En 1828, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, entame un voyage en Vendée

Marie-Caroline, duchesse de Berry, entame en 1828 un voyage destiné à « ranimer les fidélités à la Couronne » et qui la mène du 1er au 11 juillet en Vendée.

Jusqu'à ce moment, l'illustre voyeuse avait suivi les grandes routes, et n'avait Visité que des villes de facile abord …..mais à dater du 1er juillet 1828, à date de son en­trée dans Je Bocage, Madame s'était faite Vendéenne.

Les mauvais chemins, les dis­tances sans relais, les obstacles ne l'arrête­ront plus; vêtue d'une amazone verte, coif­fée d'un feutre gris, et d'un voile de gaze, la fille des rois laisse de côté tout l'éclat de la parure …. Le paysan vendéen aime mieux la voir à cheval; que briller dans un bal ; il l'admire, il pousse des cris d'enthousiasme et d'amour, quand il la voit galoper à travers champs, entre madame de La Rochejaquelein et madame de Charette.

A Pont-Rousseau, le comte de Monti de Rézé complimenta S. A. R.; à la Jaunaye , aux Sorinières, MM. de Mélient et de la Biliais eurent le même honneur. La population de toutes ces communes y était réunie.

A Aigrefeuille, Madame fut reçue sous un fort bel arc de triomphe, par M . Mispreuve, chevalier de Saint-Louis et maire. Elle y arriva à onze heures et demie; un détachement de cava­lerie vendéenne, commandé par le marquis de Catuélan, la précédait. S. A. R. connais­sait trop notre pays pour ne pas savoir ce qu'avait fait le marquis de Catuélan dans les moments d'épreuves et de dangers ; elle sa­vait qu'il avait toujours et partout montré un noble et actif dévouement ; aussi daigna­t-elle lui témoigner tout le plaisir qu'elle avait à le voir près d'elle.

C'est par Maisdon que Madame entra dans la Vendée.

 La veuve du général Suzannet, avec son jeune fils, l'attendait auprès du tombeau de son époux. La veuve du duc de Berry vint prier près de cette modeste tombe. Elle avait été reçue dans l'église, avec tous les honneurs qui lui sont dus, par le vénérable curé, confident et ami du comte de Suzan­net : monseigneur l'évêque de Nantes avait précédé S. A. R.

A un quart de lieue de Maisdon, Madame trou va, rangées en bataille, à la Lande de la Grenouillère, trois divisions de l'ancienne armée de Charette, connues, dans la campagne de 1815, sous la dénomination du troi­sième corps d'armée, et alors sous les ordres du général Suzannet.

La division de Loroux , si fameuse dans les guerres contre la républi­que, et dans laquelle Charette avait choisi ses grenadiers, était commandée par M. de la Vincendière et M. de La Haye, tous deux chevaliers de Saint-Louis. Les deux autres divisions étaient celles de La Chapelle Heulin et de Vallet : celle de La Chapelle se trouvait sous les ordres du comte de Bruc de Liver­nière ; celle de Vallet avait été commandée, du temps du général Charette, par l'aîné des deux frères de Bruc, en 1815 par Ludo­vic de Bruc son fils.

Ces paysans soldats pou­vaient être au nombre de deux mille. Ils avaient, pour cette revue, toute leur pompe militaire; tous leurs drapeaux étaient dé­ployés, tous leurs tambours battaient ; ils avaient des lanciers et des sapeurs.

M. le comte de Mornac-devait commander ces trois divisions; mais ses devoirs de dé­puté l'avaient rappelé à la chambre législative. Comme il ne s'agissait que d'une revue, il n'avait pas hésité à s'y rendre : la veille d'une bataille, l'obéissance lui eût été plus difficile. M. le colonel Bascher le remplaça : c'était lui qui, 'à la mort du général Su­zannet , avait été chargé, avec MM. de Mornac, de Kersabiec et de la Villegille, de la conduite du troisième corps d'armée.

Madame parcourut tous les rangs , écouta toutes les réclamations , loua toutes les belles actions, et en récompensa plusieurs en distri­buant, au nom du roi, des secours et des brevets de pensions à quelques-uns de ces nobles soldats que la fidélité a illustrés sans les enrichir, et qui ne pouvaient se lasser d'admirer l'affabilité de la Princesse; c'était avec des larmes qu'ils la voyaient s'entretenir avec le jeune Suzannet.

 Allons, disaient-ils, il faudra que cet enfant soit dévoué comme l'a été son père. Voyez comme elle est bonne pour lui! Toute une vie de peines ne serait pas trop pour un pareil accueil.

Le Vendéen n'est pas difficile à récompen­ser; un mot de ses Princes lui suffit. Il sait (sa conscience le lui dit) qu'il a bien fait de défendre les autels de son Dieu, le trône de ses rois, et la chaumière de ses pères; qu'il sache qu'on l'approuve, et qu'on le remer­cie du sang qu'il a versé, il ne tendra pas la main pour de l'or.

Tout étranger qui voyage dans la Vendée doit être frappé de cette fierté qu'a le paysan du Bocage, c'est la fierté d'une bonne conscience.

Madame, à Maisdon comme ailleurs, a fait cette remarque. C'était ainsi que de­vaient être les anciens Croisés.

S. A. R. a été pleine de grâce et de bonté pour le respectable cure; dont le savoir et les douces vertus ont attiré un grand nombre de jeunes gens au sanctuaire. Ce n'était qu'a­vec des pleurs de reconnaissance que ce vé­nérable vieillard et madame la comtesse de Suzannet purent remercier Madame de l'honneur qui venait d'être accordé au pays et à celui qui y repose.

De Maisdon, S. A. R. partit à cheval pour se rendre à Vieillevigne et à Rocheservière.

Les paysans qui étaient venus à la revue de Maisdon , la suivaient, quelques-uns à cheval , les autres à pied ; dans les chemins creux dans les champs, on rencontrait ces braves gens avec leurs vieux fusils, leurs longs sabres, et leurs larges cocardes blan­ches à leurs chapeaux ronds. La joie de leurs cœurs se lisait sur leurs visages épanouis , on entendait leurs joyeuses chansons; tous se donnaient rendez-vous, ou à la Grange pour le soir, ou à Légé pour le lendemain.

Nous écoulâmes un vieillard qui disait :

Tant que mes jambes me porteront, je suivrai no­tre Princesse; sa vue me rajeunit. J' avons fait dix lieues pour sa soeur, j'en ferons autant pour celle-ci; et puis, tout mon sang pour le roi.

Un officier, en prévenant les gars de sa division que l'auguste mère du duc de Bor­deaux serait à Légé le 2 juillet, leur disait:

Une centaine d'hommes suffira; vos travaux ont été retardés par le mauvais temps; il faut réparer le temps perdu; vous ne pou­vez pas venir tous.

Plusieurs paysans lui répondirent :

Pen­dant les guerres nous quittions bien nos moissons pour aller nous battre ... Au jour d'au­jourd'hui nous les quitterons bien encore pour avoir notre récompense ;, à nous Vendéens , c'est de voir les Bourbons.

Tout en cheminant au milieu d'eux, Ma· dame entendait cent propos pareils , et son cœur alors battait mieux qu'au milieu des plus brillantes fêtes.

Le 1er juillet, à trois heures de l'après-­midi, S. A. R. Madame, duchesse de Berry, entra dans le département de la Vendée , par la commune de Saint-Hylaire de Louley; le département changeait, mais l'esprit , mais le dévouement restait le même : dans la Vendée historique , il n'y a qu'un senti­ment, amour et fidélité aux Bourbons.

Ven­dée veut dire pays dévoué, pays fidèle. Les étrangers même l'entendent ainsi, et nous avons vu un roi long- temps captif, lors de sa délivrance, fonder dans ses États un ordre de la Vendée. La croix de cet ordre n'était donnée qu'à ceux qui étaient dé­voués, à la vie et à la mort, à sa dynastie.

A son arrivée à Saint- Hylaire, Madame trouva à l'arc de triomphe, élevé sur les confins des deux départements, M. le mar­quis de Foresta, préfet de la Vendée;  Mgr l' é­vêque de Luçon, M. le marquis de Saint-­Belin, maréchal de camp , commandant le département ; et le colonel de gendarmerie , La Voyrie.

Le marquis de Foresta eut l'honneur de recevoir S. A. R. et de lui exprimer en peu de mots les sentiments de ses administrés,

" Madame, dit-il, n'aime pas les phra­ses, et la Vendée n'en fait pas : elle n'éprouve qu'un sentiment, et n'a qu'un cri pour l'exprimer : Vive le Roi! vive Madame ! vivent à jamais les Bourbons ! »

Les acclamations unanimes dont ces pa­roles furent suivies, couvrant la voix de l'orateur, prouvèrent qu'il avait dignement rendu la pensée de tous les assistants.

Madame monta à cheval un peu au-delà de Montaigu, d'où elle alla coucher au château de la Grange, chez M. le marquis de Goulaine, en passant par Vieillevigne, où elle trouva une autre division vendéenne sous les drapeaux, commandée par son vail­lant chef M. Maignan de L'Écorce.

 

 

Suite aux "Lettres vendéennes", ou Relation du voyage de S.A.R., Madame, duchesse de Berry, dans la Touraine, l'Anjou, la Bretagne, la Vendée et le midi de la France, en 1828

 

 

 

 

Juin 1815 - les Combats de Rocheservière sur le Pont Gallo- romain de Péplu traversant la Boulogne <==.... ....==> De la Vendée à la Bretagne, De Charette et l’Arrestation de la Duchesse de Berry le 7 novembre 1832 à Nantes