La Crypte Romane de l'église prieuré Saint-Pierre des Essarts-en-Bocage

Edifiée en 1182 en même temps que l'église romane du prieuré Saint-Pierre et brûlée en partie pendant la Révolution, a disparu et fait place à une église moderne, de style roman, dont on vante, à juste titre, les vastes et harmonieuses proportions et la façade majestueuse qu'encadrent deux beffrois a ajourés en dentelle, et surmontés de jolies flèches (2).

Mais on a eu le bon goût de conserver un souvenir du vieux temps : la crypte primitive. Elle méritait cet honneur.

En voici la description exacte : c'est un carré long divisé en trois nefs, à peu près d'égale largeur, venant aboutir à une partie circulaire, en dessous de l'abside supérieure. Dix colonnes de deux métrés de haut supportent la voûte et forment la nef du milieu. Les voûtes sont en ogives surbaissées.

Trois petites croisées en plein cintre éclairent l'abside (3).

Les murs sont parementés en pierres calcaires, disposées en assises irrégulières. On y remarque des vestiges de peintures dont il est malheureusement impossible de reconnaître aucun détail bien précis.

Aucune date ne peut être assignée d'une manière certaine à la construction de cette crypte.

 Sa ressemblance avec l'ancien transept de l'église permet de croire qu'elle remonte à l'époque de la première construction de l'église et paraît présenter le caractère de la fin du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe.

Sa destination primitive a-t-elle été la sépulture des seigneurs des Essarts? Un tombeau en pierre trouvé dans l'intérieur l'a fait penser à quelques personnes; mais, nous l'avons dit plus haut, cette opinion paraît fort contestable (4).

Autrefois, cette chapelle souterraine était, dit-on, le but d'un pèlerinage auquel se mêlait un peu de superstition. Nous mentionnerons, entre autres preuves, l'usage qu'avaient certains pèlerins de terminer leurs prières en jetant une pierre dans le puits dont l'ouverture donne dans la chapelle. Dans quel but? Nous ne savons.

A signaler aussi à l'attention de l'archéologue, la belle croix processionnelle, en argent massif, conservée dans le trésor de l'église. Outre sa forme d'un goût correct et son métal précieux, le souvenir de Jeanne de Vendôme (5), épouse de Charles-Emmanuel de Savoie, qui en fit cadeau à l'église, lui donne une valeur inappréciable. Cette croix porte les armoiries de la princesse au revers du pied, au-dessus du nœud.

« L'écu est parti: A dextre, de France avec la barre, signe de bâtardise ; a sénestre, écartelé;

« Au I, contrécartelé : au ler d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même, qui est de Jérusalem;—au 2, burelé d'argent et d'azur, au lion brochant de gueules, la queue double, fourchée et passée en sautoir, armé, lampassé et couronné d'or, qui est de Chypre; — au 3, d'or, au lion de gueules, armé et lampassé d'azur, chargé sur l'épaule d'une croisette du champ, qui est d'Arménie; — au 4, d'argent, au lion de gueules, lampassé d'azur, couronné d'or, la queue double, nouée, fourchée et passée en sautoir qui est de Luxembourg;

« Au II parti, au 1er de pourpre, au cheval cabré et contourné d'argent qui est de Westphalie; — au 2, burelé d'or et de sable, au crancelin (partie de couronne posée en bande) de sinople brochant en bande, qui est de Saxe; enté en pointe d'argent, à trois bouterolles (bouts de fourreau d'épée) de gueules, qui est d'Angrie;

« Au III parti, au 1er d'argent, semé de billettes de sable, au lion brochant du même, qui est de Chablais; — au 2 de sable, au lion d'argent armé et lampassé de gueules, qui est d'Aoste;

« Au IV parti, au 1er cinq points d'or équipollés à quatre d'azur, qui est de Genève; — au 2, d'argent au chef de gueules, qui est de Montferrat ;  Et, sur le tout des grands quartiers, de gueules, à la croix d'argent, qui est de Savoie. »

Incendiée en 1794 pendant les guerres de Vendée,  il n'en reste que 4 murs.

Plusieurs étapes ont marqué la reconstruction et l'agrandissement de l'église.

 On note, notamment, l'intervention de l'abbé Gandouin (1846-1877) qui fait surélever la grande nef et ajoute la 3ème nef et l'intervention de l'abbé Grolleau fait bâtir la façade avec ses deux clochers et la tribune.

L'église est inaugurée en 1888. Cette crypte fut classée Monument historique en 1971.

 

 

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon..

 

 ==> 1203 Maurice de Blason évêque de Poitiers, visitant son vaste diocèse, se trouvait aux Essarts pour régler un différend.

 

 


 

(1) Les châtelains d'aujourd'hui font aux visiteurs les honneurs de leur demeure avec une gracieuse et digne simplicité qui n'a rien absolument de la morgue de l'ancienne noblesse. Ils montrent avec une légitime fierté toute une magnifique galerie de bustes et de tableaux de famille ornant leurs salles, leurs salons et leurs antichambres. Ici, c'est un portrait d'Arnauld, marquis de Pomponne, ministre de Louis XIV (admirable pastel de Nanteuil de la plus haute valeur). — Là, ce sont deux toiles de Rigaud, représentant Colbert, marquis de Croissy, et son fils le comte de Croissy ; ailleurs, les portraits de Colbert, archevêque de Rouen, du même; d'Arnauld, abbé de Pomponne, chancelier de l'ordre du Saint-Esprit ; de Colbert, marquis de Maulévrier, frère du grand Colbert et de Colbert du Croissy; du roi Louis XVIII (une bonne copie du tableau de Gérard, donnée au comte de La Ferronnays, ambassadeur de Russie, par le roi lui-même); du comte de Rougé, par Hesse; du général baron de Lespinay, par Pérignon, etc., etc.

La bibliothèque possède aussi de véritables trésors pour un bibliophile. Nous mentionnerons, entre autres, un curieux incunable illustré, Le Chevalier délibéré, poème allégorique, d'Olivier de la Marche, imprimé à Gouda (Hollande) dans les dernières années du xv° siècle.

(2) Le plan est de M. Liberge, architecte. Les flèches ont été construites en 1886.

(3) L'une d'elles a été masquée par des constructions plus récentes.

(4) Ces lignes sont extraites de notes manuscrites du fonds Armand Guéraud (n° 749. Bibliothèque de Nantes). — M. de La Fontenelle croit que ce tombeau est celui d'un comte de Penthièvre, ancien seigneur du lieu.

(5) Marie Jeanne Baptiste de Savoie-Nemours, Baronne de Rié et des Essarts,  communément appelée Madame royale, née le 11 avril 1644, épouse de Charles-Emmanuel II, et mère de Victor-Amédée I, dernier Duc de Savoie et premier Roi de Sardaigne, et de Christine de France, fille de Henri IV, morte le 15 mars 1724.