Un compagnon de Jeanne d'Arc à Parthenay ; Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne

Arthur de Bretagne, dit comte de Richemont, grand fief du comte d'York, naquit au château de Succinio, commune de Sarzeau, le 25 août 1303. Il était fils du duc Jean IV et de Jeanne de Navarre, le frère cadet de Jean V, et l'aîné de deux frères, Gilles qui allait mourir jeune, et Richard qui fut père du duc François II.  Il avait trois soeurs, Marie, Blanche et Marguerite.

Arthur était dans sa septième année, lorsque mourut son père (2 novembre 1399).

Le 22 mars 1401, Jean V, bien qu'il n'eût que douze ans, fut couronné à Rennes ; le lendemain, le connétable de Clisson l'arma chevalier devant le grand autel de la cathédrale ; et aussitôt le jeune duc faisant acte de chevalier, arma ses deux frères Arthur et Gilles.

L'année suivante, Jeanne de Navarre accordait sa main au roi d'Angleterre Henri IV (18 mars 1402); et elle se préparait à quitter la Bretagne (13 janvier 1403). Elle choisit pour régent du duché et pour tuteur des enfants qu'elle abandonnait Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de sa mère. Le duc vint en Bretagne (septembre 1401), accepta la régence et la garde des enfants ; et, malgré l'opposition des seigneurs bretons qu'un ordre du roi fit cesser, emmena à Paris le duc Jean et ses frères Arthur et Gilles ; ces derniers attachés, semble-t-il, sur leurs chevaux que des écuyers tenaient par la bride.

Jean V allait rester à la cour de France auprès de sa jeune fiancée Jeanne, fille de Charles VI ; ses deux frères suivirent le duc de Bourgogne en Flandre. Quinze mois plus tard, en août 1404, le duc Philippe mourait ; et Arthur, bien qu'âgé de dix ans seulement, chevauchait auprès de ses cousins de Bourgogne, suivant le cercueil de son grand-oncle de Bruxelles à Dijon.

Après la mort du duc de Bourgogne, Arthur et Gilles vinrent à la cour de France où ils furent remis aux mains de leur grand-oncle maternel Jean, duc de Berry.

Celui-ci était chargé de l'éducation du dauphin Louis, duc de Guyenne; et il élevait dans sa maison Charles de Bourbon, comte de Clermont, et Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac. Le duc eut pour ses neveux bretons des soins paternels, et mit tout en oeuvre pour les éloigner à jamais de la cause anglaise et en même temps les préserver de l'influence bourguignonne.

A la cour de Bourgogne, Arthur : était lié d'amitié avec le fils de Jean sans Peur, Philippe, dit alors comte de Charolais, qui sera le duc Philippe le Bon, son cadet seulement de trois ans, et avec sa soeur Marguerite.

Philippe deviendra duc de Bourgogne après la mort de son père (1419) ; Marguerite épousera le dauphin et devenue veuve (1415) elle donnera sa main (1423) a Richemont, bientôt connétable.

A la cour de France, le dauphin a fait amitié avec Arthur et Gilles; et celui-ci, après le départ de son frère, sera, jusqu'à sa mort prématurée, le compagnon le plus cher et le conseil le plus écouté du dauphin (juillet 1412).

Le comte de Clermont, qui sera duc de Bourbon (1434) deviendra beau-frère de Richemont; le comte de Pardiac, plus tard comte de la Marche, restera son plus fidèle ami.

Jean V devenu majeur avait fait hommage au roi et avait été ramené en Bretagne par le duc Philippe, dès le mois de février 1404. Arthur ne tarda pas à revenir près de son frère.

Nous le trouvons en Bretagne en 1406. II n'est plus l'enfant dont le cheval doit être tenu en main. il a treize ans, il a profité des leçon de Péronit, cet écuyer de Navarre dont, après de longues années, le rude connétable ne parlera qu'avec une sorte d'attendrissement.

Des historiens veulent que, cette année même, Richemont ait « fait ses premières armes » à Saint-Brieuc en châtiant des émeutiers. On ne comprend guère un enfant de treize ans méritant déjà le surnom de justicier : nous aimons mieux voir le futur connétable gagner ses éperons dans une autre occasion.

L'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407) a divisé la famille de France.

 En 1410, le duc de Berry prend les armes contre son neveu Jean sans Peur. Son but avoué c'est de venger la mort de son neveu d'Orléans ; mais le duc, dernier survivant des frères de Charles V, croit avoir autant que son neveu de Bourgogne des titres au gouvernement ; et ne prétend-il pas soustraire le roi à l'influence tyrannique de Jean sans Peur ?... Le roi et le dauphin, auquel Gilles de Bretagne reste fidèle, font cause commune avec les Bourguignons. Richemont attaché au duc de Berry est Armagnac.

Tiraillé en sens contraire par ses frères, le duc de Bretagne voudrait rester neutre. Toutefois, sans se déclarer, il permet à Richemont de recruter en Bretagne.

Richemont part de Vannes emmenant « au moins 6000 hommes. »  Puisse-t-il dans la mêlée ne pas rencontrer devant lui son jeune frère !... Mais l'arrivée de ce renfort hâte la conclusion d'une paix... qui ne sera pas de longue durée.

L'année suivante, la guerre recommence. Le duc de Bourgogne tient Paris avec une armée de 60000 hommes. Les Armagnacs prétendent bloquer la ville. Richemont s'empare de Saint-Denis, le 11 octobre.

Voilà le vrai début du futur connétable.

Au même temps, le pont de Saint-Cloud est surpris. Mais, dans la nuit du 8 au 9 novembre, Jean sans Peur à la tête de 20000 hommes surprend à son tour les Armagnacs à Saint-Cloud ; il en massacre un grand nombre, et leur armée se disperse.

Richemont revient enrôler en Bretagne. il assemble « une belle compagnie » de 1600 chevaliers et écuyers bretons parmi lesquels des seigneurs déjà connus dans la guerre, comme le vicomte de la Bellière et Armel de Châteaugiron.

Est-ce sa qualité de frère du duc qui vaut à Richemont l'honneur de les commander? Non : Ils ont confiance en lui, et c'est par affection qu'ils s'enrôlent volontairement sous ses ordres.

Au printemps suivant (1412) Richemont part de Vannes. Il marche vers le Berry pour faire lever le siège que le roi et Jean sans Peur ont mis devant Bourges. Mais en route son beau-frère d'Alençon le détourne vers la Normandie.

Le duc de Berry (il va s'en repentir I) n'a-t-il pas sollicité le secours du roi d'Angleterre ! Trop heureux d'être introduit en France par les Français, Henri IV lui a promis 8000 hommes aux ordres de son frère le duc de Clarence. Il faut aller les recevoir au débarquement.

En les attendant, d'Alençon et Richemont prennent Sillé-le-Guillaume, Laigle et quelques places, puis ils vont au -devant des Anglais et  les mènent vers Bourges. Au bruit de leur approche, le roi et le duc de Bourgogne, dont l'armée est rongée par des maladies contagieuses, se décident à lever le siège (15 juillet).

La paix est conclue et rend inutile aux Armagnacs la présence des Anglais. Mais Clarence prétend rester dans le Poitou pour y faire vivre son armée « comme Anglais vivent en France », c'est-à-dire « en ravageurs et en gloutons. » Et il réclame son salaire, car les Anglais vendent leurs services « et (ils s'en vantent !) imitent les usuriers. »

Pour se débarrasser de leurs rapaces alliés, les Armagnacs allaient entrer en campagne contre eux, lorsque la mort de Henri IV(22 mars 1413) décide Clarence au départ.

Le 12 juillet, Gilles de Bretagne avait succombé à la contagion. Faible et versatile, le dauphin avait besoin d'un conseiller. Il fallait à cet adolescent de dix-sept ans, non un mentor à barbe grise dont la gravité l'eût effrayé, mais un jeune homme plus avisé, plus résolu que lui, connu de lui, et s'il se pouvait, ami d'enfance comme était Gilles de Bretagne. Le duc de Berry choisit Richemont.

Les circonstances étaient favorables : le roi et le dauphin s'éloignant de Jean sans Peur revenaient aux Armagnacs ; et, sans avoir à changer de parti, Richemont de rebelle allait devenir fidèle à la cause royale. Il reçut du dauphin le meilleur accueil ; et, dès le premier jour, il semble avoir hérité de la confiance que le prince avait accordée à Gilles.

En janvier 1414, le roi retenait Richemont à son service avec cent hommes d'armes et cent cinquante de trait. Deux mois plus tard, Jean sans Peur est déclaré ennemi public et la guerre va commencer. Richemont, lieutenant du dauphin, a sous ses ordres 3000 hommes d'armes avec 1500 hommes de trait; et reçoit «des gages »de 1000 livres par mots.

Avec le dauphin, il va bloquer Compiègne qui capitule (7 mai); puis ensemble ils assiègent Soissons. C'est là que, le 25 mai, Richemont et Tanneguy du Chastel sont armés chevaliers.

Après la prise de Soissons, l'armée marcha sur Arras; elle en commençait le siège lorsque la paix fut conclue (4 septembre).

 (Arthur III, comte de Richemont - L'estaminet Rue de la Vau Saint-Jacques 79200  - Parthenay, 1er tournoi de combat médiéval au pied des remparts (Béhourd)

Richemont revient à Paris avec le roi et le dauphin qui le retient à son service et ne néglige aucun moyen de l'attacher à la cause royale. Ainsi le dauphin vient de recevoir du roi la baronnie de Parthenay et d'autres belles seigneuries du Poitou, au nombre desquelles Châtelaillon, confisquées sur Jean Larchevêque, sénéchal destitué du Poitou, resté fidèle à Jean sans Peur.

Il s'en dépouille (4 mai 1415) en faveur de Richemont. Il est vrai que cette donation n'a pas assuré la possession au donataire. Jean Larchevêque, n'accepte pas la décision royale : comptant sur l'appui du duc de Bourgogne et les secours d'amis, il recourt aux armes.

En août, le roi nomme Richemont « capitaine général » et le charge de prendre en son nom les seigneuries confisquées. Richemont s'empare de plusieurs places et il pousse le siège de Parthenay, lorsque des lettres du dauphin le rappellent. Sur l'heure, il lève le siège au succès duquel il est personnellement intéressé: et il part... Le jeune roi d'Angleterre, Henri V, est entré en France !

L'appel aux armes contre le roi d'Angleterre plaçait Arthur de Bretagne dans une situation singulière. Vassal du roi d'Angleterre, comme comte de Richemont, il est vassal du roi de France comme seigneur de Parthenay. Il doit le service de guerre à chacun de ses suzerains.

S'il manque à son devoir envers le roi de France, la saisie de Parthenay sera son châtiment; mais, il n'a pas la possession de Parthenay et la saisie ne lui enlèvera rien. Il n'a pas non plus la possession de Richemont depuis longtemps saisi; mais Henri V peut la lui rendre.Le combattre n'est-ce pas renoncer pour toujours à ce beau comté?

D'autre part Jeanne de Navarre est restée en Angleterre; jusqu'ici le roi l'a traitée avec égards ; mais ne la punira-t-il pas de la présence de son fils dans l'armée française?

Ces considérations n'arrêtent pas Richemont.

 — En octobre, il arrive à Rouen amenant au dauphin une belle compagnie comprenant notamment cinq ou six cents chevaliers ou écuyers, bretons, sous les ordres du sire de Combour.

Pendant que son frère se hâte vers Rouen, Jean V, sortant enfin de la neutralité, part de Dol à la tête de 10.000 hommes.

Arthur allait avoir vingt-deux-ans ; et il n'avait vu la guerre que dans les querelles privées qui déchiraient la maison royale et la France. Mais voici venir l'étranger…….

Armoiries : d'hermine au lambel de gueules à trois pendants chargés chacun de trois léopards d'or.

 (La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR 38, un voyage dans le temps de 590 ans.)

JEANNE D'ARC ET LE CONNÉTABLE

Au moment où Richemont, chassé de la cour, se retirait dans son domaine de Parthenay, l'armée de Salisbury, que le duc de Bedfort avait appelé d'Angleterre, venait de s'emparer de Laval et du Mans. Maîtres de Meung et de Beaugency, les Anglais s'avançaient vers Orléans. La perle de cette ville, c'était le coup fatal â la patrie.

La situation était critique; le roi et son ministre le comprirent. Ils convoquèrent les États généraux, et rassemblée se réunit à Chinon au mois de juillet; 1428. Jamais, pendant le règne de Charles VII, assemblée ne fut aussi nombreuse; tous sentaient combien le moment était solennel, quels efforts il fallait faire polir arrêter les progrès de l'ennemi.

L'assemblée vota une aide de 500.000 livres pour secourir Orléans, et demanda des réformes dans les finances et dans l'administration. En outre, les députés supplièrent le roi de rappeler et « de recevoir en bon amour et obéissance et en son service Monseigneur le connestable ». Le roi promit, mais son favori était-là pour l'empêcher de tenir sa promesse.

Bien plus, La Trémoïlle, au lieu de réunir toutes les forces disponibles afin de les opposer à la marche des Anglais, entretint des troupes considérables pour continuer les hostilités contre le connétable dans le Poitou, il voulait ainsi le réduire à l'impuissance et l’empêcher de venir au secours de la France.

Jamais inaction ne fut plus cruelle à Richement qu’à cette époque. Son rôle se bornait à rester sur la défensive, à écarter les lieutenants de son ennemi dans leurs incursions sur ses domaines.

Aussi quelle fut sa désolation lorsqu'il apprit que Salisbury venait d'arriver sous les murs d'Orléans et se disposait a en faire le siège,— 14 octobre1428. — Combien regretta-t-il son inaction, lorsqu'il sut que son neveu le duc d'Alençon, que le comte de Clermont, le bâtard d'Orléans, La Hire, Xaintrailles et tant d'autres capitaines avaient été appelés par le roi pour marcher au secours d'Orléans !

Sa douleur fut grande à la nouvelle de la défaite de l'armée royale, vaincue à Rouvray par Falstoff.  Tout semblait perdu alors, et Charles VII songeait déjà à abandonner son royaume et à se réfugier en Espagne.

Richemont s'abandonnait au désespoir, avec la rage dans l'Ame de ne pouvoir aller au secours de la France, lorsqu'une nouvelle extraordinaire parvint jusqu'à lui.

 Dans tous les coins de la France se répandait le bruit que, des Marches de la Lorraine, une humble fille du peuple était accourue au secours de la Patrie.

La renommée de la sainte fille s'étendait de tous côtés, dans les villes et dans les moindres villages des rives de la Loire. Jeanne d'Arc, la Pucelle, comme tous la nommaient, avait quitté sa famille, son pays, pour aller trouver le roi à Chinon et l'avertir qu'elle était envoyée par Dieu pour sauver la France et le faire sacrer à Reims. .

 

 

Un compagnon de Jeanne d'Arc : Artur III, comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne / L. Trébuchet

Le connétable de Richemont (le duc de Bretagne Arthur III) / par J. Trévédy,...

 

 

Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.  <==

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