Voyage à l’origine du marais Poitevin - Dessèchement des marais aux XIIe et XIIIe siècles La Beraude sur la carte du Poitou par Pierre Rogier en 1579

Une trentaine d'abbayes possédaient des biens aux XIIe et XIIIe siècles, dans le marais. Quatre d'entre elles s'étaient même fixées sur des îles au cœur du pays Pictons : c'étaient les puissantes abbayes de Saint-Pierre de Maillezais et de Saint-Michel-en-l'Herm, et, plus modestes, celles de Notre-Dame de Moreilles et de la Grâce-Notre-Dame de Charron.

 

 

D'autres s'étaient établies sur les côtes dans le voisinage immédiat du marais, comme, en Aunis, les abbayes de la Grâce-Dieu et de Saint-Léonard-des-Chaumes, ou, en Poitou, celles de Nieul-sur-l'Autize, de Luçon et de Lieu-Dieu-en-Jard.

Certaines, beaucoup plus éloignées, avaient fondé des prieurés ou acquis des métairies sur ces terres nouvelles.

L'abbaye de l'Absie, en Gâtine, s'était fait concéder quelques marais à l'Anglée, sur les bords de la Vendée (1); l'abbaye de Bois-Grolland en possédait plusieurs à Champagné ; le prieuré de Vouillé relevait de Saint-Maixent, celui de Saint-Martin de Fontaines appartenait au lointain monastère de Marmoutiers (2).

 

Enfin l'ordre des Templiers, dont quelques membres desséchaient alors les lagunes de la Méditerranée. (3), était représenté en Bas-Poitou par la commanderie de Puyravault, dans l'île de Champagné, et par celle de Bernay, dans l'île de Marans.

Le marais du Commandeur est l'un des plus anciens marais desséchés du Marais poitevin encore en fonction.

Son dessèchement remonte en effet, semble-t-il, au 13e siècle lorsque les Templiers, dont la commanderie établie à Puyravault et auquel succédèrent en 1312 les hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, entreprirent de mettre en valeur les terrains situés au nord de l'ancienne île de Puyravault et Sainte-Radégonde-des-Noyers.

Cette ancienne île avait l'avantage de protéger ces marais du reflux de la mer.

Dès le XIIIe siècle les chanoines de la cathédrale de Poitiers possédaient des biens dans cette région; ils occupaient entre autres la terre dite des Chappellenies, au sud des coteaux de Champagné.

Trop éloignés pour pouvoir s'occuper du desséchement de leurs marais, ils se remettaient de ce soin à d'obligeants voisins, plus industrieux, qui, moyennant une certaine rétribution, leur prêtaient le secours de leurs canaux.

Le prieur de Puyravault, par exemple, recevait chaque année dix sols tournois de devoir noble pour entretenir les bots de clôture, et faire écouler les eaux des Chappellenies « dans son achenau de l'Ospital et puys en la mer »

 

L’église templière Notre Dame de l’Assomption de Puyravault

 

En 1300, la Commanderie est dirigée par Guillaume de Bléré. Il y fût le dernier Templier. C’est Frère Jean Le Sauveur, de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui est prieur à Puyravault, en 1439.

Notre Dame de l'Assomption est une construction massive aux murs épais, renforcée de contreforts peu saillants qui se retournent sur les angles. Ils montent jusqu’à la corniche habillée de modillons médiévaux couronnant les maçonneries juste en dessous de la toiture.

La façade de l’église surmontée d’un clocheton munis de deux cloches. La cloche la plus grosse, appelée Marie date de 1744.

Le bénitier près de la porte, est du XIIe siècle présente un calvaire surmonté d’une croix à cornes.

Elle est construite sur les propriétés du triangle rectangle de Pythagore. Classée Monument historique depuis 1991

Carte des Marais desséché de la Sèvre Abbaye Moreilles Marais du Commandeur de Puyravault

 

Description du marais du Commandeur

Le marais du Commandeur a été desséché selon le procédé de l'abotamentum déjà bien connu au Moyen Age: le périmètre à mettre en valeur est entouré d'un fossé de ceinture dont la terre enlevée est rejetée tout le long, formant une digue ou bot; un autre fossé de ceinture, dit ceinture extérieure (par opposition au premier, ceinture dite intérieure), est creusé de l'autre côté de la digue, du côté des marais restés inondables, en venant à son tour grossir la digue par la terre enlevée. Le périmètre ainsi protégé des inondations est drainés par la ceinture intérieure et par un réseau de canaux et de fossés, qui collectent ses eaux. Un canal principal conduit toute cette eau jusqu'à la mer.

C'est ainsi que le marais du Commandeur, d'une superficie de 745 hectares, est entouré par le canal de ceinture qui porte son nom et que longe une digue, le tout sur une longueur de plus de 8 kilomètres. Le canal de ceinture prend naissance au nord-ouest des terres hautes de Puyravault, à la bonde de Moque-Souris (ou vanne de la Buchette, où il est connecté au canal de Vienne), enserre les marais desséchés jusqu'au nord de la ferme de Sainte-Augustine, contourne à l'est les fermes du Fondreau et de la Martinière, puis rejoint les terres hautes de Sainte-Radégonde-des-Noyers au nord de ce bourg.

 Au centre du périmètre, le canal du Temple est le principal canal évacuateur de ses eaux. Après avoir traversé les terres hautes de Puyravault et de Sainte-Radégonde-des-Noyers, il poursuit sa route via le chenal de Galerne puis le canal de Vienne (qui a remplacé dans ce rôle, au l 7e siècle, le chenal de l'Epine).

 

 

Les parts n'étaient pas égales entre toutes ces communautés. Quelques-unes, particulièrement riches, éparpillaient leurs possessions dans tous les coins du marais, mais la plupart se confinaient dans le voisinage de l'Océan.

C'est là, dans le bassin du Lay et la partie inférieure du bassin de la Sèvre, que prenaient naissance les tentatives de desséchement les plus importantes.

 

Au- delà des îles d'Elle et de Marans, l'action des marées se faisant beaucoup moins sentir, l'assèchement des terres se trouvait retardé d'autant, puisque, comme nous le verrons plus loin, la formation des atterrissements était due à des alluvions d'origine maritime.

Une chronologie rigoureuse des desséchements serait difficile à établir et d'ailleurs sans grand intérêt.

Pour plus de clarté, nous étudierons région par région les travaux opérés, en respectant les divisions naturelles : marais du nord de la Sèvre, marais du sud de la Sèvre, marais du Lay.

 

Au nord de la Sèvre, les travaux commencèrent autour des îles de Moreilles et de Chaillé sous la direction des religieux de Notre-Dame de Moreilles.

Vers la fin du XIIe siècle, ils firent creuser un achenal ou canal de sept ou huit kilomètres de long, partant de l'extrémité nord de l'île de Chaillé pour aboutir à la boucle de la Sèvre appelée l'anse du Braud.

 

 

Cet achenal, qui apparaît pour la première fois en 1199, reçut le nom de Bot-Neuf, c'est-à-dire nouvelle digue, nom qui élargit singulièrement le champ des hypothèses et laisse entrevoir des tentatives antérieures (4).

Encouragé par ces premiers essais, frère « Ostensius », abbé de Moreilles (jusqu'en 1208) demanda aux seigneurs de Luçon et de Chaillé, Raoul de Tonnay et Pierre de Velluire, d'élever des bots et de creuser des achenaux à travers leurs seigneuries jusqu'à la mer.

 

 

L'autorisation accordée (1199) fut mise à profit :

Autour de Chaillé, et, un peu plus au nord, à l'Anglée, les religieux de Moreilles voyaient leurs efforts secondés par leurs confrères de l'Absie. Peut-être une association était-elle déjà en formation entre les deux abbayes au début du XIIIe siècle.

En tous cas, les clunisiens venus de la Gâtine déployaient autant d'activité que les cisterciens du marais.

Eux aussi construisaient des bots (5), faisaient des plans de canaux (6) : leurs marais entrèrent en pleine exploitation avec l'ouverture de l'achenal de l'Anglée.

« Or, pour revenir à parler des marais,» dit le chroniqueur Antoine Bernard, qui nous a rapporté les détails de cette entreprise, « ils furent tantôt épris de grandes rouches, de grands motreaux, et l'eau y étoit en toute saison jusque vers Luçon; et étant marais inutiles, fut fait remontrance à la cour par les seigneurs tant spirituels que temporels qu'on y eut égard pour amender, avaluer et améliorer les habitants des paroisses et pays circonvoisins, et y eut commissaires à ce députés, car la Vendée qui passe à Fontenay submergeoit et emplissoit ainsi ces marais, et ne pouvoient evacuer, et demeuroit comme eau endormie tout le temps d'été, car l'hiver elle passoit partout.

« Fut advisé qu'il seroit fait un bon, large et profond acheneau, ne gatant la terre que par un côté, qui prendroit au travers les terres de Vouillé rendant vers Marans, appelé le bot et acheneau de Langlée ; ainsi fut fait (7). »

 

 Cette œuvre importante, qui se place au début du XIIIe  siècle, avant 1217, réussit à souhait. A l'amorce du bot, une porte de fer, ménagée sous une arche, laissait passer l'eau selon les besoins.

Les religieux de l'Absie, évidemment compris au nombre des « seigneurs spirituels » de la chronique, purent à leur gré irriguer leurs marais pendant l'été, suivant la sécheresse plus ou moins grande, et, l'hiver, les garantir des inondations. « Tantôt après, les marais ne furent si inutiles, mais fort profitables, car auprès des terres furent faits des prés et les prés « s'augmentèrent, et le peuple nourrit du bétail pour sa valeur (8). »

Cependant le rayon d'action du nouveau bot demeura assez restreint.

Si les marais de l'Anglée et du Langon en tirèrent un certain profit, ceux de Vouillé et de Chaillé, plus éloignés, échappèrent en grande partie à son influence. Il fallut recourir à des remèdes plus efficaces.

C'est à ce moment sans doute que les religieux, qui jusqu'ici avaient procédé par tentatives, isolées, s'aperçurent que leurs efforts disséminés ne produisaient aucun résultat.

Les eaux ne s'écoulaient ni assez vite, ni assez complètement pour permettre un desséchement de quelque importance. Ils comprirent qu'il fallait agir d'après un plan général, et résolurent de grouper leurs ressources et leurs travailleurs.

Une des premières associations dont on trouve la trace, réunit les abbés de la Grâce-Dieu, de la Grâce-Notre-Dame-de Charron et de Saint-Léonard-des-Chaumes, qui possédaient en commun le marais des Alouettes, au nord de Marans.

A la fin du XIIe siècle, ce marais était encore inculte, coupé seulement çà et là de fossés destinés à la pêche.

 

 

En 1192, le seigneur de Marans, Geoffroi « Ostorius», le concéda à ces trois abbayes en désintéressant par des échanges les premiers possesseurs (9). Les associés se mirent à l'œuvre et leurs efforts combinés aboutirent à la construction du bot de l'Alouette (10).

Partant de l'île d'Aisne, ce bot passait par Ainette, appelée plus tard le Vigneau, et descendait en droite ligne vers la Sèvre. Un peu avant d'y arriver, il rencontrait l'écours ou cours d'eau de la Folie. Plus loin il traversait le Grand Bot qui longeait la Sèvre et en arrêtait les débordements. Enfin il rejoignait cette rivière, au sud de Labriant (11).

Bientôt, à côté de cette première association du marais des Alouettes, il s'en constitua une nouvelle, beaucoup plus puissante.

Elle groupait les abbés de cinq grands monastères: l'Absie, Saint-Maixent, Maillezais, Nieul-sur-l'Autize et Saint-Michel-en-l'Herm, tous possesseurs d'importants domaines autour de Chaillé et de Vouillé (12), tous intéressés à la création d'un canal aboutissant directement à la mer.

L'entreprise, analogue au Bot-Neuf des religieux de Moreilles, devait traverser les deux seigneuries de Chaillé et de Marans : le premier soin des associés fut de demander l'autorisation des seigneurs haut-justiciers.

Pierre de Velluire, sire de Chaillé, et Porteclie, sire de Marans, délivrèrent chacun séparément cette concession sous la forme d'une charte dont une ampliation fut remise à chacune des cinq abbayes.

L'achenal fut creusé. C'est celui qu'on désigne communément sous le nom de canal des Cinq-Abbés, un des plus importants du système actuel de dessèchement.

Il ne mesure pas moins de neuf kilomètres de longueur.

Son cours a peu varié pendant la période de sept siècles qu'il a traversée. Il part de la Perle, près de Vouillé, suit une direction nord-est, sud-ouest, jusqu'au Vigneau, à l'endroit appelé les Portes du Sableau, puis il décrit une courbe infléchie vers le sud pendant plus de la moitié de son parcours, et reprend, deux kilomètres environ avant son embouchure, sa direction primitive, pour tomber dans l'anse du Braud.

 

 

Au XIIe siècle, on avait probablement établi sur son parcours deux portes mobiles et deux déversoirs pour réglementer le cours des eaux.

Au Sableau, un pont assurait les communications entre Chaillé et Marans ; un peu plus en aval, le nouvel achenal coupait le bot de l'Alouette, dont l'importance se trouvait de ce fait très amoindrie.

D'autres canaux, creusés à la même époque et peut-être même antérieurement, se combinaient avec les précédents pour assurer l'écoulement des eaux. C'étaient, autour de Chaillé, les canaux de Morillon, de l'OEuvre-Neuf et de la Tranchée, et plus au nord, l'Achenal et le Contrebot-le-Roi.

« Il parait par un écrit sans date, mais certainement très « ancien, dit Cavoleau dans sa Statistique, que trois autres « canaux, dont l'origine n'est pas connue, désignés sous le « nom d'étier de Chaillé, d'étier de Morillon, et d'achenaut « de la Tranchée, versaient dans la partie inférieure de la « Sèvre et, de là, dans le golfe de l'Aiguillon une partie des « eaux qui couvraient ces marais (13). »

Il est regrettable que Cavoleau n'ait pas cité la source où il a puisé ces renseignements, car, si l'étier de Chaillé peut être assimilé au bot de l'Alouette dont nous venons de parler (14), nous n'avons jusqu'à présent trouvé nulle trace de l'achenaut de la Tranchée (15).

Quant à l'étier de Morillon, voici quel était son cours : Partant du Rocher de Chaillé, il prolongeait en quelque sorte le bot de Vendée, et, après avoir desséché les marais des abbayes de Maillezais et de Nieul à l'est de Chaillé, rejoignait à trois kilomètres de là un autre bot, le bot de l'OEuvre-Neuf (16).

Ce nouveau bot, dont l'existence nous est ainsi indirectement révélée, était désigné de cette façon pour le distinguer du bot de l'OEuvre à Champagné. Commençant à l'extrémité de l'étier de Morillon, il descendait en droite ligne à la Perle, puis décrivait une courbe à l'est jusqu'au Sableau. De là il rejoignait la Sèvre en aval de Marans, en faisant un léger coude vers l'ouest (17).

 

 

L'OEuvre-Neuf, de même que l'étier de Morillon, doit être attribué en toute certitude aux religieux de Maillezais et de Nieul-sur-l'Autize, mais l'époque de son achèvement dans le courant du XIIIe siècle reste indéterminée (18). Nous avons en revanche, la date précise d'une œuvre beaucoup plus importante, la plus considérable qui ait été entreprise avant le XVIIe siècle, l'Achenal-le-Roi, creusé par les soins de Philippe III le Hardi en 1283.

Les circonstances qui ont amené l'ouverture de ce canal sont assez curieuses et méritent d'être exposées.

Le percement des achenaux avait transformé le marais, amenant de grands changements dans l'économie rurale de la région. Les villages de la plaine s'approvisionnaient de fourrage aux prairies nouvelles, et y menaient paître leurs bestiaux. Les localités voisines voyaient leur population s'accroître (19). Des routes s'établissaient, répondant à un besoin de communications rapides et sûres.

Pour traverser la Vendée, entre le Poiré et Velluire, on avait substitué à l'ancien gué une chaussée praticable, sous laquelle étaient ménagées des arches pour laisser passer l'eau. Le nouveau pont ou Pontreau (20) manquait d'ouverture, « les eaux étoient retenues et ne passoient à l'aise partout» La différence de niveau, assez sensible, qui en était résultée, avait même permis l'établissement d'un moulin et d'un canal de dérivation. En construisant ce pont, les habitants de Velluire ne s'étaient nullement inquiétés des conséquences que leur entreprise pouvait entraîner.

 

 

L'été, tout allait bien, mais l'hiver les eaux montaient rapidement en amont de Velluire, menaçant d'inonder les lieux bas. Les chemins qui menaient de Charzais à Fontenay le Comte se trouvaient particulièrement exposés: les habitants du faubourg des Loges, dont les maisonnettes bordaient la route, restaient à la merci d'une crue un peu forte.

« Et ainsi, comme les annees ne sont toutes semblables, en vint une en laquelle l'eau croissoit à vue doeil ; s'assemblèrent rue des Loges et avisèrent de secretement venir rompre les chaussees du Pontreau et bot de l'Anglee ce qu'ils firent de nuit. Et les eaux appetiserent et ne furent très long en danger, et s'augmenterent de jour en jour ces breches faites audit Pontreau et bot de l'Anglee (21) et ne furent reparees que bien petit, tellement que les eaux étant grandes ne.laissoit point à passer et multiplioit les breches, et en fut fait encore d'autres. »

Ainsi, dans leur terreur de l'inondation, les Fontenaisiens ne s'étaient pas contentés de démolir le Pontreau qui faisait seul obstacle au cours de la Vendée, ils avaient aussi, fort inutilement, provoqué la destruction du bot de l'Anglée qui ne pouvait avoir sur l'élévation des eaux qu'une influence très secondaire. Ils sauvèrent le faubourg des Loges, mais causèrent la perte du marais : « Les eaux allèrent partout et fut le péril et dommage pis qu'auparavant et dura longtemps. »

Si les habitants des paroisses voisines avaient pu s'entendre pour réparer immédiatement les premières brèches, nul doute que leur intervention n'eût enrayé les progrès de l'inondation. Mais, comme le dit si bien maître Bernard, chacun tendoit que pour soi qui est le moyen de la perdition, anéantissement et ruine d'une paroisse ».

D'ailleurs, les Fontenaisiens se seraient sans doute opposés de toutes leurs forces au rétablissement des digues qu'ils regardaient, à tort ou à raison, comme une menace perpétuelle pour leur sécurité.

Cependant la situation s'aggravait : « les prés étoient submergés et ne pouvoient avoir de foin et de marais pour nourrir les bêtes. »

 On eut encore une fois recours au roi.

« Considérant qu'autrefois leurs predecesseurs y avoient peiné et mis l'œil, les habitants de cinq paroisses, Coussais, Le Langon, Mouzeuil, Velluire et Sainte-Gemme, s'assemblèrent, nommèrent des procureurs et les envoyèrent à la Cour exposer leurs doléances.

Leur requête accueillie, des commissaires vinrent examiner l'état des lieux : ils prirent conseil des abbés de Moreilles, Saint-Michel, Maillezais, l'Absie et Saint-Maixent, et, d'accord avec ces hauts personnages, décidèrent d'ouvrir un nouveau canal, espérant ainsi concilier les intérêts opposés de Fontenay et des villages du marais.

Ce canal, creusé en 1283, reçut le nom d'Achenaud-Neuve, ou mieux d'Achenal-le-Roi.

Il avait été décidé que cet achenal partirait de l'extrémité nord du bot de l'Anglée pour se diriger «le plus droit possible » vers Luçon. En réalité, son parcours n'était rien moins que droit.

 

De l'Anglée il suivait une direction est-ouest jusqu'au Bouil, puis il remontait vers le nord-ouest et décrivait une large courbe pour aller tomber, non pas à Luçon, mais dans l'achenal de Luçon, à un kilomètre environ au sud de la ville (22).

Cette vaste ceinture (23), entourant les marais desséchés sur une longueur de dix-neuf kilomètres, se complétait par le Contrebot-le-Roi.

C'était, comme son nom l'indique, un canal creusé au pied d'une digue ou bot. Il recevait les eaux descendant de la plaine, et les écoulait dans l'Achenal-le-Roi au moyen d'arches de pierre ménagées dans le bot et fermées de vannes comme celle du bot de l'Anglée (24).

Le Contrebot-le-Roi, contemporain de l'Achenal, partait comme lui de l'Anglée et se dirigeait aussi vers Luçon, mais longeait de plus près les terres hautes.

Il passait près du Breuil et au sud du Langon, au lieu -dit la Nouère. Au -delà, il suivait une direction sensiblement parallèle au cours de l'Achenal-le-Roi jusqu'à la hauteur de Nalliers. Il ne semble pas avoir été poussé plus loin que ce dernier point (25).

L'Achenal-le-Roi et son contrebot furent creusés aux frais de douze paroisses. L'historien du Langon, qui nous donne ce chiffre, soit négligence, soit mauvais calcul, n'en nomme que onze (26). Aux cinq premières, auxquelles appartient l'initiative de l'entreprise : Le Langon, Mouzeuil, Velluire et Sainte-Gemme, il faut ajouter Auzay, Petosse, L'Hermenault, Pouillé, Saint-Valérien et Saint-Laurent-de-la-Salle.

Parmi ces paroisses, quelques-unes sont très éloignées du marais, ce qui vient confirmer ce que nous disions tout à l'heure des changements économiques provoqués par les dessèchements.

Tandis que les marais du nord de la Sèvre subissaient cette transformation, des travaux analogues étaient entrepris au sud par les mêmes religieux, mais dans un cadre beaucoup plus restreint.

Au premier rang, et la première en date, apparaît l'abbaye de la Grâce-Dieu.

 Au milieu du XIIe siècle, Louis VII et sa femme Aliénor d'Aquitaine l'avaient dotée d'importants marais auprès d'Andilly, faisant entrer dans leur concession toutes les terres que les religieux pourraient soustraire aux inondations de la mer et des rivières pour les mettre en culture (27).

 Les moines s'empressèrent d'accroître leur nouveau domaine en sollicitant des seigneurs du pays plusieurs marais voisins (28), et se mirent immédiatement à l'œuvre.

Dans les dernières années du XIIe siècle, les travaux préliminaires étaient achevés, mais l'opération nécessitait, avant d'être menée à bonne fin, l'ouverture d'un canal d'évacuation.

Pour répondre à ce besoin, Guillaume, sire de Marans, accorda, en 1200, aux dessiccateurs le droit de faire écouler les eaux de leurs marais à travers sa seigneurie, soit dans la Sèvre, soit dans la mer (29).

Les religieux profitèrent de la double autorisation : ils endiguèrent leur enclos de La Brie, de façon à diviser en deux bras les eaux de la Curée descendant de Nuaillé. Un des bras fut dirigé vers la mer en passant par Sérigny et Andilly, l'autre s'écoula vers Marans et alla se perdre dans les marais de la Sèvre. Le premier fut appelé bot de Brie et achenal d'Andilly; le second resta quelque temps sans dénomination spéciale.

Au XIVe siècle, l'établissement d'un ouvrage de défense avancée dépendant de Marans le fit appeler bot de la Barbecane.

Un peu plus à l'est, dans les marais de la Brune, les religieux de Saint-Léonard-des-Chaumes et les templiers de Bernay avaient entrepris également des dessèchements.

Comme leurs confrères de la Grâce-Dieu, il leur avait fallu se garantir des eaux de la Curée, seules redoutables, puisque l'île de Marans opposait une digue naturelle aux eaux de la Sèvre.

Dans ce but, ils avaient édifié le long des terres hautes de Suiré un bot désigné sous le nom de bot de l'Angle (30), au pied duquel coulait un achenal appelé, comme celui de Philippe le Hardi, Achenal-le-Roi (31).

Cet Achenal-le-Roi, deuxième du nom, déversait ses eaux dans l'achenal d'Andilly, ce qui ne laissait pas d'incommoder les religieux de la Grâce-Dieu. A plusieurs reprises, ceux-ci réclamèrent.

Mais en 1244 un accommodement rétablit la paix entre Pierre Boson, commandeur du Temple, et frère Guillaume, abbé de la Grâce-Dieu (32).

Bien plus, en février 1249 (33), Pierre Boson, associé à l'abbé de Saint-Léonard-des-Chaumes et à deux autres propriétaires delà contrée, demanda à l'abbé Guillaume la permission de relier le bot de l'Angle au bot de Brie, espérant par cette jonction fermer aux eaux descendant de Nuaillé l'accès des marais de la Brune.

L'abbé de la Grâce-Dieu, dont les marais étaient en grande partie desséchés, s'intéressait médiocrement aux tentatives qui pouvaient se faire hors de son enclos ; mais, comme il lui restait encore quelques marais inondés du côté de la Brune, il accorda la permission demandée. Pour sa part, il s'engagea à entretenir son achenal et à l'élargir jusqu'à concurrence de vingt-cinq pieds afin d'assurer aux eaux un écoulement plus rapide. Ces dispositions l'avantageaient autant que ses associés ; pourtant, il leur réclama en retour la somme de deux cent soixante livres poitevines.

 L'abbé de Saint-Léonard et le commandeur du Temple passèrent par ces conditions, mais ils évitèrent dans la suite de s'adresser à un voisin aussi exigeant.

La jonction des bots de Brie et de l'Angle était forcément imparfaite : pour ne pas léser les intérêts des manants de Sérigny et de Marans, il avait fallu réserver un passage à la circulation des bateaux (34), et les eaux continuaient à affluer vers la Brune en trop grande abondance.

En outre, l'achenal d'Andilly n'offrait qu'un débouché insuffisant, et les religieux de la Grâce-Dieu, en dépit de leurs engagements, se refusaient sans doute à de nouveaux travaux de récurement ou d'élargissement.

En juin 1270, quatre grands personnages : Raoul, abbé de Maillezais, Pierre, abbé de Saint-Michel-en-l'Herm, Pierre, abbé de Saint-Léonard-des-Chaumes et Jean le Français, maître du Grand Prieuré d'Aquitaine, se réunirent pour aviser à l'amélioration des marais.

Ils reconnurent tout l'avantage d'ouvrir jusqu'à la mer un achenal direct qui leur appartiendrait en propre, et les dispenserait d'emprunter celui d'un voisin. Ils entreprirent à frais communs le creusement d'un canal depuis le pont de la Brune, sur la limite du clos de la Grâce-Dieu, jusqu'au lieu appelé le Port des Pêcheurs (35).

C'est l'achenal de la Brune, qui suivait une direction est-ouest pendant la moitié de son parcours, puis faisait un angle presque droit pour tomber dans la Sèvre entre Charron et Marans (36).

Le système de dessèchement constitué par l'achenal d'Andilly, l'achenal de la Brune et l'Achenal-le-Roi, se complétait à l'aide de canaux et de bots secondaires assez difficiles à identifier.

 Où faut-il placer le bot de Meodrie ou Maudrias (37) et le Bot Neuf ou bot des Templiers (38) qui tombaient tous les deux perpendiculairement dans l'Achenal-le-Roi ? puis, plus à l'ouest, le canal de Cosses, sans doute creusé par les religieux de Maillezais, descendant des terres hautes de Marans vers le bot de la Barbecane ? On ne sait pas davantage où situer le bot de Vaire, qui séparait de la mer le clos de Brie, ni le bot de Saint-Cyre qui longeait

les marais de la Brune, tous deux l'œuvre des religieux de la Grâce-Dieu.

Voilà ce que nous savons des desséchements entrepris au XIIIe siècle dans le bassin de la Sèvre.

Les routes d'eau n'étaient pas toujours praticables. Les écluses et les bouchauds, établis en travers de leur cours, ne laissaient aux barques qu'un étroit passage, et forçaient le batelier à déployer beaucoup d'adresse pour éviter les abordages. Quant aux moulins, ils eussent arrêté complètement la circulation, si leur construction avait été tolérée sur les voies navigables (39).

Enfin, les routes d'eau restaient soumises au hasard des inondations et des sécheresses de l'été. En hiver, il n'y avait sans doute que des crues tout à fait exceptionnelles capables de nuire à la navigation, mais fréquemment, pendant l'été, la chaleur laissait trop peu d'eau aux canaux et aux rivières pour « porter vaisseaux (40) », et mettait les fossés complètement à sec. Le voyageur aux marais devait alors échanger son bateau pour un cheval, et abandonner la voie d'eau pour la voie de terre.

Il n'y avait pas d'autre chemin de terre que le bot. Cette levée protectrice, qui courait le long du canal et le suivait dans sa traversée du marais (41), avait toujours une élévation suffisante pour n'être pas couverte par les crues les plus hautes, et une largeur à proportion pour résister aux poussées des inondations. Sur son sommet, il avait été facile d'aménager, sans grand travail, une route accessible aux charrettes, « ung chemyn charrault comme on disait parfois.

Toute voie nouvellement créée commençait par être privée. L'abbé ou le seigneur qui creusait un achenal ou élevait un bot s'en réservait naturellement la jouissance exclusive. Mais, bientôt, des voisins, profitant d'une certaine tolérance ou d'un défaut de surveillance, usaient eux aussi du canal ou du bot pour se rendre où les appelaient leurs occupations. Peu à peu, ces cas isolés se multipliaient, devenaient une habitude, et la voie passait ainsi du domaine privé au domaine public.

Cette transformation ne s'opérait pas sans une vive opposition de la part du propriétaire, mais le temps avait raison des résistances les plus opiniâtres.

Lorsque les religieux de Moreilles, au début du XIIIe siècle, entreprirent la construction du bot de Vendée, les habitants de Chaillé, intéressés au premier chef, prétendirent au droit de circuler par terre et par eau sur ce bot.

Dès le milieu du XIIIe siècle, des contestations s'élevèrent entre manants et religieux. L'abbé de Moreilles, frère Aymeri, chercha à se concilier la faveur du seigneur de Chaillé, et obtint de lui qu'il ne soutiendrait en aucune façon les prétentions de ses hommes.

Ceux-ci, abandonnés de leur seigneur, trouvèrent une puissante alliée dans l'abbaye de Maillezais.

La cause fut portée devant le Parlement, et, en 1317, un arrêt contraignit les religieux de Moreilles à ouvrir à tout venant le bot de Vendée pour se rendre à Luçon ou ailleurs (42).

Ce fut depuis une des principales routes du marais.

Dans cette affaire les paysans n'obtinrent sans doute gain de cause que parce qu'il s'agissait d'une grande voie de communication, mais il n'en était pas de même des droits de passage sur une terre ou un cours d'eau accordés, gratuitement ou non, par un propriétaire à son voisin et par un seigneur à ses sujets (43).

 Ces droits restaient longtemps dans le domaine privé.

 Difficilement obtenus, ils étaient jalousement gardés par leurs détenteurs. Dans un pays aussi morcelé que le marais, des concessions mutuelles s'imposaient il suffisait de la mauvaise volonté d'un propriétaire pour empêcher son voisin de rentrer ses récoltes ou de mener paître ses bestiaux.

De là, des procès incessants. La clause bien connue « avec ses entrées et issues », qu'on insérait dans les contrats de vente, devenait plus nécessaire que partout ailleurs. On voyait même certains seigneurs faire figurer dans leurs aveux un simple droit de passage (44), pour lui donner une sorte de consécration officielle (45).

A ces chemins privés, qu'une concession bénévole ou intéressée rendait à moitié publics, il faut rattacher les nombreux chemins d'intérêt local qui servaient aux habitants d'un même village pour conduire leurs bestiaux au marais commun, ou pour rentrer les bourrées et les rouches qu'ils cueillaient à titre d'usagers.

Les Langonnois possédaient à eux seuls quatre chemins de ce genre pour se rendre à leurs marais le bot de la Grange-l'Abbé, le bot de la Cruzilleuse ou de la Cruzellerie, le pas de Claiz-Baritaudière et le pas de la Prée-Clouze (46).

L'usage de ces « chaussées communaults,» de ces « chemins à usage de marois, comportait certains devoirs, tous relatifs à l'entretien.

A Mouzeuil, où trois chemins différents donnaient accès aux marais communs, il y avait deux régimes en vigueur pour l'entretien du Bot-Neuf, les usagers fournissaient une corvée par feu, et pour les bots d'Estivaulx et de l'Homme, ils payaient un droit d'avenage aux propriétaires qui s'engageaient à faire exécuter les réparations nécessaires (47).

 

 

 

 

 Bulletins et mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

Inventaire topographique Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin

 

 

L' histoire du Marais-Poitevin, les premiers dessèchement du Bas Poitou. (Moyen-Age)<==.... ....==> Le Marais Poitevin sous les Plantagenêt (Time Travel - Golfe des Pictons)

 

 

 

 

 


(1) 1158. Arch. hist. du Poitou, t. XXV, p. 117.

(2) Pour tous ces noms, voir Aillery, Pouillé de l'évêché de Luçon.

Pour Bois-Grolland, Cartulaires du Bas-Poitou, pp. 261-268.

(3) Brutails (J.-A), les Populations rurales du Roussillon au moyen-âge. Paris, 1891,in-o, p. 4.

(4) V. pièces just. II, IX, X. — 1599, 28 janvier : «  Et estant au dessoubz le bourg de Sainte Radegonde. avont trouvé l'achenal du Bot-Neuf, lequel commence et prend son cours en la rivière et achenal de la Vendée au lieu appellé la Bande, près le bourg et isle de Chaillé, et s'escoule et descendent le dict achenal en la mer ». Procès-verbal de visite des achenaux. Arch. Nat. QI 1597, fol. 26. — C'est à peu près le tracé du canal actuel du Clain. — Cf. Cadastre : Arceau du Booth-Neuf.

(5) 1211. « Petrus de Voluirio, dominus de Chaillé, dedit ecclesiae Beati Vincenlii de Niolio, cum assensu filiorum suorum Arvei et Petri medietatem que est inter maresium de Gratia Dei et botum de Absia ad censum 5o solidorum.

Actum apud Chaillé, anno 1211, in presentia Stephani Malleacensis et Aimerici de Niolio, abbatum, Willelmi de Bioloet, militis. »

Bibl. Nat., coll. Duchesne, vol. 75, fol. 4o.

(6) 1211. « Excepto primo boto et excursu de Challeio, que prima vice a monachis debent fieri, et si, postea, aliquid emendandum fuerit, diclus miles terciam panem sicuti ia aliis mittel. » Accord entre les religieux de l'Absie et le chevalier Bridier. Arch. hist. du Poitou, t. XXV, p. 140.

(7) Chronique du Langon, p. 19. — Cf. Carte de l'Etat-Major.

(8) Chronique du. Langon, p. 19.

(9) Arch. Hist. Saintonge et Aunis, t. XI, p. 25.

(10) Ce nom apparaît pour la première fois en 1273 dans un accord entre Aymer Leveer et l'abbaye de Saint-Léonard sur une écluse tenant « au bot de l'Aloete de Charons ». Bibl. La Rochelle, ms. 325, fol. 158.

(11) 1241, mars (n. st.). « Botum quol est super canale ipsorum abbatum et conventuum, deversus terram nostram de Labruent. » Accord entre les abbés des Alleux, de la Grâce-Dieu, de Charron, de Saint-Léonard et de Bonnevaux. Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XI, p. 26. - 1596, 16 septembre. « Item la moitié d'un jardin sis audict Marans, appellé la Folye. tenant au grand chemin comme l'on va de Marans au Collonbin et d'aultre costé aux Grands Bosts. ) Vente par Christophe Goguet à Pierre et Etienne Franchards. Arch. Nat., P 773, 71. — Le Grand Bot est sans doute l' « Ancienne Digue » de la carte de Cassini.

(12) V. pièce just. III, et ci-dessus, p. 28, n. 4. — 1207. Don par Pierre de Velluire aux abbayes de Maillezais et de Nieul du marais d'Aimeri de Reisse. D. Fonteneau, t. XXV, fol. 893. Cf. Lacurie, p. 295. — Le prieuré de Vouillé relevait de Saint-Maixent et celui du Langon de Saint-Michel-en l'Herm. Cf. Aillery : Pouillé, pp. 162 et 178.

(13) Statistique de la Vendée, p, 66.

(14) Le « botum de Challié » de 1217 (pièce just. VI) serait un prolongement du bot de l'Alouette entre Aisne et Chaillé (?)—V. ci-dessus p. 28,n. 5.

(15) C'est peut-être tout simplement le Lay, appelé encore achenal de Saint-Benoît ou de la Tranchée. V. pl. IV et V.

(16) V. pièce just. XX. — Le Rocher de Chaillé, partie de l'île la plus rapprochée de Moreilles, devait être le Gros-Morillon cité par A. Bernard (Chron. du Langon, p. 91). -- Lieu dit : Sous-le-Bot, près du Rocher. Cadastre.

(17) V. pièce just. XX. — 1293. « Et ex alio capite juxta botum excursus Operis Novi Malleacensis et Nyolii super Altisiam. » Cité par Arcère, t. I, p. 24. — 1494. « Le tout faire en façon et maniere que les vaisseaulx puissent monter et descendre par la riviere de la Sevre jusques a l'entree de l'acheneau de l'Ouvre-Neuf. » Bail des fermes du domaine du roi à Niort. Arch. Deux-Sèvres, C 58. Cf. Gouget : le Commerce à Niort, p. 44.

— Sur le plan cadastral le canal compris entre la Perle et Poil-Rouge est dit du Livre Neuf. Les marais qu'il longe à l'occident sont appelés de Niel.

(18) Nous les croirions volontiers antérieurs au canal des .Cinq-Abbés qui ne pouvait vraisemblablement pas prendre naissance directement dans le marais.

(19) « Et étoit peuplé de maisons jusque vers l'église de Notre-Dame de Coussaye qui est l'église paroissiale du Poiré et de l'Anglée. » Chronique du Langon, p. 20. — Actuellement cette église est en ruines et les abords en sont déserts. Cf. B. Fillon : Poitou et Vendée; Armes trouvées dans la Vendée, p. 2.Tous les renseignements qui vont suivre sont puisés, sauf avis contraire, à la Chronique du Langon.

(20) 1583, 9 juillet. « Le port appellé le Ponthereau. l'achenal ou cours d'eau du Ponthereau. » Vente de Barnabé Brisson à Jean Bigeault. Arch. Vendée, E 41. — Cf. Cadastre

(21) Ces brèches furent peut-être faites au lieudit la Hutte de la Crevasse.

(22) Carte de 1696. Arch. du Ministère de la Marine ,53, 19. — Carte de Jaillot, 1707. - Carte de Masse, 1756 (en tête de l'Histoire de la Rochelle du P. Arcère).- L'ancien tracé de l'Achenal-le-Roi est encore très visible à travers le communal du Langon.

 

(23) L'Achenal-le-Roi, recreusé au XVIIe siècle, n'a reçu que tardivement le nom de Ceinture des Hollandais.

(24) 1565, 3o décembre. « Une prée … assise près le Breuil, tenant…. d'un bout au Contrebot le Roi. » Bail à cens par Jean Depons à divers habitants du Langon. Arch. comm. du Langon. — Au- delà de la Nouère, le contrebot est nettement marqué sur les cartes de l'Etat-Major. — V. p. 16 n. 4

(25) Au XVIe siècle, on voyait encore au Langon les ruines d'une de ces arches. Cf. Chronique du Langon, p. 23.

(26) La douzième était sans doute Nalliers citée par Cavoleau à la place de Coussais (Statistique de la Vendée, p. 68), ou Saint-Aubin-de-la-Plaine, qui avait incontestablement des intérêts au marais : 1460, 20 décembre.

«  Le chemin par où l'on vait de Sainet Aulbin aux maroys qui sont entre le Pas de Seillers et Chevrettes, appellés le Port Aulbinoys. » Aveu de François du Bouchet, seigneur de Sainte-Gemme. Bibl. Niort, cart. 144, n°1 fol 31.

(27) 1147. Luchaire (A.) : Étude sur les actes de Louis VII. — Paris, 1885, in-4°, n° 176, pp. 156 et 378.

(28) Concessions de Robert de Montmirail, sénéchal de Poitou, et de Pierre Bertin, prévôt de Benon, à Sérigny et dans la seigneurie de Marans, confirmées en 1190, 7 mai, par Richard Cœur-de Lion. Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXVII, p. 140.

(28) 1200, décembre. « Preterea concessi ut omnes terras suas, et quas habent in alterius dominio, liceat eis exaquare per dominium Mareanti, cursumque aquarum quocunque et quacunque voluerint dirigere, sive in mare, sive in Severim, salvo jure hominum meorum. « Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXVII, p. i/j5.

(29) 1246, octobre. « Quod exclusellum nominatur Roions, et protenditur in longum a boschello de Petra usque ad botum de l'Angle. » Concession d'Etienne Pelletier de la Roche-Bertin à l'abbaye de Saint-Léonard-des Chaumes. Bibl. Nat., ms. lal. 9231, fol. 2.

(31) Une note explicative écrite au bas de la transaction de février 1249 (v. ci-dessous, n..2) dit: « Le canal de l'Angle est à présent l'Achenal Royal.» Certains textes semblent bien corroborer cette opinion : 1550, août. « Ung bot et foussé estans entre les maroys de ladicte seigneurie de Bernay de grande longueur comme d'un quart de lyeue, lequel. se tient d'ung bout a l'Achenau le Roy et d'autre bout es terres de Pierre de Sansecque, escuier, et à celles de ladicte seigneurie de Bernay. » Enquête au sujet du droit de pêche dans un achenal de Bernay. Arch. Vienne, H3 961, 38. —

D'autre part, on trouve un Booth-le-Roi perpendiculaire à la Sèvre, à l'ouest de l'île de Marans (Carte de Maire 4 B), et un troisième Achenal-le-Roy descendant de Saint-Xandre : 1467, 9 avril. « Et dudict moulin de Moillepié ma dicte terre se extend tout le long de l'achenau appellée l'Achenau du Roy jusques au carrefour du maroys Guyaut. » Aveu de la Sauzaye et du Petit Fief-le-Roy. Arch. Nat., P 585, fol. xjx. — Nous croyons devoir identifier le premier de ces trois canaux au canalis regius que nous trouvons au XIIIe siècle.

(32) 1244. « Gulielmus abbas paciscitur cum Petro Bosone, preceptore militiæ templi apud Rupellam, pro Canali Regio. » Cité par Arcère : Histoire de la Rochelle, t. I, p. 19.

(33) Tous les renseignements qui vont suivre sont empruntés, sauf avis contraire, à l'accord entre l'abbé de la Grâce-Dieu et celui de Saint-Léonard.

—Arcère,t. II, p. 631.- Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXVII,p. 162.

(32) 1244. « Gulielmus abbas paciscitur cum Petro Bosone, preceptore militiæ templi apud Rupellam, pro Canali Regio. » Cité par Arcère : Histoire de la Rochelle, t. I, p. 19.

(33) Tous les renseignements qui vont suivre sont empruntés, sauf avis contraire, à l'accord entre l'abbé de la Grâce-Dieu et celui de Saint-Léonard.

—Arcère,t. II, p. 631.- Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXVII,p. 162.

(34) Ib. — V. aussi p. 39, n. i. — 1248, 2 février (n. st.) « Expleta…. De abbate Sancti Leonardi. xxv. libras pro boto claudendo salva deliberatione aque. » Comptes d'Alphonse de Poitiers. Arch. Nat., KK 376, fol. 142. Arch. hist. du Poitou, t. I, p. 194.

(35) D. Fonteneau, t. XXVII ter, p. 207. — Publ. Arcère, t. II, p. 633.

— Lacurie, p. 327. — Massiou, t. II, ire partie, p. 4 6 1. — Le Port des Pêcheurs portait encore ce nom au début du xive siècle. Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXII, p. 169.

(36) L'achenal de la Brune existe encore intégralement sous le nom de Vieilles Brunes. Cf. Carte de Maire, 3 B, et Cadastre.

(37) 1278, 31 octobre. « Universa maresia. quae sita sunt juxta bocum nomine Templariorum, ex una parte,et juxta bocum situm juxta pontem Meodrie ex parte altera ; et protenduntur dicta maresia in longitudine a pratis et terris cultis antiquis quœ silse sunt inter duos locos praedictos usque ad bocum de Fluyre et a dicto boto novo Templariorum usque ad dictum bocum juxta pontem deMeodrie in laliiudine. » Don de Regnaut de Pressigny à l'abbaye de Maillezais.- D. Fonteneau, t. XXV, p. 241.— Lacurie, p. 338.

— Au lieu de bocum, lire botam, et au lieu de Fluyre, Suyré : le bot de Suiré devait être le même que le bot de l'Angle.- V. ci-dessus, p. 3g, n. 3.

(38) V. ci-dessus, n. 3.- 1540, 2 avril. « Et Bot Neuf contenant vingt journaux ou environ. tenant d'un costé aux maroix de Cosses, d'aultre costé aux maroix appellée le maroix de Saint Michel estant dudict maroix de Cosses, d'un bout à l'Achenal le Roy et d'autre bout es terres dudict lieu de Bernay et Cosse. »

Déclaration des biens de la commanderie de Bernay. Bibl. Nat., Dupuy 822, fol. 239.

(39) 1430, 7 mars. « Comes comitatus Pictaviae qui plura bona praesertim duo molendina. … ob constructionem cujusdam portus sue ville Niorte, destruxit. » Requête adressée au pape Martin V par l'abbaye de Saint- Liguaire. Denifle, la Désolation des églises de France, t. I, p. 181. Il y avait des moulins à Moricq (1211. Cartalaires du Bias-Poitou, p. 110), à Coulon (1246. Arch. hist. Poitou, t. IV, pp. 4 et 120). Sur le Lay, le droit de «  faire et aver moulins » appartenait au seigneur de Saint-Benoit (aveu de 1529. Arch. Vendée, Talmont 28). Le moulin de Coulon, que l'on retrouve au XVe siècle (Terrier de Benêt. Arch. Nat., P 1037, fol. 6 v.), était très probablement établi sur un canal de dérivation, comme le « moulin à eau des marestz » établi sur un des bras de la Sèvre à Marans (1596, 19 septembre. Vente par Christophe Goguet. Arch. Nat., P 773,71). Quant aux bouchauds contre lesquels s'élève La Bretonnière (p. 71), il y en avait encore vingt-quatre sur la Sèvre au début du XIXe siècle. Cf. Pettit, p. 15.

(40) Cf. Chronique du Langon, p. 204.

(41) Beaucoup d'anciens achenaux ont été transformés en chemins par suite de l'habitude de circuler sur les bots; nous citerons deux exemples caractéristiques l'achenal du Langon ou de l'Œuvre-Neuf sur le tracé duquel a été établie la route nationale n» 137, et l'achenal de la Grenetière, qui au XVIIIe n'était plus qu' « un chemin qui traverse le marais de Champagne ». 1770, 14 décembre. Bibl. Niort, cart. 144, fol. 56.

(42) 1317, juillet. Arch. hist. Poitou, t. XI, p. 158. V.

(43) Av. 1187. « Et quidquid mei juris in via a domo usque ad maresium. » Arch. hist. Poitou, t. XXV, p. 210. - 1219. « Super quadam via quam predictus prior dicebat se debere de jure habere, in eundo et redeundo a suis molendinis in prato sub meleria….. hanc viam concesserunt sepe dicto priori et domui de Fontanis et hominibus et animalibus sine quadriga. » Accord entre Aimeri de Moricq et les religieux de Fontaines. Cartulaires du Bas-Poitou. 118. - 1291, 24 janvier (n. st.). « Item liberum exitum et regressum ad eundum et redeundum homines et animalia sua, quotiescumque sibi necesse fuerit etviderint expedire, per maresia sua de Chepdeneye usque ad terras arabiles de Chepdeye. Don d'Hugues d'Allemagne aux religieux de Maillezais. D. Fonteneau, t. XXV, fol. 237. Lacurie, p. 341. V.

(44) 1399, 27 juin. « La Brie que je ne met point en mon adveu senon touz les passages et chemins pour amener les foins et bourrées d'Alon, tant les miens que ceulx de mes hommes et teneurs d'Alon. » Aveu de Sérigny, Arch. Nat., Pk553i, 22. V. aveu de 1478, 15 janvier (n. st.). lb.. P 585, fol. cviii, et P 552S, fol. LIII. A ce droit se rattache sans doute un titre « concernant les privilèges attribués à l'abbaye de la Grâce-Dieu par le roi Charles pour passer les foins du marais de la Brie sur les marais circonvoisins » en date du 17 novembre 1379, mentionné dans un ancien inventaire. Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXVII, p. 200.

(45) 1532, 14 avril. « La chausee….. par laquelle le bestail des villages de Margot et Morvain va au grand marais des Roy. » Aveu de Margot. Arch. Vienne, H3 838.- 1553, 21 mars (n. st.). « Item une autre place de pré appellée les Grands et Petits Achaptaystenant d'ung cousté a chaussée communault, d'aultre au pré de ladite abbaye d'Angles. » Aveu de Moricq. Arch. Vendée, Talmont 28, fol. 3.-  1562, 4 mai. « Le chemin et route pour aller du bourg dudit Fontaines à Maillé a usage de maroys. » Bail par Jean du Prouhet aux habitants de Fontaines (V. ci-dessus, p. 155 n. 1).

 

(46) 1581, 31 octobre. « Sçavoir est, pour passer leurs dictes bestes au maroys, le grand pas joignant l'achenal du Languon appellé le bot de la Creuzellerie qui est la vraye entrée desdits habittans dudit Languon comme estant des subjetz du seigneur du Langon. Plus ung aultre grand pas et bot, appellé le bot de la Grange-l'Abbé, ou ung autre partie des habittans ont leurs passaiges pour aller pasturer aux maroix de leur dit sieur du Langon. Et pour le regard de thirer quelques foings qu'ilz disoyent avoir aux maroix du seigneur du Languon, ou de ce que le roi notre sire pretand luy estre deutz sur les contrebots d'iceulx pour passer les foings dudit contrebot, sont les dicts pas sçavoir est le pas de Claiz-Baritaudière pour ung costé qui est entre le Breuil et le Langon, et l'autre pas est le pas de la Pré Clouze qui est entre le Breuil et le maroys l'Anglée. » Enquête au sujet du Bot du Breuil. Arch. communales du Langon. Cf. Chronique du Langon, pp. 4, 41, 145

Louis d'Arcemalle, seigneur du Langon, percevait à ce titre des droits d'entrée et issue sur les chemins. Ainsi il prélevait six deniers de cens sur les habitants qui useraient du Bot-l'Abbé (Echange du 10 juin 1567 entre le prieur et les habitants du Langon.). Il voulait s'approprier au même titre un chemin privé, le bot du Breuil, et comme les habitants n'y passaient jamais, il prétendait les y faire aller « par force et a coups de bastons ». Enquête citée plus haut.

(47) V. p. 150 n. 3. – 1521 -1530 Et in hoc, dicti actor et defensor bota gallice les bots d’estivaulx et de l’Homme, que introitus et exitus dictorum maresiorum seu marescagiorum faciebant… intertenere debedant.” Procès entre Pierre Audayer et Jacques de la Muce – Atlas cantonal de Vendée,  l’Hermenault.