Dessèchement du Marais poitevin - Traité de l'abbaye de Moreilles (10 janvier 1642)

Déjà, en 1639, les religieux et Dom Jean Seix, prieur claustral de l'abbaye de N.-D. de Moreilles, avaient donné procuration à Emery Le Maire, chanoine en l'église cathédrale de Luçon, de les représenter dans un traité ayant pour but le dessèchement de leurs marais (1).

Le 23 mai 1641, au palais royal de Fontenay, devant François Brisson, écuyer, sr du Palais, conseiller du Roi et sénéchal (2), Pierre Fillastre, seigneur de Richemont, tant pour lui que pour Pierre Siette et leurs associés (3), déclara qu'il offrait de les dessécher dans l'espace de quatre ans, tant que l'art et la nature le pourront permettre, depuis l'achenal Le Roi jusqu'à la rivière de Marans, à quelque quantité qu'ils puissent monter; « incontinent le dessèchement fait, d'en faire labourer et ensemencer les deux tiers, dans lesquels l'abbé prendra un vingtième des fruits pour tous droits de champart, terrage et dîme, l'autre tiers demeurant franc de tout devoir.

Sur la totalité du marais, l'abbé se réservait onze deniers pour chaque journal, sauf, dans le tiers franc, une étendue de seize cents arpents que les associés tiendraient noblement de lui, avec droit de moyenne et basse justice, sous la redevance d'une paire d'éperons dorés pour chaque maison qui y serait bâtie.

S'il se trouvait des endroits propres à faire des marais salants, la société aurait la facilité d'en établir, sauf le droit pour l'abbé de prendre sur les bossis la vingt-quatrième partie des fruits en provenant ; elle pourrait également faire des chemins, canaux et passages, percevoir des péages, le monastère ne se réservant que le franc passage pour ses colons, fermiers et métayers transportant leurs récoltes, et l'ancien droit de péage qui lui appartenait sur l'achenal Le Roi.

— Il permettrait aux associés de prendre les pierres et le sable nécessaires à leurs constructions sur toute l'étendue de ses propriétés, et le desséchement opéré, ceux-ci pourraient aliéner des portions de marais à telles personnes qu'il leur plairait, sans payer à l'abbé aucune vente et honneur pour la première fois seulement, à charge de délaisser trois des ceintures, une certaine quantité de pacages pour les métairies dépendant de l'abbaye (4).

 

 L'abbé de Moreilles était alors Révérend Père en Dieu messire Emery de Bragelonges, conseiller du Roi en ses conseils d'Etat et privé et ancien évêque de Luçon.

Il accepta les offres qui lui étaient faites, et la baillette fut signée à Paris, le 10 janvier 1642 (5).

 Elle rapporte que les marais à dessécher sont « inutiles et infructueux » à l'abbaye de Moreilles et de peu de revenu pour elle. Les conditions acceptées sont à peu près semblables à celles qui avaient été offertes. La réserve pour les religieux est de cent arpents qui demeureront annexés à la mense abbatiale et néanmoins desséchés par les associés, sans qu'ils puissent rien demander à ce sujet. Ils devront livrer passage à tout voiturier par eau ou par terre le long de l'achenal Le Roi.

Le desséchement devra être fait dans quatre ans à compter du jour de la signature de la baillette. Les marais sont limités par l'achenal Le Roi d'une part et la rivière de Marans d'autre part.

La montre et le piquettement devront être faits par l'abbé et les religieux, les sieurs Siette, Fillastre et leurs associés ou par des représentants de chacune des parties. Le total des marais est déclaré être d'environ quatorze à quinze mille arpents. Dans les terres labourées et ensemencées, la douzième partie des fruits devra appartenir à l'abbé et être conduite par les associés dans les neuf métairies ou vacheries de l'abbaye (6). Ces derniers devront payer douze deniers de cens par an pour chaque journal des terres desséchées (7).

L'abbé et les religieux se réservent la jouissance de la pêche et de la chasse dans les nouveaux canaux de dessèchement, en l'étendue de deux mille toises, sans toutefois pouvoir empêcher la navigation et l'écoulement des eaux.

 — S'il y a création de marais salants, l'abbé prendra, tant pour dîme que pour terrage, sur les bossis, la vingt-quatrième partie de leur produit. Il est enfin stipulé qu'il ne pourra être bâti aucun temple de la religion prétendue réformée, ni dit aucun prêche dans l'étendue des marais à dessécher (8).

 

En 1642, Henri de Béthune fit des arrangements avec le président François Brisson, qui lui céda tous les marais inondés dépendant de Maillezais, avec promesse de les faire dessécher dans quatre ans.

Alors il se forma une autre société pour exécuter les travaux; mais tous ceux qui avaient quelques droits, soit de parcours, soit de propriété sur les marais, firent entendre des plaintes.

Ce fut alors que les propriétaires obtinrent de faire eux-mêmes les desséchements, sous la conduite du sieur Petit.

L'un des fils de Nicolas Rapin était alors parmi les moines de Maillezais car le célèbre poète ne l'oublia pas dans le testament qu'il fit à cette époque c'est ainsi qu'il en parle :

 « Quant à mon fils François Rapin, religieux engagé à Maillezais, qui demeurera mieux partagé qu'aucun, s'il sait demeurer attaché à sa profession et conserver son bénéfice, je l'exhorte de vivre en amitié avec sa sœur, et l'aimer, secourir et assister, et servir en ce qu'il pourra pour la maintenir et lui conserver son bien et combien que je ne le puisse obliger à ce que j'ordonnerai du revenu de son dit bénéfice, qui est le meilleur moyen d'entretenir notre famille, et d'autant qu'il n'est raisonnable qu’il ait tout, je le condamne donc à donner tous les ans à ma fille, sa sœur, 500 livres; au petit posthume Rapin, 300 livres pour ses études; au petit Nicolas Rapin, fils de feu Nicolas Rapin, mon fils, tous les ans 150 livres à la petite Anne Rapin 150 livres; à Laurent Pien et Marie Joubert, tant qu’ils vivront, tous les ans 50 livres; audit Petit-Jean Cybart, tant qu'il vivra lui et sa femme, 50 livres; audit Charles Guilloteau, tant qu'il se tiendra au service de notre famille, tous les ans 500 livres.

 

 

 

 

 

Le Marin du Marais voyage à l’époque du dessèchement des marais par Henri de Béthune, évêque Maillezais (1640)<==.... ....==> Time Travel 1642, procès du contrat de baillette - François Brisson, Henri de Béthune évêque de Maillezais, Françoise de Foix

 

 

 


 

(1) Acte passé devant Guillemart et Dallet, notaires jurés en la châtellenie de Champagné, le 10 janvier - 1639. - - - .1

(2) François Brisson, fils d’autre François Brisson et de mademoiselle N. Goguet, succèda à son père, comme sénéchal de robe longue et président en la sénéchaussée de Fontenay, en 1601 ; il occupait encore cette charge en 1653. Il fut député par le Tiers Etat aux Etats généraux de 1614. Il était petit-neveu du célèbre Barnabé Brisson, dont l'équité était proverbiale et qui fut pendu par les Seize, en 1591. (V. Dictionnaire généalogique et historique du Poitou, par Filleau, Poitiers, Saurin, 1840. 2 vol. in-8°.)

(3) Ces associés étaient, outre ceux nommés dans le texte, Octavius de Strada, éc. seign. de Sarlièves et d'Aubière, Jacques Morienne, sr d'Astrie, Pierre Robert, Pierre Turpault, François Arrivé et Barnabé Brisson. (1ers statuts du 2 juillet 1641. Arch. de M. le chev. Hœufft van Velsen.)

(4) Les associés eurent comme concurrents Me Jean Rabillé, marchand, et M Louis Robert, qui offrirent jusqu'à la quinzième partie des blés des deux tiers destinés à être emblavés. Fillastre offrit la quatorzième (par exemple une gerbe sur quatorze. On verra que, dans le contrat de baillette, il promit même de donner la douzième), et personne ne faisant la condition meilleure, il avait été décidé que de nouvelles publications de ses offres seraient faites dans les paroisses déjà nommées.

(5) L'abbé de Moreilles était alors dans cette ville, aux Petits-Augustins, faubourg de Saint-Germain-des-Prés, Pierre Siette à l'hôtel des Trois Mores, au bout du pont Saint-Michel, et Pierre Fillastre, rue de la Huchette, « à la maison où pend pour enseigne les Trois-Chandeliers. » Le chanoine Le Maire représentait encore une fois les religieux de Moreilles et leur abbé.

(6) Ces métairies étaient les suivantes : le Passage la Roche, Chaillé, la Petite- Vacherie qui est dans les rouches, Botneuf, Sainte-Radegonde, la Grenetière, la Grande-Vacherie, Touthault et Cyronné.

(7) Il est spécifié que le journal ou arpent est de 900 toises de six pieds par toise et le pied de douze pouces de roi.

(8) Contrat de baillette reçu par Eustache Corneille et André Guyon, notaires au Châtelet de Paris, le 10 janvier 1642. A la suite se trouve la procuration de 1639; signée par Jean Seix, prieur claustral de l'abbaye Notre Dame de Moreilles, Dom Jean Chabot, sous-prieur et receveur, Dom Jean Felizot, Dom René Arrivé, Dom Pierre Chantoin et frère Robert Guyot, tous religieux de lad. abbaye. (Archives de M. Ernest Brisson, juge à Fontenay le-Comte.)