Pour faire suite à la première partie de la généalogie des seigneurs d'Elbeuf, que nous avons arrêtée à ROBERT II D'HARCOURT, marié à JEANNE DE MEULAN en 1190, nous placerons ici la seconde.

De ce mariage naquirent :

1° RICHARD D'HARCOURT, baron du lieu, seigneur d'Elbeuf, marié à Jeanne de la Roche-Tesson, vicomtesse de Saint-Sauveur (1216) ; 2° Guillaume d'Harcourt, baron de Bosworth, qui eut une descendance en Angleterre ; 3° Olivier d'Harcourt, seigneur d'Ellenhal, en Angleterre ; 4° Jean, seigneur de Blouville ; 5° Simon, seigneur de Blanchely, marié à Alix d'Ardène ; 6° Guilbert, seigneur de Saxetot ; 7° Amaury ; 8° Roger ; 9° Renaud, échanson de France ; 10° Raoul, seigneur d'Annouville, qui eut des enfants ; 11° Vautier, seigneur de Brionne, qui eut aussi des enfants ; 12° Beatrix, dame de Giseulles ; 13° Cécile, dame de Chacesaine ; 14° Mathilde ; 15° Haïlde ; 16° Emmeline.

 

— Richard d'Harcourt et Jeanne de la Roche-Tesson eurent pour enfants :

1° JEAN Ier D'HARCOURT, baron du lieu, seigneur d'Elbeuf, vicomte de Saint-Sauveur, surnommé le Prud'homme, marié à Alix de Beaumont (1257) ; 2e Raoul d'Harcourt, sire d'Avrilly qui fit branche; 3° Robert d'Harcourt, baron de Beaumesnil, qui eût une descendance ; 4° AMACRY, seigneur d Elbeuf ; 5° André, sire de Calleville ; 6° Hugues, seigneur de Patigny ; 7° Alix ; 8° Jeanne, religieuse à Longchamp ; 9° Perrette, marié à Jean, sire d'Hellenvilliers ; 10° Marguerite, mariée à Philippe de Pérusse, vicomte de Vauguion.

 

— Du mariage de Jean Ier d'Harcourt et d'Alix de Beaumont naquirent :

1° Philippe, baron d'Harcourt (1268) ; 2° RICHARD II D'HARCOURT, barond Elbeuf (ï269) ; 3° Jean II, baron d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur, maréchal et amiral de France, marié en premières noces à Agnès de Lorraine, et, en secondes, à Jeanne, vicomtesse de Châtellerault ; de ces deux alliances sortirent des enfants qui furent :

 premièrement JEAN III D'HARCOURT, baron du lieu, vicomte de Châtellerault, dit le Boiteux, marié à Alix de Brabant, dame d'Arscot (1302) ; deuxièmement Jeanne, mariée à Henry d'Avaugour, comte de Goello, et troisièmement Marguerite, mariée à Robert de Boulainvilliers d'abord, puis en secondes noces à Raoul d'Estoutteville, seigneur de Remmes ; 4° Robert d'Harcourt, évêque de Coutances (1296) ; 5° GUILLAUME D'HARCOURT, baron de la Saussaye, et seigneur d'Elbeuf, grand maître d'hôtel, puis grand queux de France, qui se maria trois fois :

la première avec Jeanne de Meulan, baronne du Neubourg, de laquelle sortit Jean d'Harcourt, baron du Neubourg ; la seconde avec Isabeau de Léon, qui eût pour fille ALIX, dame de la Saussaye ; et la troisième fois avec Blanche d'Avaugour qui n'eut pas d'enfants ; 6° Raoul d'Harcourt, archidiacre de Coutances, chanoine de Paris ; 7° Guy d'Harcourt, évoque et comte de Lisieux ; 8° Alix, mariée à Jean, baron de Ferrières ; 9° Luce, mariée à Jean, sire de Hautot ; 10° Isabeau, mariée à Jean Vautier, sire de Saint-Martin-le Gaillard ; 11°Blanche, mariée à Pierre, sire de Bailleul ; 12° Agnès d'Harcourt, abbesse deLongchamp ; 13° Jeanne d'Harcourt, aussi abbesse de Longchamp ; 14° Isabelle, mariée à Jean de Mauquenchy, sire de Blainville.

 

— Du mariage de Jean III d'Harcourt, vicomte de Châtellerault, avec Alix de Brabant, naquirent :

1° JEAN IV D'HARCOURT, comte du lieu, capitaine souverain en Normandie, marié à Isabeau de Parthenay, dame de Montfort-le-Rotrou (1338) ; 2° Louis, sire de Saint-Paul ; 3° Godefroy d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur, capitaine souverain et lieutenant pour le roi en Normandie, puis connétable d'Angleterre (1346) ; 4° Marie, mariée à Jean, baron de Clère ; 5° Isabeau, mariée à Jean de Brienne, vicomte-de Beaumont ; 6° Alix, mariée à André de Chauvigny, sire de Châteauroux ; 7° Blanche, mariée à Hue Quieret, seigneur de Tours, amiral de France.

 

Jean IV d'Harcourt et Isabeau de Parthenay eurent pour enfants ;

1° JEAN V D'HARCOURT, comte du lieu, marié à Blanche de Ponthieu, comtesse d'Aumale (1353); 2° Louis, vicomte de Châtellerault, gouverneur de Normandie (1360) ; 3° Guillaume, baron de la Ferté-Imbert qui laissa une postérité ; 4° Jeanne ; 5° Alix, mariée à Aubert d'Hangest, baron d'Hugueville ; Jean V eut aussi une bâtarde : Catherine d'Harcourt, mariée à Nicolas de Ronnes, seigneur de Cheranvilliers. — Du mariage de Jean V d'Harcourt et de Blanche de Ponthieu, princesse de Castille, sortirent :

1° JEAN VI D'HARCOURT, comte du lieu, grand maître de France, marié à Catherine de Bourbon, dame de Mortemer (1374) ; 2° Jacques, baron de Montgommery, qui fit branche (1376) ; 3° Philippe, baron de Bonnétable qui laissa aussi une postérité (1379) ; 4° ROBERT, baron d'Elbeuf ; 5° CHARLES, baron de la Saussaye, 6° Ferrand, châtelain de Lille-bonne ; 7° Louis, sire de Calleville ; 8° Jeanne, mariée à Raoul de Coucy, baron de Montmirail ; 9° Catherine, religieuse à Poissy ; 10° Marguerite, mariée à Thibaud Gouffier, seigneur de Milly.

— Jean VI d'Harcourt et Catherine de Bourbon eurent pour enfants :

1° Charles d'Harcourt, comte d'Aumale; 2° JEAN VII D'HARCOURT, comte du lieu, connétable de France, marié à Marie d'Alençon, dame de Quatremares (1398) ; 3° Louis d'Harcourt, archevêque de Rouen, vicomte de Châtellerault, qui laissa un fils naturel né de Catherine d'Ablevoye, lequel eut également un fils naturel Louis, bâtard de Châtellerault, seigneur d'Ablevoye (1444) ; 4° Isabeau marié à Humbert, baron de Thoire et de Villars, souverain de Dombes ; 5° Jeanne, mariée, à Guillaume de Flandre, comte de Namur ; 6° Blanche, abbesse de Fontevrault et de Soissons ; 7° Marie, mariée en premières noces à Renaud, duc de Juliers et de Gueldres, et en secondes, à Robert, prince de Juliers et de Gueldres, duc de Bar ; 8° Catherine, religieuse à Poissy ; 9° Marguerite, mariée à Jean d'Estoutteville, sire de Cleuville; 10° Jeanne, prieure de Poissy. Jean VII eut aussi deux filles naturelles : Jeanne, bâtarde d'Harcourt, mariée à Jean Chrétien, seigneur de Bosgouet, et Denise, bâtarde d'Harcourt, mariée à Jean de Ponches, seigneur de Mesnil-Vassez.

 

— Du mariage de Jean VII d'Harcourt et de Marie d'Alençon naquirent :

1° Jean d'Harcourt, comte d'Aumale et de Mortain, gouverneur de Normandie, d'Anjou et du Maine, marié à Marguerite de Preullay, vicomtesse de Dreux (1424). Ce Jean d'Harcourt eut un fils naturel : Louis d'Harcourt, bâtard d'Aumale, patriarche de Jérusalem, archevêque de Narbonne, évêque de Baveux, gouverneur de la Normandie (1452-1479) ; 2° MARIE D'HARCOURT, comtesse du lieu et d'Aumale, mariée à ANTOINE DE LORRAINE, comte de Vaudemont (1430), tige des marquis et des ducs d Elbeuf ; 3° Jeanne, comtesse d'Harcourt et d'Aumale, mariée à Jean, sire de Rieux et Rochefort, baron d'Ancenis, puis, en secondes noces, à Bertrand de Dinan, baron de Châteaubriant (1450). Jean VII d'Harcourt eut aussi quatre enfants naturels : 1° Jean, bâtard d'Harcourt, seigneur de Gironde, sénéchal du Maine ; 2° Louison, bâtard d'Harcourt, seigneur de Montlouis, mariée à Catherine du Plessis ; 3° Marie, bâtarde d'Harcourt, mariée à LOUISET DE TOURNEBU, seigneur de la Londe; 4° Jeanne, bâtarde d'Harcourt, mariée à Foulques de Saquainville, seigneur de Blaru.

Nous arrêterons cette nomenclature généalogique à ANTOINE DE LORRAINE, seigneur d'Elbeuf, par suite de son mariage avec MARIE D'HARCOURT.

Le comte Robert IV de Meulan quitta la Normandie en 1203 ; mais avant de partir, il confirma à Richard d'Harcourt, son petit-fils, la possession du domaine d'Elbeuf.

La Roque dit qu'en cette même année 1203, Richard d'Harcourt « fit ériger, par son crédit, les foires d'Elbeuf, pour faciliter le commerce de ses terres ». M. Guilmeth ajoute que ce fut au mois d'août, par une charte spéciale et scellée de son sceau, donnée à Rouen, que Jean-sans-Terre, cédant aux pressantes sollicitations du jeune Richard d'Harcourt, seigneur d'Elbeuf, « autorisa ledit Richard et ses représentans, descendans ou héritiers, à continuer de faire tenir, dans la ville appelée Elbeuf [in villa dicta Hellebof) l'ancienne foire de la Saint-Gilles, telle qu'elle avait accoutumé d'y être tenue, le 1er et le 2 septembre de chaque année.

 Il permit, de plus, au même Richard de Harcourt d'établir, soit dans la même ville d'Elbeuf (sive in eadem villa de Hellebef) soit dans une autre portion de ses domaines en Normandie, les deux foires nouvelles ou francs-marchés nouveaux qu'il désiroit y établir. »

La charte de Jean-sans-Terre, successivement confirmée par Philippe-Auguste lui-même et par les rois Louis VIII et Louis IX, « existait encore en 1740 parmi les vieils papiers du duché d'Elbeuf. »

 

A cette époque, de grands événements politiques et militaires firent passer la Normandie de la couronne d'Angleterre à celle de France.

Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre et duc de Normandie, qui pendant plusieurs années était passé si souvent par Elbeuf en allant de son château d'Orival à l'abbaye de Bonport ou en en revenant, fut accusé d'avoir assassiné Arthur de Bretagne son neveu, et cité à comparaître, pour ce fait, devant la cour des pairs.

S'y étant refusé, le roi de France fit déclarer ses biens confisqués, puis s'avança sur la Normandie pour s'en emparer.

Après un long siège, Philippe-Auguste prit la forteresse du Château-Gaillard et, successivement, presque toutes les places fortes du roi Jean, qui s'enfuit lâchement devant son ennemi.

Au mois de mai 1204, le roi de France était maître de toute la contrée d'Elbeuf. Rouen capitula le 1er juin, et Philippe-Auguste y fit son entrée le 1er juillet.

La réunion de la Normandie à la France porta un grand coup au commerce que Rouen faisait avec l'Angleterre ; mais les pertes que cette ville éprouva furent bientôt compensées par le développement de son industrie, surtout de sa fabrication drapière.

A défaut des laines anglaises, qui lui manquèrent pendant quelques années, Rouen en fit venir d'ailleurs : d'Ecosse, d'Espagne, du Berry et du Poitou.

C'est de cette époque également que date la fabrication industrielle des draps à Menneval près Bernay, à Evreux, à Montivilliers et autres localités de notre région, mais qui ne devait pénétrer à Elbeuf que beaucoup plus tard.

Bientôt les villes s'associèrent pour faire le commerce. Celles où les drapiers formaient une corporation organisèrent une association sous le nom de « Hanse de Londres », pour le commerce des laines en Angleterre, la fabrication et la vente des draps.

Elles s'engagèrent à fabriquer leurs draps à l'aune de Champagne, à se faire représenter aux foires, à vendre leurs produits en gros pour l'exportation ou à ne les conduire dans une autre foire qu'après les avoir exposés dans une de celles de Champagne.

Parmi ces villes figurèrent d'abord Arras, Amiens, Abbeville, Péronne, Saint-Quentin et autres, puis, plus tard, Paris, Rouen, Caen, Bernay et Louviers. La plus importante des foires de notre région était celle du Landit, à Saint-Denis, dont nous reparlerons ; il s'y vendait des quantités considérables de draps.

Après la mort de Robert IV de Meulan, certains de ses héritiers, qui avaient été dépouillés de leurs domaines par les confiscations de Philippe-Auguste, inquiétèrent Richard d'Harcourt, au sujet de la possession de la terre d'Elbeuf. Une transaction intervint entre les parties, en 1207, mais elle ne fit que suspendre le différend.

Richard d'Harcourt fut appelé à l'Echiquier tenu à Falaise en 1208, pour être condamné de fournir au roi cinq chevaliers armés ; mais il remontra qu'il ne les devait que pour la garde du château de Beaumont et gagna sa cause.

Vers 1210, Richard d'Harcourt fut excommunié. Il était accusé de la mort d'un chanoine d'Evreux, et, ne s'étant pas présenté à l'audience où il avait été attaqué, les trois chanoines de Chartres, qui étaient chargés d'instruire cette affaire, le retranchèrent de la communion des fidèles. Il obtint son absolution environ un an après.

 

Voici un tableau approximatif des conditions d'existence de la population d'Elbeuf au commencement du XIIIe siècle :

La terre appartenait au seigneur. Il en faisait exploiter une partie, principalement les bois et les prairies, par des officiers, qui, comme pendant la période mérovingienne, avaient des serfs sous leurs ordres. La condition de ces esclaves, qui appartenaient corps et biens à leur maître, était tout aussi malheureuse qu'aux temps des rois francs.

L'autre partie du sol elbeuvien était exploitée par des « vavasseurs », paysans libres, jouissant du droit de propriété moyennant des redevances seigneuriales et des services qu'ils devaient au seigneur.

Entre les esclaves et les vayasseurs, il y avait une troisième catégorie de « vilains », les « main mortables », qui avaient aussi droit de propriété, mais dont les biens meubles et immeubles revenaient au seigneur après leur mort.

Mais à partir de la réunion de la Normandie à la France, la condition des populations agricoles commença à s'améliorer, par l'affranchissement d'un grand nombre de serfs et de mainmortables ; il ne faut pourtant pas en faire honneur à l'aristocratie du temps : si elle favorisa cette tendance, c'est qu'elle avait reconnu que le travail des hommes libres était d'un plus grand profit pour elle que celui des esclaves.

En 1210, sous le pontificat d'Innocent III — et non d'Innocent IV, ainsi que le porte par erreur le Cartulaire de Saint-Taurin — le pape confirma à l'abbaye d'Evreux les donations qui lui avaient été laites, notamment, celles des églises d'Elbeuf, de Caudebec, de Louviers et de Pinterville.

Le Cartulaire Normand des actes de Philippe-Auguste contient un état mentionnant le nom de quelques juifs de Normandie, dans lequel nous trouvons Mopres d'Elbeuf (Elleboef), qui, apparemment, était de notre localité. Ce détail indiquerait qu'il se faisait déjà à Elbeuf un certain commerce.

Notons, en passant, que Philippe-Auguste vint souvent dans notre contrée. Sa présence à Pont-de-l'Arche est constatée en 1211, 1212, 1213 et 1215.

Richard d'Harcourt eut un grand procès à soutenir contre le chapitre d'Evreux, au sujet du patronage de Sainte-Colombe et de Saint-Pierre près le Neubourg, qu'il perdit en octobre 1211 ; mais le différend fut porté devant le pape, et Lucas, évêque d'Evreux, nommé arbitre, parvint à accorder les parties.

Richard d'Harcourt était encore en procès devant l'Echiquier de Pâques, tenu à Falaise en 1213, contre Robert d'Alençon son parent.

Le fonds de l'abbaye de l'Isle-Dieu, aux Archives de l'Eure, possède une copie, collationnée au XVIIe siècle, de la donation faite à ce monastère, en 1212, par Jean de Préaux, d'une rente annuelle de dix livres, qui lui avait été donnée par Robert, comte de Meulan, en récompense de ses services, et qui était assignée sur les revenus de la foire et de la prevôté d'Elbeuf-sur-Seine. Par cet acte, Jean de Préaux déclare donner cette rente à l'abbaye de l'Isle-Dieu en échange d'une rente d'égale valeur qu'il avait assignée douze ans auparavant au profit des religieux de ce couvent sur ses moulins de [Revron?]

— Cinq siècles plus tard, en 1723, Henri de Lorraine, duc d'Elbeuf, reconnut cette partie de dix livres de rente affectée, dit-il, « sur notre duché d'Elboeuf et sur la rivière de Seinne à nous appartenans. »

Robert Poulain fut archevêque de Rouen de 1208 à 1222. Pendant la durée de son épiscopat, mais en une année que nous ignorons, il accepta comme curé de la paroisse d'Elbeuf, sur la présentation de l'abbé de Saint-Taurin d'Evreux, un prêtre nommé Robert. Ce détail nous est fourni par le pouillé d'Eudes, Rigaud, écrit vers 1248. Me Robert est donc le plus ancien curé d'Elbeuf dont le nom nous soit connu.

Richard Ier, sire d'Harcourt, d'Elbeuf, de Beaumesnil, se maria, en 1216, avec Jeanne de la Roche-Tesson, dame de Saint-Sauveur-le-Vicomte, d'Auvers et d'Avrilly. Elle blasonnait : Fascé de six pièces d'or et d'hermine.

Le 24 avril 1216, le pape Honoré III confirma, ainsi que l'avait fait son prédécesseur, les possessions de l'abbaye de Saint-Taurin d'Evreux, notamment les églises d'Elbeuf, de Caudebec, de Louviers et de Pinterville. Mais c'est par distraction, sans doute, que le savant M. Bonnin, dans son sommaire de la bulle d'Honoré III, désigne la paroisse d'Elbeuf sous le nom de Saint-Jean, car c'est évidemment de Saint-Etienne dont il s'agissait, puisque la première n'existait pas encore. D'ailleurs, la bulle n'indique aucun vocable. L'erreur de M. Bonnin s'explique facilement : la paroisse Saint-Jean étant devenue la plus considérable d'Elbeuf et le siège du doyenné, il aura cru qu'elle était aussi la plus ancienne.

- En cette même année, Philippe-Auguste, se trouvant à Pont-de-l'Arche, mit terme à un différend qui avait éclaté entre les moines de Saint-Ouen de Rouen et ceux de Bonport.

Le roi retourna à Pont-de-l'Arche en 1217- 1218 au mois de mars, en 1218-1219 en mars et avril.

Il est fort probable que Philippe traversa notre localité, soit pour examiner l'état où se trouvait alors le château d'Orival, en partie détruit par Jean-sans-Terre, soit pour se rendre à sa forteresse de Moulineaux, soit enfin pour aller à Rouen par la rive gauche.

L'automne de 1218 avait été très rigoureux. Dès le mois de novembre, la Seine était entièrement gelée. Les ensemencements furent perdus. Cet hiver eut une très grande analogie avec celui de 1890-1891, encore présent à la mémoire de tous

Les donations religieuses, considérables aux siècles précédents, ne furent guère moins nombreuses au moyen âge. Elles avaient leur source dans l'état des esprits et des âmes, dit M. Fustel de Coulanges :

« L'église n'avait pas d'efforts à faire; il ne lui était pas nécessaire d'assiéger le lit des mourants. Dès que l'homme croyait fermement à un bonheur à venir qui devait être une récompense, l'idée lui venait spontanément d'employer tout ou partie de ses biens à se procurer ce bonheur. Le mourant calculait que le salut de son âme valait bien une terre. Il supputait ses fautes et il les payait d'une partie de sa fortune.

« Nos générations modernes ont des délicatesses de sens moral qui étaient inconnues dans ce temps-là. Nous avons peine à comprendre qu'une faute se rachète par de l'argent ou de la terre. Cette idée était tout à fait familière aux hommes de cette époque.

« Regardez en quel style sont rédigées presque toutes ces donations. Le donateur déclare qu'il veut « racheter son âme », qu'il donne une terre « en vue de son salut », « pour la rémission de ses péchés », « pour obtenir l'éternelle rémission », etc.

On voit par là que, dans la pensée de ces hommes, la donation n'était pas gratuite : elle était un échange : « Donnez, et il vous sera donné ». C'était l'échange d'un bien terrestre contre un bonheur céleste, presque une affaire commerciale.

Il ne faut pas oublier que ces hommes entendaient faire leur donation, non à des ecclésiastiques, mais à Dieu ou à un saint. C'était Dieu ou le saint qu'ils faisaient propriétaire. Le prêtre ou les moines n'étaient mentionnés que parce qu'il fallait un intermédiaire entre le donateur et le bénéficiaire. C'est ainsi que nous trouvons plusieurs titres portant ces mots : « Je donne à Dieu, à Sainte-Marie de Bonport et aux religieux qui servent Dieu en cet endroit... » Après la donation, les prêtres inscrivaient le nom du donateur sur le rôle de leurs prières, de sorte qu'il était assuré d'avoir une rente perpétuelle en oraisons en échange de son bien.

L'abbaye de Bonport eut de bonne heure des biens à Elbeuf; la plupart des titres en sont perdus ; mais le répertoire que les moines en dressèrent au siècle dernier nous les font connaître, au moins en partie. Nous les mentionnerons donc, mais sommairement, et par ordre chronologique, tels qu'ils figurent dans cet inventaire.

Janvier 1220. — « Titre par lequel Laurence Grosmer ratifie le donation faite à l'abbaye Notre-Dame de Bonport, par Ligart Grosmer, sa mère, de cinq sols de rente à prendre annuellement sur la masure de Lambert Bollon », à Elbeuf.

1224. — « Titre portant confirmation de la vente faite par Jean Le Bouteiller », d'Elbeuf également.

L'inventaire des titres du Bec-Hellouin, conservé à la Bibliothèque nationale, mentionne, à la date de 1221, une « donation faite à l'abbaye du Bec, par Onfray d'Elbeuf, de six deniers que lui faisait la dicte abbaye de rente, à cause d'un certain lieu qu'elle tenoit de luy prèz l'église d'Elbeuf. — On lit « Sainct-Etienne d'Elbeuf » sur l'inventaire, mais ce registre a été établi au siècle dernier, c'est-à-dire à une époque où il existait, depuis longtemps déjà, deux églises dans notre ville.

Louis VIII était à Pont-de-l'Arche le 4 janvier 1223 (1224 n. s.) — Cette année fut malheureuse pour le peuple : les blés ayant manqué, une famine se déclara. La récolte de 1225 ne fut pas meilleure, et les souffrances se prolongèrent pendant deux ans.

Par une charte datée de Lisieux, septembre 12.., Louis VIII donna à « son cher et fidèle Richard d'Harcourt » le jardin que ce roi possédait à Elbeuf (Euellebue super Secanam), qui était contigu au jardin ayant appartenu autrefois à Jean de Trie, sous la réserve que Richard verserait, à la Saint-Michel de chaque année, une somme de quarante sols tournois dans la caisse royale.

Le nom d'un sixième habitant d'Elbeuf est celui de Bertin Laffetie, qui figure sur les cartulaires de Saint-Taurin pour avoir, avec le consentement de « Rinchordis » sa femme, cédé à Nicolas de l'Aigle, clerc, représentant le monastère d'Evreux, une parcelle de terre sise à Caudebec, moyennant 40 sols tournois et 12 deniers, plus un boisseau de pois accordé à Rinchorde, pour le prix de son consentement. Cet acte est du mois de janvier 1225 (1226 n.s.) Deux ans après, Bertin Laffetie eût une contestation avec Richard de Bellevue, évêque d'Evreux ; mais un accord fut signé entre les parties, au mois d'août 1228.

Le nom de Richard d'Harcourt figure parmi ceux des grands du royaume auxquels, en 1226, le roi Louis VIII, se sentant malade, écrivit pour qu'ils fissent couronner au plus tôt son fils aîné, qui fut Louis IX.

En 1229, nous le voyons arbitre, avec Richard, évêque d'Evreux, dans un différend entre l'abbé du Bec-Hellouin et Jean de Tournebu.

Le procès qui s'était élevé entre Richard d'Harcourt et plusieurs héritiers de Robert IV de Meulan ne fut terminé qu'en 1229. Il fut reconnu, dit le sieur de la Roque, que le domaine d'Elbeuf était venu à la maison d'Harcourt par donation du comte de Meulan.

M. Guilmeth assure qu'en 1229-1230, Richard d'Harcourt demanda au roi Louis IX la permission d'ériger à Elbeuf trois marchés hebdomadaires, et que l'autorisation royale lui fut donnée immédiatement.

Cependant, nous avons vu précédemment que Richard d'Harcourt avait obtenu de Jean-sans-Terre, le droit de faire tenir à Elbeuf ou dans un autre de ses domaines les deux foires nouvelles « ou francs-marchés nouveaux » qu'il désirait y établir. Il est probable que Louis IX ne fit que confirmer celte autorisation, en spécifiant toutefois que ces marchés se tiendraient à Elbeuf et non ailleurs.

Il est presque certain que, à la faveur du calme dont "jouit notre contrée pendant les règnes de Louis IX et de Philippe III le Hardi, les marchés et foires d'Elbeuf prirent beaucoup d'importance.

A cette époque également, nombre de seigneurs aliénèrent des terres qui furent acquises et exploitées par des paysans pour leur compte personnel. Beaucoup de serfs achetèrent aussi leur liberté, et formèrent la base d'une classe nouvelle : la bourgeoisie. Les uns firent le commerce, d'autres entrèrent dans les ordres du clergé.

C'est du XIIIe siècle encore que date la grande révolution qui se manifesta dans l'architecture. Le peuple jouissant alors d'un bienêtre qu'il n'avait jamais connu, se montra très généreux envers le clergé. Une infinité d'églises nouvelles furent bâties, en remplacement de celles élevées au XIe siècle ; d'autres furent agrandies, mais toutes sur le style nouveau auquel on donne improprement le nom de gothique, car il fut conçu, appliqué et répandu par des architectes des provinces du nord et de l'ouest de la France.

Nous ne nous arrêterons pas à combattre les assertions de M. Guilmeth touchant la prétendue fabrication de draps et de brunettes dont Elbeuf, sous le nom de Brunent, aurait été le siège au moyen âge. Sur ce dernier point, il se dément lui-même en constatant que les titres de cette époque portent tous le nom d'Elbeuf, sous diverses formes il est vrai, mais sans exception.

Rappelons seulement que Briment était un petit fief seigneurial, situé à Saint-Aubin-jouxte Boulleng — ou jouxte Brunent, comme on écrivait autrefois.

Quant à l'importance d'Elbeuf, nous la connaîtrons bientôt. On verra si dans une localité d'une aussi faible population, après en avoir extrait les habitants ruraux et ceux s'occupant directement ou indirectement du commerce et du transport des marchandises entre Elbeuf et Rouen, il y avait place pour une « industrie manufacturière » aux mains de « riches fabricants ».

Il y avait bien alors en France d'opulents fabricants de draps, mais ils étaient ailleurs qu'à Elbeuf, notamment, à Rouen et à Louviers, et c'est pour réglementer leur industrie que Louis IX (1226-1270) leur donna des statuts, qu'Etienne Boileau lit précéder d'une fort intéressante notice sur la fabrication au XIIIe siècle ; en voici un exposé, emprunté à l'ouvrage de M. Alcan :

« Paris avait alors beaucoup de tisserands en laine et en fil et chanvre. La draperie était une des principales industries des villes du nord de la France. Paris rivalisait avec Saint-Denis, Lagny, Beauvais et Cambrai ; et la Flandre, avec son grand nombre de villes manufacturières, excitait encore davantage l'émulation des villes françaises. Ce n'était pas une industrie qui donnât lieu à de grands établissements, mais elle faisait vivre modestement un grand nombre de familles ; la confrérie des drapiers était très-ancienne à Paris, elle a subsisté longtemps. Dans la Cité, où leur industrie avait pris naissance, la rue de- la Vieille-Draperie indique encore le berceau de leur métier. C'est probablement dans cette rue qu'étaient situées les vingt-quatre anciennes maisons de Juifs que les drapiers obtinrent de Philippe-Auguste, moyennant un cens annuel de 100 livres.

« Comme les drapiers avaient la faculté de faire travailler chez eux leurs parents, le métier de drapier se transmettait dans les familles ; on était drapier de père en .fils, et quelquefois tous les membres d'une famille travaillaient sous le même toit. Dans l'origine, les tisserands vendaient les étoffes de laine qu'ils avaient tissées : ils étaient fabricants et marchands à la fois ; mais dès la fin du treizième siècle, les riches faisaient tisser par les pauvres et vendaient les draps qu'ils avaient fait fabriquer. Ils conservaient encore le nom de tisserands, mais ils étaient les «grands mestres », tandis que ceux qui travaillaient pour le compte de ces marchands n'étaient plus que les « menus mestres ». Quoique les autres villes manufacturières eussent la faculté de vendre leurs draps aux halles de Paris, les drapiers parisiens soutenaient fort bien la concurrence, du moins pour les draps communs ; car, quant à la draperie fine, il n'y avait que les manufacturiers de la Flandre qui l'eussent portée à un haut degré de perfection. Quand on voulait avoir du camelot fin ou de Pécariate, on allait chez les marchands qui apportaient du nord de la France les draps flamands.

« A Paris, comme à Saint-Denis, la draperie faisait prospérer, la teinturerie. Ces deux métiers, indispensables l'un à l'autre, et pourtant jaloux de leur succès réciproque, eurent de fréquents démêlés, que l'autorité publique essaya quelquefois en vain de faire cesser. Les drapiers voulaient teindre, pour avoir tout le bénéfice de leurs opérations, et les teinturiers, voyant que les drapiers faisaient de bonnes affaires, cherchaient toujours à faire des travaux pour leur compte et même à tisser les laines qu'ils teignaient. Ce ne fut pas sans peine que l'on contint chaque métier dans ses limites.

« Dans la suite, les drapiers furent le premier des six corps de marchands, et, quoique les chaussetiers ou fabricants de chausses en drap et autres étoffes de laine voulussent faite une corporation particulière et eussent choisi pour leur confrérie un autre patron que les drapiers, ils furent pourtant absorbés dans cette puissante corporation, à laquelle ils parvinrent seulement à donner le nom de drapiers-chaussetiers.

« Les foulons aussi formaient, à cause de l'état florissant de la draperie, une corporation nombreuse et puissante. Plus de trois cents foulons allèrent au- devant du convoi qui rapportait à Paris le corps de Louis IX, mort en Afrique. Ils devancèrent les autres bourgeois, pour se plaindre à Philippe le Hardi de ce qu'on les empêchait de se servir d'une place près de la porte Baudoyer, dont ils avaient depuis longtemps la jouissance. Mais dans ce nombre de trois cents étaient probablement compris les ouvriers compagnons, car il est difficile de croire qu'il y ait eu trois cents foulons à Paris, tandis qu'on ne comptait qu'environ soixante maîtres drapiers et vingt einturiers ; du moins, le nombre des maîtres nommés clans l'accord fait entre les deux métiers ne s'élève pas plus haut. Dans la place qu'on voulait leur contester, et qui, jusqu'à ce jour, porte le nom de Baudoyer, se tenaient, le matin, les ouvriers foulons qui n'avaient pas d'ouvrage. Il nous reste sur les foulons plusieurs statuts, un, entre autres, qui est plus ancien que tous les règlements des autres métiers. Ils en avaient un autre de la reine Blanche ; mais ce statut n'est pas parvenu jnsqu'à nous ».

Richard d'Harcourt était présent à l'assemblée des principaux barons de France que Louis IX avait convoqués à Saint-Denis, en septembre 1235 pour délibérer sur les entreprises faites par le clergé contre l'autorité royale.

La même année, il fit une donation à l'abbaye du Bec-Hellouin, dont la charte portait le sceau de ses armes : De queules à deux fasces d'or.

En 1236, il fut mandé pour le service du roi Louis IX, avec le sire du Neubourg, Jean de la Londe et plusieurs autres seigneurs normands.

Au mois de janvier 1236 (1237 n. s.), Pierre de Maromme vendit aux religieux de Bonport, tout le droit qu'il avait ou pouvait avoir sur une maison sise à Elbeuf.

Le mois suivant, Guillaume Lestohy donna à ces mêmes moines une maison sise à Elbeuf « rue Meuleuze ».

Le sol de la rue Meleuse — aujourd'hui rue de l'Hospice — était alors beaucoup moins élevé que de nos jours, mais à toutes époques, elle paraît avoir été encaissée.

Nous avons déjà dit que l'ancien pavé de celte antique voie se rencontre à environ un mètre cinquante du niveau actuel. Dans certains endroits, on retrouve plusieurs couches successives de pavage ou d'empierrement, notamment près de la Croix-Féret, c'est-à-dire à l'embranchement de la rue du Thuit-Anger et de la rue du Bourgtheroulde.

Un autre titre, possédé autrefois par le monastère du Bec-Hellouin, concernait une « fieffe faite par l'abbaye du Bec, à Raoul Fleury, d'une masure scise en la paroisse d'Elbeuf », pour sept sols de rente.

L'analyse de cette pièce figure dans l'Inventaire des titres du Bec-Hellouin, conservé à la Bibliothèque nationale. Elle prouve qu'à cette époque il n'y avait encore qu'une seule paroisse à Elbeuf.

Richard d'Harcourt, sire d'Elbeuf, de Beaumesnil, de la Saussaye, de Brionne, vicomte de Saint-Sauveur, seigneur de Beauficel, de Calleville, de Rennevilie, d'Avrillv, d'Auvers, des Planches, de Saint-Celerin,d'Ëpreville, de Sainte-Colombe, d'Angoville, de Patigny, de Saint-Pierre, du Saussey, etc., mourut vers 1241.

Il avait, eu de son mariage avec Jeanne de la Roche-Tesson, de nombreux enfants, dont nous avons donné la liste. Jean ICT, son fils aîné, lui succéda dans sa seigneurie d'Harcourt et d'Elbeuf.

 

CHAPITRE XIV (1241-1260)

Le nouveau seigneur d'Elbeuf était âgé de 43 ans lors de la mort de son père. Il s'était marié, en 1240, à Alix de Beaumont, fille de Jean de Beaumont, chevalier, chambellan du roi. Louis IX le prit en amitié et il jouit toujours des faveurs de ce monarque.

En mars 1244 (1245 n. s.) Martine Piquelée donna aux religieux de Bonport, une rente de quatre sols, à prendre sur une maison sise à Elbeuf.

En ce même mois, Roger Busquet vendit à cette abbaye une rente de 20 sols sur une maison à Elbeuf et sur divers autres héritages sis au même lieu ; cette vente l'ut consentie moyennant la somme de 10 livres.

Le mois suivant, Jean Pasquier et Robert Laber approuvèrent une donation, faite à ce même monastère par leur soeur Mathilde, d'une masure sise à Elbeuf « au moyen d'une rente de six sols».

Le fonds de Bonport, aux Archives de l'Eure, possède une pièce en parchemin concernant notre localité :

« Que tous sachent que moi Jean Lambert d'Elbeuf (de Welleboto) et mes héritiers sommes tenus envers l'abbé et le couvent de Bonport, à une rente annuelle de deux sols, payable à la nativité du Seigneur, assise sur une maison et une place situées à Elbeuf (apud Wellebotum) dans la rue Meleuse (in vico Muleuse), entre ma maison d'une part, et la terre des héritiers Robert Corel d'autre... »

Jean Ier d'Harcourt, seigneur d'Elbeuf, accompagna Louis IX à la croisade de 1248, et ne rentra en France qu'en 1251.

Par un acte daté du mois de juillet 1249, conservé aux Archives de l'Eure, Nicolas Toustain, autrefois lils de Robert Toustain du Hamel, déclara avoir reçu en lief et héritage de Roger Busquet d'Elbeuf (liuslcet de Welle-boe) tout ce qu'il avait de biens à Saint-Aubin-jouxte-Boulleng. Cet acte fut passé devant Robert Buquet (Buket) et plusieurs autres.

C'est très probablement au hameau qui s'étend sur une partie d'Elbeuf et de la Londe, que les deux Busquet ou Buquet dont il s'agit dans cette pièce devaient leur nom.

La rue actuelle de la Rochelle doit sa dénomination à une terre située en cet endroit, dont nous parlerons par la suite. Nous croyons que cette terre appartint à Godefroi de la Rochelle (de Rupella) clerc et personne de Louviers — c'est-à-dire curé honoraire de la paroisse Notre-Dame de cette ville ; — ce prêtre vivait en 1250 et figure plusieurs fois dans le Cartulaire de Saint-Taurin.

Godefroi de la Rochelle fut aussi choisi comme arbitre dans un différend qui surgit entre le curé de Malleville et l'abbaye du Bec.

Une charte du Cartulaire de Saint-Taurin, datée de 1250, mentionne « le chemin du roi qui tend d'Elbeuf (Welleboto) vers Pont-de-l'Arche. » Ce chemin n'était autre que la voie d'Uggade à Criquebeuf, construite pendant la domination romaine.

La population d'Elbeuf, dans la première moitié du XIIIe siècle, était fort peu considérable. L'archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, dans son pouillé, dit que notre localité n'avait que 112 paroissiens.

M. Léopold Delisle voit dans ce mot « paroissiens » l'équivalent de « chefs de famille ». En multipliant par quatre le nombre des feux, on trouve donc qu'Elbeuf comptait à cette époque environ 450 habitants.

D'autres savants disent que, par paroissiens, il faut entendre les habitants, ou tout au plus les communiants, ce qui restreindrait la population elbeuvienne à 300 individus environ. Mais que l'on adopte la première ou l'une des dernières hypothèses, il est établi qu'Elbeuf n'était alors qu'un village.

Nous trouvons, dans ce même pouillé, que l'abbé de Saint-Taurin d'Evreux était patron de l'église d'Elbeuf-sur-Seine ( Hurkbuef super Sequanam) et que la dire valait vingt livres de rente. Le précédent curé se nommait Robert ; il avait été nommé par Robert Poulain, archevêque de Rouen. Celui qui lui avait succédé et desservait la paroisse alors, portait le nom de Michel ; il avait été investi de son bénéfice-cure par Eudes Rigaud lui-même, parce que le sujet que l'abbé de Saint-Taurin avait présenté était moins capable que le précédent desservant. Nous verrons bientôt que si maître Michel était plus instruit que le prêtre proposé par l'abbaye, il n'était pas précisément un modèle de vertu.

Voilà donc des renseignements positifs sur l'Elbeuf du treizième siècle. Ils n'étaient pas ignorés de M. Guilmeth ; aussi est-on en droit de s'étonner qu'il ait placé une « grande industrie manufacturière » dans ce village, qui ne comptait que 112 paroissiens, et dont le curé n'avait que 20 livres par an pour subvenir à ses besoins matériels, et cela sous le règne du pieux Louis IX.

Eudes Rigaud fut l'un des plus grands prélats de son époque. Le roi lui donna de nombreuses marques de confiance et même son amitié. Rigaud a laissé un journal intime de ses visites pastorales pendant le temps qu'il occupa le siège de Rouen, c'est-à-dire de 1248 à 1269, dans lequel on trouve une infinité de faits particuliers aux prêtres et aux moines. Ce registre mentionne plusieurs passages de l'archevêque à Elbeuf.

Le 2 des noues de février 1250 (4 février 1261 n. s.), Eudes Rigaud, revenant de l'abbaye du Bec, où il avait séjourné pendant trois jours, passa par Elbeuf, et se rendit le soir même au prieuré des Deux-Amants.

Un article du Registre des Visites d'Eudes Rigaud nous apprend que les Pastoureaux envahirent notre contrée en 1251. Le 30 mai, ils attaquèrent l'archevêque, dans la cathédrale, où il présidait un concile, chassèrent de l'église le prélat et tous les prêtres présents. Comme les Pastoureaux, dont le nombre fut évalué à 100.000, se dirigèrent ensuite sur [texte manquant]

 

Paris et l'Orléanais, il est probable que notre localité, située sur la grande route qui se dirigeait de Rouen vers le centre de la France, eût à souffrir aussi de ces bandes furieuses.

Les Archives départementales possèdent une pièce sur parchemin, datée du mois d'octobre 1253, par laquelle Pétronille, nièce de Mathilde Naguet, femme de Richard de l'Isle, anglais, de la paroisse Saint-Jean d'Elbeuf (de parochia S. Johann is de Eullebeu), vendit au chapitre de la cathédrale de Rouen un tènement sis en la paroisse Saint-Maclou.

Cette pièce est le plus ancien titre connu mentionnant la paroisse Saint-Jean. Mais malgré, qu'elle est dite d'Elbeuf, elle faisait encore partie du territoire de Caudebec, au diocèse d'Evreux. Voici ce qui s'était passé :

Pendant la période de calme qui, en France, avait marqué le règne de Louis IX, la ville de Rouen s'était considérablement agrandie. Il fallait à sa population, toujours croissante, une masse d'approvisionnements correspondante. La position de ce qui fut, depuis, le port d'Elbeuf, au pied des riches plateaux du Neubourg et du Roumois, était naturellement indiquée pour en faire le lieu d'embarquement des grains récoltés dans ces campagnes et destinés à la capitale normande. Les cultivateurs descendaient à dos de cheval, par le chemin du Neubourg (actuellement de la Justice) et par les cavées du Thuit-Anger et des Ecameaux, les produits de leurs champs ou de leur industrie, jusqu'au port ou passage Saint-Gilles, d'où, après avoir traversé la Seine, ils gagnaient Rouen par la rive droite. Mais, bientôt, ils trouvèrent plus commode de s'arrêter au bord du fleuve et de faire transporter leurs récoltes par eau : Le cours de la Seine les y conviait, du reste, et ils furent probablement encouragés à user des « voitures d'eau » par des commerçants de Rouen, auxquels on doit même, peut-être, les premiers services établis entre les deux stations.

Ainsi qu'il est facile de se le figurer, le quai d'Elbeuf, qui, jusque-là, n'avait servi qu'au passage Saint-Gilles, trouva de grands éléments de développement dans la navigation fluviale. Des chaumières, puis un village se bâtirent à proximité ; mais ce village, sf peu étendu qu'on puisse le supposer, confina à la paroisse d'Elbeuf, et bientôt les deux agglomérations n'en firent qu'une. Il était donc tout naturel de désigner la nouvelle paroisse comme étant d'Elbeuf.

L'intéressante pièce que nous venons de citer, en la rapprochant d'autres observations, nous fournit la preuve que la paroisse et l'église Saint-Jean d'Elbeuf furent fondées entre l'année 1241 et l'automne de 1253.

Cependant, il ne faudrait pas trop prendre à la lettre le parchemin de 1253 ; car nous savons par plusieurs exemples que l'on donnait autrefois la dénomination de paroisse à des hameaux qui, ne possédant qu'une chapelle créée pour la commodité des fidèles, n'avaient pas droit à ce titre: c'est ainsi que nous voyons un acte de 1592 mentionnant une « paroisse de la Godardière » située à La Londe, qui n'a jamais existé.

Le premier oratoire chrétien fondé près du quai d'Elbeuf fut une chapelle, créée, probablement sur la demande des habitants, par Jean Ier d'Harcourt, sous le nom de Saint-Jean-des-Prés ; elle était desservie par des prêtres du diocèse d'Evreux.

Mais, par suite du développement que prit bientôt cette partie du territoire elbeuvien, la création d'une église fut décidée, du vivant même de Jean Ier, qui, déjà, avait placé la chapelle sous l'invocation de son propre patron : saint Jean, ainsi que l'église d'Harcourt, de sa fondation également.

Nous verrons plus tard que l'oratoire nouveau fut particulièrement favorisé, ainsi que les autres édifices religieux de la création des seigneurs d'Harcourt, par les successeurs de Jean Ier.

On pourrait se demander quelle était, l'importance de l'église primitive de Saint-Jean : nous voulons dire de celle qui succéda à la chapelle des Prés. Si, d'un côté, nous nous reportons, par la pensée, à ce que pouvait, être l'agglomération du nouveau village, peuplé, de bateliers, de pêcheurs, de quelques marchands et aubergistes, dont la totalité ne devait pas former un chiffre supérieur à deux cents habitants ; et, de l'autre, si nous examinons les édifices de cette époque établis dans des localités d'une population équivalente, nous sommes amené à considérer l'église de Moulineaux comme représentant, assez exactement celle de Saint-Jean d'Elbeuf pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle. Il est bien entendu que nous n'émettons qu'une hypothèse, mais ayant une certaine vraisemblance.

Cependant, quelle qu'ait été l'importance de la paroisse et de l'église Saint-Jean, il est absolument hors de doute, ainsi que nous, aurons plusieurs fois l'occasion de le constater, que la nouvelle paroisse, quoique dite d'Elbeuf, resta dans le diocèse d'Evreux, territoire de Caudebec.

A ce sujet, nous croyons devoir citer l'opinion de M. Parfait Maille, qui a étudié cette question avec soin et l'a traitée avec beaucoup de bon sens :

« Entre Saint-Jean et Caudebec, dit-il, il n'y a jamais eu de séparation territoriale ni de limites avant l'arrêt de 1731, mais ce ne fut pas un empêchement à l'indépendance de Saint-Jean qui, une fois paroisse, consomma sa réunion à Elbeuf, sans s'y fondre entièrement, connue il est expliqué'ainsi qu'il suit :

« Par une anomalie singulière, le bourg d'Elbeuf était traversé par une ligne de démarcation qui, le coupant en deux, en mettait une partie sur le pays et diocèse d'Evreux, dovenné de Louviers, et l'autre sur le Roumois, pays et diocèse de Rouen, doyenné de Bourgtheroulde, ce qui prouvait une autre séparation, ayant, en effet, existé entre ces deux parties plus tard réunies, et qui, avant et même après leur réunion, ont appartenu à des circonscriptions et territoires différents, selon tous documents officiels et authentiques.

« Quant à l'existence unitaire de ces deux parties, comme seule et même bourgade ; autrement, quant à l'existence unitaire des deux paroisses ou quartiers de cette bourgade, quant à l'existence unitaire de Saint-Jean et de Saint-Etienne, Saint-Etienne tout Elbeuf, Saint-Jean dépendances de Caudebec, cette, existence est uniquement due à la conversion, en église, de la chapelle du triège de Saint-Jean-des-Prés.

« Cette conversion, ayant fait une paroisse de ce triège, a ainsi créé son autonomie, l'a émancipé, séparé de Caudebec dont il n'était, comme Saint-Nicolas-des-Champs, qu'une annexe, qu'un hameau, et a amené insensiblement son union tacite avec Elbeuf, son voisin attenant.

« Sans église, et s'il ne fut devenu paroisse, ce triège n'aurait jamais pu former une unité indépendante, se détacher de Caudebec, et s'unir à Elbeuf d'une manière quelconque.

« Il n'est rien de plus péremptoire, comme témoignage de l'homogénéité, de l'identité, de l'union et de l'unité de Saint-Jean et de Caudebec, qu'un contrat de 1662, mentionnant en propres termes, portant et désignant expressément une terre de Saint-Jean « terre sise à Caudebec, dans la bourgeoisie d'Elbeuf ».

« Le triége de la bourgeoisie d'Elbeuf s'étendait, pour Saint-Jean, jusqu'à Notre-Dame-de Caudebec, qu'il entourait complètement, et comprenait le triége des Terres-Noires ou de la Vignette, aujourd'hui un des quartiers les plus considérables de Caudebec.

« Ainsi, par une singulière anomalie, Saint-Jean, comme territoire, était de Caudebec, et comme bourgeoisie, d'Elbeuf.

« La bourgeoisie d'Elbeuf était tout à la fois, pour Saint-Jean, un triége de Caudebec et une distinction privilégiée.

« Un arrêt de 1731 n'est pas moins concluant, cet arrêt fixant, au centre même de Caudebec, sur le seul et propre sol de Caudebec, entre compatriotes, jusqu'alors sans séparation, fixant, entre les bourgeois de la succursale Saint-Jean et les manants de la paroisse de Notre-Dame-de-Caudebec, des bornes pour l'assiette de l'impôt personnel, à payer pour une de ces deux classes de contribuables de même lieu et de catégories différentes.

« Elbeuf avait d'autres limites, ses limites propres et particulières, limites provinciales, diocésaines, territoriales, urbaines et paroissiales ».

 

Nous reprenons l'ordre chronologique :

En 1253, au mois de février (1254 n. s.), Olivier Cauvin, d'Elbeuf, donna aux moines de l'abbaye de Bonport une rente annuelle de deux sols et une poule, assise sur une masure à Montaure.

Parmi les postulants qui furent ordonnés diacres, le samedi avant la fête de la Trinité, en l'année 1254, figurait Hugo d'Elbeuf (Huelebue).

En cette année et la suivante, l'archevêque de Rouen traversa plusieurs fois notre localité, mais sans s'y arrêter.

L'inventaire des titres de l'abbaye du Bec-Hellouin, que possède la Bibliothèque nationale, mentionne la confirmation accordée par Louis IX, roi de France, à l'abbaye du Bec « du droit, de, prendre du bois pour certaines réparations et pour son chauffage dans les forests de Rouvray et de Bord, et d'y faire paistre ses bestiaux, en l'an 1255. »

Nous trouvons dans l'Appendix du journal de l'archevêque Rigaud le passage qui suit :

« L'an du Seigneur 1255, le jour du synode d'été, maître Michel « curé de l'église d'Elbeuf» (rector ecclesie de )f elebue) fut admonesté et invité de s'abstenir à l'avenir de fréquenter les femmes, et particulièrement la nommée Marie, à laquelle il avait renoncé déjà quelque temps auparavant. Cette admonestation fut faite par maîtres P. de Ons et J. de Nointelle, archidiacres du Grand et Petit Caux, agissant en notre lieu, clans notre manoir de Rouen, en la chambre moyenne. Furent présents : le doyen du Bourgtheroulde et Jean de Morgneval, notre clerc ».

Cette pièce nous laisse supposer qu'en l'année où elle fut écrite, Saint-Jean n'avait pas encore le titre de paroisse ; car, autrement, le prélat, qui apportait tant d'ordre et de soin dans tout ce qu'il faisait, n'eût pas manqué de désigner plus clairement la paroisse d'Elbeuf dont il voulait parler, ainsi qu'il le fit l'année suivante.

Notons que ce fut en 1255 que Jean Ier, seigneur d'Elbeuf, fonda, dans les dépendances de son château d'Harcourt, le prieuré du Parc.

Le troisième curé connu de Saint-Etienne se nommait Jean ; il avait probablement succédé immédiatement à maître Michel ; mais il ne parait pas être resté longtemps curé d'Elbeuf, car il se rendit le 17 des calendes de juillet (15 juin) 1256, au manoir qu'habitait Eudes Rigaud à Déville-lès-Rouen, pour résigner entre les mains du prélat ses fonctions de recteur de Saint-Etienne (rector ecclesie Sanrti Stephani de Wylebo).

Neuf jours après, l'archevêque Rigaud passa par notre localité, en allant de Bonport à Pont-Audemer, où il fit la paix avec ses suffragants, les évêques de Baveux, de Lisieux et de Coutances.

Nous parlions tout à l'heure des moeurs du curé Michel : elles n'étaient pas une exception, tant s'en faut, car le Registre de Rigaud cite un assez grand nombre de prêtres et de moines licencieux auxquels le vigilant archevêque adressa des remontrances méritées.

Après le décès de Jeanne de la Roche-Tesson sa mère, Jean Ier d'Harcourt donna, en 1257, différentes terres à plusieurs de ses frères.

Un acte de cette époque parle aussi « d'une ferme qui appartenoit à la dame de la Mare, dans Freneuse, qui fut baillée à Monseigneur Jean de Harcourt pour deux cens dix livres, et qu'en contr'eschange il avoit baillé pour quarante livres de revenu en fonds de terre en sa seigneurie d'Auvers. »

A cette époque, comme aujourd'hui encore, les ouvriers tisseurs de draps faisaient sécher les chaînes encollées sur des pentoirs (pentoribus) en plein air. Nous trouvons mentionnée cette partie de l'outillage, à Louviers, dans un contrat du mois de juin 1257. Inutile d'ajouter que, dans les actes du XIIIe siècle, concernant Elbeuf, on ne rencontre jamais trace de de fabrication lainière.

Comme autre présomption qu'il n'existait point à Elbeuf d'industrie drapière, quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs, voici un passage du Dit du Lendit rimé, que Roger d'Andely écrivit pendant la dernière moitié du XIIIe siècle, dans lequel sont cités tous les lieux de fabrication ayant quelque renom. Le manuscrit se trouve à la Bibliothèque nationale :

Or dirai du mestier Hautain

que n'a matère miex apère ;

c'est cis qui tous les autres père ;

ce sont li Drapier, que Dieu gart ;

 par biaus dras là li ons regart ;

Diex gart ceus qui les sevent faire ;

des Marcheans de bon afaire

 doit on parler en tous bons lieus.

Pour ce que je ne soie oiseus,

voudrai nommer, selonc mon sens,

toutes les villes par assens,

dont la foire est maintenue.

Premier est Paris amenteue,

que c'est du monde la meillour ;

si li doit on porter hounour ;

 tous biens en viennent, dras & vins.

Après parlerai de Prouvins ;

vous savez bien comment qu'il siet

que c'est l'une des .XVIJ.

Après, Rouen en Normendie ;

or oez que je vous en die.

En mon Dit vous amenteuvrai,

Gant & Ypres & puis Douay,

& Maaline & Broiselles ;

je les doi bien nommer com celles

qui plus belles son à veoir ;

ce vous fai je bien assavoir.

Cambrai cité & Moncornet,

Maubeuge & Aves i mec Nogent le Rotro, & Dinem,

Manneval, Torot & Caen,

Louviers, & Breteul, & Vernon,

Chartres, Biauvais. cité de nom

Évreus, & Amiens noble halle,

Et Troie, & Sens, & Aubemalle,

Endeli, Doullens, S[eint] Leubin,

S[eint] Lou c'on dit en Coustentin,

& Moustereul desus la mer,

& S[eint] Cointin, & S[eint] Orner,

Abeville & Teuremonde,

Chaalons ou moult de pueple abonde,

bons mercheans & plains d'engien,

Diestre après, & puis Enguien,

Louvain, Popelines trouvai,

Valenciennes, & puis Tournai,

Torigni & puis Darnestal,

& après trouvai Boneval,

Nogent le Roy, & Chastiaudun.

Maufumier metrai en quemum ;

Aubenton y doit estre bel,

& le Temple de Montdoublel,

Corbie, Courterai & Erre ;

Baieus, Chanbel m'i faut atraire ;

Hal & Gant m'ont tret en Brebant,

Coutras & Gent plein de brant

Villevart, ne veut pas lessier,

Pavilli, ne Moutier-Villier ;

Monsiaus y métrai & Blangi.

Lille en Flandres, Cressi & Hui,

& Arras cité, & Vervin ;

par tans en sarez le couvin.

stampes metrai en commun

& le chastiau de Melleun ;

S[eint] Denis, ou je sui tout aise,

nommerai & après Pontaise,

Gamaches, Bailleul & Ensene

par ce que je ne mes à Senne.

N'oubli pas Miaus, ne Laigny,

ne Chastiau Landon, quant y suy

au Lendit merci Jésu Crist,

je les mis touz en mon escrist

L'absence du nom d'Elbeuf dans cette longue liste n'est pas, à la vérité, une preuve absolue que l'on n'y fabriquait point de draps à cette époque ;

cependant, il paraît invraisemblable que si une importante fabrication y avait eu son siège, comme le prétend M. Guilmeth, le poète andelysien l'eût oubliée, alors qu'il mentionne celle de Menneval près Bernay, et celles de plusieurs petites localités qui n'ont jamais eu une bien grande réputation : il déclare, du reste, qu'il a mis, dans son écrit, tous les centres drapiers.

A cette époque, la draperie rouennaise était en grande prospérité ; car nous voyons, en 1258, les marchands de Rouen louer à Provins, pour seize ans, une maison destinée à recevoir leurs marchandises. Dans une liste des villes qui envoyaient des draps aux célèbres foires de Champagne et de Brie, celle de Rouen est citée.

Ses draps avaient alors 13 aunes, mesure de Champagne ; les roiez et les tains 44 aunes. Il y avait déjà longtemps, alors, que les fabricants de Rouen jouissaient du droit exclusif, que leur avait conféré Louis VIII, de prendre de la terre à foulon dans la forêt de Roumare et généralement dans toute la baillie de Rouen.

Par draps de Rouen, on entendait non seulement ceux qui étaient fabriqués dans cette ville, mais aussi ceux des environs et du Roumois, dont Saint-Etienne d'Elbeuf, la Londe, Roscroger, Bourgtberoulde et autres faisaient partie.

Il est de tradition, dans notre contrée, que le tissage des draps s'est pratiqué à la Londe comme à Bourgtheroulde avant de pénétrer à Elbeuf : la tradition semble avoir raison ; car si nous ne trouvons, au XIIIe siècle, aucun document mentionnant une industrie drapière dans notre ville, il en existe un qui ne peut laisser aucun doute en ce qui concerne Bourgtheroulde, et, par extension, peut-être plusieurs des autres localités que nous venons de citer.

Voici, en effet, ce que nous lisons dans « les Droitures, coustumes et appartenances de la visconté de l'eaue de Rouen », conservées à la Bibliothèque nationale :

« A la ferme de la prevosté de Darnestal, a partient la porte du pont Honfroy, par devers Sainte-Katherine. Item la porte Saint-Oein, et les torteaux et les barrages qui i sont cuillis as .II. portes, et la leinne à suint, comment que èle soit aportée, les peaus d'agneaux et de chevreaus, de quel part qu'èles viegnent,  exceptée la mer. item la laeinne blanche, au desous du pois, par dessous XXV lib. Item « les draps du Bourc-Thoroude » et le pein de la rive, et tôt pain qui par eaue vient vendre en Rouen ».

Ces draps, tissés à Bourgtheroulde et dans les environs, étaient donc transportés à Elbeuf et de là, par bateau, à Rouen, où on les dégraissait, foulait, lainait, tondait et marquait, et c'est en arrivant dans cette dernière ville qu'ils payaient un droit d'entrée à la porte du pont Honfroy.

En mai 1258, Ameline Baschac, d'Elbeuf, (de Welleboto) donna au monastère de Bon-port, pour le salut de son âme, de celle de son l'eu mari et de celles de leurs ancêtres, douze deniers de rente à la Poterie du Bourgtheroulde. Les témoins de cette donation furent : « Hébert Tisserand, Richard Lautbert (ou Lantbert) aîné, Robert Lautbert jeune, Jean de « Caucheis », Robert de Franc et plusieurs autres. L'original, sur parchemin, de cette donation est conservé aux Archives de l'Eure.

Le fonds de l'abbaye de l'Isle-Dieu, de ces mêmes Archives, contient une charte de 1264, par laquelle Geoffroi du Quesnoy, curé d'Elbeuf, donna 10 sols de rente à ce monastère, à prendre sur un héritage sis à Mathonville. — Nous supposons que ce n'est pas de notre localité dont il s'agit ici, mais d'Elbeuf en Bray.

Parmi les témoins d'un acte du 24 avril 1264, concernant la vente d'une masure sise à Martot, faite par Nicolas Troche à Raoul le Sénéchal, figure Jean le Caron d'Elbeuf (Welleboto).

En décembre 1264, une nouvelle croisade fut prêchée dans notre contrée.

L'archevêque de Tyr exhorta les seigneurs et le peuple à prendre la croix, dans un sermon qu'il fit à Rouen, le 20 décembre. Louis IX était alors à Pont-de-l'Arche, où étant tombé malade, Eudes Rigaud alla le voir le lendemain 21.

L'archevêque de Rouen coucha le soir à Bon-port.

Voici un nouvel acte du fonds de Bonport, intéressant notre localité :

« Que tous sachent... que moi Guillaume Croc, écuyer, ai fieffé à perpétuité à Richard Le Mailleu, une masure que je possédais en la paroisse Saint-Etienne d'Elbeuf, située entre la masure de Robert Luillier et celle de Jean Marescot, aboutant au pavement du seigneur Jean d'Harcourt, chevalier... moyennant 12 sols de monnaie courante et un chapon, payables en deux termes, savoir 8 sols à la Saint-Michel, 4 sols et le chapon à Noël ». Les témoins furent Radulfe du Bois, Robert Lhuillier, Jean Marescot, Guillaume Lesueur et plusieurs autres.

Le « pavement » mentionné dans cette charte n'était autre que l'une des anciennes rues pavées d'Elbeuf, probablement la rue Meleuse. Dans tous les cas, et quelle que soit la rue de ce pavement, c'était évidemment l'une des principales, sinon la plus importante voie de notre localité, et elle était bordée de masures : l'acte que nous venons de citer en mentionne trois successives. La paroisse Saint-Etienne, c'est-à-dire le vieil Elbeuf, n'était donc encore qu'un village.

La léproserie placée sous le patronage de sainte Marguerite, qui avait été créée entre Orival et Elbeuf, était alors administrée par un prêtre du nom de Jean. Il comparut, le 9 des calendes de mai (23 avril) 1265, dans une assemblée de tous les ecclésiastiques du doyenné de Bourgtheroulde, tenu à Thuit-Hébert et présidée par Eudes Rigaud, archevêque de Rouen.

Le prélat reprocha au chapelain de Sainte-Marguerite sa conduite scandaleuse. Il avait eu des relations avec une nommée La Sarote, ne résidait que rarement dans sa chapellenie, et il était, en outre, accusé d'avoir célébré des mariages clandestins. Le coupable fut cité, avec d'autres ecclésiastiques, à comparaître au synode suivant, où il jura, la main posée sur sa poitrine, en face de l'Evangile, que s'il lui arrivait d'être convaincu de pareilles fautes, il résignerait son bénéfice.

Nous ne dirons rien de cette maladrerie, où, concurremment avec l'hôpital de la côte Saint-Auct, étaient admis les lépreux d'Elbeuf, car nous en avons traité longuement dans notre notice historique concernant Orival.

Le doyenné de Bourgtheroulde, se composait alors des quarante-trois paroisses suivantes, dont nous trouvons la nomenclature dans le Pouillé d'Eudes Rigaud :

« Furce, le Tuit-Symer, Bardolvilla, Annevilla, Bervilla super Secanam, Anborvilla, Huivilla (Sanctus Leodegarius de Yvilla), Boscus Goeti, Tubervilla, Tuit-Hébert, Bos Bernart de Cressy, Bos Bernart Comin, Hyffre-villa, Angovilla, S. Dyonisius de Boscho Gerardi, Burgus Theroudi, Bussetum,Bavilla, Teilleman, Waliquervilla, Bos Renolt, Borne-villa, Bervilla, Mala Villa, Bar eus, S. Paulus, Le Til, Houlebec, Yallevila, S. Dyonisius de Montibus, S. PhiUbertus, Boschus Guerardi, Marco snlla, Boschiermlla, Bosnormant, Bos Rogier, Tuit Heudebert, La Londe, HURLEBUEF SUPER SECANAM, Briona, S. Andréas de Becco, S. Taurimis, Boschus Boberti. »

À l'exception de Bardouville, Anneville, Berville-sur-Seine, Ambourville, La Londe et Elbeuf, toutes ces localités sont actuellement du diocèse d'Evreux.

Par contre, Caudebec et le territoire de la nouvelle commune de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, qui étaient au diocèse d'Evreux, font maintenant partie de celui de Rouen, sauf l'ancienne paroisse de Saint-Pierre-de-Lierroult, restée au diocèse d'Evreux, quoique son territoire soit rattaché administrativement à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.

 

CHAPITRE XV (1265-1288)

En l'année 1265, Jean Ier maria son second fils, Richard II d'Harcourt, à Isabelle de Mello, fille du comte Dreux de Mello, seigneur de Saint-Prix, qui apportait en mariage 600 livres parisis de rente, à prendre sur les comptes du roi de France. La dot d'Isabelle lut garantie sur la terre d'Elbeuf, donnée à Richard par son père.

Les armes que portait Richard d'Harcourt, baron d'Elbeuf et châtelain de Boissey-le-Châtel du vivant de son père, étaient : De gueules à deux fasçes d'or, brisé d'une molette d'or, au canton droit. Isabelle de Mello, sa femme, portait : D'or à deux fasces de gueules et à l'orle de merlettes de gueules.

Nous allons entrer, maintenant, dans quelques détails concernant le commerce d'Elbeuf : La vicomté de l'Eau de Rouen s'étendait, d'un côté, de cette ville à la mer, et de l'autre jusqu'à Paris.

Un chapitre des « Droitures, coustumes et apartenances de la visconté de l'Eaue de Rouen » est ainsi conçu :

« LXI. — De fil, linge et lange, porté par eaue.

« Fil, linge et lange qui est porté par eaue, de Ellebuef jusques a Rouen, doit VIII deniers de coustume. Et se le fil est à home de Ellebuef, il paiera IIII deniers, tant seulement.

« Et se il est porté par desous Roen, par eaue, outre la Boille, il paiera VIII deniers de coustume. »

Ce document, qui remonte au XIIIe siècle, nous indique donc qu'à cette époque éloignée, il existait un service assez régulier de navigation entre notre bourg et Rouen, et qu'une des branches du commerce de notre localité était la vente des fils et tissus de lin et de chanvre, provenant de l'industrie domestique des plateaux dont Elbeuf était le port d'embarquement. On remarquera qu'il n'y est point question de fils ou de tissus de laine.

« Le fardel de dras ou de teiles ou d'autres choses, de quele marchandises que ce soit, qui est porté de Rouen jusques à la Boille, portant qu'il i soit descarchié, doit iv deniers de coustume ; et se il va par eaue outre la Boille, il paiera vm deniers ; et se il est porté de Rouen contremont l'eaue, il paiera iv deniers de coustume jusques au Port Saint Oien ; et se il va outre le Port Saint Oien par eaue, il paiera VIII deniers de coustume ». Comme on le voit, c'est de Rouen que partaient les draperies qui circulaient sur la Seine, en amont comme en aval de cette ville.

Il paraît que des notes extraites des archives du prince de Lambesc, dernier seigneur d'Elbeuf, mentionnaient « plusieurs privilèges et mesures en laveur du commerce d'Elbeuf ». Le commerce que faisait, notre localité au XIIIe siècle est connu ; nous verrons plus tard qu'il ne progressa guère au siècle suivant et même jusqu'au milieu du XVe mais ces notes ont suggéré à M. Emmanuel Gaillard, puis à M. Guilmeth, l'idée qu'elles se rapportaient « à la fabrique de tapis dont Elbeuf est demeuré en possession jusqu'à la fin du siècle dernier ».

En effet, Elbeuf eut des fabriques de tapis, mais pas au moyen âge. Aussi est-ce avec un sourire de raillerie que M. Parfait Maille a accueilli la description de ces soi-disant tapis elbeuviens « fabriqués à l'imitation de ceux de l'Asie » dans lesquels on fait entrer « la laine fine tirée au peigne » et même la soie.

Mais laissons ces fantaisies, et, par la vicomte de l'Eau, rentrons dans le domaine de la réalité et de la vérité historique.

L'ancien chemin des Traites paraît devoir son nom à un bureau que l'on transporta plus tard vers la rue du Port et où l'on payait les droits sur les marchandises qui descendaient ou remontaient la Seine. Le nom de « traite » était donné au transport des denrées d'une province ou d'un lieu à un autre ; il est resté dans notre langue, mais il s'emploie maintenant pour désigner un échange de marchandises et est synonyme de commerce, de trafic ; on dit : la traite de l'ivoire, des arachides, des noirs, etc.

Le « bureau des traites » à Elbeuf, est mentionné dans une pièce de 1452. Le fermier ou le commis qui y était installé pouvait faire arrêt sur les vins que l'on débarquait de l'un ou de l'autre côté du fleuve, entre Port Saint- Ouen et le hameau de Quatre-Ages, à Crique-beuf, avant d'avoir payé la « mueson ».

Nous lisons dans le Coutumier de la vicomté de l'Eau : « La viconté de l'Eaue de Rouen a telle franchise que nul ne puent amener vins vers Rouen, que puisque ils sont passés Carretage — Caretaige ou Catherage — que ils ne doyvent leur moeson ; et se ils demeurent oultre Carretage jusques à la basse sentelle emprès les meurs de Bonport ; cil qui est pour la viconté à Eullebuef le puent arrester jusques à tant qu'il soit paie de la moeson pour la viconté ». Dans l'édition C du Coutumier, on trouve : «et se il demeure oultre Cateraige et dessoultz le Port Saint-Ouen ».

Le Coutumier ajoute : «Et a l'en de coustumes à paier de chacun tonnel II sols VI den., et pour chacun queue xv deniers, excepté ceux de la ville du Port Saint-Ouen, qui ne doyvent que II sols pour tonnel et XII deniers pour queue des vins qui sont deschargiés en la diète ville des tonneaux qui demeurent as villays... »

Dans l'édition du Coutumier de 1617, on trouve : « Nul ne peult faire venir ses vins soit par eaue ou par terre depuis qu'ils sont passez Quatarrage près les murs de Bon-port, soit que le vin descharge à Elbeuf ou le Port Saint-Ouen, qu'il ne paie le droict de mueson et droict de choix pour les bourgeois, et pour les forains mueson, coustumes et choix ; et ont pouvoir les gardes de la viconté estant à Ellebeuf ou le Port Saint-Ouen d'arrester ceux vins à faute de païer les droits susdits ; et si les dits vins passent plus oultre, soit pour descharger à Rouen ou ailleurs, paieront aussi les mêmes droicts ».

Quant aux vins qui étaient récoltés à Elbeuf et aux environs, ils étaient exempts de droits : Voici ce que dit l'ancien Coutumier :

« Se aucun qui eit la franchise Rothom achate vins, mès qu'il soient creux au desus du Pont de l'Arche et il viegnent à Roen, il paiera moèson, et bien les eit il achetez par son user et bien eussent il creu en ses propres vignes. Les vins qui sont creus par desous le Pont de l'Arche ne paie ne moeison ni coustume ».

Le vicomte de l'Eau avait aussi la police des quais et de la rivière, des bateaux, coches ou voitures d'eau circulant sur la Seine.

Dans les anciens règlements, il était dit ;

« Depuis que la nuit sera venue et que l'on ne pourra plus connoistre un tournois, nul ne passera aucune personne par ladite rivière, ni aussi le matin qu'il ne soit jour suffisant, à peine de dix livres d'amende.

« Item, aucun batelier ne passera, ne mènera aucun bateau passager depuis le jour Saint-Rémi (1er octobre) jusques à Pâques ensuyvant, s'il n'a deulx avirons ferrez, bons et suffisans et aussi un croc ferré... »

Ces règlements s'appliquaient, naturellement, au passage du Port Saint-Gilles, à Elbeuf, comme à tous les autres du ressort de la vicomte.

La politique habile de la reine Blanche avait donné une force considérable au pouvoir royal, car le roi se trouvait débarrassé des inquiétudes à lui causées par les grands vassaux de la couronne, d'une part, et les prétentions justifiées de l'Angleterre sur la Normandie, de l'autre.

Mais, comme il fallait occuper la noblesse turbulente, l'idée d'une nouvelle croisade surgit, et bientôt engagea de nombreux chevaliers à partir pour l'Orient :

« Le roy Sainct Louis, dit le sieur de La Roque, ayant sur le coeur l'injure que la chrestienté avoit receuë en Egypte et l'oppression des chrestiens en Syrie, il se résolut de faire le voyage d'outre-mer, et se croiser pour la seconde fois, l'an 1269, avec plusieurs prélats et barons de son royaume, comme il avoit fait en 1248, du nombre desquels fut monseigneur Jean de Harcourt le père, en l'aage de 71 ans, qui avoit dejà l'expérience du premier voyage ».

Le 5 juin 1269, Richard II d'Harcourt assista à un sermon que lit l'archevêque de Rouen Rigaud, dans l'île Notre-Dame, à Paris, en présence du roi, du légat et d'un immense concours de seigneurs, d'ecclésiastiques et de peuple. Eudes Rigaud y reçut les insignes de la croisade. Avec lui", le roi de Navarre, Richard d'Harcourt et une foule de nobles prirent la croix.

En octobre, le légat du pape tint un concile à Rouen, afin d'obtenir du clergé normand la levée d'un décime pour l'expédition à la Terre sainte.

Richard II d'Harcourt ne jouit pas longtemps de la seigneurie d'Elbeuf, car il mourut moins de quatre ans après son mariage.

Une contestation surgit entre Jeanne de Mello et Jean Ier d'Harcourt, son beau-père ; elle fut portée devant le Parlement de Paris, qui, en 1269, ordonna à Jean d'Harcourt de délivrer à Jeanne, veuve de Richard d'Harcourt, son fils, la valeur de la garantie qu'il avait assignée sur sa terre d'Elbeuf.

Le roi approuva cet arrêt du Parlement : Nous prescrivons, dit-il, au seigneur Jean d'Harcourt d'indemniser Isabelle de Mello de la valeur de sa dot, assignée sur le domaine d'Elbeuf (Elboto).

Mais le baron Jean II, qui avait déjà dépensé des sommes considérables en armements pour la croisade prochaine, ne put probablement pas rembourser Isabelle, et se trouva dans la nécessité de traiter avec Amaury, son frère, auquel il abandonna ce qu'il possèdait sur la terre d'Elbeuf, à condition qu'il donnerait satisfaction à la veuve de son frère Richard.

Jean d'Harcourt, deuxième du nom, accompagna Jean le 1er son père. « Ce fut en ce voyage que le roy sainct Louis, fit le jeune baron de Harcourt chevalier, ayant dès le premier honoré de sa propre bouche du titre de Preud'homme nostre Jean de Harcourt, son père... »

M. Guilmeth parle d'une lettre de l'archevêque de Rouen, de l'an 1273, faisant mention de plusieurs redevances que son chapitre métropolitain et l'abbaye du Mont Sainte-Catherine possédaient alors dans les forêts d'Elbeuf et de la Londe.

Cette lettre, conservée dans les archives du prince de Lambesc, cite deux acres de bois faisant partie de la forêt d'Elbeuf et désignées sous le nom de Fosse Guerard (et in dicta foresta de Hellebuef duas acras terre, Fossam Guerardi dictas).

Guillaume Croc, chevalier, confirma la donation de 12 sols tournois de rente faite aux religieux de Bonport, par Aline, veuve de Robert Soein, « de la paroisse Saint-Jean d'Elbeuf ». Cette donation, datée du mois de mai 1276, reposait sur une masure sise à Saint-Cyr-la-Campagne. que tenait Robert Lesueur.

En mars 1277, Philippe III le Hardi, étant à Paris, amortit les acquisitions faites par les moines de l'abbaye de Bonport, dans ses fiefs et arrière-fiefs. Du nombre se trouvaient une rente de douze sols, assise à Saint-Cyr, par suite d'un don fait par le seigneur Aelirie d'Elbeuf (domine, Aeliiie de Yeleboto).

On trouve dans l'acte de donation faite, en septembre 1278, par Amaury Recuchon, écuyer, aux religieux de Bonport, des rentes qui lui étaient dues par ce monastère, la mention d'une sente qui conduisait de Neuvillette à Elbeuf (Wellebotum).

Le fief de Neuvillette a laissé son nom à un moulin situé à l'extrémité orientale de la commune de Bosnormand ; il s'étendait sur cette paroisse et sur celles de Thuit-Signol et de Boscroger. La sente de Neuvillette à Elbeuf passait par le hameau des « Escamialx » et débouchait à Elbeuf dans la rue Meleuse : c'est donc l'ancienne cavée des Ecameaux, très peu pratiquée maintenant.

MM. Charpillon et Caresme disent qu'un document, qui remonte à 1281, révèle l'existence, de Louviers à Bourgtheroulde, d'une voie importante, qualifiée de chemin royal. Ce chemin n'était autre que l'antique voie romaine, dont nous avons parlé, et « l'ancien chemin de Louviers » qui existe encore dans la forêt de Bord et venait rejoindre l'église de Caudebec, d'où il traversait Elbeuf, gagnait la côte Saint-Auct, puis la Londe. C'est celui que suivit plusieurs fois l'archevêque Rigaud dans ses voyages du Roumois à son domaine de Pinterville.

Le 27 octobre 1279, veille de Saint-Simon et Saint-Jude, Jean d'Harcourt abandonna le patronage de la chapelle de Thuit-Signol aux religieux de l'abbaye de Bonport.

Jean Ier d'Harcourt assista au jugement donné, vers 1283, pour le roi Philippe-le-Hardi, contre Charles de France, roi de Sicile et comte d'Anjou, son oncle, au sujet des comtés d'Auvergne et de Poitou.

Au temps de Philippe-le Bel, les draperies, ne purent sortir du royaume, par les ports de Normandie, sans avoir obtenu des lettres patentes du roi.

Vers cette époque également, les intérêts industriels commencèrent à chercher, dans les tarifs de douane, un instrument de protection contre la concurrence étrangère. C'est ainsi qu'à la demande des drapiers du Languedoc, une ordonnance royale défendit l'exportation des laines brutes et filées, des matières tinctoriales et des draps non teints ni tondus.

Jacques d'Auzolles, sieur de la Peire, fait mention d'Amaury d'Harcourt, qu'il dit avoir été fils de Richard d'Harcourt et de Jeanne de la Rochetesson, vicomtesse de Saint-Sauveur, ce qui est une erreur.

Philippe III, roi de France, averti des adversités survenues aux Français en Sicile, résolut d'attaquer Pierre, roi d'Aragon, et de porter la guerre dans ses états. A cet effet, il assembla deux armées, en 1283, et assiégea d'abord Perpignan, où Arnaurv d'Harcourt, baron d'Elbeuf, perdit la vie. Ce chevalier fut surnommé le Hardy.

Plus tard, les Français assiégèrent Gironde, où Jean II, sire d'Harcourt, neveu d'Amaury, se signala par sa valeur, et ensuite, de concert avec le connétable Raoul de Nesle, il défit 2.500 hommes dans une bataille où le roi d'Aragon fut blessé mortellement.

Les armes d'Amaury d'Harcourt, étaient : Ecartelées, au premier et au quatrième de gueules, ci une fasce de deux pièces d'or, à la bordure d'argent.

La mort d'Amaury avait remis encore une fois la terre d'Elbeuf en la possession du vieux Jean Ier d'Harcourt :

« Enfin Jean, sire de Harcourt, dit l'historien de cette maison, chargé d'ans et de mérites, mourut le 5° jour de novembre 1288, car estant parvenu à l'aage de 90 ans, il avoit acquis par une longue expérience l'estime de tout le monde, et fut enterré au monastère de Nostre-Dame du Parc qu'il avait fondé ; et Alix de Beaumont sa femme, que le sieur Boullenc, prieur du Parc, descrit avoir esté d'une bonté et beauté incomparable, le prédécéda, l'an 1275, le 4° octobre, et gist au mes-me lieu que son mari, proche le grand autel ». Guy d'Harcourt, évêque de Lisieux leur fit construire une magnifique sépulture.

Jean Ier d'Harcourt, baron d'Elbeuf, d'Auvers et de Nehou, vicomte de Saint-Sauveur, seigneur de Calleville, de Beauficel, de Blouville, de Patigny, etc.,

portait pour armoiries : Parti, au premier de gueules à une fasce de deux pièces d'or, qui était d'Harcourt, et au second, gironné d'argent et de gueules, qui était de Beaumont, sa femme.

Du mariage de Jean Ier d'Harcourt et d'Alix de Beaumont étaient nés treize enfants, parmi lesquels nous rappellerons :

 Jean II d'Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur ; Guillaume d'Harcourt, baron de la Saussaye et d'Elbeuf ; Raoul d'Harcourt, fondateur du collège d'Harcourt ; Guy d'Harcourt, évèque et baron de Lisieux ; Richard d'Harcourt, châtelain de. Roissey-le-Châtel, et deux li 1 les qui furent abbesses.

Il paraîtrait que Raoul d'Harcourt, créateur du célèbre collège d'Harcourt, à Paris, frère de Guillaume d'Harcourt dont nous allons parler, avait quelques droits sur la terre d'Elbeuf et qu'il les aurait conservés jusqu'à sa mort, qui survint en 1307.

Raoul d'Harcourt avait été chantre de l'église métropolitaine d'Evreux, archidiacre de Rouen et de Coutances, chancelier du diocèse de Bayeux et chanoine de Notre-Dame de Paris. C'était un des conseillers de Philippe-le-Bel.

Le collège d'Harcourt, qu'il avait fondé en 1280, était destiné aux étudiants en théologie et ès-arts, des diocèses de Rouen, d'Evreux, de Coutances et de Bayeux. Ce collège est devenu le lycée Saint-Louis.

 

 

Histoire d'Elbeuf, par H. Saint-Denis.... T. I. depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1450 Saint-Denis, Henri

 

 

Généalogie des maisons de Meulan et d’Harcourt, seigneur de d’Elbeuf.<==.... ....==> Le château féodal d'Harcourt de Chauvigny et les Vicomtes de Chatellerault