Histoire de l'équitation et du cheval l'école de cavalerie de Saumur

C'est en fouillant les vieux textes grecs que l'on retrouve l'origine sinon exacte, du moins légendaire de l'équitation.

Ces textes nous disent que Neptune fut le créateur du premier cheval. Nous nous en rapportons à la tradition. Il est toutefois permis de se demander comment il s'y prit. C'est bien simple. Le dieu estima un beau jour, — on ne dit pas exactement pourquoi, — qu'il seyait de faire un cadeau utile aux Athéniens. Très embarrassé d'abord, ne sachant quoi leur donner, il eut un trait de génie : il frappa tout simplement de son trident la terre qui s'ouvrit immédiatement; il en jaillit un admirable cheval, frémissant et bondissant. Qu'advint-il de cette noble bête ? L'histoire est muette sur ce point.

L'Histoire de l'équitation et du cheval C'est en fouillant les vieux textes grecs que l'on retrouve l'origine sinon exacte, du moins légendaire de l'équitation

 (Pégase Cie Capalle - Château du Plessis Bourré)

Nous savons seulement que ce fut Bellérophon qui, le premier, songea à utiliser le cheval comme monture. Ce qui demeure plus certain, c'est que ce furent les Thessaliens, peuple excessivement belliqueux, qui débutèrent dans l'art de dompter et dresser des chevaux pour la guerre, et que c'est probablement à eux qu'il faut faire remonter la première apparition du cheval d'armes. Cette apparition, naturellement, jeta un certain trouble dans l'esprit des peuples, et ce n'est pas pour rien que la légende des Centaures et le récit de leurs exploits homériques sont parvenus jusqu'à nous.

L'Histoire de l'équitation et du cheval -les Amazones Château du Plessis Bourré

(Amazone Ecuyer de l'Histoire Tournoi de Saint Michel -Plessis Bourré)

 C'est vers la même époque que l'on trouve la trace des Amazones, guerrières intrépides, demeurées célèbres pour leur habileté à maîtriser et à conduire les chevaux. Penthésilée, leur reine, était, assure-t-on, une nature énergique et fière, mais nous ignorons tout de ses talents équestres. La seule chose dont l'Histoire fasse mention, c'est la défaite des Amazones et leur anéantissement par Hercule.

XÉNOPHON

Abandonnons le domaine fabuleux de la légende pour entrer dans celui beaucoup plus précis de l'histoire grecque et romaine. Un point obscur serait à élucider pour commencer : le fameux cheval de Troie était-il l'image d'un cheval de selle ou d'un cheval d'attelage ? Nous penchons pour la seconde hypothèse, car les Grecs de cette époque-là ne montaient point encore les chevaux, ne s'en servant que comme animaux de trait, c'est-à-dire attelés et harnachés. Ce qui ne les empêcha point de devenir plus tard de fameux cavaliers. C'est à un Grec d'ailleurs que nous devons le premier ouvrage sur l'équitation qui soit parvenu jusqu'à nous. Les candidats au baccalauréat ès lettres d'autrefois ont tous traduit quelques passages du Traité de l'Equitation, et quiconque a fait ses humanités connaît le nom du fameux homme de guerre qui l'a signé : Xénophon. Un contemporain débutant dans la carrière équestre pourrait encore aujourd'hui tirer quelque fruit de la lecture de ce livre, car il fourmille de conseils pratiques et d'axiomes de dressage qui n'ont rien perdu de leur valeur. Elle est de Xénophon, cette phrase qui a une saveur toute d'actualité : « L'équitation est presque un plaisir ; on souhaite parfois d'avoir des ailes ; il n'est rien qui s'en rapproche davantage ».

« Presque un plaisir » nous force néanmoins à songer que c'est un soldat qui parle, et la conclusion est devenue caduque, aujourd'hui que l'homme semble avoir conquis définitivement le domaine de l'air.

Après Xénophon, c'est Alexandre, dont les exploits valurent l'immortalité à son cheval de guerre Bucéphale.L'Histoire de l'équitation et du cheval Les Romains Puy du Fou

 (Signe du Triomphe - Puy du Fou)

LES ROMAINS

Sans plus nous attarder, passons des Grecs aux Romains chez qui 1’équitation, tout en restant une branche de l'art militaire, tend déjà à devenir ce que nous appelons aujourd'hui un sport.

La question de savoir comment on montait à cheval dans ce temps-là n'est pas moins intéressante que l'histoire, d'ailleurs controversée, des faits d'armes des légions romaines. Et d'abord les Romains ne connurent qu'assez tard la selle et l'étrier. Les premiers chevaliers se contentaient, en guise de selle, d'une double couverture de drap, de laine, parfois de cuir ; le harnais assez primitif était niellé d'or ou de métal précieux, le harnachement se composait d'un mors brisé, d'une bride et d'une sangle. Les cavaliers n'avaient d'éperon qu'à un seul pied, et leurs chevaux n'étaient pas ferrés. D'après les documents archéologiques, il paraît certain en effet que les premiers Latins se contentaient de garnir la sole de leurs chevaux de paille ou de cuir, à l'instar des Barbares, et que la ferrure, d'origine celtique, ne leur fut connue qu'après la conquête des Gaules.

En revanche, les Romains, ces polythéistes par excellence, furent les premiers à déifier le cheval. César, on le sait, éleva une statue au sien sur le parvis du temple de Vénus. Verus portait en guise d'amulette une effigie en or de Voluaris, son coursier favori, auquel, d'ailleurs, il fut plus tard élevé un tombeau sur le mont Vatican. Caligula, ce fou sadique, avait fait édifier pour le sien un véritable palais, et projetait de lui faire décerner les honneurs divins quand il périt assassiné.

L'Histoire, si fertile en anecdotes sur les chevaux d'empereurs, l'est un peu moins en ce qui concerne le vulgum pecus, mais nous savons néanmoins quel rôle important jouait le cheval ordinaire bien dressé et entraîné dans les courses de chars et dans les jeux équestres qui étaient déjà comme le premier balbutiement des exercices de nos hippodromes actuels.

 

CAVALIERS BARBARES

De l'avis des Romains eux-mêmes, les Barbares d'Orient étaient des cavaliers plus intrépides, du moins plus aguerris qu'eux, et mieux adaptés à leur monture ; les cavaliers barbares ignoraient cependant à peu près complètement l'usage de la selle, voire parfois celui de la bride, ce qui prouverait que la bride et la selle ne sont devenus des aides et des accessoires indispensables qu'avec le temps.

Néanmoins, nous devons admettre que ce furent les Barbares, bien plus que les Grecs et les Romains, qui furent les premiers maîtres du cheval.

Et qui pourrait dire si notre prédominance ne fut pas due aussi à notre supériorité à cheval, supériorité que devait démontrer sûrement, quelques siècles plus tard, la bataille de Poitiers (au VIIIe siècle) où la cavalerie franque défit superbement la cavalerie sarrasine.

 

L'Histoire de l'équitation et du cheval - la chevalerie au moyen âge

(Joute Ecuyer de l'histoire - château du Plessis Bourré)

LA CHEVALERIE

La trame de l'histoire, de l'histoire chevaline tout au moins s'obscurcit quelque peu au début de notre ère, et nous risquerions de piétiner sur place en suivant un ordre chronologique trop rigoureux. Après la victoire de Poitiers, qui fut surtout une victoire de la cavalerie, le goût du cheval d'armes se propagea très rapidement en France, et l'histoire du cheval, dès lors, reste strictement liée à notre histoire militaire.

Tout le monde veut combattre à cheval, tous ceux du moins qui ont les moyens d'acquérir une monture.

L'engouement du cheval gagne, sous Charlemagne, puis sous la féodalité, toutes les classes riches de la société, et on se préoccupe dès lors d'élevage et de croisements. Les races nouvelles résultant d'un mélange de sang espagnol et arabe sont très recherchées et viennent améliorer nos types autochtones.

En même temps se développe la passion, véritablement atavique celle-là, des jeux équestres et des joutes où la brutalité naturelle à nos pères se donne largement carrière. Même l'immixtion des femmes à ces jeux, n'en adoucit point tout de suite le caractère barbare. Il fallut des siècles pour convertir les joutes barbares des cavaliers francs en tournois à peu près courtois, et en tirer finalement les nobles cours d'amour du bon roi René, ou les prestigieux carrousels du roi Soleil.

L'Histoire de l'équitation et du cheval - Tournoi de Chevalerie Château du Rivau

(Tournoi la quitaine Chevalerie Initiatique - château du Rivau)

LES TOURNOIS

Il serait oiseux de discuter ici l'origine des tournois, qu'on peut faire remonter soit à l'époque byzantine, soit à l'invasion germaine, soit à une époque plus lointaine et plus imprécise. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils fleurirent en France pendant tout le moyen âge et reçurent une vive impulsion à l'époque des croisades (XIe et XIIe siècles) où les ordres de chevalerie militaires ou religieux, mixtes le plus souvent, brillèrent, sitôt créés, du plus vif éclat. Le fait seul de la création presque simultanée de tous ces ordres démontre assez l'importance qu'avait alors le cheval dans les combats et les gestes militaires en général. Les amateurs et même les professionnels liront avec profit, sur cette matière, l'ouvrage admirablement documenté d'un contemporain érudit, le capitaine Picard (Origines de l'Ecole de cavalerie). En tout cas, emprunterons-nous à ce dernier la description des airs de manège alors en vogue :

« Le chevalier sans cesse occupé à guerroyer, à rompre des lances, qui passait d'un tournoi à un autre, devait savoir manœuvrer son cheval en tous sens ; aussi, par l'exercice des voltes sur les hanches et sur les épaules, se mettait-il en mesure de faire face à l'ennemi de tous les côtés. »

A mesure que le poids des siècles s'accumule sur la chevalerie, celui des armures diminue et finit par subir de telles réductions que l'armure de don Mioballe en vient à ne plus peser que quelques livres ; encore s'en remet-il la plupart du temps à son écuyer du soin de la porter. C'est que le chevalier prévoit déjà que, dans les batailles futures, l'avantage sera aux hommes légers, à l'infanterie protégée par l'artillerie.

Le cheval d'armes, lui, survit à toutes les révolutions de notre histoire. Le tournoi supprimé, il demeure le destrier fringant des simples joutes et passes d'armes qui restent en faveur jusqu'à l'époque où elles cèdent la place aux carrousels complètement innocents ceux-là, et qui ne sont que de brillantes exhibitions où hommes et chevaux rivalisent d'élégance, d'adresse et de somptuosité.

 

LES ÉCRIVAINS FIASCHI, GRISON, ETC., ETC.

C'est à partir de cette époque aussi que l'équitation française se dégage enfin des traditions purement orales et transmises pour devenir une science basée sur des théories écrites. Les traités sur l'équitation se multiplient si rapidement dès l'aube du XVIe siècle, voire dès la fin du XVe, qu'on dirait vraiment que les grands écuyers de l'époque n'avaient attendu que la diffusion de l'invention de Gutemberg pour se transformer en écrivains.

Le capitaine Picard, qui possède à fond la bibliographie hippique depuis ses origines jusqu'à nos jours, analyse séparément la plupart de ces ouvrages, que le lecteur consultera avec fruit s'il veut remonter aux sources de l'art équestre français, et dont les notions d'ailleurs se trouvaient ébauchées déjà dans les vieilles chroniques du temps.

Le premier auteur connu sur la matière paraît avoir été un certain Benjamin de Hannibale. Vinrent ensuite un traité latin de Laurentius Rusim et un autre de du Bellay sur la Discipline militaire.

Vers 1530, Fiaschi fonde l'école de Naples qui produira bientôt l'illustre Pluvinel. Fiaschi a de plus écrit un assez gros traité dont je ne veux donner que les sous-titres : I. De la manière de bien emboucher les chevaux et de la nature d'iceux. (Cette première partie est une dissertation un peu indigeste sur la bouche du cheval et sur les divers mors et brides en usage à cette époque.) II. Du moyen de bien manier les chevaux, avec les dessins. III. Du moyen de bien ferrer les chevaux, avec les dessins des fers qui y sont propres.

Mais le nom de Fiaschi est à retenir surtout, parce qu'il avait compris ou pressenti les dispositions mélomanes du cheval, ou plutôt son instinct inné du rythme, et qu'il fut le premier à dresser des chevaux à l'aide de la musique.

Cependant, tandis que l'école de Naples bat son plein avec ses rudesses presque moyenâgeuses encore, l'équitation en France subit une évolution assez rapide. Elle se concrète en une science raisonnée et pratique, toute de finesse, de souplesse, — d'humanité, dirais-je presque.

Les cavaliers lourdement armés et les chevaux bardés de fer, disparaissent pour faire place à des seigneurs élégants, vêtus de soie et de brocart, faisant évoluer des montures fines, alertes, sellées et bridées richement.

Les traités de l'époque, celui de Grison notamment, sont surtout des traités de dressage.

 

L'ÉCOLE FRANÇAISE. PLUVINEL

Nous laissons les Italiens maintenant pour parler des Français. Les deux premiers noms qui surgissent à cette époque et qui tous deux se réclament de l'école de Naples par leurs études du moins, sont celui, à jamais célèbre, de Pluvinel, et celui de La Broue, son prédécesseur de quelques années dans la carrière.

Dans les deux ouvrages qu'il a laissés, La Broue pose les véritables bases de l'équitation française dont les principes s'éloignent notablement dès lors de ceux de l'école italienne. Il oppose la douceur et la persuasion, si l'on peut dire, aux procédés sévères et durs des écuyers italiens, et trouve, pour le dressage du cheval, des formules neuves. Et il recommande, comme tous les vrais écuyers n'ont cessé de le faire depuis, les exercices du dehors qui seuls peuvent éduquer et aguerrir le cheval de manège.

Pluvinel, le grand Pluvinel, dont tous les hommes de cheval connaissent l'œuvre à peine vieillie, est le fondateur de la première académie hippique française. Ex-premier écuyer de Henri III, il fit ensuite, sous le règne de Henri IV, une carrière des plus brillantes, et mourut chargé d'ans et d'honneurs, comme on disait autrefois. Il fut d'ailleurs le maître d'équitation du Dauphin, et c'est pour le futur Louis XIII qu'il écrivit sa fameuse Instruction en l'exercice de monter à cheval.

Ce traité, paru en 1626, est un des meilleurs manuels théoriques qui aient été publiés au XVIIe siècle, et l'un des plus avisés aussi, même dans les questions accessoires de l'équitation.

Il est bon nombre de ses conseils que nos jeunes cavaliers actuels pourraient méditer et suivre utilement.

Histoire de l'équitation et du cheval Le Grand Siècle Château Vaux le Vicomte

 (Journée du Grand siècle - château de Vaux le Vicomte)

LE GRAND SIÈCLE

Mais nous voici au grand siècle, le siècle des grandes éloquences et des frivolités, le siècle où les gestes s'enrubannent comme les houlettes des personnages du romancier Honoré d'Urfé.

Le Roi soleil n'hésite pas à conduire lui-même les quadrilles de splendides carrousels où il a pour vis-à-vis son frère, le Grand Condé et les ducs d'Enghien et de Guise; mais, nous allons, avant le milieu de son règne, voir la fin de ces somptueux carrousels, tandis que l'équitation savante tendra à prendre une place de plus en plus prépondérante.

L'école de Versailles, dont nous reparlerons plus loin, commence à briller d'un certain éclat et à répandre autour d'elle un enseignement réputé.

Cependant, au point de vue pédagogique, aucun écrivain de cette époque n'égalera Pluvinel, ni le marquis de Newcastle, ce pair d'Angleterre qui s'occupa aussi des chevaux de course, ni M. de Beaurepère qui publia Le modèle du cavalier français, ni M. de Beaumont et son Écuyer français, ni Du Plessis, tant vanté par Saint-Simon, ni même M. de Vaudreuil, le professeur de La Guérinière, j'en passe, et non des moindres, de ce siècle si fertile en professeurs d'hippiatrique.

 

LE XVIIIe SIÈCLE. ROBICHON DE LA GUÉRINIÈRE

Le XVIIIe siècle pourrait, au point de vue où nous nous plaçons, se résumer en un seul nom, celui de La Guérinière dont l'ouvrage remarquable, École de cavalerie, est assez universellement connu et apprécié pour que nous nous dispensions d'en faire l'éloge ici. Ce qu'il importe de fixer, au point de vue historique, c'est la perfection atteinte dès lors par l'école française, comparativement aux écoles étrangères, à celle surtout dont le marquis de Newcastle avait essayé de faire prévaloir les traditions.

 

Je n’ai fait que compulser, profiter des enseignements de mes prédécesseurs, tâchant de résumer, de donner le plus de clarté possible à tout ce qui a été publié sur l'équitation pour en faire un recueil utile à l'enseignement. Qui tient ce modeste langage, si différent de celui d'écrivains plus outrecuidants qu'érudits, qui, pour faire croire à leur science, dénigrent tous ceux qui ont écrit et pratiqué avant eux pour se poser en inventeurs? C'est La Guérinière lui-même : ce grand écuyer, doublé d'un écrivain, était un modèle de modestie. Et cependant il est universellement reconnu pour être le père de l'équitation moderne. Ses principes n'ont pas vieilli et, malgré toutes les modifications et tous les soi-disant perfectionnements

qu'on a pu y apporter, ils restent la base de l'équitation française et même mondiale. Tous ceux qui ont travaillé et travaillent l'équitation ont puisé dans La Guérinière leurs meilleurs enseignements, et le nom de ce grand maître est aussi impérissable que sa méthode.

Ecuyer en chef du fameux manège des Tuileries, il travailla constamment à simplifier les procédés de dressage, apprit au cavalier à chercher ses moyens de tenue « dans l'équilibre et dans la rectitude de la position ». Il fut l'apôtre admirablement inspiré de l'équitation naturelle et raisonnée. Sa grande préoccupation fut de toujours pénétrer les écuyers de son temps, de l'indispensabilité de donner au cheval toute son aisance. Et il leur indiqua les moyens d'y parvenir.

C'est une des plus grandes figures qui aient existé dans l'histoire de l'équitation.

La scission se fait à cette époque entre l'équitation militaire et l'équitation civile, et nous voyons le maréchal de Saxe, préoccupé d'améliorer la cavalerie, préconiser par des instructions très précises l'orientation nouvelle de l'instruction des troupes à cheval.

 

L'ÉCOLE DE VERSAILLES

Nous ne pouvons passer sous silence la célèbre école de Versailles qui brille d'un si vif éclat au XVIIIe siècle. Placée sous la surveillance du grand écuyer M. le Premier, elle donne l'instruction équestre non seulement aux pages, mais encore aux plus grands seigneurs de la cour; elle ne disparaîtra, comme toutes les grandes écoles, qu'avec la Révolution qui réquisitionne les écuries et décapite les maîtres.

Parmi les écuyers célèbres qui, après La Guérinière, laissèrent un nom dans les cadres de l'École de Versailles, on remarque MM. de Nestrer, de Salvert, de Neuilly.

MM. de Lubersac, de Montfaucon, de Rogles, appartenaient à l'École des Chevau-légers. Parmi les écuyers de l'école militaire se trouvaient MM. d'Auvergne et de Bois- deffre.

L'équitation militaire prend, à partir de cette époque, la plus large place dans l'histoire du cheval.

« L'équitation rationnelle, logique, fine, élégante, artistique avait disparu ; il ne s'agissait plus alors que de former à la hâte des instructeurs pour nos régiments. »

L'EMPIRE

Quant à la période impériale, elle fut moins une période d écuyers que de cavaliers. Les sabots de la cavalerie française foulèrent tous les pays de l'Europe. Les écuyers proprement dits furent peu nombreux, les centaures y étaient légion : cavaliers et montures accomplissaient les mêmes prouesses. On voyait même de mauvais cavaliers, comme Napoléon, réaliser des exploits de résistance équestre qui feraient hésiter nos meilleurs écuyers.

 

RESTAURATION

La Restauration rouvrit l'école de Versailles et les deux d Abzac reprirent la direction du manège du roi. Malgré la présence de ces grands écuyers et celle du célèbre d'Aure, l'école de Versailles, qui disparut définitivement en 1830, n'eut pas l'influence de sa devancière de l'ancienne monarchie : l'équitation « aux rênes flottantes » et le style anglais en furent les principales causes.

La grande école demeure encore l'académie indiscutée de l'équitation française et sa réputation reste comme par le passé mondiale.

Continuateur, gardien en quelque sorte des grandes traditions, le comte d'Aure, dernier écuyer en chef du célèbre manège de Versailles, fut et est demeuré une des notoriétés de la science équestre. Son nom est inséparable de celui de Baucher qui devait être en désaccord complet avec lui.

Le comte d'Aure, bien qu'élevé dans la tradition classique, ne s'y montra point systématiquement inféodé, et c'est là un des côtés les plus appréciables de son immense intelligence de l'équitation.

Avant même que disparût l'école de Versailles, il vit très bien la nécessité d'orienter l'art équestre dans une voie nouvelle, plus immédiatement pratique, et de le débarrasser des inutilités qui l'encombraient. Lui aussi eut des théories restées célèbres.

Il émit comme principe fondamental que la base de l'équitation usuelle doit être d'obtenir une impulsion très franche au début du dressage et la corrélation de la position de la tête et de l'encolure avec la vitesse de l'allure. Il estimait aussi que l'appui sur la main ferme et léger, devait augmenter en raison directe de l'impulsion exigée.

« Je ne puis mieux comparer, écrivait-il, la situation du cheval dirigé par l'homme, qu'à celle de l'aveugle conduit par son chien ; tant que l'aveugle est conduit et qu'il suit son guide, l'aveugle marche en confiance, si la tension cesse, l'incertitude arrive. » Ce n'est pas seulement comme théoricien que le comte d'Aure laissera le plus durable souvenir. Il fut un praticien hors ligne, s'imposant au monde équestre de son temps par son tact et sa puissance à cheval : à tel point que l'ancien écuyer cavalcadour de Louis XVIII et de Charles X, devint, après 1830, malgré ses convictions, écuyer en chef de l'école de cavalerie de Saumur.

L'Histoire de l'équitation et du cheval école d'équitation de Saumur

SECOND EMPIRE BAUCHER

A cette époque apparaît au cirque des Champs- Elysées un écuyer dont l'autorité s'impose subitement : Baucher ; sa méthode excite l'admiration de bon nombre d'hommes de cheval, mais trouve en revanche d'aussi nombreux contradicteurs : en somme, elle révolutionne le monde équestre à tel point que le duc d'Orléans fait envoyer pendant un certain temps Baucher comme professeur à Saumur.

C'est à lui qu'on doit cette fameuse détermination de l'équilibre du premier genre : « main sans jambes, jambes sans main » qui révolutionna les théories alors en vigueur dans le dressage.

Baucher fut le génie incarné de l'équitation savante. Très contesté, très jalousé, ses détracteurs les plus farouches furent les premiers à s'inspirer de ses travaux quand ils n'allèrent pas jusqu'à les copier servilement. Ses théories, en antagonisme complet avec celles du comte d'Aure, suscitèrent entre eux des polémiques et une rivalité qui mirent le désaccord entre ces deux hommes remarquables.

Baucher. — Reculer au galop.

Ce n'est guère qu'après sa mort — comme toujours — que l'on fut unanime à donner à Baucher la place immense qu'il méritait d'occuper dans l'histoire de l'équitation.

Ses études sur la légèreté absolue, c'est-à-dire sur toute absence de résistance au moindre effet des rênes, rendant par cela même très facile la position du ramener, constituaient une nouveauté qui lui était absolument personnelle.

Est-il besoin de rappeler ici sa délicate et subtile théorie sur les « effets d'ensemble ».

Aujourd'hui on pèse sainement et sans parti pris l'œuvre du maître des maîtres en équitation savante.

Et cette œuvre laissera une empreinte ineffaçable dans l'évolution de l'équitation française. Quant au praticien, il fut, paraît- il, d'une habileté sans égale. Que de choses restées dans l'ombre n'a-t-il point éclairées d'un jour nouveau et inattendu, avec quelle maîtrise n'a-t-il point appuyé d'exemples ses théories les plus nouvelles ? Le baron d'Etreillis qui l'avait beaucoup vu et qui l'appréciait infiniment, puisqu'il fait dans son livre le plus grand éloge de sa science équestre, lui adresse cependant cette critique : « La question d'art, de haute école, l'absorbait au point de faire disparaître toute autre considération. Pour lui, un cheval était comme le drap destiné à confectionner un habit, on ne devait pas l'utiliser pour un autre usage. Jamais nous n'avons pu le voir à cheval qu'entre quatre murs ; dans notre opinion, il était hors d'état de suivre pendant une heure une chasse marchant bon train, ou de sauter la première barrière venue, sur le cheval le plus doux ».

Mais nous, partisans de l'équitation du dehors, nous ne pouvons- nous empêcher de regretter que ce grand artiste se soit toute sa vie renfermé dans son cirque : peut-être pourrons-nous faire le reproche contraire au comte d'Aure d'avoir relativement négligé le manège. Quel malheur que d'Aure et Baucher aient été aussi intransigeants ; car en se complétant l'un par l'autre, ils auraient, à notre avis, réalisé la perfection de l'art équestre.

Sans médire de ces grands écuyers, et puisque nous parlons de 1830, j'estime que la course au clocher, instituée à cette époque, a eu aussi pour les cavaliers de grands avantages en leur donnant la solidité sur les obstacles, le courage et l'endurance qui sont les qualités primordiales pour l'équitation du dehors. Ces courses au clocher furent du reste l'origine des steeple-chases.

L'équitation et le cheval / par Molier, Ernest