Quand La Trimouille survint auprès du roi, il se substitua de lui-même au Camus de Beaulieu.

Le prince Charles hésitait à l'admettre dans cette privauté. Si l'on en croit Gruel, ce fut le connétable qui fixa son indécision.

Le roi lui dit « Beau cousin, vous le me baillez, mais vous en repentirez car je le cognois mieux que vous! Et sur tant demeura la Trimouille, qui ne fit point le roy menteur car il fit le pis qu'il put à mon dit seigneur le connétable. »

Georges de la Trimouille, habile, audacieux, expérimenté, puissant par sa naissance, par ses alliances, par d'immenses établissements, dépassait aussi de beaucoup en perversité, les Louvet, les Giac et les Beaulieu.

L'exemple de ces favoris ne lui inspira aucunement le dessein de mieux faire. Il ne tarda pas à s'attirer l'animadversion ( réprobation) du connétable. Mais il prit tout d'abord contre lui de solides garanties. Il s'établit, envers le connétable, et envers tous autres, dans un tel état de défense, qu'il le tint durant six années en échec.

 

Durant six années, la Trimouille fut le véritable roi de France.

 Son règne se compose d'une longue suite de méfaits, privés et publics, accomplis sous la sauvegarde de l'intimidation que la Trimouille exerçait, de son omnipotence et de l'impunité.

La Trimouille, tout d'abord, supplanta le comte de  Richemont dans le gouvernement du Berry, qu'il fit retirer au connétable pour se l'octroyer.

Il sut ensuite l'éloigner de la cour. Il inspira en même temps au roi contre Richemont une sorte d'antipathie aveugle, mêlée d'aversion et de terreur.

Durant ces six années, l'énergie bretonne du connétable s'usa dans un conflit scandaleux, immoral et stérile. Pendant que la France perdait en quelque sorte son dernier sang, le connétable de France, paralysé, persécuté par le favori, s'épuisait à se défendre contre ses embûches.

En de telles conjonctures, Arthur de Richemont, doué heureusement d'une invincible persévérance, fit pour ainsi dire de son activité deux parts. Il employa la première à exercer son office, c'est-à-dire à soutenir la lutte contre les Anglais.

Il ne le put qu'en bravant, à force de courage et de patience, le mauvais vouloir, l'opposition sourde, indirecte et souvent déclarée du premier ministre. La seconde part de ses efforts s'absorba dans les vicissitudes d'une guerre ouverte et privée, entre lui et la Trimouille. ·

 

 

George de La Tremoille, deuxième mari de Jeanne II, comtesse d’Auvergne.

1416, 16 novembre. Aigueperse.

— Contrat de mariage de « hault et puissant seigneur messire George de La Trémoille , chevalier, seigneur des baronnies de Suly et de Craon », et de « haulte et puissante dame, madame Jehanne de Bouloigne , contesse de Bouloigne et d'Auvergne ».

« Fait en la présence de nobles hommes, Pons , seigneur de Langhac et de Brassac , sénéchal d'Auvergne , messire Jehan de Chauvigny , chevalier, seigneur de Bloc , messire Urban Dorridone , messire Garcian Dessesse , l'ainsné , messire Garcian , son filz , chevaliers, Dalmas de Vissac , seigneur de Val et de Marsac , Robert de Neufville , escuier , maistre Guillaume Laillier , Pierre Le Jay , conseiller du roy , maistre Estienne Grimault , licencié en loix... ».

Chartrier de Thouars. Parchemin.

 

 

1417, 14 mai. Château de Sully.

— Lettres par lesquelles George, seigneur de La Trémoille, comte de Boulogne et d’Auvergne, seigneur de Sully et de Craon, charge son très cher et amé cousin et capitaine de Noirmoutier, Perrichon de Saint-Julien, de l'inspection de ses biens et de ses forteresses :

« George, seigneur de La Trémoille, conte de Boulongne et d'Auvergne , seigneur de Suly et de Craon, grant chambellan de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

« Savoir faisons que nous, confians à plain des sens, loiauté , preudommie et bonne diligence de notre très cher et amé cousin et cappitaine de Noirmoustier, Perrichon de Saint-Julien, icellui avons ordonné,... ordonnons... de soy transporter... en toutes et chacunes noz forteresses , places, villes maisons, terres et seigneuries de noz contés d'Auvergne et de Montpensier , en noz baronnies et terres d'Anjou , Poictou , Orléanoys , Auccerois, Lymosin et autres... d'icelles visiter et enquerir du gouvernement de noz officiers d'icelles , d'y ordonner estre faictes des fortiffications , amendemens et réparacions qui y sont et seront nécessaires,... mectre dehors tous cappitaines , chastellains , séneschaulx , baillifz , prévostz ,... mal usans et non proffitables pour nous en icelles ,... d'y commectre , ordonner, et establir... telx cappitaines et officiers que bon lui semblera pour notre prouffit...

« Donné en notre chastel de Suly, soubz notre seel , le XIIIe jour de may , l'an mil CCCC dix sept.

« GEORGE DE LA TREMOYLLE. ».

Chartrier de Thouars. Original parchemin, scellé.

 

Château de « Seully », 16 juillet 1420

 

 

reconnaissance souscrite au profit de Jehanne La Tissière, hôtesse de Jergeau à la Croix-Blanche, veuve de Chenon Le Tissier, d’une somme de 221 livres 13 sous tournois, tant de vins... que pour plusieurs autres choses prises d’elle « pour la despense de nous, de nos chevaux », etc

Légende. — Seel george seigneur de la tremouille

— Ecu au chevron accompagné de trois aiglettes (d’or, au chevron de gueules, accompagné de trois aiglettes d’azur becquées et membrées de gueules), penché, timbré d’un heaume couronné, cimé d’une tête d’aigle, entouré de deux longes de faucon avec vervelles. (Archives de M. le duc de La Trémoille.

— Les deux actes ont été publiés par lui dans son ouvrage intitulé : Les La Trémoille pendant  cinq siècles, t. I er , p. 159 et 133. Les empreintes sont très frustes, mais les détails qu’on aperçoit encore permettent de constater que le sceau est identique à celui qui est mentionné dans l’Inventaire Douët d’Arcq (n“ 3766), et dont M. le duc de La Trémoille a donné le dessin dans sa magnifique publication du Chartrier de Thouars ; nous avons pu, à l’aide de ces documents, en compléter la description). Observations. — R était d’usage, et on en trouvera nombre d’exemples dans notre recueil, que le mari prît les titres afférents aux seigneuries qui appartenaient à sa femme.

Il ne serait donc pas surprenant que George de La Trémoille eût pris le titre de comte d’Auvergne à partir de son mariage avec Jeanne de Boulogne; mais, en outre, celle-ci lui avait, dans le contrat de mariage, donné et constitué en dot le comté d’Auvergne ; le même acte stipulait qu’en cas de prédécès de Jeanne de Boulogne, George de La Trémoille posséderait sa vie durant, qu’il y eût ou non des enfants issus du mariage, ledit comté .

 Cette concession de la propriété viagère au préjudice des héritiers naturels était irrégulière sous l’empire du droit coutumier. De plus, d’après Baluze (t. I er , p. 152 et 153), la comtesse aurait regretté cette disposition, et, n’avant pas d’enfants, elle aurait légué le comté d’Auvergne à sa cousine Marie de Boulogne, femme de Bertrand de La Tour, laquelle en effet lui succéda, bien que George de la Trémoille eût fait valoir à main armée les droits qu’il tenait de son contrat de mariage.

Il est à remarquer que malgré cette compétition, George de La Trémoille parait avoir cessé, à partir de la mort de Jeanne de Boulogne, de prendre dans les actes le titre de comte d’Auvergne; du moins ne le retrouve-t-on pas dans les actes postérieurs qui ont été insérés dans le recueil publié par M. le duc de La Trémoille.

 

 

 

 

Sigillographie de l'ancienne Auvergne (XIIe-XVIe siècles), par Philippe de Bosredon

 

 

 

 

 1415 Siège de Parthenay d’Arthur de Richemont - Terres confisquées de Jean II l'Archevêque et données au dauphin Louis de France <==.... ....==>Voyage dans le temps au siège de Parthenay en 1419 par M. la Fontenelle de Vaudoré

 


 

(1)   Né en 1382; fils de Guy V, seigneur de La Trémoille, et de Marie, dame de Sully et de Craon; souverain maître et réformateur général des eaux et forêts (1413); juin 1427 grand-chambellan de France , ministre d’Etat, lieutenant-général au duché de Bourgogne et comté d’Auxerre;

 

marié :

1er en 1416, à Jeanne d’Auvergne, dite de Boulogne (veuve de Jean de Berry);

2° en 1425, à Catherine de L’Isle-Bouchard (veuve de Pierre de Giac); mort le 6 mai 1446. ==> Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard

le texte du contrat, qui fut passé à Aigueperse en Auvergne le 16 novembre 1416, et notamment la clause citée plus haut et ainsi conçue : « ... et au cas que madite dame iroit de vie à trépassement, survivant ledit monsieur de La Trémoille, estans lors enfans dudit mariage ou non. madite dame lui a donné et donne, sa vie durant seulement, sadite comté d’Auvergne... » Baluze (ibid., p. 245) a reproduit un autre acte dans lequel les qualités sont ainsi énoncées : « Nos, Georgius de La Trémoille, comes Bolonie et Alvernie, dominusque baroniarurn et terrarum de la Trémoille... et castelli Montispenserii jure dotalitii ratione consortis nostrœ, et nos Johanna, comitissa dictorum... » (5 décembre 1416).