360° Jeanne d'Arc au Palais de l'Ile-d'Or à Saumur- La maison de Yolande d'Aragon, Reine de Sicile

Jeanne d'Arc au Palais de l'Ile-d'Or à Saumur

Et ce jour-là Saumur vit passer sur sa rive,

Au galop des chevaux d'escorte et de celui

 Qui portait la fille pensive

Tenant son étendard roulé dans son étui,

Vit passer Jeanne d'Arc qui traversa la ville

Pour venir saluer la reine de Sicile.

 

Dans son palais de l'Ile-d'Or,

La duchesse d'Anjou, loin du royal décor

Du château, méditait l'action décisive

Qui chasserait l'Anglais de la France captive.

Il lui fallait plus que des armes et de l'or,

Il lui fallait encor

La foi, le réconfort,

L'élan, l'enthousiasme et le divin message

Que Dieu pour s'exprimer met sur certain visage.

C'est pourquoi de si loin elle avait fait venir

La fille du Barrois qu'elle allait accueillir.

Sans doute ce serait la vivante étincelle

Communiquant à tous une flamme nouvelle.

Au centre du réseau tissé patiemment

Et longuement, De sa main à l'adroite paume,

Depuis dix ans sur le royaume,

Percé, crevé de part en part,

Elle voulait dresser Jeanne et son étendard.

Et voici face à face en leur grandeur sereine,

Notre Sainte et sa Reine,

L'une à genou, l'autre attirant contre son cœur

L'enfant offerte en holocauste à notre honneur :

« Ma fille, quel émoi provoque ta vaillance »'?

Dit la Reine ; « C'est la grant'pitié de la France

Et du Dauphin ; c'est le royaume partagé,

Et ravagé

Par les Godons qui nous volent notre récolte ;

C'est leur orgueil qui me révolte,

Tandis que, sans souci des gloires d'autrefois,

Ils veulent ceindre la couronne de nos rois.

Hardiment, hardiment, je les veux mettre en fuite.»

 

De ses beaux yeux mi-clos dont Louis XI hérite,

Yolande fixe cette enfant,

Et songe que le long travail de ses années

Ne serait rien sans cet instant

De l'apparition de Jeanne illuminée. .

Elle songe que le miracle s'accomplit,

Quand le vouloir de l'homme a devancé son rêve,

Et que c'est l'union du bras et de l'esprit,

Du visible et de l'invisible qui l'achève.

« Va, Jeanne, dit la Reine, et remplis ton destin ;

Je te donne pour te garder mes Angevins,

Mes gens du Mans et de Touraine ;

Prends l'oriflamme argent et bleu de ma maison,

Mets cette bourse à ton arçon,

Et donne au peuple sans compter, de tes mains pleines.

Prends mon plus beau cheval, revets la hucque d'or

 Sur ton armure blanche,

Afin qu'en te voyant dans ta jeunesse franche,

Les Français sachent qu'un archange a pris l'essor

A leur front vers la délivrance.

Jeanne, soit dès ce jour la sainte de la France. »

Et quand elle eut baisé la jeune fille au front,

La duchesse d'Anjou, la reine d'Aragon,

De Jérusalem, de Sicile,

La mère du dauphin qui épousa sa fille,

Yolande, fit fermer les portes et les huis,

Et, loin des foules et des bruits,

Avec ses conseillers, avec son secrétaire,

Elle reprit séant sa tâche tutélaire.

Au loin la chevauchée ardente commençait.

Ce fut le miracle, Français,

Qui pour des siècles nous valut notre prestige.

L'expérience de Yolande le dirige,

Mais c'est l'élan de Jeanne d'Arc qui l'accomplit.

Sur tout cela, le ciel de France resplendit.

JEHANNE D'ORLIAC

 

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6 mars 1429 : Yolande, vêtue d'hermine, et la tête couverte du lourd chaperon, car la saison est encore froide, est à sa grande table de travail dans la salle d'honneur du château de Saumur ; elle donne l'impression, ce jour-là, d'avoir un peu perdu de sa légendaire énergie qui devait faire dire d'elle, par son petit-fils Louis XI, « cœur d'homme en un corps de femme ».

La journée a été particulièrement rude : sans cesse ont défilé devant elle de nombreux courriers ; toutes les nouvelles sont désastreuses, l'ennemi fait continuellement de nouveaux progrès ; Orléans est sur le point de tomber aux mains des assaillants ; les Anglais s'avancent sur Montreuil-Bellay, et l'on peut craindre que sous peu ils envahissent, pour la piller, cette riche vallée de la Loire dont, par les fenêtres à meneaux, on aperçoit le magnifique panorama ; si l’ennemi y parvient c'est la déroute définitive, la famine et la ruine dans tout le pays de France, et Yolande songe à tous les efforts qu'elle a faits depuis vingt ans pour éviter une telle calamité.

Elle a arraché, aux mains de l'indigne Isabeau de Bavière, le dauphin Charles, elle lui a donné sa fille, elle a été sa gardienne vigilante, elle a noué des alliances les plus difficiles pour lui sauver son royaume, mais, malgré le traité de Saumur, on ne peut plus compter sur la fidélité des Bretons ; Charles VII a écarté les sages conseillers que sa « bonne mère a avait mis près de lui ; entraîné par ses mauvaises passions et un entourage détestable, il a trahi sa mission ; déjà Anglais et Bourguignons crient victoire, et la situation apparaît comme définitivement compromise.

Une lueur d'espoir avait pourtant semblé poindre au début de cette sinistre année 1429; depuis dix-huit mois déjà, on a mandé à Yolande que sur cette terre de Lorraine, fief de son fils René, une jeune fille se dit choisie par Dieu pour chasser les Anglais et faire sacrer le roi à Reims ; malgré tous les aléas qu'elle présente, c'est là une dernière chance à tenter.

Yolande a entrepris, par messages secrets, d'activés négociations avec la visionnaire ; son départ pour Chinon a été décidé, il a dû s'effectuer fin février, une petite troupe composée de gens sûrs doit accompagner la Pucelle, tout est préparé pour elle, les relais sont assurés, mais il y a déjà onze jours de passés depuis la date fixée pour le départ et le messager, qui devait annoncer la venue de Jeanne en Touraine, n'est toujours pas arrivé ;

 (La Chevauchée de Jeanne d'Arc vers Chinon par le GR (Sentiers de Grandes Randonnées), un voyage dans le temps de 590 ans.)

 

 une dernière fois Yolande regarde, avec anxiété, par la fenêtre de la tourelle, mais la route de Chinon reste désespérément vide. Pour la première fois, le doute envahit le cœur viril de la Reine, elle se rappelle toutes les supercheries qu'elle a dû déjouer pour écarter, jusqu'à ce jour, les nombreux visionnaires qui troublaient le peuple malheureux de leurs prophéties illusoires ; pourquoi celle-ci serait-elle vraiment inspirée du ciel ? Et puis, même sincère, Jeanne sans appui pourra-t-elle convaincre, ou même joindre, le Roi que La Trémouille tient dans ses griffes et dont il dirige tous les actes ?

Dans une telle situation, quasi désespérée, il n'y a plus qu'un suprême refuge : la prière ; avec sa foi robuste et ardente d'Aragonaise, Yolande se rend à l'oratoire du château, le livre d'heures tombe à ses pieds, et c'est du plus profond de son cœur qu'elle adresse au ciel un suprême appel pour sauver le royaume de France.

La nuit a maintenant apporté son silence et son recueillement ; soudain, le pont-levis s'abaisse : c'est le messager tant attendu qui arrive, il est de suite introduit ; Jeanne, avec sa petite troupe, a franchi sans encombre la dernière étape ; elle est arrivée à Chinon; mais, à l'instigation de ses mauvais conseilleurs, le Roi a refusé de la recevoir. Yolande, soudain, a repris toute son énergie; demain, dès l'aurore, elle se rendra à la Cour, c'est à n'en pas douter, songe-t-elle, La Trémouille qui a mis son gros corps devant le corps chétif du Roi, il faut à tout prix l'écarter, c'est la minute décisive, il y va du salut de la France.

 

 21 mars 1429: dans son palais de l'Ile-d'Or, dont elle vient de terminer l'aménagement, Yolande goûte un repos bien gagné; grâce à son énergique intervention, Jeanne a quitté l'auberge de Chinon, elle est logée au château avec sa suite ; elle a de longues et fréquentes entrevues avec le Roi, car elle a su gagner la confiance de ce cœur versatile ; dès son apparition auprès de Charles, dans la grande salle d'honneur, au milieu des seigneurs moqueurs et des dames frivoles, la simple petite fille de Lorraine a débuté par un coup de maître : reconnaissant le Roi, dissimulé derrière les gens de sa suite, elle lui transmet le foudroyant message : « Je te dis de la part de Messire notre Dieu que tu es vrai héritier de France et fils de Roi ».

Nulle parole ne pouvait mieux l'accréditer auprès du prince, tremblant et soupçonneux, dont les doutes sur sa légitimité étaient une constante obsession. Yolande est trop habile politique pour ne pas exploiter de suite ce premier succès ; il y a de multiples difficultés à vaincre, mais la question la plus importante à régler est incontestablement celle de la direction des opérations militaires ; il faut faire cesser les intrigues incessantes entre Richemont, La Trémouille et Dunois ; le mieux, pour éviter de heurter toutes les susceptibilités, est de choisir le duc d'Alençon ; malgré sa jeunesse, en effet, il a déjà fait ses preuves, puis il est de sang royal ; Jeanne a fait sa connaissance à Chinon, elle l'a accueilli en ces termes : « Soyez le très bien venu, plus il y aura ensemble de sang de France, mieux cela sera ». Jeanne se prit de suite d'une grande sympathie « pour le beau Duc» ; sur les conseils de la reine de Sicile, elle voulait le décider à se joindre au Roi pour « bouter les Anglais hors de France ».

 Mais, pour y parvenir, il y avait plusieurs obstacles à vaincre : le Duc était prisonnier sur parole et il fallait payer une lourde rançon pour reprendre les armes ; de plus, il venait de subir trois ans de dure captivité ; Marie de Bretagne, sa mère, et Jeanne d'Orléans, sa femme, s'opposaient énergiquement à un nouveau départ aux armées.

C'est pour vaincre ces obstacles que Yolande décida la Pucelle à venir à l'abbaye de Saint-Florent où séjournaient Marie de Bretagne et Jeanne d'Orléans.

 Jeanne a réussi pleinement dans sa mission : le Duc va vendre une partie de ses domaines pour payer sa rançon, et l'ascendant de la Pucelle est tel que Marie de Bretagne laisse partir son fils et Jeanne d'Orléans confie son mari, qui avait vingt ans, à la protection d'une jeune fille qui en avait dix-sept; ainsi se termina par un succès complet le voyage de Jeanne à Saint-Florent. (1)

 Les conseils de Yolande ont donc porté leurs fruits et on peut envisager l'avenir avec un peu d'espoir, mais il ne suffit pas que la question du commandement soit réglée, il va falloir obtenir l'adhésion populaire pour que Jeanne devienne l'étendard vivant qui ralliera tous les cœurs et réveillera le sentiment national trop longtemps endormi.

La reine de Sicile, qui sait l'efficacité de la suggestion, a pris soin, dès son retour à Saumur, de faire circuler en Anjou et en Touraine, en attendant de les répandre dans toute la France, des copies de prophéties annonçant que le royaume serait sauvé par une vierge ; le peuple ne demande qu'à croire à cette intervention divine qui va enfin le sauver de sa profonde misère; cette habile propagande a déjà porté ses fruits, et c'est par des cris enthousiastes que Jeanne est acclamée par la foule lorsque, dans cette après-midi ensoleillée du 21 mars, avant de regagner Chinon, elle vient au palais de l'Ile-d'Or saluer une dernière fois sa dévouée protectrice.

 Les conseils de Yolande ont donc porté leurs fruits et on peut envisager l'avenir avec un peu d'espoir, mais il ne suffit pas que la question du commandement soit réglée, il va falloir obtenir l'adhésion populaire pour que Jeanne devienne l'étendard vivant qui ralliera tous les cœurs et réveillera le sentiment national trop longtemps endormi.

La reine de Sicile, qui sait l'efficacité de la suggestion, a pris soin, dès son retour à Saumur, de faire circuler en Anjou et en Touraine, en attendant de les répandre dans toute la France, des copies de prophéties annonçant que le royaume serait sauvé par une vierge ; le peuple ne demande qu'à croire à cette intervention divine qui va enfin le sauver de sa profonde misère; cette habile propagande a déjà porté ses fruits, et c'est par des cris enthousiastes que Jeanne est acclamée par la foule lorsque, dans cette après-midi ensoleillée du 21 mars, avant de regagner Chinon, elle vient au palais de l'Ile-d'Or saluer une dernière fois sa dévouée protectrice.

 

Mais, dans une aussi périlleuse aventure, le succès ne pourra être obtenu sans une intervention divine, et la Reine et la Bergère décident, d'un commun accord, de commencer la campagne par une procession solennelle à la bonne dame de Nantilly dont les miraculeuses interventions sont déjà célèbres dans tout le royaume.

Dès le lendemain, de jeunes cavaliers caracolent sous les fenêtres du palais. Yolande prend la tête de la petite troupe avec Jeanne et le duc d'Alençon, elle est suivie par son fils, le roi René, et par une troupe déjà importante de jeunes gentilhommes de la Maison d'Anjou ; le groupe s'engage sur les ponts de bois qui unissent les îles verdoyantes de la Loire, la troupe chemine au pas, on peut ainsi mieux admirer le magnifique panorama que domine le château, forteresse orgueilleusement isolée au sommet du coteau.

L'espoir est au cœur de tous ; les Anglais ont beau menacer encore Montreuil-Bellay tout proche, ils ne prendront pas à Yolande, Saumur, sa ville de prédilection : la perle de son duché.

Le cortège royal a déjà franchi les portes de la Tour de la Tonnelle mais, sur la place Saint-Pierre, la foule est tellement dense qu'il doit stationner un bon moment devant les grandes halles de bois dont le roi Saint Louis a été l'hôte quand il est venu poser la première pierre des fondations du château.

Peu à peu l'ordre se rétablit et, précédés du clergé de Saint-Pierre, croix en tête et bannières déployées, bourgeois et artisans réunis se rendent processionnellement au célèbre sanctuaire pour intercéder le ciel et obtenir de lui la levée du siège d'Orléans.

C'est ainsi que, du parvis de l'église de Nantilly dans la bonne ville de Saumur, le 22 mars de l'an de grâce 1429, commence cette chevauchée glorieuse qui devait se terminer, en apothéose, dans la basilique de Reims ; c'est là, également sur le même parvis, qu'a été cimentée l'union de la Bergère partant vers son destin avec cette Reine qui mérite la reconnaissance de tout le pays de France «car, après lui avoir donné une sainte, elle lui a fait un Roi ».

Société des lettres, sciences et arts du Saumurois

 

 

La Chevauchée de Jeanne d'Arc<==.... ...==> Saint-Florent lès Saumur - Aujourd'hui 10 mai ... Fête de Sainte Jeanne d'Arc

 


 

 

Jeanne d'Arc dans les PROPHETIES DE MERLIN

Le Libellus Merlini, manuscrit appelé aussi Prophetia Merlini. Ce corpus " prophétique ", dont l'auteur est anonyme, n'a pas de titre à l'origine ; il était connu déjà selon les historiens du roi Louis le Gros (de 1108 à 1137).

 

(1) Histoire du Saumurois du XVe au XX* siècle, édition A. Roland.