Saint Martin de Tours le 11 Novembre 397 - Son tombeau, ses Reliques et les Normands

Nous sommes le 315e jour de l'année – le jour de l’Armistice de 1918 et nous fêtons Saint-Martin. Patron des hôteliers, des cavaliers et des tailleurs, connu pour avoir taillé son manteau pour en donner la moitié à un pauvre.  La Saint-Martin est célébrée le 11 novembre en souvenir de saint Martin, la date correspond à la mise au tombeau de saint Martin en 397 à Tours. La réputation de sainteté que lui avait value, à son corps défendant, l'épiscopat dans la capitale des Turones (1) (371) 485 communes portent son nom et 3.600 églises lui sont dédiées en France.

Saint Martin étant mort, comme on l'a vu, dans la petite ville de Candes le 9 novembre 397, son corps, porté à Tours, fut d'abord déposé près du rivage de la Loire et y resta pendant plusieurs jours gardé par le peuple et le clergé. Il existe en ce lieu une chapelle, maintenant abandonnée, connue sous le nom de Petit-Saint-Martin, que l'on voit encore dans la rue du même nom.

On transféra ensuite le précieux corps dans un cimetière éloigné d'un kilomètre de la ville de Tours; il fut inhumé dans l'emplacement transformé plus tard en préau du chapitre de Saint-Martin, et occupé aujourd'hui par les Dames de l'adoration perpétuelle. Onze ans après, saint Brice, successeur de saint Martin, éleva sur son tombeau une chapelle qui fut dédiée à saint Etienne, premier martyr. Mais l'éclat des miracles qui s'opéraient chaque jour à ce tombeau, attirant de tous les pays une grande multitude de peuple, la chapelle de saint Brice fut bientôt insuffisante.

Saint-Perpet, élu évêque de Tours soixante-quatre ans après la mort de saint Martin, construisit une basilique très-vaste, dont saint Grégoire de Tours donne la description, et qu'il présente comme le monument le plus riche et le plus remarquable de l'époque.

Le 4 juillet 473, le corps du saint fut transféré dans le nouveau tombeau que saint Perpet avait fait préparer ; et l'on célèbre encore chaque année, le 4 juillet, la fête de cette translation.

Ce tombeau, malgré les constructions et les restaurations qui se succédèrent à l'entour, ne fut jamais déplacé. Il devint dès lors la demeure définitive du corps de saint Martin sur cette terre; et dans les jours de tourmente, lorsque les reliques en furent retirées pour un temps, on les rapporta toujours avec le plus grand soin dans ce lieu choisi par saint Perpet.

Suivant l'usage des premiers siècles, le saint évêque attacha un grand nombre de clercs et de religieux à l'église de Saint-Martin pour la desservir et y chanter continuellement les louanges de Dieu. On vit bientôt une nombreuse population se grouper alentour.

Cette magnifique basilique fut presque entièrement détruite par un incendie vers le commencement du VIe siècle; mais Clotaire 1er la fit rétablir dans toute sa splendeur,

Cependant le culte de saint Martin et la dévotion à son tombeau allaient toujours croissant; de tous les points de la terre on y affluait eu pèlerinage, ainsi que nous l'avons dit ailleurs.

La ville qui l'entourait, déjà comme Sous le nom de Martinopole, et bientôt sous celui de Châteauneuf, s'augmentait chaque jour.

Le Service religieux fût toujours célébré avec une très-grande solennité, d'abord par des abbés et des moines, ensuite par un chapitre illustre et nombreux qui relevait-des papes seulement, sous la protection des rois de France. Ce chapitre possédait de grands biens; il battait monnaie, et il pouvait lever une armée pour la défense du patrimoine de Saint-Martin.

A ce moment, le monastère qui s'était créé  attenant à la basilique élevée, au Ve siècle, par un de ses successeurs, Perpétue (2), afin d'abriter son corps était devenu une florissante abbaye, la Martinopolis, dont la réputation de richesse avait atteint jusqu'à la Scandinavie et excité les convoitises des Normands qui, depuis les dernières années du règne de Charlemagne, commençaient à harceler nos côtes.

 Vers l'an 838, sous le règne de Charles le Chauve, les Normands, avides de tant de richesses, parurent devant la ville de Tours mais, à la vue du corps de saint Martin porté sur les remparts, ils furent saisis de frayeur et prirent la fuite. Ce miracle est encore célèbre chaque année, le 12 mai, sous le nom de Subvention de saint Martin

Cependant, vers 853, le chapitre, effrayé des succès des Normands dans les pays voisins, sous l'épiscopat d'Amaury (852-856), 3eme archevêque de la Métropole ; en hâte, les chanoines emportèrent leur précieuse relique à Cormery (3), puis à Orléans ; et, bien leur en prit, car l'abbaye fut dévastée de fond en comble, par les hommes du Nord. Les Normands brûlèrent l'église de Saint-Martin, et s'emparèrent de tous les trésors qui n'avaient pu être soustraits à leurs rapaces mains.

Des retours offensifs de ceux-ci, en 856 et 862, provoquèrent de semblables exodes au cours desquels le corps de l'apôtre fut transporté à Léré (4), villa près de Cosne, donnée aux clercs de Saint-Martin pour leur servir d'abri en cas d'invasions. Mais les moines, pour être davantage en sécurité, se mirent en quête d'un asile moins à proximité d'un grand fleuve et, en 867, se firent octroyer, par Charles-le-Chauve, la Celle de Chablis avec l'église de Saint-Loup, en vue de la création d'un monastère de refuge dont les travaux furent mis en œuvre sans retard.

Une quatrième émigration eut lieu en 872, provoquée par une nouvelle irruption des Normands ayant cette fois à leur tête le farouche Hastings : le corps de Saint-Martin reprit le chemin de Léré, et comme les travaux de Chablis n'étaient pas terminés, les moines qui avaient la garde de la précieuse châsse, la transportèrent à Auxerre où ils la déposèrent près du tombeau de Saint-Germain, dans l'église du même nom.

 Elle devait y demeurer jusqu'en 885 (5). A cette date, elle reprit le chemin de la vallée de la Loire et réintégra, définitivement cette fois, le tombeau de la Martinopolis, le 13 décembre (6) de l'an précité.

On voit que les restes de l'apôtre des Gaules demeurèrent pendant plusieurs années à proximité de Clamecy. Ils durent même s'en rapprocher davantage pendant leur transport de Léré à Auxerre, ainsi que durant leur retour,  treize ans plus tard, qui s'effectuèrent à petites journées, au milieu d'un grand concours de peuple : chaque nuit, la châsse était déposée dans une église ou, à défaut, dans un abri édifié tout exprès.

On est sans indications sur les itinéraires suivis ; le plus court, à l'aller, était certainement celui pair Cosne, Saint-Amand, Saint-Sauveur et Toucy, mais c'était aussi le moins sûr car il traversait la marécageuse et boisée Puisaye qui, en ces temps lointains, avait fort mauvaise réputation ; peut-être ne présentait-il pas, non plus, de voies bien praticables ; au contraire, l'ancienne voie romaine, par Donzy, Entrains, Ouanne, qui fut fréquentée jusqu'au cours du Moyen-âge, n'était pas beaucoup plus longue et infiniment plus sûre ; il y a donc beaucoup de chances pour qu'elle ait été suivie et pour que la longue théorie des chanoines de la Martinopolis et des moines de Marmoutier (7), porteurs des restes de leur patron et fondateur, soit passée, à deux reprises, tout près de la cité naissante de Clamecy.

Or, les chroniques de l'époque rapportent que le corps de l'illustre évêque sema, tant sur son passage que durant son séjour auprès de Saint-Germain, les mêmes grâces que celles, si abondamment dispensées par lui, dans son sanctuaire de Touraine : ... guérissant les malades, même ceux qui ne l'en sollicitaient pas, tels ces deux mendiants, dont les infirmités constituaient le gagne-pain et qui, ne demandant qu'à les conserver — pour la facile existence qu'elle leur procurait — fuyaient, en toute hâte, le cortège du saint ! Celui-ci, par malice sans doute, les rendit quand même à la santé et, en même temps, à une vie plus digne que celle qu'ils avaient menée jusque-là !

On s'explique, dans de semblables conditions, qu'un vent de foi et d'enthousiasme, en faveur de Saint-Martin, ait, à cette époque, soufflé sur le Nivernais, et que les fidèles aient pu substituer, son vocable à celui d'autres saints, desquels ils n'avaient pas, jusque-là, obtenu les mêmes satisfactions.

De tout temps, les églises ont cherché à se procurer des reliques du saint sous le vocable duquel elles avaient été élevées, quand ces reliques ne se sont pas trouvées en leur possession dès le moment de leur dédicace.

Dès que la tranquillité fut rétablie, on s'empressa de réparer l'église. La Martinopole, pour être préservée de nouvelles invasions, fut entourée d'une enceinte, et des lors elle reçut le nom de Châteauneuf.

Cette ville de Châteauneuf était parfaitement distincte de celle de Tours, qui avait aussi son enceinte spéciale : elles ne furent réunies en une seule que vers le milieu du XIVe siècle.

Après la réparation des désastres-causés par les Normands, le chapitre de Saint-Martin réclama de la ville d'Auxerre le corps de son - bienheureux patron;  mais l'évêque, heureux de posséder ce précieux dépôt, refusait, de le restituer. Il ne fallut rien moins qu'une sorte de croisade à main armée pour le recouvrer, tant saint Martin était resté-vivant, dans le coeur des peuples, cinq cents ans après sa mort!

On vit donc, vers 887, Ingulgez, petit fils du duc de Bourgogne, réunissant ses troupes à celles du chapitre, aller reconquérir par la force ces insignes reliques.

On célèbre le  11 décembre, sous le nom de Réversion de saint Martin, ce retour glorieux qui fut une véritable marche triomphale et un grand-événement pour l'Eglise de Tours. Les populations, se pressaient sur le passage de la châsse, portée par des grands, seigneurs au milieu de l'armée d'Ingulgez.

A son approche se renouvelèrent, dit l'histoire, les mêmes prodiges qui s'étaient opérés lorsque le corps du saint fut n'apporté de Candes à Tours : les malades et les infirmes recouvraient la santé ; et l'on voyait les arbres et les prairies se couvrir de fleurs pour rendre hommage à ce grand serviteur de Dieu!

La basilique de Saint-Martin retrouva donc toute sa gloire et son ancienne splendeur.

En 994, elle devint, avec la ville de Châteauneuf, la proie des flammes, dans une attaque dirigée par Foulques Nerra, comte d'Anjou.

 Hervé alors trèsorier de l'église Saint Martin, la fit complètement démolir pour en reconstruire une autre, encore plus spacieuse. Pendant la construction, le corps de saint Martin fut placé dans l'église Saint-Venant.

La dédicace de la nouvelle église et là translation des reliques eurent lieu le 4 juillet 1014 anniversaire de l'ordination-de saint Martin et de la première translation faite par saint Perpet. Le corps fut rapporté avec pompe dans son premier tombeau, rétabli soigneusement de la même manière qu'il avait été construit par saint Perpet : il était placé dans l'abside, au fond du choeur, place d'honneur dans les églises du moyen âge.

L'église, encore atteinte par le fléau de l'incendie en 1096, 1123, 1137, 1202 et 1203, fut toujours restaurée avec magnificence.

 

Les Reliques de Saint Martin

En ce qui concerne Saint-Martin, on peut tenir comme certain que, dès les premières années qui suivirent la mort du grand évêque, une quantité considérable de ses reliques fut répandue dans toute l'Europe, mais il s'agissait là de celles que Lecoy de la Marche (27) appelle les « reliques extérieures », c'est-à-dire les linges, vêtements et autres objets à l'usage du Saint ; en un mot, de tout ce qui avait été en contact avec sa personne, au cours de sa vie, et, après son trépas, avec sa châsse ou son tombeau ; nous verrons plus loin ce qu'il advint de ses restes mortels.

Parmi ces reliques extérieures, une fut particulièrement célèbre : ce fut son manteau ou chape qui, sous les deux premières dynasties royales, était porté en tête des armées partant en guerre et auquel les premiers Capétiens substituèrent la bannière ou oriflamme de Saint-Denys.

Par la suite, la chape de Saint-Martin fut divisée en plusieurs parties, et celles-ci attribuées, par divers rois, aux églises et monastères qu'ils désiraient honorer de façon particulière.

C'est ainsi qu'un de ces morceaux était, en 1271, dans le trésor de la Cathédrale d'Auxerre (9). Il figure encore aux inventaires de cette église, établis en 1420 et 1563 (10), et fut détruit par les protestants (fin septembre 1567), en même temps que presque toutes les autres reliques de la ville. C'était une des reliques les plus vénérées de la cathédrale d'Auxerre.

 

 

Jusqu'au règne de Charles le Bel, la châsse, placée dans son petit caveau, contint le corps de saint Martin entier et parfaitement intact. Mais en 1323, ce roi, muni d'une bulle du pape Jean XXII, fit séparer le chef de saint Martin du reste de son corps, en présence d'un grand nombre d'évêques, pour le placer dans un buste d'or et l'exposer à la vénération des fidèles.

En 1399, un fragment de ce manteau fut envoyé à la comtesse de Nevers, et en 1410, la collégiale de Saint-Martin de Clamecy était à son tour, gratifiée d'un semblable don (11) : C'est la première relique du saint, reçue par l'église de Clamecy, dont on constate officiellement la venue.

Il s'agissait, rapporte l'abbé Lebœuf, d'après l'examen d'un morceau similaire, de même origine, conservé dans l'église d'Olivet, près Orléans, « d'une étoffe bien bourrée et propre à tenir chaud l'hyver ».

Nous 'en retrouvons la trace dans « l'Inventaire des reliques et de l'argenterie de la Fabrique de Saint-Martin de Clamecy » (12), dressé le 28 may 1679 par Léger Faulquier, Guillaume Davault et Nicolas Cousté, bourgeois et fabriciens, en présence de « vénérable et discrette personne Jean de l'Isle, prestre, chantre, chanoine et digne curé de la ditte église... »

« Item, un reliquaire en forme de chapelle qui a servi autrefois pour porter le Saint-Sacrement à la Feste-Dieu, y mettant au-dessus du clocher un soleil où l'hostie estoit renfermée ; laquelle chapelle est d'argent doré, son souzbassement et son entablement au-dessus estant de cuivre doré. Sur lequel reliquaire il est à remarquer deux choses, l'une que dans le corps de laditte chapelle il y a un certificat signé et scellé de Messire Philbert de Beau jeu, évêque de Bethléem... datté du dimanche 5 May 1549, auquel on chante Misericordiœ domini, estant fabriciens, Mess. Regnaut Aubert, licencié es loix, Pierre Cousté l'aisné, et Léonard Clerc, pour un morceau defust de la vraye Croix, mis en traverse au-dessus dudit reliquaire.

« L'autre certificat de Messires du Chapitre : d'Auxerre de l'an 1410, signé F. Wiandus, touchant une pièce de trois doigts de longueur et deux de largeur et non ultra, du manteau de Saint-Martin... »

Cette relique a disparu du « Trésor », bien modeste maintenant, de l’ancienne Collégiale. Nous nous trouvons dans l'ignorance de ce qu'est devenue cette relique « extérieure » de Saint-Martin.

Déjà l'abbé Lebœuf avait, en 1717 et 1718, fait des recherches pour essayer de savoir ce qu'étaient devenus les rares fragments du manteau de Saint-Martin distribués par l'église d'Auxerre.

Il écrivait, à ce propos, le 11 novembre 1718, à Vilman, curé de Sailly-la-belle-Eglise (13) : « J'attends « des nouvelles du morceau de son manteau, conservé à Clamecy ; et jusqu'à présent, je n'ai point eu de réponse... »

Il devait attendre longtemps encore sans en jamais recevoir, et pour cause : A ce moment, régnait en maître, dans le Chapitre de Saint-Martin, le vindicatif autant que peu serviable chanoine Gérard Béronye, qui allait arriver au presbytère de Clamecy quelques années plus tard, et auquel ses querelles avec tous, comme à propos de 'tout,' devaient valoir le sobriquet de « curé Chamaille ». Trouva-t-il indiscrètes les questions posées par son collègue, le sous-chantre de la cathédrale d'Auxerre ou voulut-il, tout simplement, désobliger celui qui passait — à juste raison — pour un des apôtres du Jansénisme dans le diocèse ? Toujours est-il que Lebœuf ne parvint pas à obtenir le renseignement recherché (14) et que, ipso facto,

 

En 1453, sous le règne de Charles VII, on retira définitivement le corps du tombeau. Renfermé dans une nouvelle châsse d'or, d'un magnifique travail, il fut placé sur une estrade d'argent sous la coupole. A côté l'on mit le buste qui contenait le chef de saint Martin, et l'on déposa les châsses d'or et d'argent des autres saints évêques de Tours et de plusieurs saints et saintes. Des lampes précieuses, suspendues autour du tombeau, brûlaient jour et huit; un treillis tout en argent, don de Louis XI, entourait ces richesses : ce même monarque fit placer devant !e tombeau de saint Martin sa statue en argent de grandeur naturelle dans l'attitude de la prière.

Le procès-verbal d'ouverture des enveloppes du corps, transcrit sur les registres capitulaires de l'Abbaye, relate qu'il fut trouvé intact dans le suaire, clos du sceau de Perpétue ; et le chef enlevé fut replacé dans le cercueil hermétique qui l'abritait depuis plus de neuf siècles.

Par la suite, les chanoines de la Martinopolis continuèrent à garder, avec un soin jaloux, la dépouille de leur patron, n'en distribuant qu'avec parcimonie et seulement dans des circonstances exceptionnelles ; tant et si bien que, dans toute l'Europe, une quarantaine d'églises seulement purent se vanter de posséder de véritables reliques de l'évêque de Tours et sans que celles-ci aient figuré sur leurs inventaires avant le XIVe siècle, ce qui constituait, au surplus, leur plus sérieuse garantie d'authenticité.

François Ier, dans un besoin pressant de l'Etat, fit enlever ce treillis d'argent; et l'on attribua les revers de Pavie à ce sacrilège.

On sait le sort qui devait être réservé à la partie principale de la relique, ainsi qu'au chef, demeurés à Tours :

En avril-mai 1562, les protestants de l'armée du prince de Condé, mirent à sac l'abbaye de Saint-Martin ; des fourneaux furent allumés dans la basilique même ; on y jeta pêle-mêle tous les objets d'or et d'argent de la Martinopolis et, parmi eux, les reliquaires, les châsses précieuses, y compris celle de Saint-Martin, avec son contenu, dont une petite partie seulement pût être sauvée par un marguiller ; de sorte qu'à l'heure actuelle, l'église de Tours est aussi pauvre que les autres en reliques de son célèbre patron.

 

 « L'histoire nous apprend que, dans les guerres de religion, la fureur des hérétiques a fait brûler le corps de ce grand Sainct Archevesque de Tours (15) ; mais on scait aussy que pour la consolation des fidelles, Dieu permet ordinairement que quelques reliques ou portions des corps saincts soient distribuées à des personnes pieuses et puissantes qui par ce en font échaper l'entière abolition. C'est ce qui est arrivé à l'égard des présentes reliques qui, ayant esté conservées dans la maison de Beau jeu dont la noblesse et la piété est (sic) assez connue en France, seroient enfin parvenues en ce Trésor qui en auroit esté enrichy par les libéralitez de R. « père en Dieu, Messire Philbert de B au jeu (sic), « évesque de Bethléem en cette ville.

« Estant important d'en renouveller et confirmer « icy la très certaine tradition de nos pères et des escrits « par eux tiré (sic) de l'ancien Livre noir (16) de la Fabrique, en ces termes :

« Le dimanche avant la feste monsieur Saint-Martin neufième jour de Novembre, l'an mil cinq cent trente-neuf (1539), Révérend père en Dieu, Messire Philbert de Beau jeu, évesque de Bethléem, meu de dévotion à l'église Monr Sainct Martin de Clamecy, bailla- à la fabrique d'icelle la mandibule du glorieux amy de  Dieu, Monseigneur Saint-Martin.

Mais Dieu permit qu'une portion du chef et une autre portion d'un bras de saint Martin fussent sauvées. L'année suivante on rétablit le tombeau à peu près dans la forme qu'il avait auparavant. On recueillit les cendres de saint Martin avec le plus grand soin dans une petite caisse, qui fut placée dans le caveau où ses reliques avaient autrefois reposé. Le lieu où avaient été jetées ces cendres, devant la tour du Cadran, fut entouré d'une grille de fer. On voyait encore au dernier siècle, les pèlerins se presser autour de cette grille pour acheter les petites fleurs qui croissaient sur ce sol devenu sacré.

La coupole, les colonnes qui la supportaient furent rétablies ; et l'on y renferma les précieuses reliques sauvées de la profanation. Le tombeau de saint. Martin fut donc ainsi restauré, et des grâces continuèrent à y être obtenues. Nous en avons la preuve dans ces lignes qui terminent une vie de saint Martin, écrite en 1699, par Gervaise, prévôt de saint Martin de Tours, mort .martyr en Amérique.

« Ces actes suffisent pour faire voir que la main des hérétiques a bien pu réduire en cendres les sacrés ossements de saint Martin, mais qu'elle n'a jamais pu donner la moindre atteinte à la vénération que l'on a toujours eue pour lui, ni diminuer la confiance qu'on a conservée jusqu'à présent en ses intercessions. Car, selon la mesure de leur foi, les malades sont guéris à son tombeau, les affligés y reçoivent la consolation dont ils ont besoin, les justes la grâce de la persévérance, les pécheurs celle de leur conversion. Les lampes qui y brûlent jour et nuit sont des témoignages que' des personnes aussi distinguées par leur naissance que par le rang qu'elles ont eu dans l'Eglise ont voulu y laisser de leur reconnaissance; et je crois que l'on peut regarder les miracles que ce grand saint a bien voulu faire encore dans ce siècle en leur faveur, comme de nouvelles assurances de la protection qu'il continuera, jusqu'à la fin du monde , de donner à tous ceux qui auront recours à lui. »

La tempête de la fin du dernier siècle vit le flot de l'impiété emporter le tombeau de saint Martin dans son cours. Le chapitre fut dispersé, l'abside de l'église démolie, le tombeau ravagé et détruit.

L'église resta dans cet état de délabrement jusqu'à l'année 1802; c'est à cette époque seulement que les restes de la basilique furent rasés, à l'exception des deux tours de Charlemagne et du Trésor ou de l'Horloge, demeurées debout comme une haute protestation contre le crime des démolisseurs.

Saint Martin,... Par Maxime de Montrond

Bulletin de la Société scientifique artistique de Clamecy

 

 

8 Novembre 397: Mort de Saint Martin de Tours à Candes, les Tourangeaux dérobent le corps aux Poitevins <==.... ....==> Pèlerinages et Culte populaire de Saint Martin de Tours, apôtre des Gaules

==> Les chemins de Saint-Martin – Via Sancti Martini

==> La Tour Charlemagne, vestige de l'ancienne basilique Saint-Martin (Grégoire) de Tours

==> Les Vikings à Nantes - Nous les appelons Vikings - Château des ducs de Bretagne

 


 

 

enluminure des Grandes Heures d'Anne de Bretagne, à voir à La Cité Royale de Loches. © Gallica BnF

(1) Cœsarodunum qui, plus tard, par sa réunion avec la Martinopolis et le bourg de Châteauneuf, constitua la ville de Tours.

(2) Perpétue, le Saint-Perpet des Tourangeaux, dont le testament célèbre existe encore aux archives de l'archevêché de Tours. Il fit la dédicace de la basilique — sur laquelle cinq autres furent successivement édifiées, — en 470.

(3) Cormery, village à 15 kilomètres au Sud Sud-Est de Tours, sur l'Indre.

(4) Léré, chef-lieu de canton du département du Cher, à une petite distance de la Loire et à 6 kilomètres au Nord-Ouest de Cosne.

(5) Chalmel, — Histoire de la Touraine, T. 1, page, 258, ne parle que d'un seul déplacement du corps de Saint-Martin, provoqué par les Normands : celui de 856 ; mais il y en eut quatre, à n'en pas douter, et pendant celui de 862, les moines effrayés par l'arrivée des Normands à l'abbaye de Fleury ( 8 kilomètres en amont d'Orléans), reculèrent de Léré, jusqu'à Marsat, en Auvergne.

Lebœuf, op. cité, place, en 887, le départ d'Auxerre des reliques de Saint-Martin, à la fin de, l'épiscopat de Wibaud, 396 évê-quo d'Auxerre ; il est muet sur leur venue ainsi que sur leur séjour.

Mgr. C. Chevalier. — CIP. cité, fixe à treize années le, séjour du corps de Saint-Martin en Bourgogne, mais il admet qu'il ne resta pas tout ce temps à Auxerre et séjourna également à Chablis.

(6) L'église métropolitaine de Tours célèbre encore, le 13 décembre, la « Réversion » de Saint-Martin.

(7) Marmoutier. — Couvent célèbre, fondé par Saint-Martin, sur la rive droite de la Loire, à 2 kilomètres en amont de Tours. Il en subsiste une partie qui se trouve sur le territoire de Sainte-Radegonde-en-Touraine.

(8) Lecoy de la Marche. — Saint-Martin, 1881.

(9) A cette époque, Enard de Lezignes ou Lézinnes, 63eme évêque d'Auxerre, en envoya un fragment à l'abbaye de Saint-Martin d'Amiens. (Lebœuf. Histoire de la prise d'Auxerre par les Huguenots, 1723). ,

(10) Inventaire de 1420 : Magna pars mantelli sancti Martini Turonensis, in capsa lignea ». (Lebœuf. op. cité. T. 4, page 241).

Inventaire de 1566 : « Un reliquaire d'argent doré en forme quarrée auquel est le manteau de Saint-Martin où ce saint est représenté divisant son manteau au pauvre, le tout pesant vingt-un marcs ». (Lebœuf. Prise d'Auxerre, p. x x i x).

 

(11) Lebœuf. Lettre à M. Vilmann, -curé de Sailly, 21 décembre 1717.

(12) .Vieux Registre de la Fabrique, folio 749 et suivants.

(31 bis) Guillaume Davault, marchand ; Nicrolas Cousté, marchand tanneur ; Jean de l'Isle, curé de Saint-Martin de 1674 à 1686.

 

(13) Sailly-le Sec, près Corbie, département de la Somme.

(14) Dans une autre circonstance. Lebœuf se heurta encore a la mauvaise volonté de l'irascible Béronye : Il recherchait, une documentation sur le P. Jean Grasset, de l'ordre des Bécollets, pour le P. Prévost, bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris, et lui écrivait le 16 décembre 1722 : « J'attends de Clamecy l'éclaircissement sur le jour de la nais-« sance du P. Grasset. J'ai écrit pour cela au maire de la ville « qui porte son nom ».

Mais le maire de Clamecy, Etienne Grasset, devait, pour consulter l'état-civil, s'adresser au curé-chantre de Saint-Martin qui en tenait les registres ; et là commençaient les difficultés !

Lebœuf le constate quand il écrit quelques jours plus tard (26 décembre) au P. Prévost : « M. Grasset, maire de Clamecy, «me promet réponse sur son parent ; mais il y a un curé en ce  pays là si peu traitable que c'est pitié. On a obligation à M. Liger, docteur, demeurant au cloître Notre-Dame et ci-devant « au Collège Sainte-Barbe, d'avoir donné cet Iroquois... »

(15) Saint-Martin était évêque de Tours ; la province ecclésiastique dont Tours est la métropole ne date que de 815 ; le premier archevêque en fut Landran (815-836) à qui Louis le Débonnaire donna le titre de « missus dominicus ».

(16) Registre de la Fabrique disparu ; était antérieur au Vieux Livre encore existant.