20 JUIN 1828 SAUMUR M le général Oudinot marquis de Reggio accueil Madame Marie-Caroline, duchesse de Berry

Cette ville avait déjà son renom dans l'histoire; les Vendéens ont accru sa célébrité.

Aujourd'hui, pour le voyageur qui vient de Paris, elle est comme la porte de la Vendée historique. C'est là que l'on commence à voir les traces du passage d'un peuple de géants; là, tous les hauts faits de l'ancienne chevalerie ont été renouvelés.

Henri de la Rochejacquelein, MM. de la Villebeaugé, Cathelineau, Lescure, Donnissan, Dommaigné, Loiseau de Trémentine, et tant d'autres y ont fait des prodiges de valeur; et des paysans, n'ayant pour armes que quelques fourches, des faux et des bâtons ont pris une ville défendue par une armée républicaine et de nombreux canons.

Madame savait tout ce que vaut cette petite ville et dans les temps anciens et dans les temps modernes ; aussi S. A. R. lui avait consacré deux jours entiers.

Là, elle devait agréer une fête toute chevaleresque, un brillant carrousel (Cadre Noir)

Le 20 juin, dès quatre heures, tout Saumur était sur pied; M. le général marquis de Reggio est parti avec un demi-escadron et une partie de son état-major, pour aller au devant de S. A. R.

Un fort détachement de cavaliers élèves formait la haie depuis le premier pont.

A dix heures, les premiers coureurs ont annoncé l'approche de la princesse.

S. A. R. a passé le pont avec son escorte, a longé le port, et s'est arrêtée devant l'hôtel occupé par le marquis de Reggio.

Pour contraster avec toute cette pompe militaire, et comme pour placer la grace à côté de la force, vingt jeunes personnes étaient dans le vestibule pour offrir des fleurs et des hommages à la mère de Louise et de Henri.

La princesse, ayant pris quelques instans de repos dans ses appartemens, est venue s'asseoir au déjeûner offert par le marquis de Reggio, et dont la marquise et sa mère, madame Minguet, faisaient les honneurs.

A l'issue du déjeûner, Madame est montée au château; elle a été reçue sur le pont-levis par M. le chevalier de Morand, lieutenant de Roi la garnison, composée de deux compagnies du troisième léger, était sous les armes.

En parcourant le château, S. A. R. s'est souvenue que le jeune Ludovic de Charette y avait été prisonnier avec plusieurs autres royalistes.

Elle a admiré la magnifique vue l'on découvre d'un des bastions où un pavillon élégant avait été élevé pour la recevoir, et pendant que ses regards étaient fixés sur la Loire, une petite flottille manoeuvrait sur ses ondes et animait ce tableau déjà si beau par lui-même, et qui était encore embelli par l'air de fête répandu sur toute la contrée.

A sa descente du fort, la princesse a trouvé la calèche du général; elle y est montée avec madame la duchesse de Reggio, madame la marquise de Podenas, et madame la marquise Oudinot, et s'est rendue au Champ de Mars, où étaient rangés en bataille les officiers élèves et les cavaliers, en tout, six cents hommes.

On a fait ouvrir les rangs, et Madame les a traversés lentement, et a assisté à quelques exercices militaires.

La jeune mère de notre Henri se plaît au milieu des armes, et elle a voulu que les premiers jeux de son fils fussent tout guerriers.

Avant de porter la couronne, Henri V aura porté le casque; avant de tenir le sceptre, sa main aura manié la lance et l'épée.

 

LE TOURNOI.

(Tournoi de chevalerie l‘Emprise du château de Joyeuse-Garde, organisé par le Roi René en avril 1446 à Launay )

Après cette revue, Madame a été conduite au quartier attenant au Champ-de-Mars; un petit salon y avait été élégamment préparé pour elle.

Le balcon de ce salon donnait sur le manège découvert, désigné sous le nom de Carrière. C'est un parallelogramme long de trois cents pas, et qui était tout bordé de gradins recouverts de draperies fleurdelisées.

Là, comme aux anciens tournois, une blanche fille des lis allait présider aux nobles jeux de la lance aussi tous les coeurs battaient, et celui de notre Jeanne d'Albret ne restait pas froid.

 

Des trompettes ont sonné; c'est le signal: d'une des extrémités de la carrière, deux quadrilles s'avancent; l'écuyer commandant les précède et les guide.

 Les casques, les lances, les broderies d'or brillent au soleil ; les flammes de toutes les couleurs flottent au vent; les chevaux semblent orgueilleux de ceux qui les montent; ils piaffent, ils hennissent; des rênes de soie les retiennent; l'arène retentit sous leurs pas.

On entend un bruit sourd parmi les spectateurs. Les femmes admirent la bonne grâce des cavaliers. Tout le monde se félicite du choix d'une pareille fête; elle est digne d'une fille de Louis XIV, et d'officiers français.

Cependant, ceux qui vont courir la carrière défilent, en passant devant le balcon de Madame, ils saluent de leur lance; ils osent lever les yeux vers celle qui distribuera les prix. Dans tous leurs regards on voit enthousiasme et respect.

Le carrousel, composé de trente-deux officiers, était commandé par M. Cordier, écuyer commandant.

Il était divisé en deux quadrilles; la première, marchant sous les ordres de M. Rousselet, se composait de MM. de Leuze, de Saint-Ange, Champey, de Pointe, de la Boutrais, Gemot, Renaud, Tartas, Salton, Quataudon, Novital, Salmon, Lenox, et de Bourzac.

La seconde quadrille, conduite par M. de Chénoise, officier aux grenadiers de la garde, se composait de MM. de Romain, Chocquain, Duhesme, Houdé, Boyer, d'Ormer, Boulanci, Herras, d'Oullembourg, d'Espinay, Desrotours, d'Hoffelize, Landrevy, Dumas et Duquêne.

Après différentes manoeuvres exécutées avec une rare habileté, est venu le jeu de bagues; la course de la tête de la bague, celle de la tête à terre, et le jeu du javelot, consistant à lancer le dard, au galop de charge, dans une tête de Méduse.

Ces jeux brillans, où toutes les quadrilles indistinctement ont rivalisé d'ardeur et d'adresse, ont souvent excité les bravos des spectateurs, et surtout ont paru faire le plus grand plaisir à S. A. R. Plus d'une fois elle a répété : Oh! comme le duc de Bordeaux s'amuserait ici! c'est tout-à-fait chevaleresque.

D'autres paroles prononcées par elle, donnent à l'école et aux habitans de Saumur l'espoir de voir un jour, et peut-être bientôt, S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux.

Après la course des bagues, le général ayant prié Madame de daigner permettre qu'il lui fût fait hommage, en mémoire de cette belle journée, d'un anneau de carrousel, et S. A. R. ayant bien voulu l'agréer, la cuirasse contenant les anneaux enlevés et celui destiné à la princesse, fut aussitôt apporté par un officier du premier régiment des grenadiers à cheval et un officier élève.

L'écuyer commandant ayant alors offert à Madame l'anneau dont elle avait accepté l'hommage, et qui avait été fait avec de l'or provenant de médailles d'Auguste, trouvées près du château de Saumur, S. A. R., par un insigne honneur pour l'école, et en souvenir de ces nobles jeux, passa cet anneau à sa chaîne d'or, et le porte encore.

Ces jeux finirent trop tôt, mais d'autres se préparaient le soir devait être destiné à la danse. MM. les officiers de l'école avaient offert un bal à Madame, et S. A. R. l'avait agréé avec sa grâce accoutumée.

En se retirant de son balcon, la princesse répéta plusieurs fois que le carrousel l'avait beaucoup intéressée, et qu'elle n'oublierait jamais la fête de l'école de Saumur; qu'elle était arrivée souffrante, et que le plaisir l'avait guérie.

Pendant le carrousel, Madame avait daigné plusieurs fois s'entretenir avec M. de Charnières, maire de Saumur, lui exprimant avec bonté et effusion toute sa satisfaction.

Mademoiselle de Charnières a reçu un précieux gage de cette satisfaction. Madame a bien voulu lui dire, en lui remettant des bracelets et des boucles d'oreilles: Gardez-les long-temps pour penser à moi: vous, et ces demoiselles, souvenez-vous de mon passage ici; moi, je ne l'oublierai pas.

En effet, cette fête du carrousel avait eu un caractère particulier.

Rien de plus galant que le spectacle qu'elle avait offert : ces brillans uniformes mêlés dans la lice, cette belle jeunesse, ces chevaux bondissans, cette harmonie militaire, ces bruyantes fanfares, ces spectateurs pressés dans l'enceinte, ces femmes parées; enfin cette fille des rois, au milieu de sa suite, entourée de Français fidèles, formaient un ensemble qui captivait les yeux et le cœur.

 

Le Journal de Saumur de cette époque rend compte de la manière suivante de cette fête militaire:

«…. A trois heures, Son Altesse royale s'est rendue au manège de cavalerie, où l'attendait un spectacle nouveau pour elle.

Cette fête militaire, annoncée par les journaux de la capitale, avait attiré une, affluence prodigieuse de personnes de distinction, venues de plusieurs départements voisins, et même de Paris ; plus de deux mille dames rivalisant de grâce et d'élégance dans leurs parures, placées sur un amphithéâtre disposé à cet effet, entouraient la carrière où devaient avoir lieu ces jeux.

« La princesse était sur un balcon richement décoré au milieu de ses dames d'honneur et de son premier écuyer, de M. le général Oudinot, commandant l'École royale de cavalerie, de M. de Charnière, maire de la ville de Saumur, que Madame avait daigné faire appeler auprès d'elle, et de plusieurs officiers généraux et d'autres personnes de marque.

« L'étendard de l'École ombrageait la tête de Son Altesse royale, et, en face, au-dessus de la musique, avaient été placées les armes de Berry avec deux lanciers en faction.

« Cette immense assemblée, cette vaste arène, cette pompe guerrière enfin, tout rappelait parfaitement à l'imagination l'éclat des joutes et des tournois des anciens chevaliers.

« Nos hardis cavaliers ne portent point, comme jadis, les couleurs chéries de leurs dames ; mais plus d'un cœur bat secrètement et fait des vœux pour un beau et gracieux chevalier ; plus d'une gente demoiselle emportera précieusement une douce image et de tendres souvenirs.

« Écoutez! dans l'immense arène règne le silence de l'attente ; tous les yeux sont fixés aux barrières qui viennent de s'ouvrir devant d'élégants écuyers en galant costume de manège.

Les fanfares sonnent : une mâle et suave musique annonce l'arrivée des combattants.

« Pendant qu'elle exécute une marche guerrière, la troupe d'élite s'avance à la file et se déroule comme une écharpe aux brillantes couleurs. Voici les dragons chevelus, aux crinières épaisses et flottantes, aux têtes étincelantes; les robustes cuirassiers, ces formidables leviers qui écrasent celui qui les soulève ; le colossal carabinier, comme eux étincelant de fer, à la sanglante crinière, à la poitrine d'acier ; puis ces hardis lanciers qui soutiendraient le ciel sous leurs lances, s'il venait à tomber, comme disaient nos aïeux; puis l'alerte chasseur, le descendant des paladins, des Roland, des Olivier, comme dit Ambert. Mais combien de doux regards se tournent vers ce gracieux et coquet cavalier, paré comme pour un jour de fête et un cercle de femmes! Mais demandez à l'ennemi, comme aux dames; ce qu'est le houzard de France. J'aime le mâle artilleur au costume grave et sévère que doit noircir la poudre.

Après eux viennent les élèves et plus tard les émules des Bohan, puis une division composée de l'élite de Saint-Cyr, de ces jeunes hommes au sang ardent et généreux qui renouvellent nos vieilles races militaires à demi éteintes dans leurs châteaux, oublieuses de leurs glorieuses traditions du champ de bataille.

«  Le carrousel était ainsi composé :

 Huit quadrilles armées de lances antiques, de javelots et de sabres, formées par huit écuyers en grande tenue, huit capitaines instructeurs, quatorze lieutenants d'instruction de toutes armes, et quatre officiers élèves de l'École, sont entrés dans la carrière, ayant à leur tête M. Cordier, écuyer commandant et chef du carrousel. Tous ces officiers, les chevaux étant par robe dans chaque quadrille et marchant par des pas de côté, sont arrivés successivement, la lance en arrêt, vis-à-vis de la Princesse, et ont fait le salut de la lance.

« La scène s'anime : aux deux bouts de la carrière se rangent par divisions les poursuivants du nouveau tournoi ; les chevaux mordent le frein et s'échauffent au son d'une belliqueuse musique exécutée par les élèves du gymnase musical. On donne le signal de l'ouverture des exercices. Ce sont d'abord des évolutions difficiles, compliquées, qui attestent le progrès de l'instruction équestre, la grâce et l'adresse de l'écuyer.

« A ces premiers exercices succèdent les joutes à la lance et au sabre, les courses de bague et de la tête. Comme nos anciens preux, nos jeunes cavaliers, au galop de leurs coursiers, pointent avec une merveilleuse justesse la tête du Maure suspendue à un poteau, ou la bague qu'ils viennent déposer dans une cuirasse aux pieds de la Princesse, reine de la fête. La course du javelot suit les joutes brillantes.

Les cavaliers s'élancent à la file, un dard à la main. Rien de plus hardi, de plus chevaleresque que cet exercice, quand il est exécuté avec adresse et vigueur : c'est une heureuse réminiscence des combats antiques ; une tête de Méduse peinte sur un bouclier est le but que doit atteindre le javelot : elle se hérisse sous une foule de dards lancés au galop des chevaux poussés à toute bride.

« Ces jeux brillants, où toutes les quadrilles indistinctement ont rivalisé d'ardeur et d'adresse, ont souvent excité les bravos des spectateurs, et surtout ont paru faire plaisir à la Princesse.

« Plus d'une fois Son Altesse royale, en témoignant sa satisfaction, a regretté d'être séparée du duc de Bordeaux, qui, disait-elle, eût été transporté de joie à la vue d'un pareil spectacle, si bien en harmonie avec son goût pour les exercices militaires.

« Après la course des bagues, le général Oudinot ayant prié Madame de daigner permettre qu'il lui fût fait hommage, en mémoire de cette heureuse journée, d'un anneau du carrousel, et Son Altesse royale ayant bien voulu l'agréer, la cuirasse contenant les anneaux enlevés et celui destiné à la princesse fut aussitôt apportée par M. Chenoise, lieutenant au 1er grenadiers à cheval, et M. d'Hofflize, officier élève; l'écuyer commandant, M. Cordier, ayant offert à Madame l'anneau dont elle avait accepté l'hommage, Son Altesse royale, par un insigne honneur pour l'École, s'en décora aussitôt en faisant l'éloge du carrousel et de l'adresse de tous les cavaliers qui y avaient concouru.

 Sur cet anneau en or, on avait gravé d'un côté :

 A. S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE BERRY

ÉCOLE ROYALE DE CAVALERIE

et sur l'autre :

CARROUSEL DE SAUMUR

LE 20 JUIN 1828

« Les jeux ont été terminés par des évolutions et des mouvements d'ensemble, parfaitement exécutés par ces quadrilles, attestant tout le pouvoir d'une main habile et exercée sur ces chevaux souvent fringants et indociles.

Dirons-nous les gracieuses et brillantes figures du manège ?

Ces anneaux tournoyants et rapides de la spirale qui se déroule Sur elle-même comme un serpent aux mille couleurs ? Voyez donc, ce large cercle d'hommes et de chevaux se resserre en bondissant, les lames hautes,  les crinières au vent, le fer retenbondissant, les lames hautes, les crinières au vent, le fer reten- tissant sur la poitrine des cavaliers et sur les flancs des coursiers ! Ces anneaux se pressent et se poussent comme s'ils étaient mus par une seule force dont la puissance est assise sur la croupe du premier cheval. Ils courent sur l'arène, ils volent, ils se croisent à l'œil ébloui dans l'immense circonférence, haletants, poudreux. Enfin, l'espace leur manque, mais l'impulsion est donnée : le dragon furieux n'arrêtera pas ses cercles rapides; voici la tête qui se retourne sur elle-même comme si un ennemi l'eût assaillie par derrière ; elle revient, entraîne après elle les anneaux qui la suivent; ils se déroulent ainsi en sens renversé du centre à la circonférence, et, à mesure qu'ils s'élargissent dans la carrière, la rapidité de leur course augmente : c'est le paroxysme de la rage du dragon. Mais il atteint la circonférence, il vole, libre dans l'espace.

Sa colère s'apaise ; par des demi-voltes successives le monstrueux dragon se traîne en serpentant lentement, comme épuisé, d'un bout de la carrière à l'autre : c'est la serpentine.

« Mais voici un nouveau spectacle que présente la carrière : c'est un champ de bataille.

La terre tremble sous la course d'un escadron qui fournit en ordre, avec un ensemble admirable, une charge imprévue, rapide comme l'éclair ; les coups de feu, le fer qui heurte le fer, tout convient à une saisissante illusion. Une compagnie de grenadiers accueille d'une vive fusillade cette charge foudroyante, la colonne fait demi-tour, se replie et va se reformer pour une nouvelle attaque à l'extrémité de la carrière.

Cette fois, elle est irrésistible, c'est un tourbillon qui doit balayer tout sur son passage. Les tirailleurs qui la harcelaient, le carré qui l'avait attendue à la baïonnette, tous se dispersent et s'élancent armés par-dessus la barrière, que viennent frapper les poitrails des chevaux maîtrisés par leurs habiles cavaliers, immobiles maintenant comme des statues équestres. Foudroyés à bout portant par l'infanterie à couvert derrière les barrières, l'escadron se replie rapidement, comme la première fois, en ébranlant la terre, et se reforme loin du feu de ses insaisissables ennemis.

« Le carrousel étant fini, Madame a demandé au général Oudinot qu'il fût de nouveau exécuté le lendemain en sa présence, afin, daigna-t-elle ajouter, de témoigner à l'Ecole le plaisir qu'elle y avait éprouvé et de trouver l'occasion d'être plus longtemps entourée des habitants de Saumur, dont l'accueil lui avait été si agréable. »

LE COLONEL CORDIER ÉCUYER EN CHEF

LE COLONEL CORDIER ÉCUYER EN CHEF

 

A sept heures, Madame se rendit, avec sa suite, au dîner que lui avait offert la ville, et qu'elle avait bien voulu accepter. Les personnes suivantes avaient été admises à l'honneur de sa table :

Le marquis Oudinot.

Le comte de Vandoeuvre, préfet de la Vienne.

Le baron Morel, colonel de l'Ecole.

M. de Saint-Victor, lieutenant-colonel à l'Ecole.

M. Desmirail, procureur général.

M. Constin de Saint-Médard.

M. Dupuy aîné.

M. Tricault, sous-intendant militaire.

M. Roboam, procureur du Roi.

M. Morand, lieutenant de Roi au château de  Saumur.

M. Foret, curé.

M. Godillon, lieutenant, commandant la gendarmerie de Saumur.

M. Piron, adjoints du maire.

M. Jahan,

M. le marquis de Maillé, maréchal de camp

M. de Boisnier, sous-préfet ;

Le comte de Serrant et le marquis de Walsh- Serrant.

A ce grand banquet, où le peuple fut admis à circuler autour de la table, devait succéder le bal. Madame semblait gaie et heureuse, et lorsqu'elle parut dans la salle, elle éblouit tous les regards par la magnificence de sa parure; cette splendeur était tempérée par la grâce et la douce affabilité de celle qui la portait. S. A. R. a ouvert le bal avec M. le général; les autres personnes qui dansaient à cette quadrille d'honneur, étaient madame Hudault et M. le colonel; madame la marquise Oudinot et M. le préfet de la Vienne, remplaçant M. le sous-préfet de Saumur; madame de Morel et M. Jahan, représentant M. le maire.

M. de Boisnier, nouvellement nommé à la sous-préfecture de Saumur, avait eu l'honneur de complimenter S. A. R. à son arrivée, et de l'accompagner dans différentes courses: c'est un bonheur que de débuter dans une pareille circonstance; tous les cœurs sont à découvert, il est facile alors de connaître ses administrés.

S. A. R. avait dû partir de bonne heure, le lendemain, pour Angers; mais Saumur la retint.

Cette petite ville a, en effet, beaucoup d'attraits. Les anciens chroniqueurs la nomment la gentille, bien assise et bien aérée ville de Saulmur: elle mérite vraiment ce titre.

L'école d'équitation y appelle la fleur de la jeunesse de France, et aujourd'hui, comme autrefois, les échos du pays répètent de beaux noms.

Ce riche et fertile pays d'Anjou a toujours attiré les grandeurs; son nom se trouve dans tous les grands évènemens; ses anciens souverains sont allés s'asseoir sur tous les trônes du monde.

Aussi la jeune princesse de Sicile voyait avec un intérêt particulier ces belles contrées si aimées d'un de ses aïeux, le bon René, ce roi troubadour, qui se consolait de la perte du sceptre en prenant la lyre.

C'est aux environs de Saumur que sa fille, Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, est venue mourir de faim. Pour les princes comme pour les plus simples hommes, il y
a de grands enseignemens dans les pays illustrés par l'histoire : leur illustration ne se
compose guère que de malheurs... Heureux le pays où il n'y aurait que des champs sans souvenirs à montrer!....

A un endroit de la route nommé Mille-pieds, à un huitième de lieue d'Angers, un spectacle tout nouveau s'offre aux yeux de Madame. Elle aperçoit, sur les bords du chemin, de vénérables soeurs vêtues de vert avec de longs voiles : une foule d'enfans des deux sexes les entourent... ce sont des malheureux que la religion a pris sous ses ailes.... Mais pourquoi cette troupe d'enfans est-elle silencieuse? pourquoi ne crient-ils pas Vive le Roi! Vive Madame! c'est le cri du pays, c'est le cri de leurs pères !... Les infortunés n'ont pas de parole.... ce sont les sourds-muets de l'établissement de mademoiselle Blouin, digne élève de l'abbé de l'Épée...

Sur toutes les figures on voit la joie, mais l'on n'entend pas ses éclats; il y a quelque chose qui touche et qui serre le cœur dans cet amour exprimé seulement par des regards et par des gestes.... Madame y est sensible... Si tout avait été heureux là, elle ne s'y serait pas arrêtée, car l'heure était déja avancée.... Mais comment refuser un moment de joie à ces pauvres enfans!

S. A.R. descend de voiture, et visite tout avec détail..... ceux qui la suivent sont tout étonnés du silence inaccoutumé qui règne autour d'elle. Des petits garçons et des petites filles, qui ne peuvent crier Vive Madame! courent devant elle, et écrivent avec vivacité sur les murs, sur le sable, ces mots que leur bouche ne peut prononcer.

Madame, touchée de cet accueil, et charmée de l'ordre qui règne dans la maison confiée aux Soeurs de l'Espérance, a fait don de son portrait et de plusieurs médailles.

 

 

 

 

Ludovic-Athanase-Urbain de Charrette (1792 Nantes),

blessé mortellement à Aizenay le 25 mai 1815, à l'âge de 23 ans, vint mourir à La Foresterie.

Parents : Charette (de), Louis-Marin marié le 23 novembre 1790 à Loaisel, Marie Jeanne Louisel ; frère Charette de La Contrie (de), Charles "Athanase" Marie.

    « Le général Sapinaud et moi voulions aller sur Bourbon et attaquer le général Travot.

M. de La Rochejaquelein vint me joindre et m'engagea à aller à Aizenay. Je cédai contre mon sentiment. J'y arrivai dans la nuit du 20 mai. Je visitai les postes pour savoir si la division du jeune Charette était défilée. Bientôt, on entendit une fusillade.

Les troupes de Bonaparte étaient entrées dans le village, avaient surpris les postes. Le jeune Charette fut blessé mortellement à cette surprise de nuit, qui fut extrêmement fâcheuse, parce qu'on l'attribua à la trahison et que le désordre se mit dans l'armée. Nous nous repliâmes sur la forêt d'Aizenay. M. de La Rochejaquelein et moi revînmes à Boulogne, où nous convînmes de faire de nouveaux rassemblements et d'agir suivant les circonstances. »  Précis de la campagne de 1815 par Suzannet.

 

OUDINOT Nicolas Charles Victor, duc de REGGIO (1791-1863)

Deux mois après son élévation au trône, le 17 novembre 1824, le roi Charles X lui confia, sur la recommandation de monsieur le Dauphin, le commandement de l'école royale de cavalerie à Saumur qui, après le complot du général Berton, avait été licenciée.

Il fallait un chef à la fois juste et sévère, capable, actif, intelligent, et nul ne convenait mieux à ce poste de confiance que Victor Oudinot.

Cet établissement compte à peine cinq années d’existence sous ses ordres, que déjà toutes les puissances militaires y ont envoyé des officiers chargés d’étudier l’institution de cavalerie la plus complète de l’Europe.

Sous son impulsion féconde, l'école grandit en importance; il donna à l'armée d'excellents instructeurs, qui propagèrent ses leçons dans nos régiments, et fut l'un des auteurs de cette ordonnance de 1829, qui constitue la théorie de l'arme de la cavalerie, ordonnance à laquelle on a pu apporter des modifications, mais dont les principales bases sont restées indestructibles, comme les ordonnances de Colbert, tant elles sont nettes, précises et appropriées à cette arme.

A la révolution de juillet 1830, le général Oudinot, malgré les instances les plus vives qui lui furent faites, refusa de conserver le commandement qu'il devait aux bontés de M. le Dauphin, et le 11 août 1830, il adressa au général Gérard, ministre de la guerre, une lettre dans laquelle se trouvait le passage suivant :

« Conformément à vos ordres, je passerai l'inspection générale de l'école avant de quitter Saumur; mais, plein de respect pour de hautes infortunes, il ne peut me convenir de me perpétuer dans le poste dont, je suis redevable au pouvoir qui m'avait revêtu de sa confiance. Je ne brise pas mon épée; j'espère même que le jour n'est pas éloigné où je pourrai m'en servir contre les ennemis du pays. »

 

 

 

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