Savary de Thouars, Vicomte de Fontenay - Fons Fontenacum Felicium Ingeniorum Scaturigo La fontaine des Illustres (Place Viète)

Fontenay fit partie du grand Pagus Pictavus.

Vers le XIe siècle, quand on établit le Pagus Maireventis (pays de Mervent 1), son territoire se trouva probablement enclavé dans cette circonscription, jusqu'à ce qu'en dernier lieu, il fût compris dans le Pagus Niortensis. (Niort)

Nous avons vu qu'une forteresse avait été construite pour défendre le passage de la Vendée.

Elle servit aussi de rendez-vous de chasse aux premiers comtes de Poitou, et, par suite, sans doute, de la protection qu'ils accordèrent à la bourgade, elle prit promptement de l'importance.

Ses maisons devaient alors occuper le Marchou, Saint-Thomas, Chipeau, le Puy-Lavaud, les environs de la Fontaine et du Passage- du - Pont; la Chaussée- des- Loges commençait à se couvrir de cabanes, fragiles demeures que les inondations venaient souvent détruire.

L'entrée était défendue de ce côté par un canal et une porte placée au pont Bareil.

Les églises Saint-Jean et Saint-Nicolas n'existaient pas encore.

La première mention de Fontenay est remarquable ; elle prouve ce que je viens de dire de son accroissement et de sa position.

La chronique de Nantes nous apprend qu'en 841, Renaud d'Herbauge et Lambert, comte de Nantes, réunirent leurs armées à Fontenay, bourg du territoire Poitevin (2), afin de marcher au secours de Charles-le-Chauve et de Louis, attaqués par Lothaire. Le choix de ce point de réunion démontre évidemment que, dès le IXe siècle, la digue des Loges servait de passage à ceux qui, du pays nantais, se rendaient en Poitou.

A la fin du IXe siècle et pendant le suivant tout entier, nos contrées furent ravagées par les Normands.

Rien n'apprend si Fontenay eut à souffrir des invasions de ces barbares; tout porte cependant à croire qu'il ne fut pas plus épargné que les autres localités qui l'avoisinent (3).

 

 

L'île de Maillezais, où ils avaient coutume de descendre et de chercher un refuge, pour se répandre de là dans les pays d'alentour, était trop rapprochée.

Afin de remédier à ces brigandages, les comtes de Poitou bâtirent à Maillezais un château qui n'empêcha pas les Normands de faire encore des descentes ; mais enfin, repoussés et las eux-mêmes de cette vie sauvage et vagabonde, ils allèrent ailleurs former des établissements stables, et ne reparurent plus.

Fontenay était redevenu, au ce siècle, un rendez-vous de chasse et une maison de plaisance. Guillaume-tête d'Etoupe y venait souvent; on dit même qu'il y reçut Louis IV, dit d'Outre-Mer, en 943.

Sous le règne de ce prince, la mer se retira subitement dans une nuit des marais du Bas-Poitou. Ce phénomène singulier changea complètement l'aspect du pays, et réunit plusieurs petites îles au continent (4).

 

Les fondations pieuses se multiplièrent d'une manière incroyable à la fin du Xe siècle. La croyance généralement répandue de la fin du monde, avait partout jeté l'effroi. Les moines surent spéculer sur la crédulité publique, et ils s'empressèrent de se faire donner les dépouilles de ceux qui devaient mourir.

Emma, femme de Guillaume-Fier-à-Bras, et le comte son époux se conformèrent à l'exemple universel : Maillezais fut fondé, et la nouvelle abbaye reçut de riches donations, ainsi que celles de Saint-Maixent et de Bourgueil.

Une charte du mois de septembre 989 mentionne le don fait à cette dernière du village et de l'église de Saint-Christophe-de-Longesve et de quelques maisons aux Loges-de-Fontenay:

Mansiones etiam ad Fontanetum quod vocatur ad locias. (charte extraite de D. Fonteneau, tom. II, p. 565, n° I.)

L'abbaye de Saint-Maixent eut pour sa part de largesses les cinq églises dédiées à sainte Radégonde, saint Pierre, saint Martin, saint Etienne et saint Martin-de-Fraigneaux.

 La charte de décembre 992, qui relate ces donations, est on ne peut plus curieuse, à cause des détails qu'elle nous donne.

L'augmentation du bourg le fit choisir, à la fin du Xe siècle ou au commencement du XIe, pour le chef-lieu d'une viguerie ;

 une charte de 1029, tirée du cartulaire de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers et relatée par D. Fonteneau, contient ces termes :

Dederunt unam Ructuram, id est, Piscatoriam in Pago Niortinse, in vicaria Fontaniacense, in villa Angledonis subtus Monasteriuni Malliziacinse (5).

 — On voit que la viguerie de Fontenay dépendait du Pagus de Niort. Ce genre de circonscription était administré par un magistrat, nommé Vicarius, dont on a fait Viguier.

Ceux qui désirent étudier le système administratif de cette époque doivent consulter le beau travail de M. Guérard, intitulé : Essai sur le Système des divisions territoriales de la Gaule, et celui de M. de la Fontenelle, sur les Vigueries du Poitou, inséré dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest.

A peu près vers le même temps, Guillaume-le-Grand, comte de Poitou, fonda Vouvant.

Un document du plus haut intérêt, qui remonte aux quinze premières années du XIe siècle, nous fait connaître cette fondation.

C'est l'acte par lequel ce prince concède plusieurs domaines à l'abbaye de Maillezais, entre autres, une chapelle de Ruscunilo placée à Fontenay, les deux moulins construits au pied du château, et tout ce que Bernard Tullupes, qui tenait ce bénéfice du comte, possédait dans l'intérieur et hors du même lieu.

Les moulins à eau subsistent encore près de la forteresse, et, pendant tout le moyen-âge, servirent à l'approvisionner, mais il ne reste aucunes traces de la chapelle, à moins qu'elle ne fût située sur l'emplacement où plus tard fut bâtie celle dédiée à Saint-Louis. Cette supposition est d'autant plus vraisemblable, qu'il existe encore une arcade à plein cintre, et quelques ornements qui remontent à une époque très-reculée, près de l'entrée actuelle du château. La chapelle aurait alors porté son ancien nom jusqu'à ce qu'elle eut été consacrée au pieux monarque, » qui, deux siècles plus tard, entra victorieux dans cette ville et vint peut-être y rendre grâce à Dieu (6),

 

Guillaume-le-Grand enrichit aussi l'abbaye de plusieurs églises et villages, entre autres, de Saint-Médard-des-Prés, Boësse, Antigné, d'Arlais, Xanton, Tesson ; et enfin, sur la prière de l'abbé Théodelin, il céda aussi un emplacement pour bâtir une église, près du château qu'il venait de construire à Vouvent (7).

 L'édifice fondé par Théodelin fut probablement bientôt détruit, car celui qui existe aujourd'hui ne remonte qu'à la fin du XIIe siècle.

Je ferai même remarquer, à cette occasion, que les statues qui ornent le pignon du portail sont postérieures à cette dernière construction. Le style, les costumes et les détails d'architecture des consoles qui les supportent, me les font attribuer au XIVe.

Cette magnifique façade, l'une des plus belles en son genre, mérite d'attirer l'attention des archéologues. Le sujet supérieur représente l’Ascension, et celui qui est au-dessous la Cène. Les sculptures sont d'un effet grandiose ; les draperies traitées surtout avec un goût noble et monumental.

 

Par suite de transactions que l'on ignore, le comte de Poitou céda, au commencement de ce siècle, Fontenay à la famille de Thouars.

Diverses chartes nous l'apprennent.

 

Nous voyons en effet prendre le tire de vicomte de Fontenay, Savary, fils du vicomte de Thouars, fils de Geoffroy II (990-1055) et d’Agnès de Blois (A),

 Frère de Aimery de Thouars, Geoffrey III, vicomte de Thouars, Raoul de Thouars et Gognore (mentionné dans une charte pour la Chaize le Vicomte)

 Il avait épousé Babilone, dont il eut deux fils nommés Savary et Hugues.

En 1060, dans une donation faite à Gosbert et à sa femme Hildiarde, de la coutume qu'il percevait sur la paroisse de Saint-Laur à l’abbaye de Bourgueil en présence de Thibault Ier Chabot, seigneur du petit château de Vouvant et Sainte Hermine.  (8)

 

Ce même Savary suivit son frère Aimery III à la conquête de l'Angleterre, et contribua au succès de Guillaume-le-Bâtard, en 1066.

Il en est encore fait mention dans la charte par laquelle Guy Geoffroy, duc d'Aquitaine, cède à Saint-Florent de Saumur la chapelle de Saint-Sauveur-de-Pons, en Saintonge.

Ces deux seigneurs sont au nombre des témoins (9).

 

Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay, par Benjamin Fillon,

 

 

 

A (Aénor, Aldéarde) de Blois (996-1055), est la fille de Eudes I de Blois (950-996) et de Berthe des deux-Bourgondies (967-1016)

(1) Le Pagus d'Herbauge s'étendait jusqu'au Lay : cependant, il paraît avoir dû se prolonger plus loin vers le midi, a une certaine époque.

Le Pagus de Mervent prit une partie de son territoire et s'avança de l'autre côté au-delà de Fontenay. Ce ne fut que plus tard qu'on enclava ce dernier lieu dans le Pagus de Niort.

(2) Congregaverunt autem immensum exercitum apud FONTENEUM, Pictavii territorii vicum, victor que existens Karolus, se adjuvantibus donaria distribuit. (D. Bouquet, tom VII, p 217. –D. Lobineau, Preuves de l’Histoire de Bret., page 36)

Les troupes réunies par renaud et Lambert devaient marcher vers Fontenay ou Fontanet, sur les bords de la Cure, près d’Auxerre, ou se livra la terrible bataille qui ruina les  prétentions de Lothaire (25 juin 841).

— Je donnerai ici, en quelques mots, l'étymologie du nom de Fontenay, extraite de la note de notre compatriote, M. Cardin, placée au commencement des Chroniques Fontenaisiennes, publiées par M. de la Fontenelle. — Je renvoie à ce travail ceux qui désirent de plus amples détails.

Le nom de Fontenay est d'origine gallo-romaine. Il prit le surnom de Comte lorsqu'il fut en la possession d'Alphonse, comte de Poitou.

Antérieurement on l'appelait simplement Fontenay, et Fontenay-le-Vicomte (Fontanetum Vicecomitis), du temps de ces seigneurs de la famille de Thouars.

Fontenay a pour élément le mot Fontana et le suffixe gallo-romain acum. A diverses époques, on se servit de transcriptions différentes, et, sans chercher dans les chroniques d'autres lieux qui portent le même nom, nous trouvons dans les chartes relatives à notre ville :

Fonteneum (Chr. de Nantes), Fontanetum (D. Fonteneau, tom. I, p. 565), Fontiniacum castellum-castrum (id., tom. XV, p. 195), Castrum, Fontanetum (Livre blanc de Saint-Florent), Fonteneium (D. Fonteneau, tom. XI, p. 185).

La première de ces transcriptions, Fonteneum, qui se trouve dans le passage de la Chronique de Nantes, que nous avons reproduit plus haut, est probablement, dit M. Cardin, le résultat- d'une copie moderne de ce document. Celle de Saint-Brieux porte Fontanetum. — La plus employée est Fonteniacum.

 

Fons Fontenacum Felicium Ingeniorum Scaturigo La fontaine des Illustres (Place Viète)

Quant au Fons nayadum du XVIe siècle, ce n'est en quelque sorte qu'un jeu de mots des poètes de cette époque, fabriqué pour faire suite, sans doute, à la fastueuse devise de la ville :

Fons Fontenacum Felicium Ingeniorum Scaturigo

(inscription qui se lit sur le scel de la ville du XVIe siècle) :

Fontenay, source abondante des beaux esprits.

A l'époque du grand mouvement littéraire qui eut lieu à Fontenay, les hommes illustres de ce temps préconisèrent à l'envi la patrie d'un si grand nombre de célébrités, et, pour lui faire honneur, inventèrent la poétique dénomination qui rappelle la plus brillante période de la capitale du Bas-Poitou, et lui assigne un rang si distingué dans les fastes glorieux de la France.

La place Royale est aménagée à la fin du 18e siècle, sur les bastions construits à l'avant-garde ouest de la ville fortifiée ; elle est devenue "place de la Révolution" sous la Terreur,  la "place d'Armes" pour les défilés militaires, puis la place Viète en 1880.


En 1893, le kiosque à musique de brique et métal prend place et accueille les fanfares dominicales.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'un des premiers aménagements urbains est la place Viète.
C'est en 1951 qu'Emile Boutin édifie la Fontaine des Illustres en hommage à l'élite intellectuelle du Fontenay du XVIe siècle, 

Lecture du monument de Gauche à droite

André Tiraqueau, Jean Imbert, Jean Besly, Julien Collardeau

François Viète, François rabelais, Lienard de la Réau, Pierre Lamy

Nicola Rapin, Pierre Brissot, Sébastien Colin, André De Rivaudeau, Jacques du Fouilloux.

https://www.facebook.com/pg/musee.de.Fontenay.le.Comte/posts/

(3) MM. Dufour et de la Fontenelle, dans leur Histoire des Rois et Ducs d'aquitaine, prétendent que la bataille qui fut livrée, le 4 octobre 853, aux Normands, par Raynutfe Ier, comte de Poitou, et Raynon, comte d'Herbauge, eut lieu à Brillac, sur les bords de la Vendée, près de Fontenay. — Voy. le livre cité, p. 296.

(4) Les îles de Maillezais, Vix, Grues, Saint-Michel, etc., se trouvèrent alors faire partie de la terre ferme. — Le nom de Montreuit-sur-Mer est un témoignage encore vivant de la présence de la mer dans nos contrées. (Voy., relativement au retrait de la mer, la Chronique de Pierre de Maillezais)

(5) Exl. d'une donation de Tethbaud et ses fils à l'abbaye de Saint-Cyprien, D. Fonteneau,, tom. vi, p. 615.

(6) L'abbé Gusteau, et M. Dupuy, avocat à Fontenay, croyaient en effet que la chapelle de Ruscunilo était celle de Saint-Louis-du-Château. (Voy. l'Hist. de La Rochelle, t. n p. 714.)

(7) Vouvent, dit la charte, ainsi nommé : Procter influentem aquam, Histoire de Maillerais, par M. Charles Arnaud.

(8) Voy. L’Histoire des Comtes du Poitou, de Besly, p. 57. - Le travail de M. de la Fontenelle sur les Chronique de Saint-Maixent. — Hist. généal. et chron. des Pairs de France, du P. Anselme, tom. iv, p. 191 et 557. - Notice des Gaules, de H. de Valois, p. 556.

On remarquera que ces seigneurs ne prenaient pas le titre de vicomtes de Fontenay, parce que ce lieu était une vicomté, mais bien parce que tous les enfants mâles de la famille de Thouars s'intitulaient vicomtes.

— Les Mémoires et Recherches de l’Aquitaine, que l'on attribue à La Haye, p. 90, donnent une autre cause. Ce qu'ils avancent est aussi faux que les autres rêveries de l'auteur de ce livre, fait pour donner une origine quasi royale à quelques familles.

 

(9) Actum hoc (anno) ab incamatione Domini MLX XXIII, mense junio, feria V, in via quae est inter Malliacense monasterium et Fontanetum castrum Savarici vice comitis.-Extrait du Livre blanc de Saint-Florent de Saumur, fol. 100. —

 Je dois la communication de ce document à M. Marchegay, archiviste du département de Maine-et-Loire, qui a bien voulu se dessaisir en ma faveur de quelques-unes de ses notes sur Fontenay.

Nous trouvons dans les Évêques de Poitiers, de Besly, p. 73, une mention de Fontenay du même temps.

…… Seb Achilles concessit donum Abbati Adae extra castrum Fontiniacum in via qua itur Niortum, datis sibi ab abbateVF solidis; alii vera omnes intra castrum in domo Ramnulfi Moisardi, ipso audiente et  Hugone filio Amelii audiente, et concedente cum uxore sua, scilicet supra dictoruni trium puerutn matre. Anno Domini MLXXXVIII.

 

==> La fontaine des Quatre Tias (la fontaine des beaux esprits) de Fontenay-le-Comte, foyer de vie intellectuelle de la Renaissance