Château de Trêves de Robert le Maçon, chancelier du Dauphin Charles, protecteur et compagnon d'armes de Jeanne d'Arc

La Tour de Trèves est l’unique vestige de l’ancien château de Robert le Maçon dont la construction s’acheva vers 1435. La tour communiquait avec le reste du château grâce à un pont-levis.

Le donjon de Trêves est la seule partie intacte du château, dont Robert Le Maçon Il se compose d'une tour cylindrique à talus, flanquée, vers l'intérieur de l'enceinte, d'un massif polygonal. Ses murs, construits en bel appareil très régulier, sont percés de baies et d'archères disposées pour l'usage du canon. Ils sont en outre garnis de bretèches renfermant des latrines et surmontés d'un étage polygonal crénelé porté sur mâchicoulis que décorent des arcs tréflés.

Les trois niveaux inférieurs sont dévolus à la défense et aux cuisines. Les deux derniers étages sont ceux des appartements seigneuriaux.

A l'intérieur, se trouvent plusieurs salles voûtées d'ogives : l'une d'elles, qui occupe tout le second étage du donjon, présente un plan polygonal et est couverte sur sa partie centrale d'une voûte à quatre branches d'ogives et à liernes longitudinales, limitée par deux doubleaux auxquels viennent aboutir les nervures couvrant les extrémités, disposées comme des absides à trois et quatre pans.

 Les retombées des voûtes sont portées, avec les formerets, sur des consoles décorées, ainsi que les clefs, d'écussons armoriés. Cette salle possède une vaste cheminée dont le linteau est orné d'un écu fleurdelisé; des fleurs de lys détachées garnissent également la partie inférieure de la botte.

 

En 1750, le château de Trèves, réaménagé en demeure de plaisance, est vendu à Jean de Stapleton. Celui-ci le fait abattre, ne laissant subsister que la tour-maîtresse.

 

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Robert le Maçon, un fidèle Angevin

 

Voici un personnage important de la cour de France au temps de Charles VII et de Jeanne d'Arc. Son histoire a tenté jusqu'ici fort peu de biographes ; et pourtant elle aide à mieux comprendre comment, malgré des embûches de toute sorte, ce bon serviteur de la couronne a conforté par sa présence un si faible dauphin, et soutenu, dans la mesure de ses moyens, la mission de Jeanne (1).

 

Constatons d'abord que Robert Le Maçon est un homme de notre région. Né à Château du Loir vers 1365, il était d'une famille attachée de longue date à la maison d'Anjou ; son père avait été secrétaire et conseiller de Louis 1er, duc d'Anjou. Lui-même était bailli de sa ville natale lorsqu'il fut anobli en 1401.

Choisi en 1407 comme conseiller de Louis II, il le suivit à la cour de France. Ses qualités de sérieux et de pondération dans les circonstances si troublées de ce temps, le firent accéder à de plus hautes charges : chancelier de la reine Isabeau en 1414, commissaire des monnaies, gouverneur de Louis dauphin, duc de Guyenne, qui devait mourir à la fin de 1415(2).

C'est alors que Robert Le Maçon, fin juin 1416, fut attaché à la personne du nouveau dauphin, le frêle comte de Ponthieu, en qualité de chancelier, lorsqu'il arrivait à Paris. Principal conseiller du jeune Charles, il allait devenir le premier en date de ces hommes solides qui furent la chance de Charles VII "le bien servi" (3).

Son rang nouveau incitait Robert le Maçon à devenir seigneur d'un beau fief.

Réunissant des terres angevines du comte de Sancerre et du sire de Maulevrier, il se fait adjuger (31 août 1416) pour 4000 livres, la baronnie de Trêves, avec sa forteresse "que Foulques Nerra avait bâtie pour contenir les Saumurais dans le devoir" (4).

En la personne de son sénéchal, Robert prend possession de ses nouveaux domaines le 18 juillet 1417.

Durant une vingtaine d'années, il met au goût du jour la demeure seigneuriale, pourvue d'un donjon de trente mètres de haut, qui domine encore aujourd'hui la rive gauche de la Loire, et il complète la modeste église romane par un élégant clocher.

 

 

Dès lors, Robert est appelé Messire de Trêves ou Monseigneur de Trêves.

Le chancelier du dauphin se méfiait beaucoup des Bourguignons, et la réciproque était certaine. Ce clerc qui rédigea vers 1416 le Journal d'un bourgeois de Paris écrit que Robert était "l'un des plus gros de la bande" des Armagnacs (5).

Messire de Trêves rédigea la lettre (10 août 1417) où le dauphin-régent reprochait véhémentement aux habitants de Reims d'avoir ouvert leur ville au duc de Bourgogne (6).

Il était auprès du dauphin dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 mai 1418, quand les Bourguignons du sire de l'Isle-Adam entrent dans Paris dans le but de s'emparer du jeune Charles. Tanneguy du Chastel, prévôt de la ville, avait eu le temps de réveiller le dauphin qui dormait à l'Hôtel du petit-Musc, de le couvrir de sa "robe à relever" et de le porter jusqu'à la Bastille Saint-Antoine toute proche, où il fut habillé.

Il fallait partir aussitôt ; c'est alors que le chancelier Le Maçon lui prêta son cheval et que le dauphin Charles put gagner Melun "à franc étrier" (7).

 Il en fut plus tard bien récompensé, puisque dans les lettres patentes du 7 novembre 1420 lui accordant de percevoir des droits de péage sur la Loire en face du château de Trêves, le roi rappelait qu'à Paris, l'an 1418, "luy meu, comme loyal serviteur, du grand désir qu'il avoit au salut de nostre personne, en mettant arrière la seurté de sa vie pour nous retraire, descendit de son cheval... et icelluy nous bailla pour nous partir, et en recouvra ung autre pour son salut..." (8).

Lorsque le dauphin, par ordonnance du 21 septembre 1418, eût établi son parlement à Poitiers, le chancelier aurait dû y établir sa résidence ; mais commission est donnée à Jean de Vaily de présider à sa place le parlement "en l'absence de Robert Le Maçon qui suivait le prince dans ses déplacements" (9).

Que Charles écoutât chaque jour les bons conseils de son chancelier, causait la colère de Jean Sans Peur. Le duc de Bourgogne, écrivait au dauphin, le 13 novembre suivant, que Le Maçon était parmi les "sédicieux et perturbateurs de toute paix obstinez."

C'est pourquoi, au traité de Saint-Maur les Fossés, soi-disant pacificateur sous la médiation (intéressée) du duc de Bretagne, Robert Le Maçon était exclu de l'amnistie réciproque, et le dauphin serait contraint à lui retirer les sceaux : tout ceci à la même date du 13 novembre 1418 (10).

Mais la réconciliation entre Charles et la Bourgogne restait dans l'air du temps

 

 

En 1206, Geoffroy de Loudun soutint victorieusement au château de Trèves, un siège furieux de Jean sans Terre.  <==.... ....==> Assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau le10 septembre 1419.

 

 

 

Église Saint-Aubin de Trèves  - Jeanne de Mortemer, veuve de Robert le Maçon

 

Aucun document ne nous fait connaître la douleur de Le Maçon lorsque Jeanne fut prise à Compiègne et martyrisée à Rouen, on le voit seulement continuer de rendre service au roi en envoyant une ambassade conciliatrice auprès de Jean V duc de Bretagne, qui était alors à la Roche Bernard (janvier-février 1430).

Il est présent aux Etats de Saumur, où Charles VII avait convoqué les riverains de la Loire.

L'édit perpétuel du 15 mars 1431 abolissait les droits de péage accordés depuis soixante ans sur la rivière. Robert allait y perdre une part de ses revenus ; mais, sexagénaire, son château de Trêves était terminé, ses domaines bien pourvus de belles récoltes.

Il considère encore comme un devoir d'être présent au conseil du roi, appuyant de son influence auprès de Charles VII celle de Charles d'Anjou, comte du Maine.

Toutefois les déplacements avec la cour lui deviennent pénibles ; il assiste pour la dernière fois au conseil le 16 août 1436.

Par acte en date du 29 décembre 1437, Messire de Trêves veut partager son héritage entre sa veuve Jeanne de Mortemer, son neveu Jean Le Maçon et les enfants de ce dernier. Ce ne fut nullement facile.

Robert Le Maçon mourut en janvier 1443 (nouveau style), soit le 2, soit le 28, et très probablement en son logis de Trêves. Il fut inhumé dans l'église paroissiale qu'il avait fait agrandir et restaurer.

Les actuels visiteurs de l'admirable église romane de Cunault ont grand tort, sur la même commune, de n'accorder qu'un coup d'oeil au fier donjon de Trêves (26).

Cy gisl noble homme Messire Robert Lemaczon

Et s'ils ouvraient la porte de la petite église sa voisine, ils y découvriraient, sous un dais flamboyant, le gisant de pierre du héros de cette brève étude, on y lisait sur le rebord de la dalle funéraire :

Cy gist noble homme Messire Robert Lemaczon

chevalier, seigneur et baron de Trêves

jadis chancelier de France

qui trespassa le Ile jour du mois de janvier

l'an Mil CCCC XLII

Priez Dieu pour luy !

 

 

Pierre LEVEEL Administrateur


 

Niort le 21 septembre 1418, le dauphin Charles institut par une lettre la translation du Parlement royal à Poitiers 

La guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons qui sévissait alors, ne justifiait que trop bien ces précautions. Comme le duc de Berry était un des principaux chefs du parti Armagnac, le roi Charles VI ordonna la confiscation de son comté de Poitou.

 

 

Abbaye Notre-Dame de Cunault des moines de Saint Philibert de Déas - Le droit de sépulture. Charte de l'an 1075

La charte-notice qui suit nous en donne un exemple des plus curieux, en constatant que les paroissiens de Trêves ne doivent pas être ensevelis à Cunault.

 Les faits racontés dans ce document remontent environ à l'année 1075.



 

1. - Les points de départ de la documentation sont l'Histoire de Charles VII, par G. Du Fresne de Beaucourt, tomes I (1881) et II (1882), et le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire par Célestin Port (1874-1878). Ce dernier avait puisé très largement chez Robert Lemaçon, par Camille Bourcier, dans la "Revue d'Anjou", 1873, p. 11 à 40.

2. - Beaucourt, op. ci t.. I, 18.

3. - Dans sa Chronique de Charles VI, éditée par Godefroy en 1614, Jean II Jouvenel des Ursins dit de Robert Le Maçon qu'il était un "bien prudent et sage clerc" (p.335, citée par Beaucourt, 1,64)

4. - J.F. Bodin, Recherches historiques sur la ville de Saumur, I,379.(Saumur, 1812).

5. - Beaucourt, op.cit., 1,64.

6. - Lettre-missive conservée aux archives municipales de Reims.

7.- D'après Jouvenel, op.cit, éd. Michaud et Poujoulat de 1836,II,540.

8. - Bodin, op.cit, I, 383-384.

9. - Ordonnances des rois de France, X, 481, dans Beaucourt. 1,112.

10. -Ibid, x,489 et Beaucourt, I,149.