De la Vendée à la Bretagne, De Charette et l’Arrestation de la Duchesse de Berry le 7 novembre 1832

Armand Etienne Henri de CHARETTE de La CONTRIE propriétaire du château de Kerfily, de Beauchesne et de Comper. Engagé au service du Saint-Siège dans les Zouaves pontificaux, a fait les campagnes de Rome de 1867 à 1870.

14 July 1843 - La Contrie, Ancenis (44) mort le 30 September 1909 - Château de Kerfily,

Il épousa le 23 juillet 1872, à la Ferté Saint-Cyr Marie de Durfort-Civrac de Lorge

Son père était Athanase Marin Charles CHARETTE de LA CONTRIE baron de Charette, pair de France (1823), Ordre royal et militaire de Saint-Louis (Chevalier)

Le baron De Charrette, fils de M. de Charette aîné, et neveu de l’illustre général de Charette, naquit à Nantes le 14 janvier 1796.

II fut tenu sur les fonts de baptême par S. A. R. MONSIEUR, depuis Charles X , et fut l'objet des soins assidus de sa digne mère, qui s'appliqua a graver dans son coeur les leçons et les exemples qu'offraient la vie de son oncle et celle de son père.

Son frère aîné, Louis Charette, et lui, furent placés tous deux dans les gardes du Roi, à la Restauration de 1814. En 1815, pendant les cent-jours, tous deux prirent également les armes pour le Roi.

Louis fut blessé mortellement à l'affaire d'Aizenay. « Bon, loyal, généreux, brave jusqu'à la « témérité, dit M. Th. Muret, vrai caractère de « chevalier français, dans son expression la plus a aimable et la plus brillante il tomba au début d'une carrière qu'il promettait d'illustrer.

 Le second, Athanase, revint momentanément pour partager la douleur de sa mère, qui n'avait plus que lui — « Mon enfant, lui dit cette noble femme, j'ai voulu te voir et pleurer avec toi, maintenant retourne où ton devoir t'appelle. »

A la seconde restauration, M. de Charette fut récompensé de ses services par le grade de chef d'escadron dans les chasseurs de la Vendée, Le 24 octobre 1821, il passa avec son grade au régiment des chasseurs a cheval de la garde royale, reçut successivement la croix de Saint-Louis et celle de la Légion-d'Honneur, et entra, le 10 novembre 1827, comme lieutenant-colonel,  a son rang d'ancienneté, dans les cuirassiers du Dauphin.

Il était colonel du 4° cuirassiers, à Vendôme, lorsque la révolution de Juillet éclata. Le roi ne voulant pas se défendre, Athanase de Charette avait donné sa démission et rejoint en exil la famille royale.

Lorsque Mme la duchesse de Berry eut enfin obtenu de Charles X l'autorisation de tenter une troisième restauration et fut partie pour l'Italie, M. de Charette, auquel le gouvernement de Louis-Philippe avait refusé un passeport, rentra secrètement en France, au mois de juin 1831. Laissant la diligence entre Oudon et son château de la Contrie, il gagna la Trémissinière, autre propriété lui appartenant, située à la porte de Nantes, sur la rive gauche de l'Erdre.

.

Mais, le 22 juin 1831, il revient en Vendée. Les royalistes s'apprêtaient alors à combattre, sur les deux rives de la Loire, contre le gouvernement issu de l'insurrection populaire. En vertu des ordres qu'il avait reçus des Princes, M. de Charette prit tontes les mesures que lui suggérait son expérience pour organiser le troisième corps, rive gauche de la Loire.

Ce territoire s'étend depuis les portes de Nantes jusqu'au-delà de Fontenay et de Luçon, et, en suivant le cours de la Loire, depuis le Loroux et Saint-Jullien jusqu'à la mer, dont il comprend aussi le littoral, jusqu'à quelques lieues de Rochefort.

Chef de ce corps, M. de Charette avait, sous ses ordres dix-sept chefs de division, ayant rang de colonels. Les circonstances, si on veut se le rappeler, rendaient le succès sinon certain du moins probable ; cependant M. de Charette garda le silence jusqu'au moment où il eut pris connaissance, sur les lieux, des vœux et des ressources du  pays.

Plus tard, quand S. A. R., l'honorant d'une confiance sans bornes, lui eut mis sous les yeux les plans de sa vaste et courageuse entreprise, quand elle lui eut fait connaître tous les rouages qui s'y rattachaient, les promesses solennelles - qu'elle avait reçues, alors ses espérances redoublèrent; mais tant d'évènements divers devaient trahir ces espérances

Marie Caroline Duchesse de Berry

Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon, princesse de Naples et de Sicile (Caserta ,5 novembre 1798- Brünnsee ,16 avril 1870) fut l'épouse de Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry, second fils du roi Charles X de France, assassiné le 13 février 1820 et la mère du comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de « Henri V. »

Au nom de son fils, elle tenta en Vendée en qualité de « régente » un soulèvement légitimiste qui fut découvert avant son exécution.  Elle était enceinte du duc de Bordeaux.

 

 

Informé officiellement, le 28 septembre 1831, que le débarquement de S. A. R. Madame La Duchesse de Berry, sur les côtes de France, aurait lieu le 3 octobre suivant, il réunit, non sans de grandes difficultés, douze chefs de division, et convient avec eux que l'on attendrait, pour prendre les armes, un second courrier annonçant ce débarquement.

Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon de Naples et de Sicile, duchesse de Berry ne pénétra en France qu'en 1832. Ce fut dans les premiers jours de mai qu'elle arriva en Saintonge, chez M. le marquis de Dampierre.

Apres avoir attendu vainement que le maréchal de Bourmont fît connaitre a Madame son arrivée dans la Vendée, elle se décida, le 15, à donner l'ordre du soulèvement pour le 24 mai, et se mit en route, le 16, pour la Vendée, où elle arriva le jour suivant, comme par miracle, car elle avait traversé un grand nombre de cantonnements, qui tous avaient l'ordre d'arrêter et de fouiller les voyageurs.  M. de Charette la précéda an château de la Preuille, et l'accompagna ensuite à Monthert.

C'est pendant ce voyage qu'il eut le bonheur de lui sauver la vie, au moment où elle allait périr dans les eaux de la Moyne.

Sur ces entrefaites, M. Berryer arriva à Nantes. Outre la mission dont il était chargé par le gouvernement provisoire pour MADAME, il lui remit encore le contre-ordre, qui venait d'être envoyé dans l'Ouest sans la participation de S. A. R.

Le maréchal de Bourmont avait cru devoir donner ce contre-ordre aux provinces de l'Ouest, et M. Berryer, l'illustre orateur, avait eu mission de le remettre a S. A. R. en même temps qu'une note du comité de Paris, qui l'engageait à sortir de France, et à inviter les chefs à remettre l'épée dans le fourreau. …..

La duchesse de Berry est faite prisonnière le 7 novembre 1832 à Nantes. Le surlendemain, elle est embarquée pour la forteresse de Blaye où elle est incarcérée.

 

Ancien Nantes arrivée à Nantes, en 1832, de la Duchesse de Berry, habillée en paysanne devant le château

Le 9 juin 1832, la Duchesse de Berry, venant du village de la Haute-Menantie, arrivait à Nantes après une course de trois ou quatre lieues, déguisée en paysanne, avec une seule compagne de route, Mlle Eulalie de Kersabieck.

Ses partisans venaient d'être défaits au combat du Chêne ; ils étaient maintenant en fuite ou en prison. Mais elle ne se décourageait pas et croyait toujours en l'étoile de son fils. Aussi arrivait-elle, malgré la défaite, au milieu de ses fidèles amis pour leur donner de l'ardeur et organiser la lutte contre le gouvernement de Louis-Philippe.

« La Révolution a raison de me craindre encore, disait-elle. Robert Bruce ne monta sur le trône qu'après avoir été vaincu sept fois. J'aurai autant de constance que lui. »

Sans doute, on ne saurait approuver un prétendant qui tente de reconquérir son trône les armes à la main. S'il est un acte impie, c'est bien le fait de celui qui ne craint pas de livrer son pays aux horreurs de la guerre civile pour reprendre des droits qui lui sont contestés. Faire triompher une opinion, une doctrine politique par la violence, c'est faire remonter l'humanité jusqu'aux temps barbares et remplacer la loi par la force. Aussi, pour notre part, apprécions-nous fort peu les exploits plus ou moins heureux des-aventuriers politiques qui tentent d'édifier un trône ou de fonder un gouvernement à coups de fusil, pas plus que les faits et gestes de ceux qui tentent de les détruire au moyen de l'émeute. La Providence seule est maîtresse de répartir l'autorité suivant ses éternels desseins et nul n'a le droit de lui forcer la main et de substituer des moyens violents à son action dans le monde.

Doit-on envisager ainsi la tentative, — l'équipée pourrait-on dire, — de la Duchesse de Berry en faveur de son fils ? Non, assurément, et pour bien des motifs.

Marie-Caroline n'a pas voulu conquérir un trône pour elle-même. Son mariage morganatique avec le comte de Lucchesi-Palli lui interdisait de semblables espérances et, si elle a agi, si elle a soulevé la Bretagne et la Vendée, si elle a lutté contre tout espoir, c'était pour son fils, pour empêcher de prescrire des droits en lesquels elle avait une foi profonde.

Et, dans tous les cas, ne serait-on pas disposé à excuser une entreprise dans laquelle tous les serviteurs de la monarchie traditionnelle s'étaient jetés avec une ardeur si noble et si dévouée ? La Duchesse n'avait pas eu besoin de faire appel à ses partisans ; ils étaient accourus, prêts à triompher ou à mourir à ses côtés pour la cause à laquelle ils donnaient généreusement leur fortune et leur vie, comme leurs aïeux l'avaient fait depuis tant de siècles pour les ancêtres d'Henri V.

Devant ces dévouements, cette vaillance et cet esprit de sacrifice, le coeur d'une femme, l'âme d'une mère pouvaient-ils hésiter ? Tant de violences avaient voilé en France la statue de la Justice depuis quarante ans, tant de trônes avaient été renversés, tant de nobles et pures victimes avaient payé de leur tête la fidélité à leur foi politique, qu'une revanche pouvait paraître légitime et que la mère du Roi n'avait pas à se montrer bien scrupuleuse sur le choix des moyens.

Le débarquement de l'île d'Elbe et le triomphal voyage de Napoléon à travers la France et au milieu de ses vieux braves accourus pour le défendre n'étaient-ils pas un encouragement puissant pour ceux qui pensaient à des entreprises nouvelles ? Et, de fait, si une collision s'était produite entre les partisans de l'Empereur et les troupes envoyées contre eux, si la victoire n'avait été, pour ainsi dire, spontanée, le grand vaincu de Waterloo, le martyr de Sainte-Hélène n'aurait-il pas été considéré par l'histoire comme un insurgé, comme un factieux incorrigible ?

Enfin, le voyage que la Duchesse avait fait en Bretagne dans le cours de l'année 1828, les acclamations dont elle avait été l'objet, l'enthousiasme de toutes les classes de la population, étaient bien capables de lui donner confiance dans une entreprise qui allait rendre un trône à son fils et la France à son Roi.

Du reste, un important mouvement d'opinion se dessinait, non seulement dans l'ouest, mais dans le midi de la France ; des appels circulaient à travers les provinces, des chansons étaient distribuées et se chantaient dans les plus humbles bourgades :

Pour nous, Henri V et sa mère

Déroulent leur blanche bannière;

Caroline, dans nos combats,

Elle-même guide nos pas.

Suivons cette jeune héroïne !

Vaincre ou mourir pour Caroline !

 Pressez-vous, nombreux combattants,

Fils du Midi, serrons nos rangs !

Et voilà pourquoi la Duchesse de Berry se jette presque seule dans une mêlée où se complait son esprit chevaleresque et généreux. Voilà pourquoi elle arrive à Nantes, proscrite, hors la loi, les pieds nus, avec des habits de paysanne ; voilà pourquoi elle ne craint pas d'aborder une région qui vient d'être mise en état de siège à cause d'elle.

Elle se rend tout d'abord dans la maison de la famille de Kersabieck, près de la Cathédrale, où elle demeure jusqu'au 14 juin dans la compagnie de Mlles Stylite et Eulalie de Kersabieck, du comte de Mesnars, de Mme de Charette et de M. de Brissac ; puis, traquée, poursuivie, désireuse de ne pas compromettre ses amis, elle se réfugie chez les demoiselles Pauline et Marie-Louise du Guiny qui vont l'entourer d'un admirable dévouement ; elle sera servie avec un attachement touchant par les deux servantes de la maison, Marie Bossy et Charlotte Moreau.

La Maison de Guiny, près du château des Ducs de Bretagne, ou fut arrêtée la Duchesse de Berry le 7 novembre 1832

La maison du Guiny au 3 Rue Mathelin Rodier  avait été construite au XVIIe siècle; elle était et est encore située rue Haute-du-Château et comprenait trois étages. La Duchesse fut logée dans une mansarde qui prenait vue sur la cour et dans la cheminée de laquelle se trouvait une cachette dont nous aurons à nous occuper plus tard et qui jouera un rôle important dans l'histoire de son arrestation.

Dans ce réduit, elle reçut plusieurs visites importantes et notamment celle de M. de Charette qui venait de se rendre compte, en parcourant la Bretagne et la Vendée, de l'inutilité de l'entreprise que tentait la Duchesse.

Il l'engagea vivement à se mettre à l'abri, à quitter la France par mer, afin de ne pas attirer sur ses partisans la colère de Louis-Philippe. Elle refusa et continua à rester en correspondance avec les cours d'Europe sur qui elle comptait, avec les chefs du parti royaliste dont elle réchauffait sans cesse le zèle et le dévouement. Ceux-ci lui répondaient en lui conseillant de rester encore en Bretagne et d'y attendre les événements qui semblaient devoir favoriser ses espérances. Tel est le sentiment que nous voyons exprimé très nettement dans les Mémoires du comte de Mesnars, un des plus admirables et des plus dévoués parmi ceux qui ont entouré et secondé la Duchesse jusqu'au jour de son arrestation. « Madame, dit M. de Mesnars, croit à la possibilité d'une guerre étrangère. L'Europe est en armes ; la question belge peut produire une guerre européenne. Dans un cas comme dans l'autre, la princesse se flatte de l'idée qu'elle pourrait se mettre à la tête des habitants de l'Ouest et soustraire ce pays, qu'elle aime du fond de son coeur, aux désastres qu'entraîne l'anarchie. Madame a la noble conviction qu'elle peut éviter de grands malheurs à la France si la guerre éclate, si les étrangers tentent une nouvelle invasion. Cette pensée fut toute sa force, tout son courage, et c'est pourquoi elle veut rester... Elle n'a qu'un but : s'interposer entre les armées au nom de son fils et le rendre médiateur. Elle repousse de toutes ses forces la possibilité de se faire seconder par les étrangers. On ne sait pas assez tout ce qu'il y a de français dans l'âme de cette auguste princesse, et combien l'honneur de la France lui tient à coeur.

Nous en jugeons ici par l'immensité des sacrifices qu'elle s'impose dans l'unique espérance d'être secourable à la nation au milieu de laquelle on l'a pourtant proscrite, elle et tous les siens. »

La situation de la Duchesse de Berry inquiétait au plus haut degré le gouvernement. Toute la France s'intéressait à l'odyssée de cette courageuse femme qui, seule et sans ressources, mettait en péril le trône de Louis-Philippe. Nulle part, on ne savait ce qu'elle était devenue ; les journaux de l'opposition bonapartiste et républicaine accusaient le ministère de connaître sa retraite et de ne pas vouloir la faire arrêter, soit à cause de sa parenté avec la famille royale, soit pour éviter des complications parlementaires. Dans le pays, on ne parlait que d'elle ; les uns la croyaient morte, les autres prétendaient qu'on l'avait enfermée dans une impénétrable prison, d'autres disaient qu'elle avait pu s'enfuir à l'étranger. Le gouvernement n'avait pas d'indication bien précise sur sa résidence ; il savait qu'elle avait séjourné à Nantes, mais personne n'avait pu trouver le lieu exact de sa retraite.

Dès le 3 juin 1832, le comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, avait donné l'ordre à un commissaire de police de Paris, nommé Louis Joly, de se rendre à Nantes, accompagné d'agents de la sûreté, et l'avait investi de pouvoirs illimités pour arriver à découvrir la Duchesse de Berry et procéder à son arrestation.

Joly est le commissaire de police qui arrêta Louvel après l'assassinat du duc de Berry ; il a été, plus tard, chef de la police municipale de Paris, en 1842, alors que Gabriel Delessert était préfet de police. O h a retrouvé dans ses papiers plusieurs rapports à l'administration supérieure au sujet de l'importante mission qui lui avait été confiée par M. de Montalivet et ensuite par M.Thiers.

C'est d'après ces documents inédits que nous allons retracer les péripéties de l'arrestation de la Duchesse et de son emprisonnement au château de Blaye. Ce travail présentera, pensons-nous, un véritable intérêt, à cause des détails qu'il donne sur un événement historique important et qui n'a pas encore été présenté sous son jour véritable.

Joly quitta Paris le 3 juin, à dix heures du soir et, le 5 à midi, il était à Nantes, en mesure d'agir, car dès son arrivée, c'est-à-dire dès la matinée, il s'était entendu avec les autorités civiles et militaires qui avaient déjà déployé une grande activité et agi avec un tel zèle qu'il ne resta plus à l'envoyé de la police qu'à ajouter aux mesures déjà prises des investigations secrètes.

Les autorités militaires s'étaient surtout occupées d'écraser l'insurrection de la Vendée. La recherche de la duchesse de Berry était bien donnée en consigne dans les mouvements effectués par les troupes de la garde nationale; mais elle n'en était pas encore l'objet spécial. Joly rend témoignage au dévouement et au patriotisme déployés par ces troupes qui exécutaient avec le plus grand zèle les ordres de l'autorité militaire et qui affrontaient avec courage les fatigues et les dangers auxquels les exposaient des excursions poussées parfois jusqu'aux confins du département de la Loire-Inférieure.

La police locale de Nantes, dirigée par un commissaire central, avait besoin d'une organisation nouvelle, surtout en vue de surveiller de près tous les individus étrangers ou personnages connus dans le pays, qui entraient à Nantes, y séjournaient et en sortaient, principalement ceux qui venaient des endroits signalés et suspectés ou qui s'y rendaient. Joly organisa donc tout d'abord ce service, grâce auquel il obtint des renseignements utiles, sinon très précis. En même temps, la troupe fouillait les châteaux soupçonnés ainsi que les métairies qui en dépendaient, mais elle procédait, dit Joly, avec une confusion complète et des procédés absolument illégaux ; aussi, ces opérations ne produisirent-elles aucun résultat. Quelque temps après, quand on dut exécuter l'ordre de désarmement des communes, ces visites domiciliaires furent présidées par un officier municipal qui en assurait la légalité, protégeait les propriétés et diminuait le caractère odieux de semblables tracasseries. ….

 

Le 22 septembre 1832, Joly procéda à l'arrestation de M. Henry de Puiseux. Celui-ci, aide de camp de Charette, était depuis peu arrivé de Paris et se cachait à Nantes ou dans les environs. On mit à sa recherche un agent local qui découvrit bientôt que M. de Puiseux se rendait souvent et de nuit dans une maison située rue Royale, près de la Préfecture. L'espion s'y ménagea un rendez-vous avec Henry de Puiseux et, après une longue conversation politique, ils convinrent qu'à l'avenir, s'ils avaient quelque chose d'important à se communiquer, ils s'écriraient avec de l'encre sympathique et se réuniraient de nuit chez leur ami commun, M. Petit, étudiant en médecine, qui demeurait à Nantes, quai Barbin.

On fabriqua donc une lettre à l'encre sympathique et on l'adressa à Henry de Puiseux chez M. de. Castelnau, rue Royale, un des chefs du parti légitimiste. Dans cette lettre, on lui apprenait qu'un nommé Terrien, dit Coeur-de-Lion, chef des Chouans, était parvenu à rassembler dans les environs de Nantes, ou, du moins, tenait à sa disposition de douze à quinze cents hommes avec lesquels il pourrait opérer un mouvement, mais qu'il avait cru prudent d'attendre, avant d'agir, des ordres supérieurs et des instructions suffisantes; il pensait donc ne pouvoir mieux faire que de s'adresser dans ce but au brave Henry auquel il donnait rendez-vous pour le lendemain chez Petit. Il l'avertissait, en outre que, par prudence, lui, Coeur-de-Lion, ne se rendrait pas en personne au point convenu, mais qu'il y enverrait à sa place une personne sûre, un second lui-même. Henry de Puiseux, plein de cette imprudente confiance qui semble avoir été l'apanage de tous les chefs du parti royaliste et de la Duchesse elle-même, s'y rendit à l'heure indiquée et fut immédiatement arrêté. Il fut de suite fouillé et désarmé d'un pistolet chargé et d'une canne à épée. On trouva sur lui une sorte de plan de campagne tracé au crayon qu'on envoya au gouvernement avec une lettre et des notes qui furent saisies dans un petit agenda dont il était porteur.

Procès-verbal fut dressé par le commissaire de police Martin, de l'arrestation d'Henry de Puiseux qui fut écroué, le soir même, à la prison neuve de Nantes d'où il parvint à s'évader quelques semaines plus tard.

On voit déjà s'épanouir l'espionnage dès le premier pas de cette campagne de la police dans les environs de Nantes. Il y a toujours eu des traîtres, tant est grande la puissance de l'or sur les âmes viles, mais il faut avouer qu'on ne vit jamais une pareille éclosion de marchés honteux et de basses délations. A chaque pas, la police de M. Thiers se rencontre avec un mouchard et, l'inépuisable candeur des royalistes aidant, c'est par ce moyen déloyal mais pratique que la lutte du gouvernement contre le soulèvement de l'Ouest va désormais être facilement menée à bonne fin.

 

Dans sa dernière entrevue avec la duchesse, Simon Deutz (qui vendit la princesse pour 300 000 francs) avait entendu parler du dîner; en sortant, il avait jeté un coup d'œil dans la salle à manger et avait compté sept couverts. Mlles Duguigny habitant seules la maison, il ne douta plus que Madame n'y logeât, ou ne dût au moins y dîner. Il courut d'un trait chez le préfet; M. Maurice Duval l'attendait. Les dispositions étaient prises depuis le matin. Douze mille hommes attendaient prêts à marcher. Ce nombre avait été jugé nécessaire parce que, outre qu'il y avait un large pâté de maisons à cerner, on pouvait craindre une émeute.
Deux bataillons se divisèrent en trois colonnes, dont le général Dermoncourt prit le commandement; il était accompagné du général comte d'Erlon et du préfet qui dirigeait l'opération.
L'investissement fut bientôt complet; il était environ six heures, le ciel calme, la soirée belle. La princesse n'avait aucun soupçon, quand tout à coup M. Guibourg, placé près d'une fenêtre, vit briller les baïonnettes de la colonne conduite par le colonel Simon Lorière :
« Sauvez-vous, Madame, sauvez-vous, » s'écria-t-il! La duchesse se précipita sur l'escalier, suivie de ceux de ses amis qu'il importait de cacher. Mmes Duguigny, de Charette et Céleste de Kersabiec restèrent à table, s'efforçant de maîtriser leur émotion. La cachette était, nous l'avons dit, dans la chambre de la duchesse; il importe d'en donner la description.
La cheminée placée au fond de la chambre, au lieu détenir au mur de la maison, était appuyée contre un mur de refend élevé à quatorze pouces — environ quarante centimètres — du gros mur. L'espace vide présentait, en largeur, un peu plus de quatre pieds (un mètre quarante centimètres environ) et, en hauteur, cinq pieds et trois pouces un mètre soixante-quinze. Telle était la cachette, qu'on pourrait appeler une cheminée à double fond.

Une plaque de cheminée mm mobile et de quarante centimètres sur trente, et montée sur des gonds, en fermait l'entrée. On n'arrivait à y pénétrer qu'en se traînant. Elle avait été plu- sieurs fois essayée, et l'on ne pouvait s'y placer que par rang de taille. Elle était ouverte quand la duchesse entra dans la chambre. «Allons, dit-elle, comme à la répétition.... »

M. de Mesnard entra le premier, et ensuite M. Guibourg, puis Mlle de Kersabiec, et enfin Madame; la légende du plan donne leurs places respectives.

La maison des dames Duguigny avait été cernée par les agents au moment où Deutz y était entré. En sortant, il avait dit à l'un d'eux que Madame y était, et que la porte ne devait pas cesser d'être l'objet de leur surveillance. Personne n'était sorti depuis le départ de Deutz; on avait donc la certitude d'y trouver la Duchesse.

Les portes de la maison s'ouvrirent au moment où la cachette se refermait; les commissaires de police venus de Paris, réunis à ceux de Nantes, entrèrent les premiers le pistolet au poing. C'étaient MM. Lenormand et Prévost, commissaires de police de Nantes, et Dubois et Joly, commissaires de police de Paris.

Ils ne trouvèrent que des femmes effrayées, ce qui n'empêcha pas M. Prévost de faire partir son pistolet qui le blessa à la main. Les autres gagnèrent les étages et la troupe se répandit dans la maison que cernait le général Dermoncourt, laissant aux policiers le soin de la fouiller.

Deutz avait donné des lieux une description si exacte que M. Joly parcourut toutes les pièces comme s'il avait été un habitué de la maison; il remarqua la salle à manger et les sept couverts, bien qu'il ne se trouvât que quatre convives : les deux demoiselles Duguigny, Mme de Charette et Mlle Céleste de Kersabiec. Il commença par s'assurer de ces quatre dames; puis, montant l'escalier, il alla droit vis-à-vis de la chambre mansardée où la duchesse avait reçu Deutz; il dit en y entrant : « Voilà la salle d'audience. »
Ces mots retentirent jusque dans la cachette. Madame ne douta plus que la trahison ne vînt de Deutz; elle murmura avec un mouvement de satisfaction : « Du moins ce malheureux n'est pas Français. »




Le préfet, M. Maurice Duval, après avoir pris la précaution d'enfermer Deutz dans un cabinet, à la préfecture, arriva pour donner plus d'autorité aux recherches. Des sentinelles avaient été placées dans tous les appartements, tandis que la force armée fermait toutes les issues.
Le peuple s'amassait et formait une seconde enceinte autour des soldats; la ville tout entière était descendue dans ses places et dans ses rues. Les perquisitions étaient commencées à l'intérieur; les meubles étaient ouverts lorsque les clefs s'y trouvaient, défoncées lorsqu'elles manquaient; les sapeurs et les maçons sondaient les planchers et les murs à grands coups de hache et de marteau; des architectes, amenés dans chaque chambre, déclaraient qu'il était impossible, d'après leur conformation intérieure, comparée aux dimensions extérieures, qu'elles renfermassent une cachette ou bien trouvaient des cachettes sans importance qui recelaient des bijoux, de l'argenterie, des vêtements de femme appartenant aux demoiselles Duguigny, mais qui, dans les circonstances, ajoutèrent à la certitude du séjour de la princesse dans la maison. Arrivés à la mansarde où se trouvait la duchesse, les architectes déclarèrent que, moins que toute autre, cette-chambre leur paraissait pouvoir contenir une cachette.
Alors les recherches s'étendirent aux maisons environnantes; on fit venir des ouvriers qui se mirent à sonder, à attaquer les murs, les planchers, les cheminées à coups de hache et de mandrin avec une telle violence qu'on put croire un instant à la démolition de l'hôtel des demoiselles Duguigny et de deux maisons environnantes. Les maçons qui sondaient la maison voisine arrivèrent tout près de la cachette dans le mur contre lequel M. de Mesnard était debout; il dit à la duchesse : « S'ils arrivent jusqu'à nous, il faudra ouvrir la plaque et se rendre; autrement, voyant du monde dans ce trou, il est à craindre qu'on ne tire des coups de fusil sur Madame.
Les travailleurs s'arrêtèrent à quelques pouces de la cachette. Un seul coup de marteau de plus, peut-être, y eût pénétré.
Le préfet Duval, dans un nuage de poussière, se faisait remarquer, au milieu des travailleurs, des plâtres et des débris, donnant des ordres, animant les démolisseurs du geste et de la voix; et, répondant aux observations des demoiselles Duguigny :

« Les ouvriers qui démoliront la maison seront chargés de la reconstruire. J'ai des ordres. »
Ces ordres venaient de M. Thiers qui avait dit de s'emparer de la duchesse coûte que coûte, quand bien même il aurait fallu détruire toute la ville. Du fond de la cachette, on entendait tout ce bruit, ainsi que les injures et les imprécations des soldats, fatigués et furieux de l'inutilité de leurs recherches.
« Nous allons être mis en pièces, c'est fini, mes pauvres enfants, dit alors Madame, qui ajouta: C'est cependant pour moi que vous vous trouvez dans cette affreuse position!... »
Pendant que ces choses se passaient en haut, les demoiselles Duguigny avaient montré un
grand sang-froid, et, quoique gardées à vue par les soldats, elles s'étaient mises à table, invitant Mme de Charette et Mlle de Kersabiec à faire comme elles.
Deux autres femmes étaient l'objet d'une surveillance toute particulière de la police.



C'étaient la femme de chambre Charlotte Moreau, signalée par Deutz — il n'avait oublié personne comme très-dévouée à la duchesse, et la cuisinière, Marie Boissy. Cette dernière avait été conduite au château, puis à la gendarmerie, où, voyant qu'elle résistait à toutes les menaces, on tenta de la corrompre. Des sommes de plus en plus fortes lui furent offertes et étalées devant ses yeux; mais elle répondit constamment qu'elle ignorait où se trouvait la duchesse de Berri.
Les recherches se prolongèrent sans résultat pendant une partie de la nuit. Les démo- lisseurs, rendus de fatigue, demandèrent un instant de repos que le préfet leur accorda en disant :
« Les travaux ont cessé pour ce soir; je reviendrai demain de bonne heure. »
Un nombre d'hommes suffisant pour garder toutes les pièces et occuper les issues, fut laissé dans la maison; les commissaires de police s'établirent au rez-de-chaussée, et une partie de la troupe fut remplacée par la garde nationale, qui continua l'investissement de la maison et des quartiers environnants.

Arrestation_de_la_Duchesse_de_[
La cachette de la Duchesse de Berry


Les seize heures qui s'écoulèrent depuis l'entrée dans la cachette jusqu'à l'arrestation se passèrent au milieu d'une vraie agonie et dans des tortures que l'on pouvait à peine adoucir en s'ingéniant de mille façons.
Les ouvriers n'avaient pas attendu le retour de la lumière pour recommencer leurs travaux. Il semblait qu'on voulût abattre l'hôtel Duguigny et les maisons voisines. Les madriers et les barres de fer frappaient à coups redoublés et l'on ne savait si, après avoir résisté aux flammes, comme on va le voir, Madame ne serait pas accablée sous les décombres.
On fit presque continuellement du feu dans la cheminée, tant pour se chauffer que pour s'assurer qu'il n'y avait personne dans le tuyau. Deux fois les habitants de la cachette en avaient été fort incommodés. On ne voyait absolument rien, tant était petit le trou ménagé pour appeler l'air; et, cette ouverture ne suffisant pas lorsque la plaque était chaude par le feu brûlant de l'autre côté, on en pratiqua une autre en dérangeant des ardoises, quitte à en faire tomber quelques-unes dans la cour, ce qui aurait certainement dénoncé la retraite — mais il fallait vivre

Il y eut des moments où chacun, à son tour, approchait sa bouche de ce point pour y aspirer la vie de quelques minutes.

Il était très-difficile de se mouvoir dans un si petit espace ; cependant, M. de Mesnard, après avoir été treize heures immobile dans le seul endroit où il pût se tenir debout, dit à ses compagnons :

« Je n'en puis plus. Les jambes me manquent, je me sens défaillir. Si je me trouvais mal je ferais du bruit. Tâchez de vous arranger pour me laisser asseoir; alors on se mettra sur moi comme on pourra. » Ce qui fut fait.

Entrés dans la cachette au moment du dîner, et n'ayant rien pris depuis le déjeuner, les reclus commençaient à endurer la faim. M. de Mesnard découvrit auprès de lui un sac dans lequel on trouva quelques morceaux de sucre. Il les offrit à la duchesse qui les partagea entre tous.

Malgré les angoisses d'une situation terrible, Madame dormit assez longtemps pour donner des inquiétudes ; son sommeil- était, si tranquille que, comme on ne l'entendait pas respirer, on la crut évanouie et on eut, bien innocemment il est vrai, la cruauté de la réveiller.

Les officiers avaient, une fois encore, abandonné la maison, ainsi que les autorités. Les gardes s'étaient repliés au rez-de-chaussée ; le troisième étage n'était plus gardé que par
deux gendarmes qui se tenaient dans la chambre de la cachette. Le bruit des travaux diminuant progressivement, on espérait d'être sauvé, mais cet espoir ne fut pas de longue durée. Les gendarmes avaient rallumé le feu, la plaque, qui n'avait pas eu le temps de se refroidir, était devenue brûlante une seconde fois, et le mur ébranlé laissait pénétrer la fumée.

La duchesse était celle qui souffrait le plus, car, entrée la dernière, elle se trouvait appuyée contre la plaque. Déjà deux fois le feu avait pris à sa robe, et elle l'avait étouffé à pleines mains, au prix de deux brûlures dont elle eut longtemps les marques. Chaque minute raréfiait l'air intérieur. La poitrine des prisonniers devenait de plus en plus haletante. Rester dix minutes encore dans cette cachette,
c'était compromettre la vie de la duchesse !

Madame le sentait comme les autres, mais ne pouvait se résoudre à se livrer elle-même; pourtant son coeur fut obligé bientôt de se rendre à la nécessité, car les deux gendarmes ayant allumé des tourbes et des journaux, la fumée devint d'une insoutenable intensité. La duchesse ordonna d'ouvrir la porte de la plaque.
M. Guibourg, qui était à côté d'elle, appuya sur le ressort, mais la plaque, qui s'ouvrait toujours très-facilement, était dilatée par la chaleur ; elle résista au point qu'il fallut la frapper du pied.

Elle ne céda pas davantage ; mais un gendarme avait entendu le bruit des coups. « Qui est là? » fit-il. Ce fut Mlle de Kersabiec qui,répondit :
« Nous nous rendons, nous allons ouvrir, ôtez le feu. »
Un nouvel effort fit tomber la plaque, et les gendarmes, plus empressés de secourir les prisonniers que de crier victoire, s'élancèrent aussitôt sur le feu qu'ils dispersèrent à coups de pied.

La première personne qui s'offrit à leurs regards fut une femme faible et presque défaillante, se traînant péniblement sur un foyer mal éteint. L'un des gendarmes la reconnut; il l'avait vue jadis, à Dieppe, affable pour chacun, chérie de tous et entourée de voeux et d'honneurs. En la voyant dans ce misérable état, il s'écria avec émotion :
« Quoi, c'est vous, Madame la duchesse ! »

Madame, vivement touchée du ton de cette voix amie, lui répondit en se relevant :
« Vous êtes Français et militaire, je me fie à votre honneur. Allez prévenir le général Dermoncourt. »
Il était neuf heures du matin; les tortures de la cachette avaient duré seize heures !... D'autres allaient commencer. 

 

 
L'Arrestation


Le général Dermoncourt se trouvait dans la maison. Il accourut aussitôt à l'appel de la duchesse; le substitut du procureur du roi, Baudot, et quelques officiers, le suivirent. La duchesse s'avança alors en disant :
« Général, je me rends à vous et me remets à votre loyauté.
— Madame, répondit-il, votre Altesse Royale est sous la sauvegarde de l'honneur français. »

Il lui apporta une chaise. Elle avait le visage animé quoique pâle, la tête nue et les cheveux en désordre; sa robe de napolitaine brune, simple et montant jusqu'au cou, était sillonnée par le bas de plusieurs brûlures; elle était chaussée de petites pantoufles en lisière. En s'asseyant elle dit d'un ton bref et en serrant fortement le bras de l'officier :

« Général, je n'ai rien à me reprocher, j'ai rempli les devoirs d'une mère pour reconquérir l'héritage d'un fils-. »

Dans cet instant arriva le préfet Maurice Duval; et, comme en toutes circonstances, dans celles surtout où chacun cherche à faire face aux situations exceptionnelles par un redoublement de tact, il faut qu'il y ait un maladroit pour montrer que sur terre la race des goujats sera éternelle : l'homme de M. Thiers entra le chapeau sur la tête. Il s'approcha de la duchesse, la regarda en se découvrant à
peine et dit :

« Ah oui, c'est bien elle. » Puis il sortit pour donner ses ordres.
« Quel est ce monsieur, fit Madame?
— Le nouveau préfet, répondit le général, qui ajouta : c'est un homme nouveau. » Madame comprit que M. Maurice Duval n'avait pas servi sous la Restauration; elle le montra en disant : « J'en suis bien aise pour la Restauration. »

On procéda à la saisie des effets, de la correspondance et de l'argent se montant à trente six mille francs, dont douze appartenant à la suite de la princesse.

Le comte d'Erlon se présenta alors, et se conduisit envers la prisonnière avec tous les égards dus au courage et au malheur. Le château de Nantes avait- été disposé pour recevoir madame la duchesse de Berri; le général Dermoncourt l'en informa et lui dit que, si elle se trouvait mieux, il serait à propos de quitter la maison à moitié démolie des demoiselles Duguigny.

La princesse demanda un chapeau, se jeta un manteau sur les épaules, prit le bras du général et donna elle-même le signal du départ en disant à ses fidèles : « Mes amis, partons. » En passant devant la mansarde, Madame jeta un dernier regard sur la plaque restée ouverte.


" Ah ! général, dit-elle, si vous ne m'aviez pas fait une guerre à la Saint-Laurent — ce qui, par parenthèse, ajouta-t-elle en riant, est au-dessous de la générosité militaire — vous ne me tiendriez pas sous votre bras à cette heure. »
Il n'y avait qu'un pas de l'hôtel Duguigny au château de Nantes, dont les portes se fermaient, quelques minutes plus tard, sur les quatre prisonniers. Il était alors midi.

 Le 9 novembre, à 3 heures et demie du matin, la duchesse est conduite en voiture au bateau à vapeur de Saint-Nazaire sous la garde d’un détachement de gendarmerie. A 9 heures et demie, Madame monte à bord d’un brick de 16 canons qu’escortent trois autres vaisseaux, pendant que des troupes concentrées à Saint-Nazaire sont prêtes à s’opposer à une tentative légitimiste. Mais aucun incident ne trouble le voyage et la duchesse est internée au château de Blaye.

 

 

 

Le Biographe universel : revue générale biographique et littéraire / par une société d'hommes de lettres français et étrangers ; sous la direction de M. E. Pascallet

Arrestation de la Duchesse de Berry sous L.P. en 1832  (Mme en Vendée)

Histoire de Nantes sous le règne de Louis-Philippe, F. Libaudière

 

Voyage dans le temps et l’imaginaire du château de Comper  <==

La Virée de Galerne le 3 Novembre 1793 – La Bataille de Fougères (synthèse) <==

 

 


 

coffret_site

Don d'un coffret à bijoux de la duchesse de Berry au Louvre

Jean Charles François Leloy (1774-1846)

Grâce à la générosité de la comtesse Cristiana Agnelli Brandolini d'Adda, le Louvre s'enrichit d'un coffret à bijoux qui a appartenu à la duchesse de Berry, belle-fille du roi Charles X, grande protectrice des arts et des artistes. Ce coffret, ravissant conçu par l'ornemaniste Jean Charles François Leloy (1774-1846) adopte la forme d’une chasse gothique.



https://www.latribunedelart.com