2 décembre 1586. Instruction donnée par Catherine de Médicis au sieur de La Roche, envoyé vers le prince de Condé (1) pour expliquer les motifs de la démolition de la forteresse de Montaigu (1). (Bibl. nat., mss. fr., anc. fonds 3974-101, f) M6.)

 La Royne mère du Roy aiant entendu que Monseigneur le prince de Condé faisoit très grandes plaintes de la desmolition de la forteresse de Montégut (2) et saichant la ditte dame Royne comme les choses se sont passées sellon la volonté et commandement exprès du Roy sans qu'il y ait eue aulcune passion particullièrement comme l'on a voulu persuader à mon dict seigneur le prince, ny auctorité privée en quelque façon que ce soit, elle a commandé au sieur de La Roche de faire entendre à mon dit seigneur ce qui s'ensuict

Que depuis le commancement de ces derniers troubles, le Roy voiant les déportemens et le party qu'avoient prins Monsieur et Madame de la Trimoille (3) doubtant que le dit Montégut tombast en autres mains que en celles de Sa Majesté et considérant le dommaige qu'il eust apporté en sa frontière du bas Poitou et de la Bretaigne, bien mémoratif aussi de tant de remonstrances et instances plusieurs fois réytérées à Sa ditte Majesté par plusieurs députations faictes de la part de ceulx des dittes provinces de Bretaigne, bas Poitou et de celle d'Anjou aussi pour la desmolition du dit Montégut, lesquelles auroient esté occasions que par les dernières conférances faites à Flaie (4) pour les édictz de paix et repos du royaume, l'on auroit esté contrainct de faire et arrester ung article très complet par lequel il estoit porté que la dicte desmolition seroit faicte, et que l'on commenceroit d'exécuter par le moien de ceulx de la ville de Nantes, ausquels Sa ditte Majesté avoit commis et ordonné la charge de la ditte desmolition comme voisins plus propres et avec plus de commodité, lorsque ma ditte dame de la Trimoille obtint une surcéance de Sa Majesté pour différer, la dicte desmolition soubz sermens et grandes obligacions qu'elle fit et presta à Sa Majesté que la ditte place et autres qu'elle tenoit qui pour lors appartenoit au dict sieur de la Tr.imoille, son fils, seroient remises ès mains de Sa ditte Majesté toutes les fois qu'elle en seroit requise, voulant y pourvoir à tousjours depuis les troubles commancez faict regarder que celluy à qui auroit esté commise en garde la ditte place de Montégut par sa commission et que c'estoit à charge de la rendre aux condicions sus dites, la luy remist librement pour y commectre tel autre que bon luy sembleroit et qu'il luy plairoit choisir ce que Sa Majesté durant quelques mois a faict tenter par le sieur de Malicorne et depuis par monsieur le Mareschal de Biron, estant en Poictou, et aussi par ung gentilhomme breton nommé Boisrenault, qui tous tendoient d'en faire sortir le dict gouverneur pour y mectre personne à la dévotion de Sa Majesté après plusieurs et d'autres depêches envoiés pour cest effect par les sieurs de Biron et de Malicorne ausquelles le dit gouverneur avant y voulloir obéir auroit de sa propre auctorité luy mesme envoié devers le Roy pour luy remonstrer qu'il estoit en opinion que toutes ses diverses poursuictes qui se faisoient d'avoir la dicte place ne procédoient et ne luy sembloit de la vollonté pure de Sa Majesté, mais craignoit que ce feust pour deffiance que l'on donnast de sa personne et de sa fidélité à Sa Majesté et que pour ceste cause, il estoit résolu sur ceste seulle ,occasion renvoier par devers Sa ditte Majesté pour la supplier très humblement croire qu'il ne retardoit d'obéir son commandement de remectre la dicte place pour désir qu'il eust d'y demeurer, car il ne le cherchoit et ne le désiroit plus, mais au contraire de la remectre sans contraincte aucune àcelluy qui par Sa Majesté luy seroit commandé affin qu'il demeurast avec ce contentement d'en avoir fait congnoistre son entière fidélité à Sa ditte Majesté, à quoy le Roy respondit qu'il ne debvoit trouver estrange que jusques là il n'eust esté du tout asseuré de sa fidélité, d'aultant qu'il n'avoit cognoissance particulière de sa personne, mais une juste jallouzie de ce que aiant esté présenté pour ceste charge par ma ditte dame de la Trimoille et le dit sieur son filz, il eust toujours eu occasion d'en estre sollicité et pressé pour leur remectre la ditte place ce qu'il ne voulloit aucunement, mais puisqu'il délibéroit de satisfaire à sa vollonté qu'il désiroit qu'après avoir donné en la ditte place tel ordre qu'il en peust respondre pendant son absence il ne faillist d'aller trouver Sa Majesté pour en entendre d'elle mesme son intencion.

 Ceste depesche receue par le dit gouverneur il s'achemina à Nantes et fut trouver monsieur de Raiz (5) qui lors y estoit pour le service du Roy et luy ayant faict entendre les particularitez que dessus, mesme faict apparoistre de la sus ditte et dernière dépesche de Sa Majesté portant le commandement au dit gouverneur de l'aller trouver, il requist mon dit sieur de Raiz qu'il peust passer seurement en sa compagnie pour s'aller présenter au Roy suivant le sus dit commandement, et aiant eu pour toute responce de mon dit sieur de Raiz qu'il n'estoit prest, comme le dit gouverneur pensoit de retourner devers le Roy, il luy conseilloit de donner ce contentement à Sa Majesté de luy obéir et l'aller trouver, mais le dit gouverneur ne s'estant voullu bazarder d'y passer seul craignant qu'il luy feust faict quelque desplaisir par les chemins, se résolut de redoubler par une autre depesche au Roy la diffiulté qu'il faisoit d'entreprendre le dit voiage, comme il eust désiré, estant retenu de craincte, suppliant Sa ditte Majesté ou de luy permectre d'attendre que mon dit sieur de Raiz allast à la court pour passer plus seurement soubz sa suicte, ou bien de lui voulloir commander que l'on le pressoit enoores ce qu'il auroit à faire, avec asseurance que luy faisant délivrer jusques à mil escuz de ce qui estoit deub aux soldatz qu'il y avoit soubz sa charge, pour leur donner moien de paier ce qu'ilz y debvoient advant que d'en partir, il obéyroit sans aucun délay en voiant le commandement de la pure vollonté du Roy qui estoit son seul et dernier but, asseurant Sa ditte Majesté qu'il se consigneroit à Nantes cependant pour y attendre son commandement ainsi qu'il avoit prié mon dit sieur de Raiz luy tesmoigner.

Sur quoy Sa ditte Majesté qui lors partoit de Paris pour s'en aller aux bains, respondit au dit gouverneur que voiant l'atfection que luy monstroit, il s'en voulloit asseurer et s'il la luy confirmoit remectant en effect la ditte place dont il luy envoiroit sa descharge, ès mains du dit sieur de Cambout qui estoit lors en charge au chasteau de Nantes pour estre le plus proche de là que aucun autre de ses serviteurs, qu'il luy feroit congnoistre par esfectz le contantement qu'il en auroit receu, et ordonna dès lors que pour donner moien aux soldatz qui debvoient sortir de la ditte place de paier ce qu'ilz y debvoient, il leur feust délivré la somme de mil escuz sur ce qui estoit deub au dit gouverneur pour leur solde, ce qui fut exécuté.

Avec la mesme depesche, en fut faicte une autre au dit sieur de Cambout et luy fut envoié commission pour recevoir la ditte place, et une autre en mesme temps à monsieur le duc de Mercure (6) et à mon dit sieur de Raiz et aussi aux habitans de Nantes, de tenir la main au contenu de sa vollonté, que la ditte place feust ainsi remise, et en particulier à ceulx de la ditte ville de Nantes de pourvoir avec tous les moiens qu'ilz avoient jà offertz, et mesme préparez, pour la desmolition dudit Montégut dès le temps que Sa Majesté l'avoit, il y a quelques années ordonné, et suivant le dit accord et article du sus dict traicté de paix, d'aultant que Sa Majesté voulloit que cella feust exécuté, mandant à mon dit sieur le duc de Mercure en particulier, de leur tenir la main forte en la ditte exécution, qu'il ordonnoit estre faicte par le dit sieur de Cambout par commission expresse qu'il en envoia dès lors à mon dit sieur de Raiz estant à Nantes durant l'absence de mon dit sieur le duc de Mercure qui terioit les estatz en basse Bretaigne, avec commandement au dit sieur de Raiz d'excuser le dit sieur de Cambout de la garde du dit chasteau de Nantes et d'y pourvoir de quelque aultre en son absence.

Ledit sieur de Mercure estant trois jours après de retour au dit Nantes receut la sus dite depesche du Roy sans que le dit sieur de Raiz à qui avoit esté adressées les sus dittes lettres par ceulx dela ville de Nantes et la commission de la ditte desmolition adressant au dit sieur de Cambout, la voulust aucunement signiffier, et bien que mon dit, sieur de Mercure et luy en feussent avec très grande instance sollicitez et pressez par les habitans après plusieurs assemblées de la ville tendant à faire que la dicte desmolition feust faicte suivant les dicts articles de la paix dont ilz protestèrent contre messieurs de Mercure et de Rays, lequel en voulut monstrer la ditte commission quoiqu'il n'en feust faict remonstrance au Roy devers lequel estant jà mon dit sieur de Raiz party pour venir trouver la ditte dame à Chenonceau, les dits habitans depêchèrent en toute extrême dilligence, comme ilz feirent en mesme temps devers la ditte dame Royne (7), pour obtenir commandement de la ditte desmolition, laquelle desmolition par autres avis et itératifve commission fut très expressement enjoinct parle Roy qui trouva très mauvais que sa vollunté déclarée assez par la ditte première commission envoyée plus de troys sepmaines auparavant au dit Nantes n'eust esté exécutée et rapportèrent de la court les dits habitants la ditte dernière commission du Roy pour en faire l'exécution qui s'en est ensuyvie suivant le commandement et ordonnance du Roy ainsy qu'il appert assez par l'une ~et l'autre des dittes commissions et qui sont èz mains du dit sieur de Cambout pour sa descharge, différantes en datte de plus de troys sepmaines estant ce que dessus la vraye vérité de ce faict comme il est passé.

Faict à Saint Maixant le IIe jour de décembre 1586. PINART.

 

 

 Guerre de Religions dans le Poitou, PRISE ET SIÈGE DE MONTAIGU (Septembre 1580)<==


 

1. Henri de Bourbon, prince de Condé, mort empoisonné à Saint-Jean-d'AngeIy, le 5 mai 1588.

2. Montaigu (Vendée).

3. Jeanne de Montmorency, duchesse douairière, et Claude de La Trémoille, son fils.

4. Les conférences qui amenèrent la paix dite de Fleix eurent lieu du 17 au 26 décembre 1580.

5. Albert de Gondi, baron de Retz, maréchal, amiral de Bretagne.

6. Philippe-Emmanuel, duc de Mercœur, beau-frère de Henri III, gouverneur de Bretagne depuis 1582, le dernier des Ligueurs.

7. Catherine de Médicis.