Du 28 au 31 aout 1459 le roi Charles VII au château du Rivau lez Chinon, Catherine de l'Ile-Bouchard veuve de Georges de La Trémoïlle

La baronnie de l’Ile Bouchard, dont le château était bâti sur la Vienne, fut apportée dans la maison de La Trémouille par Catherine de l’Ile Bouchard, dame dudit lieu, de Rochefort sur Loire, de Doué en Anjou, de Gençay en Poitou et de Selles en Berry.

Catherine épousa George de la Tremouille, vicomte de Thouars, veuf de Jeanne, comtesse d’Auvergne, le 2 juillet 1427.

Celle-ci était alors veuve en premières noces d’Hugues de Châlon, comte de Tonnerre, et en secondes noces de Pierre de Giac, qui, pour contracter cette union, avait, dit-on, empoisonné sa femme, Jeanne de Naillac. S’il faut ajouter foi à Sainte Marthe, Catherine aurait eu un premier mari avant Hugues de Chalon, Jean, seigneur des Roches en Anjou.

Les La Trémoille restèrent barons de L'Ile-Bouchard de 1427 à 1629.

 

En 1446, devenue à l’âge de 51 ans, veuve une quatrième fois, Catherine se retira avec ses enfants sur ses terres de l’Ile Bouchard. Mais l’incorrigible Tourangelle y tomba sous l’influence de son intendant, Péan de la Vallée, qui prit bientôt un grand ascendant sur elle et se comporta en maître. Il commença à dilapider la fortune de sa maitresse, fit renvoyer ses anciens serviteurs et interdit à Catherine de donner de l’argent à ses enfants.

Ceux-ci, ne parvenant pas à écarter ce personnage, préfèrent quitter leur mère, Louis s’installa à Bommiers dans le Berry et George, qui n’avait que 16 ans, partit en Bourgogne auprès d’un parent. A la suite d’un procès, la baronnie de l’Ile Bouchard fut affectée à George, qui était l’ainé, mais sa mère en garda l’usufruit. Et lorsque Catherine donna à son fils une tapisserie pour qu’il puisse l’offrir lors de sa réception du fief de Craon, Péan de La Vallée la fit décharger du bateau. Il fit également jeter de la salle basse « le perchoir à percher les oiseaux » que le fauconnier de Georges y avait installé. Aussi celui-ci se décida-t’il à agir : au cours d »une chasse, en décembre 1458, il fit arrêter par ses hommes l’amant de sa mère et le fit mettre au cachot en son château de Bélâtre, en le contraignant à rendre un bracelet de valeur et une couverture en fourrure de martre.

 

 

Charles VII séjourna au château du Rivau lez Chinon du 28 au 31 aout 1459

Pierre de Beauvau, étant mort en juillet 1453 à la bataille de Castillon, sa veuve, Annette de Fontenay, a la garde de leurs 6 enfants mineurs, René, Jean, Jehan, Renée, Catherine et François, mentionnés dans les titres de la Beschère. Leur mariage n’avait effectivement eu lieu que 15 ans auparavant.

Annette de Fontenay porte le titre de dame du Riveau dans les papiers du domaine pendant les quarante années suivantes, de 1454 à 1491.

Charles VII fit une lettre de rémission donnée en faveur de Georges de La Trémoïlle, sire de Craon et de l'Ile-Bouchard 1, ajourné devant le lieutenant du bailli de Touraine à Chinon comme coupable de séquestration de la personne de Péan de Valée, dont il avait à se venger.

Celui-ci ayant circonvenu Mme de La Trémoïlle, douairière, s'était emparé de toute l'autorité et du gouvernement de sa maison, et en avait abusé vis-à-vis des enfants de cette dame, et particulièrement de Georges, auquel il avait fait subir de nombreuses vexations.

 

 

Lettres de rémission données par le roi Charles VII au sire de Craon, pour l'arrestation et la détention de Péan de La Vallée; 31 août 1459.

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

 L'humble supplication de Georges de La Trimoille, sgr de Craon, avons receue, contenant que unze ans a ou environ, Péan de La Vallée s'en vint demeurer en la maison de nostre chière et amée cousine la dame de La Trimoille, sa mère, ouquel temps ledit suppliant et le sire de La Trimoille, son frère ainsné, estoient demourans avecques et ou bail et gouvernement de ladicte dame, leur mère ; et que peu après que ledit Péan de La Vallée s'en fut ainsi venu demourer en la maison de la dame de La Trimoille (2), il entrepont fort le gouvernement d'icelle maison et y vouloit prendre de l'auctorité, et print de faict plus que nulz autres serviteurs d'icelle, soulez couleur de ce qu'il estoit parent d'icelle dame de La Trimoille.

Et de l'auctorité y print si avant, qu'il en débouta tous les anciens serviteurs de la maison qui pour icellui temps servoient ladicte dame, et y demoura seul, quequesoit avec peu d'autres jeunes gens estans en ladicte maison; et qui plus est, voulut tenir et de faict tint au suppliant et au sire de La Trimoille, qui lors estoient jeunes et ou gouvernement de leur mère, très malgracieux termes, et ne vouloit souffrir, au moins empeschoit à son pouvoir, qu'ilz ne fussent vestus et habillez selon leur estât, et tellement qu'ilz estoient et furent par aucun temps très mal habillez et traictez en la maison de leur mère.

Et à ceste occasion, et des malgracieux termes que ledit Péan tenoit au suppliant et à son frère, de ce qu'ilz n'estoient, par le moien dudit Péan, se leur sembloit, pas entretenuz en la maison de leur mère comme enfans et comme il leur appartenoit, ilz se départirent d'icelle maison, par le despit d'icelui Péan, et s'en allèrent demourer en aucunes de leurs terres, dont à ceste occasion la dame de La Trimoille, leur mère, au pourchas dudit Péan, print procès et fut très indignée à l'encontre d'eulx ; dont ilz ont soustenu et porté de grans pertes et dommaiges, et tellement qu'ilz en ont vendu et engagié aucunes de leurs terres, et par le moien dudit département et desditz procès, la maison de la dame de La Trimoille, leur mère, et la leur, ont esté intéressées et endommagées très grandement, et tout par la cause et moien dudit Péan.

Lequel, ou mois de may mil CCCCLVIIJ, se transporta à Bruxelles en Brebant, où lors estoit le suppliant, et tout musséement et embrunché de sa cornette, vint au lougis du suppliant auquel, après qu'il fut ainsi venu devers luy, icelui Péan dit et remonstra comment la dame de La Trimoille, sa mère, l'envoioit par devers luy, et qu'elle avoit traictié par deçà le mariage de lui et de la fille de nostre séneschal de Normandie (3), et que nous voulions expressément qu'il se fist; et que oudit mariage il auroit de nostre sénéschai cent mil escuz, avec d'autres grans biens que ledit Péan le asseuroit que la dame de La Trimoille luy feroit ; et avec ce qu'il serait nostre premier chambellan, coucherait devant nous et auroit quatre mil livres de pension de nous chascun an, et autres grans biens que ledit Péan donnoit entendre au suppliant qu'il auroit par le moien dudit mariage ; en lui disant que, à ceste cause, il convenoit et estoit forcé qu'il s'en venist par deçà, autrement que sa mère seroit très mal contente de luy, et n'amenderait jamais d'elle, Moiennant lesquelles grans promesses et asseurances dudit Péan, et aussi qu'il menassoit le suppliant du dommage que sa mère luy ferait s'il ne s'en venoit, et pour doubte de luy desplaire, cuidant que ce que ledit Péan luy disoit et affermoit fust vérité, et pour la grant affection et désir qu'il âvoit de estre et venir en nostre service, ainsi que ledit Péan luy asseuroit qu'il serait, il se délibéra de s'en venir, et de faict s'en vint avec ledit Péan, et perdit par ce moien ses terres et seigneuries de Jonvelle et de Courselles, lesquelles, ou temps de son parlement, il estoit en paroles et sur le point de recouvrer de nostre très chier et très amé cousin le duc de Bourgongne, qui les tient et oceuppe ; et prindrent le suppliant et ledit Péan leur chemin à eulx en venir par le pays de Normandie, pour parler audit Sénesehal, et par Nogent, où estoit sa fille, pour la voir ; et de là s'en vindrent à l'Isle Bouchart, devers la dame de La Trimoille, sa mère.

Mais quant le suppliant s'en fust ainsi venu, il trouva tout le contraire de ce que ledit Péan luy avoit donné entendre, et que de tout ce qu'il luy avoit raporté et asseuré il n'estoit riens, ne dudit mariage n'en avoit oncques esté riens escript ne appoincté, mais estoient encores tous les traictez et mémoires à faire, et la matière entière comme se jamais n'en eust été parlé. Et en furent fâicts lesditz mémoires et traictez tout de nouvel depuis la venue du suppliant, et envoiez des uns aux autres; mais en effet le Séneschal tint tous autres termes au suppliant que ledit Péan ne luy avoit rapporté, et si ne trouva aucune entrée, par le moien du Séneschal ne autrement, d'estre notre premier chambellan, ne d'avoir aucune pension de nous, ne d'autre chose que ledit Péan luy eust dicte ne assurée, dont il fut moult desplaisant.

Et à ceste cause, ledit suppliant différa ledit mariage et se tint par deçà, tant devers nous et devers la dame de La Trimoille, sa mère, que ailleurs es parties de Touraine et d'Anjou, jusques ou mois de décembre ensuivant et derrenier passé, l'an dessus dit mil CCCCLVIIJ.

Pendant lequel temps, et mesmement que le suppliant résida au lieu de l'Isle Bouchart, en la maison de la dame sa mère, ledit Péan, en haine de ce que le suppliant avoit différé ledit mariage ou autrement, commença à tenir fières manières et malgracieux termes envers le suppliant, comme s'il ne fust pas enfant de la maison, et semblant qu'il luy despleust de ce qu'il y estoit.

Aussi faisoit il pour ce qu'il luy cuida faire mettre ses chevaulx hors des estables et livrée de la maison de sa mère et les luy faire envoyer en hostellerie; et plusieurs fois luy fist enfermer les chiens et oyseâulx de la maison de sa mère, à ce qu'il ne les menast en gibier à son esbat, et tint telz termes au suppliant qu'il luy convint plusieurs fois envoyer en la ville acheter, à ses deniers, le pain à donner à ses chiens qu'il avoit neument à luy.

Et quant ledit Péan rencontrait le suppliant, il passoit par devant luy tenant ses fières manières, sans le deigner saluer ne parler à luy, ne au plus et moins que à un bien petit homme.

Et qui plus est, un jour le suppliant avoit ordonné à son faulconnier mettre une perche à percher ses oyseaulx en la sale basse de l'Isle Bouchart, mais en la y cuidant mettre à point, ledit Péan la fit oster et mettre hors et ne voulut souffrir qu'elle y fust, en parlant outrageusement du supliant, jaçoit qu'il y en eust une autre où ledit Péan faisoit percher les siens oyseaulx.

Et encores pour ce que la dame de La Trimoille avoit preste au suppliant une tapisserie, qui avoit esté chargée en un bateau sur la rivière audit lieu de l'Isle Bouchart pour la mener à Craon, à la réception des hommages de la baronnie de Craon, que le supliant y avoit fait assigner ou mois de novembre derrenier passé, ledit Péan, en démonstrant plus que devant la haine et envie qu'il avoit contre le supliant, cuida trouver moien envers la dame de La Trimoille, sa mère, de faire demourer et descharger la tapicerie et la garder de mener audit lieu de Craon, et eh fist ce qui luy fut possible, pour cuider nuire et desplaire au suppliant. Et encores depuis qu'il fust aie audit lieu de Craon, à la réception de ses hommaiges, pour ce que ledit Péan sçeut que les habitants de la ville et baronnie de Craon vouloient donner au supliant, à sa nouvelle venue, cent marcs d'argent, ledit Péan escripsi aux officiers dudit lieu de Craon, quequesoit au chastelain, qu'il empeschast les habitans de faire ledit don au supliant; ce qu'il fist tellement que icellui suppliant a perdus lesditz cent marcs d'argent.

Et pour ces causes et plusieurs autres, le suppliant, estant desplaisant qu'il n'avoit peu entrer et estre en nostre service, ainsi que ledit Péan l'avoit asseuré qu'il serait, et cognoissant la haine et mauvaise envie que, sans cause, avoit contre luy, desplaisant des fières manières et malgracieux termes qu'il luy avoit tenus et tenoit chascun jour en toutes les manières qu'il pouvoit, et de ce qu'il l'avoit ainsi trompé et déceu par l'en avoir fait venir, et par ce moien fait perdre sesdictes terres ; et considérant aussi les grans maulx et dommaiges qui, à l'occasion dudit Péan, avoient esté et estoient survenuz en la maison de la dame de La Trimoille depuis qu'il y estoit venu demourer, et qui encores doubtoit qui y peussênt survenir se plus y demeurait, proposa et se délibéra le suppliant de trouver manière d'en envoyer ledit Péan et mettre, s'il povoit, hors de la maison de sa mère.

Et pour ce que, après son retour de Craon à l'Isle Bouchart, il congneut que bonnement il ne povoit trouver moien d'en envoier ledit Péan sans le faire prendre et transporter quelque part loing de là, le suppliant se délibéra d'aler, et de fait àla, voler aux champs le jour de saint Nicolas d'yver derrenier passé, après diner, qui fust à ung jour de mécredi, avecques lequel ledit Péan ala et avecques eulx Jehan Méron , Pierre Serpillon et autres ; et se partirent de l'Isle Bouchart environ deux heures après midy, et de là s'en alèrent par les champs, volant avecques leurs oyseaulx contremont la rivière de Vienne, droit au village de Troques.

Et quant ilz furent outre l'église dudit lieu de Troques, à un petit boucaige hors du grant chemin, où ledit Péan avoit fait voler son pyseau après une perdris, que son oyseau y poursuivit, le supliant ala à luy, et trois de ses serviteurs en sa compagnie, c'est à sçavoir Jaques Blanchart, Denisot Doré et un nommé Empireville, son varlet de chevaulx; et si tost que le supliant arriva sur ledit Péan, qui estoit audit boucaige, mist la main en iceluy Péan, lequel luy demanda pdurquoy il le faisoit, auquel le supliant respondit qu'il le luy diroit une autre foiz plus à loisir.

Et après que le supliant eust ainsi prins ledit Péan et fait descendre de dessus son cheval, il le bailla aux dessus nommez Jaques, Denisot et Empireville, et leur chargea le mener à Bélabre, sans luy faire aucun mal s'il ne s'efforeoit de soy eschaper, en leur disant que s'il leur eschapoit, qu'ils se gardassent bien de retourner devers luy.

Et de là, qu'il estoit presque nuict, les laissa le supliant et s'en revint celui soir mesmes à l'Isle Bouchart devers la dame de La Trimoille, sa mère, où il demoura par trois ou quatre jours, et après s'en alla à Çhasteau Guillaume devers le seigneur de La Trimoille, son frère ainsné, où il demoura ung jour; et de là envoya ung sien serviteur, nommé Colas, audit lieu de Bélabre, devers lesditz Denizot et Empireville qui y estoient demourez avec ledit Péan, et leur manda qu'ilz l'en emmenassent à Dracy en Bourgongne, où le supliant s'en alla d'une autre part.

Et quant il fust audit lieu de Dracy, il y trouva jà ledit Péan, lequel il fist venir devers luy et luy dict :

« Péan, je vous dys, quant je vous prins, que je vous diroy les causes pourquoy je le faisoys, lesquelles sont telles : premièrement, vous sçavez que venistes devers moy à Brucelles et me distes que estiez venu devers moy pour mon grant bien, c'est assçavoir que on avoit traicté le mariage de la fille du grant Séneschal et de moy, et que moiennent iceluy mariage je en amenderoye de plus de cent mil escuz ; et en outre que seroye premier chambellan du Roy, coucheroye devant luy et auroye si grant pension de luy que ce serait merveilles ; aussi que feriez envers Madame ma mère qu'elle me ferait si grant avancement, tant de ses biens meubles que de ses héritaiges, que devroye estre content ; et encores plus, que quant serions en chemin en nous allant, que me diriez encores d'autres choses qui » me feraient venir l'eaue à la bouche.

Et vous sçavez bien que, loing ne prés, vous ne me distes chose que ne m'eussiez dicte dès le commencement, et ne m'avez fait tenir chose que m'eussiez promise. »

A quoy ledit Péan respondit au suppliant, que le grant Séneschal et l'Admiral (4) le luy avoient fait faire.

Et avec ce dist le suppliant audit Péan qu'il sçavoit bien les mauvais termes qu'il luy avoit tenus, durant qu'il avoit esté en la maison de la dame de La Trimoille, sa mère ; à quoy respondist ledit Péan qu'il sçavoit bien qu'il estoit vray, en luy en requérant, tout de genoulz, pardon, et en luy disant qu'il ne luy sçauroit faire tant de mal que plus n'en eust desservy envers luy.

Et combien que le suppliant deust, à l'occasion des choses dessusdictes, aucunement avoir eu cause de vouloir mal audit Péan et de luy avoir fait desplaisir de sa personne, néantmoins il ne l'a jamais voulu ne eu intention de faire, ainçois l'a traicté gracieusement, fait boire et manger avec luy et à sa table, et ne l'a fait battre ne férir, ne faire aucun autre desplaisir à sa personne.

Aussi ne tendoit il, et ne tendit il onques, fors seulement à trouver moien de l'en envoyer et mettre hors de la maison de sa mère.

Et voyant iceluy suppliant que ledit Péan se repentoit des maulx et malgracieux termes qu'il luy avoit tenuz et de la tromperie qu'il luy avoit faiete, espérant que plus ne se trouvast en la maison de la dame de La Trimoille, sa mère, fust esmeu de luy donner congié ; ce qu'il fist, après ce que préalablement il fist faire sérement audit Péan, sur le corps de Nostre Seigneur, de luy estre d'ilec en avant bon et loyal et luy garder et pourchasser son bien et honneur, et de non jamais, à l'occasion de ladicte prise, luy porter ne faire faire aucun dommaige ne poursuite, à luy ne à ses gens qui l'avoient ainsi prins et mené, et que jamais ne se trouverait à l'entour de la dame sa mère, ne se résiderait audit lieu de l'Isle ne en aucune des autres places de sa mère, ne s'entremettrait de ses besongnes ; et en oultre, pour ce que le suppliant sçavoit que la dame sa mère avoit engagé ung brassellet, il fist promettre audit Péan de le faire desgager par ladicte dame sa mère, et [qu'il le] luy envoieroit ou ferait envoyer par elle, avecques la somme de deux cens escuz et une panne de martres.

 Et ce faict, le suppliant donna congié audit Péan, et luy envoya et luy bailla de l'argent, avecques ledit Empireville pour le conduire et accompaigner jusques au lieu de l'Isle Bouchart ; et depuis ladicte dame envoya au suppliant le brassellet avec deux cens escuz et ledit Péan luy envoya la panne de martres.

A l'occasion desquelz cas, ledit Péan de Valée et nostre procureur au baillage de Touraine, par vertu de certaines noz lettres par eulx obtenues et moyennant certaine information, ont puis naguères fait adjourner ledit Georges, suppliant, à comparoir en personne, et à certaines peines, par devant nostre amé et féal conseiller et chambellan le bailli de Touraine ou son lieutenant, à son siège de Chinon, à certain jour préfix, pour respondre à nostre dit procureur à telles fins et conclusions qu'il voudrait eslire, et audit Péan de Valée à fin civile seulement; auquel jour, obstant certaine maladie intervenue au suppliant, il ne peut obéir et renvoya son exoine.

Et depuis, par vertu du registre prins de ladicte exoine, ledit Péan et nostredit procureur oudit baillage ont de rechief faict adjourner le suppliant, terme o jugement de main mise, à comparoir en personne, et aux peines que dessus, par devant nostre bailly de Touraine ou son lieutenant, à son siège de Chinon, à certain jour avenir, pour leur respondre comme dessus, et procéder en outre comme de raison.

Et doubte le suppliant que, à l'occasion des choses dessusdictes, et mesmement d'avoir transporté et fait transporter ledit Péan de jurisdiction en autre, et aussi de luy avoir fait faire sérement, sur Corpus Christi, de jamais ne se tenir autour de ladicte dame ne résider en aucunes de ses places, et de luy envoier, et par elle, ung brassellet avec la somme de deux cens escuz et une panne de martres, — lesquelz deux cens escuz et brassellet ladicte dame luy envoya après, et ledit Péan ladicte panne de martres — nostre procureur le vouloit tenir en grant involution de procès, et sur ce demander, imputer et tendre à l'encontre de luy à fin criminelle ou conclurre à grans amendes, se noz grâce et pardon ne luy estoient sur ce impartiz; humblement requérant que, attendu les choses dessusdictes et les mauvais termes et dommaiges que ledit Péan luy avoit faitz, faisoit et tenoit ; aussi qu'il ne luy a fait ne avoit intention de faire aucun mal de sa personne, mais seulement le mettre hors de la maison de sa mère, et que, pour avoir prins et fait transporter la personne dudit Péan, il ne cuidoit pas si griefvement mesprendre envers nous, que il a tousjours esté homme de bonne famé, renommée et honneste conversation, sans jamais avoir fait chose digne de reprouche ou de répréhension, il nous plaise luy octroyer nos grâce et pardon des cas dessusditz.

Pourquoy Nous, les choses dessusdictes considérées, inclinans à la requeste qui sur ce nous a esté faicte par nostre cousine la dame de La Trimoille, mère dudit Georges de La Trimoille, à icelluy Georges, suppliant, avons quicté et pardonné, et par ces présentes, de grâce espécial, plaine puissance et auctorité royal, quictons et pardonnons tous les cas, crimes et délits dessus déclarez, avecques toutes les peines, amendes et offenses en quoy, à l'occasion de ce, il pourroit estre encouru envers nous et justice, et l'avons restitué et restituons à ses bonnes famé et renommée au pays, et à ses biens et choses non confisquez, satisfaction faiete à.partie civile tant seulement, si faicte n'est; et sur ce imposons silence perpétuel à nostre procureur ou baillage de Touraine, présent et avenir, et à tous autres qu'il appartiendra.

Si donnons en mandement, par ces mesmes présentes, à nostredit bailly de Touraine et des ressors et exemptions d'Anjou et du Maine et à tous noz autres justiciers présens et à venir, ou leurs lieuxtenans, et à chascun d'eulx si comme à luy appartertdra, que de nos présens grâce, quittance et pardon facent, souffrent et laissent ledit suppliant joyr et user plainement et paisiblement, sans luy mettre ne donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné, en corps ne en biens, aucun destourbier ou empeschement, ores ne pour le temps avenir, en quelque manière que ce soit; ainçois se son corps ou aucuns de ses biens estoient pour ce prins, saisis, arrestez ou empeschez, les luy mettent ou facent mettre tantost et sans délay à plaine délivrance.  

Donné au Rivau lez Chinon, le derrenier jour d'aoust, l'an de grâce mil CCCGLIX , et de nostre règne le XXXVIJ 0.

Par le Roy en son conseil,

J. DE REILHAC. (5)

 

On lit dans un précomte de 1484 :

« Le chastel de l'Isle-Bouchart est une belle place, telle que chacun scet, et est le dict lieu de l'Isle, baronnie ancienne. »

Le document suivant rappelle un fait arrivé à l'Ile-Bouchard. 1489 (v. s.) janvier, Paris.

« Charles, etc., savoir faisons, etc., nous avoir receu l'umble supplicacíon de Guillaume Joubert, filz de Guillaume Joubert, contenant que, le XXVIe jour de novembre derrenier passé, ung nommé Denis, serviteur en lacquois d'un nommé Grégoire, archier, et autres gens de guerre de la compaignie du seigneur de La Trémoille, se vindrent loiger au lieu de l'Isle-Bouchart, en l'ostel dudit père dudit suppliant, et eulx estans ainsiloigez pour ce que les paiges desdites gens de guerre avoient la clef d'un estable dont ledit père avoit à besoigner, icelle clef ausdits paiges demanda, qui luy respondirent qu'ilz ne l'avoient point.

Et après l'un desdits paiges nommé Lancement dist qu'il l'avoit et depuis dist que non avoit. A ceste cause ledit père dudit suppliant dist ausdits paiges qu'ilz estoient mauvais garsons de eulx moquer ainsi de luy.

Sur ces parolles, l'un desdits paiges tira sa dague et en voult fraper ledit Joubert père, ce que voyant ledit suppliant osta ladite dague audit paige, laquelle ledit père osta audit suppliant et la gecta sur l'un des lictz de la chambre et enmena ledit suppliant en la cuisine dudit hostel; et eulx estans en ladite cuisine, ledit Denis le lacquois survint tout esmeu en demandant qui estoit celluy qui avoit batu lests dits paiges.

Et ledit Joubert père respondit : « Ne vous chaille, il n'y ariens batu. Et ledit Denis dist en jurant le sang de Nostre-Seigneur qu'ilz avoient esté batus et qu'il sçauroit qui ce avoit fait ; et pour ce qu'il s'approuchoit en tirant une rapière qu'il avoit, ledit suppliant qui tenoit une payelle sur le feu pour faire des oeufz, dobtant que ledit Denis voulsist tuer sondit père se mist entre deux et de ladite paelle receup ung cop que ledit Denis cuida asséner sur luy ou sur sondit père ; et dobtant ledit suppliant que ledit Denis qui tenoit sadite rapière toute nue ne feist quelque mauvais cop saisit ledit Denis par dessus les bras et le rebota jusques au degré de la chambre où estoient lesdits paiges, qui incontinent descendirent quatre ou cinq tenens chacun une dague toute nue en leurs mains dont ilz donnèrent plusieurs grans coups sur la teste et bras dudit suppliant jusques à grant effusion de sang ; et eulx estans ensemble audit conflict et ainsi que lesdits suppliant et Denis s'entretenoient, le paige dudit Grégoire, cuidant de sadite dague tuer ledit suppliant, asséna son cop au col et au dessus de l'oreille dudit Denis, et quant ledit suppliant, qui n'avoit aucun baston, vist le sang, il lascha icelluy Denis et s'enfouyt en la rue, qui fut poursuy par ledit paige, mais ne le peust actaindre.

Et depuis, et XL jours après, ledit Denis est allé de vie à trespas, dont ledit suppliant s'est absents té, requérant, etc. Pourquoy, etc., au bailly de Touraine, etc.

 Donné à Paris, ou moys de janvier, l'an de grâce CCCC IIIIxx et neuf, et de « nostre règne le septiesme.

« Arch. nat. JJ 225, fol. 191 verso, n» « 906. »

 

 

 

Archives nationales. Registre du Trésor des chartes, N° 188, charte 166.

Société archéologique de Tourraine.

 

Les La Trémoïlle pendant cinq siècles. Charles-Louis-Bretagne, Charles-Armand-René, Jean-Bretagne-Charles-Godefroy et Charles-Bretagne-Marie-Joseph de La Trémoïlle / [par le duc L.-C. de La Trémoïlle]

 

 

 

 Chinon 8 avril 1429, après Pâques - Traité d'alliance entre Gilles de Rais et Georges de La Trémoille.  <==

 


 

(1) Second fils de Georges de La Trémoïlle, le fameux ministre de Charles VII, et de Catherine de l'Ile-Bouchard, sa seconde femme, il n'eut point dans sa part de la succession paternelle de terres et seigneuries en Poitou. 

(2) Dans cette pièce et dans la suivante, nous avons supprimé les très-nombreux dicte et dit qui ne sont pas utiles pour le sens du texte.

(3) Pierre de Brézé eut deux filles ; rien n'indique de laquelle il s'agit.

(4) Jean V Je Bueil, comte de Sancerre.

(5) Jean de Reilhac, secrétaire, maître des comptes, général des finances et ambassadeur des rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII