Histoire de Soubise, ville sous le vent des îles de Charente-Maritime

Soubise est une petite ville, assez ancienne, située sur une éminence, au sud de la Charente et sur la rive droite du fleuve, à 15 kilomètres de Marennes ; elle a donné son nom, avec le titre de principauté, à une branche de l’illustre Maison de Rohan ; précédemment, elle avait appartenu, pendant longtemps, aux seigneurs de Parthenay, de la Maison royale de Lusignan.

Soubise avait autrefois un château défensif, qui fut pris et repris, pendant les guerres du XIVe siècle, avec l’Angleterre, et que l’on rasa à l’époque de celles de religion.

Avant de commencer l'étude des faits historiques qui se sont déroulés devant le château de Soubise, nous dirons un mot des temps préhistoriques caractérises par les pierres mégalithes de la Sauzaie qu'on voit encore dans les bois de la commune de Soubise. Bien plus anciennes que les pierres druidiques dont elles portèrent le nom, elles sont une preuve que tes coteaux de Soubise furent habités des milliers d'années avant les Gaulois par des tribus dont on ne connaît ni l'origine, ni le nom, ni la fin.

Laissons le temps passer sur ces races primitives et n'essayons pas de soulever le voile qui recouvre leurs luttes de toutes sortes et arrivons au VIIe siècle avant notre ère.

Cette date est celle de la grande invasion des Kymris qui, comme les Gaïls, venaient de la Haute-Asie. A ce moment les contrées du sud-ouest étaient habitées par une tribu qui portait le nom de Santons, dont le territoire était compris entre la Sèvre, l'Océan, la Garonne et une ligne indéterminée formant la limite entre les Pictons et les Escolismens.

Attaqués par les Kymris envahisseurs, les Santons se défendirent, il y eut certainement des luttes inconnues, mais la pacification se fit, et vers le VIe siècle avant J.-C. il s'opéra une fusion entre les vainqueurs et les vaincus. (1)

Le pays ne changea point de nom et pendant les siècles qui suivirent, il n'y eut rien d'intéressant à noter.

En l'an 50 avant J.-C. eut lieu la conquête romaine. Les Santons entrent dans le grand mouvement de la Gaule contre les envahisseurs, 12,000 Santons vont se joindre aux troupes qui se réunissent sous le commandement de Vercingétorix.

La victoire ne couronna pas les efforts des troupes gauloises et, après la défaite d'Alésia et la soumission de Vercingetorix; nos pays passèrent sous la domination romaine.

Le pays des Santons et par suite Soubise firent partie de la Nouvelle Aquitaine et la capitale Mediolanum devint une ville florissante. A partir de ce moment, les Romains s'établirent dans nos contrées, surtout sur les bords de l'Océan. Les communes de Soubise et de Saint-Naxaire ont été habitées par des Romains.

La preuve n'est-elle pas dans la villa romaine découverte en 1888 à Mourière, village de la commune de Saint-Nazaire et dans les monnaies romaines découvertes par M. Delâge de Luget dans sa propriété de La Rouillasse en Soubise. Ces monnaies, au nombre de plus de 3,000, représentent tes effigies des empereurs romains et portent la date du 1e au IVe siècle.

L'occupation romaine dura quatre siècles et apporta un changement considérable dans les mœurs, les usages et tes coutumes de nos populations qui auraient pu profiter de tous ces bienfaits si de nouveaux orages ne s'étaient levés à l'horizon.

L'invasion des barbares donna de nouveaux maitres à nos pays. Les Romains furent remplaces par les Wisigoths, plus tard par les Francs.

 

 

L'Epoque féodale

L'époque féodale fut encore une autre source de misère pour nos contrées, ainsi que l'apparition des Normands.

Ces pirates du nord avaient fait leurs premières incursions sur nos côtes dès le règne de Charlemagne, mais ce n'est que sous ses successeurs qu'ils se montrèrent hardiment, qu'ils osèrent débarquer sur nos terres, pénétrer à l’intérieur du pays, piller, voler, incendier tous les villages et les villes qu'ils rencontraient.

Les rois, impuissants à protéger le peuple contre ces bandits, durent en confier la défense à des seigneurs et leur permettre d’élever partout de solides constructions, des châteaux-forts derrière les murs desquels ils pourraient combattre, résister plus facilement et à l'ombre desquels aussi le pauvre peuple pourrait trouver un refuge, une protection.

La France se couvrit alors de ces châteaux, principalement sur nos côtes.

Cette grande profusion de châteaux et de seigneurs fut cause de bien des luttes, non-seulement contre les ennemis, mais encore entre les Seigneurs eux-mêmes.

Ce fut sans doute à cette époque que le château de Soubise fut élevé. A ce moment, la terre de Soubise dépendait de la puissante maison de Châtelaillon.

 

 LA DOMINATION ANGLAISE

La fondation du château de Soubise dépendant de la seigneurie Châtelaillon dut avoir lieu vers le milieu du IXe siècle, c’est-à-dire dire au moment où les Normands faisaient leurs expéditions dans nos contrées pour les piller.

Toutefois ce n'est qu'en 1092, le 3 des nones de juin, qu'il est question pour la première fois du château de Soubise dans l'histoire; et encore cette forteresse ne nous apparait-elle qu'à la lueur d'un incendie.

 Au dire des chroniqueurs, l'incendie fut terrible, il détruisit le château et un grand nombre de gens y périrent (2).

Le possesseur du château à ce moment, Eble de Châtetaillon, était alors en lutte avec le cardinal Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme.

Pendant tout le temps que dura la féodalité, ce château supporta les assauts des armées féodales et offrit souvent un abri au peuple qui vivait dans son voisinage. Malheureusement, rien ne nous est parvenu de ces temps lointains.

L'histoire de ce château n'a pas une suite régulière dans l'histoire générale de la contrée ce n'est que par intervalle qu'il apparait, aux périodes marquantes de notre histoire nationale. Malgré cela, c'est une histoire qu'il faut connaitre et dont l'étude nous offrira une belle leçon de patriotisme en nous faisant voir les habitants d'une modeste bourgade luttant avec un grand courage pour défendre leur sol contre l'envahisseur.

Nous ne les admirerons pas moins dans la ténacité avec laquelle ils luttèrent pendant les guerres religieuses du XVIe siècle et dont Soubise fut souvent le théâtre.

Après la féodalité, le château suivit les destinées de l'Aquitaine, et en 1137 nous le trouvons sous l'autorité du duc Wilhelm (Guillaume X, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, neuvième du nom, descendant de l'illustre maison de Poitiers.

Cette même année, le duc Wilhelm mourut dans un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en Galicie et laissait ses états à ses deux filles, Aliénor et Pétronille d'Aquitaine.

Par son mariage avec Louis VII, Aliénor, qui avait hérite de l'Aquitaine, fit passer nos pays sous la domination française.

Louis VII et Aliénor ayant rompu leur union en 1152, cette dernière, reprit ses domaines et épousa quelques semaines après Henri Plantagenet, duc de Normandie, qui devint roi d'Angleterre nos populations passèrent sous le joug anglais.

Pendant le règne du roi anglais il n'y eut rien à signaler pour Soubise. Son fils et successeur Richard Coeur de Lion, ne pouvant administrer le vaste héritage des Plantagenet, confia l'administration de l'Aquitaine à son neveu Othon de Brunswich.

L'administration du duc Othon fut pour les Aquitains une ère de prospérité, la paix et le repos firent place aux commotions et aux orages. Il signala son passage dans nos pays en octroyant et en confirmant aux églises et aux monastères des chartes portant concession de terres et de privilèges.

Le 17 mars 1189, le duc était à Soubise, et ce jour il fit de grandes libéralités au monastère de Sainte-Marie de Sablonceau, situé à la naissance du canal de la Seudre.

En 1198 le duc, appelé au trône impérial par le pape Innocent III et le parti des Guelfes d'Italie, régna sous le nom d'Othon IV.

 Toujours préoccupé du bonheur des gens qu'il gouvernait, avant de partir, le duc Othon voulut faire cesser certaines coutumes vexatoires qui existaient en Saintonge, et sans nul doute à Soubise. Ainsi aucune veuve ne pouvait se remarier, aucune fille ne pouvait faire choix d'un époux sans le consentement du seigneur du lieu qui avait le bail et la garde des veuves et des orphelins et pouvait en mainte occasion, s'emparer des biens de ses vassaux sans autre titre que son bon plaisir, etc.

Ce fut par son diplôme en date du 29 décembre 1198 qu'il abolit à perpétuité tous ces usages, faisant défense expresse à qui que ce soit de jamais les rétablir.

Dans les années qui suivirent, l'Aquitaine fut gouvernée par les représentants du roi d'Angleterre. Nos populations eurent souvent à souffrir du despotisme et de la rapacité des officiers anglo-saxons. La lutte entre les rois de France et d'Angleterre qui durait depuis le divorce de Louis VII et d'Aliénor et qui s'était prolongée sous leurs successeurs, eut lieu dans le nord de la France; c'est pourquoi pendant un espace de cent cinquante-sept ans il ne se passe rien de remarquable dans notre contrée et que le nom de Soubise ne se trouve nulle part.

 

 

 

 

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains<==.... ....==>

 

 


 

 

 

1 Henri Martin. Histoire de France, 1.1, page 15.

2 Massiou. Histoire de la Saintonge et de et de l’Aunis t.1, page 452.