiers avec la fièvre et un arriéré énorme de rapports à faire. Il inspecte Notre-Dame-la-Grande et examine la situation de la tour de Saint-Porchaire pour laquelle, l'année précédente, la Commission des monuments historiques, alertée par Chergé, Joly-Leterme et Segretain, avait eu de vifs démêlés avec le conseil municipal (67). « Saint-Porchaire, écrit-il, se porte à merveille et nargue fièrement le conseil municipal. En l'absence de Joly, le maire a fait visiter la tour par sa Commission, qui n'a plus trouvé que trois centimètres de surplomb. Elle en avait déclaré d'abord trente-trois. Cette petite différence montre quels ânes ou quels coquins on emploie à Poitiers (68). »

Mérimée se documente pour sa Monographie de Saint-Savin auprès de M. de Chergé et de Rédet, et passe « deux jours à fureter dans le recueil de dom Fonteneau » où il trouve quantité de pièces curieuses qui figureront dans son travail.

A Niort le 8 septembre, il reçoit une lettre de Grille de Beuzelin qui l'avertit que Clerget l'attend à Saintes pour résoudre la question de l'emplacement sur lequel doit être reconstruit l'arc romain (69). De plus Segretain presse Mérimée d'aller voir Airvault. Ayant donc négligé Civray et Charroux, il part le 9 septembre pour Surgères « où si la pluie cesse Viollet-le-Duc dessinera la façade », puis il passe à la Rochelle pour « débattre avec le préfet la position de l'arc ». Par malheur celui-ci est à Paris et Mérimée ne trouve qu'un chef du bureau qui lui donne de médiocres renseignements. Le 11 septembre, il arrive à Saintes où on l'attendait « comme autrefois un proconsul dans une province romaine ». Il a avec les commerçants du faubourg Saint-Palaye des démêlés homériques dont il fera à Vitet un amusant récit (70). Peu certain de ne pas attraper « une bonne raclée» en traversant le faubourg, il part le dimanche matin 15 septembre et est à Niort le même jour vers 5 heures, dînant avec M. Segretain; le lendemain il se rend à Parthenay avec celui-ci et son jeune fils qui a conservé le souvenir de cette excursion. «De Parthenay, note-t-il, on passa une journée à Airvault où mon père exécutait alors des travaux de restauration à l'église. Comme on en revenait le soir, M. Mérimée fut tout à coup frappé d'un coucher de soleil incandescent et crut à un incendie sur Parthenay. Il en fut même tellement ému que mon père l'en plaisanta. « Mais songez donc, lui dit M.Mérimée, mon discours de réception à l'Académie est dans ma valise à l'hôtel, si vous croyez qu'on recommence facilement une machine comme celle-là ! » Le lendemain Mérimée visite Saint-Généroux et Saint-Jouin (71), et de retour à Parthenay il écrit à Jenny Dacquin, la célèbre Inconnue : « Je vous écris d'une horrible ville de chouans et d'une auberge abominable où l'on fait un bruit infernal (72). »

Il revient alors à Poitiers le 20 septembre, et retourne à Saint-Savin où il demeure deux jours. La maladroite initiative du curé et de son peintre est réparée : les colonnes de l'église, convenablement astiquées, ont pris une teinte admirable et « pourront mystifier les antiquaires les plus durs à cuire ».

Le 24 septembre il est à Loches, à Blois le 25, et rencontre peut-être Louis de La Saussaye, Avant le 28 septembre il est de retour à Paris.

Le 30 janvier 1845 Mérimée dînait avec Louis de La Saussaye récemment élu (17 janvier) à l'Académie des inscriptions (73). Le 6 février, il prononçait à l'Académie française l'éloge de

Nodier, et bientôt il avait l'occasion de témoigner à Vitet une affectueuse reconnaissance, en secondant, avec activité, son élection à l'Académie française qui eut lieu le 8 mai 1845. Appelé au secours de l'église Saint-Julien, il se rend à Tours à la fin du mois de mai (74) et prépare ensuite sa tournée annuelle.

Parti de Paris le 5 août 1845, il arrive à Poitiers avec Viollet-le-Duc, et le 12 août adresse un long rapport à Ludovic Vitet (75) sur Neuvy-Saint-Sépulcre,.Saint-Savin, Antigny et Chauvigny. A Saint-Savin, il s'aperçoit que Gérard Seguin, en dessinant les fresques, lui a fait commettre un certain nombre de grosses erreurs qui l'obligeront à faire des corrections à sa Monographie dont l'impression est en cours. Joly-Leterme travaille beaucoup à Notre-Dame de Poitiers ; la conservation du Palais de Justice occupe l'opinion publique, et la Société des Antiquaires de l'Ouest offre d'ouvrir une souscription à cet effet.

Le 13, il part pour Angoulême, Périgueux, Souillac, Cahors et Toulouse où il arrive vers le 18 août. Il gagne ensuite Montpellier, Nîmes et Arles, remonte par la vallée du Rhône, inspecte Moulins, Souvigny et Semur, et il est de retour à Paris le 16 septembre (76).

Carmen a paru le 1er octobre dans la Revue des Deux Mondes, et après un court voyage à Metz (4 au 16 octobre) Mérimée se prépare à partir le 1er novembre pour Madrid. Il compte y rester quinze jours « à fureter dans la bibliothèque pour une histoire de don Pèdre le Cruel qui est son héros maintenant ». En quête d'un compagnon, il écrit à Ch. de Rémusat (lettre inédite), le 30 octobre 1845 : « J'ai fait l'autre jour une nouvelle immorale dans la Revue, et je vais la manger de l'autre côté des Pyrénées. Si par aventure vous étiez d'humeur dépasser les monts et que vous voulussiez de moi pour truchement, écrivez-moi un mot à Bayonne et dites-moi où je dois vous attendre. » Mérimée rentre à Paris le 15 décembre 1845. Les deux premières livraisons de sa Monographie de Saint-Savin ont paru, et la troisième se prépare (77). Bientôt il publie dans le Constitutionnel (26 février) une malicieuse bluette, L'Abbé Aubain.

L'histoire de don Pèdre, un voyage à Laon et en Provence (18 juillet-18 août)(78),puis,en septembre, un voyagea Metz, Trêves, Cologne et Bâle, où Mérimée va rencontrer des archéologues allemands, tel est à peu près le bilan de l'année 1846.

Mérimée délaisse un peu le Poitou, et ce n'est que trois ans plus tard qu'une tournée d'inspection le ramènera à Poitiers.

En juin 1847, il a été à Vézelay, puis à Angers en compagnie de Lenormant, et le 21 septembre il part pour la Picardie et accomplit pendant trois semaines des courses archéologiques sous une pluie à peu près continuelle (.79).

La révolution de 1848 jette le trouble dans la Commission des monuments historiques et les lettres de ce recueil montrent assez les inquiétudes de Mérimée qui tremble pour ses chers monuments. Vitet a été exclu de la Commission (80), et Mérimée et Lenormant protestent (2 août 1848) contre cette mesure. Peu à peu pourtant le travail se réorganise. Mérimée, assez content d'aller humer un air « dont on ne peut se faire une idée à Paris », part le 26 septembre pour Reims, Toul, (20 octobre), Saverne, parcourt les montagnes d'Alsace, où les bois et les rochers lui laissent croire que le monde est tranquille et que tout va au mieux. Il est à Bâle le 10 octobre (81), et à Paris le 14 octobre 1848 (82), où il s'amuse à la lecture des Mémoires d'Outre-Tombe.-

Plusieurs affaires intéressant la Société des Antiquaires de l'Ouest tracassent Mérimée en 1849 (83). La supérieure du couvent de Charroux se plaint des chantiers de Joly-Leterme. L'église de-Nouaillé menace ruine, le curé de Saint-Savin, toujours en guerre avec l'inspecteur des monuments historiques, fait des siennes. On place du fumier et une niche à lapins tout près des contreforts de Saint-Savin. Du fumier encore et des latrines sont adossés à la crypte de Lusignan. En-outre, l'abbé Auber imagine les pires horreurs, sous prétexte de restaurer les peintures du choeur de Sainte-Radegonde. De nombreuses difficultés naissent à l'occasion du Palais de Justice de Poitiers. Il semble que les Poitevins n'apprécient pas à leur valeur les efforts de la Commission des monuments historiques et l'administration locale prend plaisir à créer des difficultés à Joly-Leterme. Mérimée fort irrité écrit de la bonne encre au préfet de la Vienne, et à l'un des plus actifs présidents de la Société des Antiquaires de l'Ouest, M. Lecointre-Dupont (84), pour soutenir l'architecte.

Il est temps, le 4 septembre 1849, que l'inspecteur se mette en route pour aller voir les choses par lui-même. Mérimée arrive à Tours le 7 septembre, et le lendemain se rend à Saumur, 25, rue de la Petite-Douve, pour y prendre Joly-Leterme. Il part avec lui pour Poitiers, et inspecte Sainte-Radegonde où les peintures exécutées par M. Hivonnait, sous la surveillance de l'abbé Auber, « passent la permission ». Mérimée déclare n'avoir rien vu de plus ridicule, ni de plus grossièrement fait. Puis il va pour la sixième fois à Saint-Savin (85), dont les fresques ont perdu, depuis 1844, la crudité de ton qu'on pouvait leur reprocher. Le 17 septembre, il se met en route pour Melle; il n'y trouve pas M. Segretain et examine Saint-Hilaire, convenablement restaurée, mais où l'on a fait un peu trop de sculptures. A Saintes, le 19 septembre, il part le 20, sur l'invitation du sous-préfet, pour examiner la fontaine du Douhet, « dont on sollicite le classement parmi les monuments historiques (86) ». Le 21, il continue sa tournée par Angoulème et Périgueux, remonte à Tulle, et passe quelques jours à Saint - Priest, chez Mme Alexis de Valon. Par Châteauroux, Clamecy, Vézelay et Semur, il arrive à Paris le 12 octobre (87).

Les grandes tournées de Mérimée en Poitou sont désormais terminées. Il connaît maintenant dans tous leurs détails l'état des monuments, les réparations à effectuer. C'est de Paris, dans ses rapports à la Commission, dans ses lettres aux préfets, aux architectes, aux antiquaires, qu'il donnera des instructions pour les restaurations en cours, vérifiant les devis, appuyant auprès des pouvoirs publics les demandes de secours, et veillant à une juste répartition des fonds. Il n'est pas un dossier des Archives de la Commission des monuments historiques qui ne contienne quelques lignes au moins de l'inspecteur général, de qui l'activité se poursuit sans faiblir jusqu'en 1854 environ ; elle continue plus ralentie jusqu'en 1859, et l'on trouve quelques interventions de Mérimée jusqu'en 1866.

C'est ainsi qu'il intervient en 1850 à propos des latrines de Saint-Savin ; de la chaire en carton-pâte que le curé de Civray veut faire construire, des réparations de Notre-Dame de Nantilly à Saumur et de l'église du Puy-Notre-Dame dont la restauration est conduite par Joly-Leterme. Tout cela ne va pas sans quelque difficulté, et sans rancunes archéologiques. L'abbé Auber, par exemple, qui a sur le coeur l'affaire des peintures de Sainte-Radegonde, ne manque pas une occasion de décocher des traits contre Mérimée qui en sourit.

Cependant, d'autres provinces sollicitent la présence de l'inspecteur général. En février 1850, il a écrit un très long rapport sur la cathédrale de Toul (88), et le 16 mai, il est chargé de s'y rendre avec M. Pellechet. De retour le 20 mai, il adresse au ministre un rapport de huit pages. Un petit voyage en Angleterre (26 mai-21 juin) et en septembre le voici à Clermont, visitant l'église de Mozat, la Sainte-Chapelle de Riom, l'église d'Ennezat (88). Le 21, il part pour le Velay et voit l'église du Monastier, la chapelle de SaintMichel du Puy. C'est alors qu'il découvre avec Mallay la célèbre fresque des Arts libéraux. Le 26 septembre, il quitte le Puy pour Saint-Etienne, puis il descend le Rhône jusqu'à Avignon et visite le pont du Gard (89). Du 3 au 6 octobre il est à Nîmes. Alors par Bizanet, où il visite l'abbaye de Fontfroide, il gagne Carcassonne (14 et 15 octobre) et y écrit deux rapports (90) sur l'église Saint-Nazaire et les fortifications de la cité. Il revient à Paris ayant le 28 octobre.

A son retour, il retrouve les inlassables demandes de secours pour Candes, Cunault, Lusignan, Charroux, le Temple-Saint-Jean sur lequel on lui écrit des choses alarmantes. Il s'en faut de peu d'ailleurs qu'il ne se rende à Poitiers. Le Prince Président inaugure en effet le chemin de fer de Tours à Poitiers (1er juillet 1851), et visite Notre-Dame-la-Grande, conduit par Léon Faucher qui lui présente Joly-Leterme (91). Et Mérimée d'esquiver la corvée. Le 30 juin [1851] il écrit à Léon de Laborde (lettre inédite) : « J'ai été tous ces jours le bec dans l'eau comme le poisson sur la branche, menacé d'un voyage à Poitiers d'où je devais rapporter l'Empire et une indigestion de veau. Je me suis gardé de l'un et de l'autre et je crois que si vous pouvez me garantir une chambre à coucher et un petit parlour pour une semaine, je serai à Londres vendredi. Je partirai jeudi... » Il rejoignit, en effet, à Londres, Léon de Laborde, commissaire à l'Exposition universelle de l'Industrie qui se tenait depuis le 1er mai dans le Palais de cristal. Il revint avant le 10 août, puis repartit, le 29, en compagnie de son ministre Léon Faucher, pour Vézelay, et fit une tournée par Lyon (où il vit la crypte de Sainte-BIandine, et rencontra le maréchal de Castellane), le Puy, Brioude (où il retrouva Denuelle) et Clermont. Un court voyage, en octobre 1851, conduit à Gand Mérimée et du Sommerard pour assister à la vente de M. d'Huyvetter. Après avoir visité Rotterdam il revient à Paris, le 3 novembre, et dîne, le 28, avec Victor Cousin, Viollet-le-Duc, le comte de Flahaut, Maxime du Camp et le duc de Morny. Il ne faudrait pas en conclure que Mérimée ait été, en quoi que ce soit, dans la confidence du coup d'Etat du 2 décembre.

Les conséquences de ce coup d'Etat ont une immédiate répercussion sur la Commission des monuments historiques, dont la composition est modifiée par un décret du 16 janvier. Le nom de Ludovic Vitet est remplacé par celui de Longpérier ; en revanche, Mérimée est promu officier de la Légion d'honneur.

 

 Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 ==> Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, l'un des plus anciens monuments chrétiens d'Europe (Prosper Mérimée - P. de la Croix)

==>L’abbaye Saint-Jouin de Marnes, Mérimée - découverte archéologique des reliques portées par crainte des Normands

 


 

Mérimée déployait la plus grande activité à parcourir nos anciennes provinces; il voulait voir par lui-même. Plusieurs de ses tournées nous ont valu des publications accueillies avec une telle faveur, qu'il est aujourd'hui à peu près impossible de s'en procurer aucun exemplaire.

 Les Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France parurent en 1836; celles d'un voyage en Auvergne et en Limousin les suivirent à deux années d'intervalle. D'une excursion en Corse Mérimée rapportait aussi des notes, et, de plus, un véritable chef d'œuvre, le roman de Colomba, dont les premières éditions portent la date de 1840.

En 1845, le gouvernement publiait, avec un magnifique atlas, la savante Notice de Mérimée sur les peintures à fresque de l'église de Saint-Savin, du diocèse de Poitiers. Dix ans plus tard, on commençait à faire graver aux frais de l'Etat le Portefeuille de la Commission des monuments historiques, dont la formation était l'œuvre de prédilection de l'inspecteur général.

L'exposition des principales pièces de ce portefeuille à Paris, à Londres, à Vienne, a excité l'admiration des artistes et des archéologues.

Quelle que fût l’influence dont jouissait Mérimée, le succès ne couronna pas toujours ses luttes contre le vandalisme. Nous n'en devons pas moins citer à sa louange ses efforts énergiques pour sauver les arènes de Poitiers, le donjon de Saint-Jean-de-Latran à Paris, et ce brillant hôtel de la Trémoille dont nous ne saurions assez déplorer la perte.

Mérimée pensait, avec son ami Saint-Marc Girardin, que, dans les immenses travaux de remaniement d'une ville comme cette de Paris, au lieu de procéder par destruction immédiate, il convenait de laisser provisoirement debout les édifices de quelque valeur, sauf a prononcer leur arrêt définitif quand l'impossibilité absolue de les conserver aurait été constatée. Une heureuse application de ce système eut pour résultat la conservation de la tour Saint-Jacques, devenue un des plus précieux joyaux de la couronne murale de Paris.

Les travaux de la Commission des monuments historiques et ceux de notre Comité ont entre eux une étroite connexité. D'un côté comme de l'autre, on marche vers le même but, la propagation des saines doctrines de l'art et de l'archéologie. Nous datons du mois de décembre 1837.

Dans notre siècle si agité, bien peu d'institutions peuvent se glorifier d'une aussi longue durée. Mérimée se trouvait tout désigné pour être compris dans la première organisation du Comité. Dès le début, il donna son concours le plus empressé aux Instructions qui furent adressées aux correspondants; il fut spécialement chargé de la rédaction de celles qu'on demandait sur l'architecture militaire.

La table générale de nos Procès-verbaux et de nos Bulletins contient l'énumération des nombreux rapports de Mérimée. Il y apportait la même netteté, le même soin, la même finesse que dans ses œuvres littéraires les mieux étudiées.

 Le Comité s'était plus d'une fois préoccupé du déplorable abandon des inscriptions de l'antiquité ou du moyen âge que possède encore notre pays; on pria Mérimée d'accepter la mission d'en former le Recueil. Il prépara un plan de publication, et nous fit l'honneur de nous associer à cette importante entreprise. Des circonstances indépendantes de sa volonté ne lui permirent pas d'aller plus loin. Cette existence jusqu'alors si brillante et si fortunée devait avoir une fin douloureuse.

Sorti de Paris en 1870, au moment même de l'investissement de la ville par les armées ennemies, Mérimée expirait au bout de quelques jours, à Cannes, loin de ses amis, dans la triste prévision de nos désastres. Il mourut le 23 septembre. Le 23 mai de l'année suivante, l'incendie allumé par les sicaires de la Commune réduisait en cendres la maison qu'il avait, habitée dans la rue de Lille, détruisant à la fois ses portraits, ses objets d'art et son exquise bibliothèque. Ne devrions-nous pas l’estimer heureux encore cette fois de n'avoir pas survécu à l'anéantissement des livres qu'il destinait à l'Académie, des manuscrits qui attendaient de sa main une dernière touche, des collections qui se rattachaient aux meilleurs souvenirs de sa vie?  

F. de Guilhermy, Membre du Comité des travaux historique


 

 Le tombeau de Prosper Mérimée, situé dans le cimetière du Grand Jas à Cannes, a été inscrit au titre des Monuments Historiques par un arrêté du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en date du 7 juin 2019.

« Prosper Mérimée est une figure incontournable du patrimoine national et de la vie culturelle française. Cette protection confirme l’importance historique et patrimoniale de sa dernière demeure. Un classement au titre des monuments historiques du tombeau sera ultérieurement soumis à l’avis de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture ; suite au vœu en ce sens émis par la commission régionale du patrimoine et de l’architecture. » Franck Riester, ministre de la Culture.

 

Dépôt légal du ministère de la Culture - Ministère de la Culture

Vous trouverez sur cette page l'ensemble des sites Internet du ministère de la Culture ayant fait l'objet d'un dépôt légal auprès de la Bibliothèque nationale de France. Ces sites ne sont plus consultables en ligne mais uniquement dans les salles de consultation de la BnF, sur le site de Tolbi
Ruines de la Rotonde dite Temple de Lanleff, par Devrez, 1885. ... de Lanleff, qui prend place comme les églises de Rieux, Neuvy-Saint-Sépulcre ou Simiane, ...

http://www.culture.gouv.fr

 

 

(1) P. 1265, 1re col, partie non officielle. Intérieur. Paris, le 16 mai. Cette note a été signalée pour la première fois par M. Pierre Martino.

(2) Le comte d'Argout est remplacé par Thiers à l'Intérieur et aux Travaux publics, depuis le 4 avril 1834.

(3) 10 avril.

(4) Voici le texte de l'arrêté :

MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR

Arrêté. Nous Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur, Arrêtons :

Art. 1er. — M. Prosper Mérimée est nommé Inspecteur général des Monuments historiques, en remplacement de M. Vitet, appelé à d'autres fonctions.

Art. 2. — M. Mérimée jouira d'un traitement de huit mille francs.

Art. 3. — M. Vitet conservera le titre d'Inspecteur général honoraire des monuments historiques.

Art. 4. — Le Chef de Division des Beaux-Arts et le Chef de la Comptabilité générale de notre Ministère sont chargés de l'exécution du présent arrêté.

Paris, le 27 mai 1834-.

Signé : A. THIERS.

(Archives nationales, Flb I 10 5. M. P. Trahard.Dans son Prosper Mèrimèe 1834- à 1853, p. 1, a bien indiqué comme date le 27 mai, mais il donne pour référence une pièce des Archives nationales avec la cote Fla 10.859 bis. Cette cote n'existe pas aux Archives, la série Fla s'arrêtant au n° 2.002. )

 

(5) Moniteur universel, n° 205, vendredi 24 juillet 1835 : « M. Prosper Mérimée, inspecteur des Monumens historiques de France, publie aujourd'hui, à la librairie de Fournier, un volume intitulé, Notes d'un voyage dans le midi de la France. »

(6) Lettre à Grasset, Rennes, 21 août 1835. — L'inspection du Poitou n'avait donc pas été prévue par Mérimée qui écrira d'ailleurs dans la préface des Notes d'un voyage dans l'Ouest : «... Mes excursions dans l'Anjou et aux environs de Poitiers n'ayant eu pour but que l'examen de quelques monuments remarquables sur lesquels un rapport spécial m'avait été demandé par M. le ministre de l'Instruction publique. »

(7) Notes d'un voyage dans l'Ouest, p. 310.

(8) Charles-Florent-Jacques Mangon de La Lande naquit le 1er février 1770, à Roye, en Picardie ; il reçut de son père la charge de receveur des finances dans sa ville natale, fut nommé inspecteur en 1799 et directeur à Guéret en 1832 : on le transféra à Poitiers dans les mêmes fonctions en décembre 1833. Il prit sa retraite en mai 1840. Auteur de poésies et de nombreux travaux d'archéologie, il fut membre de la Société des Antiquaires Normandie. Retiré à Avranches en mai 1840, il alla ensuite à Paris où il mourut le 10 juin 1847. (Cf. « Notice sur la vie et les travaux archéologiques de M. Mangon de La Lande », par M. Lecointre-Dupont, Bull. Soc. Ant. de l'Ouest, 4e trimestre 1847, p. 119 à 130. — Voir aussi sur Mangon de La Lande et sur la Société des Antiquaires, E. Ginot ; « La Société des antiquaires de l'Ouest pendant un siècle », Bull. Soc. Ant. de l'Ouest, 39 trimestre 1934, p. 183 à 208.

 

(9) Notes d'un voyage dans l'Ouest, sur Poitiers, Civray, Saint-Savin et Chauvigny, p. 368 à 430.

(10) Rapport du 12 décembre 1833 : A. C. M. H. (dossier Temple SaintJean).

(11) Notes d'un voyage dans l'Ouest, p. 370.

(12) Cf. Montalembert : « De l'attitude actuelle du vandalisme en France », Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1838.

(13) Lettres inédites.

(14) Notes d'un voyage dans l'Ouest, p. 373. — Le mémoire dont parle Mérimée est le suivant : Dissertation sur le tombeau romain de Varenilla, Poitiers, imp. de Saurin (1835), in-8°, 23 p.

(15) Cf. Lettre I.

(16) Voir E. Ginot : Le Baptistère Saint-Jean, Poitiers, s. d.

(17) Bull.Soc.Ant.de l'Ouest,1°? novembre 1835 au 1^février 1836,p. 4.

(18) Alexis de Jussieu (1802-1866), membre de la Soc. Ant. de l'Ouest dès 1834, était le cousin germain d'Adrien de Jussieu, professeur de botanique au Jardin des Plantes, ami intime de J.-J. Ampère, de Stapfer et de Mérimée. Cf. Louis de Launay : Un amoureux de madame Récamier. Le Journal de J.-J. Ampère, Paris, H. Champion, 1927.

(19) A. C. M. H. Dossier Saint-Savin.

(20) M. Trahard dans son Prosper Mérimée de 1834 à 1853, p. 59, note 2, écrit à tort : « Mérimée a visité Saint-Savin pour la première fois en 1844 et non en 1834, comme le dit le Bulletin monumental (p. 193). »

(21) Né à Poitiers le 18 août 1814, Charles-Louis-Gilbert de Chergé fit son droit et devint membrede la Soc. des Ant. de l'Ouest dès la fin de 1834 ; il en fut le secrétaire en 1838 et le très actif et dévoué président en 1844. Nommé, par arrêté ministériel du24 mai 1840, inspecteur des monuments historiques pour le département de la Vienne, et la même année correspondant des ministères de l'Intérieur et de l'Instruction publique, il joua un rôle très considérable dans la restauration de la tour de Charroux, des églises de Chauvigny, Civray, Fontgombaud, Lusignan, Nouaillé, et à Poitiers du temple Saint-Jean et de Saint-Porchaire. Retiré à Saint-Hilaire-sur-Benaize, il tint pourtant à assister au cinquantenaire de la Société et mourut peu après, le 5 octobre 1884. Parmi ses nombreux ouvrages on peut citer : « Notice sur l'abbaye de Charroux », Mém. Soc. Ant. de l'Ouest, I (1835), p. 233-300; Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l'ancien Poitou, de H. Filleau (publié avec la collaboration de Henri Beauchet-Filleau), Poitiers, 2 vol. in-8°, t. I, 1840, t. II, 1854 ; Guide du voyageur à Poitiers et aux environs, Poitiers, 1851 (2e édition, 1868, 3e, 1872) ; L'Abbaye et les trappistes de Fontgombaud, Poitiers, 1850 (2e éd., 1852, 3e, 1865). (Cf. Levillain : « Notice sur la vie et les oeuvres de Charles de Chergé », Mém. Soc. Ant. de l'Ouest, 1906, p. xix à LXVIII, et E. Ginot : « La Société des Antiquaires de l'Ouest pendant un siècle », Bull. Soc. Ant. de l'Ouest, 3e trimestre 1934, p. 191 à 193.)

(22) A. C. M. H. Dossier Coupole de Charroux.

(23) Voici l'itinéraire de son voyage dans l'Ouest : Paris (28 juillet) ; Chartres, Alluye, Bonneval, Marboué, Chartres (3 août) ; le Mans, Sablé (Solesme), Laval (Avesnières), Vitré, Rennes (20 et 21 août) ; Dinan, Dol, Saint-Malo, Dinan, Lamballe (27 août) ; Saint-Brieuc, Paimpol par Lanleff, Tréguier, Lannion, Morlaix (5 septembre), Poùllaouen, Huelgoat, Saint-Herbot, Morlaix ; Saint-Pol-de-Léon (11 septembre)," Lesneven, Brest, Quimper, le Perennou, Quimper, Quimperlé, Lorient, Hennebon, Josselin, Quinipili, Locminé, Lorient, Auray. Carnac, Erdéven, Auray, Locmariaker, Gavr'Innis, Auray, Vannes, Succinio, Saint-Gildas, Vannes, Nantes (8 octobre) ; de Nantes à Angers par le bateau à vapeur ; Saumur, Candes, Saumur; Poitiers, Civray, Charroux, Lussac, Saint-Savin, Chauvigny, Poitiers, Paris.

Cet itinéraire est établi d'après l'Etat des frais de roule de Mérimée (A. C. M. H.), recoupé par la correspondance et les Notes d'un voyage dans l'ouest. Mérimée réclame 2.070 francs pour 258 postes 3/4. On discuta cet état que l'on réduisit à 158 postes, bien que Mérimée l'ait : « certifié véritable et plus que véritable. » Tout prouve que c'est Mérimée qui avait raison.

(24) Ce rapport inédit figure aux Archives de la Commission des monuments historiques (Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, f.' 117). Il est classé à la date de 1840. F. Ghambon, Notes sur Prosper Mérimée, p. 147, lui attribue la même date. Il est omis par Trahard et Josserand dans leur Bibliographie. Voir (lettre XVI, note 1) les raisons qui infirment la date de 1840. Quelques-uns des termes de ce rapport se retrouvent dans les Notes d'un voyage dans l'Ouest, et il est évident que nous avons ici une première rédaction, reprise dans cet ouvrage.

(25) M™e de Grandmaison était la fille de l'archéologue Millin.

(26) Il est encore à Paris le 13 (Lettre à Sobolewski, N. R. F., Ie''juin 1935) et le 18. il est à Chaumont en Bassigny (A. C. M. H., Lettres et Rapports de Mérimée et Vitet, f. 76.)

(27) Cf. Saulcy : « Trois jours à Trêves », Revue contemporaine, ler novembre 1856, p. 570.

(28) Jean, François-de-Paule, Louis de La Saussaye, néàBlois le 6 mars 1801 ; mort au château du Troussay (près Cour-Cheverny, Loir-et-Cher) le 25 février 1878.  

Camarade, au collège de Blois, d'Augustin et d'Amédée Thierry, accepte en 1832 le titre de conservateur de la bibliothèque de Blois à la condition que ses émoluments soient versés au père des deux Thierry, bibliothécaire adjoint. En 1836 il fonde avec M. Cartier la Revue de Numismatique dont ils cèdent, en 1856, la direction à MM. de Witte et de Longpérier.

1837. Membre non résident du Comité des travaux historiques; 1841. Correspondant du ministère de l'Instruction publique ; 1845. Membre titulaire de l'académie des Inscriptions et belles-lettres (17 janvier); 1845 (avril). Chevalier de la Légion d'honneur ;

1853. Membre de la Commission des arts et édifices religieux ;

1854. Membre de la Commission des archives départementales ;

1855. Recteur de l'académie de Poitiers ;

1856. Recteur de l'académie de Lyon ;

Meurt recteur honoraire et commandeur de la Légion d'honneur.

Son premier ouvrage parut en 1828 : Cent bévues de M. de Jouy dans trente-quatre pages de l Ermite en province rélevées par un Blésois et par un Solonais. Il est surtout connu par son Histoire du château de Blois (1840), souvent rééditée, et par son Guide historique du voyageur à Blois et aux environs (1855), ouvrage réédité et remanié sous le titre de Blois et les environs et qui n'a pas d'équivalent.

(29) M. le comte de Suzannet possède trente-huit lettres de Mérimée à L. de La Saussaye. La première est datée du 13 février 1839, la dernière, que nous publions ici, est du 24 mars 1869.

(30) L'Etat des frais de route (A. C. M. H.) est daté du 17 août 1836. Le reçu de Mérimée pour remboursement de ses frais a figuré au catalogue Charavay. Nouvelle série, n° 8. Cf. R. H. L., octobre décembre 1924, p. 730.

(31) Voir Louis Royer : « Stendhal et Mérimée », le Divan, février, mars 1932.

(32) Cf. (( Stendhal et Mérimée à la Charité-sur-Loiré », le Divan, avril, mai 1933.

(33) Voici son itinéraire : Paris (25 mai), la Charité (28 mai), Bourges (29 mai) Mehun, Bourges, Plainpied, Bourges ; Saint-Amand, Meillant, Saint-Amand ; Néris, Guéret, Limoges, Chalusset et Saint Junien ; Uzerche, Tulle (18 juin), Aurillac (22 au 26 juin) ; Figeac, Villefranche, Rodez et Conques. Saint-Flour (5 juillet); le Puy, la Chaise-Dieu, Polignac, le Monestier (7 juillet ; Brioude, Issoire, Clermont et Saint-Nectaire ; Gergovie, Thiers, Riom et Ennezat (30 juillet; Moulins, SaintMenoux et Souvigny ; la Charité-sur-Loire (13 août\ Auxerre et Paris. Itinéraire établi d'après la correspondance et l’Etat des frais de route (A. CM H ) daté du 24 août 1837. Mérimée a parcouru 261 postes 1/2 et reçu 2 092 francs.

 

(34) Voir Introduction des Lettres de Mérimée à Vitet, Pion, 1934, p. LVIII, et Paul Verdier : « Le service des monuments historiques de 1830 à 1934 » dans Congrès archéologique de Paris, 1934, t I, Paris, Picard, 1936.

(35) Joly-Leterme est né le 9 juin 1805 à Baugé (Maine-et-Loire). Il fit de brillantes études au collège de Saumur et prépara les examens d'entrée à (Ecole polytechnique La ruine de sa famille lui fit abandonner cette voie. Il étudia alors l'architecture, suivit les cours de l’Ecole des beaux-arts et fréquenta les premiers ateliers du temps. Entré ensuite dans 1 administration des ponts et chaussées, il s'occupa de la construction du pont Napoléon à Saumur et fut bientôt chargé d'étudier la restauration de l'église de Cunault.

En 1840, il fut nommé inspecteur correspondant du Comité des Monuments historiques, et pendant 35 ans il consacra son activité à la restauration des principaux monuments du Poitou, de la Touraine et de l'Anjou Il restaura en particulier : dans le Poitou, les églises de Saint-Savin, Chauvigny, Civray, Charroux, Lusignan ; à Poitiers, le temple Saint-Jean, Sainte-Radegonde, Notre-Dame-la-Grande, Saint-Hilaire-le-Grand (reconstruite presque entièrement sur ses plans), la tour de Saint- Porchaire (dont'la démolition était déjà adjugée) ; en Touraine, l'église de Candes, le château de Chinon ; en Anjou, les églises de Cunault, du Puy-Notre-Dame, de Gennes ; à Saumur, l'église Notre-Dame de Nantilly.

On le nomma, en 1841, architecte de la ville de Saumur où il construisit de nombreux édifices.

Dès 1848, Joly-Leterme fut proposé comme architecte des édifices diocésains pour le diocèse d'Angers (cf. lettre XLIV) et on lui doit la reconstruction de l'évêché d'Angers (1851-1855) et la restauration des bâtiments du Grand Séminaire.

Toute sa vie a été consacrée à ses études, à ses amis, à ses ouvriers. Il fit preuve d'un grand dévouement pendant les inondations de 1843, 1856 et 1866.

Il est mort à Saumur, dans sa maison de la rue de la Petite-Douve, le 9 janvier 1885. Cette note résume en partie l'article si précis de M. P. A. Savette : « Une belle figure saumuroise : M. Joly-Leterme » Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, juillet 1936.

 

(36) Cf. une Lettre de la Soc. Française pour la conservation des monuments (Caen, 2 mai 1838) et une lettre du Ministre à cette même société (31 août 1838). A. C. M H. (dossier Château de Thouars). Dans ce dossier on trouve en outre cette note de Mérimée (octobre 1838) : « Le château de Thouars ne mérite nullement l'intérêt que M. de Caumont réclame en sa faveur. La chapelle seule a quelque mérite, quant au château il n'a de remarquable que sa belle situation. D'ailleurs le rapport du préfet [19 juin 1838] est exact et la route nouvelle ne change que très faiblement la disposition de la terrasse. »

(37) Chambon {Noies sur P. Mérimée) a donné de courts extraits de ce rapport exactement signalé (p. 118) comme adressé à Vatout. Une coquille probable lui fait indiquer (p. 133, note 1) ce même rapport comme une lettre à Vitet. En fait, le recueil des Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, conservé aux Archives des monuments historiques ne contient (f. 88) que ce rapport de Bordeaux, 19 juillet 1838, adressé à Vatout. L'indication à la même date d'une lettre de Mérimée à Vitet, signalée par Josserand : « Prosper Mérimée, esquisse d'une édition critique de sa correspondance », R H. L., janvier 1924 à juin 1925, et par Trahard et Josserand, Bibliographie des oeuvres de P. Mérimée, Paris, Champion, 1929 (p. 199), est évidemment une erreur qui s'explique par le fait que ces auteurs se sont uniquement fiés à Chambon qui ne donne pas, pour ce rapport, la référence du recueil des Archives des monuments historiques.

(38) Voici son itinéraire : Paris (après le 15 juin), Orléans et Saint- Benoît-sur-Loire ; Blois et Chambord ; Tours, Saumur, Doué-la-Fontaine et Cunault ; Thouars, Poitiers, Saint-Savin et Montmorillon -; Saintes et Saint-Romain-de-Benet ; Bordeaux (19 juillet) ; Saint-Emilion et La Sauve ; Bazas, Nérac, Condom, Lectoure, Auch, Tarbes, Luz, Saint-Sauveur, Bagnères-de-Bigorre (7 août) ; Montrejean, Toulouse (20 août) ; Moissac, Agen, Aiguillon, Bergerac, Périgueux, Angoulême, Poitiers, Loudun, Chinon, Tours et Paris (12 septembre). — Cet itinéraire est établi d'après la correspondance et l'Etat des frais de route (A. C. M. H.), daté du 14 octobre 1838. Mérimée a parcouru 300 postes 3/4 et reçu 2.406 francs.

(39) « Lettres familières de l'Impératrice Eugénie », Paris, le Divan,

1935, t. I, p. 12, et Stendhal. Mélanges intimes et marginalia, le Divan,

1936, II, 327.

(40) T. LVIII, p. 35 à 53 et p. 100 à 119.

(41) Béranger écrit à Mérimée, de Toursle6 novembre 1838, une longue et intéressante lettre répondant aux conseils que celui-ci lui a demandés pour son projet d'une histoire de César. Cf. Correspondance de Béranger, t. III, p. 135.

(42) On trouvera tous les détails de ' ce voyage dans : « Itinéraire de Mérimée en Corse », Mercure de France, 1er mars 1936, p. 281-299.

On y joindra ce billet écrit d'Avignon, 7 août [1839] {Archives nationales, F 21 1832) :

« Mon cher ami, si la lettre ci-incluse vous arrive samedi, auriez-vous la bonté de l'envoyer avant cinq heures à Mr le baron Louis de Vielcastel au Mere des Affaires étrangères qui se chargera, de la faire passer. « Je pars demain ou après, lorsque mon lumbago sera guéri, pour Ajacoio, veuillez m'y adresser mes lettres, s'il vous en vient.

« Mille tendres amitiés.

« Pr M. » Mérimée envoyait une lettre à Mme de Montijo sous le couvert des Affaires étrangères.

 

(43) Cf. Lettres de Mérimée à L. Vitet, p. 1 à 7.

(44) Lettre à Grille de Beuzelin (Ghambon, Notes sur Mérimée, p. 139). Cette lettre est datée du 13, mais non de la main de Mérimée, et nous proposons de la dater du 16, car dans le passage supprimé par Chambon on lit : « Demain je serai à Civray et lundi à Bressuire. »

(45) Cf. Lettre XIII.

(46) Pierre-Théophile Segretain naquit à Niort le 9 avril 1798. Il fit ses premières études dans cette ville et les continua à Poitiers. Il prépara l'Ecole polytechnique et y fut admis en 1815. Six mois après, l'école fut licenciée pour avoir manifesté contre le gouvernement et M. Segretain qui aimait l'architecture entra dans les bureaux de M. Bruyère, inspecteur général des ponts et chaussées. En 1820, il revint à Niort auprès de son père qui dirigeait des travaux importants de voies de communication dans le Bocage poitevin. Nommé, en 1824, architecte du département des Deux-Sèvres, il construisit de nombreux édifices dans toute la région. Il s'intéressa vivement à l'archéologie et correspondit avec M. de Caumont,. M. du Sommerard et P. Mérimée. A partir de 1842, il fut correspondant des ministres de l'Intérieur et de l'Instruction publique. Parmi les monuments qu'il restaura avec goût et désintéressement, citons : les églises^ de Saint-Généroux, Airvault, Parthenay-le-Vieux, Saint-Hilaire-de-Melle, Bressuire, Celles, Notre-Dame de Niort, Saint-Jouin de Marnes, Notre Dame-de-Fontenay (Vendée), Fontaine-le-Comte (Vienne), etc. ; membre de la Société française d'Archéologie, il écrivit des articles très érudits dans le Bull, de la Soc. de Statistique des Déux-Sèvres et dans celui de la Soc. Ant. de l'Ouest. Il était encore allé visiter des fouilles trois jours avant sa mort, survenue le 8 novembre 1864. (Cf. Alfred Mounet : « Notice biographique sur Pierre-Théophile Segretain », Bull, de la Soc. destatistique des Deux-Sèvres, mai 1865.)

(47) Cf. Ernest Cartier : Léonce de Lavergne, Paris. Pion, 1904, p. 72.

(48) Lettres de Mérimée à Ludovic Vitet, p: 25.

(49) Le 16, Mérimée écrit de Bayonne à Mme de Montijo : «Je pars mardi 18 avec un courrier et je serai jeudi 20 à la porte de l'ambassade de France ». ,

(50) Wallon, Eloges académiques, t. II, p. 255.

(51) Lettre XVII.

(52) Le 12 juin 1841, il écrit à Grasset : « Je pars dans quelques jours pour ma tournée officielle. »

(53) Voir l'itinéraire de ce voyage dans Lettres de P. Mérimée à Madame de Beaulaincourt, p. 113, note 1.

(54) Cf. Lettres de Mérimée à Vitet, p. 43, note 3, et ici lettre XXI.

(55) Voir Lettre à une inconnue, 22 juin 1842, I, 62 ; la date de cette lettre est exacte, contrairement à ce que prétend Chambon (Préface à la célèbre inconnue de P. Mérimée par Alphonse Lefebvre, Paris, Sansot, 1908 p. 16). En effet une note confidentielle de Mérimée au sous-préfet d'Arles, datée de Arles, 7 août 1842, figure aux AC. M. H. (dossier Arles, Théâtre antique) ; elle porte : « sur les maisons dont l'acquisition est nécessaire pour le déblaiement du théâtre ».

 

(56) Voici son itinéraire : Paris, Avallon et Vézelay ; Chalon-sur-Saône (30 juin) ; Lyon, Vienne, Orange, St-Paul-des trois-Châteaux et Vaison ; Avignon (11-20 juillet) ; Arles, Marseille (25 juillet) ; Toulon (26juiliet), Aix, Orgon, Silvacanne, Cavaillon, Senanque, L'Isle-sur-la-Sorgue, Avignon, Arles(7 et 8 août), Avignon, Orange (14août). Il revient par SaintEtienne et Moulins.

(57) Cf. Lettres de Mérimée à Vitet, p. 54.

(58) A. C. M. H. Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, f. 124.

(59) Nous précisons et complétons ici l'itinéraire donné dans l'Introduction des Lettres de Mérimée à Vitet, p. LXIII : Paris (vers le 5 août), Auxerre et Pontigny ; Avallon et Vézelay ; Semur et Flavigny ; Beaune, Dijon (12 août) ; St-Seine, Dôle, Lons-le-Saunier, St-Lupicin (15 août), Lons-le-Saunier et Baume-les-Messieurs ; Poligny, Champagnole et Miège, Salins, Besançon (21 août), Vesoul et Luxeuil, Langres et Chaumont, Vignory, Joinville, Troyes (31 août), Paris (ler septembre). L'état des frais de route établi pour août et octobre 1843 indique encore, pour octobre, Paris, Reims et Avenay, Paris ; il est signé du 17 octobre 1843. Mérimée a touché 2.086 fr. 24 centimes à raison de 10 fr. 40 par myriamètre.

(60) Lettre inédite.

(61) Voir J. Bonnerot : « Les dessous d'une élection à l'Académie française en 1844, Sainte-Beuve et Mérimée », la Reoue universelle, 1" juillet 1935.

(62) Le même jour il écrit â Weiss une lettre qui a été publiée par Gazier, R. H L.,'l922, p. 449.

(63) Lettre de M. de Chergé à M. le curé de Saint-Savin, 16 mars 1844, Archives particulières du Grand Séminaire de Poitiers (communiquée par Monseigneur Chaperon, doyen du chapitre cathédral).

(64) Voir Lettres de Mérimée à Vitet, p. 111.

(65) A. C. M. H., Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, f. 159, lettre de Niort, 8 septembre 1844.

(66) Voir Lettres de Mérimée à Vitet, p. 104 sq.

(67) Cf. Lettres XXIV et XXVII.

(68) Lettre de Niort, 8 septembre 1844, l. c.

(69) Cf. lettre XXVI.

(70) Voir Lettres de Mérimée à Vitet, p. 115 à 125.

(71) Lettre XXXII.

(72) Lettres à une Inconnue, t. I, p. 238.

(73) Mérimée écrit à La Saussaye (lettre inédite), le 29 janvier 1845 :« O membre, avez-vous vu M. de la Grange et avez-vous obtenu ma libération ? Prennez en tout cas beaucoup de papier Joseph demain. Tout à vous, P. M. Mercredi soir. »

(74) de Mérimée à Vitet, p. 139.

(75)Ibid., p. 145 à 151.

(76) Pour l'itinéraire de ce voyage voir Lettres de Mérimée à Vitet. Introduction, p. LXVIII, n. 1.

 

(77) Cf. Bull, archéologique, t. IV, p. 15, 24 janvier 1846, et Bull archéologique, t. IV, p. 217, 13 février 1847 : « Le secrétaire dépose la troisième livraison des Peintures de Saint-Savin. Cette livraison se compose de dix chromolithographies qui représentent principalement une partie de l'histoire de Noé. On y joint le frontispice dessiné par E. Viollet-le-Duc ».

(78)| Voir l'itinéraire de ce voyage, Lettres de Mérimée à Vitet, Introduction, p. LXX.

(79) Voici l'itinéraire de ce voyage : Paris (21 sept.), Senlis (25 sept.),. Roye (26 sept.), Noyon, Amiens (30 sept.), Poix, Corbie, Amiens, Abbeville, Saint-Riquier et Rue (1er oct.) ; Dieppe (3 oct.), Rouen (7oct.) ; Brionne, Caen (10 oct.), Bayeux, Caen, Falaise, Lisieux, Paris (16 oct.1847).

(80) Il fut rétabli par Dufaure, le 5 novembre 1849. — Le 27 juillet 1848, Mérimée écrivait (lettre inédite) : « Je pense, Monsieur, que ce serait affliger profondément tous les artistes que de maintenir une exclusion qui introduirait pour la première fois la politique en matière d'archéologie. »

(81) La Lettre à une Inconnue (t. I, p. 311) datée de Bâle, 10 octobre 1850, est évidemment de 1848.

(82) Lettre inédite à H. Royer Collard.

(83) En mai, court voyage à Nevers. Un reçu de 93 fr. pour frais de ce voyage, daté du 19 juin 1849. a figuré au catalogue Charavay.

(84) Gabriel-François-Gérosime Lecointre-Dupont, Dé à Alençon, le 4 décembre 1809 ; mort à Poitiers, le 25 septembre 1888.

Il fut, en 1833,1e plus jeune des onze fondateurs de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Spécialisé dans la numismatique, il fut un des premiers collaborateurs de la Revue de Numismatique de Cartier et La Saussaye, et publia en 1839 et 1840, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires, Essai sur les Monnaies du Poitou et sur leurs divers types, son oeuvre capitale. Président de la Société des Antiquaires de l'Ouest (29 novembre 1841); membre de la Société des Antiquaires de France (18 janvier 1844). De nouveau Président de la Société des Antiquaires de l'Ouest (21 février 1845). Membre correspondant du Comité des Travaux historiques (21 janvier 1856). Il fut nommé à nouveau président de la Société des Antiquaires de l'Ouest en 1868 et en 1876, et fut élu, en 1884, Président d'honneur à vie, étant alors le seul survivant des fondateurs de la Société. Cf. pour plus de détails la Biographie de M. LecointreDupont, par J.-E. de La Marsonnière. Poitiers, typographie Oudin. 1889.

(85) Dans sa Monographie sur Saint-Savin (réimprimée dans Etudes sur les Arts au moyen âge, Paris, Calmann-Lévy), Mérimée indique (p. 63) : « quatre visites à l'abbaye de Saint-Savin m'ont permis d'étudier son architecture... » et (p. 277) dans un post-scriptum : « une cinquième visite que je viens de faire à l'église de Saint-Savin m'oblige de signaler une erreur qui m'est échappée dans la première partie de ce travail. » On trouve, en effet, quatre visites (1835, 1838, 1840 et 1844) ; la cinquième visite se place en août 1845. Après la publication de sa Monographie, Mérimée a fait une sixième visite en 1849.

(86) Lettre au ministre, Saintes, 21 septembre 1849. A. C. M. H. Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, f. 261.

(87) Chambon (Notes, p. 270) indique : « le 26 octobre, mandat de ses frais de voyage, 1.690 fr. » •

(88) A. C- M. H. Dossier Cathédrale de Toul.

(89) A. C. M. H. Lettres et rapports de Mérimée et Vitet, Clermont, 18 septembre, p. 271 à 274.

(90)Id., ibid., f. 275 à 277 ('ô)Id., ibid., f. 279 et 279 bis.

(91) Cf. Bull. Soc Anl. de L'Ouest, 2 trimestre 1851, p. 181.