1576 En voyage vers la Guyenne, Henri de Navarre fuyant Paris avec son écuyer Agrippa d’Aubigné, se réfugie au château de Mursay

Parmi tant de châteaux de France qui se meurent et qui, dans quelques années, si l'on n'y prend garde, ne seront plus qu'un amas de ruines informes recouvertes par les ronces, celui de Mursay, en Poitou, par son isolement et son abandon, inspire particulièrement la pitié des amoureux de l'histoire et des vieilles pierres.

Situé à quelques kilomètres de Niort, sur le territoire de la commune d'Echiré, il se dissimule au creux d'un vallon, dans une boucle de la Sèvre.

Pour l'apercevoir, il faut être au rebord des coteaux qui l'enserrent et le dominent de très près.

Pour l'atteindre, il faut quitter la grande route, s'enfoncer profondément dans les chemins de terre et dégringoler de la crête par un sentier presque de chèvre.

Ou bien, il faut descendre du village de Sciecq, son voisin d'en face, et traverser la rivière en barque.

 

Amicie Borselle, fille unique de Pierre et de la dame de Chazelles, épousa le 15 novembre 1445 Henri Poussard, chevalier, seigneur de Meursay, fils puîné de Jacques et d’Agnès d’Archiac.

De cette union naquirent : 1° Guy Poussard, qui suit ; 2° Marguerite, mariée à Jean de Parthenay le jeune, sieur du Retail.

La dame de Lignières épousa en secondes noces Aymar Odart, chevalier. Elle rendit hommage de sa terre de Lignières à Marguerite de Rohan, comtesse d’Angoulême, le 8 décembre 1473.

Elle était décédée avant le 2 juin 1475, époque où son fils, Guy Poussard, renouvela le dit hommage.

En 1487, Guy Poussard rend hommage au Seigneur de St Maxire en désignant le Château comme "Houstel fort de Mursei, entouré de ses douves, foussés et viviers"

La terre de Mursay était passée à la famille de Vivonne, dont les Lezay formaient un des nombreux rameaux, par un contrat du 13 mars 1494 ou Guy Poussard cédait à Artus de Vivonne, Meursay et Venours en échange de la seigneurie de Fors en Poitou, et celle de Lignières en Angoumois, laquelle relevait du château de Bouteville.

 

En 1561, la terre de Mursay, depuis longtemps propriété des familles Poussard et de Vivonne, avait été apportée en dot par Renée de Vivonne à son époux Ambroise de Lezay.

 A leur mort, elle échut naturellement à leur fille unique, Suzanne, qui, de très bonne heure orpheline, vivait au château de Bouguoin (1), chez son oncle, René de Vivonne.

En 1576, Henri de Navarre, futur Henri IV, beau-frère du roi de France Henri III fuit Paris.

En route, il trouve refuge dans cette propriété des Vivonne, alliés Huguenots.  Agrippa d’Aubigné, son écuyer et compagnon d’Henri depuis 1574, fait partie de sa troupe.

 

Une nouvelle paix fut signée à Sens, au mois de mai 1576 ; elle ne fut publiée à Niort que le 11 juin.

« La paix étant conclue, écrit Marguerite de Valois dans ses mémoires, la reyne ma mère se disposant à s'en retourner, je receus lettres du roy mon mari fit était alors à Niort, par lesquelles il me faisoit paroistre qu'il avoit désir de me voir, me priant, soudain que je verrois la paix faite, de demander mon congé pour le venir trouver. J'en suppliay la reyne ma mère. Elle me rejette cela, et par toutes sortes de persuasions tasche de m'en divertir (détourner), me disant que lorsqu'après la Saint-Barthélemi je ne voulus recevoir la proposition qu'elle me fit de me séparer de nostre mariage, elle loua lors mon intention, parce qu'il s'estoit fait catholique ; mais qu'à cette heure qu'il s'estoit fait huguenot, elle ne me pourrait permettre que j'y allasse. »

Catherine de Bourbon eut moins de difficulté pour se rendre près de son frère, le roi de Navarre, qui se trouvait au château de Mursay, placé sur le bord de la Sèvre, à quelques kilomètres de Niort, dans une situation délicieuse au fond d'une vallée des plus pittoresques.

Henri passa, dans cette retraite, comme il l'a souvent répété depuis, les plus heureux jours de sa vie.

 Il chassait, pêchait et, au milieu de ces temps de troubles, il se livrait avec ses compagnons à ces gaies causeries relevées de sel gaulois, qui charmaient le Béarnais.

Les plaisirs de Mursay lui faisaient oublier de se rendre dans son gouvernement de Guyenne, lorsque des infractions commises par les catholiques, à l'édit de pacification du 14 mai, l'arrachèrent à ses doux loisirs.

Ne voulant pas s'éloigner du Poitou, il fit demander aux Rochelais de le recevoir, mais ceux-ci le supplièrent d'ajourner son voyage.

Le roi de Navarre, pour calmer leur inquiétude, adressa la lettre suivante au corps de ville :

« Je ne veux aucunement, dit-il, diminuer en rien vos anciennes franchises ; au contraire, je désire vous les conserver de tout mon pouvoir, vous ne devez point craindre que mon autorité vous porte préjudice, et si, de mon vivant, aucun le vouloit faire, je me sens assez fort pour l'en empêcher très bien, et y employerois tous mes moyens, jusques à ma propre vie. Tenez-vous assurés que je ferai en sorte que l'on connoîtra plutôt l'union qui doit être entre nous tous, et l'affection particulière que je vous ai toujours portée, qu'aucune diminution de ce qui vous peut appartenir.

« A Niort, le 16 juin.

« Votre bon ami, HENRI. »

 

d’ailleurs, l’Allée du Roy, allée de tilleuls trois fois centenaires, porte ce nom en souvenir de son séjour.

 

 Un jour de 1577, alors que Suzane se trouvait à Saint-Gelais, vint à passer devant le château un jeune cavalier.

Celui-ci, l'apercevant à l'une des fenêtres, avant même de descendre de cheval, décidait de l'épouser.

C'était un seigneur de Saintonge, Agrippa d'Aubigné. Compagnon du roi Henri de Navarre, il s'était brouillé avec lui. Aussi, pensant aller prendre du service auprès d'un prince protestant d'Allemagne, il s'en venait faire ses adieux à ses amis de Poitou.

Mais l'amour lui fit « trouver son Allemagne chez les sieurs de Saint-Gelais et de la Boulogne ».

Pourtant les choses n'allèrent pas aussi vite que l'avait désiré l'impétueux soupirant. L'oncle de la belle ne se montrait pas disposé à favoriser ses amours, car ce prétendant n'était que de petite noblesse et passait pour peu fortuné.

D'Aubigné n'insista pas. Abandonnant l'idée de passer en Allemagne, il se retira dans sa terre des Landes- Guinemer, en Blésois.

 Retraite de deux années durant lesquelles il rédigea en partie, sous l'empire de la colère suscitée par ses déceptions récentes, ses Tragiques.

Mais, homme de guerre par-dessus tout, l'inaction lui pesait.

 C'est pourquoi, en 1579, il tentait un coup de main sur Limoges et que, profitant d'une nouvelle guerre civile, le 15 mars 1580, il s'emparait par surprise de la place de Montaigu, en Bas-Poitou.

Cependant, il n'oubliait pas Suzanne de Lezay et ne renonçait pas à son projet. Il était tenace.

Il revint à Bougouin. Malgré le renom de ses exploits militaires, la famille de Vivonne continua de le dédaigner.

Pour mieux vaincre sa résistance, d'Aubigné entra de nouveau au service du roi de Navarre et « s'efforça d'intéresser ce ladre-verd (ainsi appelait-il son royal ami) à son projet en se rendant nécessaire et recommandable ».

Le roi écrivit plusieurs lettres à Suzanne de Lezay, mais le vieil oncle restait intraitable, d'autant que des rivaux contestaient l'authenticité de cette correspondance.

Ce fut alors qu'Henri de Navarre, qui se trouvait précisément en Poitou, à La Mothe Saint-Héray, pour y rencontrer la reine-mère, Catherine de Médicis, « vint, écrit d'Aubigné dans ses Mémoires, lui-même au lieu où elle (Suzanne de Lezay) demeurait pour les avouer siennes (les lettres) et pour honorer la recherche de son domestique, par faire des courses de bagues et mascarades.

 

Ce qui mit tout le Poitou en joye, à cause que par amour lui fit faire à l'envie de son maître plusieurs ballets, tournois, carousels et combats à la barrière et même le prince de Condé, le comte de la Rochefoucauld et diverses autres personnes de distinction se trouvèrent à quelques-unes de nos fêtes. »

Et les Vivonnes ne désarmaient point.

D'Aubigné n'était pas d'assez bonne race, d'assez vieille noblesse. Mais lui, acharné dans la poursuite de son bonheur, résolut d'en finir coûte que coûte.

Il dépêcha son oncle Chevalereau, seigneur de la Tiffardière et de Boisragon, à René de Vivonne, et lui fit proposer un compromis par lequel « lesdits parents de sa maîtresse s'obligeraient à consentir à son mariage et d'en signer le contrat tout aussitôt qu'il leur aurait produit de bons titres de noblesse et de l'ancienneté de sa maison, avec promesse de sa part que s'il ne pouvait satisfaire à ce que dessus, il se départirait entièrement de sa poursuite (2). »

L'oncle accepta, heureux de se débarrasser de l'importun.

Mais sans tarder, celui-ci produisit des titres sur l'authenticité desquels on peut émettre quelque doute le rattachant aux d'Aubignés d'Anjou.

 Et ainsi fut pris celui qui le croyait prendre au dépourvu.

« J'épousai enfin, écrit Agrippa dans ses Mémoires, Suzanne de Lezay, après avoir connu bien des traverses dans mon amour. »

Sa ténacité avait eu raison de la résistance dédaigneuse des Vivonne.

Ne faut-il pas chercher, ainsi que nous y invite un des historiens de Mursay, l'abbé Suire, dans la mystérieuse inscription que le railleur et caustique d'Aubigné avait fait graver à l'intérieur de son château, l'énigme de ses quartiers de noblesse retrouvés si à propos et l'explication de ses débuts difficiles : Difficile imo?

 

 

Ce contrat du 6 de juin de l'an 1583, passé devant Valée, notaire à Bourgouin.

 

 

(En marge: 111e degré. Ayeul : Théodore-Agrippa d'Aubigné, Seigneur des Landes ; Suzanne de Lezai, sa femme, dame de Surimeau. 1583.)

Contrat de mariage de Théodore-Agrippa d'Aubigné, Ecuyer Seigneur des Landes, Guinemer et du Chaillou, Ecuyer d'Ecurie du Roi de Navarre, et Gentilhomme ordinaire de sa chambre, fils de Jean d'Aubigné, Ecuyer, Seigneur de Brie (3) et de Dlle Catherine de l'Estang, avec Dlle Suzanne de Lezai, fille de noble et puissant Ambroise de Lezai, Seigneur de Surimeau et de Dlle Renée de Vivonne.

 

Sachent tous que au traité et prolocution de mariage qui au plaisir de Dieu s'accomplira des personnes ci dessus nommés ont été présent personnellement établis et soumis en droit, en la cour du scel royal établi aux contrats à Saint-Maixent et à Aubigné et Faye pour Monsieur desdits lieux

Theodore Agrippa d'Aubigné écuyer, sieur des Landes Guynemer et du Chaillou, écuyer du roi de Navarre et gentilhomme ordinaire de sa chambre, fils de défunts Jean d'Aubigné, écuyer, sieur de Brie et de damoiselle Catherine de Lestang, demeurant à la suite dudit roi de Navarre, d'une part et damoiselle Suzanne de Lezay, fille de défunt noble et puissant Ambroise de Lezay, sieur de Surimeau et de damoiselle Renée de Vivonne, demeurant au châtel de Bougoin, paroisse de Chavaigné, d'autre part

Lesquels dits d'Aubigné et de Lezay, par le nom, avis et consentement de hault et puissant Messire René de Vivonne chevalier de l'ordre du roi, sieur de Bougouin, et de Jacques de Gascougnolles écuyer sieur de la Taillée, proches parents de ladite de Lezay, et ci-devant ses curateurs, et Josias de Lezay écuyer sieur de Surimeau frère de ladite de Lezay, de nobles et puissant François de Lezay chevalier sieur de Saint-Etienne aussi son proche parent, à ce priés et de damoiselle Adrienne de Vallée veuve de feu François de Vivonne quand vivait écuyer et sieur de Mursay, aïeule d'icelle dite de Lezay, et de Bertrand Raymond écuyer sieur de La Michelière et Damoiselle Gabrielle de Vivonne sa femme tante maternelle d'icelle dite de Lezay absente

Porte leur dit consentement par leur procurations pour ce spéciale, l'une passée aux contrats à Champdenier le cinquième jour de ce présent an, signé Bertrand Raymond et de Vivonne, Guillard et Manceau notaires audit Champdenier, et l'autre reçu par Brisset et Esserteau notaires royaux à Niort d'eux signée et A de Vallée.

 En date du deuxième desdits présent mois et an, représentés par haut et puissant messire Louis de Sainct Gelais chevalier sieur dudit lieu et de Cherveux porteur desdites procurations, et pareillement par l'avis dudit sieur de Saint Gelais à ce présent.

Se sont promis et promettent prendre à femme et mari époux en face de Sainte Eglise si quand l'un par l'autre en sera requis les solennités sur ce gardées et observées, et ce avec tous et chacuns leurs droits nobiliaires et immobilières, et pour demeurer en communauté de tous biens et meubles et choses censées et réputées meubles présent et futurs quelconques dès leur bénédiction nuptiale, et d'acquêts et conquêts immeubles qu'ils auront et feront durant et constant leur dit mariage selon la coutume de ce pays de Poitou, en faveur et contemplation duquel futur mariage ledit sieur d'Aubigné a donné et donne par ces présentes à ladite de Lezay à perpétuité en cas qu'elle le survivrait sans enfants de leur dit futur mariage et nn autrement le lieu et maison noble du Chaillou paroisse de l'Hey avec toutes et chacunes ses appartenances et preclotures sans aucunes choses se réserver et tout le droit principal de fief et de chemerage de ladite terre fief et seigneurie dudit Chaillou et de ses dépendances et appartenances de la sixte partie, et une quarte partie en un autre sixte du parsus de la dite terre et seigneurie du Chaillou et ses appartenances et dépendances quelconques.

Plus pareils droits et portions que dessus au lieu et maison noble de la Petite Faye paroisse de Saint-Léger près Melle avec toutes et chacunes ses appartenances et dépendances, et tout ainsi que lesdits lieux et choses ont été acquises par ledit d'Aubigné de Antoine de Raveignes écuyer sieur de Cavardon et damoiselle Anne de Louis sa femme par contrat du dix neuvième jour de mai dernier passé reçu par Antoine Sabourin Notaire du comté de Bénon et Jean de La Vau notaire de la baronnie de Mauzé, sans aucune chose en excepter, retenir ni réserver, et comme elles sont contenues et acquises et compètent et appartiennent audit d'Aubigné par ledit contrat.

Et en cas de prédécès dudit d'Aubigné y ayant enfants du futur mariage, jouira ladite de Lezay sa vie durant et par forme d'usufruit seulement desdites choses, et outre douaire advenant aura et prendra ladite de Lezay son douaire sur les biens d'icelui selon les coutumes des lieux et pays où ils se trouveront situés et assis.

Pour tout ce que dessus faire tenir, garder et accomplir lesdites parties respectivement stipulant et acceptant, ont juré leur foi oblige et hypothéqué tous et chacuns leurs biens, meubles et immeubles présent et futurs quelconques, Dont à leur requête elles ont été jugées et condamnées par nous notaires respectivement jurés desdites Cours aux juridictions et cohections desquelles lesdites parties seront supposées et soumises et tous et chacuns leurs dits biens quand à ce,

Et pour insinuer et controler ces présentes au greffier et controleur où il appartiendra ont lesdites parties constitué leurs procureurs le porteur ou porteurs des présentes, auxquels il ont  donné pouvoir et mandement de ce faire.

Fait et passé audit château de Bougoin, paroisse dudit Chavagné le lundi sixième jour de juin mille cinq cent quatre vingt et trois avant midi, en présence, du vouloir et consentement des susnommés et soussignés, parens, amis, et alliés desdits futurs conjoints et ainsi signé en la minute :

A. D'Aubigné, de Saint-Gelais, Suzanne de Lezay, R. de Vivonne, Josias de Lezay, Françoise de Volvire, Loyse de Vivonne, François de Lezay, Gabriel Bellinier, J. de Gascougnolles, René Dentel, Anne de Vivonne, Loise de Vivonne, M. Dechasseleu, J. de La Place, Jacques Chalmot, de Vallée protecolle, Aipeau protecolle, et signé en la grosse de Vallée, Notaire et tabellion royal, ayant la minute.

 

Le jeune ménage vint s'installer à Mursay, propriété provenant de la succession de Renée de Vivonne, mère de Suzanne de Lezay.

Le château n'était alors qu'une bâtisse délabrée, en fort mauvais état.

 Les de Vivonne avaient laissé péricliter leurs biens en raison de leur luxe trop dispendieux.

« Souvien toy, écrivait d'Aubigné à son compagnon d'armes, Constant, gouverneur de Marans, dans une jolie lettre bien savoureuse, en quel estat je les eus, et comme il n'a fallu acheter ce qui venait de succession. Hors cette vanité d'oiseaux, les seigneurs de la estoient estimez et braves apointeurs de querelles, mays enfin ils se sont trovez oyseaux nyays, et leurs maisons de passage. »

Agrippa rebâtit entièrement Mursay. En homme pratique et de goûts mesurés, il fit édifier une demeure vaste et commode, confortable, celle que nous voyons aujourd'hui. Il aimait mieux avoir un petit train et des prés avec l'étable près de la maison et une basse-cour encombrée de paillers où les chiens creusent leurs chenils.

La description qu'il donne de la maison d'Enay dans les Avantures du baron de Faeneste est bien celle de sa propre maison.

Car, dit-il, « bous n'appellerez pas chasteau un dongeon de huict tours avec la platte fourme, fossez de quarante pieds et une vaste cour bien flanquée, trois ponts levedis (4). »

A Mursay, d'Aubigné mena une vie simple au milieu de ses domestiques, surveillant les travaux des champs, ne cherchant nullement à paraître, sacrifiant même l'agréable à l'utile.

Ainsi les galeries ouvertes à balcons qui terminaient de si heureuse manière les deux extrémités de sa maison servaient de greniers à blé.

Aucun faste dans la demeure. Un train de vie sans luxe. Pas d'équipage de chasse, ni de fauconniers.

Le maître de céans circule dans la campagne, vêtu d'une simple jupe de bure, sans fraise, mais avec un collet uni rabattu sur le pourpoint et un bourdon à la main.

« Prendre pour bornes la commodité et retrancher ce qui est de la vanité (5) », telle était la règle de vie suivie à Mursay.

La nécessité, du reste, contraignit le ménage à l'économie.

 Ces Vivonnes, qui s'étaient montrés si dédaigneux de la petite fortune d'Aubigné avaient gaspillé la leur en " équipages de chasse et de fauconnerie.

Par une sage et vigilante administration, malgré la charge de ses cinq enfants, Agrippa réussit tant et si bien à remettre en état les propriétés de sa femme et ses domaines qu'il put, ainsi que l'atteste un inventaire établi au moment du mariage de sa fille Marie avec le sieur Caumont d'Ade, les reconstituer dans leur intégrité.

A ces occupations agricoles, d'Aubigné joignait un considérable labeur intellectuel.

Et d'abord l'instruction et l'éducation de ses enfants, deux filles et trois fils, bientôt, hélas ! réduits à trois par suite de la mort de deux fils.

Il fit venir à Mursay des maîtres réputés, ce qui ne l'empêchait pas d'intervenir directement au milieu des leçons pour les compléter et leur donner sa note personnelle. A l'usage de ses filles, il écrivit un petit traité sur la culture des femmes : Les Femmes doctes de ce siècle, dont certainement s'inspira Mme de Maintenon pour la direction de son institut de Saint-Cyr, et un opuscule, L'Hercule chrestien, dans lequel il montrait comment de fables païennes on pouvait tirer des préceptes moraux.

 

Bon, mais ferme envers ses écoliers, il faisait appel à leur affection plus qu'à la contrainte, encore qu'il recourait, s'il en était besoin, aux châtiments corporels. C'est pourquoi il surprit, un jour, ses enfants « bien empeschez à dépeupler sa basse courts de verveines, incurieux d'aracher les ofances, mais cuidants en vain faire périr mes moyens de chastimens » (6).

 Mais ceux-ci ne devaient pas être fréquents, car M. S. Rocheblave, dans sa Vie d'un héros : Agrippa d'Aubigné, nous montre celui-ci « bon papa », narrant des histoires à ses enfants juchés sur ses genoux (7).

A Mursay encore, dans le silence du cabinet, il composa ces ouvrages qui firent de lui une des figures de premier plan dans nos Lettres de la Renaissance.

 Il y reprit et termina son poème Les Tragiques sur le chantier depuis 1577.

 Il y entreprit son Histoire universelle à laquelle il travailla vingt ans et qui fut imprimée, en 1619, dans sa petite imprimerie de Maillé, près de Maillezais.

Il y écrivit ses pamphlets : La Confession de Sancy et Le Caducée ou l'ange de paix, restés manuscrits, et surtout ses Avantures du baron de Faeneste qui nous donnent de si précieux renseignements sur les mœurs du Poitou à la fin du XVIe siècle.

Homme de village, comme il aimait à se désigner dans une lettre à Marie de Médicis, dont le jugement reste sain comme le bon air des champs, Agrippa d'Aubigné reparaissait cependant de temps à autre aux armées.

Son service auprès du roi de Navarre le tirait de sa retraite et le contraignait à de fréquentes et parfois longues absences.

Dès l'automne qui suivit son mariage, il fut chargé de demander réparation au roi Henri III d'un affront fait à la reine Marguerite.

En 1585, durant la Ligue, il prit part à la conférence de Guitres, près de Coutras.

L'année suivante, il s'empara d'Oléron, mais s'y laissa surprendre et y resta trois mois le prisonnier des catholiques.

En 1587, on le retrouve à la bataille de Coutras, puis, en octobre 1588, au siège de Beauvoir-sur- Mer où il sauva la vie du roi de Navarre.

Il guerroya encore en Anjou, en Orléanais, en Normandie et sous les murs de Paris.

En campagne l'été, chaque hiver il rentrait à Mursay, fatigué, harrassé, plus ou moins mal en point.

Son retour y était accueilli avec la joie que l'on devine. Une fois, sa troupe ayant été fortement bousculée à Angers et dispersée, une partie de son équipage revint à Mursay trois semaines avant lui.

Et Mme d'Aubigné, voyant rentrer « quinze chevaux et sept mulets de son mari, son chapeau et son épée, à ce spectacle, était tombée à la renverse ».

Soucieux de ménager la joie du retour et d'éviter à sa femme les émotions trop fortes, il prit soin désormais d'annoncer son retour par des billets précurseurs.

Entre temps, d'Aubigné fréquentait chez quelques amis dont le commerce lui était particulièrement agréable : Constant, gouverneur de Marans en Bas- Poitou, Odet de la Noue, Scévole de Sainte-Marthe et surtout Nicolas Rapin.

 Avec ce magistrat, ancien prévot de la connétablie de France, l'un des principaux auteurs de la Satire Ménippée, il entretenait les meilleures relations d'amitié.

 Ils se recevaient, l'un dans sa belle et confortable demeure de Terre-Neuve, près de Fontenay, l'autre à Mursay et aussi en son château du Donion, près de Maillezais.

Ensemble, ils s'essayaient dans un genre de poésie imitée des formes métriques des anciens et que Jodelle et Baïf venaient de remettre en honneur.

Ces rencontres étaient l'occasion pour d'Aubigné de saluer Rapin d'un hexamètre improvisé attendant que son ami achevât le distique, de consigner l'impression d'une promenade dans une épigramme latine.

« La perte d'une partie d'échecs se payait d'un recueil de contes, et parfois, autour d'une table, en compagnie de nombreux convives, la fête de l'esprit se doublait d'un régal plus substantiel (8). »

Heureux temps pour d'Aubigné que ces douze années passées entre sa femme, « sa fidèle, très aimée, et très chère moitié, laquelle, écrivait-il après sa mort, comme génie de mon âme, me tenait fidèle compagnie... m'exhortait au bien, me retiroit du mal, arrestoit mes violences, consoloit mes afflictions, tenoit la bride à mes pensées desréglées, et donnoit l'esperon aux désirs de m'employer à la cause de la vérité » (9), et ses cinq enfants, ses trois fils et ses deux filles !

Mursay était un foyer sanctifié et embelli par les plus pures vertus familiales.

Ardente dans ses convictions huguenotes, autant que son mari, mais avec plus de pondération et de douceur, Suzanne de Lezay en était le bon génie, la vestale vigilante en même temps que l'épouse la plus dévouée et la plus tendre et la plus attentive des mères.

« Nous allions à ta maison (Seigneur) et de la nostre, voire de la chambre et du lict faisions un temple à ton honneur. »

 

 

Brevet d'une pension de 400 écus donnée par le Roi au Sr d'Aubigné, commandant pour son service à Maillezais.

Ce brevet du 17 janvier de l'an 1592 signé: HENRI et contresigné REVOL.

 

 

 

En 1595, ce bonheur fut brusquement brisé par la mort. Suzanne de Lezay fut ravie à l'affection de son mari et de ses enfants dans des circonstances que nous ignorons complètement.

Le coup fut terrible pour d'Aubigné au point qu'il tomba malade.

 « Je portait alors, écrit-il dans ses Mémoires, le deuil de ma femme, dont je n'ai guère passé de nuit, pendant trois ans, sans la pleurer. »

Ce deuil le brisa, le laissa tout désemparé, « scié par la moitié de soi-mesme ». « Depuis je marche exanimé, confesse-t-il, comme un phantosme ou un spectre parmi les vivans. »

Vingt-cinq années encore, Agrippa d'Aubigné vivra, à Mursay, la même vie sérieuse, consacrée à l'éducation de ses enfants, à ses travaux littéraires, à ses amis, coupée par des expéditions militaires, par des voyages à Paris, par des séjours à Maillezais dont il est gouverneur, dévorée aussi par des soucis matériels, impérieux comme au début de son mariage.

 

La succession de son beau- frère Josias de Lezay, mort criblé de dettes à quelques semaines de sa sœur, fit saisir par les créanciers Mursay avec ses dépendances et appartenances.

 

1595 - octobre

Procuration de Pierre Prévost pour l'héritage de Suzanne et de Josias de Lezay, sous bénéfice d'inventaire.

Vente de Surimeau et de Mursay. Signature de Michel Girault procureur et Gabriel Dartois avocat.

Retrait lignager (10) en 1597, voir Merle, p. 22 .

 

Le château des d'Aubignés- Mursay, en Poitou

Le château se compose d'un bâtiment rectangulaire de 30 mètres de façade.

Quatre tourelles avec toits en poivrière en arrêtent les angles.

Aux deux extrémités, ces tourelles sont jointes ensemble à la hauteur des toitures par une sorte d'auvent abritant un balcon.

Celui d'est, à balustres de pierre, est supporté par deux colonnes doriques.

Celui d'ouest est double et, à chaque étage, des balustrades en fer forgé relient les deux tours d'angle.

La façade principale est au nord ; au midi, Mursay surplombe une prairie bientôt limitée par la Sèvre.

Edifié sur une terrasse massive, étroitement ceinturée par un ouvrage fortifié, dont quatre grosses tours démantelées et rongées par le lierre sont les derniers vestiges, le château de Mursay ne fait pas mentir sa brève devise :

Difficile imo, gravée sur le mur intérieur dominant le premier palier de l'escalier d'honneur.

Ses assises, en effet, reposeraient sur des pilotis enfoncés dans un terrain marécageux, tout imprégné d'eau, donc peu consistant. Chaque hiver, elles baignent dans une nappe d'infiltration de la Sèvre. Une telle construction était entreprise bien risquée, à tout le moins très hasardeuse.

Certainement, le début de Mursay dut être difficile, mais les ouvriers du pays, qui effectuèrent ce travail, s'en tirèrent à leur honneur.

 Si le château est aujourd'hui fort délabré et menace ruine à l'intérieur le gros œuvre, depuis la fin du XVIe siècle, époque à laquelle se situe sa construction, n'a pas flanché.

La terrasse, qui sert de substruction au château lui- même, est entourée de trois côtés par de larges douves. Sa quatrième face regarde vers la rivière. En sorte que Mursay se trouve sur un îlot.

L'intérieur est séparé en deux parties à peu près égales par un large escalier de pierre occupant tout le pavillon central, desservant les deux étages et montant jusqu'aux combles qu'abrite une charpente tout à fait remarquable.

La partie de droite comprenait les appartements de Madame et celle de gauche ceux de Monsieur.

De ceux-ci le décor est sévère, d'époque Louis XIII, avec, au premier, une belle cheminée de pierre sculptée. Les appartements de droite sont plus vastes et mieux éclairés.

Cinq de ses portes sont surmontées de trumeaux ornés de peintures du XVIIIe siècle, représentant des scènes champêtres. Plusieurs sont d'un fort beau travail de menuiserie.

Dans la tour sud-ouest est un petit oratoire dont les murs sont lambrissés et dont le plafond porte des traces peintes à demi effacées d'armoiries, celles d'anciens propriétaires de Mursay, des Le Vallois-Lauzerais (de Serac ; de Beauregard ; de Villers), branche de Bretagne, et qui sont « d'azur ou de gueule, au chevron d'argent accompagné de trois croissants du même ».

En définitive, assez modeste gentilhommière campagnarde, le château de Mursay ne connut rien de ces belles demeures de la fin du XVIe siècle, riches en décorations artistiques, comme on en trouve tant sur les bords de la Loire et même en Poitou.

 

 

Les terres et l'habitation furent adjugées, le 5 juillet 1596, pour 4.170 écus à un Nicolas Alleaume.

 Il faudra donc pour Agrippa renoncer à ses espérances de vie calme, quitter Mursay, abandonner le petit cimetière familial où reposait Suzanne de Lezay. Mais non, il ne peut s'y résoudre. Par quels moyens, on ne sait, il réussit à racheter son bien de famille et à rentrer en sa possession.

Désormais l'avenir est assuré. Il vieillira tranquillement au pied du coteau de Sciecq, entouré de ses enfants.

En 1610, d'Aubigné mariait sa fille préférée, la cadette, Louise, à Benjamin de Valois, seigneur de Villette.

En dot, il lui donna Mursay, mais il continua d'y vivre, partageant son temps entre la demeure de son gendre et son château de Dognon, près de Maillezais.

 

 

5 Mars 1615 Hommage de la maison noble de Surimeau, mouvante du Roi, à cause de son château de Niort, fait le 5 de Mars de l'an 1615 par M. Th. Agr. d'Auhigné, Chevalier, Seigneur des Landes, de Guinemer, d Andremont et de Mursai, Ecuyer de la petite Ecurie du Roi et Gouverneur pour S. Majesté des Isles et du château de Maillezais.

Cet acte passé devant Mathieu, notaire à Maillezais.

 

 

 Offre fait le 26 juillet de l'an 1619 par M. Th. Agr. d'Aubigné, vice-amiral en Guyenne et Gouverneur de Maillezais (et) de faire l'hommage qu'il devait au Roi à cause de la Seigneurie de Surimeau.

Cet acte signé le Noir, commis au greffe des finances de Poitou.

 

 Délai accordé par la cour de la Sénéchaussée de Poitou à M. Th. Agr. d'Aubigné, Chevalier de l'ordre du Roi, son Conseiller en ses. Conseils d'état et privé et lieutenant général pour sa Majesté au gouvernement de Maillezais, pour donner le dénombrement de la terre de Surimeau.

Cet acte du 18 de Septembre de l'an 1619, signé Labé.

 

Cinquième branche des Seigneurs de Brie et Barons de Surimeau et de Mursai, puisnez de la maisons d'Aubigny (l1).

 La maison d'Aubigni ou d'Aubigné Briand est originaire d'Anjou. Elle est sortie de celle de Doué par un cadet de cette maison, qui eut en partage la terre d'Aubigné à la charge d'en porter le nom.

 

En 1619, il céda au duc de Rohan ses forteresses de Maillezais et de Doignon

 ==> 1619 Démission du Gouvernement de Maillezais, donnée par TH. Agrippa D’Aubigné en faveur de Henry de ROHAN

 

Mais plus tard, prenant parti pour son ami, le duc de Rohan dans son soulèvement contre Luynes, favori de Louis XIII, Agrippa fut traité en factieux et dut quitter précipitamment le Poitou.

Il se réfugia à Genève où il mourut le 9 mai 1630.

Si, comme M. Plattard nous y invite, nous devions mettre une épigraphe à ce chapitre de la vie d'Aubigné, nous pourrions l'emprunter, aux règles de conduite qu'il donna à un jeune homme dans ses Tragiques :

Sois continent, mon fils, et circoncis, pour l'estre,

Tout superju de toy, sois de tes vouloirs maistre,

Serre-les à l'estroict, reigle au bien tes plaisirs...

Que ta demeure soit plus tot saine que belle, «

Qu'elle ait renom par toy, et non toy par elle...

Prends pour ta pauvreté seulement cette peine,

Qu'elle ne soit pas salle, et l'espargne vilaine...

Mesprise un titre vain, les honneurs superflus.

Retire-toy dans toy ; parois moins, et sois plus.

 

Dans ces vers, nous trouvons tout le portrait moral d'Agrippa d'Aubigné, châtelain de Mursay.

 

 

 

Il fut inhumé dans le cloitre de la cathédrale Saint-Pierre de Genève.

INSCRIPTION DU TOMBEAU DE D'AUBIGNÉ

D. O. M.

TESTOR LIBERI

QUAM VOBIS APTUS SUM

SOLO FAVENTE NUMINE

ADVERSIS VENTIS

BONIS ARTIBUS

IRREQUIETUS QUIETEM

EAM COLERE SI DEUM COLITIS

SI PATRI SATIS CONTINGAT

SI SECUS SECUS ACCIDAT

HÆC PATER ITERUM PATER

PER QUEM NON A QUO VOBIS

VIVERE ET BENE DATUM

STUDIOR. HÆREDIB' MONUMENTO

DEGENERIBUS OPPROBRAMENTO

 SCRIPSIT

P

THEODORUS AGRIPPA ALBINEUS

OCTOGENARIUS OBIIT ANNO

CIC 10 G XXX APRIL. D. XXIX.

Lorsque le cloître de St-Pierre, au siècle dernier, cessa d'être MM. Lud. Lalanne et Th. Heyer ont donné cette inscription (ouvrages déjà cités).

M. Lud. Lalanne nous parait avoir à tort corrigé aptus en nactus. Aptus est la forme abrégée de adeptus (ayant acquis) comme apiscor est une forme contractée de adipiscor.

Nous ne nous expliquons pas bien les mots : sipatris satis, évidemment dans le sens de si patri satis. La duplication d'une lettre (patris satis) est fréquente dans les inscriptions.

Per quem, non à quo. D'Aubigné veut dire que ses enfants lui doivent moins la vie physique que la vie morale. Au reste la latinité de cette épitaphe est aussi obscure que bizarre.

Studior. hæredib, lisez studiorum hæredibus.

 

Au nom de Dieu très-bon, très-grand. Voici, mes enfants, le souhait que je fais pour vous. Ce repos que dans une vie agitée et malgré les vents contraires, je vous ai acquis par la seule protection de Dieu et par des moyens légitimes, si vous servez Dieu, si vous imitez votre père, je souhaite que vous en jouissiez. Si non, que le contraire arrive. Voilà ce que votre père, deux fois père, par qui, et non de qui, il vous a été donné de vivre et de bien vivre a écrit à l'honneur de ses héritiers s'ils l'imitent, à leur honte s'ils dégénèrent.

Théodore Agrippa d'Aubigné, octogénaire, mort le 29° jour d'avril, 1630.

employé aux inhumations, cette épitaphe, ou plutôt cette recommandation un peu comminatoire du père à ses enfants, gravée en lettres d'or sur une plaque de marbre noir, fut transportée dans le temple, où elle se voit encore à droite, en entrant par le péristyle.

 

 

 

 

 

Curieuses découvertes archéologiques au château de Mursay

Trois tombes ou fragments de tombes, ayant appartenu à des personnes marquantes de la noblesse protestante du Poitou, au XVII e et XVIIIe siècles, viennent d’être découvertes, encastrées dans les murs de clôture du château de Mursay. Commune d’Echiré, par MM. Arthur Bouneault et Henri Gelin, les archéologues bien connus.

Ces pierres tombales, avec l’autorisation du propriétaire actuel du château, M. Commailles, ont été recueillies et déposées au musée lapidaire de Niort.

Sur la première on lit l’inscription suivante :

Cy gist le corps de Louise d’Au-

bignê, dame de Mursay, femme de

Benjamin de Valois, morte au

Seigneur le 24 janvier 1663. âgée

de 79ans.

 Louise-Artémise d’Aubigné, née, sans doute, à Mursay, fut à la fois fille d’Aggrippa d’Aubigné (le fidèle serviteur et compagnon d’Henri IV), la tante de Madame de Maintenon et la grand'mère de Madame de  Caylus.

 Sur la deuxième pierre il n’y a que:

...ie de Villette.... Vallois,

morte au Seigneur dans....

Le surplus a été détruit par le marteau stupide du maçon.

Enfin, sur la troisième pierre — tombe d’enfant — on lit encore :

Marie-Bérénice de V…..

 Et c'est tout. Néanmoins, on croit être certain que c’était là la tombe de Marie-Bérénice de Valois, fille de Philippe de Valois, marquis de Vilette de Mursay et de Marie-Anne-Hippolyte de Châteauneuf, née à Mursay et baptisée au temple protestant de Niort, le 15 juin 1764.

Sur le côté de cette tombe on lit le sixain suivant, attribué par M. Gelin au marquis de Villette lui-même :

Il semble que le ciel avait fait Bérénice

Pour donner à la terre un nouvel ornement,

Et que du sort jaloux, un injuste caprice,

Au lieu de son berceau l’ait mise au monument.

Mais sa vie et sa mort ne sont pas fort étranges.

Car……

 Le surplus manque.

 

 

 

 

Actuellement, Mursay crie misère. Il n'est plus habité et n'est pas habitable.

 Il réclame des réparations que le temps rend de plus en plus urgentes, particulièrement la réfection totale de sa toiture. A l'intérieur, il pleut comme dehors.

 Les portes et les fenêtres ne ferment plus ou ferment mal. Beaucoup sont dépourvues de vitres. Quelques-unes ont leurs charnières arrachées. Les planchers, détériorés et pourris par de nombreuses gouttières, fléchissent au point qu'il est dangereux d'entrer dans certaines pièces.

Les rigueurs de notre époque ne permettent plus à son propriétaire d'effectuer les réparations indispensables. L'Etat, d'autre part, n'est pas plus riche que les particuliers.

Aussi l'on prétexte le peu d'intérêt de Mursay pour l'abandonner à son malheureux sort. Il est, certes, même en Poitou, des demeures anciennes d'un intérêt artistique plus évident.

Mais, même à demi ruiné, peut-on oublier que Mursay est hanté par le souvenir de quelques-uns de ses hôtes d'autrefois, qui furent des personnages illustres, tels Agrippa d'Aubigné et sa petite-fille Mme de Maintenon (12).

En souvenir d'eux, il ne mérite pas de mourir.

 

 

 

 

 

 

Étude historique et littéraire sur Agrippa d'Aubigné / par Eugène Réaume

Histoire de la ville de Niort depuis son origine jusqu'en 1789 . par L. Favre,...

 

 

Essai d’un voyage Historique de SCIECQ au bord de la Sèvre Niortaise <==.... ....==> Journées du patrimoine - Visites du Château de Mursay - L'enfance et la jeunesse de Françoise d'Aubigné

 Agrippa d’Aubigné de Pons (Poitou-Charentes)<==

 

 

 


 

(1) A Chavagné, près de Niort.

(2) Mémoires, édit. Reaume.

(3)    Dans le contrat de mariage de Jean d'Aubigné relié à la suite du manuscrit des Mémoires et réputé faux par M. H. Burdier, Jean d'Aubigné est désigné également Sieur de Brie.

 Le dit acte portait encore : « en Xaintonge, Chancelier du Roi de Navarre » et Catherine de Lestang était qualifiée : « Dame de la lande Guinemer, fille de défunt et noble homme Jehan de Les tang, Escuier, Sieur de Rulle (?) en Angoumois et de Damoiselle Suzanne de la Borde, demeurant à la maison noble de La Lande Goinemer, paroisse de Mer, etc.

(4) Edition de 1640, sans nom d'auteur, au Dézert.

(5) Lettre à Constant, gouverneur de Marans.

(6) Lettre à la sœur d'Henri IV.

(7) Vie d'un héros, Agrippa d’Aubigné. (Hachette, 1912.)

 

 (8) Jean PLATTARD, professeur à l'Université de Poitiers :

Une figure de premier plan dans nos lettres de la Renaissance,

Agrippa d'Aubigné. (Boivin, 1931.)

(9) « Méditation c, dans les Petites Œuvres meslées.

(10)  Retrait lignager : droit coutumier permettant aux membres d'un lignage de retirer un bien héritable qui a fait l'objet d'une vente à un membre d'un autre lignage, en remboursant à l'acquéreur le prix d'achat. Ce droit doit s'exercer dans l'année qui suit la vente.

(11). Cette pièce semble une de ces généalogies fabriquées pour complaire à Mme de Maintenon.

(12) Cf. abbé Alph. STJIRE : Le château de Mursay. (Imprimerie Saint-Denis, Niort, 1930.)