Château des Essarts – Complainte Véridique du Compère Guillery, capitaine des voleurs du Bas-Poitou

Si nous en croyons le P. Arcère {Histoire de La Rochelle), le calvinisme s'était répandu dans le bocage bas- poitevin, dès l'année 1534. Il s'y introduisit par le ministère d'une fille du peuple nommée Marie Becaudelle ou Belaudelle (pour Becaudeau ou Belaudeau), autrement Gaborite, née aux Essarts.

Cette fille ayant été placée en service à La Rochelle y entendit les prédications des novateurs et revint dans sa patrie apporter le nouveau symbole de Calvin. Elle alla plus loin et osa défier à une conférence doctrinale un religieux franciscain. Cette provocation causa du scandale et réveilla l'attention des juges qui la firent arrêter et condamner comme hérétique par le sénéchal de Fontenay. Elle fut brûlée vive aux Essarts.

Cette exécution n'arrêta point les progrès du protestantisme dans la contrée.

 Henri IV, alors simple roi de Navarre, qui, en se portant au secours de la ville de Montaigu assiégée par les ligueurs, en 1588, vint aux Essarts et passa une nuit au château, contribua sans doute par sa présence à gagner au nouveau culte de nombreux adeptes.

 C'est là, dit l'auteur des Chroniques Fontenaisiennes, qu'il apprit la délivrance de cette ville et la retraite du duc de Mercœur, chef des ligueurs, qu'il poursuivit jusqu'aux portes de Nantes (1).

Heureusement, une fondation religieuse faite aux Essarts par la duchesse de Mercœur y réagit avantageusement contre les influences néfastes de la Réforme.

 

Voici un extrait des dispositions prises par la pieuse duchesse relativement à cet objet :

« Considérant aussy que le dict lieu des Essarts est environné de toutes parts et meslé d'hérétiques et de libertins, qui ont beaucoup gasté, corrompu et dépravé la piété, dévotion, religion catholique et les mœurs des habitants de la dite baronnie des Essarts ;

« La dicte dame, Marie de Luxembourg, par contrat en date du 14 juillet 1621, a donné et donne à la Congrégation des prêtres de l'Oratoire la somme de HUICT MILLE LIVRES TOURNOIS, faisant le principal de 5oo livres de rente, à condition et charge expresses de faire, tous les ans, à perpétuité, trois missions en la dicte ville et baronnie des Essarts... et, pendant icelles, prescher, catéchiser, confesser pour l'édification et salut des habitants de la dicte baronnie des Essarts... » (2).

Lorsque la guerre des trois Henri fut terminée et que Henri IV fut reconnu roi de France et de Navarre, trois frères, connus sous le surnom de Guilleri (3), originaires d'une noble famille de Bretagne, qui avaient servi avec distinction le duc de Mercœur, se retirèrent alors dans un bois près des Essarts, en Bas-Poitou.

Ce bois, d'après la tradition, ne serait pas la forêt même des Essarts, mais une autre forêt voisine, dépendance du Bois-Potuyau, dans la commune de La Merlatière.

Il y existe encore des salles basses auxquelles on donne le nom d'écuries de Guilleri (B. Fillon). Les trois frères s'y construisirent une forteresse et organisèrent une bande de quatre à cinq cents brigands avec laquelle ils désolèrent le Bas-Poitou, pendant près de dix ans, détroussant les voyageurs et les marchands, pillant les châteaux et les maisons de campagne, et tuant sans pitié les prévôts et les archers auxquels, entre temps, ils jouaient aussi de bons tours.

Leur devise était ces mots qu'ils avaient affichés aux arbres des grands chemins :

 

Paix aux gentilshommes !

La mort aux prévôts et aux archers!

La bourse aux marchands!

 

Si grande était la terreur qu'avaient répandue partout leurs meurtres, pilleries et voleries, qu'à quarante lieues à la ronde on n'osait plus voyager, ni aller aux foires. Il fallut une armée pour les traquer et les réduire.

Le chef de la maréchaussée poitevine, qui était alors le sieur Le Geay, seigneur de la Gestière en Saint-Georges-de-Montaigu, était impuissant à cette besogne.

Sully, qui, de Bretagne et de Poitou, recevait des doléances sur les excès commis par les satellites de Guilleri, sur le manque de sécurité des grandes routes et autres dangers qui éloignaient les riches marchands des foires royales de Niort et de Fontenay, se décida à frapper un grand coup.

Au mois de septembre 1608, il donna ordre à M. Baudéan de Parabère, gouverneur de Poitou, de convoquer tous les prévôts des environs, au nombre d'une vingtaine, et entre autres, le sieur de la Gestière, les prévôts de Thouars et de Fontenay qui tous avaient des affronts à venger. Aux archers il adjoignit la milice des communes.

Cette petite armée, forte d'environ 4500 hommes, vint camper dans la forêt où se trouvait la forteresse; elle traînait avec elle quatre canons de siège.

Bientôt, les canons sont mis en batterie et ouvrent une brèche praticable par laquelle l'armée s'élance à l'assaut au son des trompettes et des tambours.

La forteresse du Bois-Potuyau fut pillée et démolie; on y fit un certain nombre de prisonniers; mais les Guilleri qu'on cherchait ne s'y trouvèrent point; ils s'étaient échappés à temps, au grand mécontentement des assaillants. L'un d'eux, le plus jeune, finit pourtant par être atteint et tué par les gens du sieur de la Gestière, après une chaude affaire, au bourg d'Auverné, près de Châteaubriant. Cette mort mit les autres en déroute, et M. de Parabère, qui resta encore cinq semaines en Bas-Poitou, ne put découvrir leurs traces.

De guerre lasse, il rentra dans son gouvernement à Poitiers, laissant au sieur de la Gestière le soin de mener la campagne en son lieu et place.

0 l'était in p’tit homme, Qu'avait nom Guillery, Carabi.

Quel était donc cet homme, dont le nom revient si souvent dans les récits des veillées villageoises ? Ses aventures ont donc été bien terribles et bien surprenantes pour avoir frappé si vivement l'imagination du peuple, et pour être restées si vivace dans l'esprit des masses ?

Guillery n'était qu'un brigand, mais sa hardiesse, sa témérité même, ont jeté sur ses crimes un intérêt, parce qu'on trouve en lui une extrême bravoure, une prodigieuse souplesse d'esprit et certains traits de générosité qui forment un contraste frappant avec ses mauvaises actions.

 

Voici ce que raconte la légende sur ce célèbre brigand :

Guillery, né en Basse-Bretagne, appartenait à une famille noble. Dès son enfance il fut très studieux, mais à dix-huit ans il alla à Rennes, où il commit toutes sortes de méfaits. Quand il se faisait quelque meurtre ou batterie la nuit, par la ville, tout le monde l'en accusait disant qu'autre que lui ne l'avait commis puisqu'il n'y avait aucune compagnie pernicieuse en laquelle il n'eut le premier rang.

Les remontrances de son père, les conseils de ses amis ne produisirent aucun effet sur lui ; au contraire, son caractère n'en devint que plus indomptable.

En ce temps, M. le duc de Mercœur tenait encore la Bretagne, Guillery s'alla enrôler sous ses étendards, où il ne fut pas longtemps sans conquérir une réputation; mais la paix folle, il demeura quelque temps oisif, jusqu'à ce que notre grand roi Henry IV, d'heureuse mémoire, leva une grande armée pour combattre le duc de Savoie.

Guillery, qui ne pouvait tenir eu place, prit du service dans cette armée, où il signala sa bravoure en plusieurs rencontres. Mais un traité de paix ayant été fait entre le roi et le duc de Savoie, l'armée fut congédiée.

Guillery, qui avait fort peu de revenu, ayant un jour assemblé une quarantaine des plus résolus et mauvais garçons qui fussent en sa compagnie, leur remontra comme la paix les empêchait de faire leur profit, et que par ainsi, ils seraient contraints de faire élection de quelqu'autre expédient pour gagner leur misérable vie.

Ces soldats lui répondirent qu'ils le suivraient partout où il y aurait quelque chose à gagner. Guillery leur dit alors que son dessein était de ne poser point les armes, et que plutôt il se rendrait en quelque forêt pour détrousser les passants, et par ce moyen acquérir de quoi s'entretenir le reste de sa vie.

 Ses compagnons, à qui on ne pouvait faire plus grand plaisir que de leur parler de quelque gain, s'offrirent de le suivre partout où il voudrait, sans le laisser jamais, jusques à la mort, et lui ayant tous juré foi et fidélité, ils commencèrent à détrousser et voler tous ceux qui par fortune se rencontraient devant eux en leur chemin.

Guillery choisit trois ou quatre retraites en Bas-Poitou, en Bretagne et Saintonge, d'où il étendait ses brigandages sur les pays d'alentour.

Les plus sûres étaient dans les forêts de la Châtaigneraie, de Machecoul, des Essarts, où l'on montre encore les écuries de Guillery. Le bruit de ses méfaits se répandit bientôt dans toute la France. Plusieurs qui l'avaient connu aux guerres dernières s'étonnaient d'un tel changement, voyant que de brave capitaine il s'était rendu misérable voleur. Son père. averti qu'il menait une vie si malheureuse, en mourut de tristesse 3ans peu de jours, ne laissant qu'un autre fils âgé de dix-neuf ans qui , après la mort de son père, alla rejoindre son frère, où il apprit le métier de voleur de chemin.

Pour décrire toutes les méchancetés qu'il fit pendant neuf ou dix ans qu'il exerça ce détestable état, il me faudrait en faire un gros volume ; nous en citerons quelques-unes seulement :

Guillery et le trésorier de l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm

Le trésorier de l'abbaye de Saint-Michel-en-l’Herm éprouva la méchanceté de cet ennemi de Dieu, la fois qu'il se trouva accosté de deux de ses compagnons, au moment où il faisait conduire par un paysan un porc à l'abbaye, Guillery le salua poliment, lui demanda sa bénédiction, et se mit à tenir des discours si semblables à ceux d'un homme de bien que le bon moine était ravi d'aise. Tout en discourant, il s'informait des revenus du couvent, et finit par apprendre que le trésorier venait de toucher une grosse ferme. C'était ce que voulait le rusé voleur, et tournant la conversation à des joyeusetés, il demanda au moine, en se gaussant s'il était bon cavalier.

Sur sa réponse affirmative: « C'est ce que nous allons voir » dit Guillery. Les associés de ces crimes, prévenus du coup saisissent aussitôt le moine, lui volent son argent, lui enlèvent ses vêtements, et après l'avoir attaché sur le dos du porc, ils l'abandonnent dans ce piteux état.

 

 

Guillery vole l'argent d'un paysan qui allait à La Rochelle.

Un jour qu'il se promenait dans le grand chemin qui va de Niort à La Rochelle, il rencontra un paysan qui s'en allait pour plaider à un sénéchal qui est établi dans ladite ville Guillery l'ayant accosté lui demanda où il allait. L'autre lui répondit qu' il allait à La Rochelle. «  Eh bien ! dit-il, nous irons donc de compagnie, car je m'y en vais aussi »

 En cheminant, il s'enquit du paysan quelles affaires le menaient à La Rochelle. Le pauvre diable dit que c'était pour plaider. « Vous avez donc de l'argent?» repart Guilléry. «  Je n'en ai point, » fit le paysan. Guillery lui dit qu'ils étaient donc bien ensemble, puisque ni l'un ni l'autre a en avait. « Mais savez- vous ce que nous ferons? » objecta le larron qui se doutait bien qu'il n'était pas sans argent, «  Que voulez-vous que nous fessions , » dit le paysan C'est, répondit Guillery, qu'il faut prier Dieu afin qu'il nous en envoye. »

Et aussitôt il se met à genoux , disant au paysan qu'il fit comme lui , ce que le pauvre diable exécuta avec beaucoup de regrets, se doutant bien qu'il ne sortirait pas d'entre les mains de ce loup d'avarice sacs y laisser une partie de sa peau. Pour le faire court, ils se mettent trois ou quatre fois à genoux sans que Dieu eut envoyé aucun argent au pauvre paysan, qui ne priait Dieu pour autre sujet sinon qu'il lui otât ce diable de sa présence. Guillery, au contraire, toutes les fois qu'il se fouillait, trouvait que Dieu lui envoyait toujours quelque chose. La première fois cinq sols, la seconde dix sols, et la troisième un écu, qu'il partageait en deux et donnait la moitié au paysan.

Le voleur se mit alors à le fouiller et trouva une bourse où il y avait cent cinquante écus d’or, dont il fit deux parts. Il donna une au paysan et s'empara de l'autre en disant : Prenez la moitié de ce que Dieu vous a envoyé Je connais qu'il vous aime bien, puisqu'il vous envoye tant d'argent à la fois Et ainsi, il prit congé du pauvre désolé qui fut bien a se d'être sorti a si bon marché de ses mains.

 

 

Guillery attrape le prévôt de Niort et celui de La Rochelle.

Une autre fois , qu'il se promenait dans la forêt de Benon, il rencontra un messager de M. de la Rocheboisseau, prévôt de Niort, qu'il envoyait à La Rochelle vers le grand prévôt de la ville, afin de le supplier de l'aller trouver en un sien château, à six lieues de là , pour aller donner la chasse à Guillery, qu'il savait être dans la forêt de Benon.

Guillery ayant pris le messager, et lui ayant fait avouer le sujet de son voyage, prend lui-même ses lettres, se déguise en messager, et s'en va à La Rochelle porter le paquet. Le prévôt ayant lu la lettre, monte de suite à cheval avec dix ou douze de ses archers, et se met en chemin en prenant pour guide le prétendu messager.

 Or, faut-il vous dire que Guillery, avant d'aller à La Rochelle avait donné ordre à ses hommes de s'embusquer dans le bois avec leurs armes, et de l'entourer dès qu'ils le verraient arriver avec le prévôt. Tout ce qu'il avait prévu arriva; car ayant conduit le prévôt avec les archers au milieu du bois, ses gens sortirent à l'improviste et garottèrent les archers qui n'eurent même pas le temps de mettre l'épée à la main.

 Guillery les fit dépouiller de leurs casques dont il fit revêtir ses gens. Puis après avoir fait attacher les archers à des arbres, il prit la résolution d'attraper aussi le prévôt de Niort. Mais avant d'exécuter ce dessein, il se rendit au château de Benon, qu'il savait renfermer beaucoup de richesses.

Dès qu'il se présenta, on le prit, lui et ses gens, pour le prévôt, et on s'empressa de lui ouvrir les portes du château.

Dès qu'il y fut entré, il renferma les serviteurs dans une chambre, et s'empara de tout ce qui avait de la valeur; il fit cacher le butin dans la forêt et se dirigea vers le lieu où Rocheboisseau devait se trouver. Ils le rencontrèrent en effet et crièrent de loin au prévôt de Niort de les suivre ; ils se rendirent alors au lieu où le prévôt de La Rochelle était attaché avec ses gens et gardés par dix ou douze voleurs. Ils n'y furent pas plutôt arrivés, que Guillery et ses gens leur mettent la main au collet, ne leur donnant loisir de se défendre. Etant pris, ils furent liés de la même sorte que les autres. Pensez de quel étonnement furent saisis ces archers, qui croyaient attraper celui qui les attrape.

Guillery après les avoir plaisantés, les fit détacher, leur faisant rendre tout ce qui leur appartenait. Il leur conseilla de ne pas retomber entre ses mains parce qu'ils n'en sortiraient pas à si bon compte.

A quelques mois de là, habillé en hermite, il rencontra le prévôt de Fontenay qui s'en allait à la Rochelle. Après qu'il fût salué, il le pria de lui faire un plaisir «  Et quel plaisir voulez-vous que je vous fasse ? dit le prévôt. — C'est, répondit l'hermite, d'aller prendre Guillery, qui est à un quart de lieue d'ici, en une maison où il dîne avec trois ou quatre de ses hommes. — Et comment le savez-vous ? — Comment je le sais, répondit l’ermite; parce qu'il m'a pris deux pistoles, ainsi que je m'étais arrêté pour diner dans le logis même où je crois qu'il est à présent. »

Le prévôt, qui croyait déjà tenir Guillery entre ses mains, le pria de le conduire où il était. Ce que l'homme fit, l'abusant si-bien avec ses paroles qu'il l'enferma au lieu où ses gens l'attendaient. On-le relâcha ensuite sans lui faire aucun mal.

 

Guillery chassé de sa forteresse des Essarts.

Guillery, ayant pris un seigneur, lui banda les yeux et le mena dans sa forteresse des Essarts. Il lui montra toutes sortes de munitions, tant de vivres que de guerre, et même trois canons ; puis il lui fit visiter les fortifications, et l'introduisit dans la grande salle qui était tapissée de cuir d'Espagne volé sur mer près des Sables-d'Olonne.

- L'inspection passée, le gentilhomme fut magnifiquement servi en vaisselle d'argent, dépouille d'un château voisin. Après le repas, Guillery banda de nouveau les yeux à son hôte et le reconduisit à l'endroit même où il l'avait pris.

Cette bravade coûta cher à notre voleur. Dieu permit enfin que le cours de ses prospérités fut arrêté.

Par ordre exprès de M. le duc de Sully, M de Parabère, gouverneur de Niort, aidé des prévôts de la Rochelle, de Fontenay, de Nantes et une quinzaine d'autres qui avaient tous des injures à venger, fit appel aux gentilshommes de la contrée.

Vers la fin de septembre 1608, ils se trouvèrent au rendez-vous avec leurs gens, au nombre de quatre mille; ils marchèrent sur la forteresse de Guillery sous la conduite du gentilhomme qui l'avait visitée précédemment. Mais Guillery, qui ne connaissait pas la peur, exhorta ses gens à faire une vigoureuse sortie; il se présenta le premier, monté sur un cheval, le pistolet au poing, et parvint à se sauver. Son frère fut pris avec quelques autres, et conduits à Saintes où ils furent rompus tout vifs.

 

Guillery et la jeune paysanne vendéenne.

Guillery, en apprenant la mort de son frère, tomba dans un profond désespoir. Malgré ses brigandages, il avait quelquefois de bons moments. Il était surtout pitoyable aux pauvres gens, comme il témoigna à une jeune fille des Moutiers-les-Maufaits, qu'il trouva dans la forêt du Champ-Saint-Père, toute éplorée de la perte de sa vache, que ses gens venaient de lui enlever.

 La voyant belle et de bon air, il lui ordonna de chanter une ronde de son pays pour le faire danser avec ses soldats. La pauvre fille, demi-morte de peur, dit qu'elle le voulait bien et se mit en devoir de le satisfaire.

 Elle chanta la ronde suivante :

Périne, ma Périne

Veux tu jà m'aimer,

Ma dondoa, ma dondaine,

Veux-tu jà m'aimer,

Ma dondon, ma dondé.

 

Si fait vraiment i t'eume,

I t'eume meux que mé,

Ma dondon, ma dondaine,

I l'eume meux que mé,

Ma dondon, ma dondé.

 

Après avoir chanté, la petite paysanne implora la pitié de Guillery ; elle lui dit qu'elle allait se marier le lendemain, et que son bacheler ne voudrait plus d'elle si elle perdait sa vache.

Guillery, touché de sa jeunesse, la consola, lui fit rendre sa vache et lui donna cent écus qu'il venait de voler à l'abbé des Fontenelles.

Mais si les pauvres n'avaient pas beaucoup à craindre ce lui, les marchands ne sortaient de ses mains qu'avec la moitié de leur peau, heureux de ne pas la perdre toute entière. Il les poursuivait jusqu'à plus de cent lieues de sa demeure ordinaire.

Guillery et ses compagnons renoncent à leurs brigandages.

 

 

Après la prise de la forteresse des Essarts, il erra quelque temps dans les forêts du pays ; enfin il donna à chacun des compagnons qui le suivaient encore une forte somme et les engagea à se disperser et à renoncer au genre de vie qu'ils avaient mené jusqu'à ce jour ; il leur déclara que pour lui, il allait se retirer dans un pays lointain pour finir tranquillement son existence.

A la suite des adieux, il prit le chemin de Bordeaux déguisé en gentilhomme. Arrivé à Saint Justin, il trouva cette ville agréable et s'y fixa.

 

Guillery se marie, il est reconnu et mis à mort.

Les libéralités de Guillery, ses bonnes manières le firent prendre pour un seigneur, et il épousa une veuve fort riche et de noble maison. Voilà notre Guillery élevé à un des plus hauts degrés de la fortune.

 Mais le misérable ne considérait pas que Dieu savait tous ses desseins, et pénétrait au plus profond de ses secrets. Il avait joui trois ou quatre ans du doux fruit de son mariage; mais sa retraite n'avait pas été si bien couverte que plusieurs ne fussent informés du lieu de sa demeure, eutr'autres un marchand de Bordeaux à qui il avait autrefois volé deux ou trois mille francs.

Philippe Guillery, prévenu qu'on allait l'arrêter, prit la fuite et fut reconnu par un marchand de La Rochelle qui le dénonça au sieur Le Geay. Le brigand se trouvait alors au château de Roche-Neuve, près de Bazas. Le Geay s'y porta avec une troupe d'archers, mais ne réussit pas à le prendre dans sa demeure.

Ce n'est que quelques jours plus tard, le 30 novembre 1608, que Guilleri fut arrêté à l'hôpital de Royan. Son procès fut des plus sommaires.

En vertu de l'article 194 de l'Ordonnance de Blois, rendue en 1579, il fut reconnu coupable de meurtre et d'assassinat et, comme tel, condamné à être roué vif.

L'exécution eut lieu le 4 décembre 1608, sur les quatre heures du soir, comme le relate en son journal le ministre protestant Merlin, de La Rochelle (4).

Guilleri est devenu un personnage légendaire avec Carabi, son petit cheval.

La chanson les a popularisés l'un et l'autre. Il en est une, sorte de gaudriole, n'ayant rien retenu de la vérité historique, qui a été publiée jadis par M. B. Fillon et que réimpriment encore aujourd'hui les imagiers-enlumineurs d'Épinal.

 

Complainte de Guillery.

Le souvenir de Guillery est resté dans la mémoire du peuple de nos campagnes. Voici la complainte qui a été faite sur sa mort:

0 l'était un p'lit homme

Qu'avait nom Guillery

Carabi ;

Gle s'en fut à la chasse,

A la chasse au predrix

Carabi.

Titi carabi,

Toto carabo,

Compère Guillery, Te lairras-tu (ter) mouri ?.

 

Gle montit dans in âbre

Pre voir ses chens couri,

Carabi, etc.

 

La branche était poa forte

Et Guillery chésit,

Carabi, etc.

 

Gle se cassit la jambe

Et le bras se démit,

Carabi, etc.

Les dames de la ville

Accourirant au brit,

Carabi, etc.

 

L'ine apporte ine ampllâtre

Et l'autre dau charpi ,

Carabi, etc.

On li bandit la jambe,

Le bras li radouba,

Carabi, etc.

Prv remercier quiés dames,

Guillery les embrassit,

Carabi ;

N'on voit que par lés femmes

l'hommen est toujours guero,

Carabi.....

 

Une partie de la bande de Guillery se sauva sur mer, où elle exerça le métier de pirate. Les autres, errant seul à seul, furent saisis et envoyés au supplice, par les soins des prévôts particuliers des environs.

Celui de Fontenay, Estienne Thubin, reçut le titre d'écuyer pour récompense; celui de Thouars, David Trottereau, réclama en vain la même faveur.

Quant à Messire Le Geay, il envoya à Paris le compte détaillé des dépenses que lui occasionnèrent la prise et la défaite des Guillerys :

1° Sept mille à huit mille livres de frais de courses et soldes d'archers;

2° Douze cents à quinze cents livres de chevaux usés et blessés ;

3° Trois mille à quatre mille livres pour la nourriture et la solde des vingt-cinq hommes qui tinrent garnison en son castel de la Gestière, de juillet 1604 à mai 1606 ;

4° Récompense au sieur Crosnier, qui lui avait découvert le lieu où se cachait le capitaine des voleurs.

On ne sait s'il rentra dans ses fonds. Toujours est-il qu'Henri IV, pour le dédommager, par lettre datée de Fontainebleau, l'anoblit lui et sa descendance.

Nous avons consulté pour cette étude, outre des notes manuscrites de M. Dugast-Matifeux, que nous sommes heureux de remercier ici : le Mémoire de M. de la Gestière, publié par M. Barthélemy, dans Bretagne et Vendée ; l'Histoire véridique des grandes et exécrables voleries et subtilités de  Guillery; les reproches du capitaine Guillery aux carabins, picoreurs et pillards de l'armée de Messieurs les Princes (1615)

Tous les faits et gestes de Guillery que nous avons rapportés sont parfaitement authentiques ; mais le lecteur a compris que, pour leur arrangement, nous avons donné libre carrière à notre imagination, puisant toutefois nos renseignements, pour toujours rester vrai, dans l’Histoire des Français des divers Etats, d'Alexis Monteil, et le Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes de la France, de Chéruel.

Un mot sur la chanson publiée par M. Fillon :

Guillery est un petit homme, grand amateur de la chasse aux perdrix, qui monte sur un arbre pour voir ses chiens courir. La branche casse, il tombe, se fracture une jambe, se démet un bras. Arrivent les dames de la ville, qui pansent gentiment ses blessures, lui radoubent son bras et le voilà guéri.

En remerciement, Guillery les embrasse, ce qui rendit sa guérison plus solide. D'où cette morale galante :

L'on voit que, par les femmes,

L'homme est trejou guari,

Carabi. Titi Carabi. Toto carabo,

Compère Guillery,

Te lairras-lu mouri ?

Ce refrain mélancolique, qui revient à la fin de chaque couplet, semble l'expression d'un regret inconscient que le peuple pouvait avoir conservé du supplice de Guillery.

En effet, Guillery était fils de rôturier. Noble, il eut joui du privilège de chasser sur ses terres. Or, à cette époque, voler à main armée ou chasser sans permission étaient deux crimes punis sévèrement. En cas de récidive du délit de chasse, surtout lorsqu'il s'agissait de gros gibier, les juges pouvaient même prononcer la peine de mort. Pour le peuple, qui voyait ses seigneurs changer de religion ou de parti au gré de leurs intérêts, il est probable qu'il ne se faisait pas une idée exacte de la morale, et, par suite, pouvait confondre un simple délit avec un forfait plus grave.

 

 

 

 

Complainte véridique du Compère Guillery Éditeur : impr. de Robin et Favre (Niort)

https://www.facebook.com/Les.Essarts.Le.Chateau/ 

L'histoire du capitaine Guillery et de sa bande a été racontée dans plusieurs ouvrages, intitulés :

La Prisse et Deffaicte du capitaine Guillery, qui a été pris avec soixante-deux volleurs, qui ont estez roués le 25 novembre 1608, avec la complaincte qu'il a faict avant que mourir (6) ; Paris, 1609, in 8°;

— Rosset, histoires tragiques, dix-neuvième histoire; Lyon, 1701,in-8°,p. 349 ;

— Histoire de Guillery, livre populaire, qui se réimprime sans cesse à Epinal ;

—Histoire véridique des  grandes et excécrables voleries et subtïlitez de Guillery, depuis sa naissance jusqu'à la juste punition de ses crimes ;  Fontenay, 1848, ip-81. Louis LACOUR.

Échos du bocage vendéen : fragments d'histoire, de science, d'art et de littérature

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon

 

https://larochesuryon.maville.com/actu/actudet_-guillery-le-compere-de-la-comptine-naquit-en-vendee_15-383982_actu.Htm

 

 

 

 Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==.... ....==> Noël au vieux Château des Essarts (Vendée)


 

 

Guerre de Religions dans le Poitou, PRISE ET SIÈGE DE MONTAIGU (Septembre 1580)

En 1517, Montaigu, promue baronnie, devint possession de la famille de La Trémoille. À la suite du séjour de Jean Calvin à Poitiers, la réforme protestante se répandit en Poitou et atteignit Montaigu.

 

JUSTICE DE POITOU. L'ancienne sénéchaussée de Poitou
L'ancienne sénéchaussée de Poitou contenoit autrefois toute la province, et n'avoit point d'autres bornes que les limites d'icelle. Le sénéchal de robe courte avoit plusieurs lieutenants : le premier, au principal siège qui est Poitiers , que l'on a toujours appelé le lieutenant-général de Poitou ; les autres, aux sièges de Châtellerault, Montmorillon, Civray, Lusignan, Saint-Maixent, Fontenay et Niort.

 

(1) Chroniques Fontenaisiennes, p. 427.

(2) R. P. Ingold, Archives de l'évêché de Luçon.

(3) Nous pensons avec Ludovic Lalanne que Guilleri n'est pas le vrai nom des trois célèbres brigands du Bas-Poitou, mais un surnom popularisé par la légende et la chanson.

(4) Mémoires de M. de la Gestière, publiés par M. Barthélémy dans Bretagne et Vendée. — Histoire véridique des grandes et exécrables voleries et subtilités de Guillery. — Note sur Guillery, par M. de Sainte-Hermine (Hist. du Poitou, par Thibaudeau, t. I, p. 555). — L'abbé Auber, Hist. gén. du Poitou, t. IX, p. 359. — Lettres d'anoblissement données par Henri IV à André Le Geay, vice-sénéchal du Poitou, pour avoir détruit la bande des Guilleri, publiées par B. Fillon dans la Revue de l 'Ouest, 4e année, 4" livraison ( 1856), p. 241