1369 Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles fait abattre des murs de l’Eglise de Saint Sulpice de Charroux

 

Cette église est de deux époques ; la première est le romano-ogival, ou style de transition, il en reste fort peu de chose ; 3 pilastres avec leurs arcs doubleaux annonçant que l'église primitive avait trois nefs, et une ou deux fenêtres, voilà tout. (pl. 18 fig. 3.)

La deuxième est de l'époque gothique du XVme siècle qui compose presque la totalité de l'église actuelle ; elle est sous le vocable de Saint Sulpice ; elle dépendait de l'archiprêtré de Gençai et avait pour présentateur l'évêque. (1.)

C'est un parallélogramme de 36 mètres de long sur 17 mètres de large, formant trois nefs divisées en cinq travées ; le chevet est droit, percé de trois fenêtres ogivales divisées par des meneaux perpendiculaires et des lobes flamboyants. (pl. 18 fig. 3.)

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Ces travées sont séparées par des colonnes circulaires engagées: dans les murs latéraux. Les nefs sont séparées par des pilastres carnés en les faces internes desquels sont engagées des colonnes rondes, correspondant à celles engagées dans les murs latéraux; les arceaux des voûtes, viennent reposer sur ces colonnes où leurs nervures se prolongent en saillie sur leurs futs jusqu'à leur base; les fenêtres sont un peu de toutes les formes, plein cintre trilobé, plein cintre surbaissé, et ogivales.

La quatrième travée est séparée des autres par des pilastres composés de colonnes rondes engagées avec bases pattées et chapiteaux, supportant des arcs doubleaux du XIIme siècle.

La voûte de cette travée, dans la nef latérale de droite, se termine en coupole et elle supportait autrefois le clocher de l'église primitive.  

 Ce clocher fut démoli en 1369 par ordre donné par Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles..

 

Commission donnée par Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, à Louis d'Harcourt, vicomte de Châtellerault, à Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay, et à Guichard d'Angle, gouverneur de Poitou, pour la démolition de quelques maisons situées près du fort de la ville de Charroux, et pour celle de la tour de l'église de Saint - Sulpice.

An 1369-1370, 13 Mars.

« Loys de Harcourt, vicomte de Châtelleraud, Guillaume l'Arceyésque, seigneur de Partenay et Guychart d'Angle, seigneur de Plainmartin, maréchal d'Aquitaine, gouverneur du pays de Poitou, pour nostre très redoubté seigneur le prince d'Aquitaine et de Galles, à nos amés le chastelain de Civrai et le capitaine de Charroux, salut.

» Nous avons reçu Les lettres de notre dit seigneur le Prince, contenant la forme qui s'en suit. Edouard ainsné, fils du roi de France et d'Angleterre, prince d'Acquitaine et de Galles, duc de Cornoaille, comte de Cestre, seigneur de Biscaye et de Castre d'Ordiales, à nos amés et féaulx; les gouverneurs de nostre pays de Poitou, salut.

Signifié nous ont l'abbé et convent de Charroux, le capitaine et habitans dudit lieu, disans que nostre très chier et féal feu sieur Johan Chamdos nostre connestable d'Acquitaine, que Dieux absoille, naguerres en passant par ledit lieu de Charroux vit et regarda plusieurs lieux et maisons assis près du fort dudit lieu, lesquieulx porroient doner grant domage audit lieu se ils n'estoient démolis et abatuz.

Et pour ce donna et octroya nostre dit feu connestable ausdits signiffians ses lettres addroissans à Wattelin Roux chastelain de Civrai et à Jehan de Montz capitaine de Mauprevaire, contenans qu'ils se transportassent audit lieu, et que toutes les maisons qu'ils verroient qui porroient porter domage audit fort, qu'ils les fissent démolir et abatre par tele manère, que ledit fort et pays d'environ en peust estre et demorer plus fort et sceur ; lesquiex chastelain et capitaine estans occupés d'autres choses n'ont pu vacquer ne entendre à faire démolir ne abattre lesdites maisons; pour laquelle chose et auci pour ce que entre deux nostre dit conestable est alé de vie à trepassement, les dictes lectres n'ont pris aucun effet.

 Et outre ce lesdits signiffians nous ont démostré que en la ville de Charroux a une église appellée Saint-Sulpice, que oncques ne fut emparée, ainx pour le temps des autres guerres la tour de la dite église fut démolie, laquelle depuis a esté reforcée et reparée, et par icelle porroit grant domage avenir audit fort si elle étoit emparée par nos ennemis, ce que ja Dieux ne veuille à ce que les dits signiffians dient, et nous ont humblement supplié que sur ce leur volissons pourveoir de remède convenable.

Pourquoi nous en regart aux choses avant dictes, vous mandons que appelles ceulx qui seront à appeller, pourveoyés sur les choses dessus dictes, si comme il vous semblera à faire pour le profit commun du païs et de nos subgez d'icelli.

 

Donné à nostre cité d'Engolesme le 13 jour de mars l'an de grâce 1369.

 

Par la vertu et auctorité des quelles lectres nous empeschjés de plusieurs et hardueux negoices touchant nostre dit sire, pour les quelx ad présent ne porrions bonnement vacquer à accomplir le contenu des dictes lectres, vous mandons, commandons et commectons et à chacun de vous par le tout que appelles ceux qui seront à appeller sur les lieulx contencieux, faciès et accomplisses toutes et chacunes les choses contenues es dictes lectres de poinct en point selon ja forme et teneur d'icelles et que mandé nous est.

Et nous mandons à tous les subgez de nostre dit seigneur que à vous et à chacun de vous en faisant et accomplissant deuement le contenu es dites lettres obéissent et entendent diligemment.

 Donné et scellé du scel dudit mareschal d'Acquitaine absens les scels de nos compaignons le 20 jour de mars l'an mil trois cent soixante et neuf. »

 

 

Notes. — «  1° Comme ces lettres furent données avant Pâsques, et que l'année ne commençait alors qu'à cette fête, c'est la raison pour laquelle en suivant l'ancien style on a daté ces lettres de 1369, quoique selon le nouveau style elles soient de 1370.

«. 2° L'original de cette pièce et celui de la lettre d'Edouard ainsné etc.-sont dans les archives de l'abbaye de Charroux.

« 3° Maisons assises près du fort dudit lieu. Ces maisons étoient appuyées contre les murs de l'église de l'abbaye, et formoient autant de boutiques de marchans qui vendoient des marchandises et surtout du sel, dont le commerce aujourd'hui tombé était autrefois fort étendu dans le lieu de Charroux.

On ordonna de les détruire parce qu'elles pouvoient être alors d'un grand secours pour escalader le fort de l'abbaye.

On rebâtit dans la suite ces maisons ; il y en a encore quelques -unes au même endroit qui retracent l'idée des anciennes boutiques dont on vient de parler. » (2)

Le clocher actuel, de construction moderne, s'élève en avant de la façade et forme un porche devant la porte d'entrée.

On retrouve encore sur plusieurs parties des murs latéraux des fragments de peintures à fresque représentant des personnages, et dont l'exécution ne peut être antérieure au XVIème siècle.

On remarque également, plusieurs pierres tombales sur lesquelles sont gravés des écussons armoriés et quelques inscriptions illisibles. (fig. 10,11, 12, 13, 14, pl. 20.)

(fig 10,11, 12, 13, 14, pl

La porte de l'église est ogivale à plusieurs archivoltes, sans ornements, supportées par des colonnes, rondes, avec chapiteaux à feuillages. Les murs extérieurs sont soutenus par des contreforts saillants terminés en larmier.

Le toit de l'église est plat couvert de tuiles.

L'extérieur de ce monument est complètement dénué d'intérêt ; l'intérieur, quoiqu'insignifiant, annonce, malgré tout, quelques intentions architecturales.

A en juger d'après ce monument on aurait peine à croire que la petite ville de Charroux possédait au moyen-âge huit églises, dont une, celle de l'abbaye de Saint-Sauveur, fondée par Charlemagne, fut citée dans le monde entier comme une des plus belles basiliques chrétiennes ; et cependant, chose plus incroyable encore, il a été un temps, qui n'est pas bien reculé, où on a laissé aux habitants, de Charroux le choix de conserver comme église paroissiale, soit la Vieille abbatiale, de Saint-Sauveur, soit celle de Saint-Sulpice; la première, il est vrais, était en-ruine et n'offrait plus que des débris importants d'une conception, grandiose que les lumières du siècle d'alors faisaient considérer comme les restes d'une époque barbare ; mais en revanche, la seconde était ce qu'elle est aujourd'hui, une masse de mortier et de moellons du XVème siècle, sans intérêt et; entée sur des débris du XIIe siècle et surtout ne demandant pas grands frais de réparations, et comme à cette époque on n'y regardait pas de trop près pour loger le bon Dieu, on décréta que la vieille basilique de Charlemagne, que le vieux temple qui avait ouvert ses portes à tant de papes, de rois, d'évêques et de grands seigneurs, serait à l'avenir abandonne aux hiboux!... encore si là seulement se fut borné ce terrible arrêt, mais on fit plus, on ordonna sa démolition, et chose étrange, ce fut un évêque qui signa cet acte de vandalisme !...

Du moment que ces souvenirs glorieux du passé ne trouvèrent plus un abri, même près de ceux qui n'auraient jamais dû les oublier, du moment que la voix qui devait protester contre cet acte impie en ordonna l’accomplissement chacun devint âpre à la curée, se rua sur ces vieux murs, y mordit à belles dents et emporta son lambeau de la vieille abbatiale dont bientôt le dernier vestige ne tarda pas à disparaître ; l'un transporta le ciment dans son champ, l'autre construisit une maison ou une grange avec les moellons, un, troisième plaça des statues de saints de chaque côté de la porte d'une, écurie...... Seule, la tour du sanctuaire, comme un reproche vivant et éternel de cet acte regrettable, resta debout haute et fière parce qu'on ne sut comment l'attaquer.

En 1717 Charroux avait encore deux prêtres, l'un, M. Vallée, était curé de Saint-Sulpice, église de la paroisse ; l'autre était M. D'Alloué, dernier abbé de Saint-Sauveur.

Mais comme l'abbaye n'avait plus assez de ressources pour entretenir un prêtre et que la commune trouvait trop onéreux d'en avoir deux, ces ecclésiastiques convinrent entre eux de laisser aux habitants de Charroux le choix de l'un ou l'autre monument, comme église paroissiale, bien que Saint-Sulpice jouit déjà de ce titre de temps immémorial. (3)

Pour ce faire voici qu'elles furent les conventions de ces messieurs ; après avoir annoncé en chaire leur projet aux fidèles ils dirent, que ceux des habitants qui seraient pour la conservation de l'église Saint-Sauveur n'auraient qu'à suivre M. D'Alloué à l'issue de la messe, et que ceux qui préféraient l'église de Saint-Sulpice n'avaient qu'à rester avec M. Vallée.

Le choix fut vite fait, les assistants restèrent avec M. Vallée et M. D'Alloué s'en fut seul à Saint-Sauveur. Alors cette église fut complètement abandonnée et sa démolition ne tarda pas à suivre cet abandon, (4)

 

 

 

 

Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai : depuis l'époque anté-historique jusqu'à nos jours, pour servir à la statistique monumentale du département de la Vienne / par P. Amédée Brouillet,.... précédé d'un Aperçu géologique et agronomique / par M. Brouillet père,...

 

 

En 1369, le Prince Noir nomme le chevalier John Chandos sénéchal du Poitou, il meurt le 31 Décembre d’un coup de lance <==.... ....==> Prosper Mérimée pour la sauvegarde de l’Abbaye St Sauveur de Charroux et sa Tour Charlemagne

 

 


 

(1.) Cette église, ainsi que d'autres situées dans la ville de Charroux, dépendaient et étaient à la nomination de l’abbaye de Charroux . (Pouillé des prieurés simples et des cures dépendantes et à la nomination de l'abbaye de Charroux.) D. Font. t. 55 p. 277.

(2)   Voir la note Ier de Dom Fonteneau à l’article, Eglise de Saint-Sulpice de Charroux, page 72.

 

(3.) L'église appelée Saint-Sulpice, c'est l'église paroissiale de Charroux, qui est dite ici n'avoir jamais été fortifiée. Presque tous les anciens murs de cette église ont été totalement ruinés et les modernes ne sont que d'une architecture des XVe et XVIe siècles, à l'exception de quelques piliers et de la tour carrée qui est sur un collatéral du côté de l'épitre et qui a été baissée comme celle de l'église de l'abbaye. Ce qui reste des anciens piliers et de la tour de cette église est de l'architecture du XIe siècle.

Pendant les guerres de la France contre les Anglais ou les protestants, les murs de l'église de Saint-Sulpice furent si ruinés qu'il n'était pas possible d'y faire le service divin.

Il est à présumer que ce fut alors qu'on transféra le service de la paroisse dans la petite chapelle de Saint-Michel qui est voisine, et c'est sans doute de là qu'est venue la tradition populaire que la chapelle de Saint-Michel était autrefois la paroisse de Charroux, parce-que depuis la ruine de l'église de Saint-Sulpice les habitants du lieu n'avaient jamais vu faire le service dans cette église, mais toujours dans cette chapelle, sans faire attention que, ce n'était que par accident et par intérim que la chapelle de Saint-Michel était devenue l'église paroissiale jusqu'à la restauration: de l'église de Saint-Sulpice qui était la véritable. (Note de D: Fonteneau. page 441 tome 4.)

(4) Ces faits sont extraits d’un procès-verbal authentique.