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PHystorique- Les Portes du Temps
4 juin 2022

5 février 1446. Louis de Bueil, écuyer, seigneur de Marmande, est tué dans une joute à Tours par Jean Châlons, écuyer anglais.

Royal Armouries Museum Joutes Tours Jean Chalons et Loys De Beul

Cette joute a lieu à Tours, devant le roi Charles VII, la reine, les ambassadeurs d'Angleterre, de René duc d'Anjou, Roi de Sicile, le du duc d’Orléans, Louis, père de Charles, le prince-poète, auteur, entre autres, de Louis XII, avec le concours de Marie de Clèves, et protecteur de François Villon et une foule de princes et seigneurs, parmi lesquels Jean V, sire de Bueil, Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, et Pierre de Brézé, sire de La Varenne.

Chevalerie Initiatique joutes Rivau 2

M. L. de Lignim, président de la société archéologique de Touraine, a publié, sous le titre général qui précède, huit opuscules relatifs à sa province, et qui, tirés comme celui-ci à petit nombre, sont recherchés des curieux.

Ce neuvième morceau, qui l'emporte à nos yeux sur les autres en importance comme en étendue, ne déparera pas la collection.

Le savant antiquaire a réuni dans cet opuscule une série de notes ou relations sur les duels et tournois qui se sont passés en Touraine durant le moyen âge.

Parmi ces faits épisodiques, le plus intéressant est le combat qui eut lieu à Tours, le 5 février 1447, entre Louis de Bueil et John Chalon ou Chalons, Anglais, en présence du roi Charles VII et de toute sa cour. (la cour de France résidait au château de Montils-lez-Tours)

Le récit de cette action, dont M. L. de Lignim avait depuis longtemps connaissance, provient d'une copie meilleure que les autres, faite en Angleterre (2) par notre regrettable confrère, feu A. Salmon.

Louis de Bueil était le frère de Jean de Bueil, (amiral de France, auteur du Jouvencel, l'un des hommes les plus considérables du temps, et des familiers ou confidents les plus intimes de Charles VII).

Ce Louis de Bueil, eu 1443, avait été fait prisonnier dans un combat près de Pouancé (Anjou).

Les captifs de guerre, au quinzième siècle, constituaient une marchandise dont le tarif et le traitement étaient réglés par une jurisprudence spéciale et coutumière.

Louis appartint, soit du droit de prise, soit par vente, échange ou autrement, à un noble écuyer d'Angleterre nommé John Chalon, et parvint, avant 1447, à se racheter.

Mais le seigneur français crut avoir à se plaindre de son ancien maître.

Chevalerie Initiatique joutes Rivau

Celui-ci, pour vider le différend (3), appela sou adversaire en combat singulier par-devant le roi de France.

Ces détails, qui nous sont fournis par l'un des meilleurs historiens anglais, paraissent avoir échappé au docte éditeur.

Charles VII, à cette époque déjà mûre de sa vie, n'aimait pas ce genre de prouesse gothique, absurde et barbare. Il n'y portait point, pour le dire en passant, cette admiration enthousiaste que témoignent pour ces espèces d'institutions divers amateurs ou écrivains modernes.

Probablement il n'accorda point sans peine cette ordalie, et ce fut sans doute pour condescendre à de puissantes instances.

Le roi de France, président, les juges, les maréchaux de France, etc., prirent place dans les hourts et l'épreuve judiciaire commença. Avant le combat, les chapitres ou conditions du duel à outrance avaient été arrêtés entre les parties. Déjà cinq courses à cheval s'étaient succédé et même avaient été suivies d'effusion de sang.

Je réserve au héraut anglais (4), historiographe et témoin de cette action, le mérite et l'avantage, qui lui appartient, de la faire connaître en détails à nos lecteurs. Nous dirons seulement le résultat abrégé de la joute.

 Louis de Bueil et John Chalon, richement montés et appareillés, coururent d'abord quatre lances l'un contre l'autre, avec beaucoup de force et d'adresse.

Quant à l'avantage, il fut balancé des deux parts, sans autre dommage, pour les champions, que du bois brisé, ainsi qu'une charnière de harnais, et la main de Chalon estonnée (engourdie) par le dernier choc.

« Item. La cinquième course qu'ils coururent ensemble, ledit Chalons atteignit ledit Louis de Beuil en la main et persa la garde du gantelet et le gantelet et le blessa fort en la main et saigna fort et fut en la main destre.

Et alors envoya Poton (de Saintrailles, maréchal de France, l'un des témoins), devers le roy en lui remonstrant que ledit Louys et Chalons ne feissent plus pour le jour, car Louys avoit une pièce de son harnois rompue et qu'elle fut changée.

 Adonc respondy le roy qu'il faloit voir les chapitres (conditions du duel) et se il se povoit faire, ou non, et fist apeler le sire de Précigny, qui avoit les chappitres en garde, le quel respondit qu'ils povoient bien aler.

Et adonc ledit Chalons, comme vaillant et de plain et grand courage, estant mal content de laisser passer ainsi la journée sans parfaire les armes pourquoy il estoit venu, print en sa main une grosse lance et se mist en son devoir.

Et adonc le dit Louys en print une autre pareillement et coururent ensemble. »

Cette sixième course eut une issue funeste; car Chalon, sa lance en arrêt, rencontra Louis de Bueil à la ceinture. Il « rompit le bord de son harnois et lui bouta la lance dedans le corps, de part en part, et rompit sa lance et emporta ledit Louis le fer et du bois bien une aulne au bout de la lice et là l'erracha luy mesmes : alors le sang jaillit d'un costé et d'aultre.

Et adonc fut mené en son pavillon et là mourut environ de six à sept heures de nuit. »

Ainsi finit le jeune Louis de Bueil, gentilhomme de grande espérance.

« L'issue fatale de la joute, nous suggère (dit ici M. L. de Lignim), quelques réflexions sur le rôle par trop passif, selon nous, que remplit alors Charles VII, l'arbitre suprême de ce combat.

Celui dont la froide insensibilité avait laissé assassiner par les éternels ennemis de la France, et sans protestations aucunes, l'héroïque jeune fille, etc., aurait démenti la nature ingrate de son cœur, s'il eût manifesté dans cette circonstance des sentiments plus humains, etc. »

En un mot, M. Lambron de Lignim reproche au roi de France la fin tragique de Louis de Bueil. Nous ne saurions partager sur ce point le sentiment de l'honorable éditeur.

L'impartialité du roi, souverain juge, était d'autant plus obligatoire dans cette affaire, que l'écuyer anglais, John Chalon, avait traversé la mer sur la foi d'un prince non-seulement étranger, mais ennemi.

Les chapitres du duel constituaient d'ailleurs la loi des parties. Charles VII s'y référa, ainsi qu'au verdict du juge, garde de ces chapitres. Quelque déplorables qu'aient été les conséquences, la conduite tenue par le roi dans cette conjoncture nous paraît être la seule que pût suivre un intègre justicier (5).

M. Lambron de Lignim a joint à ce récit des notes ou développements très-étendus, et qui doublent l'intérêt comme le mérite de cette œuvre d'histoire locale. Chacun des personnages très-nombreux mentionnés dans cette relation devient, sous la plume du savant éditeur, l'objet d'une notice individuelle, puisée aux bonnes sources, et dont la nouveauté, très- souvent, égale l'exactitude. Nous y avons trouvé pour notre compte une lecture très-attrayante et profitable.

En payant à cet égard un tribut qu'il nous est agréable d'acquitter, nous nous permettrons d'ajouter ou de proposer par surcroît la légère rectification qui va suivre.

Parmi les personnages du récit anglais, ce dernier mentionne, au nombre des témoins de Louis de Bueil, « Monseigneur de Gallet, l'un des mareschaux de France, et plusieurs autres notables personnes dont ne savons pas les noms. »

— « Nous avons cherché mais en vain, ajoute dans ses notes l'éditeur, quel était ce maréchal de France, dont nos historiens nationaux ne font aucune mention. » L'éditeur présume que cette dignité lui avait été conférée, comme à Talbot, par le roi anglais. M. de Lignim cherche enfin à identifier ce maréchal avec un nommé Louis

Galet ou Gallet, employé en 1458 dans les négociations de Normandie. Toutes ces conjectures sont certainement inadmissibles.

En effet, si le maréchal en question eût été sujet anglais, il n'aurait pas siégé du côté de Louis de Bueil parmi les courtisans de Charles VII. D'autre part, Louis Gallet, sujet anglais employé en 1458 dans la Normandie et ailleurs, nous est connu comme un homme de robe, et maître des requêtes du roi d'Angleterre (6)-. Or cette condition est incompatible avec celle de maréchal d'armée.

Peut-être le nom de ce dernier Gallet est-il pour quelque chose, comme son et comme souvenir, dans la dénomination que le narrateur anglais attribuée ce maréchal de France? Nous pensons que le personnage dont le nom (mal connu du narrateur, comme il résulte du passage cité) a été estropié par lui, n'était autre que le maréchal de Jalloignes, lequel était alors eu exercice à la cour avec Poton de Saintrailles et La Fayette 7.

 

 

 

Touraine. Mélanges historiques. N° 9 : Joutes et tournois, par H. Lambron de Lignim. [compte-rendu]

Tombeau de Luis de Bueil collection Gaignières

 

Le surlendemain on célébra, dans la cathédrale de Tours, les obsèques solennelles de Louis de Bueil.

Le service funèbre fut dit par « le premier seal d'Angleterre », Adam Moleyns, doyen de l'église de Salisbury. L'assistance était formée de tous les grands seigneurs, au milieu desquels figuraient les ambassadeurs anglais (8).

Après l'office, le corps fut mis sur un chariot, accompagné de quinze torches, et conduit dans l'église collégiale de Bueil, où il est enterré (9).

L'escorte, outre sa famille et quelques dignitaires représentant le Roi, l'Église, se composait de ses compagnons d'armes, qui portaient ses armoiries, et de ses hommes d'armes, munis de flambeaux

Les derniers moments du seigneur de Marmande furent adoucis par le souvenir des triomphes du passé et par les espérances de l'avenir. En se couchant dans son cercueil, il entrevit le jour prochain où le dernier Anglais quitterait le sol de France.

L'étoile de la Patrie montait radieuse à l'horizon et, de ses rayons, formait comme une auréole à la tombe du glorieux vaincu.La tête du gisant est conservée, à Tours, en l'hôtel Goüin).

 

 

En faisant ses adieux aux chevaliers de l'Emprise du dragon, René leur donna rendez-vous à sa bonne ville de Saumur, la gentille et bien assise. Les détails de ce tournoi, extraits par La Colombière d'une relation manuscrite, dédiée à Charles VII, prouvent qu'il effaça tous les autres en magnificence.

 

 

 

 

 

1446 Tournoi de Chevalerie, l'Emprise de la Gueule du Dragon (Guerre de Cent-Ans) <==.... ....==> Tournoi de chevalerie l‘Emprise du château de Joyeuse-Garde, organisé par le Roi René en avril 1446 à Launay

==> La chirurgie d'armée dans les chroniques de Jehan Froissart - Les blessures de guerre

 


 

1 Cet opuscule se trouve aussi dans le tome courant des Mémoires de la Société archéologique de Touraine.

2. British Museum, ms. Lansdowne, n° 285.

3. « John, full of resentment, challenged him to a combat before Charles VII. » Thomas Carte, History of England, 1752, in-fol., t. II, p. 725. Voir aussi, touchant cette aventure, Mathieu de Coucy, dans Godefroy, p. 560.

4 . Il s'appelait W. Bruges, dit Garter,

5        Th. Carte {loc. sup. cit.) témoigne qu'il a emprunté son récit delà joute courue par Louis de Bueil à deux manuscrits du temps, que possédait, en 1752, M. Anstis, Garter, c'est-à-dire roi d'armes de l'ordre de la Jarretière. L'un, dit-il, orné de miniatures qui représentent les différentes scènes de la lutte, est signé de « Richard Champney Norroy (Norfolk) king at arms» (roi d'armes), et l'autre de Garter , king at arms (W. Bruges). Ce dernier était témoin du combat.

D'après une note de Salmon, reproduite par M. de Lignim (p. 27), le dernier seul des deux mss. serait du temps; l'autre, dit-il, appartient au commencement du seizième siècle. Il existe, au département des mss. de la Bibliothèque impériale, un volume in-folio (ms. fr. 194. f° 223 et s.) qui contient la copie de cette même relation. Ce ms., signé de l'académicien Ballesdens, son propriétaire, paraît avoir servi à Wlsondela Colombière. On y trouve du moins la plupart des pièces publiées par celui-ci dans son Théâtre ďhonneur et de chevalerie, 1647, in-fol. Le ms. 194 est accompagné, çà et là, de mauvaises aquarelles, véritables caricatures des originaux.

6. Voyez, sur Louis Galet, Jean Chartier, édition in-16, à la fable; Stevenson, Wars of Henri VI, 1861, in-8°, 1. 1, p. 224, 250 et 377.

7. Autre correction de détail : M. de Lignera. cite, p. 52, dans un document précieux de 1424, copié par Salmon : « Messire Jean Sfascols, grand maistre d'hostel de Monseigneur le régent. » II faut lire -Ffascols (ou mieux Ffastols?), et ce personnage n'est autre que le célèbre Fals'aff, si étrangement défiguré par Shakespeare.

(8) Le British-Museum, fonds Landdowne, n° 285, possède de ce tournoi une relation manuscrite du XV siècle. La bibliothèque de sir Thomas Philippe en renfermait une du XVIe, avec huit miniatures figurant le pas d'armes. Nos savants compatriotes A. Salmon et Lambron de Lignim en avaient fait prendre une copie à la Tour de Londres. Mémoires de ta Société archéol. de Touraine, t. X, p. 67. —Lambron de Lignim, Touraine, joutes et tournois.

(9) L'église de Bueil renfermait plusieurs tombeaux de la famille de Bueil, qui ont été détruits par la Révolution. Le musée de la Société archéologique de Touraine possède de belles têtes provenant des sarcophages et dont les moulages sont au Trocadéro ; le reste des statues demeure à l'église paroissiale. — D. Housseau, t. XXI. — Catalogue du musée de la Société archéologique de Touraine.

 

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