Témoignage relatant le tournoi de chevalerie l‘Emprise du château de Joyeuse-Garde, organisé par le Roi René en avril 1446 à Launay près de Villebernier

Il est des lieux où se trouvent concentrés les charmes d'une région auxquels s'ajoute le prestige de souvenirs évoqués par les légendes littéraires ou confirmés par la plus authentique histoire, et c'est bien dans ces jardins que l'étranger veut connaître la France avec ses bonnes façons et sa douceur de vivre.

Ainsi, dans les villes de province comme dans la capitale, il y a des terrains pétris d'histoire : vieux jardins seigneuriaux, jardins centenaires de couvents, jardins du XVIIIe siècle qu'on a vu remplacer par des cultures. Quand on arrive près de la demeure, on trouve l'ordre tant vanté par le docteur Carvalho : d'abord les champs, puis les terrains de culture, enfin les parcs d'agrément qui ne sont plus qu'une jolie réussite pour la vue et l'odorat. Le superflu n'est pas mêlé au nécessaire.

De même, en collaboration avec la nature, l'homme a compris qu'il ne pouvait pas confondre son plaisir avec son besoin et, pour mieux dire, les légumes avec les fleurs. Mais, dans ses jardins, il a su selon son tempérament et ses goûts créer toute une échelle de types, depuis le jardin fantaisiste copié sur la nature, que nous appelons parc à l'anglaise, jusqu'au jardin régulier, que Gorpechot appelait, d'une expression magnifique : le jardin de l'intelligence, et que nous connaissons davantage sous la dénomination de jardin français.

On ne fera jamais assez l'éloge du jardin régulier et nos pères l'ont bien compris qui attribuaient à Le Nôtre, ce génial dessinateur de jardins, tous les jardins réguliers de quelque importance.

Quelques-uns en Anjou sont dignes de lui: le Plessis-Villoutreys, la Mauvaisinière, la Perrinière, le Lavouër est d'un grand style avec sa pelouse descendant à l'étang, l'ordonnance d'Echeuilly, la belle terrasse à balustrade de Serrant qui porte la signature du rénovateur des jardins réguliers, les terrasses de Sainte-Gemmes, d'un grand charme, qu'elles tiennent de la Loire et où, au printemps, les touffes d'iris semblent avoir retenu les reflets des robes épiscopales.

Nous ne voulons pas oublier les lignes de balustres et le perron de Marconay.

Tous ne sont pas de Le Nôtre, mais beaucoup sont inspirés de ses plans, de ses projets qui, réalisés à Versailles, ne furent qu'ébauchés ailleurs, mais dont on se passait les dessins sous le manteau, de province à province, de château en château, et jusqu'en Hollande où Descartes demandait à ses correspondants parisiens de lui envoyer des calques de jardins réguliers. Il avait bien compris le grand philosophe que ces bosquets, ces boulingrins, ces allées en berceau ou en créneaux se déduisaient les unes des autres comme i les raisonnements d'un beau discours.

Et puis, il était Français et ce que ses compatriotes exprimaient par la serpe et par le cordeau, il l'exprimait par des perspectives d'une logique impeccable et d'une phrase lourde de sens.

Au bord de la mer du Nord, dans les vertes prairies piquées de moulins et coupées de canaux, il avait la nostalgie des jardins de l'intelligence.

Les jardins angevins sont l'heureux composé de deux formules types. Les styles se chevauchent comme se chevauchent les siècles d'histoire sur cette terre privilégiée.

Depuis le préau du cloître Saint-Jean, car le préau est l'ancêtre du jardin français, jusqu'au Jardin du Mail, au Jardin des Plantes, aux broderies qui cravatent élégamment le vieux château du roi René, toutes les périodes de l'art français ont gravé leur manière.

N'oublions pas que la France posséda vers la fin du Moyen Age les modèles des jardins. Ils étaient dus aux loisirs de René d'Anjou.

Les travaux personnels du prince eurent une influence énorme sur l'architecture, la peinture, la tapisserie, l'orfèvrerie, la musique.

Il tient une place importante comme précurseur et animateur de l'art des jardins. Tout le monde connaît l'amour du roi René pour l'horticulture. C'est lui qui a donné à l'Anjou le goût des fleurs.

La patience et l'imagination triomphèrent de la nature, car, où végétaient de pâles bruyères, s'épanouirent pour la première fois en Anjou la rose de Provins et l'œillet de Provence, à la Baumette, où il avait dessiné lui-même un jardin qu'un sol schisteux semblait condamner à la stérilité.

Ce prince du Moyen Age et de la chevalerie se dédouble entre l'idéalisme et le sensualisme, et cette discordance donne à ses oeuvres quelque chose de très raffiné, de très humain. Avec un goût très sûr, parfois très libre et très osé, il compose ses décors d'intérieur et d'extérieur.

L'ordonnance de ses compositions devançait les élégantes conceptions de la Renaissance, dont les premiers rayons éclairaient les dernières années du XVe siècle.

Et pour nous exprimer selon un historien parlant du roi René  « le dillettante éclectique presque aussi flamand que français, aussi italien que flamand, aussi provençal qu'angevin, plus artiste que prince, semble vraiment avoir insufflé aux artistes son amour cosmopolite pour l'infinie variété des choses de la nature ».

Avec ce prince commence aussi le dilettantisme. Cet art de cour, qui est un art d'amateur, est aussi un art de luxe, l'art du moi qui commence la Renaissance. C'est aussi le règne de la femme qui apparaît. C'est elle qui fait le charme des boîtiers de miroir en ivoire-où sont sculptées les scènes de roman d'amour. «Sur la tapisserie, le dieu d'amour, les conversations d'amoureux, les chapeaux de roses, le décor printanier, la vie mondaine sont pour sa délectation ».

« La féminité » que l'art gothique et même le viril art roman avaient parfois caressée est un des aspects de l'art français de cette époque.

Et, nous dit un chroniqueur du temps, au logis d'Epluchard, surnommé « Haute-Folie », ne voyait-on pas chez la veuve du roi René, Jeanne de Laval, des fleurs les plus variées en toutes saisons ?

Et Beaufort-en-Vallée, aujourd'hui capitale de la culture florale, déploie d'éclatantes jonchées de fleurs multicolores. Hommage au pays de la reine Jeanne!

Non seulement le roi artiste et philosophe s'intéressa au décor de ses demeures de beauté, mais il fut le précurseur de l'art des jardins au point de vue social.

Au Moyen-Age où la vie était sombre et triste d'ordinaire, le roi René recherchait curieusement tout ce qui orne et charme la vie, non seulement pour son entourage et la cour, mais pour les paysans. Il se plaisait à voir danser les villageois, dans son petit domaine de Reculée en Anjou, il avait favorisé la pêche et donné au syndic des pêcheurs de ce canton le nom majestueux de « roi des gardons » avec licence d'allumer des feux de joie, à la Charibaude, fête locale semblable à la Saint-Jean.

C'était une coutume de fêter un saint préféré, aussi le dimanche des pommes cuites était le dimanche de la Saint-Maurille, jour d'une assemblée aux Ponts-de-Cé.

Un autre divertissement institué par le roi René s'appelait la Baillée des filles, le principal attrait était encore la pêche ! Et, à La Baumette, le jour de la Sainte-Madeleine, le 22 juillet, jour d'assemblée fondée en 1456, fêtes et jeux de toutes sortes avaient lieu à cette occasion. Et un dicton nous redit que celui qui allait à cette assemblée était gai toute l'année.

Et pour ses jeux de chevalerie qui le passionnent René d'Anjou choisit la ville de Saumur, surnommée la gentille et la bien assise pour le théâtre de joutes.

Ce fut dans la plaine, non loin de la ville, qu'il fit bâtir un palais spacieux en bois peint de riches couleurs. On l'appela le Chatel de la joyeuse garde. René y tint une espèce de cour plénière inventant des fêtes champêtres.

Le nom du roi René est inséparable de tout ce qui est beauté et bonté en Anjou.

Le manoir de Launay, près Saumur, devant lequel eut lieu, en 1446, un magnifique pas d'armes.

Il était alors en construction, ou du moins à peine terminé. René y séjournait fréquemment, et la reine Isabelle y passa presque entièrement les trois dernières années de sa vie, comme le montrent les comptes de sa chapelle.

Témoignage relatant le tournoi de chevalerie l‘Emprise du château de Joyeuse-Garde,  organisé par le Roi René en avril 1446 à Launay près de Villebernier

« Peu de temps après, le roi de Sicille entreprit des joustes, lesquelles il tint proche de Saulmur, au devant d'un chasteau de bois qu'il fit construire dans une belle plaine, lequel il fit peindre par dehors et par dedans, et le meubla de très riches tapisseries; et à l'imitation des anciens romans, le nomma le chasteau de la Joyeuse-Garde, où, durant l'espace de quarante jours, luy et la reine Isabelle, et madame Yolande sa fille, et quantité d'autres dames et damoiselles, et notamment la belle et jeune Jeanne de Laval, pour laquelle secrètement il fit et dressa cette emprise, avec un grand nombre de grands seigneurs, et particulièrement ceux qui devoient estre de la troupe des Tenans, demeurèrent en grande joye et magnifique feste, attendant tous ceux qui, pour acquérir de l'honneur, voulurent venir jouster contre le roy, chef de l'emprise, et contre ceux qu'il avoit choisis pour combattre à son costé.

La reine, les dames et les seigneurs, qui estoient venus pour voir ces nobles faits d'armes, furent festinez dans le chasteau, et puis placez dans des eschaffaux, parez très richement, vis-à-vis du lieu où les joustes se faisoient.

La sortie du roy de son chasteau artificiel se fit dans cet ordre :

1° Deux estafiers turcs, habillez à leur mode, avec de longues vestes et des turbans de damas incarnat et blanc, menoient chacun un véritable lyon , attaché avec une grosse chaîne d'argent..

Après suivoient les tambours et les fifres du roy à cheval, et en suitte les trompettes, tous richement vestus de la livrée et de la devise du roy, de damas incarnat et blanc.

Après marchoient à cheval deux roys d'armes, tenans leurs livres ou cartulaires d'honneur et de noblesse en leurs mains, pour y descrire et exalter les nobles faits d'armes et les valeureux combats, qui se feroient au lieu où les lices estoient dressées.

Puis marchoient sur de très beaux chevaux, les houssures desquels estoient très richement ornées d'armoiries en broderie, les quatre juges du camp : à sçavoir deux anciens et sages chevaliers, et deux escuycrs bien expérimentez en toute sorte de combats.

L'un estoit seigneur de Cussé, L'autre seigneur de Martigné , Antoine de La Salle, aussi Hardouyn Fresneau.

En suitte venoit un nain veslu à la turque, sur un beau cheval richement caparaçonné, portant l'escu de la devise que le roy René avoit choisie en cette occasion.

Il estoit de gueules, semé de pensées au naturel, comme estoient aussi les cottes d'armes , les bannières, les chamfrains et les houssures, et caparaçons des chevaux des chevaliers, et des escuyers du roy etde tous les Tenans.

Après le nain, marchoit une très belle dame superbement vestue, menant et conduisant le cheval du roy René par une escharpe attachée à la bride; ce prince portant sa lance sur la cuisse, et l'escu de la devise au bras senestre, tout le cheval couvert d'un caparaçon de la même devise, traînant à terre.

Cette dame estoit destinée à mener tous les Tenans, chacun à son tour, lorsqu'il seroit nécessaire de jouster contre les Assaillans qui se présenteroient à l'emprise, et qui viendroient toucher l'escu pendant au perron avec le bout de leurs lances.

Le roy estoit suivi de monseigneur Ferry de Lorraine, du sire Louis de Beauvau et de son frère, du comte Guy de Laval, de Geoffroy de Saint-Belin, de Lénoncourt, de Guerry, de Crespin, de Cossé, du Begue, du Plessis et de plusieurs autres gentils et vaillans chevaliers, dont nous dirons les noms selon l'ordre qu'ils joustèrent avec celuy des Assaillans, qui s'esprouvèrent en ce noble exercice.

En cet ordre, ils arrivèrent au lieu où estoient dressées les lices, proche desquelles on avoit fait tendre un très grand et très riche pavillon, à la porte duquel s'assit le nain, vestu à la turque, sur un riche oreiller, ou carreau de velour cramoisi, frangé et houppé d'or, les jambes passées l'une sur l'autre en sautoir, ayant esté mis là pour remarquer tout ce qui se passeroit.

L'eschaffaut des quatre juges et des deux roys, ou héraults d'armes, et ceux des dames y estoient aussi dressez, et ornez de tapisseries, de tapis et d'oreillers, afin que tout le monde fust à son aise.

Et tout proche estoit un perron, fait en forme de colonne cannelée de marbre, à laquelle estoit appendu l'escu de la devise, et auquel ceux d'entre les Assaillans, qui voulaient jouster contre les Tenans, estoient obligez de toucher avec le bout de leurs lances. Au pied de cette colonne estoient attachez les deux lyons avec des chaînes d'argent bien fortes, un de chaque côté.

Auprès avoit de ce perron , De chascun costé un Iyon, Un nain dedans un pavillon, Qui l'escu là pendu gardoit.

Dans le même chauffaut que les juges diseurs se tenoient trois officiers d'armes , Guillaume, Bernard et Sablé, pour écrire tous les faits dignes de mémoire.

Témoignage relatant le tournoi de chevalerie l‘Emprise du château de Joyeuse-Garde, organisé par le Roi René en avril 1446 à Launay près de Villebernier

NOMS DES TENANS.

Ferry, monsieur de Lorraine, portant le casque couronné, et pour cimier un aigle esployé d'argent, avec le double volet de gueules, et l'escu et la houssure de son cheval, selon la devise du roy, comme eurent de même tous les Tenans.

Le seigneur de Beauvau portoit pour cimier une hure de sanglier, avec le volet à double pointe de gueules, houppé de mesme, avec le bourlet de gueules d'argent et d'azur, le caparaçon du cheval de gueules semé de pensées.

Le seigneur Jean Cossé (Cossa), italien, portoit le bourlet de gueules et d'azur, le volet houppé à dou hie pointe de gueules, et deux grandes cornes, l'une d'or et l'autre d'argent pour son cimier, pannachées de diverses plumes et de deux crampons, ou fers de cheval d'azur, entrelassez l'un dans l'autre, pendant entre les cornes.

Le seigneur du Bec-Crespin, le volet doublé de gueules, le bourlet d'or et de gueules, et pour cimier le col et la teste d'une grue aistée de synople.

Le frère du seigneur de Beauvau armé et tymbré comme son frère.

 

 

 

 

NOMS DES ASSAILLANS.

Le comte de Tancarville avoit le casque couronné, l'escu , la houssure et le volet eschiquetez d'argent et de sable, et une queue de paon pour cimier, accompagné de quatre escuyers qui luy portoient ses lances.

Le seigneur de Guéressez portoit un volet de gueules, le bourlet d'argent, et pour cimier un double esventail, ou vol d'argent, et un lyon de gueules assis au milieu.

Le seigneur du Bueil, armé et houssé tout de noir, le volet de mesme; pour cimier nn croissant d'or et un double col et teste de cygne d'argent, et deux anges de mesme tenant ledit col, aislez ou enplumez de gueules.

Le seigneur de Mery, armé et caparaçonné en bandes d'argent et de gueules, le bourlet d'or et de synople, le volet de gueules, et pour cimier deux sauvages, tenant au milieu d'eux un Cupidon par les mains.

Le seigneur de Brion, armé et caparaçonné de tané, tymbre ou cimier, une teste d'ours emmuselée, le bourlet d'or et d'azur et le volet de synople.

 

Ceux-ci joustèrent les uns contre les autres le jeudy; mais le vendredy, le roy, par un sentiment de dévotion, fit cesser la jouste

Et pour ce , le roy commanda ,

Pour honneur de la Passion ,

De jouster et fist cession

De débat, et partout le manda.

 

Le jour d'après voici ceux qui joustèrent :

Ces deux icy finirent les joustes, personne ne s'étant présenté contre les Tenans.

Le gentil comte de Tonnère,

Humblement les dames requerre,

Pour achever l'appointement de la très amoureuse guerre ,

Où l'on ne peut qu'amour acquien

Ny perdre seigneurie ny terre,

Fors un ruby ou diamant.

Ce jour fut l'accomplissement

Du Pas, aussi l'achèvement.

 

Les vaincus à la jouste, tant du costé des Tenans comme de celuy des Assaillans, estoient obligez de donner un diamant, un ruby ou un cheval, le plus souvent pour estre donné à leurs maistresses.

Le poète anonyme dit qu'il y eut cinquante-quatre diamans et trente-six rubis donnés aux dames par les vaincus.

Car pour les deux principaux prix, ils furent délivrés selon l'ordonnance des juges, le dextrier très exellent à Florigny, et un fermaillet, ou boëte d'or couverte de riches diamans et de très beaux rubis, à Ferry de Lorraine.

Un fermaillet d'or tout marcis (massif),

Semé de diamans et rubis ,

Vallant mille francs de monnoye ;

Et certes si plus je disoye ,

Suis certain que n'en mentiroye.

Je le vis quant par là passoye.

 

Voicy la manière et la cérémonie, selon lesquelles lesdits prix furent délivrez aux deux vainqueurs par la belle damoiselle très richement parée, qui mena, comme nous avons dit, le roy René par une escharpe attachée à la bride de son cheval, et tous les autres chevaliers tenans.

Les bons juges eurent entente,

Et respondirent de leur tente;

Que avant qu'elle fust absente

Ils donneroient leur jugement.

A part et tout secrètement

Conclurent en leur parlement

Que le roy d'armes publieroit

L'arrest par leur commandement.

 

Le roy d'armes parle ainsi à la pucelle, après que les juges eurent consulté a qui les prix appartenoient:

Haute et puissante damoiselle,

Digne d'honneur, noble pucelle,

Je scay bien que vous estes celle

Commise pour reguerdonner (récompenser).

De ce que demandes nouvelle ,

Qui le prix doibt avoir de telle

Honorée et riche querelle,

Qu'on doibt de lauriers couronner ,

Messeigneurs, sans droit destourner ,

Ont sur ce voulu ordonner,

Et vraye sentance donner

Selon leur droite opinion,

Sans tomber en division. »

Alors la noble pucelle parla devant Je roy, la reine et tous les princes et princesses, seigneurs, chevaliers, dames et damoiselles, qui estoient assemblez à l'entour, attendant en grand silence ce qu'elle diroit, et à qui elle adjugeroit le prix.

« Pour ce que le roy m'a commis

A cet office, et soubmis

Les juges , lesquels ont promis

Sur ce juger en loyauté ;

De par eux je déclare et dis ,

Selon leur propos et advis

Donner du destrier le prix

A Florigny , qui a esté

Entre les estrangiers doupté (redouté),

Comme les juges ont relaté.

S'il est en ville , ou cité,

Que de par vous on le luy maine.

Du fermaillet en vérité ,

Aussi ont dit d'authorité

Que sus tous en soit hérité

Ferry, monsieur de Lorraine. »

 

Lors la damoiselle manda

Le nain, et tantost demanda

Aussi ès héraults, commanda

Qu'on fist de trouver diligence,

Florigny. ne retarda,

Car il estoit en la présence.

A la damoiselle s'avance

Le chevalier plein desçavance (savoir vivre),

Humblement lui fait révérence ;

Elle en grant honneur le baisa ;

Puis lui dit d'humble contenance :

Chevalier, par votre vaillance,

Ce prix aurez par redevance.

Très humblement la mercia.

 

Ferry monsieur fut là présent ;

Et la damoiselle plaisante

Luy dit : « Monsieur, ce présent,

De par les dames vous présente ,

D'un fermaillet d'or reluisant ;

Reconnaissance vous faisant

Isabeau, la reine présente,

Haute princesse excellente,

Madame Yolant non exempte.

Toutes de volonté plaisante

Remercions vostre valeur,

Voyez les là toutes en leur tente,

Qui de vous aymer ont couleur.

Après toutes ces choses ainsi heureusement achevées sans aucune querelle, le roy René, la reine et toute cette belle et noble assemblée s'en retournèrent à Saumur, en très magnifique ordre, sa suitte estant plus grande, que lorsqu'il vint au lieu de la jouste; car tous les Assaillans, meslez joyeusement avec les Tenans , y accompagnèrent le roy, qui les festina et traitta plusieurs jours splendidement ; que si les chevaliers avoient fait paroistrè leur valeur et leur adresse dans ce noble Pardon d'armes, les dames et damoiselles firent aussi esclater leur beauté et leur gentillesse dans le bal que la reine donna fort souvent, où les chevaliers qui n'avaient paru qu'armez durant les joustes, feurent veus habillez le plus richement qu'il leur fut possible , taschant tous à l'envy de paroistre aussi agréables devant leurs muistresses , comme ils avoient fait tout leur pouvoir de leur temoigner leur courage et leur valeur dans le combat.

Nous avons cru devoir reproduire presque on entier la curieuse analyse de Wulson de La Cotombière, extraite du Vray théâtre d'honneur et de chevalerie.

Elle remplace en partie le manuscrit original, et nous a conservé, d'après ses miniatures armoiriées, le nom de tous les chevaliers, tenants ou assaillants.

L'élite de la noblesse de France avait répondu à l'appel de René. Elle aimait à entourer de ses hommages le bon roi de Sicile, et le regardait avec raison comme son guide et son modèle.

Le manoir de Launay fut agrandi en 1452 au moyen de la terre du Palis, achetée d'Aimeri de Souvigné, écuyer, pour huit cents royaux d'or, il fut cédé ensuite à Jeanne de Laval, à qui ce don fut confirmé par testament de son mari.

La maison de Launay et celle du Palis, qui tombaient en ruine, furent restaurées en 1453 et 1459; mais les devis de ces différents travaux nous manquent. Le premier édifice offre encore quelques parties remontant à cette époque.

Louis XI en reprit la conciergerie et la capitainerie, qu'il donna, en 1481, à Jean Ousche de Hatine, en récompense de ses services. Louis XIV l'exempta, dit-on, du logement des gens de guerre en souvenir du bon roi.

Propriété privée depuis la mort de Louis XII en 1515, le manoir de Launay est classé au titre des Monuments Historiques depuis 1966.

 

Société des lettres sciences et arts du Saumurois

 

 

Après 3 années passées dans son royaume de Naples, le "Bon Roi René", duc d'Anjou, acquiert le Manoir de Launay en 1444. <==