Juin 1815 - les Combats de Rocheservière sur le Pont Gallo- romain de Péplu traversant la Boulogne

 1815, Napoléon tente de revenir au pouvoir, Louis XVIII quitte les Tuileries. Plusieurs proches du roi veulent tenter de renverser Napoléon. Louis du Vergier, marquis de La Rochejaquelein, aux côtés de Zacharie du Réau de la Gaignonnière, et plusieurs officiers, préparent l'insurrection en Vendée, qui éclate en mai.

Le 17 mai Napoléon Ier apprend le soulèvement de l’Ouest.

Afin de pacifier la contrée, l’Empereur crée l'armée de la Loire, composée des divisions des généraux Jean-Pierre Travot, Estève et Brayer, et met à sa tête le général Lamarque afin de remplacer Delaborde, tombé malade.

Napoléon riposte en envoyant une force de près de 25 000 hommes.

Les derniers grands combats des guerres de la Vendée eurent lieu à Rocheservière (Vendée) les 19 et 20 juin 1815, au lendemain de la défaite de Waterloo, encore ignorée dans le pays.

Ces batailles très sanglantes et très importantes, quant à leurs conséquences, mirent aux prises les trois corps royalistes de Pierre Constant de Suzannet, Saint-Hubert et d'Autichamp, avec les troupes réunies des généraux Lamarque, Travot, Brayer et Eslève.

Juin 1815 - les Combats de Rocheservière sur le Pont Gallo- romain de Péplu traversant la Boulogne

Il y eut trois parties distinctes : 1° Le 19 juin, succès des Vendéens à la Grolle ; 2° le 20 juin, engagement des troupes de Suzanmet et de Saint-Hubert, à deux kilomètres de Rocheservière, et qui se termine par la blessure mortelle de Suzannet ; 3° le même jour, peu après, la défense du pont de Rocheservière et la déroute des Vendéens après le mouvement tournant des Bonapartistes.

Voici le récit de ces combats, extrait des Mémoires du comte de Mornac, chef d' état-major général, lequel, après la mort de Suzannet, devint général en chef provisoire de l'armée catholique et royaliste de la Vendée (1).

 (Voyage dans l'histoire du Château de la Chabotterie à Saint-Sulpice-le-Verdon)

.«Il fut décidé que l'armée de M. d' Antichamp occuperait Vieillie vigne et la Grolle ; celle de M. de Suzannet, Mormaison, et celle de M. de Saint-Hubert, Saint-André-Treize-Voies et Saint-Sulpice-le-Verdon.

Dans le cas où le corps de St-Hubert eût déjà occupé Mormaison, celui de ;M. de Suzannet déviait rester sur les hauteurs de Roche-Boulogne ; en cas d'attaque, tous les corps devaient se porter ,sur la Grolle.

 L'armée de Suzannet se mit en marche le 18, défila devant Rocheservière, arriva à midi devant Roche-Boulogne, se disposant à y prendre position, mais le général, informé que le corps de Saint-Hubert; n'occupait pas Mormaison, y porta aussitôt ses troupes.

«Le 19 juin, une reconnaissance portée à fond rapporta, que l'ennemi, fort de 1500 hommes, entrait à Rocheservière; l'ordre fut donné aussitôt de prendre les armes et de se porter en avant. La pluie tombait à torrent.

Dans la marche, on entendit quelques coups, de fusils; on sait que le corps d'Autichamp, posté à la Grolle, était engagé. On se porte avec précipitation vers ce point.

Le corps d'Autichamp, après avoir repoussé l'ennemi jusqu'à Rocheservière (2), avait lui-même évacué la Grolle et s'était replié sur Vieillevigne.

Les troupes de Suzannet prirent alors position derrière le château de Vieillevigne appuyant leur droite au chemin de Rocheservière.

Ce fut alors qu'une partie de la colonne ennemie déboucha sur le moulin de la Taillais.

M. de Kersabiec la chargea à la tête de la cavalerie du corps de Suzannet, la culbuta et la rejeta dans Rocheservière.

«La pluie continuait à tomber à torrent, mais les soldats animés par ces légers succès demandaient avec ardeur à marcher.

«M. de Suzannet sentant la presque impossibilité de retentir ses soldats, envoya auprès de M. d'Autichamp afin de concerter les mouvements ; ce général se trouvait à Vieillevigne dans l'après-midi.

Le corps de Saint Hubert vint se joindre à la gauche de celui de Suzannet et on apprit que l'ennemi avait occupé Rocheservière.

. « Il ne fut plus possible alors die retenir les soldats.

 M. de Suzannet se porta sur Rocheservière; il fut suivi par le corps de Saint -Hubert seul, car celui de M. d'Autichamp, manquant de vivres et de munitions, ne put suivre le mouvement.

Il traversa Rocheservière et se dirigea sur la forêt du même nom, pour se porter sur Saint-Etienne-de-Corcoué, où l'ennemi s'était posté, occupant avec sa plus grande force le bourg de Legé.

Après avoir traversé la forêt, on apprit que l'ennemi avait abandonné Saint-Etienne et s'était concentré à Legé. M. de Suzannet bivouaqua alors auprès du Bois-du-Coin, et le corps de Saint-Hubert sur le chemin.

«Dans la nuit, M. d'Autichamp, informé par M. de Suzannet que Rocheservière n'était plus occupé, et craignant que la communication entre les armées ne fût coupée, envoya un officier à MM. de Suzannet et de Saint-Hubert pour leur enjoindre de se reporter sur Rocheservière en les assurant qu'il les soutiendrait. Ces deux officiers se disposèrent de suite à prendre position en avant de Rocheservière, la droite appuyée à la forêt, la gauche aux gîtes de la Malicotière à cheval sur la route de Legé.

Le 20 juin, le mouvement commença à la pointe du jour.

Le corps de Saint-Hubert avait la tête de la colonne. Celui-ci, en débouchant sur la forêt, trouva l'ennemi (3) en bataille sur les landes du Gros-Collet et fut aussitôt attaqué par ses tirailleurs ; il fit prévenir M. de Suzannet, qui hâta sa marche pour prendre position sur la lande en s'adossant à l'a forêt.

 Celui-ci n'était pas encore sur le terrain, que le corps de Saint-Hubert était culbuté (4) et le feu fut dirigé sur celui de M. de Suzannet.

 L'action se soutint pendant assez longtemps ; mais les Vendéens manquant de munitions et éprouvant en outre le désavantage que, n'ayant point de giberne, le peu qu'ils en avaient était mouillé, par la pluie qui n'avait cessé de tomber depuis plusieurs jours et que, même pendant l'action, celle qui tombait à torrent empêchait les armes de partir, se débandèrent et il fut impossible de les rallier.

(Pont de Péplu, ouvrage gallo-romain inscrit aux monuments historiques par arrêté du 29 août 1984, à Rocheservière)

Le comte de Suzannet resta un des derniers sur le champ de bataille ; son cheval fut tué dès le commencement de l’action et lui-même fut atteint d'une balle dans la hanche gauche.

« L'ennemi ne poursuivit pas et se porta sur Rocheservière, où un nouveau combat s'engagea avec le corps d'Autichamp qui, n'ayant su que tard, les désastres des deux autres corps et après avoir défendu avec beaucoup de bravoure le pont et le poste de Rocheservière, craignant d'être coupé par l'ennemi qui avait passé à gué la Boulogne, se retira sur Vieillevigne et Montaigu et rentra dans son pays. »

 

M. de Mornac ne donne pas de détails sur la défense du pont de Rocheservière, auquel il n'assista pas en personne. Il est nécessaire d'y suppléer.

Arrivés en face de Rocheservière, les soldats de d'Autichamp s'arrêtent tous pour recevoir l'absolution que leur donne M. Raimbault, leur aumônier. Après cet acte religieux, tous se relèvent, et tandis que les divisions du Doré, de Cambourg et de François Soyer occupent les hauteurs de Rocheservière, les plus intrépides vont s'embusquer près du pont de la Boulogne pour en interdire le passage aux Bonapartistes.

Nous lisons dans les notes du marquis de la Bretesche, qui commandait la division de Montfaucon (armée de d'Autichamp), dont l'original est conservé au Couboureau :

«Apprenant par un courrier que la division de Beaupréau bordait le coteau qui domine la Boulogne, sur la gauche de Rocheservière, mais que le bourg et 1e pont étaient dégarnis de troupes, le marquis de la Bretesche porte ses forces sur ce point.

Le marquis de Beauveau (5) faisant partie de cette division comme officier volontaire, se saisit du drapeau de la paroisse de Saint-Macaire-en-Mauges et va le planter sur la tour rasée du château, tandis que les deux frères de la Bretesche, Armand et Philippe, ayant mis pied à terre, ainsi que le jeune Zacharie du Reau, s'élancent sur le pont avec une poignée de braves.

Voyant qu'ils ne sont pas suivis par le gros de leurs soldats, ils retournent dans le bourg pour tâcher de se faire soutenir.

Une seconde fois, le marquis de la Bretesche et son frère renouvellent leur tentative, ayant avec eux M. de Cambourg et le jeune du Reau.

«Cette seconde tentative n'ayant pas été plus heureuse que la première, M. de la Bretesche revient se mettre à l'entrée du pont pour en défendre le passage à l'ennemi.

 Un bataillon de voltigeurs se présente de l'autre côté du pont et s'en éloigne bientôt par un à gauche en filant le long du bord de la Boulogne.

 La Bretesche crut d'abord que le feu bien nourri et la bonne contenance des royalistes avaient forcé cette troupe à se retirer, mais il ne tarda pas à soupçonner que cette marche n'était qu'une manœuvre habile.

Les Bonapartistes arrivent plus bas à un passage facile et traversent la rivière, tandis que la droite de l'ennemi exécute la même manœuvre sur la droite des royalistes.

Déjà le brave Beauveau avait reçu deux balles dans de corps, et les, soldats royalistes étaient en déroute ; les voltigeurs, par leur mouvement tournant, occupaient les premières maisons du bourg, rendant ainsi la retraite du pont très difficile.

«Le Bretesche, voyant l'imminence du danger, ordonna la retraite au peloton qui l'entourait. Son frère, resté le dernier en face de la colonne ennemie qui traverse le pont au pas de course, tire encore ses deux coups sur cette masse, à moins de vingt pas, avant de se retirer.

Au détour d'une rue, Cambourg et du Reau tombent entre les mains des voltigeurs qui les massacrent sans pitié. Plus heureux, les deux frères, de la Bretesche parviennent à sortir du bourg, bien qu'il fût investi de trois côtés, et à rejoindre leur corps d'armée qui était déjà en pleine retraite sur Vieillevigne. »

Dans le cimetière de Rocheservière, sur la tombe de M. du Reau, on a gravé l'inscription suivante :

«M. du Reau de la Gaignonnière, l'un des 200 gendarmes de la maison du roi Louis XVIII, chef de division d'une des armées de la Vendée, fut tué pour Dieu et le Roi, au combat de Rocheservière, le 20 juin 1815. Pieux habitants de la Vendée, priez pour lui et ses compagnons d'armes ».

F. Uzureau.

 

 

 

 ==> Napoléon de Rochefort à Sainte Hélène (juillet 1815)

==> En 1828, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, entame un voyage en Vendée

 

 

 


 

(1) Chroniques paroissiales du diocèse de Luçon.

(2) Les divisions de Caqueray, de la Sorinière et du Doré firent beau¬ coup de mal à la colonne Travot,

(3) Fort de 6.000 hommes d'infanterie et de 700 cavaliers, sous les ordres du général commandant en chef Lamarque.

(4) Ses munitions étaient épuisées.

(5)   Marc Étienne Gabriel de Beauvau-Craon (1773-1849), 3e prince de Beauvau, chambellan de Napoléon Ier.