Du 17 octobre 1197 Lettres patentes de Richard, roi d'Angleterre, contenant l'échange des villes d'Andelys Château Gaillard 2

Orderic Vital nous apprend que, vers la fin du XIe siècle, on voyait au Grand-Andelys, sur la rive droite du Gambon, non loin de l'église, un manoir seigneurial avec fortifications, appartenant à l'archevêque de Rouen, Guillaume Bonne-Ame.

 Ce manoir fut pris par Louis le Gros, qui en chassa les troupes de Henri Ier, roi d'Angleterre, en 1119, peu de temps avant la bataille de Bremulle.

L'année suivante, par le traite de Gisors, Andely revint aux Anglais; mais, en 1167, Louis VII incendia la ville pour en chasser les troupes de Henri II, roi d'Angleterre.

La lutte reprit avec plus d'ardeur sous Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion.

Par le traité de paix signe le 5 decembre 1196, les deux monarques remirent le fief d'Andely à l'archevêque Gautier de Coutances, sous certaines conditions.

Ce prélat n'admettant pas le traité, jeta l'interdit sur cette partie de la Normandie; mais, comme il ne put s'entendre avec Richard sur le partage de ce qui leur revellait, tous deux sollicitèrent l’intervention du pape, Celestin III, qui leva l'interdit le 29 avril 1197.

Plan du Château de l'Ile Andelys

Pendant les négociations, Richard avait fait des retranchements et jeté les fondations de la forteresse qui devait s'appeler plus tard le Château-Gaillard. L'archevêque de Rouen céda le domaine d'Andely à Richard et, par le traité du 16 octobre 1197, il reçut en échange les domaines de Dieppe, Bouteille, Louviers, la foret d' Aliermont et les moulins de Rouen qui appartenaient au roi d'Angleterre.

Cet échange fut approuvé par une bulle du pape Innocent III, datée du 26 avril 1198.

Richard commença par donner plus d'importance aux retranchements que l'archevêque Gautier avait établis dans une île en face du Petit-Andely; il y fit faire des logements pour une garnison, le tout entouré d'une enceinte de murs de 1 m. 60 d'epaisseur, formant une ligne brisée de vingt-deux côtés : dans le sens de la longueur, le diamètre de la citadelle mesure 70 mètres, et dans la largeur 47 mètres. Les murs entourés de fosses, aujourd'hui rebouches, étaient protégés à l'ouest par une haute palissade sur talus, au centre duquel devait exister un petit mur se reliant aux portes; on voit encore le fossé et ce talus, qui renferme des fondations en moellons dont la présence serait difficile à expliquer autrement.

 Un pont de bois jeté sur les deux bras du fleuve, pour unir l'île aux deux rives, et deux portes défendues chacune par deux tours, permettaient à la garnison d'aller et de venir. Nous avons pu retrouver l'emplacement de ces tours, qui sont aujourd'hui recouvertes de près d'un mètre de terre.

Par les très basses eaux on voyait encore, il y a quelques années, une pile qui servait à attacher contre l'île le pont du côté de Bernières.

On voit également, un peu au-dessus du niveau du cours de la Seine, la base de l'éperon qui servait à maintenir l'autre partie du pont contre le quai du Petit-Andely : cet éperon mesurait 21 mètres de longueur et 20 de saillie; sur le côté sud était un escalier qu'on retrouverait sous les terres d'alluvion: cet escalier et cet éperon, qui gênaient le halage des bateaux, furent rasés en 1850.

Sur le terre-plein fermant la vallée du Gambon, Richard fit tracer, en 1196, une vaste enceinte qui renferma bien vite quelques milliers d'habitants.

Elle répondait à peu près au Petit-Andely actuel, mais à cette époque elle portait le nom de la Coulture, qui devint ensuite Andely-le-Jeune.

C'était un quadrilatère défendu à l'ouest par la Seine : le mur de ce côté allait du pied de la falaise, c'est-à-dire de la porte Saint-Jacques, au pied du Château-Gaillard.

La route de Vezillon se trouvait fermée en cet endroit par la porte Pinaude, dite Hasard : elle était défendue par deux tours dont les fondations existaient encore vers 1850. Le mur d'enceinte remontait à angle droit pour se rattacher, près de la tour du Colombier, à l'ensemble de la forteresse; mais une autre partie s'avançait à 40 mètres plus loin, jusqu'au chemin qui conduit au pont actuel: on a construit récemment sur ses fondations un mur qui sert de limite aux jardins conquis sur l'ancien bras du Hamel.

 Le long de ce bras de la Seine et le mur existait un chemin pavé qui a été retrouvé en 1893; il était à 1 mètre en contre-bas de la route d'aujourd'hui. A l'est, le mur était défendu par le Vivier, qui couvrait toute la partie inférieure de la vallée et dont les eaux se déversaient dans la Seine par deux bras traversant le Petit-Andely et passant sous deux ponts, qui furent encastrés dans le quai construit au commencement du XIVe siècle par Enguerrand de Marigny.

L'un correspond au pont actuel de l'hospice, et à 50 mètres de l'éperon du Pont-de-l'Isle, se trouvait un autre canal voûté portant encore, dans ces dernières années, le nom de barbacane; quant à l'autre, c'est le pont actuel sous lequel débouche le Gambon dans la Seine.

Cette embouchure était primitivement près de la rue du Quai; elle fut modifiée par Richard lorsqu'il établit le moulin converti récemment en scierie.

Près de ce pont et du moulin, on voit encore les vestiges du mur d'enceinte qui remonte le long du chemin du Château-Gaillard. Une chapelle était adossée à ce mur; elle servit de prison jusqu'à la Révolution.

Un peu plus haut, on voit les fondations d'une tour carrée dont la partie haute a été transformée. Le mur d'enceinte redescend, mais il se perd près du cimetière du Petit-Andely.

Andelys

Ces quelques murailles n'auraient pas suffi à arrêter une armée nombreuse; c'est pourquoi Richard avait choisi la colline abrupte qui prit, à cause de sa situation, le nom de Château de la Roche.

Il fit d'abord pratiquer dans le promontoire qui communique avec la plaine une large tranchée de 16 mètres de large et d'environ 13 mètres de profondeur.

A l'extrémité sud et en dedans du fossé, il éleva une première enceinte triangulaire de 47 mètres de longueur sur 28 de largeur, ayant à ses trois sommets et sur ses flancs de fortes tourelles et des murs de 2 m. 60 d'épaisseur.

Au Sud-Est, dans la grosse tour qui porte, on ne sait pourquoi, le nom de tour de la Monnaie, on voit au centre les traces d'une porte de 1 m. 10 de largeur, ainsi qu'un escalier en spirale dont les marches avaient 0 m. 90 de largeur : il était construit dans l'épaisseur du mur et devait servir aux défenseurs à porter rapidement au sommet des murs les projectiles destinés à défendre ce point, le plus vulnérable de toute la forteresse : c'est le seul escalier en maçonnerie dont :  on ait retrouvé les traces.

Le diamètre de cette tour est de 3 m. 80 et l'épaisseur des murs de 4 mètres; près de cette tour on voit encore une large fenêtre à embrasure.

Dans l'angle Est de l'ouvrage existait une porte de 2 m. 50 de largeur, défendue par une petite tour de 2 m. 90 de diamètre, qui lui était accolée et qui a pu servir à abriter un escalier; dans ses murs on voit encore la cheminée qui servait à chauffer le corps de garde attenant.

Cette porte avait l'orientation et les dimensions de celle qui se voit dans la seconde enceinte. On se demande où pouvait s'appuyer le pont qui couvrait le fossé, lequel a près de 20 mètres de largeur; on ne voit pas non plus de traces pour le passage des flèches de bascule, ce qui ferait croire qu'à cette porte, comme à celle de la seconde enceinte, on avait établi un pont vol ant en bois qui pouvait être détruit à la première alerte.

 

Du 17 octobre 1197 Lettres patentes de Richard, roi d'Angleterre, contenant l'échange des villes d'Andelys Château Gaillard

Près de cette porte, M. Malençon a découvert, en 1885, les bases d'un escalier en hélice qui conduisait aux murs supérieurs.

Quant à l'angle ouest de cet ouvrage, il pouvait être défendu par une tour; mais les démolitions opérées au début du XVIIe siècle ont tellement altéré même les fondations, qu'il est impossible de s'y reconnaître.

Néanmoins, puisque le côté oppose est reste plat à l'est, on peut aussi supposer qu'il n'y avait rien à l'ouest; les deux tours d'en face suffisaient, du reste.

A l'intérieur de cet ouvrage avancé existaient quelques logements dont on retrouve les fondations et une sorte de silo de 4 mètres sur 3 mètres.

Un large fossé de 10 mètres de largeur séparait ce premier ouvrage de la forteresse proprement dite; ce fossé fut continue sur le flanc ouest pour rendre cette partie du coteau tout à fait inaccessible; un pont volant en bois reliait l'ouvrage avancé avec la citadelle. Guillaume le Breton en parle dans sa Philippide, et d'après les ruines qui existent aujourd'hui, nous avons cru devoir le faire figurer en pointillé sur le plan.

La partie de la première enceinte de la citadelle située le long de ce fossé avait une épaisseur de près de 9 mètres et de 2 m. 60 seulement sur les côtés; les angles étaient protégés par des tours très épaisses de 3 mètres de diamètre : on reconnait parfaitement leurs fondations à l'est, tandis qu'à l'ouest, les deux moitiés des murailles s'appuient l'une contre l'autre.

Le mur se prolongeait à l'ouest, en ligne droite, jusqu'en face du donjon, où il s'insérait à la moitié d’une tour carrée de 6 mètres de côté avec des angles abattus, percés de meurtrières évasées.

Le mur longeait ensuite à peu près parallèlement la base de la seconde enceinte, à 5 mètres de distance.

Presqu'en face du donjon devait se trouver une petite porte permettant de descendre à la Seine par un chemin taillé dans le roc.

De ce côté, on voit encore un pan de mur s'insérant dans les rochers près des tours carrées : quoique ce côté soit abrupt, on l'avait rendu imprenable au moyen de ces murailles.

C'est contre ce mur et près de la tourelle que se voient plusieurs logements, destinés sans doute aux officiers; la partie supérieure est désignée, dans la Philippide, comme ayant servi de chapelle. L'ensemble de ces constructions occupe un espace de 19 m. sur 10.

Elles étaient éclairées par une double rangée de fenêtres dont trois petites et une quatrième plus large.

Suivant Guillaume le Breton, cet édifice était le plus haut du château, et il avait été construit par Jean sans Terre.

La première enceinte se poursuivait à l'est, mais c'est à peine si les fondations apparaissent au bord des fossés.

Une tour carrée pouvait protéger le pilier d'abatage du pont de la seconde enceinte et faire pendant à celle qui existe à l'ouest.

De même qu'au nord, à 20 mètres environ de son point d'insertion avec les tours carrées, il pouvait se trouver une tour; mais dans l'éboulis et les larges fondations, il est impossible de la reconnaître.

Le point de contact de cette première enceinte se voit encore très distinctement, ainsi que les corbeaux de pierre qui soutenaient le chemin de ronde se rendant par la petite poterne, dans la seconde enceinte.

Au-dessus de la pile d'abatage du pont, on voit un chemin pavé qui s'arrête en face de la porte de la seconde enceinte et se trouvait encastré entre deux murailles; il va de ce point vers le nord sur une longueur de 27 mètres; il a été découvert en 1885, lors des fouilles de M. Malençon.

Au fond du fossé qui sépare la première de la seconde enceinte et dans la paroi sud existent encore de très belles caves taillées dans le roc et supportées par dix-huit piliers dont l'un est octogonal : de chacun de ses côtés partent, en rayonnant, des arcs-doubleaux. Ces caves très pittoresques ont un véritable attrait pour le visiteur; elles portaient primitivement le nom de Basse-Cour.

Deux caveaux plus longs, aujourd'hui bouchés par des éboulements, se voyaient dans la partie ouest; M. Deville, dans son Histoire du Château-Gaillard, prétend les avoir vus en 1820.

 Au-dessus et en arrière de ces caves, dans la cour, se voit une cavité rebouchée : c'est là que se trouvait le puits destiné à alimenter la garnison, et dont la profondeur devait être d'environ 80 mètres. Il en existait un semblable dans la citadelle, non loin de la porte.

La seconde enceinte est remarquable par ses bossages, qui sont au nombre de dix-sept : ce sont des segments de cercle ayant 3 mètres de corde et qui sont séparés par des portions de courtine ayant 1 mètre, et formant à l'intérieur une série de pans coupés.

Ces murailles, de 4 mètres d'épaisseur et qui devaient avoir au moins 10 mètres de hauteur, étaient surmontées de machicoulis ou de bretèches.

On retrouve sur quelques points des consoles de pierre qui ont dû servir à supporter des chemins de ronde en bois.

Cette disposition en bossages a été employée également au XIIe siècle à Cherbourg.

La porte d'entrée principale mesure 2 m. 50 cent. de largeur et environ 4 m. 50 cent. de hauteur; elle était défendue par une double herse, ainsi que par des vantaux et gardée par deux postes intérieurs encore très bien conservés.

Cette porte est formée d'une arcade en tiers-point, ornée d'un simple rang de claveaux à l'extérieur et de quatre rangs de voussures prismatiques à l'intérieur.

 Primitivement, on franchissait le fossé sur une arche naturelle ménagée dans le roc, nous dit Guillaume le Breton; plus tard, Philippe-Auguste la démolit et la remplaça par un pont mobile en bois; c'est ce qui explique pourquoi on ne voit pas les ouvertures pour le passage des flèches de bascule du pont-levis.

La pile que M. Malençon a retrouvée en face de la porte a pu servir à supporter ce pont de bois, pour lui donner une portée un peu moins longue, cette distance étant d'environ 7 mètres.

Pour pénétrer dans cette enceinte, on a installé, vers 1860, un escalier qui monte à une petite poterne destinée primitivement à la faire communiquer avec le chemin de ronde de la première enceinte.

Cette porte se compose d'une archivolte en ogive, d'un tympan uni et d'un linteau supporté par deux consoles à moulures reposant sur deux pieds-droits carrés.

Les dernières marches du haut, qui sont taillées dans le roc, datent de la construction et conduisaient à droite aux deux appartements du gouverneur; ils avaient un second étage.

On remarque encore deux cheminées et la seconde rangée de fenêtres du second étage.

On pouvait descendre, du côté ouest, à la première enceinte, par un escalier de dix-neuf marches taillées dans le roc, ou descendre au moyen d'une échelle dans les tours carrées du nord et de là gagner la tour du Pigeonnier.

Près de la petite poterne, on voit encore deux tours carrées ; le rez-de-chaussée de la première était affecté aux besoins intimes, tandis que le premier étage, éclairé par deux meurtrieres, communiquait avec l'appartement du gouverneur et lui permettait de surveiller et de défendre le côté nord, la première enceinte et la poterne. Une tour plus large était adossée sur le devant; elle faisait saillie sur la première enceinte; à l'intérieur se trouvait un escalier permettant de descendre sous la première enceinte du côté de l'ouest et de se rendre au Pigeonnier.

Il est bien difficile d'attribuer une destination aux appartements qui occupaient toute la cour et qui figurent sur le plan; leurs fondations ont été retrouvées en 1885, lors des fouilles de M. Malençon.

A droite de la porte, dans les tas de terre et de blocage provenant des démolitions, il découvrit plusieurs squelettes et des débris de poterie en grès du XIe ou XIIe siècle, ainsi qu'une vingtaine de disques en métal uni qui ont pu servir de poids, si on en juge par les points qui devaient correspondre à des numéros.

Pour compléter la défense, un donjon circulaire fut construit à l'intérieur de la cour; il est composé d'une tour engagée à l'ouest dans le mur de la seconde enceinte ; sa partie Est, renforcée par un éperon rectangulaire, est située en face de la porte.

Le mur de ce donjon a environ 6 mètres d'épaisseur sur ce point et 4 mètres dans les autres parties.

De plus, on remarque des contreforts dont la forme, d'après Viollet-le-Duc, serait due à Richard; ils sont plus larges au sommet qu'à la base, s'appuient sur une surface inclinée de haut en bas, et vont en s'élargissant à la partie inférieure, ce qui favorisait les ricochets des projectiles.

Un escalier faisait communiquer le donjon avec les appartements du gouverneur par la porte-fenêtre du premier étage.

Le rez-de-chaussée était éclairé par une seule fenêtre en tiers-point située à l'ouest, et le premier étage avait deux fenêtres semblables, séparées chacune par un meneau en pierre et divisées par des barreaux de fer dont on voit encore les scellements.

Au niveau du premier étage partait le chemin de ronde crénelé qui dominait les murs et contournait le logement du gouverneur.

D'après Viollet-le-Duc, un second étage existait au donjon et contenait les munitions; enfin un troisième étage; crénelé et couvert, commandait le chemin de ronde et servait de poste d'observation ; ces trois étages étaient séparés par des planchers et on y accédait par un escalier en bois. C'est sans doute du haut de ce donjon que Richard, émerveillé de son travail et voyant l'étendue de terrain qu'il dominait, se serait écrié : « Qu'elle est belle, ma fille d'un an ! »

Au pied du château et perpendiculairement au mur qui descend du Pigeonnier, existait une muraille très épaisse au pied de laquelle était un chemin pavé, tous deux retrouvés en 1894, le long de la route actuelle.

Un peu en avant du mur se trouvait la porte Pinaude dont nous avons parlé précédemment. Pour empêcher les bateaux de descendre la Seine, Richard fit planter dans le fleuve, à partir de ce point, une triple rangée de pieux.

Afin d'augmenter encore l'importance de ces fortifications, une motte fut créée en amont de  Cléry ; elle porte aujourd'hui le nom de Muret.

Sur le milieu s'élevait une tour construite en moellons et silex avec angles en pierre; son diamètre était de 20 mètres ; un pont venait s'abattre sur un terre-plein édifié au nord ; il a été en partie nivelé.

On distingue encore les fondations de cette tour ; le fossé qui l'entoure est aujourd'hui rempli d'eau de source.

La motte de la Bucaille et plusieurs autres vigies voisines situées : dans le bois de la Vieux-Ville, à Nézé et sur plusieurs points du Vexin et qui portent des débris de maçonnerie en blocages, ont été utilisées vers cette époque comme postes d'observation.

La forteresse que nous venons de décrire s'appelait primitivement le Château de la Roche, nom qui devint successivement le Château-Gailard, Galard, Guallard et Gaillard, parce que, peu après sa construction, Richard s'était écrié, parait-il, à la vue de cette hardie construction : « C'est un château gaillard. »

 

Philippe-Auguste, averti de la dérogation faite au traité d'Issoudun, accourut et installa un fort dans l'Ile aux Bœufs, en face Notre-Dame de l'Isle. On en voit encore les fossés et les talus.

Cette forteresse portait le nom de Goulet (Guletus, Goleton), nom qui est resté au village construit en face, sur la rive gauche de la Seine.

Ce fortin fut demoli en 1422 par Henri V, roi d'Angleterre.

Pour répondre aux menaces de son rival, Richard fit construire à 4 milles du Petit-Andely, à la limite des deux provinces, au bord de la Seine, un petit fort auquel il donna le nom de Boutavent.

Certains pans de murs se voient encore non loin du château moderne et en face du donjon rectangulaire de l'île de Tosny.

En septembre 1198, Philippe-Auguste vint mettre le siège devant le Château-Gaillard; mais il fut surpris par Richard auprès de Courcelles en Vexin, et poursuivi jusqu'à Gisors.

Dans leur fuite, les troupes du roi se pressaient tellement en arrivant à Gisors que le pont se rompit et le roi fut précipité avec ses hommes dans l'Epte où il faillit se noyer.

Par le traité de paix signé aux environs de Port-Mort, le pape Innocent III obtint des deux monarques une trêve de cinq années.

A peine Richard avait-il tourné ses pas du côté de l'Aquitaine que Philippe-Auguste construisit, sur la falaise qui fait face au village de Notre-Dame-de-la-Garenne, un fortin qui prit le nom de Château-Neuf et dont on retrouve encore quelques pans de murs.

Quelque temps après, Richard mourait en avril 1199, blessé au siège de Chaluz, dans le Limousin.

Suivant l'usage du temps, le corps du roi, après avoir été privé de ses intestins, fut salé et enterré près de celui de son père, à l'abbaye de Fontevrault; son cœur fut placé dans une urne de plomb et déposé à la cathédrale de Rouen.

 

17 octobre 1197 Lettres patentes de Richard, roi d'Angleterre, contenant l'échange des villes d'Andelys, à celle de Dieppe, Bouteilles, Louviers, Aliermont, et autres dont jouit a présent monseigneur l'archevêque de Rouen.

 

Le choix des Andelys par Richard pose un double problème : d'une part, le lieu est à l'époque, propriété de l'archevêque de Rouen Gautier de Coutances ; d'autre part, le duc n'a pas le droit de fortifier l'endroit selon les termes du traité de Gaillon de 1196.

  Cependant, il n'a pas le choix s'il veut défendre la vallée de la Seine, il passe donc outre. Ceci lui vaut les foudres de l'archevêque Gautier qui jette l'interdit sur la Normandie note 1, jusqu'à ce qu'un compromis soit enfin trouvé en octobre 1197.

 Richard offre au prélat plusieurs terres ducales en échange de la possession des Andelys6, dont le port de Dieppe, source d'importants revenus. Cet échange est particulièrement favorable à l'Église.

 

RICHARD par la grace de Dieu Roi d’Angleterre, Duc de Normandie, Aquitaine, Comte d’Anjou : Aux Archevêques, Evêques, Abbés, Prieurs, Comtes, Barons, Justiciers, Sénéchaux, Vicomtes, Prévôts, Minsitres, et à tous Baillis, et ses seaux, salut.

Comme ainsi soit que la sacre-sainte Eglise est l’Epouse du Roi des Rois, et l’unique bien aimée de celui par lequel les Rois regnent, et les Princes possèdent les gouvernements : nous voulons lui rendre autant plus de devotion et révérence, que nous croyons certainement que non seulement la puissance Royale, mais toute autre, est de Dieu.

Partant comme la vénérable Eglise de Rouen, laquelle, comme l’on sait, est grandement célebre entre tou tes celles des terres de notre obeissance, à trouvé bon, selon la nécessité des affaires et des temps, de pourvoir à propos à nos intérêts, ainsi nous jugeons raisonnable de répondre par une digne conpensation, aux commoditez et avantages de notredite Mère.

La ville d’Angély et quelques autres lieux adjacens, qui appartenaient à l’Eglise de Rouen, n’étant pas suffisamment fortifiez, nos ennemis pouvaient aisément entrer dans notre pays de Normandie par lesdits endroits, par lesquels ils se jettaient plus licencieusement sur ledit pays, le brulant et ravageant, et y exerceant d’autres actes d’hostilité.

Ce qui ayant porté notre vénérable Père Vvautier Archevêque et Chapitre de Rouen, à considérer duement les dommages que nous et notre dit pays en recevions ; il s’est fait cet échange entre l’Eglise de Rouen et Vvautier Archevêque de Rouen d’une part, et nous d’autre part, du manoir d’Andely, en la forme qui s’ensuit.

C’est à scavoir que ledit Archevêque, de l’ayeu et volonté de notre saint Père le Pape Célestin troisième, et du consentement du Chapitre de l’Eglise de Rouen, et de ses Evêques suffragans, et dudit Archevêque, à cédé et delaissé à perpétuité à Nous et à nos Hoirs ledit Manoir d’Andély avec le nouveau Château de la Roche, et avec la forêt, et avec toutes ses autres appartenances et libertez, excepté les Eglises, et les Prébendes, et les Fiefs des Chevaliers, et excepté le Manoir de Fresnes avec ses appartenances.

Toutes lesquells choses ledit Archevêque Archevêque a reservé à perpétuité à l’Eglise de Rouen, tant pour lui que pour ses successeurs, avec toutes les franchises et libres coutumes d’icelles, et tout leur entier.

 De sorte que tant les Chevaliers, que les Ecclesiastiques, et tous les tenans tant des Fiefs des Chevaliers que des Prébendes, moudront leurs grains aux moulins d’Andely, comme ils ont accoutumé et doivent, et la mouture nous appartiendra : et l’Archevêque et ses sujets de Fresnes moudront ou voudra ledit Archevêque, et s’ils veulent moudre à Andely, ils payeront leurs moutures comme les autres qui y meulent.

 Et pour échange dudit Manoir d’Andely avec ses appartenances, nous avons cédé et delaissé à perpétuité à l’Eglise de Rouen et audit Archevêque, et à ses successeurs, tous les moulins que nous avons eu à Rouen lors de cet échange a été faite, entièrement avec leur sequele et mouture, sans aucune réserve des choses qui appartiennent aux moulins ou à la mouture, et avec toutes leurs franchises et libres coutumes, qu’ils ont accoutumé et doivent avoir.

 Et ne sera permis à aucun autre d’y bâtir aucun moulin, au préjudice desdits moulins : et doit l’Archevêque payer les aumônes affectées d’antiquité sur lesdits moulins.

 Nous leur avons aussi cédé et délaissé la Ville de Dieppe et la Ville de Bouteilles, avec tout leurs appartenances et franchises, et libres de coutumes, excepté les aumônes affectés sur le Manoir de Dieppe par nous et nos prédécesseurs, desquelles la somme monte à trois cens soixante et  douze liv.qui doivent être payées par la main dudit Archevêque et de ses successeurs, à ceux ausquels elles ont été assignées.

 De plus, nous leur avons cédé le Manoir de Louviers avec toues ses appartenances, et franchises, et libres coutumes, avec le Ministère de Louviers, sauf pour notre personne le droit de chasse et de route en ladite forêt, en sorte toutefois qu’elle ne soit point en notre garde.

 En outre nous leur avons cédé toute la forêt d’Aliermont, avec les bêtes sauvages, et toutes ses autres appartenances, et libertez, comme nous l’avons eue.

 Toutes lesquelles choses données en échanges du susdit Manoir d’Andely, avec les susdites appartenances, l’Eglise de Rouen et le susdit Archevêque et ses successeurs auroi à perpétuité, avec toutes leurs franchises et libres coutumes, comme dit est.

 Et les gens dudit Archevêque, dudit échange, auront toutes les franchises et libres coutumes, qu’ont eu les gens d’Andely, lorsque le Manoir était en la main dudit Archevêque.

 Et Nous et nos Hoirs garantirons toutes ces choses que ledit Archevêque à reçues en cet échange, à l’Eglise de Rouen, et audit Archevêque et à ses succeseurs à perpétuité contre toutes personnes : Desorte que si quelqu’un doit recevoir quelqu’échange pour qulesqu’une des choses dessusdites, que ledit Archevêque a ici reçu ; Nous ou nos Hoirs seront cet échanges-là, et l’Eglise de Rouen possedera paisiblement à paisiblement à perpétuité les choses susdites.

OR NOUS EXCOMMUNIONS, AUTANT QU’UN ROY LE PEUT, QUICONQUE VIENDRA CONTRE CE FAIT, ET VOULONS QU’IL ENCOURE L’INDIGNATION DE DIEU TOUT-PUISSANT.

 

A ce présens, Hubert Archevêqie de Cantorbery, Jean Evêque de Wigorne, Hugeus Evêque de Couentre, Savaric Evêque de Battone, Henry Evêque de Bayeux, Garin Evêque d’Evreux, Lisiart Evêque de Sées, Guillaume Evêque de Lisieux, Guillaume Evêque de Coutances, …..Abbé de la sainte Trinité du mont de Rouen. Renaud Abbé de saint Wandrille, Victor Abbé de saint George,…….Abbé du Tréport, Osbert Abbé de Préaux, …….Abbé d’Eu,……Abbé de Corneville, Jean Comte de Mortain, Othon Comte de Poitiers, Baudouin Comte d’Aumale, Raoul Comte d’Eu, Guillaume Mareschal comte de Strigoil, Guillaume fils de Raoul Sénéchal de Normandie, Robert de Tourneham Sénéchal d’Anjou, Guillaume, de Houmet Connetable de Normandie, Gillebert fils de Reinfroy, Hugues le Brun, Geoffroy de Lusignan, Guillaume des Roches, Raoul Chambellan de Tancarville, Guillaume Martel, Raoul Tesson, Geoffroy de Say, Robert de Harcourt, et plusieurs autres.

 

Donné par la main d’Eustache Elu d’Ely, pour lors Vice-Chancelier, A Rouen, l’an de l’Incarnation de notre Seigneur M.CXCVII, le XVI. Jour d’Octobre, l’an huitième de notre Règne.

 

Scellé d’un grand Seau en Cire Verte, auquel pen un anneau d’or avec une pierre précieuse.

 

 

RICARDUS Dei gratia Rex Angliae, Dux Normaniae, Aquitaniae, Comes Andegaviae : Archiepiscopis, Episcopis, Abbatibus, Prioribus, Comitibus, Baronibus, Justificiariis, Seneschalis, Vicecomitibus, Praepositis,  Ministris, et omnobus Baillivis, et fidelibus suis, salutem.

Cum sacro sancta Ecclesia sponsa fit Regis Regum et unica dilecta illius, per quem Reges regnant, et Principes gubernacula possident : tanto ampliorem ci volumus devotionem et reverentiam exhibere, quanto certius non Regiam tantum, sed omnem à Domino Deo esse credimus potestatem.

Unde sicut venerabilis Rothomagensis Ecclesia, quae inter universas terrarum nostrarum plurimae celebritate dinoscitur enitere, pro verum necessitate vel temporum, nostris duxit utilitatibus oppotuna diligentia confulendum : sic nos ejusdem matris nostrae commodis et augmentis digna compesatione dignum ducimus repsondere Sane Villa Andeliaci, et quibusdam aliis adjacentibus locis, quae erant Rothomagensis Eclessiae, minus sufficienter firmatis, inimicis nostris in terram nostram Normaniae per eadem loca patebat ingressus, perque incendiis et rapinis, nec non et aliis hostilitatis saevitiis in eamdem terram nonnuquam licentius grasbatantur.

Quo circa venerabili patre Vvaletero Archiepiscopo et Capitulo Rothomagensi debitum habentibus ad nostra et praedictae terrae nostrae damna respectum, facta est haec permutatio inter Ecclesiam Rothomagensem et Archiepiscopum Rothamagensem Vvalterum ex una parte, et nos ex altera parte, de Manerio de Andeli un hac forma.

Scilicet quodidem Archiepiscopus de conscientia et voluntate Domini Papae Caelestini tertii, et de assensu capituli Rothomagensis Eccelsiae, et Coepiscoporum suorum, et Cleri ejusdem Archiepicopatus concessit et in perpetuum quietum, clamavit nobis et Haeredibus nostris praedictum Manerium de Andeli cum novo Castello de Rupe, et cum foresta, et cum omnibus aliis pertinentiis et libertatibus suis, exceptis Ecclesiis, et Praebendis, et Feodis militum, et excepto Manerio de Fraxinis cum pertinentiis suis.

Quae omnia idem Archiepiscopus Ecclesiae Rothomagensis et sibi et succesoribus suis retinuit cum omnibu libertatibus et liberis consuetudinibus suis, et cum omni integritate sua in perpetuum.

Ita quod tam milites quam Clerici, et omnes homines tam de Feodis militum, quam de Praebendis, sequentur molendina de Andeli, sicut consueverunt et debent, et moltura erit nostra. Archiepiscopus autem et homines sui de Fraxinis molent ubi idem Archiepiscopus volet, et si voluerint molere apud Andeli, dabunt molturas suas, sicut alii ibidem molentes In Escambium autem praedicti Manerii de Andeli cum pertinentiis, concessimus et in perpetuum quieta clamavimus Ecclesiae Rothomagensi et praedicto Archiepiscopo et successoribus suis omnia molendina quae nos habuimus Rothomagi, quando haec permutatio facta suist, integre cum omni sequela et moltura sua, fine aliquo retinemento eorum quae ad molendina pertinent, vel ad molturam, et cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus, quas solent et debent habere.

Nec alicui alii licebit molendinum facere ibidem ad detrimentum praedictorum molendinorum : et debet Archiepiscopus solverre eleemosynas antiquitus statutas de eisdem molendinis.

 Concessimus etiam eis villam de Diepa et de Boteilles, cum omnibus pertinentiis, et libertatibus, et liberis consuetidinibus suis, exceptis eleemosinis constitutis in Manerio de Diepa a nobis et antecessoribus nostri, quarum summa est trecentae et septuaginta duae librae, quae debent solvi per manum praedicti Anchiepiscopi et successorum suorum his quibus assignatae sunt.

 Concessimus etiam eisdem Manerium de Loviers cum omnibus pertinentiis, et libertatibus, et liberis consuetudinibus suis, cum ministerio de Loviers, salvis ad opus nostrum venatione nostra et destructione forestae, ita tamen quod non sit in rewardo.

Concessimus etiam eis totam forestam de Aliermont cum feris, et omnibus aliis pertinentiis, et libertatibus suis, sicut eam habuimus.

 Haec aytem omnia in Escambium praedicti Manerii de Andeli cum predictis pertinentiis data habebunt Ecclesia Rothomagensis et predictus Archiepiscopus et successores fui in perpetuum cum omnibus libertatibus, et liberis consuetudinibus suis, sicut predictum est.

Homines autem predicti Archiepiscopi de predicto Escambio habebunt omnes libertates et liberas consuetudines, quas habuerunt homines de Andeli, dum Manevium illud esset in manu ipsius Archiepiscopi.

 Hec etiam omnia que idem Archiepiscopus un hoc Escambio recepit Warantiz abimus nos et haeredes nostri Ecclesie Rothomagensi et predicto Archiepiscopo et successoribus suis in perpetuum contra omnes homines, ita quod si aliquis Escabium aliquod est recepturum pro aliquo predictorum que memoratus Archiepiscopus hic recepit, nos vel haeredes nostri faciemus illud Escambium, et Ecclesia Rothomatensis hec predicta un perpetuum pacifice possidebit.

 

NOS AUTEM QUANTUM REX POTEST, EXCOMMUNICAMUS, ET CONCEDIMUS QUOD INCURRAT INDIGNATIONEM OMNIPOTENTIS DEI QUICUMQUE CONTRA HOC FACTUM VENERIT.

 Testibus his Huberto Cantuarinesi Archiepiscopo, tohanne Wigorniensi, Hugone Couentrensi, Savarico Battoniensi. Henrico Bajocensi, Garino Ebroicensii, Lisiardo Sagjensi, Willelmo Lexoviensi, Willelmo Constantiensi, Episcopis,……Abbate sanctae Trinitatis de Monte Rothomagensi, Reginaldo sancti Wandregi filii, Victore sancti Gerogii, …. Uterioris Portus, Osberto de Patellis, … de Au

 

Go,…… de Cornevilla, Abbatibus, Joanne Comite Moretonii, Othone Comite Pictaviensi, Balduino Comite de Albemarla, Radulfo Comite Augi, Willelmo Marescallo Comite de Strigoil, Wilelmo fiol Radulfi Senescallo Nomaniae, Roberto de Turnehan, Senescallo Andegaviae, Willelmo de Humeto Constabl. Normaniae, Gileberto filio Reinfredi, Hugone Brun, Gaufrido de Leziniaco. Willelmo de Rupibus, Radulfo Camerario de Tancarvilla, Willelmo Martel, Radulfo Theissun, Gaufrido de Sai, Roberto de Harecort, et multis aliis.

 

Datum per manum Eustachii Electi Elinesis, tunc agentis vices Cancellarii, apud Rothomagum, Anno ab Incarnatione Domini M.CXCVII. XVI die Octobris : Anno Regni nostril octavo.

RICHARDUS DUX NORMANNORUM ET AQUITANORUM ET COMES ANDEGAVORUM

Sigillatum sigillo magno in cera viridi cui appensus est annulus aureus cum lapide prestioso.

 

 

Hugues IX dit Le Brun

Geoffroi 1er de Lusignan  seigneur de Mervent, de Vouvent, de soubise, de Moncontour.

Raoul Ier d'Exoudun, dit d'Issoudun en 1197, seigneur de Melle, Chizé et Civray, comte d'Eu, du chef de sa femme Alix.

 

 

==> DE 1187 A 1199 LES GUERRES EN BAS-BERRY AU TEMPS DE PHILIPPE-AUGUSTE ET DE RICHARD COEUR-DE-LION.

==> Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.

==> Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.